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Dimanche 8 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 8 avril 1917  Pâques

939ème et 937ème jours de bataille et de bombardement

4h3/4 soir, en cave  La nuit a été calme, relativement. Nous avons dormi étant en cave. Ce matin, temps brumeux gris froid. Triste jour de Pâques. Messe à 7h du matin, on avait dit qu’on n’en n’aurait pas. A tout hasard je suis allé à celle-là. Il y a eu messe de Paroisse à 8h1/2 comme d’ordinaire, mais on a juste chanté le Credo. Le cardinal y assistait. En rentrant, écrit quelques lettres dans ma chambre, que c’était bon d’écrire en plein jour. Reçu lettres à midi, 2 de ma pauvre Madeleine, résignée à ne pas me voir. Jean est arrivé d’hier pour jusqu’au 19. Aurais-je le bonheur de le voir, si la bourrasque était passée je pourrais peut-être courir le voir, les voir, j’en ai bien besoin, je suis si seul. Le temps devient très beau à 1h. Je sors pour m’inquiéter du sort de la dépouille de ce pauvre Jacques. Je ne puis rien savoir au Commissariat de Police, 1er canton, ou on parait affolé avec les départs. Le Brave Commissaire Carret me remet un lot de papiers (bons Défense Nationale, billets de banque, argent), trouvés sur une brave femme tuée, rue Martin Peller. Je l’emporte pour préparer une lettre au Receveur des Finances pour remettre le tout à la Caisse des Dépôts et Consignations, sous un pli cacheté que le commissaire remettra demain à la Recette des Finances ou au Trésor Militaire. Je pousse jusqu’à l’Hôtel de Ville, personne autre que le Maire, fort démonté, et Raïssac, avec quelques rares appariteurs et employés de la Ville. C’est la panique. J’en reviens plutôt écœuré. Passé aux Galeries Rémoises, tous les employés sont partis, sauf 4 ou 5 dont Curt, Melles Claire Donneux et Lemoine…

La troupe parait enchantée de voir cette fuite éperdue. Il est vrai qu’il va y avoir des caves à vider et des appartements à piller. Passé au Palais de Justice. Vu le sous-préfet qui ne songe qu’à faire partir tout le monde et sans doute à filer lui aussi. Il rentrait dans la crypte avec un panier de provisions. En me quittant, il me recommande : « Surtout M. Guédet, conseillez de partir… !!… » Je lui répondis : « C’est ce que je fais (pour les) vis-à-vis des personnes qui n’ont rien qui les retiennent à Reims !… » Comprenne s’il veut !…

A l’Hôtel de Ville je ne puis rien savoir sur mon malheureux Jacques. Je laisse une note pour être remise à Moreau pour le prier de faire tout pour le mieux…  Les rues sont désertes ou presque, c’est sinistre.

Hier soir, l’incendie que nous avions vu, c’était le Grand séminaire qui brûlait. Quels souvenirs rougeoyants et sanglants aurai-je de toute cette existence désordonnée et tragique que je mène depuis 31 mois.

Je rentre à la maison, juste pour descendre à la cave. C’est une bataille, si c’était seulement la dernière. Mes 3 compagnes d’infortune sont courageuses et résignées.

Au Palais à la Poste ils sont aussi affolés, la moitié des employés filés, les autres baissent les bras, crient, s’interpellent et ne font rien, ou plutôt embrouillent tout. C’est, ce serait grotesque si ce n’était triste.

J’écris ces lignes dans ma cave où j’ai fait tout organiser pour la nuit et…  les suivantes. Hélas !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pâques, 8 avril 1917 – Une petite  affiche intitulée : Le départ doit être immédiat est apposée en ville. Elle répète qu’à partir du 10 avril, ne devront tester à Reims que ceux des habitants qui sont retenus par une fonction, le gouvernement ayant décidé l’évacuation des autres.

La violence exceptionnelle des derniers bombardements ayant donné à craindre à M. Cullier, chef du bureau, la disposition des nombreux documents renfermés à la « comptabilité », il avait décidé de les descendre, sans tarder, dans l’un des sous-sols de rhôtel de ville, sous le bâtiment de la rue de la Grosse-Ecritoire.

A défaut d’autres aides — car le personnel est des plus res­treint à la mairie, depuis le 6 — nous nous étions donné rendez- vous ce matin, pour effectuer ce travail, et pendant le bombarde­ment qui a sévi sans discontinuer, nous avons passé toute la mati­née à transporter dans des bannettes lourdement chargées, les registres des différents postes : recettes, dépenses, traitements, etc., depuis l’année 1900, ainsi que les dossiers d’archives du service. La fatigue nous a arrêtés à 11 h 1/2 et nous avons remis la suite de l’importante opération à demain lundi.

Bombardement sauvage au cours de l’après-midi, sur le quartier rue Lesage, voies du chemin de fer, place Amélie-Doublié. La situation devenant tout de suite excessivement critique, nous nous empressons, ma sœur et moi de quitter son appartement au second étage du 8 de la place, pour nous réfugier au n° 2, en compagnie de voisins.

Nous n’avons pas le temps de descendre dans la cave de cette maison, avant qu’un obus vienne éclater dans sa toiture, ou­vrant le grenier. D’autres obus suivent celui-ci de bien près ; ils font explosion dans les immeubles en face ou sur la place et le bombardement continue jusque dans la soirée.

Canonnade effrayante vers Berry-au-Bac.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage et filets pour dissimuler les voies de chemin de fer aux aéroplanes 22/08/1917 (source Gallica)


Cardinal Luçon

Dimanche 8 – Pâques – + 6 °. Visite au Séminaire incendié vers 2 h. du matin. Vu le Supérieur excédé de fatigue dans le vestibule du Lycée. Trot­toirs couverts de mobilier retiré du Séminaire. Des voleurs rodent pour prendre ce qui leur convient (1). Messe basse, sans sermon, ni chants. On ne chantera pas l’Alleluia. Il n’y aura pas de Vêpres. Matinée tranquille. Pas de Vêpres. M. le Supérieur (Paulot) dîne chez nous. A 3 h. bombes sifflan­tes ; le chambard recommence. Canons français, canons allemands ; tir sur les batteries, tir sur la ville, tir sur les avions, incendies, nuages de fumée. L’église Saint-Benoît a sa grande porte brûlée, le linteau est endommagé gravement par un obus de gros calibre. Tout le faubourg Cérès est en flam­mes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le pillage fut réel à Reims et beaucoup plus imputable aux civils qu’aux militaires qui ne possédaient aucun bagage, et qui n’ont porté leur intérêt que sur la nourriture et…la boisson bien entendu.

Dimanche 8 avril

Actions d’artillerie assez vives au cours de la journée en divers points du front, notamment entre la Somme et l’Oise, au sud de 1’Ailette et dans la région au nord-ouest de Reims.

En Argonne, un coup de main ennemi sur nos tranchées de la vallée de 1’Aire a été repoussé après un vif combat.

D’après de nouveaux renseignements, les Allemands ont lançé en vingt-quatre heures 7500 obus sur Reims. Quinze personnes de la population civile ont été tuées et beaucoup d’autres blessées.

Sur le front belge, dans la région de Hetsas, les batteries belges ont exécuté des tirs réussis sur les travaux ennemis. Vive activité d’artillerie dans l’ensemble des secteurs.

Canonnade sur le front italien.

Le nombre des steamers allemands dont l’Amérique a pescrit la saisie est de 91. Leur valeur monte à 1500 millions.

Le cabinet de Washington fait arrêter un certain nombre d’Allemands qui étaient tenus pour dangereux.

La république de Cuba a proclamé l’état de guerre entre elle et l’empire germanique.

La situation est redevenue très troublée en Grèce, où l’on redoute de nouvelles échauffourrées sanglantes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 21 avril 1916

Cardinal Luçon

Vendredi Saint 21 avril – Nuit tranquille. A 11 h. bombes sifflantes pas loin de nous ; éclats sur toitures des maisons voisines ou sur la nôtre et dans l’allée, à 4 ou 5 mètres de l’escalier de mon bureau. Via Crucis in cathedrali. Bombes préau du Grand Séminaire, Lycée, maison d’angle de la rue de Contray.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue de Contray, Reims

Rue de Contray, Reims


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 21 Avril 1916. – Je viens de passer huit jours dans un abattement complet. Impossible de réagir. Je suis sans force et je m’ennuie à mourir. Je t’ai toujours devant les yeux et je voudrais toujours dormir pour oublier.

Aujourd’hui mon Charles, notre coco a trois ans ; il est grand. Triste anniversaire et je voudrais espérer qu’à ceux qui suivront, nous serons réunis. Il y a des jours où je m’en irais loin, bien loin. La solitude des caves me pèse. Tes petits enfants manquent de mouvement puisque avec un pareil bombardement on ne peut les sortir. Et pour partir où ?

Je me décourage. On avait espoir que le mois d’avril ne se passerait pas sans attaque et nous sommes encore au même point. Ce qui me retient aussi, c’est que je pense toujours reprendre mon commerce en quittant les caves. Si j’avais pu prévoir je serais partie dès le début avec mon mobilier, mais on espérait toujours que cela allait finir du jour au lendemain.

Si seulement j’avais de tes nouvelles. Ma pauvre chipette, tu tenais une grande place dans mon cœur. La séparation m’est très dure. Et pourtant j’ai mes deux beaux petits enfants. Si beaux tous les deux …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 21 avril

En Argonne, à la Haute-Chevauchée, lutte de mines à notre avantage.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement continu de notre deuxième ligne.
Sur la rive droite nos troupes ont mené contre les positions allemandes, au nord-ouest de l’étang de Vaux, une vive attaque qui nous a permis d’occuper des éléments de tranchée et d’enlever une redoute fortifiée. Cette action a coûté des pertes sérieuses à l’ennemi. Nous avons pris 10 officiers, 16 sous-officiers et 214 soldats, et, en outre, une certaine quantité de matériel.
Aux Eparges, trois attaques allemandes ont été brisées avec des pertes sérieuses pour l’ennemi.
Le président Wilson a fait une déclaration au congrès américain au sujet des rapports avec l’Allemagne. Si le cabinet de Berlin n’abandonne pas la piraterie navale, le cabinet de Washington rompra avec lui.
Un contingent de soldats russes a débarqué à Marseille.
Les Russes anéantissent, en Asie Mineure, des éléments turcs qui arrivaient de Gallipoli.
Dans la région de Dvinsk, ils ont arrêté plusieurs tentatives allemandes.
Les Italiens se sont emparés d’une forte position au col di Lana, dans les Dolomites.

Source : la Grande Guerre au jour le jour.

 

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Lundi 18 octobre 1915

Louis Guédet

Lundi 18 octobre 1915

401ème et 399ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La nuit dernière quelques obus dans le centre, boulevard de la République, rue des Telliers chez le Docteur Hoel, etc…  journée assez belle, froide, calme. Déjeuné au Cercle rue Noël avec M.M. Paul Camuset, de Bruignac, invités comme moi par Charles Heidsieck. Causé des événements. Tous sont d’avis que nous en avons pour l’hiver si ce n’est le printemps. Jolie perspective.

Vu le Procureur, réorganisé définitivement mes greffiers : Jésus pour les 2ème et 4ème cantons avec Landréat comme commis greffier le cas échéant. Landréat fera l’office de greffier suppléant du 3ème canton. Dondaine du 1er canton avec faculté pour l’un et l’autre de se substituer. Vu au Palais Dupont-Nouvion avocat, toujours pessimiste. Je l’ai relancé pour accepter la présidence du bureau d’assistance judiciaire. Dondaine ne voulant pas de cette pénitence. Du reste elle revient à Dupont-Nouvion qui, en sa qualité d’avocat, a été à même de voir comme cela se passait.

Je mets tout en ordre pour mon départ mercredi à 4h1/2 du matin, par Bezannes. Demain je ferai ma valise.

Repassé une dernière fois rue de Talleyrand, 37. Je dis la dernière fois car ces ruines me font trop mal. J’y ai tant souffert !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit assez tranquille. A 10 h., 3 bombes au Grand Séminaire (17-18 octobre).

Malade, pas assisté à la messe. Journée assez troublée. J’ai cru entendre forte mitraillade vers 2 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 18 octobre

En Artois, nous enlevons une forte barricade près de Neuville-Saint-Vaast et nous nous y maintenons après avoir repoussé deux contre-attaques. Violents combats d’artillerie devant Loos, au « Bois-en-Hache », à l’est de Souchez. Progression près de Givenchy.
Bombardement réciproque près de Lihons. Combats à la grenade sur l’Aisne, aux environs du Godat.
Bombardement intense et réciproque en Champagne, et en particulier autour de Tahure.
Nous avons, en Lorraine, gagné 100 mètres de tranchées au nord de Reillon, après un combat opiniâtre. Notre canonnade a allumé plusieurs incendies près de Leintrey, Amenoncourt et Gondrexon. Toutes les contre-attaques ennemies, dans ce secteur, ont été brisées.
Nos avions ont bombardé les centres de ravitaillement allemands de Maizières, d’Azoudange et la gare d’Avricourt. Une escadrille a jeté 30 obus sur la ville de Trèves qui a été ainsi atteinte pour la seconde fois.
La situation apparaît calme aux Dardanelles.
Les Russes ont repoussé l’ennemi sur l’Eckau, sur la Duna et sur la Strypa. Les Allemands, sur ce front, passent à la défensive.
Les Serbes ont infligé une série d’échecs, sur leurs deux fronts, aux Austro-Allemands et aux Bulgares.
La France a constaté que l’état de guerre existait entre elle et la Bulgarie.
Six transports allemands ont été coulés
dans la Baltique.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 17 octobre 1915

Louis Guédet

Dimanche 17 octobre 1915

400ème et 398ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Du canon la nuit, brouillard le matin qui s’est un peu levé l’après-midi. Journée insignifiante, monotone, comme beaucoup d’autres qui vont suivre tout l’hiver…  le printemps…  Nous sommes au-dessous de tout et nos beaux galonnés ont beau dire que c’est de la faute de nos gouvernements, et eux…  Messieurs de l’arrière, que faites-vous ? Vous vous amusez en vous moquant de tout et de tout !! C’est ce que je venais de dire à l’instant au capitaine (en blanc, non cité) qui s’est cogné dans moi Place Royale, assez embarrassé de me rejoindre quand je lui dis : « Que diable faites-vous ici à cette heure (6h) ???!!! » – « Je retourne à Ville-en-Tardenois ! où je suis cantonné ! » – « Pourquoi pas à Paris, lui répondis-je, pour ce que vous faites ici ! » Mon 10 étoiles est resté bouche bée ! Quand il voulut rompre les chiens (expression ancienne qui, au sens figuré, signifie « interrompre une conversation ou une discussion que l’on juge mal engagée ») en voulant me parler des événements… Ah ! non ! assez ! Je connais votre chanson, c’est la même que celle que vous me chantiez en décembre dernier, dans 2 ans d’ici ce sera la même édition. Merci.

En voilà un qui me foutera la paix cette fois. Pantin va.

Je prépare mes pauvres bagages pour mes aimés, ce que je puis emporter à la main, puisque l’autorité militaire ne nous permet pas de bagages à enregistrer à Bezannes !! Quand ce ne serait que pour embêter le civil !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Seulement quelques gros coups de ca­non.

Brouillard épais, froid, 7 degrés. Malade. À 10 h. soir bombes sur la ville, dont 3 au Grand Séminaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Le Grand Séminaire de 1563 à 1932

Le Grand Séminaire de 1563 à 1932


Dimanche 17 Octobre

Une nouvelle attaque allemande a été repoussée, en Artois, dans le « Bois-en-Hache » et dans la vallée de la Souchez.
Combats de tranchée à tranchée et canonnade au sud de la Somme (Lihons, le Quesnoy-en-Santerre).
Bombardement, par les Allemands, de notre arrière-front de Champagne avec emploi d’obus lacrymogènes. Notre artillerie riposte.
Lutte de bombes et de grenades en Argonne (La Houyette, Vauquois).
Une contre-attaque dans les Vosges nous a permis de reprendre nos positions à la cime de l’Hartmannswillerkopf et de capturer en même temps un fortin tenu par l’ennemi.
Nos avions ont bombardé la gare des Sablons, à Metz. Un train a dû s’arrêter.
Sur le front russe, les combats se poursuivent dans les régions du Pripet et de la Strypa.
Les sous-marins anglais continuent leurs opérations heureuses dans la mer Baltique.
L’Angleterre a déclaré la guerre à la Bulgarie.
Nos troupes qui ont débarqué à Salonique se mettent en posture de couvrir le chemin de fer du Vardar.
Le gouvernement italien publie de nouvelles notes officielles pour affirmer son entière solidarité avec les autres puissances
alliées en Orient.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 16 septembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 16 septembre 1915

369ème et 367ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit de canon. Journée calme, avec canon du côté de Godat, Sapigneul (Le Godat, Sapigneul sont des villages disparus, non reconstruis après la guerre), Cormicy, Berry-au-Bac. Temps lourd et pluvieux. Jolivet est venu me surprendre à 8h1/2 du matin. Habillé rapidement je file chez lui, ou plutôt chez ce qu’il reste de chez lui. Il paraissait fort ému en voyant tout cela. Descendu à la cave et mis 3h pour ouvrir, forcer son coffre-fort. Tout l’intérieur était intact. Cela a été un soulagement pour moi et…   pour lui.

Déjeuné rapidement. Vu le Procureur de la République (ensemble) qui paraissait heureux de voir Jolivet.

Parlé du séquestre Louis de Bary et vu à tâcher d’arriver à rendre les valeurs de cette Maison pour pouvoir payer les droits de mutation par décès dus à l’Enregistrement. En partant mon bon ami se mit à dire : « Oh ! le Procureur de la République, vous pouvez être sûr que beaucoup auront la Croix de Guerre qui ne l’auront pas méritée autant que Guédet. » Alors M. Bossu de répondre : « Oui certes, mais nous ferons rougir M. Guédet ce qui voudra tout autant et je ne doute pas que cela ira tout seul…  Enfin nous verrons.

Reconduit Jolivet jusqu’en face de la propriété  (illisible, à vérifier) 9, avenue d’Épernay où se trouve le poste d’arrêt pour le Loring Jappés (à vérifier). Nous nous sommes quittés fort émus tous les deux. Nous reverrons-nous ??!! Bavardé avec le gendarme de garde, et rentré chez moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Jeudi 16 – Du 13 septembre soir, au 26 matin, nous avons entendu une violente canonnade ininterrompue, dans la direction de Berry-au- Bac.

  • Depuis une huitaine de jours, il n’est question, à Reims, que d’un « grand coup » en préparation sur le front.

Personne ne paraît savoir exactement de quoi il s’agira — mais on entend, à ce sujet, beaucoup de discussions dans le vague et bien des commentaires, qui semblent plus abracadabrants que sensés.

Toutefois, il est à noter que certains indices ou des mouve­ments qui ne nous sont pas passés inaperçus, font présumer une reprise d’activité dans nos environs.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 16 – Nuit tranquille à partir de 11 h. 1/2. Visite à l’Enfant-Jésus, à M. le Supérieur du Grand Séminaire. Visite de M. le Comte d’Arjazon et deux autres personnes. Il est près du général de Castelnau(1) qui communie tous les jours. Visite du Commandant Billard (12-17 sine die).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Général de Curière de Castelnau, à l’inverse du général Joffre, franc-maçon d’ailleurs très modéré, représente à l’État-major l’officier général de tradition catholique. Ancien combattant de 1871, il est en 1914 à la tête de la II e armée, perd la bataille de Mohrange mais sauve Nancy, Il défend Amiens avant de commander en 1915 le groupe d’armées du centre à la bataille de Champagne. En 1916 il est chef d’État Major de Joffre. Après avoir été témoin en Russie en 1917 de l’effondrement de l’armée russe, il commande le groupe d’armées de l’Est qui aurait dû attaquer en Lorraine le 14 novembre 1918. Il entre à Colmar le 22 novembre. Il avait perdu trois fils au cours du conflit.


Jeudi 16 septembre

Les luttes d’artillerie se sont poursuivies avec intensité au nord et au sud d’Arras, ainsi que dans la région de Roye.
Lutte à coups de bombes et de grenades sur le plateau de Quennevières, dans la région de Lihons, et au bois de Saint-Mard.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, l’activité des deux artilleries s’est concentrée sur le front de Berry-au-Bac à la Neuville, où l’ennemi attaque la tête de pont de Sapigneul. Canonnade un peu ralentie au nord du camp de Châlons.
Lutte de mines dans l’Argonne. Une batterie ennemie a été détruite sur les Hauts-de-Meuse. Actions d’artillerie en forêt d’Apremont, au bois Le Prêtre et dans la région de Saint-Dié.
La poussée allemande continue, plus ou moins retardée, sur le front oriental, dans la région de la Dvina. Mais plus au sud, les ennemis ont été à peu près partout refoulés, particulièrement près de Wisnewietz et en Galicie. Au total, ils ont perdu 12000 hommes en un jour, et leurs pertes en prisonniers, dans les deux dernières semaines, ont atteint 40000.
Les Italiens ont repoussé des attaques autrichiennes en Carnie et sur l’Isonzo. Ils ont forcé à la fuite une escadrille d’avions qui venait sur Ud
ine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Samedi 22 mai 1915

Louis Guédet

Samedi 22 mai 1915 

252ème et 250ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Beau temps lourd, orageux. Toujours le grand calme impressionnant. Je pars à 1h. Dérangé continuellement. Pourvu qu’il n’arrive rien durant mon absence et qu’enfin je triomphe de tout et de tous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Vers midi, ne trentaine d’obus s’abattent brusquement en ville, principalement sur le centre.

Le premier, tombe dans les ruines de l’ancien magasin de vêtement Gillet-Lafond, place Royale ; le deuxième éclate presque aussitôt sur le pavé devant la maison Hennegrave (anciennement Petitjean) également place Royale, à l’angle gauche de la rue Cérès. Un caporal du 291e d’Infanterie est tué là et deux soldats blessés, dont l’un très grièvement au ventre ; l’autre à la tête. En même temps qu’eux, un civil a été atteint.

On s’empresse à l’instant où je passe, sortant du bureau. Au coin de la rue Bertin et de la place, une marre de sang épais indique l’endroit où se trouvait le malheureux caporal quand il a été touché derrière la tête ; on l’avait transporté à côté, dans l’impasse, d’où on l’enlève ; une partie de sa cervelle est restée sur le pavé. L’auto des hospices emmène les soldats, tandis que la voiture de la Croix-Rouge prend le passant et deux autres personnes, atteintes probablement par des éclats de glace, dans le magasin de pain d’épice où elles se trouvaient quand se produisit l’explosion ; l’une d’elles porte dans les bras un bébé de quelques mois et tous sont couverts de sang.

Après quelques jours de calme, la vie de ce triste et poignant tableau ramène brutalement à la réalité des choses.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 


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Cardinal Luçon

Samedi 22 – Nuit silencieuse, sauf quelques coups sourds vers 9-10 h soir, canons ou mines(1) ? A 11 h 1/2 bombardement violent pendant une demi-heure. Visite de M. Garnier, neveu de M. Letourneau. Une bombe au Grand-Séminaire éventre le Donjon. Un artilleur tué Place Royale. Une femme blessée dans sa voiture ainsi que sa fille. 5 h, aéroplane contre lequel on ne tire pas, donc français (?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Les mines terrestres étaient des dispositifs explosifs mis en place sous les positions ennemies par des galeries de mines et qui étaient chargées par un tonnage d’explosif parfois considérable. Le résultat était un cratère impressionnant engloutissant hommes et installations – comme à Berry-au-Bac, à la cote 108, à Vauquois et à la Ferme d’Alger, devant La Pompelle.

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Dimanche de Pâques 4 avril 1915

Louis Guédet

Dimanche 4 avril 1915  Pâques !

204ème et 202ème jours de bataille et de bombardement

Pâques fleuries ensoleillées pour tous ceux qui songent à ce jour ? C’est tout le contraire. Pluie diluvienne dans et sous nos ruines. Je suis dans l’eau, l’eau ruisselle partout, mes pauvres meubles sont dans un bel état ! C’est la chance qui continue à me poursuivre ! Déjeuné chez le Beau-père avec M. Soullié. En quittant le Beau-père, comme je lui disais que je n’avais pas…

Le bas de page du feuillet a été coupé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pâques – dimanche 4 avril 1915

Journée calme. Dimanche de Pâques que l’on peut trouver attristant. Aucune sonnerie de cloches.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche de Pâques 4 – Nuit tranquille. Grand’messe rue du Couchant. Vêpres à Sainte-Geneviève. Visite au Grand-Séminaire 14 rue Cazin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Lundi 11 janvier 1915

Paul Hess

11 janvier – Le bombardement reprend, à peu près dans les mêmes conditions qu’hier, à 17 heures.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Cardinal Luçon

Lundi 11 – Nuit tranquille. Visite à Ste Geneviève pour porter des lainages destinés au Bain de pieds des Soldats.

Visite au Grand-Séminaire (14 rue Cazin)
Le Principal du collège Augias.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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L’ancien Grand Séminaire dont parle le Cardinal Luçon


Eugène Chausson

11 Lundi – Mauvais temps et, toujours la même chose, canonnade et bombes, ça vient long. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


 

Lundi 11 janvier

Duels d’artillerie dans le Nord et la Somme. Au nord de Soissons, l’ennemi a vainement essayé de reprendre les tranchées qu’il avait perdues : il s’est vengé de ses échecs en bombardant encore, à longue portée, la ville de Soissons.
En Champagne, nos canons atteignant les avant-postes ennemis, ont empêché les travailleurs d’y creuser les tranchées. Nous avons dispersé aussi de nombreux groupes. En même temps nous organisions nos nouvelles positions à Perthes-les-Hurlus et nous enlevions un fortin aux abords de la ferme de Beauséjour.
En Argonne, nous avons détruit un blockhaus et empêché les allemands de s’établir sur la colline boisée qui domine Boureuilles.
En Alsace, nous avons obtenu un succès à Wattwiller, près de Thann, en refoulant une offensive.
Douze taubes ont lancé des bombes sur Dunkerque et sa banlieue immédiate, faisant quelques victimes.
De nouvelles attaques allemandes ont été repoussées par les russes en Pologne. En Hongrie, les forces autrichiennes se replient devant les troupes du tsar.
50000 turcs ont été tués au cours des récents combats du Caucase.
L’Angleterre a remis sa réponse au gouvernement américain au sujet de la liberté du commerce maritime et du régime des ports. Cette note est conçue sur un ton modéré et amical et s’efforce de concilier les intérêts en présence.
On dément la signature d’un accord italo-serbe au sujet du débouché de la Serbie sur l’Adriatique.
Une grande manifestation patriotique et irrédentiste a eu lieu à Bucarest.
Lord Rosebery s’est prononcé en faveur du service militaire obligatoire en Angleterre.
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25 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

25 DECEMBRE – vendredi –

Aujourd’hui, jour de Noël. 100ème jour de bombardement. J’ai porté ma tristesse tout le long du jour ;

Ce n’est pas Noël

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Nuit claire. Détonations de nos grosses pièces et nombreux coups de fusil. Vers 16 h, des mitrailleuses tirent sur un aéroplane allemand qui passe au-dessus de la ville.

– Depuis trois mois et demi que dure le bombardement, nombre d’habitants de Reims n’ont pour ainsi dire pas quitté les caves. Beaucoup de ceux restés en ville jusqu’alors, ont aménagé des installations à demeure leur permettant de s’y réfugier à toute alerte et d’y passer chaque nuit.

Il en est ainsi chez mon beau-frère, P. Simon-Concé, 10 rue du Cloître. une belle cave voûtée, à deux issues dont une remontant directement dans l’impasse de la cour du Chapitre, a permis de donner abris tous les soirs, jusqu’au lendemain matin et depuis le milieu de septembre, à une assez nombreuse réunion de personnes, composée de la famille, d’employés, locataires et voisins ayant apporté leurs literies. Il y a eu, pour y coucher, jusqu’à trente-huit occupants.

A l’hôtel de ville, une petite colonie de membres du personnel se retire, pour dormir sans s’émouvoir, dans les sous-sols.

Dans les maisons de vins de Champagne, en particulier, les caves ont toutes un nombre considérable de personnes à loger. Certaines de ces maisons ont assemblé là jusqu’à un millier de gens de toutes conditions. Quelques-une y ont installé provisoirement des bureaux, de sorte que leurs employés travaillent, mangent et dorment à l’abri des obus. Il en est encore dans lesquelles, des maîtres et maîtresses dévoués de l’enseignement public ou libre, font la classe aux enfants du quartier qu’ils ont pu réunir à la rentrée. Des cérémonies religieuses y ont même été célébrées ou doivent l’être à l’occasion de la fête de Noël ; le 8 décembre, une messe a été dite dans les caves Werlé et des messes de minuit ont été préparées, paraît-il, aux caves Abelé, Chauvet et L. Roederer.

Aussi, beaucoup de nos concitoyens sont-ils heureux, d’avoir trouvé ici ou là, en même temps que la sécurité relative dans une ambiance d’union contre le danger commun, des conditions de vie appropriées pour le mieux aux besoins actuels de leur pénible existence.

– Dans Le Courrier d’aujourd’hui, on peut lire :

Condamné à mort et exécuté.

Dans sa séance du 19 décembre 1914, le conseil de guerre siégeant à Reims, a condamné à la peine de mort, le nommé Nocton Octave, journalier, né le 8 juillet 1866, à Pouillon (Marne).

Cet individu a été convaincu d’avoir entretenu des intelligences avec l’ennemi et d’avoir violé la sépulture de cadavres allemands pour les voler.

Il a été fusillé le 21 décembre.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 25 décembre – Noël. A minuit, assiste à la Messe militaire dans les caves Roederer : 700 à 800 hommes ; 50 à 60 communions de soldats. Très beaux chants, très pieusement exécutés par les soldats. Grand’messe à 10 h chapelle du Couchant. Vêpres à 2 h 1/2 à Sainte-Geneviève.

Visite aux malades, 14 rue Cazin ; remercier Melle Mahieu qui cède une partie de la Maison pour le Grand Séminaire, dont les élèves, peu nombreux, une dizaine, ne peuvent rester rue de l’Université, leur maison est trop souvent attente par les obus.

Toute la journée échange entre les armées de coups de canons et de fusils. Taube.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

25 Vendredi – Assez beau temps aussi on en a profité pour exécuté une violente canonnade. Un peu de bombes. Les aéros ont lancé 3 bombes dont une est tombée dans les jardins route de Tinqueux.

Nuit tranquille

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Vendredi 25 décembre

En Flandre, nous avons progressé à la sape dans les dunes et aussi au sud-est d’Ypres, tandis que l’armée belge envoyait des détachements, au sud de Dixmude, sur la rive droite de l’Yser. Les zouaves se sont brillamment battus dans la région de l’Aisne en restant maîtres des tranchées de Puisaleine. Quatre cents mètres de tranchées ont encore été enlevés par nous en Champagne à Mesnil-lez-Hurlus. L’ennemi, qui tentait une offensive, a été repoussé près de Consenvoye. Enfin notre infanterie a fait un bond important au nord-est de Saint-Dié, dans le Ban-de-Sapt.
Les Russes signalent des opérations favorables à leurs armes; à la frontière prusso-polonaise, vers Mlava, sur la Bzoura, près de Skiernewice, sur la Pilitza, en Galicie et dans les Carpates.
L’escadre anglaise a détruit d’importants ouvrages d’art du Bagdad près d’Alexandrette (Asie-Mineure).
Deux aviateurs français ont survolé Sarrebourg.
Le général Potiorek, qui commandait l’armée d’invasion de la Serbie, a été disgracié. D’autre part le général von Hoeffer remplace le général Conrad de Hoetzendorf à la tête de l’état-major austro-hongrois.

Source : La grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 21 novembre 1914

Paul Hess

Nuit médiocre. Hier soir, à 10 h 1/2, un obus est revenu éclater rue des Capucins 25 et à 4 h, ce matin, les sifflements recommençaient à se faire entendre.

– Des dégâts causés ces jours derniers se constatent autour du musée, rue Chanzy. Au théâtre, un nouveau trou, énorme, a été fait par un gros calibre, qui a dû éclater à l’intérieur. En face le Palais de Justice, une maison a été fort éprouvée, à l’arrière.

– Dès le matin, les détonations régulières de nos grosses pièces se font entendre, comme la veille et cela donne à penser que les effets de leurs coups, lorsqu’ils portent sur les objectifs, doivent aussi être terribles.

Depuis près de deux mois et demi que dure le duel auprès de Reims et sans doute ailleurs, sur le front, quelle consommation de munitions ont dû faire les deux artilleries !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

CPA : collection Bosco Djoukanovitch

CPA : collection Bosco Djoukanovitch


Cardinal Luçon

Samedi 21 – A 4 h matin, bombes sur la ville. Canonnade. Bombes de temps en temps en ville.

M. le Curé de St-André me dit que le samedi (7 ou 14 ?) il a compté 57 bombes tombées en une heure, de 9 h à 10 h soir dans le quartier de St-André. Il m’apporte des nouvelles de M. Porcau.

Visite de l’abbé Vaucher, nommé sous-lieutenant sur le champ de bataille, avec M. Mandron.

Visite de M. Claude Garnier, neveu de M. le Curé de St-Sulpice ; est à l’État-major de Jonchery, qui m’offre de faire passer à Paris mes lettres ou envois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

La journée d’hier se serait passée sans fait notoire si dans ses dernières heures une courte, mais vive alerte, ne nous avait révolutionnés.

À 22H10, en effet, 2 bombes passent à une seconde d’intervalle au-dessus de nous pour aller tomber sur le théâtre et devant le Palais de Justice.

Je me lève en vitesse pour inspecter nos environs qui n’accusent rien d’alarmant ; Père reste donc au lit, et peu après je m’y remets aussi.

À 4 heures, même vive secousse et les deux projectiles vont rue des Capucins, devant le Commissariat de police du 1er Canton, et rue Chanzy, devant l’ancien Grand séminaire ; nous ne bougeons pas, et nous avons raison puisque tout s’arrête là.

Plusieurs fois dans la journée, le même fait se reproduit, mais dans des directions plus éloignées, et c’est ainsi entraînés qu’à 20H30 nous arrivons à l’obus final, qui vient anéantir les immeubles Bellevoye et Gomet (nos voisins), en brisant la plupart de nos vitres.

Nous étions tranquilles en cuisine, lisant ou écrivant, et n’ayant rien entendu du sifflement précurseur, aussi la formidable détonation nous a-t-elle fortement émus, et c’est en toute hâte que nous nous précipitons au dehors.

La cour est remplie d’une fumée âcre et suffocante qui nous arrête un instant ; puis trouvant la loge du concierge sans lumière, j’appelle anxieusement Hénin que je crains blessé. Heureusement, il n’en est rien et c’est tout placidement que, sortant du sous-sol de l’emballage, où avec les siens il était allé préparer l’installation de nuit, il répond à mes cris : n’ayant perçu qu’une détonation atténuée, il ne se doutait pas du désastre d’à côté.

Avec lui, nous sortons enfin, et éclairés de nos seules lampes Pigeon nous aidons 3 voisins, déjà sur les lieux, dans le sauvetage des habitants pris dans les décombres ; c’est ainsi qu’en sont tirés indemnes Mr et Mme Bellevoye et les gardiens de chez Gomet avec un bébé qui ne s’est même pas réveillé.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Fin du journal de Paul Dupuy

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Eugène Chausson

21/11 – Samedi – Beau temps, forte gelée. Continuation de la canonnade et comme toujours, les grands canons font rage, on se croirait au jugement dernier comme dit hier, il en fut ainsi toute le journée. La nuit fut assez tranquille à part quelques coups de canon de temps en temps

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

 

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Dimanche 27 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

Dimanche ; 27 SEPTEMBRE :

Je vais commencer à dire la messe de 8 heures à la Mission. J’annoncerai simplement aujourd’hui la parole de M. le Curé, qui viendra dimanche prochain parler de la réorganisation du service paroissial.

SERMON ;

  1. I) M. le Curéviendra dimanche prochain nous dire dan$ quelles conditions notre pauvre paroisse continuera à vivre.
    Pauvre paroisse atteinte au cœur par la blessure criminelle faite à l’Eglise, mère du diocèse, au joyau de la France, au trésor du monde.
    Pauvres paroissiens atteints comme aucuns autres ; une partie de nos quartiers ne forme plus qu’un amas de décombres, accumulés par le fer ou par le feu…
  2. II) St ce renouveau quotidien des mêmes angoisses, des mêmes cruelles incertitudes, qui lasse le courage des plus vaillants

III) Sursum corda. Haut les coeurs, plus haut encore… Nous avons passé les jours les plus cruels ; nous passerons ceux-ci encore… Nous sommes actuellement immolés sur l’autel de la Patrie… Sursum corda ; nous nous relèverons de nos ruines ; notre cathédrale revivra ; elle n’est pas atteinte malgré les efforts de l’ennemi, dans ses œuvres vives. Nos maisons se relèveront … faisons vivre dans nos cœurs des sentiments de confiance et d’espérance… ceux-là seulement sont la vérité parce que tous les autres engendrent l’affaissement et la mort. Sursum corda ; élevons-nous jusqu’à l’idée de la France à racheter et de nos pêchés à expier, et maintenons-nous, par l’esprit de foi et la prière sur ces hauteurs. Toute Rédemption exige du sang et des larmes. Nous sortirons de l’épreuve purifiés et grandis.

Visite sous la direction de M. Léon, de la commission des Monuments Historiques. Ces Messieurs ont paru très bienveillants ; on commencera la couverture provisoire de la cathédrale aussitôt le bombardement… terminé, et c’est toute la cathédrale qu’on veut rendre au culte le plus tôt possible en fermant les portails et les vitraux. Deo gratias !

Ce soir, visite de M. Whitney Warren, grand ami de Widor et St. Saens, membre de l’Institut à titre étranger…

L’aumônier militaire à cheval photographié cette semaine passée près de la cathédrale est l’Abbé Umbricht 20ème Division – 10ème corps d’armée.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 27 septembre 1914

16ème et 14ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  La bataille a duré toute la nuit, peu de canon il m’a semblé. En ce moment il tonne assez loin me semble-t-il. Illusion. Voilà trois coups qui sont plus rapprochés. Mon Dieu ! Que les aurai-je entendu ces coups de canon, que de fois me suis-je dit : il s’éloigne, nous avançons donc ! or il n’en n’était rien…  Quelle torture morale !

6h1/4  M. Charles Heidsieck est venu me voir vers 10h du matin, nous avons causé, écrit chacun une lettre pour les nôtres, lettres qu’il fera parvenir par une automobile de l’ambulance qui se trouve chez Monsieur G.H. de Mumm. Il m’emmène vers 11h, et nous allons à la maison G.H. Mumm porter nos lettres, puis passons à sa maison de commerce rue de la Justice. Là je vois de réfugiés dans ces celliers. Ce sont de vraies scènes des temps antiques, tous ces gens sont calmes. En allant ensuite voir à la maison de son frère, M. Henri Heidsieck, rue Clicquot-Blervache, 10, en passant devant la clinique Lardenois on nous dit que la Municipalité à préconisé de faire des provisions d’eau à cause de certaines réparations qu’il y aurait à faire au château d’eau, sur lequel les allemands auraient tirés. Je quitte M. Heidsieck, le laissant aller seul chez son frère, et je cours chez moi prévenir ma domestique pour qu’elle fasse aussi sa provision d’eau. Je reviens rue St Hilaire 8, chez son fils Robert, parti au service, où M. Heidsieck s’est réfugié depuis le bombardement de sa maison rue Andrieux. Je déjeune avec lui, tout en devisant sur les événements, sur nos inquiétudes, nos désirs et surtout notre situation insupportable qui dure depuis 15 jours. Puis il me demande de faire un tour avec lui, de pousser même jusqu’à l’Hospice Roederer, rue de Courlancy. Le canon tonne continuellement. Nous rencontrons M. Eugène Jouët, puis M. Mareschal qui rentre à sa clinique Mencière. Nous apprenons que la situation n’est guère changée mais cependant meilleure. Qu’on avait intercepté un radiotélégramme des allemands leur donnant l’ordre de l’attaque générale sur tout le front, ce qui nous expliqueraient les combats incessants, de jour et de nuit, d’hier et d’avant-hier…  Par contre nous leurs rapportons ce que nous avions appris auprès de M. Robert Lewthwaite à l’Hôtel de Ville ce matin, c’est que la situation était plutôt bonne et que l’armée du Général de Castelnau, qui est au-delà de Péronne, prononcerait actuellement à un mouvement d’enveloppement sur la droite des allemands au point même de leur faire face du nord au sud. Ce serait un gros avantage si c’était vrai.

On peut remettre des lettres : à la clinique Roussel au docteur Simon tous les jours avant 10h du matin, elles partent le soir pour Paris par des ambulances, demain sur le bureau du Sous-préfet de Reims et à la Mairie qui les fait mettre à Épernay ou à Châlons à la Poste.

Le Ministre des Beaux-Arts M. Dalimier (en fait le Sous-secrétaire d’État de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts) est venu hier avec son Secrétaire d’État pour visiter la Cathédrale de Reims, et va la faire examiner par deux commissions à l’effet de voir à  la protection temporaire de ses voutes et à sa réfection. Il parait que l’Ambassadeur des États-Unis d’Amérique a tenu à voir de ses yeux les actes de vandalisme des allemands. Ils étaient encore ici aujourd’hui. Cette présence de l’ambassadeur d’Amérique a une grande portée et une grande importance, comme conséquence et surtout pour fixer le Monde entier sur la façon dont les allemands comprennent la Guerre au XXème siècle et se conduisent envers nous et nos monuments !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans l’après-midi de ce jour, je puis me rentre chez mon beau-frère, place Amélie-Doublié et remarquer qu’une barricade, ou plutôt un barrage de tonneaux a été installé sur le pont de l’avenue de Laon. Pendant toute la durée du trajet, j’entends nos pièces tirer ; la riposte est faible

– On apprend qu’hier après-midi, un officier général aurait été tué aux portes de Reims, près de route de Cernay, au moment où il inspectait des batteries. C’est, paraît-il le général Battesti.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Nuit plus calme autour de Reims : mais toujours le canon au loin. 5 h à 8 h. 1/2, canonnade très violente au loin.

Le P. Heinrich me raconte que ses Pères lui ont rapporté hier ceci : 200 hommes dormaient dans une tranchée, sans sentinelle. Les Allemands les surprirent et les tuèrent tous. Un capitaine qui était à peu de distance voit venir les Allemands qui accouraient avertir que les Français ne se tenaient pas sur leurs gardes ; ils criaient : En avant, Marche ! Le capitaine les reconnaît cependant pour des Allemands. Il crie à des camarades : tirez ; lui, tombe mort, tué par les Allemands ; mais les Français finirent par repousser l’attaque avec avantage ; Avec une pareille discipline, il faudrait que Dieu fît des miracles pour que nous ne soyons pas battus (1).

La 52e Division de réserve a perdu son Général (Battesti). Elle n’a pas de Colonel ; c’est un Lieutenant-Colonel qui la mène.

Matinée tranquille jusqu’à midi.

A 1 heures le tapage recommence au nord-ouest et au sud-est. Des obus sont lancés. A 2 h. M. le Curé vient me voir et m’apprend qu’il y a eu messe chantée à la Chapelle du Couchant et qu’il y aura vêpres à 3 heures. Vendredi prochain j’irai rue du Couchant (ou à la mission ?) dire la messe du 1er vendredi, faire une allocution très brève. Visite de M. Mimil, interrompue par un bombardement, descente ad ingeros.

Messe au Couchant, il y a eu grand’messe chantée avec une assistance passable. Vêpres à 3 h., je l’ai su trop tard.

Toute la journée la canonnade a été plus lointaine ou moins vive. Vers 4 h. nous sommes allés à l’Enfant Jésus. En allant, nous sommes entrés au G. Séminaire. Pendant que nous y étions, plusieurs obus allemands ont passé au-dessus de nos têtes.

Pendant la nuit du 27 au 28, canonnade insistante toute la nuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918
(1) Anecdote entièrement fausse, d’ailleurs invraisemblable sur plusieurs points, qui donne le ton des propos mensongers dont se nourrit l’arrière.

Gaston Dorigny

On dirait que les dimanches sont destinés à être plus terrifiants que les autres jours. Toute la journée le canon n’a cessé de tonner. Dans tous les quartiers on fait des barrages.

Au pont Huet on a fabriqué des barricades avec des madriers et des arbustes de chez Jean et de chez Maillard. A quatre heures ½ du soir les obus s’abattent sur l’aviation, le Maroc et la rue Havé. Une des filles de M.Kieberlé, rue du quai militaire est tuée dans la cour de leur maison. On va de terreur en terreur et on se demande de plus en plus se qu’on va devenir. Toute la population du Faubourg de Laon émigre et on ne peut toujours rien prévoir au point de vue résultat .

C’est le quinzième jour sans changement, les artilleurs eux-mêmes déclarent que ce n’est pas une bataille de campagne qui se livre à Reims mais un véritable siège. Jusqu’ici rien ne peut faire prévoir la suite de cette bataille de Reims. Seul l’espoir et la patience font encore vivre les habitants. L’alimentation devient difficile, les magasins sont presque tous fermés. C’est toujours l’incertitude du lendemain.

Gaston Dorigny

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 Décès de cette journée dus aux bombardements

Lundi 27 septembre

Notre offensive est couronnée de succès dans deux importants secteurs du front. Au nord d’Arras, nous avons occupé tout le village de Souchez et avancé vers l’est dans la direction de Givenchy. Plus au sud, nous approchons de Thélus. Nous avons capturé un millier d’hommes.
En champagne, nous avons progressé de 1 à 4 kilomètres sur un front de 25, entre Auberive et Ville-sur-Tourbe. Nous sommes sur la route de Souains à Somme-Py et sur celle de Souains à Tahure. Les pertes de l’ennemi sont très importantes. Vingt-quatre canons de campagne sont tombés entre nos mains. Depuis deux jours, nous avons fait 23000 prisonniers valides.
Les Belges on forcé les Allemands à évacuer 200 mètres de tranchées sur l’Yser.
Les Anglais ont attaqué au sud du canal de la Bassée. Sur un front de 8 kilomètres, ils ont pénétré dans les retranchements ennemis jusqu’à une profondeur de 4 kilomètres parfois. Ils ont gagné 600 mètres de tranchées au sud de la route de Hooge et fait 1700 prisonniers.
Les Russes ont repoussé les Allemands devant Dwinsk avec des pertes énormes et poursuivi leurs avantages en Galicie et en Volhynie. On annonce que l’amirauté de Berlin rappelle ses grands navires de la Baltique par crainte des sous-marins russes et anglais.
La Bulgarie multiplie les notes aux puissances en prétendant qu’elle se borne à assurer sa défensive.

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