Paul Hess

7 juillet 1917 – La censure a laissé passer un article, reproduit dans l’Éclaireur de l’Est de ce jour, qui ne donne pas encore lieu d’espérer sous peu, le dégagement de notre malheureuse ville de Reims ; le voici :

Devant Reims.

Un rédacteur de L’Écho de Paris, M. Eugène Tardieu, a passé « une nuit devant Reims ». De la lettre qu’il a adressée à son journal, on lira les passages suivants que nous reprodui­sons à titre documentaire :

Ce qui se passe à Reims, est un sujet d’angoisses pour tous les Français, c’est comme une blessure au cœur. Le long mar­tyre de la cathédrale, l’entêtement héroïque des habitants qui continuent à vivre dans les caves sous les plus effroyables bombardements, tout ce que cette capitale d’une des plus belles provinces de France évoque de souvenirs, font de Reims, aux yeux du monde entier, comme une ville-drapeau. Elle symbo­lise aux yeux des peuples nos souffrances et notre esprit de ré­sistance.

Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette réflexion ingénue : « Pourquoi n’essaie-t-on pas de dégager Reims ? Si seulement on pouvait obliger les Allemands à reculer suffi­samment pour que la ville soit enfin hors de la portée de leurs canons ?… « 

La promenade rapide que je viens de faire de ce côté du front m’a fourni une réponse claire à cette question, car, ici, il suffit de voir pour comprendre.

Mon confrère examine l’horizon de Reims au Mont-Cornillet et il laisse la parole à un officier d’artillerie qui le guide :

— Derrière cet horizon, lui dit cet officier, se trouverai l’est de Reims, les forts de Nogent-l’Abbesse que vous apercevez et, plus au nord, celui de Witry. Ah ! s’il n’y avait que les forts Mais il y a une organisation qui couvre tout un territoire accidenté et dont la puissance nous a été révélée par les observations d’avions. Immédiatement devant Reims, le terrain se découvre et les Boches sont à peine à deux kilomètres de la ville. La ligne s’en éloigne vers le nord. Là se trouvent le fort de Brimont, par qui l’ennemi la domine, puis, jusqu’à Craonne et au-delà d’autres puissantes organisations encore que le boche a eu le temps de perfectionner depuis la bataille de la Marne. Pour dégager Reims, il faudrait donc, par Moronvilliers à l’est et par Craonne au nord-ouest, progresser en écrasant tout cela. C’est une entreprise considérable, qui exige plus de matériel que de masses d’hommes, des canons et encore des canons mais des canons appropriés à cette tâche…

C’est égal, si les explications données sont exactes, le défaut de ce matériel approprié nous a coûté horriblement cher, jusqu’à présent.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 7 – Une escadrille de 15 avions a été vue vers midi ; combat violent aussitôt après, vers Prunay, Prosnes, Les Marquises, peut-être. Vi­tres remises à mes fenêtres ; on les a prises sur des maisons dévastées, par morceaux.

Samedi 7 juillet – Nuit tranquille à Reims. Au loin, il m’a semblé enten­dre un combat. + 13°. Temps sous nuages. A 8 h. 30, 19°. Visite aux mé… de la rue des Capucins. Visite du Capitaine Brun et du Capitaine Chanoine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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