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L’abbé Rémi Thinot au front (6 et fin) : du 7 au 14 mars 1915, secteur de Suippes

Les derniers jours avant sa mort « en première ligne » le 16 mars 1915

On peut constater que R. Thinot, après des débuts difficiles (cf.début février)  avait trouvé sa place au front, telle qu’il l’avait voulue : un sacerdoce en terre de mission et au feu, bien différent des ses activités à Reims de 1899 à septembre1914. Il est mort à la fin d’ une première grande offensive française des Monts de Champagne (cf.11-12 février), dans l’hiver et le boue (cf.6 février) et  qui sera arrêtée par le Haut Commandement, faute des résultats attendus, le 17 mars…

Voir aussi, après la fin du tapuscrit : une nécrologie détaillée parue dans le journal de la Schola Cantorum, une vue de sa tombe provisoire à Suippes et le caveau familial au cimetière de l’Est à Reims.

7 MARS – dimanche –

L’Abbé M. n’a pas voulu organiser une messe. On nous a fait sentir à bon droit que le dimanche s’était passé sans « service divin » Je me passerai de lui désormais.

Jamais le canon n’a rempli la nuit et la journée comme aujourd’hui. Le 16ème Corps attaquait pour prendre Bois Sabot. Çà été un grondement, une furieuse canonnade tout le temps.

13 MARS – samedi –

Je me lève de bonne heure pour préparer l’instruction pour la messe des soldats défunts, que je vais dire à 9 heures pour le 14ème, à La Cheppe.

Église archi-comble ! Combien il en reste dehors? Le général Delmotte est là, ainsi que le colonel et tous les commandants.

Le général est venu me remercier à la sacristie, aussitôt la messe. Je sentais que je tenais mes hommes. Du reste, le texte de mon instruction, avait jailli très spontanément ce matin. Le colonel de Riencourt m’a invité à déjeuner ; J’y vais de ce pas.

9 heures soir ; Réunion merveilleuse ce soir. J’ai, par ailleurs, passé toute mon après-midi à confesser et le soir, jusqu’à 8 heures ; j’ai promis d’être à l’Église demain, dès 5 heures 1/2.

Braves gens, qu’il est facile de réveiller, de remuer, de jeter dans le bien.

Je vais décidément adopter ces deux régiments. Les colonels et les officiers sont charmants.

14 MARS 1915 – dimanche –

Tournée merveilleuse, Infiniment consolante.

A 5 heures 1/4, je suis à l’Église pour les confessions. Je n’arrête pas.

Messe de communion à 7 heures ; Église pleine, pas assez d’hosties. Je parle trois fois, à l’Évangile avant la communion et après !

A 9 heures, messe du 83ème ; Église archi-comble
A 10 heures, messe du 14ème   d°
A 11 heures 1/4, messe paroissiale ; c’est la messe des dragons.

Déjeuner avec le colonel d’Hauterive.

J’ai été profondément impressionné par la confession de tous ces hommes, depuis 1 commandant jusqu’à des centaines de simples soldats. Et tant de retours ! AU moins 30 de 5 à 20 ans ! C’est admirable ! Et ils ont communié avec une foi.. !

Et voici que l’après-midi le 14ème reçoit l’ordre de partir. Il faut aller réparer les sottises faites par le 4ème Corps, qui s’est laissé reprendre plusieurs entonnoirs.

Décidément, je crois qu’on a bien tort de médire du 17ème Corps !


Texte ajouté à la fin  des Extraits des notes de guerre de l’abbé Remi Thinot vraisemblablement par Robert Carré et/ou Marius Poirier :

Le 16 Mars, l’Abbé THINOT tombait en première ligne, frappé d’une balle à la tête, méritant cette citation à l’Ordre du Jour de l’Armée :

Abbé Remy THINOT, aumônier :

« ÉTANT ALLÉ DANS LA TRANCHÉE AU MOMENT D’UNE ATTAQUE,
« POUR L’ACCOMPLISSEMENT DE SON MINISTÈRE, Y A ÉTÉ FRAPPÉ
« MORTELLEMENT PENDANT QU’IL SE PORTAIT AU SECOURS DES
« SOLDATS ENSEVELIS SOUS LES DÉBRIS D’UNE EXPLOSION DE
« MINE ET QU’IL EXHORTAIT LES HOMMES A FAIRE LEUR DEVOIR »



Documents complémentaires :

1 – Texte paru dans La Tribune de Saint-Gervais, organe  de la Schola Cantorum, XXIème année, éditée en 1919, p.17-18, Chronique nécrologique 14-18 par A.Gastué. Avant la guerre, ce mensuel contient de nombreux renseignements sur la musique religieuse à Reims et l’activité militante de Thinot dont le projet diocésain est résumé ici. La Tribune est en ligne sur Gallica :


A comparer : la citation militaire officielle, se terminant par  « …faire leur devoir », avec ce récit de sa mort plus religieux et précis… « absolution suprême », « tireurs d’officiers »… Quel en est la source ainsi que celle de « tué en première ligne » ? Témoignages de compagnons d’arme, journal de marche, rapport de commandement…? Autre question : que sont devenus les effets personnels de Thinot dont, probablement, un appareil photo et bien sûr son journal manuscrit ? La qualification de « Mort pour la France » est instaurée fin 1915 mais Remi (son prénom d’État civil) Thinot apparait, avec cette mention et « tué à l’ennemi » sur sa fiche, dans la base nominative de Mémoire des hommes. Dans La Preuve du sang .- Livre d’or du clergé et des congrégations 1914-1922, paru en 1925 à Paris (en ligne : travail remarquable pour la liste nationale, martyrologique, des morts/tes de la guerre, avec une introduction partisane  de Mgr. Luçon  avant celle, plus consensuelle, de Mgr.Tissier…), Thinot est cité p. 850 avec mention d’une Légion d’Honneur à titre posthume… Dans la base nominative de la Légion d’Honneur (LEONORE de la BN) Thinot n’apparait pas mais un dossier versé aux AN devrait être quelque part entre Paris, Vincennes, Pierrefitte, Fontainebleau, Caen…

2 – Aquarelle et dessin en recto-verso (18.5×13.8 cm) par Gaspard Maillol de la tombe provisoire de l’abbé Thinot dans le parc, près de la chapelle, du château de Nantivet à Suippes.

Document important car montrant une forme de lieu de mémoire. Il est conservé aux Invalides, à la BDIC devenue La Contemporaine (cote OR F3 101 avec une datation de 1917.- Copyright en cours) .- Texte : tombeau de l’abbé Thinot maître de chapelle de la cathédrale de Reims- (à Suipe) tué en 1ère ligne
Il s’avère que Gaspard Maillol (1880-1945), artiste  (cf. Bénézit) et neveu du sculpteur, originaire des Pyrénées Orientales, a été incorporé en 1914 dans le 23e Régiment d’Artillerie de Campagne (régiment de la 34e division) qui était dans le secteur de Suippes en février-mars 15. Un de ses dessins gravés sur bois « Les arches de l’église de Mesnil-les-Hurlus (Marne). Effet de Nuit en 1915 » publié en 1926 dans Petites églises de la guerre, rare livre mais sur Gallica, montre aussi qu’il était présent dans le secteur même où Thinot est mort…Cependant, en 1917, G. Maillol n’est pas loin non plus (vers Moronvilliers, 52e et 44e RAC)… Pour l’historique des régiments et le contexte de l’offensive de février-mars 15, voir le site Chtimiste et merci à Thierry Collet. Il reste au sujet de Thinot à dépouiller les journaux de marche et d’opérations.

3 – Tombe familiale actuelle de l’abbé Thinot au cimetière de l’Est à Reims : « ABBÉ REMI / THINOT MAITRE / DE CHAPELLE A / LA CATHÉDRALE / DE REIMS / AUMÔNIER VOLONTAIRE / 34E DIVISION / TUE EN 1ER LIGNE / LE 16 MARS 1915 / A L’AGE DE 41 ANS

On sait maintenant que c’est fin 1920 que de la tombe de Nantivet les restes de l’abbé Thinot ont été transférés à Reims. Voir p. 261 de Cardinal Luçon, journal de la guerre 1914-1918 publié en 1998, TAR, 173e volume, 315 pages. Ce journal va jusqu’en 1930 ; il a été édité par Jean Goy avec Marc Neuville et des annexes bien utiles en fin de volume. C’est la seule mention de l’abbé Thinot dans le journal du cardinal :  rien en décembre 1914 ni en mars 15.
Dans son journal (en ligne), Louis Guédet, notaire et juge de paix pendant la guerre, mentionne la mort de Thinot le 18 mars 1915 « Hubert m’apprend à l’instant la mort de l’abbé Thinot, ancien vicaire de la Cathédrale, qui s’occupait de la Maîtrise, parti il y a 2 mois comme [aumônier…] sur sa demande quoiqu’il était ajourné. Il vient d’être tué à Perthes-les-Hurlus et il est enterré à Suippes. Quelques jours avant son départ il était venu me demander conseil pour son testament ! Pauvre abbé ! Il était fort intelligent et avait du cœur ! » ; le 18 mai, le curé de Saint-Benoit lui remet le testament de l’abbé Thinot, « tué à l’ennemi ».

Merci à tous ceux/celles, à Reims et ailleurs, qui nous ont aidé d’une manière ou d’une autre dans cette étude en cours et qui devrait déboucher sur une édition collective complète. N’hésitez pas à nous envoyer vos remarques et vos informations.

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Les dernières semaines de la vie de l’abbé Remi Thinot mort au front en mars 1915 près de Suippes (51)

R. Thinot, né à Gueux en 1874, ordonné prêtre en 1899, devenu professeur de chant et « maitre de chapelle » de la cathédrale, a rédigé un journal du 2 septembre 1914 au 14 mars 1915. Il a vécu très activement les débuts de la guerre à Reims, en particulier le bombardement et l’incendie de la cathédrale des 19-20 septembre, en compagnie de son ami Marius Poirier qui était le chef de cave de la maison Pommery et Greno.

En 2017, Gilles Carré, petit-fils d’un autre dirigeant de Pommery, Robert Carré, a confié à l’association ReimsAvant un tapuscrit « Extraits des notes de guerre de l’abbé Remi Thinot », dactylographié vraisemblablement en trois exemplaires chez Pommery après sa mort  ; au vu de son exceptionnelle qualité, le tapuscrit, en l’absence de manuscrit retrouvé, a été alors numérisé par la Bibliothèque Carnegie et converti en Word, avec un index de travail et des renseignements supplémentaires, par Véronique Valette et Thierry Collet.

Voici à lire ci-dessous, chaque semaine jusqu’au 14 mars, la fin du journal d’un prêtre très impliqué dans la paroisse Notre-Dame, dans l’enseignement de la musique (Schola Cantorum) et dans la vie rémoise, qui a choisi, en décembre 14, après trois mois à Reims de dévouement dans le désastre, d’être brancardier volontaire et aumônier au front où il est tué le 16 mars 1915 à 40 ans.
Thinot et Poirier étaient des photographes passionnés. Des prises de vues sont mentionnées dans le journal de Thinot. En 2018, la famille Poirier a fait don à la BM Reims des appareils de Marius Poirier et de ses nombreuses plaques photographiques dont certaines de Thinot. Ce nouveau fonds Poirier est conservé et valorisé à la Bibliothèque Carnegie ; voir en ligne : https://www.bm-reims.fr/patrimoine/acquisitions-precieuses.aspx?_lg=fr-FR et l’album de photos. Une étude de ce tapuscrit de Remi Thinot, très riche en informations de toutes sortes, est en préparation ; il est à relier aux autres sources connues et aux nouvelles approches depuis les années 1980 sur les débuts de la guerre à Reims.

DÉCEMBRE 14 – JANVIER 15 : R. Thinot a déjà pris, début décembre, la décision de devenir aumônier au front ; le 10, il a rencontré à Paris Léon Bourgeois, Président de la Chambre des députés, qui l’aide à obtenir une affectation ; le 13, il rentre à Reims par Dormans et Bouleuse, il décide de garder la barbe « pour faire comme les autres ». Le 29, il reçoit sa nomination et part  » revoir Maman en ma Savoie » à Abondance. De retour, le 15 janvier 1915 il déjeune « avec M. Hubert, qui doit m’emmener, M. le Curé [Maurice Landrieux] et Poirier » ; le soir-même il est à Somme-Suippe…

18 JANVIER – lundi –

Je fais un tour dans les ambulances. Pauvres martyrs ! Que d’horribles plaies !

A l’heure où j’écris, la fusillade est vive ; combien de victimes encore ! C’est horrible, la guerre.. !

Je découvre – il vient vers moi dans la rue – un brave soldat qui veut mettre en ordre sa conscience, reconnaître son enfant, afin d’être prêt à mourir.

Il n’a pas fait encore sa première communion. Je vais le préparer. Brave garçon ! Premiers prémices de mon ministère. D’autres m’arrêtent pour les confesser. Oh ! adorable mission du prêtre !

Les médecins deviennent aimables, très ; je crois que les sympathies s’éveillent…

19 JANVIER -mardi –

Je vois ce matin M. Martin, le médecin principal, homme très bon, très distingué… qui m’expose la difficulté qu’il y a à me laisser suivre mon désir d’aller aux tranchées. A cause des dangers, de l’incommodité… dans les toutes premières, on piétine dans la boue, le sang, les cadavres rejetés sur le parapet lors de l’occupation ou jetés au fond de la tranchée… Pas moyen de dépasser le doigt sans attirer les balles. Les ennemis sont à 25 mètres ; on observe au périscope… J’irai en tous cas jusqu’aux cantonnements, puis au poste de secours.

23 JANVIER – samedi –

Déménagement de toute la formation ; nous allons à Nantivet, le château près de Suippes. Alors, c’est un branle-bas général.

Razzia par tous les soldats de tout ce qu’ils ont pu réunir pour leur installation ; en gens pratiques ils se demandent s’ils retrouveront l’équivalent ailleurs ; alors, autant emporter… 0n n’a rien pillé ! rien démoli, rien volé ! on a … réquisitionné. C’est le mot ; on en use et abuse au-delà de l’expression.

Les aumôniers vont loger à Suippes.

Le sang gêne des officiers est colossal. C’est triste à souligner, mais combien de gens qui auront souffert davantage, bien davantage des Français que des Allemands… ! quand on voit que nos soldats démolissent les toitures, les cloisons, sciant tout ce qui est bois après les instruments agricoles pour faire du feu. Que d’exactions, que d’abus de pouvoir. C’est partout une désolation indescriptible.

24 JANVIER – dimanche –

J’ai fait hier la connaissance de M. Couennon, de Rennes, aumônier du 10ème Corps ; il en veut à mort au 17ème Corps qui, en Septembre, à Suippes, a arraché les croix du cimetière, y compris celles des soldats morts, pour faire du feu…

25 JANVIER – mardi –

De 9 heures du soir, jusque 11 heures, une attaque furieuse. La fureur sauvage des mitrailleuses m’impressionnait profondément. Les canons allemands tonnaient éperdument…

Comme j’ai hâte d’aller aux tranchées ! Eux ne comprennent pas bien, mais moi, je suis sûr que les hommes verront une soutane avec quelque édification.

31 JANVIER – dimanche –

Je prêche messe et vêpres… profonde impression produite sur cet auditoire d’hommes debout, pressés ? attentifs. Oh les âmes sont ouvertes ; il faut faire tomber la grâce à flots ; à nous, jardiniers de ne pas chômer…

En quittant des vêpres, Je croise le convoi d’un caporal ; la brouette est recouverte du drapeau tricolore ; en avant, la croix qui sera plantée sur la tombe, de chaque côté un peloton fusils couchés… L’aumônier annonce « Un tel… mort au Champ d’Honneur » et fait prier… Il neige.

Lire la suite : du 1er au 6 février 1915.

Pour voir une page du tapuscrit original cliquer sur l’image :

Lire l’ensemble du journal de Thinot : version pdf avec notes et index d’après le tapuscrit de Gilles Carré

Si vous voulez, au jour le jour, découvrir sur ce site Reims 14-18, les écrits en parallèle du Cardinal Luçon, de Paul Hess, de Louis Guédet, de Remi Thinot et quelques autres, vous pouvez commencer par cette page. Ensuite passez d’une journée à l’autre en bas de chaque page.

Si vous avez des renseignements complémentaires, des questions ou des suggestions au sujet de ce tapuscrit et de la vie de l’abbé Remi Thinot dans tout son contexte, n’hésitez pas à nous contacter sur ce site (page contact).
JJValette, (31/1/2019)

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Sarah Bernhardt devant la cathédrale en 1916

En 1916, la grande tragédienne Sarah Bernhardt (1844-1923) est déjà âgée de 72 ans. L’année précédente, elle a été amputée d’une jambe à cause d’une arthrite tuberculeuse. Refusant de porter une prothèse elle joue assise. Sur les photos qui la montrent debout, ci-dessous, elle est sur une jambe et on peut voir qu’elle se tient après la grille entourant la statue de Jeanne d’Arc.

A propos de cette cérémonie, voici un extrait du livre « Les villes en guerre (1914-1945) – Philippe Chassaigne, Jean-Marc Largeaud – Google Livre (éd. Armand Colin) Page 74 :

Photos N&B: collection Vincent Piniarski

A noter que le texte du livre indique la date du 9 septembre 1916, alors que les annotations au dos des photos parlent de juillet 1916…!

Lire également : « L’admirable Sarah Bernhardt, amputée et septuagénaire anime le Théâtre des Armées auprès des soldats du front. »

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Les orphelins et les enfants de la Grande Guerre

La qualité de pupille de la Nation a été instaurée en France par la loi du qui instaure l’« Office national des pupilles de la Nation », établissement public rattaché au Ministère de l’Instruction publique, destinée à l’origine aux enfants « orphelins de guerre » adoptés par la Nation. La Première Guerre mondiale ayant laissé de nombreuses familles sans soutien familial, ce statut permettait aux enfants et jeunes gens qui le reçoivent une protection supplémentaire et particulière, en complément de celle exercée par leurs familles3. Elle ne les place nullement sous la responsabilité exclusive de l’État. Les familles et les tuteurs conservent le plein exercice de leurs droits et notamment, le libre choix des moyens d’éducation. La mise en œuvre du statut de pupille de la Nation constitue une activité originelle de l’ONACVG (Office national des anciens combattants et victimes de guerre) et plus particulièrement de ses services départementaux.

Le statut de « pupille de la nation » ne doit pas être confondu avec celui de « pupille de l’État ». Les pupilles de la Nation sont essentiellement des enfants qui sont « victimes de la guerre ».

Source : Wikipedia

 

le 2 juin 1929 – Villers-Cotterets Les enfants de l’Amicale des A.C.des 46 & 246eme R.A.C.P

 

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Devoir de mémoire

Ce livret a été réalisé, au Groupe Saint-Michel, grâce à la participation et à l’engagement collectif de l’ensemble des élèves de CAP2 2017/2018 ainsi que les élèves de 3e PP pour leurs motivations, leurs engouements. Pour la création des photographies, l’écriture des textes, pour la réalisation des maquettes du livret, des carnets, des lettres et des affiches : la plasticienne Caroline Valette et Madame J. Coutelot

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Germigny est détruit lors du passage de la guerre.

Fin mai 1918 : Germigny est détruit lors du passage de la guerre.

Samedi 26 mai 2018

Commémoration du centenaire du passage de la guerre à Germigny.

C’est à la fin mai 1918 que le village fut pilonné à partir de Bligny pour contenir l’offensive allemande aboutissant à sa destruction pendant que les habitants étaient évacués dans le sud de la Marne à Faux Fresnay.

Seules 4 à 5 maisons étaient réparables et l’église fut complètement détruite.
La commune de Germigny a été décorée de la croix de guerre le 30 mai 1921.

Exposition des photographies de Lucien Loth

Dans un devoir de mémoire, le Conseil Municipal organise une cérémonie le samedi 26 mai 2018.

Programme :

16h00 Rendez vous au cimetière de Germigny

Hommage aux habitants de Germigny morts pour la France, à ceux morts sur son territoire ainsi qu’à tous les autres morts durant cette période.

Parcours dans Germigny pavoisé et ponctué de panneaux retraçant la vision du village avant et après destruction ainsi que des textes sur Germigny écrits par des soldats. Passage devant le Monument aux Morts.

Exposition dans l’ancienne classe d’école (Diaporama, photos, textes lus par des jeunes gens, objets…).

Permanences de la mairie : mardi de 12h00 à 13h00, mercredi de 16h00 à 18h00
Site internet : http://mairie.germigny.a3w.fr/
Tél 03.26.03.68.73 – mail : mairie.germigny51@orange.fr

           

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Apollinaire à Reims

Apollinaire est engagé volontaire depuis octobre 1914.

Le 2 janvier 1915 Apollinaire croise dans le train Madeleine Pagès. Ils se plaisent, trois mois après il lui envoie du Front de Champagne une carte postale qui débutera entre eux une correspondance riche et d’une grande liberté de ton.

Voici des extraits de cette correspondance concernant la ville de Reims :

Le 5 mai 1915

«… Je suis plus près de la Cathédrale, le sol est marneux… »

Le 25 août 1915 Poème à l’Italie :

« Ô frères d’Italie Vos plumes sur la tête Italie Entends crier Louvain Vois Reims tordre ses bras… »

Le 25 octobre 1915

« Le lit est en planches, le fond en treillage de fil de fer, les clous sont fabriqués de bouts de fil d’acier, sur le treillage il y a la paille sur la paille un sac puis un isolateur que j’ai trouvé du côté de Reims puis ma toile de tente pliée en 2 je me couche dedans et sur moi couverture de cheval couvre pied, manteau, au pied du lit devant la porte il y a ma table…. »

Le 10 mars 1916 en permission à Reims il écrit à Madeleine :

«  …J’ai vu la ville royale, sa cathédrale, et j’ai ramassé des fragments de vitraux. J’ai vécu deux jours de cette vie singulière de la ville sous les obus. J’ai visité la cathédrale avec M. Huart l’architecte et M. Gulden, un Anglais propriétaire de la marque Heidsieck. J’ai déjeuné au Lion d’Or en face*, à l’intérieur la cathédrale a peu souffert au dehors tout ce qui était en bois à brûlé. Un seul obus de 77 a troué la voûte d’un très petit trou qu’on ne voit qu’à peine près d’un pilier. A l’intérieur la boiserie Louis XV près du porche ont brûlé (incendie par obus) et ont découvert des statues que le feu a malheureusement très  endommagées, la rose de vitrail qui était si belle a été en partie détruite du fait de l’incendie, les vitraux du chœur, dits de St Louis (1227) sont quasi intacts ainsi que l’ecclesia remensis…. »

*Comme Pierre Loti lors de son premier voyage à Reims, Guillaume Apollinaire a dormi dans le Grand Hôtel du Lion d’Or avant sa destruction (voir l’article sur Loti)

Le 13 mars 1916 il lui écrit :

« …En te parlant de Reims, j’ai oublié de te dire une des choses qui m’a le plus frappé dans cette ville maintenant déserte. C’est sur l’infiniment déserte place d’Erlon où débouchent des rues marmitées comme la rue de l’Arquebuse sur cette grande place donc une douzaine de fiacres stationnent stoïques attendant l’improbable client, les cochers classiquement coiffés du chapeau haut de forme blanc vivent sans doute d’amour et d’eau fraîche. »

Donc en mars 1916 Apollinaire est de passage à Reims, il évoque la place d’Erlon qu’il trouve infiniment déserte en dehors des fiacres.

Il est probable que ces deux photos reflètent ce qu’il a vu.
Nous devons ces photographies au collectionneur rémois Michel Thibault

Le 12 avril 1916

« …Je ne t’avais pas écrit que j’avais été à Reims. J’ai été blessé au Bois des Buttes à l’ouest du Choléra et de Berry au Bac… »

Sur le site de Béatrice Keller : en savoir plus sur Apollinaire et la Grande Guerre

Crédit photo : Michel Thibault
Réalisation de l’article : Eric Brunessaux

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Des pillards au 409ème

A lire sur le blog du 409e R.I. de Christophe Lagrange, un épisode de pillage à Reims perpétré par des soldats français : Extrait « Ces pillards avaient profité de la destruction partielle des Docks lors des bombardements allemands ».

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Il y a 100 ans : l’incendie de l’Hôtel de Ville – Retour en images sur ce 3 mai 1917

La première pierre de l’hôtel de ville est posée le 18 juin 1627. Au moment de son inauguration en 1636, l’édifice est inachevé faute d’argent. Ce n’est qu’au XIXe siècle que la construction peut être menée à son terme. L’hôtel de ville, définitivement terminé, est inauguré par le maire Victor Diancourt le 12 août 1880. Depuis le 16 avril 1917, l’offensive Nivelle est lancée sur le Chemin des Dames et à l’ouest de Reims : les troupes Russes reprennent le village de Courcy. Si le front au nord de la ville reste calme, la même offensive est aussi déclenchée depuis le 17 avril à l’est, sur les Monts de Champagne.

Déjà sous le feu des obus depuis 1914, la ville voit les bombardements s’intensifier. Le 3 mai  le bombardement ennemi s’intensifie dans le secteur de l’Hôtel de Ville. Le quartier est en feu et l’incendie se propage à l’édifice.  Les pompiers arrivent rapidement mais se révèlent impuissants, à circonscrire l’incendie, faute d’eau. Ils ne peuvent que s’efforcer de sauver les tableaux et les objets de valeur.

Tous les détails de cette journée ici => Reims.fr

Photos de la BDIC :

Collection privée :

Evacuation des oeuvres d’art vers les caves Mumm, rue de Mars :

Photos de Gallica-bnf.fr

  • Après l’incendie :

  • L’intérieur de l’Hôtel de Ville :

Le haut du grand escalier :

Le bas du grand escalier :

Un poêle au rez-de-chaussée :

Le bureau du maire :

La salle des mariages :

Le rez-de-chaussée :

Un escalier :

Un couloir :

Un pompier :

Au début de 1918, les Allemands, bien qu’à bout de force, menacent les alliés de nouvelles offensives pour gagner la guerre. Après le retrait de la Russie ils pensent que la victoire est possible mais c’est sans compter sur les troupes américaines devenues opérationnelles et qui vont venir en soutien . Pour pallier à la grande offensive allemande dite « Friedensturm » (offensive de la victoire). En mars 1918 la ville est définitivement évacuée des 1500 « irréductibles » et courageux rémois qui étaient restés malgré le danger. Mais depuis le début de l’année les autorités s’emploient à protéger ce qui peut encore l’être comme la mosaïque gallo-romaine de la salle des mariages (avant et après) :

Après la guerre le Président de la République, Raymond Poincaré remet la Légion d’Honneur à la ville (6 juillet 1919) :

En 1928 un peu avant l’inauguration du nouvel Hôtel de Ville reconstruit :

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L’Hommage de Reims à un « Fusillé pour l’Exemple » : le Lieutenant Herduin

Dans sa séance du 21 décembre 1921, le conseil municipal de Reims, réuni sous le présidence du maire Charles Roche, abandonne pour une fois les problèmes que pose la ville en pleine reconstruction.

Il rend un hommage unanime à un jeune officier rémois en donnant son nom à une rue : le lieutenant Herduin. La délibération dit : « L’opinion publique a été fortement émue, depuis plusieurs mois par cette lamentable affaire d’un modeste officier français que chacun représentait comme un bon et brave soldat et que des chefs criminels, (dont l’unique but, après un sanglant échec, était de dégager leur responsabilité), firent exécuter froidement ».

L’affaire révèle l’un des aspects les plus tristes et les plus scandaleux -que l’on a voulu longtemps occulter- de la guerre de 1914-1918 : les « fusillés pour l’exemple » ou les « fusillés par erreur ». Le lieutenant Herduin était l’un d’eux. Son cas est particulièrement douloureux.

Henri Valentin Herduin est né à Reims le 5 juin 1881. Sa famille habitait rue Montlaurent. Mobilisé en 1914, il est parti comme adjudant dans un régiment d’infanterie. Garçon intelligent, courageux, il ne tarda pas à conquérir ses galons d’officier. En 1916, il était lieutenant commandant la 17e compagnie du 347e d’Infanterie de Ligne, en position devant Douaumont, au nord de Verdun. Le lieutenant se trouvait au cœur de la plus sanglante bataille de la Première Guerre Mondiale.

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Portrait du lieutenant Herduin dans l’article le concernant, paru à la Une du journal l’Humanité le 30 juillet 1924 sur Gallica.bnf

C’est l’enfer, la bataille fait rage. Le 9 juin, le bataillon dont fait partie la compagnie du Lt Herduin reçoit l’ordre de se lancer à l’attaque du fort de Douaumont. Une opération suicidaire. En effet, les hommes ont avancé d’à peine un kilomètre lorsqu’il sont encerclés par des forces allemandes nettement supérieures.

Le bataillon presque entier est fait prisonnier. Seuls les lieutenants Herduin et Millant réussissent à s’échapper de la masse avec 41 hommes et à regagner, au péril de leur vie, les lignes françaises.

Il est certain qu’une grave faute tactique a été commise en haut lieu. Mais il n’est pas question de désigner les vrais responsables de cet échec. Il faut trouver des coupables, « faire un exemple », ne serait-ce que pour reprendre les troupes en main. Tel est le point de vue du colonel Bernard, commandant le 347e. Comme il n’est pas question, selon lui, d’envoyer les 43 rescapés de l’offensive ratée au peloton d’exécution, il désigne les deux lieutenants et donne l’ordre de les passer par les armes.

Il n’y aura pas de jugement. Les deux hommes sont fusillés le surlendemain à l’aube, à Fleury. L’exécution sommaire dans toute son horreur.

Cette triste affaire ne sera rendue publique que la paix revenue. La Ligue des Droits de l’Homme est la première à s’émouvoir de cette exécution. Le cas du lieutenant est évoqué à la Chambre des députés et finit par impressionner le ministre de la Guerre, Louis Barthou, qui dans une lettre ambigüe, propose à la veuve du lieutenant Herduin une somme de 100 000 francs « à titre de réparation civile », la loi, précise-t-il, ne permettant pas la révision de l’affaire de son mari. On ne peut pas en effet, réviser un procès qui n’a pas eu lieu !

La délibération du conseil municipal de Reims, en ce 21 décembre 1921, est édifiante : « D’autres plus puissants, plus élevés en grade, étaient responsables de cet échec. Mais il fallait des victimes expiatoires. On sacrifia les plus petits, ces deux modestes officiers qui avaient eu le tort de ne pas se laisser prendre. Sans jugement, sans enquête, sans interrogatoire des deux malheureux, l’ordre de les fusiller fut donné sans qu’ils aient été invités à fournir la moindre explication (…) Ils furent exécutés sans avoir été inculpés ! Cette cruelle mise à mort de deux hommes, à l’arrière, sans jugement, peut-être qualifiée d’assassinat. »

HHerduin3

HHerduin2Pauvre Henri Herduin ! s’il avait levé les bras devant les Allemands au lieu de percer l’encerclement avec quelques gars courageux, il aurait fini la guerre dans un camp de prisonniers. Prisonnier, mais vivant. Et il aurait retrouvé sa femme et son fils en 1918…

Source : « Reims Un Siècle d’Evénements 1900-2000 » de Daniel Pellus, éditions Fradet

Henri Herduin sera fusillé le 11 juin 1916, il y a donc 100 ans jour pour jour.

On ne possède que très peu de photos du lieutenant, je remercie Christophe Lagrange de m’avoir permis d’utiliser les 3 portraits publiés ici et que vous pouvez retrouver sur son blog du 347e RI

Voici également le lien vers son autre blog concernant le 147e RI (Le 347e RI était le régiment de réserve du 147e RI de Sedan)

A Reims sur la plaque de rue, en dessous du nom du lieutenant Herduin, figurent ces mots : « Tué devant Verdun »…

Le 11 novembre 2008, la municipalité d’Adeline Hazan, a fait apposer cette plaque dans le carrefour de la rue du lieutenant Herduin et de la rue Gambetta :

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Notez sur la plaque de rue, l’erreur (anciennement camouflée) sur la 2e date

Herduin, rue du Lieutenant [1925].

<= 30-36, rue du Barbâtre, => 49-57, rue Gambetta.
235 mètres de longueur.
Du fait de l’existence, à l’époque, du boulevard Gerbert, la rue Gerbert aurait due être débaptisée en 1921 à la demande de la Section rémoise de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’opinion publique ayant été fort émue par la lamentable affaire du Lieutenant Herduin, évoquée devant l’Assemblée nationale. Cependant, malgré la lettre du ministre de la Guerre, le ministre de l’Intérieur refusa, le 15 mars 1922, de ratifier la décision du Conseil municipal et le nom ne fut officialisé qu’en 1925 pour le prolongement de la rue Gerbert que l’on venait d’ouvrir.

(1881-1916). Tué devant Verdun. Né à Reims, 161, rue du Barbâtre, le 5 juin 1881, fusillé le 11 juin 1916. Gustave Henri Valentin Herduin, fut exécuté, avec le lieutenant Millant, à la suite d’une faute grave de tactique, sans jugement, sans enquête et sans interrogatoire. Le lieutenant Herduin fut officiellement réhabilité et le ministre de la Guerre, Louis Barthou, écrivit le 16 novembre 1921 à sa veuve : Votre mari, très bien noté et décoré, au cours même de la guerre, de la médaille militaire, était un officier courageux dont vous pouvez, votre fils et vous, porter le nom avec honneur ! Il épousa, en 1907, Fernande Renée Nivoix. Il repose au Cimetière de l’Est depuis le 11 novembre 1920. (Source : J-Y Sureau : La Vie Rémoise)

Voir la fiche matricule d’Henri Herduin sur le blog du 347e RI

Ci-dessous, 4 photos du monument en hommage à H. Herduin et P. Millant, situé sur le site du village disparu de Fleury-Devant-Douaumont dans la Meuse.

Photos © Patrick Delpierre. Nous le remercions pour nous avoir permis d’utiliser ses photos.

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Souvenirs de Tranchées (Massiges 1916)

C’est une lectrice qui nous a envoyé ces photos provenant des souvenirs que son grand-père : Henri Guéganno, originaire de Lanester dans le Morbihan. Il est revenu de la guerre « en entier » mais fragilisé par le paludisme.

Il est mort à 46 ans en 1943.

Sur la photo ci-dessous, c’est le 3e en partant de la gauche.

Correspondance1

Correspondance2

Voici la transcription du texte : « Petits souvenirs de tranchées (Massiges 1916). Mes derniers jours de tranchées en 1916.

A ma rentrée de permission de détente (27/11/1916 je rejoignais la 11 Cie du 60e d’Infanterie où j’étais affecté. Elle (la Cie) se trouvait en 1ère ligne, sur la gauche de la Main de Massiges (Marne) dans le secteur de la « Demi-Lune ». Les boyaux de communications étaient presque impraticables pour nous, et pour cause : ils étaient à moitié plein d’eau, plutôt de boue où nous pouvions à peine nous mouvoir. Mon arrivée en ligne se termina non sans peine. Les camarades y étaient déjà depuis 6 jours et devaient encore rester 4 longs jours avant d’être relevés et cette fois je devais leur tenir compagnie jusqu’à la relève. Nous avions trop de pertes pour songer à nous reposer la nuit ; tout le monde au créneaux ! Le jour tant attendu de la relève arrive enfin le 31/11 à 3h du matin par le 161e d’Infanterie qui comme nous fut obligé de patauger dans la boue.

Pendant ce temps nous nous dirigions sur l’arrière, sac au dos, rompus, fatigués… Nous marchions sans aucune discipline, les uns après les autres. Nous devions nous rassembler dans un village (Courtémont) 12 km des lignes, où nous absorbons le jus avant d’achever l’étape qui ne se termina que 10 km plus loin.

Les jours suivant, les étapes se succédèrent sans discontinuer jusqu’au 17 janvier 17 à Chaudrey (Aube) pour prendre notre grand repos. Seulement, comme toujours, on ne nous laissa guère de repos. Exercices du matin au soir, jusqu’au 23 janvier date de notre départ pour un nouveau secteur du côté de Reims, et où nous arrivons le 10 février 1917. Total du parcours : 180 km. Le lendemain, 11/02, je fus évacué sur l’ambulance 7/10 pour abcès et de là, sur l’intérieur à Bourges pour O.R.L. le 21/02/17.

H.Gueganno3

Voici un autre de ses souvenirs que nous a transmis sa petit-fille : « Le 11 novembre 1918, Henri Guéganno, a entendu sonner le clairon qui annonçait la fin de l’horreur. Il se trouvait à Hirson dans l’Aisne et il avait rencontré une population civile qui manquait de tout, qui avait faim. Vers midi la roulante a apporté un repas mais les soldats habitués à manger la nuit, n’avaient pas faim. Les enfants étaient là et regardaient ; alors les soldats leur ont dit d’aller chercher des récipients pour partager le repas. Henri demanda à une femme si elle pouvait laver son linge. Elle voulait bien mais n’avait pas de savon. Henri en avait dans son paquetage et ensuite il lui en a fait cadeau. Ce fut comme si il lui avait offert un trésor ! »

Merci à Mme Gabrielle Le Métayer pour nous avoir permis de partager les documents de son grand-père.

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Le général Patton par lui-même :

ob_b0939f_pattonDe Saint-Mihiel en 1918 au 8 mai 45 en Autriche en passant par la Libération de Reims en août 44.

(JJ Valette – Rha)

À lire : les Carnets secrets du général Patton, édition présentée et annotée par Boris Laurent, 2015, aux Éditions Nouveau Monde, en format de poche (première édition en 2011)(voir la couverture du poche avec un portrait en fin de l’article).

Pour le plaisir et pour l’intérêt de lire des sources directes de l’Histoire contemporaine, un peu éloignées des fêtes de Mémoire à Reims ou ailleurs.

  1. A la fin de la guerre de 1914-1918, le jeune lieutenant-colonel George Patton commandait déjà des chars américains en septembre 1918, pour réduire le « saillant de Saint-Mihiel » en Lorraine. Lire non pas encore ses mémoires mais un récit détaillé de ces opérations sous le commandement de Pershing, voir p. 29 à 41, jusqu’à l’offensive décisive des alliés « Meuse –Argonne » où Patton est blessé.
  2. Début mai 1945, au moment de la reddition de l’Allemagne à Reims, Patton est en Autriche, il aimerait faire une guerre-éclair contre Staline jusqu’à Moscou… ou partir commander en Chine… Ses lettres, en particulier à sa femme et son journal personnel sont remarquables de concision, de sincérité mais aussi de précision et d’esprit critique : voir p. 411 à 418.
  3. Pour le contexte de la Libération de Reims le 30 août 1944 et l’avancée rapide de la 3ème Armée américaine par le sud de Paris, lire p. 308-313.
    Patton se bat plus pour obtenir l’essence indispensable pour faire progresser ses chars jusqu’à la Meuse et pourquoi pas jusqu’au Rhin… que contre les troupes allemandes en repli autour de Metz. Il en veut à Eisenhower qui donne la priorité à Montgomery dont les Anglais n’avancent que bien trop lentement à son goût et selon sa propre conception d’une guerre rapide et sans pause, déstabilisant l’ennemi en retraite et finalement économisant des moyens et des hommes.

Une belle phrase de Patton sur la cathédrale de Reims : « …28 août : nous [ses troupes avancées] seront à la nuit à la ville où se trouve la grande cathédrale ». Au sujet de l’essence, il fait une allusion à sa guerre de 1918 « Dans la dernière guerre, j’ai siphonné les trois quarts de mes chars pour faire marcher le dernier quart, Eddy n’a qu’à faire de même » [!]

Voir, ci-dessous, la copie de ces pages 310-311, bon exemple de ses lettres et de son journal.

Merci aux éditions Nouveau Monde pour nous autoriser à les mettre en ligne.

Lire les mémoires de Patton (1885-1945), c’est entrer dans des sources écrites concrètes et d’un abord facile, c’est rencontrer un « maitre de guerre » comme le dénomme B. Laurent [expression d’origine latine « magister armorum » et qui a désigné le général Jovin, célèbre à Reims en 360-380…] c’est côtoyer un mythe militaire plus complexe que sa réputation, avec ses qualités, sa culture, son humour, son égo, ses préjugés…

Voir aussi un long article sur wikipedia dont la photo de titre est tirée. Ci-dessous, après le texte vous trouverez deux autres photographies de Patton qui sont exposées au Musée de la Reddition de Reims, Lycée Roosevelt.

Cliquer sur l’image du texte pour l’agrandir :

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Portrait avec autographe mais sans date ni lieu

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« 24 mai 1945, les généraux Bradley et Patton en visite à Reims au QG d’Eisenhower »

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Voir un montage : La LIbération sur ReimsAvant

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Comment le docteur Mencière évita l’amputation à un grand nombre de soldats blessés

ob_1b4f17_docteur-menciereLe Docteur Louis MENCIÈRE est né le 25 septembre 1870 à Saint-Genis-de-Saintonge.

Il a soutenu sa thèse en 1896 à Bordeaux puis vint à Paris oû il fut assistant dans les services des Professeurs Lannelongue et Broca.

Il vint s’installer à Reims en 1898.

Spécialisé dans l’orthopédie, il avait installé une Clinique à Reims, rue du Pont Neuf.

La renommée de cette clinique orthopédique, obligea le Docteur MENCIÈRE à s’établir, l’année suivante, en 1899, dans un immeuble plus vaste, rue Libergier pour aller ensuite au 38 rue de Courlancy à REIMS. Il fonde «la Clinique de Chirurgie Osseuse et Orthopédique de Reims». Il n’en existait aucune en France; il fut le pionnier de cette spécialité. Très vite par ses techniques et ses méthodes opératoires (phénolisation, phénopuncture des tuberculoses osseuses, traitement de la luxation congénitale de hanche, transplantations tendineuses, création des tendons artificiels, …) il eut une renommée internationale. Il fut aussi le précurseur de nombreux instruments opératoires ( pour la phénopuncture, ostéome révolver, levier de MENCIÈRE …)

Le 01 janvier 1905 le Dr Louis MENCIÈRE est Officier d’Académie.

Il préconisa qu’il fallait obligatoirement prendre en charge le patient dans sa totalité; ainsi après l’intervention qu’il a subit sa prise en charge devait se prolonger par des méthodes rééducatives à l’aide d’appareils de mécanothérapie et de physiothérapie qu’il avait lui-même conçus.

En 1907 le Pr LANDOUZY, doyen de la faculté de médecine de Paris, a tenu à faire visiter son établissement unique en France par les membres du congrès de l’Association de médecine qui s’est tenu le 1er Août 1907.

Mobilisé pendant la 1ère guerre mondiale, il entreprit dans ses laboratoires de la Clinique, dans les premiers mois de la guerre, ses études sur le pansement de guerre.

Attaché à la VIè armée, sous les ordres du médecin inspecteur général Nimier, comme chirurgien-chef à l’hôpital des Sablons à Compiègne et chirurgien consultant du Centre hospitalier. Ce Centre hospitalier recevait tous les blessés provenant de Quennevières, Tracy-le-val, Tracy-le-Mont et de tous les combats livrés sous Compiègne.

Il fût chargé de mission par le sous-secrétariat du Service de Santé pour étudier aux armées le pansement de guerre et le problème des évacuations.

En effet une victime était mis en attente, avant d’être évacué à l’arrière du front pour se faire soigner; mais souvent l’attente était longue, tellement longue que ces plaies avaient le temps de se surinfecter et étaient la cible favorite des bactéries responsables de la gangrène gazeuse. Devant une telle situation le seul recours était alors d’amputer le malade pour essayer de le sauver…

Il préconisa «son traitement de l’embaumement des plaies» par un liquide, dit « Liquide de MENCIÈRE ». Ce traitement porta le nom de «pansement MENCIÈRE ».

Immédiatement appliqué sur les plais délabrées, il avait pour effet d’empêcher toute infection secondaire, en éloignant ainsi toute menace de gangrène, et donc d’amputation.

Au cours des terribles batailles livrées sous Verdun et dans la Somme, les grandes évacuations de blessés ne devinrent possible que grâce à ce pansement.

En 1916 il fut chargé d’un service spécial de chirurgie osseuse au Grand Palais. Un médecin Major (M.M. Creignon) a été délégué auprès de lui pour «…étudier dans quelles conditions le pansement MENCIÈRE pourrait être utilisé aux évacuations.»

Adoptée par les armées françaises et alliées, la méthode MENCIÈRE fut appliquée dans une mesure de plus en plus large jusqu’à la fin des hostilités.

Par ailleurs avec le liquide de MENCIÈRE , les résultats sont si probants que la plupart des soldats peuvent être renvoyés sur le front!.

Puis il fut nommé chirurgien-chef de lhôpital militaire du Vésinet (en région Parisienne).

Promu médecin-major de première classe il a été nommé Chevalier de la légion d’Honneur en 1917 à titre militaire pour son traitement salvateur proposé pendant la guerre 14-18 et qui sauva plusieurs milliers de blessés de la gangrène et donc de l’amputation.

Démobilisé il poursuivit ses recherches. Les vertus stérilisantes, et en même temps favorables à la vitalité des tissus musculaires et osseux des principes actifs de la série aromatique utilisés dans la méthode, l’incitèrent à poursuivre ses recherches. Il constate que sa méthode, avec quelques variantes suivant les cas particuliers, parvenaient à amener la guérison radicale des tuberculoses osseuses et articulaires, des coxalgies, des tumeurs blanches, des ostéomyélites, des séquelles de guerre, des fistules osseuses.

C’est le 13 février 1939 que le Docteur Louis MENCIÈRE arrête officiellement d’exercer son métier confiant à son fils la poursuite de son œuvre, le Docteur Jean-Louis MENCIÈRE , qui en avait déjà pris le relais depuis 1935. Mais c’est malheureusement la guerre qui a mis fin à ses ambitions.

Le Docteur Marie François Louis Ernest MENCIÈRE est décédé le 5 octobre 1941 à OSSUN (Hautes Pyrénées )(en exode) dans sa 72e année.

Article : Docteur François Mencière, petit-fils du Docteur Louis Mencière

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L’établissement vue du coin de la rue de courlancy et de l’ancienne rue de mulhouse (Gal de Gaulle)

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La Ferme Pierquin

Située à la sortie de Reims en direction de la route de Neufchâtel-sur-Aisne et limitrophe de la commune de Bétheny, cette ferme va se retrouver, dès fin septembre 1914, au cœur les combats de la ligne de front.

Après la Première Bataille de la Marne, les Allemands se retranchent sur les forts de la ceinture fortifiée de Reims, dont le fort de Brimont et comme beaucoup de fermes isolées, la ferme Pierquin devient un lieu à défendre et à conserver par les Français pour mieux progresser vers l’ennemi.

Si des cartes postales de cet endroit sont éditées dès octobre 1914, il y a beaucoup moins d’écrits concernant cette ferme. Néanmoins il existe des récits de soldats y ayant combattu et qui nous sont parvenus par l’intermédiaire de leur carnet de guerre. Pour exemple voir le lien ci-dessous :
Blog du 409e R.I. de Christophe Lagrange

Et il n’est pas improbable de retrouver des mentions de cette ferme dans les journaux de marche des régiments qui s’y sont battus, où qui sont passés dans la région. (Si vous avez des informations, nous les rajouterons à cet article).

Bétheny 14-18

La ferme Pierquin sera définitivement détruite vers la fin des années 1990. Elle se trouvait approximativement à cet endroit :

21 22

N’hésitez pas à « cliquer » sur les photos pour les agrandir.

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Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny

Le 61e Régiment d’Infanterie est dans le secteur de Reims entre novembre 1915 et 15 mars 1916.

En 1914, son casernement ou lieu de regroupement est Aix-en-Provence, Privas. Il fait partie de la 60e brigade d’Infanterie, 30e division d’Infanterie, 15e Corps d’Armée. Constitution en 1914 : 3 bataillons.

1914 Lorraine : Moncourt (15/08), combats de Dieuze, Guébestroff (20/08), Trouée des Charmes (fin août) : Mont-sur-Meurthe

Bataille de la Marne (6-13 sept.) Ferme de Maison Blanche, Andernay

Secteur de Verdun : Avocourt, Bois de Cheppy (fin sept.), nord de Béthincourt, cote 281 et Bois des Forges (oct. à déc).

1915 Verdun (janv-avril) : Béthincourt

Champagne : (mai-août) : Massiges, Ville-sur-Tourbe puis secteur de Reims, La Pompelle, Bois des Zouaves, le Calvaire, le Balcon

1916 Secteur de Reims (nov.-15 mars) : route de Cernay, Butte de Tir, puis en avril-juin : Sillery, Bois des Zouaves

Bataille de Verdun (juin-août) : Côte de Froideterre, Côte du Poivre, puis Aisne (sept.-déc.) : Paissy

1917 Embarquement pour Salonique et l’Armée d’Orient jusqu’à la fin de la guerre.

Source : chtimiste.com

Voici quelques consignes écrites lors de son passage dans le secteur de Bétheny :

Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny
Consignes pour le 61e R.I. dans le secteur de Bétheny

Réseau défensif dans le secteur de Bétheny : en rouge, les tranchées françaises, en bleu, les tranchées allemandes.

Article et photos et documents : Vincent Piniarsky

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Inauguration du Monument aux Morts de la Grande Guerre.

Le 1er Juin 1930, la ville de Reims inaugure son monument au Morts en mémoire aux victimes de la Première Guerre Mondiale. Le monument est l’œuvre de l’artiste Henri Royer, et de Paul Lefebvre, statuaire Rémois déjà connu pour son monument du « Poilu » du 132e régiment d’infanterie installé dans un premier temps Cours Langlet en 1925 puis place Léon Bourgeois en 1933.

Le monument se situe dans l’ancien square de la Mission datant de 1821 (entre l’actuelle place de la république, et le cimetière du Nord) . Sa construction fut faite sur une ancienne grotte, déjà présente dans le parc, et le programme de l’inauguration nous apprend que le comité en charge du monument tint à préserver la fameuse grotte. Le monument occupe une place de premier choix dans le centre de Reims, lui permettant une visibilité maximale et bénéficie d’une réelle mise en valeur, grâce à ses parterres fleuris avec originalité par les services des espaces verts de la ville .

84 ans après sa construction, il est toujours bien présent dans l’esprit des Rémois qui sont habitués à sa présence. De nombreuses commémorations s’y déroulent chaque année.

Je vais vous présenter en détail le déroulement de cette journée de cérémonie du 1er juin 1930, qui a très certainement été une journée pleine d’émotions et de souvenirs pour un grand nombre de Rémois présents ce jour là .

Le 1er Juin 1930, la journée d’inauguration débute à 11h30 par la réception des délégations d’anciens militaires, elle est donnée dans la cour de l’Hôtel de Ville de Reims par le ministre de la guerre de l’époque André Maginot et le Maréchal Philippe Pétain.

Puis la journée se poursuit à 14h30 devant le nouveau monument, où l’on joue la Marseillaise avant de respecter une minute de silence.

C’est maintenant au tour d’un grand mutilé de Guerre de venir allumer une symbolique flamme du souvenir, accompagné par deux jeunes pupilles de la nation.

Le Chant du souvenir est ensuite joué.

Le chant terminé, le monument est officiellement remis à la ville de Reims. S’en suit un discours de Paul Marchandeau (Maire de Reims) et du ministre de la guerre .

Un défilé des troupes de la garnison de Reims vient clôturer les cérémonies.

Les invités rejoignent ensuite l’Hôtel de Ville à 15h30 où se déroule une ultime réception en présence des membres du conseil municipal.

Un programme retraçant le déroulement de cette journée fut réalisé par l’imprimerie Rémoise « Le Centaure ». Adrien Sénéchal fut choisi pour réaliser l’illustration de la couverture sur laquelle il présente un blason de la ville de Reims. Le photographe Lucien Loth fournira six photographies du monument pour l’embellissement de la mise en page.

Le programme dresse une liste des différents régiments ayant défendu Reims pendant la Guerre 1914-1918, ainsi qu’une autre liste qui recense les associations d’anciens combattants, de mutilés de Guerre et de prisonniers existants à Reims.

Il donne également des explications sur la signification des différents éléments du monument .

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Texte extrait du programme :

La pensée accomplissant son effort de résurrection :  » Le poète sensible qu’est notre statuaire, a réalisé dans ce bronze rugueux un chef-d’œuvre d’anatomie, de plastique et de lignes; combien était difficile de traduire la pensée du relèvement des ruines de notre cité, sans tomber dans une inspiration provocante par son attitude même?

L’avenir confirmera, espérons-le, l’avis unanime du temps présent, qui place cette statue au premier rang de notre art national.

Notre architecte, dans sa composition d’ensemble, a su tirer un parti grandiose de son architecture, de quelque endroit qu’on l’étudie, comme le prouve cette vue prise sur le coté gauche de l’exèdre, mettant en valeur le déambulatoire aussi mystérieux qu’un entre-colonnement grec de Poestum.  »

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Sources : Ville de Reims Monument aux Morts, programme de l’inauguration du 01/06/1930

Collection personnelle : Thomas Geffrelot (réutilisation possible des images)

 

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