Louis Guédet

Lundi 30 avril 1917

961ème et 959ème jours de bataille et de bombardement

11h3/4 matin  Temps magnifique, splendide, très chaud. Toute la nuit bataille acharnée et bombardement de notre quartier où une 12aine (douzaine) d’obus de gros calibre à 30/40 mètres de la maison qui n’a eu que des vitres cassées et des éclats. 1 ou 2 chez Houbart, 14, rue Boulard, 1 entre la rue des Capucins, au coin de la maison qui n’a pas éclaté, 1 ou 2 dans le jardin de l’usine Benoist, 3/4 dans les numéros 19, 21-23, 25 et 27 de la rue Boulard, aussitôt Ducancel, une victime tuée. M. Guilliasse (Eugène) du 27, employé chez Camuset banque et 3 ou 4 autres blessés.

Nuit d’angoisse, terrible, c’est réellement trop souffrir. Je suis anéanti, rompu, apeuré. C’est trop d’agonie !! C’est un miracle que nous n’ayons été touchés plus gravement. C’est un miracle…  Çà a commencé vers 11h50 du soir, et n’a cessé que vers 1h1/2 du matin. Je suis sans force et sans courage.

8h1/2 soir  Il est exactement tombé 9 obus, et tous sur le trottoir de droite, numéros pairs de la rue Boulard, et les victimes et dégâts ont été côté impair comme pour Maurice Mareschal et Jacques, l’obus tombant souffle sa mitraille et ses éclats plutôt en avant. Je suis à peine remis, à 11h3/4 çà commençait à bombarder mais vers le Palais de Justice et la rue de Tambour. Vers 3h Poste, lettre de ma chère femme et de mon petit Maurice, cher Petit, non cela me fait trop de mal d’y songer. Hôtel de Ville où je rencontre Guichard qui me dit que Lenoir, que j’avais aperçu à la Poste, est là avec M. Nibelle, Député radical socialiste de Rouen (Maurice Nibelle (1860-1933)). Je veux me retirer, mais Guichard insiste pour que je reste serrer la main à Lenoir, ce que je fais quand ils descendent du campanile de l’Hôtel de Ville d’où ils voulaient voir Brimont. Lenoir toujours cordial me présente à Nibelle qui lui aussi a été suppléant de Justice de Paix. Nous causons un instant du bombardement de la nuit. Ils paraissent impressionnés quand je leur raconte mes angoisses de la nuit, attendant qu’une bombe nous écrabouille !!…  Je les quitte et je rentre à la Maison. Je suis incapable de faire quoique ce soit, aussi je m’étends sur un fauteuil et une chaise dans ma chambre et je rêve tristement…

Demain arrive notre nouveau sous-préfet, Bailliez, sous-préfet d’Abbeville, ancien receveur Général de la Marne, que j’ai connu là. Qu’est-il ?…  Dhommée, avec son dolman de dompteur de lions (qu’il n’était pas !) était un brave homme en somme. Régnier, un poivrot avec un uniforme bleu horizon, calot ou casque !…  Que sera Bailliez…  pour moi impression ???…  J’apprends que nos troupes ont pris toute la ligne de chemin de fer vers Courcy (au-delà du canal qu’elles ont donc traversé…)…  avance d’écrevisses !! Nous serons dégagés à ce compte dans 2 ou 3 ans comme le dit Guichard !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 avril 1917 – Obus asphyxiant au cours de la nuit, vers la place de la République et la rue de Mars.

Alerte aux gaz, à l’hôtel de ville, dans la journée et fort bombardement sur le quartier des rues Brûlée et Boulart, où M. Guillasse est tué.

A 11 h 3/4, un bombardement serré, de gros calibres, commence du côté de la mairie. C’est à peu près l’heure du déjeuner, mais les nombreuses explosions de ce nouveau pilonnage se suivent si fréquemment, tout près, qu’elles ne nous permettent la traversée de la rue de Mars, pour nous rendre seulement du n° 6 de cette rue, où sont maintenant nos bureaux, à nos popotes, au sous-sol de l’hôtel de ville, qu’à 13 h 1/4. Pendant ce bombardement des plus dangereux, un obus entré par le haut du bâtiment de la rue des Consuls, a complètement saccagé le bureau du service de la voirie ; tout y est démoli et bouleversé.

Nombreux obus éclatés rues Thiers, de Mars, de Sedan, de la Prison (Maison Decarpenterie), de Tambour (Maison Guerlin- Martin), du Petit-Four, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 30 – + 9°. Nuit affreuse. Bombardement (ut supra), visite de M. Goloubew et de M. Hyde des Etats-Unis. Rue Boulard, un homme coupé en deux. Obus : rue Boulard, rue Brûlée ; incendie rue Gambetta. Un obus non-explosé dans le clocher de S. Maurice ; il est descendu. Mgr Neveux confirme à Ay. Obus chez les Sœurs de l’Espérance, à Saint-Marcoul, à la Bouchonnerie Cana (18). A 11 h. 10, visite de M. le Maire de Reims, condoléances pour la Cathédrale. Canons et bombes toute l’après-midi. Lettre du Cardinal Amette sur la Passion de Reims (Recueil, p. 135).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 30 avril

Entre Somme et Oise, actions d’artillerie intermittentes.

Des tentatives de coups de main ennemies, dans la région de Laffaux et au nord de Cerny-en-Laonnois, ont échoué sous nos feux. Rencontres de patrouilles et combats à la grenade dans le secteur de Craonne.

Au nord-ouest de Reims, des opérations de détail effectuées par nous dans la région au nord et au sud de Courcy, nous ont permis d’élargir sensiblement nos positions. Nous avons fait 200 prisonniers.

En Haute-Alsace, nos détachements ont pénétré en plusieurs points jusque dans les deuxièmes lignes ennemies. De vifs combats à la grenade se sont terminés à notre avantage.

Les Anglais ont livré un violent combat de la Scarpe à la route Acheville-Vimy. Ils ont enlevé Arleux-en-Gohelle et les positions ennemies sur un front de plus de 3500 mètres au nord et au sud de ce village. Ils ont avancé également au nord-est de Gavrelle et sur les pentes ouest de Greenland-Hill, entre Gavelle et Roeux, ainsi qu’au nord de Monchy-le-Preux.

La conscription a été votée à la Chambre américaine par 397 voix contre 24, et au Sénat, par 81 voix contre 8.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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