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Mercredi 12 décembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 12 décembre 1917

1188ème et 1186ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Je suis éreinté. Rentré ici à 1h1/2. Je ne puis à peine me souvenir de ce que j’ai fait depuis, jusqu’à présent. C’est l’affolement ou l’abrutissement.

Parti dimanche matin à midi pour St Martin voir mes aimés et Jean. Trouvé tout mon cher Monde bien portant, Jean très allant. Ces enfants sont étonnants. Passé le lundi et le mardi avec eux tous, même André qui était venu le dimanche de Châlons. Il ne manquait plus que le pauvre Roby et la fête eut été complète. Je ne reviens plus sur ce que Jean nous a conté de Verdun et de plus je n’ai malheureusement pas le temps d’écrire tout cela. Ce matin départ de St Martin à 5h. A Épernay vu à mes affaires. Vu Blondeau à la Banque de France, qui comme toujours a critiqué tout, c’est le genre « Boyard Rémois »… Inutile d’insister.

Causé une seconde avec Charles Heidsieck qui arrivait de Reims avec Henri Abelé. Tout va bien pour le contrat de Robert Heidsieck et la Donation de la Grande Maman Abelé. Vu Paul Barbe à la Banque de France d’Épernay (Paul Barbe, négociant en laines à Reims (1859-1940)). Arrivé ici par un temps merveilleux, avec accompagnement de canons et d’obus.

A la descente devant chez Dor place d’Erlon, Guichard m’attendait pour me communiquer une lettre de Lenoir député de Reims au sujet de mon fameux déplacement de Reims comme juge de Paix… Je transcris à peu près la lettre adressée à Guichard sur mon sujet : « Dites à Guédet que je ne lâche pas le morceau. J’ai vu le Garde des Sceaux qui m’a promis de laisser les choses en l’état. Je sais d’où vient le coup, mais nullement du Tribunal ! »

Voilà une question réglée, et je suis enchanté que mes juges de Reims ne soient pour rien dans cette affaire ! Vraiment cela m’eut fait de la peine.

En arrivant ici…  à mon refuge ! un fatras de lettres. Bonne Madame de Vroïl, toujours charmante. Lettre du Procureur de la République m’annonçant que j’ai été désigné pour faire partie de la commission de reconstitution des archives, minutes, etc…  pour les pays envahis avec Faupin et lui… Siège à Châlons… Cela me fait encore plaisir, car je vois que le Procureur de la République m’estime et m’aime. Je conterai cela à Bossu qui en sera certainement heureux pour moi.

Madame Girard-Amiot de Saumur me demande très gentiment de faire parvenir des chasubles et autres objets pour Merfy et St Thierry. Ce sera facilement fait. A peine arrivé reçu 4 souscriptions à l’Emprunt. Trouvé sur ma table (bureau (?) ?) un écrin avec une carte de M. Gilbrin de la Banque de France, cet écrin contenait une médaille d’argent grand modèle (0,065 m) de la Gallia de Roty, frappée spécialement pour la Banque de France à l’occasion du centenaire (1800 – 1900). Elle est jolie vraiment et je suis très touché de ce geste…  sous les bombes. Il est vrai que j’ai recueilli de l’or pour la France, au nom de la Banque de France pour la Victoire sans borne !…

La Banque de France a fait graver mon nom au revers, tout cela fait et paré d’une façon très sobre et bien artistique. C’est bien, et beau, le beau que j’aime, ainsi que ce sobre.

Après avoir ouvert mon courrier, couru au Bon Pasteur, rue Gambetta, où on me demandait. Rassuré les bonnes religieuses et bavardé longuement avec la Mère Supérieure, d’un profil supérieurement gracieux, splendide, quel spectacle radieusement joli que cette Religieuse et sa compagne m’ont donné durant ces instants ! C’est certes un avant-goût du Ciel pour lequel elles souffrent ici bas ! Et durant ces instants les obus sifflaient, le canon grondait tout près, et moi…  je causais avec le Ciel Gracieux, Glorieux !

Madame la supérieure du Bon Pasteur de Reims et Madame l’assistante, pardonnez-moi ce témoignage respectueux de notre admirable courage dont vous avez fait preuve depuis 1914. Votre juge de Paix de Guerre vous devait bien cela, et vous le doit, pour l’avenir, la Postérité.

Rentré enfin définitivement chez moi. Travail fou, et résultat pas rien ou presque rien, en tout cas mes audiences sont préparées… Je n’ai plus qu’à écrire les lettres !!!… Quel tas devant moi.

Appris en sortant la naissance d’une fille de Marcel Heidsieck (Marie Heidsieck (1917-1994), épouse de Marcel Auguste-Dormeuil (1911-1983)). Le grand-père Charles Heidsieck mon vieil ami ne parait pas enchanté, il eut préféré un garçon. A ce sujet singulière remarque : pour cette famille Heidsieck, de 2 générations en 2 générations les ainés alternent les mâles et les femelles. Appris aussi la mort tragique de Melle Jeanne Givelet (Balsamie Jeanne Marie Givelet, née en 1861 et décédée à Cormontreuil le 10 décembre 1917), sœur de mon ami Pierre Givelet, Directeur des verreries de Courcy, actuellement à Lyon dans des usines de Guerre et marié à la sœur de M. Charles Heidsieck. Tuée par un obus à Cormontreuil, près de Reims où elle était venue pour sauver quelques souvenirs de famille dans la vieille maison de campagne familiale. Quelle tragédie ! Venir se jeter dans la…  gueule d’un obus !… Une fille de M. Legrand son beau-frère a été épargnée. Encore un deuil dans cette famille éprouvée…  déjà trop.

9h1/2 soir  Il faut se coucher ! mais auparavant j’ai encore à mettre au point des allocations en appel pour demain à voir avec Albert Benoist qui m’a parlé du procès des cyanamides contre Gall et autres, un chantage. L’arrestation de Caillaux va peut-être y mettre un frein. Je m’arrête, je n’en puis plus. Je suis fourbu. Et ajoutez à cela la bataille qui gronde. Il parait qu’hier soir il y a eu une forte alerte. Enfin en verrons-nous la fin.

Dieu nous protège, Dieu protège les miens, mes chers adorés. Qui ne savent pas comme je les aime.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

12 décembre 1917 – Nuit passée assez tranquillement, malgré canonnade presque ininterrompue.

Attaque allemande, dans la matinée (9 h) et canonnade très sérieuse ; son bruit est tel, qu’en criant, nous nous entendons à peine, au bureau.

Aéros au cours de la journée. Tir sur avions et nouvelle canonnade de nos pièces pendant l’après-midi.

A 18 h 3/4, l’artillerie déclenche encore brusquement un tir très violent sur Brimont-Fresne, qui dure vingt minutes, puis le calme revient.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 12 – Nuit tranquille. – 2°. Temps couvert. A 9 h. canonnade française. Gaz lacrymogènes, ce matin à Porte-Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Mardi 11 décembre 1917

Paul Hess

11 décembre 1917 – La nuit dernière a été très mouvementée.

A 21 h, une attaque allemande, qui provoquait un tir très nourri et prolongé de notre artillerie, avait lieu vers Brimont. Le même genre de tir reprenait dans la seconde partie de la nuit, et durait près d’une heure (contre-attaque de notre part).

Beau temps. Dès le matin, cinq aéros boches se promè­nent déjà du côté des lignes et viennent jusqu’au-dessus de la ville, malgré le tir de nos pièces.

Nous apprenons qu’un bombardement par avions a eu lieu, la nuit, sur Épernay et Châlons (probablement par ceux que j’ai entendu passer et repasser).

A 13 h 1/2, bombardement par obus à gaz, vers Gerbert. Des habitants sont incommodés dans le Barbâtre et place Museux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 11 – – 1°. Nuit tranquille jusqu’à 4 h. De 4 h. à 5 h. 1/2, très violente canonnade française. Quelques-uns disent que toute la nuit il y a eu du canon au loin. Les Allemands ont envoyé des gaz sur le Barbâtre : 2 soldats intoxiqués.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Samedi 1er décembre 1917

Louis Guédet

Samedi 1er décembre 1917

1177ème et 1175ème jours de bataille et de bombardement

1h après-midi  Nuit calme, mais mal dormi. J’ai eu des cauchemars terribles toute la nuit. Je ne sais ce que j’avais, sans doute excès de fatigue, car j’étais exténué hier soir. J’ai été bien longtemps à m’endormir. Ma vie est si triste et si pénible. Reçu ce matin 3 souscriptions. J’ai donc passé mes 20 000 F que je ne croyais pas atteindre.

Vu personne, au courrier de 10h 3 lettres, j’en suis heureux, cela me donne un peu de répit. Une lettre de ma chère femme, et une de Bossu mon vieil et fidèle ami de Bastia. Si jamais le ruban de la Légion d’Honneur fleurissait ma boutonnière je pourrais dire que ce n’est qu’à lui que je le devrais. Lettre aimable, charmante d’un fin écrivain. Il croyait bien que notre Procureur Général Herbaux remplacerait Monier à la Présidence de la Cour d’Appel, car il estime ce dernier comme un très honnête homme, et très droit. Il va être désillusionné ! et moi aussi car j’en aurais été bien heureux pour M. Herbaux qui m’a toujours été si bon aussi pour moi. Je pourrais dire que durant ma carrière judiciaire de Guerre ils auront été tous deux mes Providences ! Que ne puis-je le leur rendre !

7h1/2 soir  Vers 2h1/2 visite de Gilbrin, Directeur de la Banque de France, en coup de vent comme toujours ! (Rayé) Je lui ai remis 10 000 F en compte, y compris mes 5 200 F d’or. Son chef de comptabilité doit venir mercredi prochain, souhaitons que l’abbé Debout revienne me rapporter le fond de l’escarcelle de ses vieux thésauriers de Champfleury – Villers-aux-Nœuds.

Ecrit 10 pages à Bossu, pour lui conter toutes ces petites histoires d’or, d’Osmont de Courtisigny avec ses scrupules à mon sujet pour l’Emprunt, etc… Demain je lui écrirai ma lettre après avoir vu Lenoir si je le vois. Sorti juste pour acheter un journal et me faire couper les cheveux. Rien appris en chemin. Les nouvelles des journaux sont loin d’être encourageantes, réconfortantes. Où allons-nous ?? Qu’allons-nous devenir ? L’avenir est plus sombre que jamais. Je suis bien las de tout cela, et me demande si mon dévouement personnel aura servi à quelque chose en voyant tout cela. Je crois que j’ai eu tort et que j’aurais mieux fait de rester près des miens au lieu de me dévouer, me sacrifier ici pour les autres, pour mes concitoyens, ma cité et cela en pure perte.

La page suivante a été découpée, ainsi que la moitié de celle d’après.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er décembre 1917 – Très forte canonnade, ainsi que la veille, du côté de Brimont. A 19 h 1/4, bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 1er – + 5°. Nuit tranquille. Obus sifflent (sur batteries?). Ré­pondu à l’Attaché militaire de… pour Croix.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 1er décembre

Les deux artilleries se sont montrées particulièrement actives en Argonne et dans la région des Chambrettes où, après une série de violents bombardements, l’ennemi a exécuté un important coup de main qui a complètement échoué.
Un parti allemand qui tentait d’approcher les lignes anglaises, dans la région de Gavrelle, a été repoussé par les feux de nos alliés avant d’atteindre leurs tranchées.
L’artillerie ennemie a été active sur un certain nombre de points, au sud-ouest et à l’ouest de Cambrai. Les Allemands ont ensuite attaqué par masses et gagné quelque terrain.
En Macédoine, activité d’artillerie vers Doiran, dans la boucle de la Cerna et au nord de Monastir. Les batteries françaises et britanniques ont exécuté avec succès des tirs de destruction et provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions ennemi.
Vers Nonte, une forte patrouille ennemie a été repoussée.
L’aviation française a exécuté plusieurs bombardements dans la vallée du Vardar et au nord de Monastir.
Trois appareils ennemis ont été abattus, deux par l’aviation britannique, un par l’artillerie française.
Sur le front italien, combats d’artillerie vers Asiago et dans la région de la Piave inférieure.
Le comte Hertling, chancelier allemand, a annoncé au Reichstag qu’il acceptait de discuter les conditions de l’armistice offert par les maximalistes russes. Le comte Seidler a fait la même déclaration à la Chambre autrichienne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 30 novembre 1917

Louis Guédet

Vendredi 30 novembre 1917

1176ème et 1174ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  La nuit a été tranquille. Toujours même temps gris nuageux, peu froid, maussade et triste. Journée fort remplie et exténuante. Vu en courant le sous-Préfet. Fait mon courrier qui était formidable avec toutes les pièces que m’envoyaient mes 2 greffiers de Paix, Landréat et Dondaine toujours aussi dévoués. Bref j’ai été bousculé toute la journée. 4 souscriptions, dont celle du Consul d’Italie de Reims, pour sa fille Rita Mazzuchi. Tant en bons (2 000 F) qu’en numéraires (18 000 F). J’ai 20 000 F de souscrit. Arriverais-je à 30 000 F ? Je fais pour le mieux. Reçu lettre de ma chère femme, tous les enfants vont bien. Robert n’est pas encore guéri de son pied, son capitaine veut l’envoyer à l’échelon se reposer et en finir. Rien d’autre de saillant, sauf des personnes embêtantes qui ne veulent pas comprendre ni suivre les conseils désintéressés qu’on leur donne. J’en ai secoué une d’importance, Madame Guérin-Champenois, rue Havé, une cruche et méfiante en diable, et geignarde !! Elle pleurait comme un veau, mais cela m’est égal, je l’ai décidée à ne pas faire une bêtise. Il est vrai qu’elle est tellement bête qu’elle ne les compte plus.

Vu curé de Trigny, l’abbé Galichet (Louis) qui m’a souscrit 100 F de rente. C’est un boursicotier, il fait des économies, vieux ratichon, va ! Brave homme dans le fond, mais il aime bien les écus.

Vu l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, mais nos vies sont si monotones qu’on n’a rien à se dire. Voilà toute ma journée, et il me semble que je n’ai rien fait et je suis exténué. Je ne suis plus fort.

Tout l’après-midi des avions et des tirs contre eux fort agaçants.

1er décembre demain, le 40e mois de notre long martyr, et quand cela finira-t-il, on ne sait, que gâchis sur gâchis, et aucune solution !! C’est à désespérer de tout, et quoiqu’on dise les allemands triomphent et nous tiennent. Quand donc arrivera le jour où enfin nous les briserons. Je ne parle pas des Russes et de la Russie qui ne compte plus. Si cependant ils avaient tenus, la Guerre serait finie, ou tout au moins bien prêt de finir, hélas ! Tout cela est navrant, décourageant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

30 novembre 1917 – Nuit ni plus ni moins mouvementée que les autres.

A 17 h, forte canonnade vers Brimont ; il s’agissait d’un coup de main allemand sur Loivre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

montage : Thomas Geffrelot


Cardinal Luçon

Vendredi 30 – Retour à Reims ; départ de Paris 8 h., arrivée à Épernay 10 h. 30 ; à Reims à 11 h. 45. Visite d’un soldat d’Évreux. Visite de M. Abelé (celui des fils Abelé qui est marié). Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 30 novembre

Actions d’artillerie au nord de l’Aisne et dans la région de Sapigneul.
En Champagne, au nord du Cornillet, l’ennemi a tenté, à l’aide de gros effectifs, un coup de main qu’il avait fait précéder d’un bombardement rapide et violent; nous l’avons repoussé en lui infligeant de lourdes pertes.
En Argonne, une incursion dans les lignes allemandes, à l’ouest de l’Aire, nous a permis de ramener une dizaine de prisonniers.
Deux coups de main ennemis, l’un sur la rive gauche de la Meuse, dans la région de Béthincourt, l’autre sur la rive droite, au nord-ouest de Vaux-les-Damloup, ont complètement échoué.
Les Anglais ont repoussé une attaque allemande sur les positions belges de Aschhoop. Ils ont fait quelques prisonniers au sud de la Scarpe. Ils ont avancé leur ligne à l’est du bois de Bourlon et repoussé un coup de main vers Avion.
En Macédoine, la lutte d’artillerie a repris avec une grande activité sur l’ensemble du front et spécialement dans la région de Monastir.
Le tir de nos batteries a provoqué une explosion dans les lignes ennemies.
L’aviation britannique a bombardé Drama et les campements ennemis aux environs de Sérès et de Petric.
Sur le front italien, les Autrichiens essaient vainement de franchir la basse Piave.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 19 novembre 1917

Louis Guédet

Lundi 19 novembre 1917

1165ème et 1163ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La nuit a été calme. Ciel couvert, gris, plutôt doux, ciel de novembre. Quelques obus durant la journée.

Ce matin rien de saillant. Cherché mon courrier à 10h, pas mal de lettres. Puis après les avoir ouvertes et parcourues, été rue Dieu Lumière, 27, pour faire un recollement de l’inventaire Gardeux pour mon confrère et ami Jolivet, avec Dondaine et Houlon pour les Hospices qui sont les légataires éventuels. Suivi toute la rue des Capucins, remonté la rue du Ruisselet jusqu’à la rue Simon que j’ai montée jusqu’à St Remy. Les écoles au coin de la rue du Ruisselet et de la rue Simon sont complètement effondrées. L’aile droite de la Maison de Retraite est fortement endommagée par le bombardement d’octobre dernier. Entré à St Remy, le maître-autel est dégarni de tous ses ornements. Il y a encore des vitraux de détruits dans des chapelles de la nef. Continué par la rue St Julien et enfin enfilé la fin de la rue Dieu Lumière. C’est là le désastre, les maisons à partir du 27 où j’allais sont pulvérisées… Trouvé personne, mes oiseaux étaient filés. Rentré chez moi en passant par les rues des Créneaux, du Barbâtre, Cardinal de Lorraine et du Cloître (pas de grands dégâts sans ces rues) pour donner des circulaires à imprimer à l’Éclaireur de l’Est pour la Chambre des notaires afin de prévenir les confrères mobilisés qu’ils peuvent être envoyés en permission du 23 novembre au 17 décembre 1917 pour recevoir les souscriptions au 3e emprunt, mais cette permission se confondra avec les 10 jours de permission de détente auxquels ils ont droit pour ce trimestre.

Après-midi porté mon courrier, écrit quantité de lettres, en route rencontré 3 ou 4 personnes qui m’ont dit qu’elles souscriraient chez moi ! Le bas de laine de Reims n’est pas encore complètement vide. J’estime que j’aurai surtout de petits souscripteurs, quelques centaines de Francs, quelques milliers de Francs.

Enfin me voilà passé sous Gouverne de la Banque de France à Reims !! Que n’aurais-je pas fait durant cette Guerre ?! A quelle sauce ne m’aura-t-on pas mis ! Durant ces 3 dernières années ma vie aura été un roman, terrible et formidable roman. Roman dont j’espère à pouvoir bientôt tourner le dernier feuillet pour ne plus le revivre…  Jamais !!

Reçu nouvelles de Robert qui va bien, ainsi que son frère Jean. Ils sont au Bois-le-Prêtre, secteur fort calme me dit-il.

Passé ce matin devant la statue de Louis XV, dont le Génie militaire entoure les soubassements de Pigalle par un mur de protection. Cela monte petit à petit, mais bien lentement à mon sens. J’en avertis M. Jadart, notre dévoué secrétaire général de l’Académie de Reims, et lui apprend que le musée Gallo-Romain qui était dans les sous-sols de l’Hôtel de Ville est indemne. Je lui signale aussi que le monument de l’abbé Miroy, au cimetière du Nord, n’est pas encore protégé comme l’Académie en avait formulé le désir à la Municipalité de Reims.

Voilà ma journée…  bien remplie. Je suis fatigué, et puis aussi c’est la fatigue accumulée. Pourvu que je ne succombe pas !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 19 – + 6°. Nuit tranquille ; projections. 9 h. lourde canonnade française (?) qui ébranle les portes et le sol, de Méry-Prémecy, de Brimont, dit-on. Visite à M. Albert Benoit, non rencontré. Visite de Sœurs des Trois- Fontaines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 19 novembre

Activité d’artillerie au nord du Chemin des Dames, et vers le Schoenholz, plus vive au nord de la cote 344 (rive droite de la Meuse).
Dans la haute vallée du Skumbi, nous avons replié nos détachements de reconnaissance avancés. Ce mouvement n’a nullement été inquiété par l’ennemi.
Les Italiens continuent à se maintenir contre la pression austro-allemande, gagnant du terrain en plusieurs endroits. Le chiffre de leurs prisonniers dépasse 1200.
Les Anglais ont occupé le port de Jaffa, en Palestine; les Turcs refluent vers le nord.

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Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 10 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 10 avril 1917

941ème et 939ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Toujours le même temps avec bourrasques de neige, de grésil, etc…  il fait réellement froid. Toute la nuit nos canons ont grondé et parfois je croyais que c’était des obus qui nous arrivaient dans le voisinage, aussi étais-je inquiet et ai-je mal dormi. Et puis cette vie de cave !! Des rayées de beau soleil. Toute la matinée assez calme…  mais la Bataille vers Brimont ne discontinue pas depuis hier midi. Aussitôt levé, je déjeune rapidement. Je dis levé !! c’est une manière de parler, car voilà 4 jours que je ne me déshabille pas !! aussi toilette fort sommaire, on économise l’eau qui nous est refusée puisque les conduites sont toutes coupées. Hier nous avons pu en ravoir un peu, mais de l’eau de ruisseau.

Je vais au Palais de Justice porter une lettre pour ma chère femme et prendre ce qui m’est arrivé de courrier. En route je remarque de nouvelles étiquettes sur les portes, priant de s’adresser à la maison d’à côté ou d’en face, à M. X ou Y…  Combien en aurais-je vu de ces avis, tristes comme un adieu.

A la Poste je trouve des lettres, une de ma femme qui s’inquiète beaucoup de moi, elle me donne de bonnes nouvelles de Robert du 7/8, me dit que Jean est reçu aspirant 143ème sur 600, et qu’il est affecté au régiment de son frère au 61ème d’artillerie. Puisse ces deux grands se retrouver, eux qui ne s’étaient jamais quittés avant il y a 1 an. Je termine ma lettre commencée et je tâche de rassurer ma pauvre chère femme. Quand donc pourrais-je aller la rassurer complètement, définitivement. Et cependant, quand j’y songe, je ne puis croire que cela dure encore longtemps, et que les allemands ne tardent pas à se retirer et déguerpir. Je cause avec les employés des Postes, de braves gens. Rencontré le sous-préfet…  vaseux comme toujours. Je vais jusqu’à la Mairie où je vois le Docteur Langlet, de mauvaise humeur plutôt, çà passera. Houlon, Raïssac, soucieux comme toujours, rencontré aussi Charlier, Honoré, qui protestent contre les pillages éhontés des troupes ; Cette nuit Honoré a presque été obligé de se battre avec ces saoulards.

Il a préparé un rapport pour la Place. Ce qu’il vient de me dire tout à l’heure a fait du bruit, qu’on en fusille quelques uns, que les officiers, au lieu de faire la noce avec des femmes tiennent leurs hommes cela n’en tarde que mieux, sinon il y aura des rixes et des bagarres. Certains ne parlent rien moins que de tirer sur les soldats quand ils en trouveraient en train de piller.

Je repasse chez Michaud prendre le Matin et l’Echo, puisque nous ne pouvons plus avoir de journaux du soir, ceux de Reims ne paraissant plus ! Le Courrier de la Champagne depuis quelques jours et l’Éclaireur de l’Est à partir de demain. Je redescends au commissariat du 1er canton, où stationne toujours la même foule d’émigrants, calmes, résignés. Pas un mot, pas un cri. Ces embarquements se font sans bousculade et sont parfaitement réglés et opérés par le Commissaire de Police Carret, son secrétaire et Camboulive. Je signale la conduite de M. Carret qui a été parfaite, homme de sang-froid et de tête. C’est le meilleur de nos commissaires de Police. Speneux, 3ème canton, un brave homme qui boit. Gesbert, 2ème/4ème canton, un policier qui ne se compromettra jamais, pas franc et auquel je ne me fierais pas. Le vrai type de policier cauteleux et fourbe. Je cause avec le brigadier Camboulive qui me dit qu’à chaque voyage on peut prendre 275 voyageurs, 25 par voiture. Il estime que pour le canton il y a déjà 2000 départs. J’entre chez Mme Regnault où j’écris un mot à ma pauvre femme pour la rassurer, que je remets à une évacuée qui la mettra à la Poste à Épernay. Je repasse chez Melle Payart qui pleure, ainsi que sa compagne Melle Colin. Je ne sais que leur dire, c’est délicat de donner un conseil. Elles craignent un départ par ordre et filer à pieds. J’ai beau m’évertuer à leur dire que cela n’est pas possible d’après ce que je sais. Rentré pour déjeuner, j’écris des lettres, vers 2h je retourne à la Poste. Rien de nouveau. Le sous-préfet s’est installé dans le cabinet du Président, près du greffe de Commerce. Je pousse jusqu’à la Ville. Dans le cabinet du Maire Raïssac et Houlon. A peine entré le Général Lanquetot, commandant la Division, entre. Je me retire et attend qu’il soit parti. Quand il sort je cause quelques instants avec Houlon qui me dit que le Général venait dire au Maire : « Qu’il avait reçu l’ordre formel du Gouvernement de ne faire aucune évacuation par ordre ou par la force, que cette évacuation était laissée à l’initiative individuelle et de la municipalité qui pouvait, si elle voulait, user de persuasion et même de légère pression si bon lui semblait, mais que néanmoins (malgré le délai annoncé, 10 avril 1917 comme dernier délai de rigueur) il se tiendrait à la disposition de la municipalité pour leur fournir des automobiles militaires s’il y avait de nouveaux départs !… » Bref on laisse libre les habitants de rester ou de partir. C’est ce qu’on voulait.

Je demande à Houlon s’il a parlé au général des pillages de ces jours derniers et d’hier ? Non. Je le regrette, et lui signale la scène scandaleuse que j’avais vue hier après-midi sous le péristyle du Théâtre vers 3h1/2 à 4h en quittant l’abbé Camu, une 10aine (dizaine) de soldats du 410ème de ligne cantonnés là qui étaient ivres comme des Polonais. Ce n’était pas avec leur quart de vin qu’ils avaient pu se mettre dans cet état. Quand donc serons-nous débarrassés de ces gens-là. Il parait que ce matin, place des Marchés, devant chez Pingot, on trouvait des bouteilles de Champagne vides et pleines dans la rue… !!

En parlant d’évacuation, voyant 2 officiers d’intendance suivre 2 filles et chercher un refuge pour leurs amours de passage, je dis à Houlon et Charles : « Tenez, ce ne sera pas ces femelles-là qu’on évacuera ».

Ce sera plutôt des honnêtes gens comme nous ! Il était de mon avis. Il me demande de noter tout cela sur mes notes, car, ajouta-t-il, « on en aura besoin, ainsi que de votre témoignage après la Guerre. Vous avez été un témoin impartial parce que pas dans la municipalité, et vous pourrez dire ceux qui ont été courageux et ceux qui auront été lâches. Je le lui promets. En le quittant je repasse par l’archevêché, où je vis Mgr Neveux à qui je rapportais la déclaration du Général Lanquetot. Il me confirma que nul des prêtres de Reims n’avait songé à quitter la Ville, et que du reste Son Éminence avait donné ordre que chacun restât à son poste. Il n’y a que l’abbé Dardenne qui faisait l’intérim de Saint Jean-Baptiste, sa paroisse n’existant plus, à qui on a conseillé de partir. Je le quitte pour aller voir Melles Payart et Colin et leur dire ce que je viens d’apprendre sans commentaires. Je paie à Melle Payart les provisions qu’elles m’avaient remises ce matin, un jambon entouré, du sucre, du chocolat pour 29,35 F…  Nous causons, elles sont très hésitantes. Je rentre chez moi et me mets à ces notes. Vers 4h1/2, voilà mes braves filles Melles Payart et Colin souriantes, la bouche en cœur, ce ne sont plus les larmes de tout à l’heure, qui me déclarent ! Eh ! bien nous restons !! Alors je leur rendais leurs provisions. Je taquine Melle Payart et lui reproche de m’avoir mis l’eau à la bouche avec son jambon que je n’aurais même pas goûté…

Pourvu qu’elles aient une bonne inspiration et que rien ne leur arrive. Ce serait un remord de les avoir presqu’engagées à rester. Et puis surtout que nous soyons bientôt dégagés. On dit le communiqué très bon. Les Anglais auraient avancés de 3 à 4 kilomètres entre Arras et Lens, fait 5 à 6000 prisonniers dont 377 officiers, et quantité de matériels. Allons-nous avoir enfin la victoire…? Et pour nous la Délivrance. Délivrance à laquelle je n’ose presque plus croire ni penser.

8h soir  Vers 7h, Ovide, le gardien des maisons de Louis de Bary, vient de me prévenir que des soldats du 1er Génie, logés près de l’immeuble de la rue Lesage sont ivres morts, ayant pillé du vin soit chez la voisine, soit chez Louis de Bary. Je lui ordonne d’aller à la Place et de faire arrêter les pillards. 1h après il revient me dire que les gendarmes ont arrêté sous ses yeux 6 soldats du 1er Génie ivres. 3 qu’on est obligé de mettre dans une voiture, incapables qu’ils sont de pouvoir marcher, les 3 autres ont pu partir à pied ! J’écris cela à Raoul de Bary, mon co-séquestre, en le priant d’en référer à nos députés et au Ministre de la Guerre.

II faut que ces pillages honteux cessent, pillages tolérés pour ne pas dire suscités par les officiers. Il n’y a qu’un moyen de faire cesser cela, non pas sévir contre le soldat, mais punir rigoureusement (peine de mort ou dégradation) l’officier ou le sous-officier immédiat de ces hommes. Deux ou 3 cas comme cela et les galonnés musèleront leurs soldats et les tiendront. Mais ces officiers immédiats en profitent et forcément ferment les yeux.

Ovide me disait que rue Pluche l’autre jour lors des incendies des soldats attendaient, cachés derrière les coins des rues que les pompiers fussent partis et que les décombres soient éteintes pour courir aux caves et les piller.

L’insistance de l’autorité militaire à vouloir faire partir les habitants est toute expliquée par ces quelques faits. C’est un soufflet pour eux dont ils ne se laveront jamais. Si je survis, mon témoignage vécu sera là pour le rendre plus retentissant, en plein jour, et en pleine lumière.

Je verrai demain si je n’aurais pas à écrire au Procureur de la République.

Nous sommes descendus en cave à 8h, les obus sifflaient, mais cela parait avoir cessé. Il est 8h25. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. Mes 3 Parques dorment déjà. Hélas ! Quand pourrais-je sortir des ce tombeau et reprendre un peu une vie humaine et civilisée, vie de bête traquée…  par la mort. Quelle vie, quel martyr, quelle agonie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 avril 1917 – Départ de ma sœur, Mme Montier, à 6 h, pour Châlons s/Marne. Au point de vue de son propre intérêt, de sa sécurité, c’est avec la plus grande satisfaction que je la vois s’éloigner de Reims.

Quelle va être dès aujourd’hui ma nouvelle organisation per­sonnelle ? Nous verrons. Pour le moment, je pense pouvoir, au pis aller séjourner provisoirement à l’hôtel de ville, où vivent déjà, jour et nuit, quelques employés, et lorsque l’heure est venue de me rendre au bureau, j’y transporte mes effets, déménagés de la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire un sac à main avec une musette con­tenant un peu de linge.

La mairie est encore une fois l’hôtel du plein air, avec ses grandes fenêtres où flottent les lambeaux du dernier calicot — posé déjà à trois ou quatre reprises, en remplacement des vitres. Il y fait froid ; temps de giboulées. Le vent enlève et fait voltiger les débris de matériaux.

La canonnade terrible qui tonnait au loin depuis plusieurs jours, redouble d’activité ; elle est assourdissante aujourd’hui, au point que, dans le bureau, nous ne nous comprenons pas en nous parlant à l’oreille. En même temps, le bombardement est toujours très dur et serré. Nous en arrivons vite à examiner la question de notre installation à demeure à l’hôtel de ville. Cullier décide d’y coucher dans la partie du sous-sol où ont déjà pris place des se­crétaires, inspecteurs, brigadiers ou agents de la police, ainsi que des employés ou appariteurs. Un emplacement m’y est réservé pour le cas où il me serait impossible de regagner, le soir, le n° 10 de la rue du Cloître, maison de mon beau-frère, où je crois pouvoir élire domicile à partir de demain.

Depuis le 6, c’est-à-dire en quatre jours, on compte une qua­rantaine de victimes civiles, qui doivent être enterrées d’une façon des plus sommaires, par les soins de M. Adam, employé à la So­ciété des Pompes Funèbres, resté seul à Reims, de ce service, ad­judicataire de l’entreprise des inhumations et aidé en cela par le petit groupe des courageux brancardiers volontaires, pour les pré­paratifs ou les formalités indispensables d’identification, avant l’acheminement vers le cimetière.

Le journal Le Courrier de la Champagne a cessé de paraître le 7, samedi dernier. Aujourd’hui, L’Éclaireur de l’Est, annonce, lui aussi, qu’il arrête sa publication.

— Après avoir dîné à la popote de la « comptabilité » je re­tourne aux caves hospitalières de la maison Abelé, où ma foi, je vais passer encore une nuit, pour répondre à l’offre aimable qui m’en avait été faite et que j’avais acceptée éventuellement, car il faut compter, surtout maintenant et de plus en plus, avec le peu de possibilité de circuler que les Boches ne se font pas faute d’inter­dire absolument, en faisant intervenir brutalement leur artillerie, d’un moment à l’autre. Chemin faisant, c’est avec surprise que je vois brûler, du haut en bas, l’hôtel Olry-Roederer, 15, boulevard Lundy, par suite, certainement de l’arrivée d’un obus incendiaire. Sans les crépitements produits par les flammes qui le dévorent, mon attention n’aurait pas été attirée à ma gauche, tandis que je traversais le boulevard pour gagner la rue Coquebert, car il n’y a même pas un curieux pour le regarder flamber.

La ville offre un aspect lugubre, celui des plus mauvais jours ; personne dans les rues. Les risques augmentent journelle­ment ; la population s’est réduite à vue d’œil. Reims est déserte comme elle ne l’a pas été encore. Ceux des habitants qui restent savent que les précautions, même les plus sérieuses sont insuffi­santes pour leur donner la moindre garantie, mais ils espèrent fermement que l’offensive dont on a parlé va bientôt les libérer et leurs espoirs sont d’autant plus tenaces, actuellement, que voilà deux ans et demi qu’ils les nourrissent en persistant dans l’opiniâ­treté.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 10 – Nuit moins terrible ; grande activité de notre grosse artille­rie. Les Allemands lancent moins de bombes. Aéroplanes dès le matin ; + 4°. A 8 h. matin, quelques bombes sifflent. Violent travail de notre artillerie sur Brimont (?). Dans l’après-midi bombes continuellement lancées par les Allemands sur… Dans la journée giboulées de grêle et de neige. Violents bombardements ; violente canonnade toute la nuit. Incendie place Godinot. Couché dans mon bureau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 10 avril

De la Somme à l’Aisne lutte d’artillerie et rencontres de patrouilles.

Au nord-ouest de Reims, une attaque allemande sur nos positions, en face de Courcy, a échoué sous nos tirs de barrage. Au sud de cette localité, deux détachements ennemis ont été repoussés après un vif combat à la grenade.

Dans la région de Maisons-de-Champagne, nous avons réalisé quelques progrès.

L’armée britannique a attaqué l’ennemi sur un large front. Du sud d’Arras au sud de Lens, elle a pénétré partout dans les lignes ennemies, réalisant sur tout les points une progression satisfaisante. Vers Cambrai, elle a enlevé les villages de Hermies et de Boursies et pénétré dans le bois d’Havrincourt. Du côté de Saint-Quentin, elle s’est emparée de Fresnoy-le-Petit et avancé sa ligne au sud-est de Verguier. Le chiffre des prisonniers paraît considérable.

L’Allemagne se refuse à reconnaitre l’état de guerre entre elle et l’Amérique.

La république de Cuba, après avoir déclaré la guerre à l’empire germanique, a prescrit la saisie de tous les bâtiments allemands qui se trouvaient dans ses eaux.

Goutchkof a révoqué deux généraux responsables de l’échec russe du Stokhod.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 14 août 1916

Louis Guédet

Lundi 14 août 1916

702ème et 700ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Très beau temps après l’averse d’hier soir qui a sauvé une partie de ce pauvre Hôtel-Dieu qui a flambé toute la nuit et St Remy. Je suis allé voir cela ce matin. Toute la partie historique de l’Hôtel-Dieu, le cloître et le grand bâtiment d’honneur ont tous leurs étages brûlés, en cendres. En plus de cela la chapelle (l’ancienne bibliothèque des Jésuites) ainsi que le dortoir au-dessus n’existent plus. C’est une vraie perte pour l’histoire de Reims. La table de Godart avec sa légende a été sauvée, cette table de 4 à 5 mètres de longueur sur 1 mètre 50 de large est une planche d’une seule pièce de 10 centimètres d’épaisseur qui a été prise dans une branche du chêne de Saint-Basle, près de Verzy. Que devait être le chêne lui-même ! Cette table porte, coulée en plomb : les armes de Godart, le donateur « D’azur au chevron d’or accolé de 3 roues du même, 2 et 1 », l’anagramme de Godart (Go→) Go et un dard. Godart et les 2 inscriptions suivantes : « D’une branche de chesne de Sainct Basle, l’an MVXXX »

En pièce jointe le dessin de cette table, intitulé : Table de Jean Godart. Incendie de l’Hôtel -Dieu

Go suivi d’une flèche, avec en perpendiculaire « d’une branche du chêne St Basle 1510, et suivi du texte suivant : Du don Faict par M. Ian Godart datigné chantre de Reims. Maistre et proviseur de céans Ma donné l’an XVcXXX – Priez pour luy.

Tout le rez-de-chaussée du cloître est intact pour ce qui est vouté. L’escalier monumental et sa rampe du XVIIIème siècle devant la chapelle avec la colonne du vestibule unique qui soutient tout le poids de cet escalier sont sauvés, mais résisteront-ils à l’eau dont ils ont été imprégnés ? Les 2 salles de réception du bâtiment sur la Cour d’Honneur, avec leurs belles boiseries du XVIIIème siècle sont intactes, ainsi que le grand portrait en pied du Cardinal de Lorraine, mais gare à l’humidité et les intempéries !!

Le musée lapidaire autour du cloître n’a rien et c’est compréhensible. J’ai revu le tombeau de Jovin et la sainte face de St Nicaise, si curieuse et si obsédante avec son regard qui vous suit de quelques façons que vous le regardiez.

Tout çà a flambé toute la nuit. Ce matin cela brûlait encore et fumait. J’ai erré dans tant et à travers, tout cela pendant 3h. Saint Remy a été sauvé grâce à la présence d’esprit et à l’initiative de Lesage, l’aide de Ravaud, mon pharmacien de la rue du Cadran St Pierre, qui fait fonction de chef pharmacien de l’Hôtel-Dieu justement, qui avec Speneux, le commissaire de Police du 3ème canton, qui en fait rempli les fonctions de ministère public à mes audiences de simple police a paré au danger.

Les flammes du bâtiment qui touche l’aile nord du transept de St Remy, ou se trouve la sacristie et la statue de Jean-Baptiste de la Salle traversaient la rose centrale et celle-ci, les flammes aspirées par le regard rond à la clef de voûte pour livrer passage aux matériaux et aux cloches, léchèrent ce regard bouché par un tampon en planche et menaçaient ainsi d’atteindre la forêt de bois qui soutient toute la toiture du monument. Voyant cela Lesage et Speneux, uniquement éclairés par une lampe de poche, grimpèrent aux combles et se précipitèrent vers ce regard et démolirent ce tampon et en précipitèrent les débris fumants et charbonnants sur le pavé du transept. Il était temps, une poutrelle de la toiture était déjà léchée par les flammes et noircie…

1/4 d’heure plus tard Saint-Remy n’existait plus. Lesage m’a conduit voir cela, et m’a donné sur place ces explications. Pauvre St Remy, pourvu que les allemands, furieux de le voir encore debout et intact, ne recommencent pas encore de lui jeter de nouvelles bombes. C’est un avion qui, survolant la basilique, voulant certainement l’incendier, qui lâcha 3 bombes incendiaires énormes qui, au lieu de tomber sur la nef, tombèrent sur la lingerie de l’Hôtel-Dieu qui se trouvait sur le bâtiment de l’Est du cloître, touchant le transept nord, à 10 mètres près c’était St Remy qui était touché.

En 20 minutes de temps tout à flambé, il n’y a plus eu que la ressource de faire la part du feu et de sauver les 82 ou 84 malades qui restaient. Pas de mort, pas de blessé. Et cependant les allemands ont tiré sur les flammes. J’ai entendu des obus siffler venant de Brimont, mais ils n’arrivèrent pas jusque là.

Juste retour des choses les infirmières laïques et combien ! il faut voir les inscriptions sur les murs, qui s’étaient installés dans les cellules du dortoir des anciennes Religieuse de St Remy, les Augustines chanoinesses, dont quelques unes sont à l’Hospice Roederer, les infirmières, dis-je, n’ont eu que le temps de se sauver. Elles ont tout perdu, elles n’ont que leurs chemises sur leur dos ! Bien volé, bien spolié, bien violé, bien souillé…  purifié par le feu…

J’étais éreinté et de fatigue et d’émotion. Quelle vie. Quelle nuit ! Quelle journée et ce n’est pas fini.

On est découragé malgré soi.

Pour compléter ce récit est joint un petit livret de 12 pages résumant et complétant cette tragique journée, et diffusé par l’Académie de Reims en 1917.

Rapport à l’Académie de Reims

Incendie de l’Hôpital Civil de Reims (Ancien Hôtel-Dieu)

Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, par M. Louis Guédet, membre titulaire.
Reims  Léon Michaud, libraire de l’Académie
Monce et Cie, Imprimeurs de l’Académie  1917

Extrait des Travaux de l’Académie de Reims, Annexe Année 1915-1916 (Séance tenue à Paris, le 8 décembre 1916).
Tirage à 50 exemplaires

Préambule : Plan approximatif de l’incendie de l’Hôpital civil de Reims (13 août 1916)
Ce document figure en pièce jointe.

Incendie de l’Hôpital Civil (Ancien Hôtel-Dieu) de Reims
Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, heure centrale.

Extrait de « Note et impressions de Guerre »
Communication de M. Louis Guédet, membre titulaire.

Depuis près de trois heures, une demi-douzaine d’avions allemands survolent la ville. Leur bourdonnement est vraiment énervant et pas un des nôtres ne vient donner la chasse à ces oiseaux de malheur ! Que peuvent bien méditer encore les Vandales ?

8 heures – J’entends le sifflement caractéristique de deux ou trois bombes d’aéroplanes dans la direction de Saint-Remi.

8h.10. – Les pompiers de Paris, casernés à l’École Professionnelle de la rue Libergier, passent avec leur automobile sous mes fenêtres, se dirigeant vers Saint-Remi.

8h.30 – Un passant me crie que c’est l’Hospice civil qui brûle, rue Pasteur, et qu’il n’y a rien à faire : « Tout flambe ! » ajoute-t-il en s’éloignant au pas de course.

Je monte aussitôt sur une terrasse du toit de mon refuge. Spectacle inoubliable de destruction et d’horreur ! L’ancien Hôtel-Dieu de Reims n’est plus qu’une mer de flammes. C’est effrayant ! Je n’ai rien vu de semblable depuis l’incendie de la Cathédrale. Pourvu que Saint-Remi ne brûle pas !

A la lorgnette, je vois cependant les flammes lécher la rosace du transept nord de la vieille basilique, puis gagner au-dessus du cloître, vers l’ouest, les bâtiments adossés le long des cet édifice.

Je me hâte vers le lieu du sinistre. Les Allemands envoient des obus dans cette direction.

Je pénètre dans la cour d’honneur : le fléau paraît circonscrit, mais le cloître, la chapelle, le bâtiment central ne forment plus qu’un immense brasier. On évacue les quatre-vingt-deux malades restant encore dans l’Hospice. Le service se fait parfaitement et avec beaucoup de sang-froid, sous la direction de M. Guichard, vice-président de la Commission des Hospices, M. Houlon, membre, M. le Dr Simon (le Dr Hoel venant d’être blessé lui-même par une autre bombe, porte de Paris), M. le Maire de Reims, Dr Langlet, M. Régnier, sous-préfet, M. le Général commandant de place, etc…  etc…

Le personnel hospitalier, ainsi que les troupes accourues à l’aide, se multiplient avec un calme et un courage admirables.

On procède ensuite au sauvetage du mobilier, mais difficilement. Les pompiers de Reims luttent de dévouement avec les pompiers de Paris.

8h.55. – Une pluie diluvienne s’abat à ce moment sur nous. Il n’y a plus rien à faire qu’à protéger les bâtiments qui ne sont pas encore atteints. On est maître de l’incendie vers 11h.1/2 du soir. Je rentre donc chez moi à la lueur de cet immense brasier, tout consterné du spectacle que je viens de contempler.

Lundi 14 août, 7h – L’incendie a duré toute la nuit. Ce matin, je ne vois plus qu’une grande fumée cachant à demi Saint-Remi. Je retourne sur le théâtre de la catastrophe.

Dans la grande cour, au pied de l’escalier de pierre à double évolution du bâtiment principal, face à la rue Simon, la pompe à vapeur, avec son teuf-teuf régulier, lance des torrents d’eau sur les décombres fumants de ce qui a été l’Abbaye de Saint-Remi. Au milieu de la cour, infirmiers et infirmières entassent produits pharmaceutiques, appareils, brancards, matelas, linges, etc…  dans des voitures. M. Guichard avec son automobile, à l’avant duquel flotte un drapeau de la Croix-Rouge, transporte les infirmières au gracieux bonnet blanc à Saint-Marcoul, (Hospice Noël-Caqué), où ont été évacués les quatre-vingt-deux malades qui restaient à l’Hôpital civil.

Je rencontre le dévoué pharmacien de l’Hospice, M. André Lesage, qui m’aide à faire mon enquête sur la genèse et la progression du sinistre, tout en parcourant les locaux incendiés.

Le feu a été mis vers 8 heures du soir, par un ou plusieurs bombes incendiaires, tombées d’un avion allemand dans le grenier qui s’étendait au-dessus de la salle Museux et de l’ancienne lingerie.

On ne sait s’il est tombé une ou plusieurs projectiles. L’interne en médecine de garde, M. Louis Brodiez, a entendu distinctement trois explosions, mais elles ont pu être produites par le même engin ; ces bombes incendiaires étant très compliquées et parfois à éclatements multiples.

L’incendie a pris tout de suite de grandes proportions. M. Brodiez et son collègue en médecine, M. Marcel Jénot (1889-1956), arrivés aussitôt qu’ils l’ont pu avec des extincteurs dans le grenier qui brûlait, c’est-à-dire au plus tard deux ou trois minutes après la chute du ou des projectiles, disent que ce grenier paraissait alors entièrement en flammes et que des poutres étaient déjà calcinées au point de tomber et de les obliger à se retirer vivement.

L’alarme fut immédiatement donnée au commissariat de police du troisième canton, place Suzanne, et la première voiture des pompiers arrivait à 8h.10. Elle devait être suivie bientôt de tout le matériel des pompiers de Paris, puis de celui des pompiers de Reims ; mais d’autres incendies ayant été allumés ailleurs par les autres aéroplanes ennemis, on ne put envoyer à l’Hôpital civil qu’une partie du matériel de secours de la Ville.

Les troupes cantonnées dans le voisinage furent alertées et vinrent également à l’aide ; car il s’agissait non seulement d’éteindre l’incendie, mais surtout de sauver les malades qui occupaient encore plusieurs salles. Il y en avait dans les salles Henrot et Bienfait, salles situées directement sous les greniers qui flambaient et dans les différentes salles du rez-de-chaussée. Il n’y avait pas de malades dans la salle Museux au-dessus de laquelle commença l’incendie.

Aussitôt l’alarme donnée, les malades, qui n’étaient déjà tous couchés, furent priés de se lever s’ils le pouvaient et de descendre sans précipitation au rez-de-chaussée. Ceux qui ne pouvaient marcher furent enlevés avec leurs matelas par les soldats, sous la surveillance des internes et des infirmières. Mais le feu prenant de plus grandes proportions, on fit sortir tous les malades de l’Hôpital et on les conduisit dans les locaux de la Maison de Retraite, qui avait été abandonnée tout récemment par les vieillards. Cet exode se fit alors qu’il faisait encore jour, ce qui le facilita. Il s’effectua sans encombre, sans heurts, avec la discipline la plus parfaite malgré le bombardement.

Entre 10 heures et minuit, avec l’aide des Sauveteurs de Reims, qu’on trouve toujours au danger, et au moyen de leur voiture de sauvetage et des automobiles de la Maison Pommery, ces malades furent définitivement  transportés à l’Hôpital Noël-Caqué où ils trouvèrent des lits.

Pendant ce temps et malgré les premiers secours, le feu prenait de plus en plus d’extension. Il gagnait dans les greniers qui s’étendent au-dessus de la chapelle et du dortoir des infirmières, (ancien dortoir des religieuses Augustines de l’Hôtel-Dieu de Reims), d’une part, et au-dessus des salles Henrot et Landouzy.

Au-dessus du dortoir des infirmières, l’incendie se propageait avec une rapidité extraordinaire, le grenier s’effondrait bientôt sur le dortoir qui, dès 9 heures, était déjà écroulé lui-même sur la chapelle. De cette partie, il ne reste absolument rien, sauf la petite sacristie, élevée sur le côté nord de la chapelle, et la grande sacristie située au fond de la dite chapelle et qui, étant voûtée, a pu résister. Les infirmières n’ont pu rien sauver de leurs effets et mobilier personnels.

Les admirables boiseries de la chapelle, ancienne bibliothèque des Bénédictins, œuvre de l’artiste rémois Blondel, qui en recommença, dit-on, à ses frais et jusqu’à quatre fois les sculptures qui ne lui semblaient pas parfaites, ainsi que les tableaux qu’elle renfermait, tout est brûlé.

A côté de la chapelle s’élève le remarquable grand escalier de pierre ; vers la même heure, tout le grenier qui se trouvait au-dessus et que dominait un petit clocheton contenant une cloche s’effondrait et les poutres continuèrent à brûler sur les marches, détériorant les dalles et les rampes en fer forgé si riches d’ornements. Les pierres des marches sont toutes calcinées et cassées : il est à craindre que ce magnifique escalier ne soit irréparable, s’il n’est pas pourvu au plus tôt à sa protection contre les intempéries du temps, qui achèveront ce que les flammes et l’eau ont commencé.

Au-dessus de la salle Henrot, on avait heureusement pu installer une lance d’eau qui empêcha un peu le feu de progresser ; mais son effet fut faible et tout le grenier de ce bâtiment ne formait plus qu’un brasier pour 9h.1/2.

De là, bien qu’il n’y eut aucune communication entre ce grenier et celui du pavillon Buirette, le fléau avait atteint la toiture de ce pavillon ; par bonheur les pompiers de Reims, entrés avec leurs pompes par la rue Pasteur, attaquèrent ce commencement d’incendie et s’en rendirent maîtres.

A ce moment une pluie torrentielle tomba. Le feu était beaucoup trop violent et trop étendu pour que cette pluie pût diminuer l’incendie, mais je suis convaincu qu’elle eut pour effet de protéger Saint-Remi contre la très forte chaleur irradiée par l’énorme brasier de l’Hôpital.

A Saint-Remi on se précautionnait contre le développement de l’incendie. Mme Mercier, femme du sacristain mobilisé, avait déjà pris ses dispositions pour qu’en cas de nécessité on pût sauver les objets précieux et le Trésor.

Comme on le sait, Saint-Remi touche l’Hôpital par toute la partie septentrionale de l’église. Le transept nord de la basilique pénètre même dans les bâtiments du cloître et la grande rosace de ce transept donne directement sur les toits de l’Hospice. Cette rosace avait eu ses vitraux brisés en partie par une bombe qui, en septembre 1914, avait déjà démoli la salle Museux, et, pour éviter le froid et les intempéries, on l’avait bouchée avec des planches.

Au contact des flammes qui dévoraient les toitures de la salle Museux et de la lingerie, ces planches prirent feu et les flammes produites par leur embrasement pénétrèrent à l’intérieur du monument, assez haut pour gagner la voûte et lécher les planches entourées de bâches qui fermaient l’oculus de la clef de voûte du transept : le danger était imminent.

Les personnes qui se trouvaient à l’intérieur de l’église voyaient cela avec angoisse ; mais, ignorant la superstructure de l’édifice et le moyen d’arriver aux combles, elles se trouvaient impuissantes à conjurer ce nouveau péril. Heureusement le commissaire de police du troisième canton, M. Speneux et M. Lesage, pharmacien de l’Hôpital, accompagnés d’un employé de Mme Mercier, furent prévenus de cet incident. Ils montèrent dans les combles et, grâce à la connaissance parfaite qu’ils en avaient, arrivèrent assez vite à l’oculus menacé. Ils jetèrent à l’intérieur de la basilique, par ce regard, les planches, bâches et autres débris qui charbonnaient déjà. Il était grand temps, car les planches embrasées touchaient une grosse poutre de la charpente qui noircissait déjà, et était assez chaude pour qu’on n’y pût que difficilement porter la main.

Saint-Remi était sauvé, grâce à ces courageux citoyens.

Entre temps, l’incendie s’étendait toujours, mais assez lentement, vers la salle Bienfait dont l’extrémité sud est contigüe à la tour nord de Saint-Remi. On put amener les gros tuyaux des Pompiers de Paris qui, par une embouchure de deux centimètres de diamètre, lancèrent un jet d’eau sous une pression de deux atmosphères. On arrêta net l’incendie de ce côté ; il n’y eut que la toiture détruite.

Dès que les malades furent mis à l’abri, on sauva tout ce que l’on put : literie, matériel, objets d’art, tableaux des deux grandes salles du bâtiment d’honneur, (anciens appartements des Supérieurs bénédictins, actuellement appartements de la Directrice), les tableaux du réfectoire des infirmières dans le cloître, la table de Jean Godart, le beau cartel Louis XV et son socle, etc…  etc…

Le Musée lapidaire n’a subi aucun dégât, ainsi que le cloître proprement dit.

On sauva la comptabilité de l’Administration de cet Hospice dès le début.

A 11h.1/2 du soir, l’incendie était maîtrisé.

En définitive, sont totalement anéantis les combles et greniers qui s’étendaient au-dessus de la lingerie, de la salle Museux, du dortoir des infirmières, du grand escalier, des salles Henrot et Landouzy et des salles Bienfait et Luton, ainsi que ces différentes salles et la chapelle ; le grand escalier monumental est brisé et calciné.

Le feu a épargné, au premier étage, la salle Doyen, adossée à Saint-Remi, et toutes les salles des malades du rez-de-chaussée, y compris les cuisines et le réfectoire du cloître. De même les deux pavillons des deux côtés de la cour d’honneur, qui renferment l’infirmerie et la salle Mansuy.

Avant de quitter ces lieux désolés, je parcourus une dernière fois les ruines fumantes et ruisselantes de l’eau déversée par les pompes à incendie.

Voici les deux salles, vides de leurs meubles, du grand bâtiment en façade, occupées naguère par les Abbés du monastère de Saint-Remi, les belles boiseries du XVIIIe siècle sont indemnes, ainsi que le grand trumeau qui surmonte la cheminée du salon de réception, représentant le Cardinal de Lorraine. Dans le réfectoire des infirmières, l’une des tables n’est pas encore desservie ; au milieu de celle-ci, se trouve encore une jardinière ornée de fleurs.

La table de Jean Godart, faite d’une branche du chêne de saint Basle portée à force de bras dans le musée lapidaire, voisine avec le tombeau de Jovin et la Sainte Face du Christ, de Saint-Nicaise, si curieuse, dont le regard obsédant vous suit de quelque côté que vous le contempliez.

De la chapelle, plus rien que des cendres et poutres fumantes. La lingerie et la salle Museux semblent immenses à ciel ouvert. Dans les autres salles, ce ne sont que fers de lit tordus, brisés, linges et matelas à demi consumés, amas de bois finissant de brûler.

C’en est fait de l’ancien Hôtel-Dieu de Reims.

Singulières vicissitudes par lesquelles aura passé cette antique abbaye de Saint-Remi qui, à travers les temps, semble avoir été condamnée à être la proie des flammes.

C’est d’abord en 1098, époque à laquelle elle est aussitôt reconstruite par Guy de la Trémoille, retour de Terre-Sainte, où il était allé secourir Godefroy de Bouillon ; puis en 1551, du fait des gens de Henri II qui y logeaient. Le roi, qui était à Reims, crut devoir réparer le dommage et donna 24 000 livres pour y remédier.

Ce couvent est ensuite rebâti vers 1657, peu de temps après l’arrivée de la Congrégation de Saint-Maur qui y fit revivre la réforme et où la nouvelle règle fut observée jusqu’à la Révolution. Cependant, toutes ces constructions ne devaient pas avoir une longue existence. Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1774, le feu s’y déclara. Tandis que les uns luttent contre le fléau ou sauvent de l’église proche, dont l’aile septentrionale est déjà attaquée, la sainte ampoule, la châsse et le bâton de saint Remi, les autres pillent, volent et jettent par les fenêtres de la bibliothèque les manuscrits qu’ils disputent à la flamme, les milliers de volumes que les Bénédictins avaient réunis à grand frais. Sur 800 à 900 manuscrits et 25.000 volumes, dit Tarbé, on ne retrouva que 11.898 volumes et 245 manuscrits.

Duroche, architecte du roi, réédifia les bâtiments du monastère ; on venait de les achever quand la Révolution éclata. Ceux-ci, abandonnés par les moines, devinrent magasin militaire, caserne, ambulance. Ce ne fut qu’en janvier 1827, que l’Hôtel-Dieu, de la place du Parvis, y fut transféré et y demeura jusqu’à nos jours. Mais, fatale destinée ! l’œuvre de Duroche et celle de Blondel, qui avaient échappé à la tourmente révolutionnaire, devaient être, hélas ! incendiées et détruites par les Huns du XXe siècle.

Sic transeunt res mundi ! Ainsi passent les choses de ce monde !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 14 août – Après le bombardement d’hier soir, nuit tranquille. Nous voyons les lueurs et la fumée de l’incendie de l’Hôtel-Dieu. Il se continue toute la nuit. Un tué, un blessé. Visite au Fourneau rue Féry, à l’Hôtel-Dieu, à l’Économe qui nous fait voir les débris et les dégâts de l’incendie. M. Dage dîne avec nous. Visite à S. Marcou où l’on amène les malades de l’Hôtel-Dieu (les soldats ont aidé à combattre le feu et au sauvetage des malades). Je suis accompagné de M. Maitrehut ; reçu par Madame… Rencontre là Monsieur et Madame de Tassigny de La Neuvillette qui me disent toute sorte de bien de M. Nicol, leur Curé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Neuvilette


Lundi 14 août

Après une série de combats préparatoires, au nord de la Somme, nos troupes sont passées à l’attaque de la troisième position allemande, qui s’étendait depuis l’est d’Hardécourt jusqu’à la Somme, à hauteur de Buscourt. Sur ce front de 6 kilomètres et demi, notre infanterie a enlevé toutes les tranchées et les ouvrages fortement organisés par l’ennemi sur une profondeur de 600 à 1000 mètres.
Nous avons pénétré dans le village de Maurepas, dont la partie sud et le cimetière sont en notre pouvoir. Nous avons porté nos lignes sur les pentes sud de la cote 109 et sur la croupe à l’ouest de Cléry. Dès à présent 1000 prisonniers valides sont dénombrés: nous avons, en outre, capturé 50 mitrailleuses.
Toutes les contre-attaques ennemies ont été brisées.
Sur le Carso, les Italiens ont dépassé le Vallone et occupé Oppachiasella. Ils ont pris 270 hommes et 3 canons.
Autour de Goritz, les Autrichiens, renforcés, résistent à l’est de la ville en se servant de leur grosse artillerie. Les alpins italiens ont conquis une nouvelle position sur la Tofana, dans les Dolomites.
Les aviateurs anglais ont bombardé les hangars de zeppelins de Bruxelles, les voies ferrées de Mons et de Namur, les gares de Busigny et de Courtray.
Les Russes sont entrés dans Stanislau et ont progressé sur le Sereth. Du 5 au 10, ils ont fait 13000 prisonniers dans ce secteur, la seule journée du 10 en ayant donné 5000. Près de Monasteritza, leur butin a été de 2500 hommes; il a été de 1000 sur la Zlota-Lipa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 8 août 1915

Louis Guédet

Dimanche 8 août 1915

330ème et 328ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Nuit assez tranquille, le temps à l’air de se remettre au beau. Je suis malade. Je ne sais ce que j’ai mais pas d’appétit et lassitude telle que je suis resté au lit jusqu’à maintenant. Je fais un effort pour me lever et écrire ces quelques lignes. L’ennui, la lassitude, le découragement, tout enfin. L’épreuve est trop longue et trop dure.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

La nouvelle que j’attendais impatiemment, d’une naissance augmentant ma famille, venant de ma parvenir, je fais l’impossible pour partir immédiatement à Épernay, car j’ai naturellement hâte d’aller embrasser notre petite Antoinette Jeanne, née le 4 et passer quelques instants, si courts soient-ils, auprès de sa mère et de ses frères et sœur.

Arrivé le 8, vers midi, par Dormans, je suis de retour le 9, à 19h 1/2, après être descendu du CBR à Pargny.

Voyage beaucoup trop court, que j’espère être à même de recommencer bientôt avec un séjour plus prolongé, cette fois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 8 – Nuit tranquille, canonnade sourde, très lointaine toute la nuit. Canon toute la journée vers Brimont. Quelques bombes sur la ville. Visite à Villedommange, aux prêtres-soldats, au presbytère et à tous les fidèles, à l’église avec M. Camu. Rencontre en route du Colonel Colas. Entré chez M. le curé des Mesneux et chez M. l’abbé Philippart.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Et pendant ce temps là, les poilus pendant une permission à Château-Thierry: Photographie : Louis Corré - Source : Gérard Corré

Et pendant ce temps là, les poilus pendant une permission à Château-Thierry: Photographie : Louis Corré – Source : Gérard Corré


Dimanche 8 août

Actions d’artillerie en Artois, autour de Souchez et de Roclincourt; entre Somme et Oise, entre Oise et Aisne, au plateau de Nouvion.
En Argonne, combat à la côte 213. Les Allemands sont deux fois repoussés; ils sont également chassés d’une tranchée où ils avaient pris pied.
Dans la forêt d’Apremont, bombardement intense.
Dans les Vosges, l’ennemi canonne le Linge et le Schratzmaennele. Sur ce dernier point, il a prononcé une attaque que nos tirs de barrage ont arrêtée. Une autre offensive a été rejetée à la baïonnette.
Les Italiens avancent autour de Goritz, que les Autrichiens évacuent progressivement.
Les Russes continuent à se battre avec vaillance autour de Varsovie.
On annonce que les Allemands envoient des quantités de troupes vers le front occidental.
L’Italie a adressé une nouvelle demande d’explications à la Tu
rquie.

Source : La guerre au jour le jour

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Lundi 14 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

14 SEPTEMBRE : 2 heures ; J’ai passé ma matinée aux Caves Pommery, sur les toits.

A nos pieds, une des deux batteries établies sur les Coutures, l’autre un peu plus loin sous la butte St. Nicaise (cette dernière n’a pas tiré le matin.

Il y a des duels d’artillerie du côté de la Pompelle, de St. Thierry, mais devant nous a lieu celui entre les batteries en question et les allemands postés à Cernay et sur les hauteurs. Ces hauteurs sont balayées par notre mitraille, mais les allemands répondent… De gros obus font des dégâts terribles sous nos yeux, sur les premières maisons du boulevard Pommery. Le spectacle est impressionnant. Le sinistre sifflement des obus qui s’abattent ensuite sur la ville, en passant très à proximité me fait chaque fois me reculer…

Et quand je redescends, j’apprends les dégâts… Il y en a dans toute la partie de la ville qui regarde les casernes de cavalerie. Il y en a beaucoup et de terribles autour de l’Hôtel de Ville, grâce à des renseignements qui n’ont pu être donnés que par des espions. Les allemands ont bombardé la rue des Boucheries où se trouvait l’Etat-Major. J’assiste à l’arrestation d’un gaillard qui est sûrement un officier allemand, en civil bien entendu. On a bien mis une affiche ce matin, mais la nervosité est telle en ville que je crains bien qu’on ne sévisse contre des innocents qu’on accusera d’avoir la silhouette boche…

Cette nuit même sont arrivés les Chemins de Fer, trains de cheminots pour la réorganisation de la gare de Reims. Vraiment, c’est merveilleux et ils ne perdent pas de temps. J’ai entendu la nuit le sifflet des premières locomotives… elles étaient fleuries, paraît-il, et couvertes de feuillage…

5 heures ; Depuis le jardin de Poirier aux Caves. Les forts sont pris, paraît-il ; Brimont seul résisterait. La canonnade est intense de ce côté. Il y a un quart d’heure les projectiles sifflaient encore au-dessus des Caves. En aurons-nous fini ce soir décidément ? La ville aspire à la paix, au repos.

8  heures ; Ce soir, j’ai appris, par les renseignements du Marquis de Polignac[1], que notre situation est vraiment bonne. 100.000 Russes sont débarqués à Ostende ; l’armée anglaise couvre l’aile droite des allemands ; il y a une armée entre Reims et Soissons, une sur Chalons ; les autres s’échelonnent, adossées à la ligne des forts de l’Est. Par ailleurs, les Russes seraient à Vienne. Les allemands me paraissent décidément en mauvaise posture. Le canon tonne encore dans la nuit venue, profitant probablement du fait que le feu des départs doit désigner plus clairement les emplacements ennemis.

Comme tout le monde soupire après la paix, c’est-à-dire pour le moment l’éloignement de ces barbares Car, décidément, les allemands se sont conduits comme des sauvages, le coup des otages d’une part, celui du bombarde ment de la ville d’autre part l’établit suffisamment.

Moi, j’ai hâte de rentrer dans une vie normale ; celle-là me tue.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Charles_Jean_Melchior_de_Polignac (note Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 14 septembre 1914

1h55  Allons ! du courage et reprenons mes notes.

Ce matin vers 6h le canon tonne et il n’a pas encore cessé, c’est un peu de tous les côtés : Nord, Est et Sud, mais je n’ai pas mission d’écrire toute la bataille (nous sommes dans le casse-noisettes). Ce matin dis-je, à 6h le canon tonne. Ayant très mal dormi je somnole jusque vers 8h. Je me lève, et le canon grondait, faisant comme un demi-cercle de mon lit du Nord à l’Est puis le Sud.

A 9h ma bonne me monte le journal « Le Courrier » qui relate la remise du drapeau français sur la tour de la Cathédrale, on me nomme avec Ronné !! et pourquoi !! je n’ai pas fait une action d’éclat, c’est un peu en chroniqueur que je suis monté là-haut, rien de plus, on a oublié l’abbé Dage.

Je vais au « Courrier de la Champagne » boulevard de la Paix. Je cause avec Gobert directeur, rien de saillant et d’accord avec lui inutile de revenir sur cette omission de l’abbé Dage, je le quitte et en traversant la rue Houzeau-Muiron, descendant vers le square Cérès (place Aristide-Briand depuis 1932) je vois des troupes massées au bout et puis un coup sec, on me dit ce sont les troupes qui sont au bout de cette rue qui tirent. Je redescends le boulevard tranquillement, je prends la rue Cérès, rencontre des équipages chargés de munitions qui vont sur le faubourg Cérès (rue Jean-Jaurès depuis 1921). Place Royale, je rencontre Ducancel, nous nous accostons, je lui dis que je viens de voir son beau-frère, M. Hébert, qui hésitait à aller à l’asile de nuit.

« Où allez-vous ? » me dit-il. « A la Mairie voir ! » – «  Je vous accompagne ! » – « Ah ! les cochons ils m’ont volé 19 rondelles (?) de benzine, mais conversant toujours, ils sont volés, cette benzine qui ne peut leur servir pour leurs autos, c’était pour dissoudre du caoutchouc, et quand ils l’auront versé dans leur récipient c’est comme s’ils y avaient mis de l’eau ! » – « Si seulement cela les faisait sauter ! » répondis-je ! (Nous causons toujours en remontant la rue Colbert vers la Mairie) « Oui, mais ça me coûte : 20 (19) à 40 F = 800 F, plus les rondelles » – « En tout 1000 Francs » fais-je.

Nous étions sur le trottoir à droite vers l’Hôtel de Ville. Au coin en face du Comptoir d’Escompte de Paris, quand tout à coup, vers la place de l’Hôtel de Ville :

Pan !! (je les reconnais) puis un tas noir (des cadavres), la place était remplie de monde…  Notre conversation avait cessée subitement. Ducancel défile je ne sais où. Moi j’hésite sous le marché de la criée entre la rue de l’Arbalète et la rue des Élus. Je choisis cette dernière pour m’éloigner de l’Hôtel de Ville car 1 – 2 – 3 autres obus éclatent pendant ma course, toujours sur ma droite.

J’enfile rue des Élus, rue du Clou dans le Fer. Au trot devant chez Michaud, je crie aux demoiselles du magasin « on tire sur nous ! » au même moment le 3ème obus éclatait, c’est certainement celui tombé chez Bayle-Dor, l’Hôtel de Metz, ou celui de Mme Janson en face au 18 rue Thiers. J’entre chez moi. Fermeture de fenêtres et des persiennes, bougies, allumettes, clefs des caves, tout le matériel du 4 septembre et nous descendons, je ferme les 3 compteurs (eau, gaz, électricité).

Adèle, les jambes flageolantes descend 2 chaises et nous reprenons nos places du premier bombardement.

Il est 9h3/4. Depuis un quart d’heure nous recevons déjà nos vieilles connaissances, mais les petites, pas les grosses (les 200 livres). Voici le compte des obus : à partir de 9h1/2 quand j’étais place du Marché, le 1er à l’Hôtel de Ville, puis 3 font 4. En descendant dans la cave +5 puis à intervalles assez distants 4 + 4 = 19, soit 20 à 25 au plus. De tous ceux-là je n’ai entendu qu’un seul sifflement caractéristique de proximité. On me dit que ce serait rue du Carrouge. Nous verrons. Il est 10h10 exactement quand nous cessons d’en recevoir ou entendre à proximité.

Je vais, je viens, je monte, redescends au fur et à mesure des vagues de la canonnade. Je regarde dans la rue, pas de traces de bombes : Rien ! et cependant à un moment donné l’escalier de ma cave donnant sur la rue était rempli de poussière jaunâtre que j’avais déjà vue le 4.

Nous remontons définitivement, ma brave domestique et moi. A 11h3/4 on n’entendait presque plus rien.

11h55  Un coup de sifflet de locomotive, je ne puis dire le plaisir qu’il m’a fait.

Autant ceux du moment de la mobilisation m’ont agacé, énervé, autant celui-ci m’a réjoui et a sonné joyeusement à mes oreilles. Ce sont, parait-il, des trains venant de Soissons qui ont amené des pièces de siège pour réduire les forts de Reims (Brimont, Berru, Nogent, Pompelle) que le général Cassagnade, le misérable, avait oublié de faire sauter le 3. Les allemands ont profité de l’aubaine et pendant les 10 jours d’occupation les avaient mis en état de défense ! C’est pourquoi notre armée a été retardée au moins 24h à Reims dans sa marche en avant.

Depuis 1h après-midi la canonnade a repris vers le nord-est ! Et il est 2h01, actuellement le canon tonne et retonne avec une rage pire qu’avant-hier, et s’éloigne avec une rapidité effrayante vers la Suippe et la Retourne. Nos troupes doivent poursuivre les Prussiens tambours battants. On croirait que les nôtres galopent dans leur poursuite. Je crois que c’est une grande bataille et une formidable déroute pour les Allemands. Le canon s’éloigne en grondant sans désemparer, il ne marche pas au galop, il vole !! Mon Dieu soyez béni !!

Demain nous saurons le résultat, mais je crois que les allemands sont écrasés. Je n’ai pas d’impression assez forte…  pour exprimer la défaite que me chante, me claironne en ce moment notre canon de 75.

Ce doit être une déroute que le Monde n’a pas encore vu depuis qu’il existe !!

Ce doit être formidable. Le canon s’éloigne comme le tonnerre, les nués poussées par un vent de la tempête.

C’est le désastre, c’est la débâcle ! Messieurs les Prussiens : C’est vous qui l’avez voulu ! Votre orgueil est brisé ! broyé ! pulvérisé ! Le colosse Germain a trouvé ses pieds d’argile dans nos plaines de Champagne : Vertus et Reims.

2h17  En ce moment les allemands doivent subir un Sedan que nos troupes leur imposent. Ils doivent se battre en désespérés. A cette distance mes vitres vibrent à chaque décharge. C’est gigantesque !!

La maison tremble, et c’est loin !! Vers Tagnon, Machault. C’est effrayant de formidable ! de grandiose. La canonnade d’avant-hier était un pétard auprès de celle d’aujourd’hui.

5h  La canonnade dure toujours du côté du fort de Brimont, ou on se bat toujours avec rage – Mon Dieu que nous soyons victorieux. Vu les dégâts du bombardement : rue Thiers maison Pozzi 1 obus, 2 obus dans les murs du Dr Chevrier et de Mme Janson qui sont fort abimés. Tricot entre les 2 n’a rien. Bayle-Dor saccagé, rue des Consuls, Corneille, Virbel, Robert (le boulanger), rue des Écrevés 3 obus. L’école des filles rue des Boucheries a été visée parce que, par des espions, ils savaient que l’État-major y était. Tristes choses, on est broyé, brisé. Pourvu que ce soit fini pour nous car je n’en puis plus. Je crois que je n’aurais même pas la force de me sauver.

Mon Dieu ayez pitié de nous. Protégez-nous, sauvez-nous.

8h50 soir  Le canon s’est tu comme de coutume vers 7h – 7h1/4. Il a donc tonné depuis 2h du matin jusqu’à cette dernière heure, mais depuis 6h du matin c’était un roulement continu.

Lueur d’incendies du côté de Bétheny et de Bourgogne. Lueurs et éclairs des derniers coups de canons. Est-ce que cette musique recommencera demain ? Souhaitons que non, mais mon sentiment est que les allemands se sont battus aujourd’hui en désespérés.

Quelle journée !!

J’ai vu vers 6h des officiers anglais en automobile rue de Vesle devant chez Charles Mennesson au n°27, la foule les applaudis et les ovationne ! Le chef, très décoré (rubans seulement selon la coutume anglaise) parait jeune quoique très grisonnant. Il sourit et salue militairement. Nos alliés ne sont donc pas très loin d’ici.

En rentrant je me heurte à Madame Potoine qui allait à la gare donner une carte postale, soit à la Poste, soit à un des employés du chemin de fer rentrés à Reims hier. Et moi qui n’y avais pas songé. Le temps d’écrire que je suis vivant et de demander si mes chéris le sont aussi et en bonne santé et où, je cours à la gare et je rencontre un employé que je connais bien M. Romangin qui se charge de mes deux cartes adressées à ma chère femme à St Martin et à Granville, et de plus il accepte d’envoyer deux dépêches avec promesse de faire attendre les réponses télégraphiques où celles-ci auront été lancées. Il a été très dévoué et m’a dit : « Je comprends parfaitement votre angoisse et soyez sûr que demain au plus tard le nécessaire sera fait. » Enfin vais-je être bientôt rassuré sur votre sort mes chéris. Oh ! quelles heures d’attente encore ! En attendant encore les canonnades prussiennes : nous verrons cela demain.

Le 4 septembre c’était la carte de visite de présentation d’entrée en relations et le 14 c’était la carte de visite P.P.C. de digestion (Pour Prendre Congé, formule très utilisée au début du 20ème siècle lorsque l’on s’absentait pour quelques temps). Bandits !! Mais ils peuvent être tranquilles, si nos soldats vont chez eux je les plains. Tous ceux à qui j’ai causé sont comme des lions quand on leur parle de cela : Hier l’un d’eux du poste près de Le Roy, le bijoutier : « Soyez tranquille, Monsieur, si nous y allons et nous irons ! après ce que nous avons vu, je les plains, même les enfants nous les étriperons !! ». « Et nous sommes tous dans les mêmes intentions ! Sachez-le ! »

J’ai préparé tout ce qu’il faut pour descendre à la cave s’il y a lieu cette nuit. Quelle vie !

Depuis 10 jours on ne fait que monter au grenier pour voir les incendies ou les batailles ou descendre à la cave pour se garer des obus !! C’est un vrai métier d’écureuil !!

Hier matin, lors de l’arrivée des français à Reims, il en est arrivé une bien bonne à 80 ou 82 de nos allemands. Durant la soirée ces 80 ou 82 soldats s’étaient installés en maîtres à l’école de filles de la rue du Carrouge au n° 7bis près du foyer Noël pour y dormir. Un voisin pas bête, sur les 5 heures du matin apprend que nos troupes vont arriver, il ne fait ni une ni deux, il va fermer doucement la porte de l’École où dormaient du sommeil…  du conquérant nos sauvages saxons, met la clef dans sa poche et attend patiemment et la conscience tranquille le premier pioupiou français qui va se présenter à lui. Il n’attend pas longtemps car à peine une demi-heure après un petit chasseur à pied, l’œil ouvert le doigt sur la gâchette de son fusil se trouve nez à nez avec mon citoyen qui, d’un air un peu goguenard, lui tend la clef de ses brebis qui dorment en lui disant : « Dis donc ! veux-tu ramener quelques Boches, voilà la clef et va ouvrir cette porte là à côté, tu n’auras qu’à les cueillir, ils sont encagés !! » Un signe au peloton d’avant-garde et nos Prussiens sont réveillés par un formidable : « Halte-là ! Haut les mains ! Prisonniers !! » Et en troupeau docile ils ont fait comme un seul homme le mouvement commandé.

Je les ai vus le soir à l’Hôtel de Ville, ils paraissaient moins arrogants que les jours précédents. Bandits devant les faibles et les désarmés, et plats, vils devant la baïonnette d’un pioupiou !! C’est bête la race !

9h25  J’ouvre mes persiennes. Vent chaud du sud et plus un bec de gaz allumé. Que se passe-t-il ? La ville est noire et sinistre. Est-ce pour éviter que les allemands ne nous bombardent encore ? Deux lueurs d’incendie, du côté de Bétheny et du côté de Cernay. Que sera encore demain ?

C’est certainement un ordre donné par l’autorité militaire, car l’électricité marche encore dans nos maisons. Enfin, à la Grâce de Dieu, et que notre sommeil soit calme et le réveil joyeux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nous nous réveillons comme nous nous sommes endormis, au bruit du canon.

Désirant, si possible, avoir un aperçu de ce qui se passe dans les directions nord et est de Reims, où nos troupes étaient dirigées hier, je monte, au début de la matinée vers 8 h 1/2, au troisième étage du bâtiment principal de nos magasins et vais m’installer à une lucarne de son pignon, situé sur la rue de la Gabelle. Je ne croyais pas trouver un si bel observatoire. De là-haut, en effet, ma vue portant parallèlement à la route, je vois parfaitement la ligne d’horizon donnée par les hauteurs juste en face, des bouches à feu en action, que je ne vois pas, mais dont la présence se révèle fréquemment par les petits nuages noirs paraissant de-ci de-là, suivis quelque temps après par les détonations de départ des projectiles. Les Allemands, dans leur retraite, ont pu assurer l’occupation de ces points élevés à leur artillerie et c’est de ces endroits et d’autres, dominant Reims, que nous entendons maintenant le canon tonner sans arrêt ; la veille au soir, les extrémités du faubourg Cérès et le quartier Cernay ont reçu quelques obus.

Je vois très bien également, mieux encore qu’avant-hier 12, lorsque je regardais dans la direction des Mesneux, les éclairs et les flocons de fumée produits en l’air par l’éclatement des shrapnels destinés à nos malheureux troupiers qui, hier, partageaient notre bonheur et depuis ont dû être contraints de rester aux limites de la ville, ou à peu près.

Il me semble que mes deux fils aînés pourraient venir examiner un instant, auprès de moi, ce triste spectacle qu’offre la guerre, puisqu’il nous est permis de le considérer partiellement et je descends, afin d’aller les chercher à la maison. Par exemple, ce que je n’avais pas prévu se produit. Après mes explications, toute la famille – c’est-à-dire ma femme et nos quatre enfants – piquée de curiosité, remonte avec moi.

Nous regardons à la jumelle encore quelques coups partir et chaque fois qu’est apparu un nouveau nuage noir, qui grossit à vue d’œil, nous percevons ensuite le son vibrant du départ. Il y a déjà une demi-heure environ que nous sommes apostés devant notre lucarne, où nous nous remplaçons les uns après les autres, lorsqu’à certain moment, nous voyons surgir un amas de fumée plus blanc et beaucoup plus volumineux que les autres ; nous attendons, comme auparavant, le bruit de la déflagration qui nous semble devoir être formidable, car il n’est pas douteux que c’est une grosse pièce qui a tiré. Soudain, le sinistre sifflement du projectile envoyé par ce coup nous annonce le passage, tout près, de l’obus.

Malheur ! cela aussi est de l’imprévu. Notre stupéfaction est grande, mais de courte durée heureusement ; nous avons ressenti ces terribles émotions le 4. L’engin a déjà fait entendre son explosion d’arrivée à courte distance et il n’est pas seul car en voici d’autres qui sifflent. Oh ! l’effroyable chose que la surprise d’un bombardement subit.

L’observatoire a été vite abandonné ; en un rien de temps, nous sommes dans les escaliers que nous dégringolons quatre à quatre. Les enfants eux-mêmes ne montrent pas d’affolement. C’est vers la cave que nous sommes naturellement attirés pour assurer notre sécurité.

Dans la cour, qu’il nous faut traverser, nous voyons le concierge de l’établissement, sa femme et sa petite-fille tenant dans ses bras son enfant nouvellement née, qui viennent nous demander de les accueillir dans notre cave ; ils auraient pu s’abriter dans celle qui se trouve de leur côté mais ils préfèrent ne pas être seuls.

Nous nous installons donc comme nous le pouvons, assis sur deux chantiers ou sur les dernières marches de l’escalier, écoutant les sifflements suivre les sifflements au milieu des éclatements d’arrivée.

A l’appréciation approximative de la direction et de la distance, il nous semble que les obus tombent principalement vers l’hôtel de ville ; notre quartier ne paraît pas visé aujourd’hui. De nouveaux sifflements et de nouvelles explosions ne nous permettent cependant pas de remonter. Cela dure une partie de la matinée.

Dès que le calme est revenu, après onze heures, je sors et pars vers l’hôtel de ville. J’apprends en chemin, de M. Ebaudy, de la compagnie des Sauveteurs, que le premier obus, celui que nous avons si bien entendu siffler et – je crois pouvoir le dire – que nous avons même vu partir, est tombé à l’angle de la maison n° l, rue Thiers, tuant six personnes dont deux à l’intérieur de la maison.

En effet, plus tard on précisait que les victimes qu’il avait faites étaient, en dehors de Mlle Lucie Chenot, 29 ans et sa bonne, Mlle Olive Grosjean, 26 ans, habitant la maison n° 1 rue Thiers : le lieutenant-colonel de Lanzac de Laborie, du 3e Spahis, détaché au centre des hautes études militaires, tué ainsi qu’un gendarme de la légion, nommé Bollangier, paraît-il, qui sortaient des bureaux de l’État-major, rue des Boucheries et arrivaient rue Thiers, avec un officier allemand prisonnier, lequel a été blessé seulement. Le même obus a tué encore un soldat du 33e d’infanterie, probablement du même groupe et une femme inconnue, de 60 à 70 ans, qui passait également rue Thiers. Ses éclats blessaient en outre, grièvement, M. Hubled, 48 ans, qui se trouvait sur la place de l’hôtel de ville.

Tout le quartier de l’hôtel de ville est saccagé, notamment la rue Thiers où je remarque particulièrement l’hôtel de Metz (BayleDor), au n° 39, en grande partie démoli et l’immeuble Cama, ainsi que les rues des Consuls, de Mars, du Petit-Four, de la Tirelire, des Ecrevées.

L’école de la rue des Boucheries, où les services de l’Etat-major étaient à peine installés, a reçu un obus qui a mis le feu aux combles ; trois soldats y ont été blessés dont un très grièvement et dans l’ensemble, tout le quartier environnant présente un aspect de désolation véritablement navrant. Une large traînée de sang allant de la rue des Consuls à la place des Marchés a été laissée par un cheval blessé, qui est allé s’abattre à ce dernier endroit.

On apprend encore que, dans la matinée aussi, un obus détruisant une maison habitée par la famille Sorriaux, rue Croix-Saint-Mars 139, a anéanti toute cette famille, composée de : Mme Sorriaux, 39 ans ; Albertine Sorriaux, 17 ans ; Paul Sorriaux, 11 ans et René, 3 ans.

L’après-midi, vers 13 heures, l’ambulance de la Croix-Rouge installée dans l’établissement Sainte-Marie-Dupré, 270, avenue de Laon et 10, rue Boudet, désignée sous le nom d’Hôpital auxiliaire de la Société française de secours aux blessés militaires n° 47, est atteinte par deux obus se succédant à courte distance l’un de l’autre.

Parmi les nombreux soldats blessés qui étaient soignés en cet endroit, une quinzaine sont tués sur le coup et deux autres rendent le dernier soupir après quelques heures de cruelle agonie.

Deux infirmières et un jeune homme qui se dévouaient autour de ces malheureux, sont également victimes ; ce sont :

Mademoiselle Germaine Gosse, 20 ans Madame Fontaine-Faudier, 25 ans Monsieur Léon Bobenrieth, 16 ans

pour lesquels un service fut célébré à l’église Saint-Thomas, le 17 septembre 1914, à onze heures, avec lieu de réunion indiqué, dans un avis de L’Eclaireur de l’Est du 17 septembre, 270, avenue de Laon et inhumation au cimetière du nord.

– Sur la fin de l’après-midi, au cours d’une nouvelle tournée dans le quartier de l’hôtel de ville et environs, je vois, auprès de la porte Mars, les cadavres des deux chevaux tués hier à coups de fusil ; les corps des deux Allemands atteints au même moment et déposés d’abord à côté, sur le trottoir, ont été enlevés.

A mon retour, le bombardement ayant repris, il nous faut encore, par deux fois, redescendre à la cave.

– La question que l’on se pose, lorsque chacun a pu retrouver ses sens, est celle-ci : que cherchaient les Allemands, ce matin ? Voulaient-ils atteindre l’hôtel de ville, ou ne visaient-ils pas plutôt les locaux que l’état-major venait d’occuper, rue des Boucheries ? La pensée en est venue spontanément à beaucoup des habitants de Reims, quand fut connue la nouvelle que, s’il n’y est plus, il s’y est du moins installé – pas pour longtemps. En ce cas, l’ennemi aurait été vite et bien renseigné par ceux que, vraisemblablement, il aurait laissés derrière lui pour espionner.

D’autre part, ce bombardement d’une ambulance est-il pur hasard ?

Tout ceci produit un trouble considérable dans les esprits. L’indignation est générale et la consternation, en ville, aussi profonde qu’on saurait l’imaginer, après cette terrible journée.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Gaston Dorigny

Qu’est-ce qu’aujourd’hui va nous réserver ? Une canonnade presque continue a tonné toute la nuit.

A la pointe du jour le formidable combat recommence. On essaye de rétablir le centre d’aviation mais les Allemands guettent.

Une grêle d’obus tombe sur l’aviation qui est obligée de se replier. On doit faire évacuer ‘’le Maroc’’.

La situation n’est plus tenable dans notre maison, des obus tombent dans la rue Havé (1) et dans le champs du dépôt.

Nous décidons vers neuf heures du matin d’évacuer et d’aller chez mon père rue DeMagneux (2), pour chercher un abri, au moins pour la journée. De là on entend le bombardement de la ville qui recommence et qui a fait encore une quantité de victimes et des dégâts terribles.

Toute la journée le canon fait rage pour ne se taire qu’après 7 heures du soir. A sept heures ½ nous songeons à regagner notre domicile (3) . . . Si toutefois il est encore debout.

Ordre est donné par le maire d’arrêter toutes les lumières de la ville à huit heures du soir.

Nous pouvons heureusement rentrer chez nous sans encombre, mais de là qu’elle vision d’horreur. Bétheny tout entier est en flammes, seule l’église ne brûle pas et apparaît toute blanche éclairée par les flammes de l’immense brasier que forme le village.

C’est avec cette vision d’horreur que nous nous endormons.

Que nous réserve encore demain ?

Gaston Dorigny

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Paul Dupuy

À 3 h ½, dans l’obscurité et par un froid vif, défile sous nos fenêtres un Régt d’artillerie, Hénin et Sohier vont avoir fort à faire pour déblayer ce triste chantier !

Pendant ces longues minutes de destruction, les familles Perardel, Lallement et Dupuis, abrités de leur mieux et égrenant leurs chapelets se confiaient en la Providence du soin de leur sauvegarde ; elles n’ont pas été éprouvées.

Lente et pénible, la journée s’écoule dans une énervante canonnade qui ne cesse qu’à 19H20.

Au moment du coucher la rue est d’un lugubre impressionnant : pas de bec de gaz allumé, pas de globe électrique, pas un passant, seules scintillent quelques faibles lumières derrière les persiennes closes des maisons voisines.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Victimes des bombardement de ce jour :


Mardi 14 septembre

Canonnade sur l’Yser et en Artois (Neuville, Roclincourt, Wailly). Au nord de l’Oise, nous avons opéré des tirs de destruction sur les organisations ennemies et les ouvrages de Beuvraignes. Nous avons dispersé plusieurs partis d’infanterie devant Andechy.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, nous avons bombardé les ouvrages et cantonnements allemands aux environs de Sapigneul et de la Neuville (région de Berry-au-Bac).
Canonnade et lutte de bombes en Champagne, en Argonne, entre Meuse et Moselle.
Bombardement dans les Vosges ( Metzeral, Sudelkopf).
Dix-neuf avions, à titre de représailles contre les bombardements de Lunéville et de Compiègne, par les taubes, ont survolé la ville de Trèves et y ont lancé 100 obus, atteignant la gare et la Banque d’Empire. Après avoir atterri dans nos lignes, ils sont repartis et ont jeté 58 obus sur la gare de Dommary-Baroncourt. D’autres ont bombardé la gare de Donaueschingen, sur le Danube, et celle de Marbach.
L’offensive russe se poursuit victorieusement en Galicie où plusieurs milliers d’Autrichiens ont été capturés.
Un raid de zeppelins en Angleterre a encore une fois avorté.
Le submersible Papin a coulé plusieurs torpilleurs autrichiens dans l’Adriatique.
Le comte Bernstorff, dans une interview qu’il n’a que mollement démentie, a proféré des menaces pour l’Amérique.

Connaitre les positions des lignes au jour le jour : Cartographie 1914-1918
Carte des positions au 14 septembre 1914

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