All posts by Véronique Valette

Samedi 1er mai 1915

Paul Hess

Réveil à 4 h 1/2 par des explosions de bombes d’aéro.

– Aujourd’hui, les journaux publient ainsi le communiqué relatif au bombardement de la soirée du 28 avril :

Reims de nouveau bombardée.

Reims a reçu 500 obus dont beaucoup d’obus incendiaires ; ceux-ci ont allumé plusieurs incendies, mais on a pu les circonscrire et les éteindre rapidement.

Ceci ne fortifiera pas encore notre confiance dans les renseignements officiels donnés par les communiqués, car nosu savions déjà que le service spécialement chargé de ce contrôle, ici, à Reims, a relevé neuf points de chute de projectiles, pour cette séance mémorable.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 1er – Nuit tranquille. À 9 h gros canons ; item de temps en temps durant la nuit du 30 au 1er. Bombes dans la matinée. À 2 h bombes entre batteries, sans doute. Bombes de temps en temps dans la soirée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

le 1er mai 2, 3, 4 un bombardement dans la soirée

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER


Source : http://joseph-nicolas.skyrock.com/3079896729-Gerardmer-1er-mai-1915-General-Joffre.html

Samedi 1er mai

Nous avons progressé au nord d’Ypres, dans la région de Streenstraate; nous avons gagné là une profondeur de 500 mètres à un kilomètre, en enlevant deux lignes de tranchées successives et en faisant de nombreux prisonniers. Reims a reçu 500 obus, dont quantité d’obus incendiaires – qui ont allumé plusieurs incendies, mais ceux-ci ont été éteints rapidement. En Champagne, l’ennemi a bombardé une de nos ambulances et blessé un médecin. Dix-neuf obus de 380 sont tombés sur Dunkerque : ils provenaient de canons placés dans les lignes allemandes. Vingt personnes ont été tuées, quarante-cinq blessées, et plusieurs maisons détruites. Une importante conférence a eu lieu à Rome, entre MM. Salandra, Sonnino et le général Cadorna, chef de l’état-major. Les combats demeurent incessants au col d’Usjok, dans les Carpates; ils continuent à tourner à l’avantage des Russes. Ceux-ci refoulent également les avant-gardes allemandes qui attaquaient vers le Niémen. Trois vapeurs anglais ont été coulés par des sous-marins allemands. François-Josef a mandé en consultation le comte Goluchowsky, ancien ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, qui avait toujours été partisan de l’entente russe. 

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 30 avril 1915

Paul Hess

Bombardement vers 7 heures, sur le faubourg Cérès. A 16 h, les obus recommencent à arriver et tombent, cette fois, sur le centre.

En quittant le bureau à 18 h, je passe donc par la rue Bonhomme, voir s’il n’y aurait pas encore du nouveau par là, avant de me diriger chez ma sœur, place Amélie-Doublié, où je dois dîner et passer la nuit ; tout y est resté calme, cet après-midi.

Prenant alors la rue Andrieux, je gagne le boulevard Lundy par la rue Linguet, quand j’entends tirer sur un aéroplane que je n’aperçois pas ; il est au-dessus cependant. Je le cherche, d’après le bruit du moteur, tout en continuant mon chemin, mais je n’ai que le temps de voir les flocons de fumée blanche produits par les éclatements des shrapnells. Soudain, une grêle de balles de plomb s’abat sur le trottoir ; ce sont celles d’un projectile qui redescendent en cet endroit et roulent sur le macadam. J’en ramasse quelques-unes, à joindre à ma collection de souvenirs du même genre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Trajet de Paul Hess : Hôtel de ville, rue Bonhomme, rue Lesage, place Amélie-Doublié

Trajet de Paul Hess : Hôtel de ville, rue Bonhomme, rue Lesage, place Amélie-Doublié


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Cardinal Luçon

Vendredi 30 : Nuit tranquille. 6 h aéroplane, que l’on canonne. 8 h quelques bombes allemandes.

Visite à la Visitation, à L’Espérance.

Visite à une petite blessée civile par une bombe (?) lors du dernier bombardement de mercredi à jeudi. Un capitaine d’artillerie et une jeune fille tués. Caves de L’Espérance ; nous nous y sommes réfugiés pendant un bombardement qui nous surprit chez elles entre 3 heures et 6 h du soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée  Muller

28 29 30 toujours la même chose

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

le 31 départ du cap. ADAM pour Paris (1)

(1) erreur de Renée ? il n’y a que 30 jours en avril !

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Vendredi 30 avril

En Belgique, nous continuons à progresser, en liaison avec les troupes belges, sur la rive droite du canal de l’Yser, où nous avons pris 150 hommes et deux mitrailleuses. Deux attaques ennemies ont été repoussées : l’une près d’Ypres, l’autre aux Eparges.
La ville d’Épernay, quoique ouverte, a été bombardée par des avions, avec des obus incendiaires. Nous avons détruit le zeppelin qui avait opéré il y a quelques jours, au-dessus de Dunkerque.
Durant le dernier mois écoulé, et contrairement aux témoignages mensongers de l’agence Wolff, nous avons progressé de trois à quatre kilomètres sur tout le front lorrain, du canal de la Marne au Rhin jusqu’aux premiers contreforts des Vosges.
Le contre-amiral Senès qui avait arboré son pavillon sur le Léon-Gambetta a péri avec ce croiseur-cuirassé.
Les troupes alliées sont établies solidement sur plusieurs points de la presqu’île de Gallipoli. Enver pacha aurait fait fortifier les environs immédiats de Constantinople.
Le principal organe neutraliste italien reconnaît à son tour qu’il sera malaisé d’éviter la rupture avec l’Autriche, le cabinet de Vienne se refusant à accepter les concessions réclamées par l’Italie.
Dans les Carpates et en Pologne orientale, les Russes ont remporté toute une série de succès significatifs.
Une délégation irlandaise est arrivée à Paris; elle vient affirmer le dévouement de l’île sœur à la cause des alliés.

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Jeudi 29 avril 1915

Paul Hess

Journée assez calme

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 29 – Visite à M le chanoine Colas : des éclats d’obus avaient pénétré dans son oreiller, à M. le Curé Landieux, rue des Anglais, rue des Fusiliers, à la Maison Meltat incendiée (incendie maîtrisé) ; j’étais la nuit, à minuit dans notre jardin, le vidoir à la main, pour lancer de l’eau sur le toit, si le feu avait approché de nous. M. Bellandet était de même dans la chambre de Mgr Neveux. Nous n’avons eu aucun dommage.

Visite des Généraux Achte et Rouquerol, avec deux capitaines. C’est le lieutenant de Bernis qui a capturé les aviateurs allemands.

Visite à la Visitation, à l’Espérance.

Visite à une petite blessée civile par une bombe ( ?) lors du dernier bombardement de mercredi à jeudi. Un capitaine d’artillerie et une jeune fille tués. Caves de l’Espérance : nous nous y sommes réfugiés pendant un bombardement qui nous surprit chez elles entre 3 heures et 6 h du soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue des Anglais

Rue des Anglais


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 29 Avril 1915.

Oh mon Charles, quels bombardements depuis plusieurs jours ! Mais aujourd’hui c’est pire. On attribue cela à la perte de trois de leurs aéros que le nôtres auraient fait tomber. Alors ils se vengent. Je te dirai que ce matin ils ont commencé à six heures et à onze heures je faisais manger la petite dans la cour quand il en est arrivé une qui a heureusement éclaté en l’air. Quelques chiques sont tombées autour de moi et la petite ayant crié, j’ai cru un instant qu’elle était touchée. Mais il n’en était rien.

L’après-midi cette fois ils ont repris et à six heures et demie, si tu avais entendu les nôtres et les leurs, cela faisait un vacarme assourdissant. On dit même que les nôtres viennent de reprendre Beine. Enfin pour le moment ils sont tranquilles.

Je vais me coucher. Bonne nuit. Je t’aime …

Mon Charles, je n’ai pas dormi longtemps. J’étais à peine couchée, quand j’entendis quelques sifflements. Mais je m’endormis quand même. Pas longtemps, car il était 10 heures quand je fus réveillée par un bruit formidable. Il venait d’en tomber une tout près. Au même instant j’entendis Maria qui descendait ainsi que le parrain. Je sautai au bas du lit, je m’habillai et je descendis près d’eux. Si tu avais entendu ! Tous leurs canons tiraient ensemble furieusement, sans tir précis, dans toutes les directions de la ville. Nous en comptons facilement 4 à la minute. Cela dura jusqu’à 11 heures et c’est pourquoi avant de me recoucher, je veux t’écrire un peu. J’ai la tête en feu et je crois que mon sommeil est perdu pour le restant de la nuit.

Tiens, je n’ai pas pensé de te dire que dimanche dernier un éclat est tombé chez tes parents dans le grenier, mais ça n’a cassé que quelques tuiles, heureusement.

Je te quitte encore une fois. Je t’envoie de loin tout mon cœur. Je t’aime toujours. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Beine-Noroy

Beine-Noroy

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Renée Muller

28 29 30 toujours la même chose

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Jeudi 29 avril

Notre progression s’est poursuivie au nord d’Ypres et particulièrement à notre gauche. Nous avons pris des mitrailleuses, des lance-bombes et fait plusieurs centaines de prisonniers. Les pertes ennemies sont extrêmement élevées. En Champagne, les Allemands nous ont enlevé près de 300 mètres de tranchées avancées près de Beauséjour: nous en avons repris la moitié. En Argonne, à Marie-Thérèse, nous enrayons une tentative d’attaque. Sur les Hauts-de-Meuse, près des Eparges, nous avons gagné un kilomètre, infligé de fortes pertes à nos adversaires et détruit une batterie d’artillerie. Canonnade, mais sans attaque d’infanterie, à l’Hartmannswillerkopf.
Cent-trente-six hommes du Léon-Gambetta ont été sauvés, grâce à la coopération des autorités navales italiennes.
La bataille continue dans les Carpates sans que la décision soit encore en vue, mais les Austro-allemands se heurtent à un mur.
Notre action aérienne s’est fortement développée. Nos avions ont lancé 27 obus sur la gare de Bollwiller (près de Guebwiller, voie ferrée de Strasbourg à Mulhouse): 60 sur la gare de Chambley et sur celle d’Arnaville (à proximité de Metz); 6 sur les hangars des zeppelins à Friedrischafen (lac de Constance); 21 sur l’usine de Léopoldshoelle (duché de Bade). Nous avons abattu quatre avions ennemis.

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Mercredi 28 avril 1915

Paul Hess

Dans la matinée, bombardement du côté de l’hôtel de ville ; on signale des blessés à la maison Mauroy, rue de Mars.

– A 17 heures, les obus recommencent à siffler ; ce sont encore des incendiaires. Les explosions continuent à se faire entendre jusqu’au moment où je regagne la rue Bonhomme, vers 20 h.

Avant de rentrer au n°8, je cause pendant quelques instants, dans la rue, avec Mme Marmotin, Mme Bauchart et son fils Henri, et, le calme semblant revenu, je vais me coucher à 21 h, ayant un grand besoin de dormir. A 21 h 1/2, je suis réveillé par des éclatements tout proches, mais je suis si fatigué et si bien installé dans mon lit que je ne voudrais pas me lever pour rien ; au surplus, il ne fait pas chaud.

Je me laisse donc aller dans le sommeil insensiblement ; deux ou trois des sifflements perçus encore vaguement me font penser chaque fois, d’une façon presque inconsciente : « Ho ! c’est peut-être le dernier », puis je me rendors. Cependant, de nouveaux éclatements ne tardent pas à m’alerter sérieusement ; il ne s’agit plus de dormir, il faut bouger et faire vite, le danger paraît imminent. Avant que j’aie eu le temps d’allumer la lampe Pigeon, une explosion formidable se fait entendre sur l’arrière d’une maison de la rue Cérès, mitoyenne avec le fond du jardin ; assis sur mon lit, disposé dans la salle à manger, j’en ai vu parfaitement la flamme, à quinze mètres à peine, devant mes yeux. Je pense : « Cette fois, c’est le moment », et je commence à m’habiller en hâte ; les sifflements se suivent serrés – les obus continuant à tomber aux alentours, par rafales de cinq ou six – l’angoisse vient, tandis qu’il me faut lacer mes chaussures. Je m’efforce de rester calme pour aller plus vite, et, malgré tout, la violence du tir me fait craindre de n pouvoir m’abriter à temps.

En effet, il ne s’est pas encore écoulé deux minutes, qu’à l’instant précis où j’en suis à boutonner la ceinture de mon pantalon, un choc terrible, une explosion épouvantable, un ébranlement de la maison se produisent simultanément me donnant, en même temps la certitude entrevue comme l’éclair, que tout ce qui se trouve au-dessus de moi va s’écrouler et m’écraser. Quelques secondes s’écoulent. Le m’étais courbé brusquement ; je reste surpris de me redresser si aisément, de ne pas me trouve pris sous des matériaux disloqués. Le plafond n’a pas cédé, je suis pourtant convaincu que la maison touchée par le haut a été démolie en partie ; en même temps que le bruit terrible de l’éclatement du projectile, s’est produit celui de l’arrachement de pièces de charpente et de pierres envoyées de tous côtés. Une pluie de gravats, de plâtras s’est abattue sur la véranda et couvre la cour, et, lorsque je sors pour me rendre enfin dans le sous-sol à deux issues de la maison voisine, rue Bonhomme 10, la rue est également jonchée de débris.

J’appelle, à côté, après avoir sonné et resonné, mais les voisines et voisins effrayés sont descendus du sous-sol dans la cave. je dois attendre des minutes qui me paraissent infiniment longues ; je ne sais si l’on m’a entendu et les obus volent toujours par rafales pour tomber tout près, car des pans de murs s’effondrent sous les chocs dans les ruines, à proximité. Le jeune Henri vient tout de même m’ouvrir et redescend aussitôt auprès de sa mère et de l’autre voisine du n°5, qui se tiennent à la cave. Je préfère rester seul au sous-sol.

Au bout d’un instant, une certaine odeur que je connais bien pour être celle dégagée par les obus incendiaires ne me laisse pas tranquille ; il faut absolument que je voie maintenant quelle maison a été touchée, et de quelle manière. Je vais dans le jardin, m’attendant à trouver quelque indication par une lueur ; ne remarquant rien, je retourne rapidement au n°8, faire une tournée générale. Je puis circuler aux différents étages sans découvrir quoi que ce soit d’anormal. les obus sifflent toujours. je reprends donc vivement le chemin de la maison n°10 et en monte lestement l’escalier. Arrivé sous le toit, je vois alors la brèche faite dans la partie de l’immeuble en surélévation contre l n°8 mitoyen. La toiture a été ouverte par l’explosion d’un obus incendiaire dont un éclat énorme confirme l’éclatement en cet endroit et je constate que six bougies se sont consumées sur place, par-ci par-là, aux divers points de leur chute dans le grenier, l’une d’elles entre autres à dix centimètres à peine de paniers d’osier superposés auprès desquels elle a été projetée. Avant de quitter la place, je prends soin d’examiner minutieusement les coins et recoins ; il n’y a plus aucun danger ; je m’assure cependant du passage du projectile au 3e étage, où deux chambres ont été bouleversées et je descends, trouvant qu’en somme les dégâts sont relativement minimes et que la maison Burnod, comme aussi la maison Ricard, l’ont encore échappé belle.

Les obus tombent jusqu’à 23 heures.

A 23 h 1/2, après avoir fait une nouvelle ronde complète, pour éviter toute mauvaise surprise aux voisines quant aux suites de l’arrivée de cet incendiaire, je réintègre le n°8 et vais me recoucher, mais malgré la tranquillité avec laquelle je me remets au lit et même la si bonne intention de bien dormir, que j’avais eue en rentrant, à 21 heures, je fais une très mauvaise nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 28 – Nuit tranquille. Matin 6 h aéroplane. Bombes vers 11 h.

Visite de M. Grondijs, hollandais, qui me donna son livre sur l’invasion allemande en Belgique.

Visite à S. J. B. de la Salle. École professionnelle, à l’Enfant Jésus. Distribution des cigarettes d’Alexandrie.

Visite d’un sous-lieutenant, percepteur dans le midi, frère d’une Sœur de S. Vincent de Paul de la Crèche de Rethel. Bombes, canonnade française formidable. Bombes.

M. Grondijs a vu un Albatros allemand descendu sain et sauf par les aviateurs français à Betheny ; les deux aviateurs teutons ont été faits prisonniers. On a dit qu’un autre avait été abattu. Gare à la nuit ! Et en effet, après un formidable duel d’artillerie dans l’après-midi jusqu’à 7 h, un bombardement d’une violence extrême a commencé à 9 h ½ et dura jusqu’à 10 h ½. Incendie allumé à la maison Miltat, qui toucha la nôtre ; bombe dans notre jardin, près de celle du 9 avril. Éclat énorme dans la bibliothèque, bougies incendiaires dans la cour d’entrée ?

D’après le « Courrier de la Champagne », il y aurait eu 500 bombes.

Visitation, plusieurs blessés : la Supérieure ( ?) enfant Jésus, bombe, à 8 h du matin

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

28 29 30 toujours la même chose

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mardi 27 avril 1915

Paul Hess

Calme, c’est-à-dire bombardement faible, mais la canonnade de nos pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 27 – Nuit tranquille pour la ville ; mais violentes canonnades vers 11 h soir. Matin 6 h aéroplane, canonnade ; item, à 8h, à 9h et à 10 h. Combat violent d’artillerie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

le 27 le général FRANCHET d’ESPEREY parle à Maman

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Lundi 26 avril 1915

Paul Hess

Bombardement dans la matinée, vers l’hôtel de ville

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 26 – Nuit tranquille ; bombes dans la journée. Aéroplanes.

Visite au Général Rouquerol (nommé Général de Division), à sa casemate. Visite à M. le Curé de Sainte-Geneviève et à l’Ambulance, 17 blessés civils.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Lundi 26 Avril 1915.

Je suis allée aux caves. On évacue tous les réfugiés qui ne travaillent pas à la maison. On vient les chercher en autobus pour les conduire vers une destination inconnue ; ce n’est pas gai. Là j’ai appris la mort d’Émile Cathier et d’Henri Peffer, l’un tué au bois de la Grurie et le second aux Eparges. Que de victimes pour avancer si peu ! Et quand serons-nous libérés ?

Ton coco est de plus en plus gentil. Les ouvriers sont tous après lui. Je lui ai appris à ôter son béret pour dire bonjour. Il est comique. Tu en seras fier mon Charles. Ta petite Blanchette pousse à merveille ; c’est un ange. Quand elle rit, elle ferme ses yeux comme toi. Si seulement tu étais là.

Mais je reprends espoir. Bonne nuit et à toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 26 grondement au loin

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Dimanche 25 avril 1915

Paul Hess

A 15 heures, canonnade violente de nos pièces du champ de Grève et riposte presque immédiate des Allemands. Je juge prudent de m’éloigner de ces parages, en quittant le boulevard, où je me promenais, pour prendre la rue Gerbert, vers le Barbâtre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Nuit tranquille. Bombes et canonnades assez vives vers 3 h nuit. Visite, Messe, allocution aux Caves Chauvet. Colonel de Ladmirault. M. Tellier, gérant des Caves.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

le 25 j’accompagne Mr NOËL acteur à l’opéra comique chez nous on bombarde le boisd Nicolas et la ligne de chemin de fer

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Samedi 24 avril 1915

Paul Hess

Hier, journée calme, mais à 9 heures, ce matin, un bombardement assez violent se déclenche vers l’hôtel de ville, qui n’es pas touché. Le travail, interrompu au bureau, peut être repris à 10 heures.

– Dans le courant de l’après-midi, notre voisine de la rue Bonhomme, 10, Mme Bauchart, blessée le 6 mars par l’explosion d’un obus sur la maison n°6 de cette rue et opérée quelques jours après, à l’hôtel-Dieu, est de retour dans la maison Burnod. J’étais allé lui faire visite le 10 mars, salle Jolicoeur ; elle y attendait vaillamment son rétablissement.

L’autre personne de la rue Bonhomme 5, blessée plus légèrement par le même projectile était elle-même revenue depuis quelques jours.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Samedi 24 – Nuit tranquille. De 9 à 10 h matinée, bombes allemandes.

Visite du Colonel de Ladmirault (347e, je crois(1))

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Le 347e régiment d’Infanterie formé à la mobilisation avec les réservistes du 147e régiment d’Infanterie d’active, en garnison à Sedan en 1914. (Note du Colonel Marc Neuville)


Samedi 24 avril

Combats en Flandre. Au nord de Dixmude, les Belges ont repoussé une attaque dirigée sur le château de Vicogne, en infligeant de fortes pertes à l’ennemi. Au nord d’ypres, les Allemands, en employant quantité de bombes asphyxiantes, dont l’effet a été ressenti jusqu’à 2 kilomètres en arrière de nos lignes, avaient réussi à nous faire reculer quelque peu. Mais une vigoureuse contre-attaque n’a pas tardé à nous restituer le terrain perdu, et nous avons, avec le concours de l’armée belge à notre gauche et de l’armée anglaise à notre droite, fait de nombreux-prisonniers. Ceux qui sont tombés aux mains des anglais appartenaient à trois régiments différents.
A Beauséjour, en Champagne, nous avons démoli une pièce ennemie sous casemate qui battait nos tranchées en enfilade.
Sur les Hauts-de-Meuse, nous avons brisé trois attaques à Calonne, aux Eparges et à Combres.
Près de St-Mihiel, au bois d’Apremont et au bois d’Ailly, nos progrès ont continué, 700 mètres de tranchées ont été conquis. Nous avons fait sauter deux dépôts de munitions dont l’explosion a presque totalement anéanti une compagnie.
Les nouveaux récits qui arrivent de l’affaire de la cote 6o confirment l’importance des pertes allemandes.
Les relations maritimes ont été suspendues entre l’Angleterre et la Hollande.
Les troubles s’aggravent à Trieste, où la population se révolte contre les officiers; l’état de siège a été proclamé.
Des entretiens suprêmes ont eu lieu à Rome, entre M. Sonnino et les ambassadeurs de l’Allemagne et de l’Autriche : MM.de Bülow et Macchio.

 

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Vendredi 23 avril 1915

Paul Hess

Le Courrier d’aujourd’hui donne le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle étaient présents : MM. Jallade, Drancourt, Bataille, Guernier, Demaison, de Bruignac, Gustave Houlon, P. Lelarge, Rohart, Em. Charbonneaux, Chezel, Gougelet.

M. Regnier, le nouveau sous-préfet de Reims, assistait également à la séance.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 23 – Du 22-23, nuit tranquille pour la ville. Journée assez paisible. Réponse à Rome pour l’Évêché de Beauvais.

Visite de M. Telllier pour messe aux Caves Chauvet.

Visite de M. Debeauvais, aumônier militaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Vendredi 23 Avril 1915.

Sept mois mon Charles que l’on t’a dit tué. Je ne peux m’y faire et je deviens de plus en plus triste. Il y a des moments où le courage m’abandonne. Hier j’ai encore reçu une lettre d’un de tes camarades à qui j’avais écrit. C’est un dénommé Ternet, de Crugny, et comme les autres il me dit que tu as été blessé et pas ramassé par eux. Il me dit de reprendre espoir. Que veux-tu, après chaque lettre que je reçois, je suis encore plus découragée, mais je veux savoir.

Hier je suis sortie faire quelques courses. Cela bombardait violemment ; on ne rencontrait personne. J’en étais à souhaiter d’être frappée à mon tour car ce n’est pas une vie que je mène. Mais mes pauvres petits, les tiens mon Charles, je n’ai pas le droit de les laisser. Pauvres cadets, ils sont si beaux.

J’arrête car je crois que j’arroserais le cahier. Je sens les larmes qui coulent. Je t’aime mon Lou, plus que tout.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


le 23 le colon des territoriaux arrivent, c’est encore un vrai tremblement

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Jeudi 22 avril 1915

Paul Hess

Nos collègues de bureau, Joly et Cochet, mûrissaient depuis quelque temps le projet d’organiser, à la « comptabilité » un petit repas en commun.

Ils avaient obtenu facilement avec l’assentiment de M. Cullier, l’adhésion de leurs camarades et l’approbation unanime pour faire quelques invitations dans les bureaux voisins et c’est ainsi que leur excellent idée a pu voir sa réalisation ce matin à 8 heures.

Dans le bureau de la caisse des incendiés, spécialement aménagé, a eu lieu un déjeuner auquel avaient accepté d’assister : Mlle Madeleine Lefèbre, dactylographe à la sous-préfecture ; MM. Lavergne, chef du 1er bureau et Landat, chef du 2e bureau du secrétariat ; Bruge, chef du bureau des écoles, avant la guerre, faisant fonctions actuellement de chef du bureau militaire et Franois, du même bueau puis toute la « comptabilité », c’est-à-dire MM. Cullier, chef de bureau, Vigogne, Joly, Cochet, Guérin et Hess.

Haution, appariteur, ayant joint, en sa qualité de cuistot de la popote municipale, ses talents culinaires à ceux de Joly, était aussi des convives à cette cordiale et sympathique réunion qui a procuré à tous une diversion très appréciée.

Après le café et pendant que les sifflements inévitables se faisaient entendre, chacun reprit son poste à 9 heures, alors que le bureau de la caisse des incendiés était rendu à sa destination normale.

– Dans la matinée, obus incendiaires à plusieurs reprises. Une jeune fille a été blessée mortellement devant le magasin « A la Poire d’Or »

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Paul Hess prenant ses notes, portrait réalisé d'après une photographie par Remi Hess, son petit-fils

Paul Hess prenant ses notes, portrait réalisé d’après une photographie par Remi Hess, son petit-fils


Cardinal Luçon

Jeudi 22 – Nuit tranquille pour nous. Aéroplanes à 6 h et à 9h. Bombes vers 10 h ½ matin. Après-midi tranquille.

Visite aux paroisses et aux Ambulances de Villedommange et de Sacy, Chalet Mennesson.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

le 22 jour d’adieux ; M VOGIER /

/ est venu. Constant – l’après-midi

LECLERC et DEVILLERS – Oscar LEPAON et SABALETTE ainsi que l’ordonnance du cap. ARNOULD – et toute la société à BADEL – lui s’en va a Montbré, il n’est pas très satisfait

L’état-major se trouve à Prunay, le repos à Mailly et la division à

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER


Jeudi 22 avril

Les Allemands attaquent les tranchées conquises par les troupes britanniques à la cote 6o (Flandre). Ils sont repoussés; de ce côté, ils ont perdu, en quatre jours, de 3 à 4000 hommes. Canonnade dans la région d’Arras. En Champagne, à Ville-sur-Tourbe, et en Argonne, à Bagatelle, nous arrêtons net deux offensives ennemies. Entre Meuse et Moselle, combats d’importance seconde, au bois d’Ailly, au bois de Mortmare, au bois Le Prêtre. Nous enlevons une tranchée près de Flirey, où l’ennemi a laissé 300 morts sur le terrain. Canonnade en Lorraine. Nous repoussons un nouvel assaut à l’Hartmannswillerkopf.
Les Russes ont brisé une offensive autrichienne dans les Carpates, en infligeant de grandes pertes à leurs adversaires et en faisant de nouveaux prisonniers. Des avions allemands ont lancé une centaine de bombes sur Biélostok, entre Varsovie et Grodno.
La flotte franco-anglaise a bombardé Boulaïr dans la presqu’île de Gallipoli. Les torpilleurs russes ont coulé dix bateaux turcs chargés de munitions.
Le gouvernement allemand a pris la responsabilité de la note injurieuse remise par son ambassadeur Bernstorff au président Wilson. Ce dernier prépare une réponse qui sera, affirme-t-on, très énergique.

 

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Mercredi 21 avril 1915

Cardinal Luçon

Mercredi 21 – Nuit tranquille pour nous. Journée calme. 5 h ½ canonnade française, bombes allemandes.

Visite à Saint-Jacques. M. Rohard, Conseiller municipal me complimente. Je lui demande qui il est. M. Rohard, Conseiller municipal, il me demande une Bénédiction en s’inclinant pour la recevoir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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l’Église Saint-Jacques après la guerre et avant le reconstruction de son clocher


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 21 Avril 1915.

Mon pauvre grand, il y a aujourd’hui deux ans notre coco venait de venir au monde. Nous étions heureux et tu étais si content d’avoir un garçon. Faut-il que son anniversaire se passe sans toi. Tu dois y penser mon Charles, et tu dois souffrir de n’être pas près de nous. Si tu pouvais te représenter comme il est ! Il parle couramment, dit et prononce bien tout. Tu en serais fou.

Je ne suis pas encore gaie aujourd’hui. Si seulement les boches n’étaient plus près de nous. Je pourrais retravailler, cela occuperait mes pensées. Mais ils sont toujours là. Il n’y a qu’aux Eparges qu’ils ont reculé. Mais combien de victimes ! Georges Lagarde y a pris part et il dit que c’était affreux. Quelle triste chose ! J’en sais pour ma part.

Je te quitte, mon Charles, et si ma pensée peut communiquer avec la tienne, tu sauras que ta petite femme t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

21 c’est Mr LECLERE qui passe la visite ; après midi nouvelle confirmée

il partent remplacer la division marocaine à Verzenay

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER


Mercredi 21 avril

Les Allemands ont lancé sur Reims cinquante obus incendiaires. Lutte d’artillerie en Argonne et Champagne. Dans le bois de Mortmare, près de la route Essey-Flirey, nos attaques ont progressé. Au bois Le Prêtre, l’ennemi bombarde violemment nos positions, mais quand il veut passer à l’action d’infanterie, son offensive est aussitôt arrêtée. Combats d’avant-postes sur les lisières de la forêt de Parroy. Deux contre-attaques allemandes ont été repoussées sur l’Hartmanswillerkopf, en Alsace. Les manifestations de découragement et de lassitude se multiplient en Autriche-Hongrie, où l’on redoute l’invasion à la fois par le nord-est et par le sud.
Une mission hongroise, composée principalement des chefs de l’opposition, va arriver a Vienne.
M. de Bülow, comprenant sans doute que la vie à Rome lui serait désormais difficile, est décidé, paraît-il, à vendre sa villa Malta.
M.Lloyd George déclare aux Communes anglaises que l’appel à la conscription est superflu, en présence des bons résultats fournis par le libre recrutement.
Ce sont les marins anglais eux-mêmes qui ont détruit leur sous-marin E-15, échoué dans les Dardanelles, pour éviter qu’il ne tombât aux mains des Turcs.
Le vapeur néerlandais Olands a coulé en mer du Nord, après avoir heurté une mine.

 

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Dans les tranchées de Reims

Merci à Gérard Corré qui nous a envoyé cet article accompagné des photographies de son grand-père, un témoignage passionnant d’un poilu photographe dans le secteur de Reims

Photos de Louis Corré prises en 1916 et 1917 présentées par son petit-fils Gérard Corré avec l’accord du Cercle Généalogique de l’Aisne

Le 1er août 1914, lorsqu’il est « rappelé à l’activité par décret présidentiel », Louis Corré a 37 ans. Il y a quinze ans qu’il a achevé son service militaire, qui durait alors 36 mois et qu’il a effectué à Saint-Quentin.

Il est le deuxième fils du meunier de Domptin (Aisne), Arsène Corré, et de Juliette Guyot. Son fils unique, André, né d’un premier mariage, a huit ans. Louis s’est remarié quatre ans plus tôt avec Marinette Babouot, qui a maintenant 31 ans, et ils se sont installés à Nogent-sur-Marne.

Il y a dix ans, il a abandonné son métier de boucher et il est entré à l’usine Pathé Frères de Joinville-le-Pont. A l’évidence il aime la photographie et il veut rassurer sa femme ; alors il lui envoie des images des meilleurs côtés de sa vie dans les tranchées, toujours accompagnées d’un bref commentaire au verso.

Ces photographies sont de petit format, autour de quatre centimètres sur six ; celles qui sont parvenues jusqu’à nous couvrent surtout la période d’août 1916 à septembre 1917. Louis appartient alors au 23e régiment territorial d’infanterie, dont l’histoire a été publiée en 1920 chez A. Olivier, éditeur à Caen – garnison d’origine de ce régiment – et dont le Journal des marches et opérations (JMO) est accessible en ligne sur le site internet Mémoire des hommes.

Au moment de la mobilisation, les hommes de 35 à 40 ans ont été affectés dans les régiments territoriaux d’infanterie, dont la vocation initiale était de défendre les places fortes et les points sensibles, sans participer directement aux combats. Mais ils ont rapidement dû effectuer toutes sortes de tâches en arrière du front (ravitaillement, escortes, camps de prisonniers, etc.) puis au front (creusement de tranchées, nettoyage des champs de bataille, etc.) et ils se sont parfois retrouvés en première ligne.

Depuis décembre 1914, le 23e RIT protège le secteur du fort de la Pompelle et de la Butte de Tir, à la sortie sud-est de la place de Reims. Au début de l’année 1916, on a craint un moment que la grande offensive allemande se produise sur Reims. Ce sera en fait sur Verdun, le 21 février.

Toutefois le secteur de Reims n’est pas de tout repos. Il est la cible d’intenses tirs d’artillerie. Le 19 octobre 1915, un bombardement aux gaz asphyxiants entraîne 18 décès dans le régiment. Le 27 mars 1916, c’est un violent bombardement de Reims et de ses environs, suivi d’autres bombardements en avril, en mai, en juin, en octobre et en décembre. Il y aura encore des morts et des blessés sous les bombes en 1917, en fin mars et en fin avril, puis des offensives contre les tranchées françaises en juin, juillet et août.

En plus l’hiver 1916—1917 est très rude : la neige tient du 5 janvier au 10 mars et la température tombe souvent à moins 20 degrés.

En plus l’hiver 1916—1917 est très rude : la neige tient du 5 janvier au 10 mars et la température tombe souvent à moins 20 degrés.

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Louis continuera la guerre dans le secteur de Cormicy, puis comme photographe du service aéronautique. Il sera démobilisé le 3 février 1919. Il retrouvera alors sa famille et il reprendra son emploi chez Pathé. Il décèdera à Paris en 1934.

1 – Les tranchées, armes de guerre

La tranchée est d’abord un obstacle matériel à la progression de l’armée adverse. Près de Reims, le front a été très statique et les tranchées ont été bien consolidées (ici dans le secteur de la ferme de Jouissance).

Il y a des « postes d’écoute » et des « observatoires » pour surveiller l’activité des tranchées adverses.

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Au château de Vrilly :

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à la ferme de Jouissance :

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dans le secteur du passage à niveau (P.N.)

2 – La vie quotidienne dans les tranchées

Il faut bien ce que l’on appellerait aujourd’hui un ensemble de services. On y mange, on essaie d’y dormir

La tranchée est aussi un lieu de vie : il faut essayer d’y dormir, faire sa toilette, se raser. Pour rester positif, Louis ne nous montre ces activités que sous le soleil !

En dehors des phases de combat, il faut bien s’occuper tout en utilisant au mieux l’espace réduit de la tranchée. Alors, on casse du bois, on lit un journal ou on fabrique un coupe-papier…

Ou bien l’on se fait vacciner !

Les activités sont souvent collectives : éplucher les pommes de terre, déjeuner, laver le linge à la rivière ou participer aux séances d’instruction (ici à Ormes, à la sortie ouest de Reims).

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fabriquer un coupe-papier

casser du bois

casser du bois

lire le journal

lire le journal

apporter la soupe

apporter la soupe

raser un poilu

raser un poilu

recevoir une piqûre

recevoir une piqûre

faire sa toilette

faire sa toilette

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faire la cuisine

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déjeuner

3 – Les activités collectives dans les tranchées

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revenir de permission

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s’instruire (Ormes est à la sortie ouest de Reims)

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faire éclater une mine

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déjeuner (au pont de Vrilly)

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déjeuner encore (à la passerelle Joffre)

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laver le linge

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éplucher les pommes de terre (au moulin de Vrilly)

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poser pour la photo (à la ferme de Jouissance)

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poser pour une deuxième photo

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poser pour la photo des sous-officiers

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rendre compte

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Mardi 20 avril 1915

Paul Hess

Vers 4 h 1/2 des explosions me réveillent.

J’écoute, cherchant à entendre le moteur de l’aéro qui, je le suppose, fait déjà sa tournée et dont il y aurait à craindre le passage au-dessus. Je ne perçois que des sifflements qui se rapprochent ; c’est un bombardement et les obus tombent assez dru. Je me lève ; cela dure une demi-heure environ. En arrivant à 9h, à l’hôtel de ville, j’apprends que le rapport de police mentionne dix-huit obus incendiaires parmi ceux envoyés ce matin ; le pompiers ont eu à courir de tous côtés.

A 11 heures, nouvelle série d’obus incendiaires. Une boulangère qui vient faire établir son compte de farine, au bureau, nous apprend qu’il y a le feu rue du Cloître. J’y vais aussitôt que je puis m’échapper et, en y arrivant, je vois les pompiers manœuvrant chez mon beau-frère P. Simon-Concé, mobilisé et dont la famille est absente ; ils se sont installés dans sa cour, au n° 10, pour combattre un incendie allumé par un obus dans l’ancien immeuble du Courrier de la Champagne, rue Robert-de-Coucy, mitoyen par l’arrière, avec sa maison. Leur intervention a empêché le sinistre de prendre des proportions inquiétantes ; en peu de temps, tout est terminé.

Ce jour également, la bonne de la maison Lallement, 9 rue du Cloître, éteint elle-même un commencement d’incendie causé par un 150 incendiaire, dans cet immeuble dont elle assure la garde.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mardi 20 – Nuit tranquille pour nous. 5 h ½ à 6 h, bombardements violents sur divers points. 11 h bombardement sur la ville. Une bombe incendiaire (1) tombe dans la rue. Nous sortions du Conseil. Je l’ai vue encore flambante : elle contenait des bougies… Ephrem et moi nous l’avons éteinte et extraite. Une jeune homme de 15 à 18 ans qui travaillait sur la toiture, descendit et prit quelques-unes de ces bougies. Une bombe incendiaire est tombée sur le chœur de l’église Saint-Jacques, à 5 h du matin. Bombes à midi. Bombes à 3 h. Aéroplane à 9 h.

Visite de trois soldats, bombes à 12 ½, à 7 h ½.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 20 Avril 1915.

Aujourd’hui bombardement depuis trois heures du matin jusqu’à neuf heures du soir. Commencement d’incendie chez Louvet, marchand de café. Je suis encore sortie. Vois-tu, les bombes ne me touchent pas.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 20, il se passe quelque chose de louche

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mardi 20 avril

Les troupes britanniques ont enlevé en Belgique, près de 200 mètres de tranchées : elles ont consolidé leurs positions sur le terrain conquis. Des combats ont eu lieu aux Eparges, où nous avons repoussé une attaque; au bois de Mortmare, où les résultats sont incertains; à Regniéville, où nous avons l’avantage. En Alsace, notre avance s’est affirmée à nouveau sur les deux rives de la Fecht, où nous nous sommes installés sur toute une série de hauteurs, en prenant deux canons et deux mitrailleuses.
L’aviateur Garros a dû atterrir en Flandre, à Ingelmunster: il a été fait prisonnier.
La bataille des Carpates est momentanément suspendue. Jusqu’ici, les Russes ont capturé 70.000 Austro-allemands, 30 canons et 200 mitrailleuses. Des renforts bavarois sont arrivés vers Cracovie.
La canonnade a recommencé dans les Dardanelles.
L’Autriche et l’Allemagne ont rappelé, par mesure de prudence, ceux de leurs vapeurs qui se trouvaient dans les eaux italiennes.
De nouvelles émeutes de la faim ont eu lieu en Autriche, spécialement dans le Trentin.
La Gazette de Francfort évalue les frais de la guerre, au 1er avril, pour tous les belligérants réunis à 42 milliards.

 

 

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Lundi 19 avril 1915

Louis Guédet

Lundi 19 avril 1915 

219ème et 217ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Journée calme. Temps magnifique. Je prends mes dernières dispositions. Je pars demain à Paris à 6h1/4. A 5h1/2 je serai à la Banque de France pour prendre les valeurs Mareschal et la voiture me prendra à 6h1/4 pour filer à Épernay. Que Dieu me protège. Nous protège et que je voie enfin la fin de nos peines !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 19 – Nuit tranquille, sauf fortes bombes entre 11 h et minuit.

Matin : à 5 h ½, aéroplane, mitraillades continues.

Visite à S. J. B. de la Salle avec M. le Curé et M. Dardennes. Bombes au commencement de la visite. Nous étions tout près et en vue des tranchées allemandes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Lundi 19 Avril 1915.

Mon tit Lou, aujourd’hui je suis allée voir tes parents à Sainte Anne avec notre Blanchette. Tu vois mon Charles, je fais ce que je peux pour leur faire plaisir. J’y suis allée par un bombardement violent. La poste et la rue Cérès ont eu leur part. Et toujours des bombes incendiaires, mais maintenant cela fait moins de dégâts. On a fait venir quelques pompiers de Paris.

Pour revenir à tes parents, ils étaient contents et ta maman aurait voulu que je couche chez eux, mais je ne suis pas assez hardie et puis en ce moment quand il faut être à charge des autres, ça ne me va pas. A 5 heures je suis donc revenue en passant chez Syren chercher ma petite lampe à alcool. Si tu voyais les dégâts … Et c’est partout comme cela à Reims. Je dois même aller rue de Beine voir si notre maison est toujours là car il y en a une tombée chez Mme Desjardins. Ton parrain a été un moment travailler dans le bureau du marquis et maintenant son bureau est dans les tunnels. Encore bon car aujourd’hui il en est arrivé une et le bureau du marquis a été réduit en miettes.

Ton papa voudrait encore que je sorte André. C’est bizarre : ils ont peur pour eux et ils disent qu’il n’y a pas de danger pour André. Ton parrain me conseille de ne pas le sortir.

Bons bécots. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Le quartier Sainte-Anne et la poste de la rue Cérès

Le quartier Sainte-Anne et la poste de la rue Cérès


Lundi 19 avril

Attaque allemande au bois de Saint-Mard, dans la vallée de l’Aisne : elle est vigoureusement repoussée par le feu de l’artillerie et par une charge de baïonnette.

En Champagne, près de Perthes, l’ennemi doit évacuer l’entonnoir où il s’était installé à la suite d’une explosion de mines : nous lui enlevons aussi quelques dizaines de mètres de tranchées.
Canonnade en Woëvre. Une série de petites offensives allemandes sont brisés par nous au nord et au sud de la forêt de Parroy.
En Alsace, nous refoulons une attaque à Orbey, trois attaques au Reichackerkopf, et nous gagnons du terrain au Schnepfenrieth près de Metzeral.
La bataille des Carapates semble traverser une phase d’accalmie.
Nouveau succès anglais en Mésopotamie.
Un sous-marin britannique, en reconnaissant un champ de mines dans les Dardanelles, s’est échoué à la pointe de Képhis. L’équipage aurait été capturé par les Turcs, d’après un communiqué de Constantinople.
Un navire grec, l’Ellispontos, a été torpillé en mer du Nord.
Le club Union et Progrès a été fermé à Stamboul, sur l’ordre d’Enver pacha et de Talaat bey.

 

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Dimanche 18 avril 1915

Louis Guédet

Dimanche 18 avril 1915 

218ème et 216ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit calme. Journée splendide, chaude. Des avions. Mon départ est remis à mardi 20, mêmes heures et dispositions. J’ai fait télégraphier à ma pauvre femme que je n’arriverai que le mardi. Vu à La Haubette au Parc le Président Hù à qui j’ai conté mes mésaventures avec ma propriétaire Madame Arnould. Il m’a défendu de répondre et de payer quoi que ce soit. Vu M. Dhommée le sous-préfet qui est nommé préfet de la Vienne, de Cardaillac substitut, Dupont-Nouvion avocat. Je suis toujours si triste, me remettrai-je jamais ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dès 5 h 1/2, un aéro se fait entendre ; on tire dessus. Belle journée de printemps, ensoleillée.

Je profite du beau temps pour me rendre rue du Jard 57, suivant les recommandations expresses de mon beau-père, rencontré à Épernay il y a trois semaines, afin de voir, d’après ses indications, aux papiers qu’il avait mis en lieu sûr avant son départ de Reims, dans la certitude, comme bien d’autres, d’une absence de courte durée.

Il m’a confié ses inquiétudes à ce sujet, en m’apprenant qu’avant de quitter sa maison, en novembre 1914, il s’était hâté d’enterrer dans le jardin une boîte en bois renfermant des valeurs.

Craignant avec raison les dégâts de l’humidité et tenant à mettre à profit l’expérience acquise pendant l’occupation allemande de 1870-1871, il m’avait conseillé, en attendant que je puisse les lui remettre, de les exhumer et de les replacer dans des tuyaux de fonte de moyen calibre, mesurant à peu près 0.50 ou 0.60 m de longueur, à obturer complètement à chaque bout avec des bouchons de bois, de deux à trois centimètres environ d’épaisseur, au milieu desquels j’aurais à visser un fort piton pouvant donner suffisamment prise pour les ravoir.

D’après un plan qu’il m’avait remis, je trouve alors facilement, à 0.40 m de profondeur, une petite caisse à demi pourrie que je déterre et vide de son contenu, exposé aussitôt en plein soleil au milieu du terrain.

L’opération devenait urgente. Le tout a grand besoin de prendre l’air ; un certain nombre de ces titres sont déjà en assez piteux état.

Je passe ainsi la matinée à surveiller les feuilles éparses retenues par des pierres, alors que pour me distraire, je puis suivre la chasse aux aéros qui ne discontinue pas, et, lorsque vient l’heure de me retirer, je procède auparavant à un rangement nécessaire – mais le lendemain 19, dès ma sortie du bureau, je vais finir le travail commencé.

Les papiers, complètement secs maintenant, sont roulés fortement dans des journaux puis introduits au milieu des trois tuyaux de descente d’eau que je me suis procurés, lesquels sont hermétiquement fermés, chacun par deux des bouchons de bois que j’ai fait faire, – et le tout est remis à l’emplacement de la caisse.

Cette fois, garanti pareillement dans la fonte, le dépôt est à même de rester, sans risque du côté du sol, des années enterré dans le jardin, les bouchons seuls devenant susceptibles de détérioration à la longue, et le reste, soigneusement isolé entre eux, pouvant demeurer intact.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 18 – Nuit tranquille : quelques bombes et coups de canons. Messe et allocution au Bon Pasteur de 8 à 9 h.

Visite aux soldats, aux prêtres, et aux habitants de Villers-Allerand, réunion générale à l’église ; réunion spéciale des Prêtres, dans une salle sur la Place.

Visite à l’Ambulance. Rentré à 7h 45 soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Hortense Juliette Breyer

Dimanche 18 Avril 1915.

Je suis allée aux caves aujourd’hui. Si tu avais vu ton coco et si tu étais arrivé dans le moment, tu aurais été heureux de voir comme il pense à toi. A un moment donné il a dit à Marguerite : «Marraine Aguite, donne mon papa que je le montre à tite sœur». Elle s’empresse de lui donner ta photo. Il la prend et approchant de sa sœurette :

« – Fais un bec, tite sœur. Tu sais, papa, il est à la guerre.

  • Pauvre crotte, lui dit Marguerite, rends le moi que je le mette au dodo.
  • Non, c’est coco. »

Alors le prenant contre lui, il se met à chanter « Fais dodo mon papa ; ton coco t’aime bien ».

De le voir, maman pleurait.

Quand viendra le jour où nous pourrons tous les deux les gâter ? Pauvre grand, je suis triste, surtout que je sais que les prisonniers ont faim, et de ne pas savoir où tu es … Toi même, mon Charles, tu dois souffrir, mais quand tu reviendras, je te rendrai plus heureux qu’un roi. Ce sera le seul but de ma vie. J’espère encore, vois-tu, malgré que les jours passent.

Et je t’aime toujours. Bons baisers. Ta petite femme.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Dimanche 18 avril

Nous arrêtons à Notre-Dame-de-Lorette trois contre-attaques successives et nos troupes s’organisent fortement sur le terrain conquis.
Sur l’Aisne, notre artillerie lourde bombarde les grottes de Pasly, où les Allemands s’abritent depuis plusieurs mois. Plusieurs d’entre elles se sont effondrées.
En Champagne, près de Perthes, l’ennemi a fait exploser deux mines, mais il n’a pu occuper aucun élément de tranchée. A Mesnil, une attaque dirigée par lui a été repoussée. En Woëvre, combat d’artillerie, spécialement dans la région de Mortmare.
Dans les Vosges, sensibles progrès pour nous sur les deux rives de la Fecht. Nous enlevons le grand massif du Schnepfenriethkopf, à 1255 mètres d’altitude.
Deux croiseurs anglais ont bombardé le golfe d’Enos, à l’ouest du golfe de Saros; un troisième est entré dans les Dardanelles. Un croiseur français a canonné des rassemblements de troupes ottomanes, à EI-Arish (frontière égypto-syrienne). Un contre-torpilleur turc s’est échoué et a été interné par les Grecs à Chio. La flotte russe de la mer Noire a bombardé à nouveau Eregli et Zunguldag. Nouveau succès anglais en Mésopotamie.
Un dirigeable français a bombardé la gare de Fribourg-en-Brisgau; un avion anglais a abattu un taube en Belgique, à Boesinghe. Un taube a lancé trois bombes sur Belfort. Un parseval a été accidentellement détruit.
La Hollande, dont la presse montre une irritation sans précédent, a remis à Berlin une protestation en règle contre la destruction du Katwijk.
Plus de 1000 canons ont été pris à Przemysl par les Russes, lors de la reddition de cette place.

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Samedi 17 avril 1915

Louis Guédet

Samedi 17 avril 1915 

217ème et 215ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Journée belle mais un peu grise. Mon voyage pour Paris se brusque et se précipite. Charles Heidsieck est venu me dire que l’auto revenait libre lundi 19, et qu’après ce serait pour plus tard. J’ai donc décidé de partir lundi à 6h1/2 du matin pour prendre le train à Épernay à 7h57 pour arriver à Paris à 11h39. A 6h du matin je serai à la Banque de France pour prendre les valeurs Mareschal et les porter à Madame Mareschal à Paris. Je pourrais donc, en arrivant à 11h1/2 les remettre à M. Paul Cousin dans l’après-midi.

Mon voyage et mon séjour là-bas seront triste, oh ! Combien triste ! Revoir mes aimés, ruiné, sans espoir de bonheur pour le reste de ma vie.

Mon Dieu que c’est dur !! Il n’est pas permis de souffrir aussi tant que cela.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille. Donné mon Mandement prescrivant des Prières publiques nationales, à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 Avril 1915.

Encore un nouveau deuil dans la famille. Il ne nous touche pas directement bien entendu, mais enfin… M. Dominique, le papa de Charlotte est mort. Son frère est mort il y a trois mois à peine. Elle n’a pas de chance non plus. Et toujours pas de nouvelles de Paul. Quand tout cela finira-t-il ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Samedi 17 avril

Nos troupes ont repoussé trois contre-attaques à Notre-Dame-de-Lorette et une aux Eparges. Au bois de Mortmare, au cours d’un combat d’artillerie, nous avons réduit trois batteries au silence et fait sauter un dépôt de munitions. Notre artillerie a abattu un taube qui est tombé en face des lignes anglaises, au nord d’Ypres. Nos aviateurs ont jeté dix bombes sur les ateliers du chemin de fer de Léopoldshohe, – dix autres sur la poudrerie de Rothweil, et six ont porté, – quarante sur le Central Électrique de Maizières-lez-Metz.
Deux taubes ont fait quinze victimes à Anvers. Un taube a été abattu par Garros, entre Ypres et Armentières.
Des zeppelins ont survolé la côte anglaise de l’Essex et de Suffolk, mais leurs bombes n’ont produit aucun résultat : ils ont incendié un wagon et mis le feu à un dépôt de bois. Leur seule victime a été une poule.
Un incident s’est produit à la frontière austro-italienne, où quinze soldats ou douaniers autrichiens ont pénétré sur le sol italien. Le gouvernement de Rome change ceux de ses préfets qui passent pour favorables aux empires germaniques. tandis que les Allemands de marque quittent la Péninsule.
Un croiseur français a détruit le pont de la voie ferrée qui relie Saint-Jean-d’Acre à l’intérieur de la Syrie.
La situation est devenue très critique à Constantinople, où le manque de vivres se fait sentir. Au cours d’un conseil de guerre, le sultan Mehmed V a laissé entrevoir l’éventualité de son abdication.
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