Paul Hess

1er juin 1917 – Le calme de la journée d’hier m’a incité à risquer une longue promenade matinale et c’est du côté du boulevard Jamin que je m’étais dirigé avant de rentrer au bureau. Au cours de ma tournée, je n’ai pas vu grand monde mais le hasard m’a fait rencontrer d’an­ciennes connaissances : Michel, le gendarme de Reims retraité, qui a repris du service en s’engageant pour la durée de la guerre, près de qui je me suis trouvé tout à coup en présence rue du Champ-de-Mars, où il surveillait le déménagement de son mobilier, puis l’ami Fridblatt, croisé rue du Cardinal-Gousset alors que je sortais de l’église Saint-André, en ruines.

Avec l’un et l’autre, j’ai pu causer assez longuement de bien des choses.

— Dans le courant de l’après-midi, une personne fait une déclaration de décès à la mairie, rue de Mars 6.

La table sur laquelle travaillent les deux employés de l’état-civil, constituant actuellement tout le personnel de service, est installée, dans la cave, auprès de celle du bureau de la comptabi­lité — la nôtre.

D’ordinaire, nous ne prêtons guère l’oreille à ce qui se dit à côté, mais un nom prononcé « Fridblatt » et l’âge indiqué attirant mon attention, je me permets de demander :

« Pardon, vous déclarez un décès, veuillez m’excuser, mais il ne s’agit pas, je pense, de M. Fridblatt, le menuisier qui s’occupe des déménagements ?

– Malheureusement, Monsieur, me répond-on, c’est bien de lui ; il vient d’être tué rue Warnier, chez M. Rosey avocat, où il était occupé avec M. Sainsaulieu à enlever des livres de la bibliothèque, pour en faire l’envoi. »

J’avais revu le matin, pour la dernière fois, cet excellent ami, père de quatre jeunes enfants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 1er – + 13°. Via Crucis in Cathedrali. Vu les deux statues de rois renversées dans le chantier par les obus sur la face. On dit qu’avant-hier, par conséquent le 30 mai, les Allemands ont lancé des ballonnets invi­tant la population civile à évacuer, parce qu’ils allaient bombarder la for­teresse(1) de Reims. A 1 h., bombes sifflent. Item 2 h. 40.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les Allemands se sont obstinés pendant ot le conflit à vouloir considérer Reims comme une ville-forteresse, ce qui leur servait de prétexte pour pouvoir bombarder cette ville ouverte.

Vendredi 1er juin

Actions d’artillerie au sud de Saint-Quentin et sur le chemin des Dames, au nord de Jouy, vers Cerny et Hurtebise, où ont eu lieu également de nombreuses rencontres de patrouilles.
En Champagne, l’ennemi a tenté, sur plusieurs points de notre front, de vives attaques précédées de bombardements violents par obus toxiques et de gros calibres. Au nord-ouest d’Auberive et sur le mont Blond, toutes les tentatives ont été arrêtées par nos feux. L’effort des Allemands s’est porté particulièrement sur nos positions du Téton, du Casque et du mont Haut, qu’ils ont attaquées à quatre reprises différentes avec un extrême acharnement. La lutte qui a commencé à 2 heures du matin, s’est prolongée jusqu’au jour. Brisées par nos feux ou refoulées à la baïonnette, les vagues d’assaut ennemies ont dû chaque fois refluer en désordre vers leurs tranchées de départ, après avoir subi des pertes élevées. Sur un seul point du front attaqué, au nord-est du mont Haut, des fractions ennemis ont pris pied dans quelques éléments avancés. Nous avons capturé des prisonniers.
Les Anglais ont repoussé un raid allemand au sud d’Armentières et fait un certain nombre de prisonniers. Activité d’artillerie sur la rive droite de la Scarpe.

Source : La Guerre 1914-1918 au jour le jour

 

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