Louis Guédet

Samedi 16 février 1918                               

1254ème et 1252ème jours de bataille et de bombardement

2h1/2 soir  Il fait très froid, avec une bise d’Est glaciale. Il gèle mais il fait un soleil magnifique. Je suis fatigué, et puis je ne sais quelle angoisse, quelle tristesse m’étreint, je suis comme un condamné à mort. Reims est inquiété ?! Allons-nous avoir une offensive devant Reims même ? Va-t-on nous évacuer ? Les allemands vont-ils tenter d’y entrer, de s’en emparer ?! Le Procureur de la République m’écrit d’avoir à procéder dès mon retour à l’ouverture de tous les coffres-forts en location dans les banques, 200 environ ! Que craignent-ils donc ? Quelle agonie pour moi !! Je n’en puis plus.

Lettre de Jean, annonçant que Robert a échappé par miracle à la mort. La pièce que Robert commandait a éclaté. Heureusement qu’il tirait « à la ficelle ». Il paraitrait que l’officier serait gravement compromis dans cette affaire.

Tout cela m’émeut, m’attriste, me tue ! Eté aux Caurées montrer un bois à ramasser les branches avec 2 soldats très travailleurs ! Rentré ici tout à l’heure exténué. Demain matin je pars à 5h du matin faire une adjudication pour Dondaine près d’Épernay, et lundi je rentrerai le soir à Reims !! Dieu protège les miens, mes 2 grands, et Dieu nous préserve de tout malheur ! que je suis triste, angoissé !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 16 – -3°. Nuit tranquille. Beau temps. Visite de M. le Curé de Saint-Benoît pour son clocher(1), où un capitaine ou lieutenant veut installer un poste d’observation. Visite au Général qui m’envoie un capitaine dire qu’on n’établira de poste d’observation ni à Saint-Benoît ni sur aucune église. Visite de M. l’Abbé Heintz, de Mlle Gérard de la Cong. Notre-Dame, Cours Normal. Visite de M. Abelé, de M. Helluy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Ceci complète ce qui a été dit sur le sujet le 18 avril 1916


Samedi 16 février

Nos détachements ont pénétré dans les lignes allemandes au nord-est de Courcy et ont ramené une douzaine de prisonniers et une mitrailleuse.
En Champagne, la lutte d’artillerie s’est maintenue assez vive toute la nuit, notamment dans le secteur de la butte du Mesnil. Le chiffre total des prisonniers que nous avons faits sur ce point est de 177.
Sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre, violents bombardements.
En Haute-Alsace, nous avons arrêté une tentative de coup de main ennemi dans la région au sud de Seppois.
Nos escadrilles ont lancé 4500 kilos de projectiles sur les gares de Thionville, Conflans, Chambley, Metz-Sablons. Des incendies et des explosions ont été constatés dans les gares de Chambley et de Metz-Sablons.
L’artillerie ennemie s’est montrée très active contre la première ligne anglaise, dans le secteur de Quéant.
Rencontre de patrouilles vers Lens. Un coup de main allemand a été repoussé à l’est de Merckem.
Sur le front portugais, activité d’artillerie. Sur le front italien, simple canonnade.
Des contre-torpilleurs allemands ont exécuté un raid dans la Manche, en coulant un chalutier et plusieurs petits bâtiments anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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