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Mercredi 30 janvier 1918

Louis Guédet

Mercredi 30 janvier 1918

1237ème et 1235ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Il a gelé très fort mais temps magnifique. Hier soir bombardement de 7 à 9h vers le boulevard de la Paix. Rien de saillant ce matin, signature de deux actes, dont une procuration pour un gendarme accompagné de deux de ses collègues. Mais que ces gens-là sont méfiants, ils m’amusaient ! La peur de se compromettre, et surtout d’être trompé. On voit bien quel public ils fréquentent. Ces gendarmes-là se croient toujours être devant un malfaiteur !!

6h1/2 soir  Je viens de descendre au sous-sol, car cela tapait et les éclats venaient jusqu’à la maison. C’est plus sage et puis je ne suis plus aussi courageux, cela m’impressionne trop. Peu de courrier, lettre du Commandant de Vaucresson, mon cousin, 9ème Cuirassiers à pied, secteur 104 (Gaston Trutié de Vaucresson (1873-1931)), qui lui aussi croit que tout ce que disent les allemands est surtout du bluff. Il me félicitait de ma décoration. Lettre de ma chère Madeleine à qui je réponds par une lettre à Maurice. Elle souffre de douleurs rhumatismales la pauvre malheureuse. Quand donc serons nous réunis pour toujours. Bonnes nouvelles de Robert qui compte venir en permission en mars me dit-elle. Pas de nouvelles de Jean. Après mes lettres été voir M. Millet mon vieil expéditionnaire à qui j’apportais un peu d’ouvrage. Rentré ensuite en passant au service d’Évacuation pour faire partir mes 8 cartons de dossiers. Il tâchera de me les faire prendre avant le 6 février. Demain je verrai Houlon aussi pour cela. Voilà toute ma journée. Temps splendide, il fait réellement bon l’après-midi par ce beau soleil. Pourvu qu’ils nous laissent tranquilles la nuit. Je suis assez fatigué et puis ces bombardements rapprochés me dépriment toujours fortement, on n’est plus fort après 42 mois de cette vie de misère. Je me demande parfois comment on peut y résister et y survivre. Mon Dieu, quand donc cela sera-t-il fini… !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 janvier 1918 – Bombardement comme hier. Il commence plus tôt ; vers 17 h 1/4.

A partir de 20 h, nouvelle séance, ainsi que la veille ; on en­tend parfaitement les départs des pièces allemandes se succéder rapidement par trois et quatre et les explosions d’arrivées se suivre, naturellement, de même quelques instants après. Mélange d’obus à gaz.

Avis donné ce jour, par le journal L’Éclaireur :

La carte de pain.

Elle ne s’applique qu’aux grandes villes.

D’après les déclarations faites à la Chambre par M. Boret, ministre du Ravitaillement, la carte de pain fixée à 300 grammes, n’est actuellement obligatoire que pour les grandes villes ; des catégories seront du reste créées dans ces villes et les rapatriés des régions envahies seront assimilés aux classes la­borieuses.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 30 – -2°. Nuit assez bruyante, mais pas sur la ville. Avions : tir contre eux. Visite du Commandant de TEpinière qui apporte des vues photographiques, et en prend de la Cathédrale et de la maison. A partir de 4 h., bombardement violent, pas loin d’ici, sur batteries ? Éclats rue du Barbâtre, rue Gambetta. 1 obus au Bon Pasteur. Le bombardement continue jusqu’à 10 h. 1/2 soir. Je me décide à descendre à la cave pour pouvoir dormir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 30 janvier


Actions d’artillerie assez violentes dans la région du Four-de-Paris, ainsi qu’à l’Hartmannswillerkopf.
En Haute-Alsace, après une courte préparation d’artillerie, nos détachements ont pénétré profondément dans les organisations ennemies au sud-est de Seppois-le-Haut. Ils ont détruit de nombreux abris et ramené des prisonniers. Un avion allemand a été abattu. Nos escadrilles ont lancé 6000 kilos d’explosifs sur les gares de Conflans, les usines de la région de Saint-Prlvat et divers terrains d’aviation de la zone ennemie.
Sur le front britannique, un coup de main allemand a été repoussé vers Arleux-en-Gohelle. Grande activité de l’artillerie ennemie dans le secteur de Monchy-Le-Preux.
L’infanterie italienne a attaqué avec impétuosité les positions avancées de l’ennemi, à l’est de la conque d’Asiago et les a brisées en plusieurs points, en dépit de l’énergique résistance qu’elle a rencontrée. 1500 prisonniers, dont 62 officiers, ont été évacués a l’arrière. L’artillerie franco-britannique a coopéré à l’action. Dix avions ennemis ont été abattus.
Un raid de gothas a eu lieu sur Londres. L’un d’eux a été détruit. On compte 47 morts et 169 blessés.
La grève qui à éclaté à Berlin s’est étendue au bassin westphalo-rhénan. Le gouvernement a procédé à une répression.
Les maximalistes ont renversé la Rada ukrainienne de Kiev et enlevé Helsingfors, capitale de la Finlande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 22 décembre 1917

Louis Guédet

Samedi 22 décembre 1917

1198ème et 1196ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, beau soleil très froid. Avec mes carreaux entoilés ma chambre n’est guère chaude. Quelle vie misérable.

Hier soir à 9h dépêche du Procureur de la République me donnant des ordres qu’il me notifie ce matin en acceptant mes propositions de nommer Minet gardien séquestre, et Monbrun greffier à qui j’avais fait prêter serment hier soir à 5h par procès-verbal donné par moi. Donc tout va bien pour 1h. Peu de courrier. Vu le Sous-préfet qui trouve la commission d’appel dure. Il est convenu que pour les appels dont il sera sûr du bien-fondé il mettra : « Avis très favorable ». Je rentre chez moi où survient le bon R.P. Desbuquois qui me demande quelques renseignements, et puis nous causons. Il me quitte pour me laisser déjeuner afin d’être prêt à 1h.

Reçu lettre de ma chère femme qui me donne de bonnes nouvelles des enfants et de Robert dont le pied est toujours de même. A 1h Monbrun vient me prendre et nous partons prendre en passant Minet rue de la Renfermerie, 4, en arrivant chez lui l’automobile militaire nous rejoint, nous y montons avec le Capitaine La Montagne, officier de l’État-major de Général commandant d’Armes de la Place de Reims Leroux. Nous arrivons au n°30 de l’avenue de Laon où il est tombé des obus la nuit dernière, tuant des mulets et faisant des dégâts. Nous prenons notre équipe du Génie avec le serrurier de la Ville. Accompagné du sous-lieutenant Dupont du 43ème de Ligne qui a fait le commencement de la Campagne avec Jolivet, mon confrère au 17ème Territorial (Bernay). Nous remontons au 2 de la rue Lesage, chez Ast, débitant et Pérignon boulanger. Chez Ast on trouve des balles de revolver allemand dans un petit coffre, où nous nous attaquons sous les obus à 2 coffres-forts, assez récalcitrants, mais nos hommes les réduisent à la raison et les ouvrent. Tous les papiers sont calcinés ou à peu près. Quelques objets sans grande valeur, des couverts en molybdène, des couteaux dont les manches ont été brûlés, etc…

D’autres coffres nous laissent impuissants devant eux, aussi nous décidons avec le Capitaine La Montagne que je vais écrire au Général Leroux (c’est fait) pour lui demander de mettre à ma disposition une équipe de spécialistes qui nous ouvriront ces…  entêtés au chalumeau. Me voilà passé cambrioleur ! C’est le seul moyen. Je n’en suis pas à un cambriolage de coffre-fort près, je crois qu’avec aujourd’hui (4 coffres ouverts) j’en ai déjà bien ouvert 73.

Nous ouvrons un coffre avenue de Laon n°6, pharmacie Lesage, peu de chose, détérioré. Arrivons au 9 de l’avenue de Laon, nous nous attaquons au coffre de M. Bezançon. Tandis que nous étions très occupés à surveiller cette ouverture, nous tombe sur le dos un homme hurlant, gesticulant ! « Qu’est-ce que vous foutez-là tas de voleurs, tas de coquins, c’est mon coffre-fort !!! » – « Que vous ouvrez !! Sales cambrioleurs !!! »

Tableau !!!

Vous décrire l’ahurissement et la colère du bonhomme est impossible. Je me tordais. Bref nous lui répondons que nous agissons au nom de la Justice et de l’Autorité militaire, et que du reste il n’avait pas à se plaindre, sa maison étant en décombres, qu’il devait être bien heureux que nous fussions là pour lui ouvrir…  son coffre-fort. Bref il a ravalé sa colère, son étonnement et je lui remis tous les objets, et dans quel état ! que nous trouvâmes dans son coffre-fort, que du reste Bezançon avait soulagé de tout ce qu’il pouvait contenir de précieux.

Ensuite nous terminons par le n°1 de la rue Lesage, des poussières de papiers, sur lesquels quoique noirs et calcinés nous pouvons lire « Crédit à l’Épargne ». C’est tout.

Je repasse par la Ville. Causé avec Raïssac, donné un modèle de testament au commissaire central M. Palliet, et rentré chez moi tâcher de rattraper mon retard !… !!!

J’écris mes lettres au Général Leroux, au Procureur de la République de Reims pour lui rendre compte de ce que j’ai fait, et…  demandé qu’il tape sur les ongles de Lepage, car il n’est pas permis d’être plus injurieux avec le Parquet… !… Çà lui fera du bien (rayé).

A 7h35  Comme j’étais à moitié de mon dîner, avions, bombardement contre ceux-ci, bombardement des allemands vers Pommery, St Remy, Maison de Retraite, bout de la rue des Capucins, tout cela fait un tintamarre du diable. Nous descendons en hâte à la cave, puis remontons 10 minutes après, et finissons notre repas sur le qui-vive…  cela m’impressionne de plus en plus. Tous ces obus paraissent passer au-dessus de ma tête. Je ne suis plus guère fort, ni courageux, je deviens énormément craintif. Que Dieu nous protège ! mais quelle lassitude !! quelle vie !!

8h1/2 soir  Le bombardement cesse à 8h10. Je suis fort impressionné, et il va falloir se coucher avec…  l’Inconnue !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

22 décembre 1917 – Beau temps. Aéros toute la journée. Bombardement. Tir sur avions à la nuit et nouveau bombardement serré vers 19-20 h.

Reprise très violente de bombardement à 22 h. Des obus tombent rues de l’Ecole-de-Médecine, Gambetta, de Venise, des Capucins, Petit-Roland, des Chapelains, des Moissons, etc. Dans cette dernière rue, une femme est tuée dans son lit, à côté de son mari, blessé à la tête et au bras gauche (Mme Blavier).

Nuit très mouvementée.

Obus lacrymogènes, dont quelques-uns autour de la cathé­drale ; plusieurs personnes sont incommodées. Les effets d’un de ces obus se font sentir également dans les sous-sols de l’hôtel de ville, où couchent des camarades des bureaux de la mairie et de la police.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de l’École de médecine – ReimsAvant


Cardinal Luçon

Samedi 22 – – 3°. Beau temps. Nuit tranquille, sauf ce qui précède. Vi­site au Capitaine du Génie que nous avons vu chez le Général Coignard, rue Jeanne d’Arc. A 7 h. soir avions allemands au-dessus de nous, bombar­dement infernal autour de nous, tout près de nous. Obligés d’interrompre notre souper pour descendre à la cave, après y avoir envoyé précipitam­ment les Sœurs. Durée : 1 heure environ. Nous remontons ; finissons notre repas ; prière à l’oratoire. Travail dans mon bureau. A 9 h. 1/2 coucher. A10 h., avion allemand nous survole ; nouveau et terrible bombardement ; 1 obus frappe la maison de Madame de La Morinerie, rue de l’Ecole de Médecine, à l’angle supérieur gauche de la porte. Un autre tombe dans l’angle de la maison Chartin ; j’ai vu de mon lit comme deux morceaux de fer incandes­cents se précipiter dans cet angle. Le bombardement étant extrêmement dangereux, on vient de la cave (Ephrem), me dire qu’il faut descendre, qu’on est inquiet de moi. Je me lève donc. A peine étais-je rendu au pied du lit, un obus tombe dans le jardin, fait sauter les vitres, et crache des éclats dans les persiennes, dans mon cabinet, crible le canapé, les fauteuils, la bibliothè­que. J’en ai retrouvé un certain nombre le lendemain : toute la pièce en est criblée. Comment se fait-il que je n’aie pas été touché. Il y en a qui m’ont frôlé. L’un d’eux a percé la reliure d’un volume des Institutions liturgi­ques de Dom Guéranger ; d’autres les volumes des œuvres de Mgr Freppel (cours d’Éloquence), un autre déchiquète un volume de ma Bible. Des­cendu et couché au sous-sol. Un homme tué rue Chanzy, sa fille blessée ; 9 obus à la Visitation ; 12 au Collège Saint-Joseph ; obus rue des Moulins ; Chanzy, Gambetta ; 2 au Bon-Pasteur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 22 décembre

Activité d’artillerie intermittente en quelques points du front, plus vive dans la région du bois des Caurières.
En Alsace, les Allemands qui tentaient d’aborder nos tranchées à l’ouest de Cernay ont été repoussés par nos feux. A l’Hartmannswillerkopf, l’ennemi, à la faveur d’un très important coup de main qu’il avait fait précéder d’un bombardement intense, avait pu pénétrer dans les éléments avancés de notre première ligne; il en a été entièrement rejeté a la suite d’un combat corps à corps au cours duquel il a subi de lourdes pertes.
Définition stratégique de la manoeuvre dans la bataille défensive.
118 obus ont été lancés sur la ville de Reims.
Sur le front belge, activité d’artillerie peu intense.
Nos alliés ont bombardé les organisations ennemies des abords de Dixmude et de Kippe, en représailles de quelques tirs ennemis effectués vers nos batteries.
En Macédoine, les troupes anglaises ont capturé 1 officier et 54 soldats bulgares.
Sur le front britannique, une tentative allemande, a échoué au nord-est de Messines sous les feux d’infanterie et de mitrailleuses. Les Italiens, sur le mont Asolone, ont réussi à enlever à l’ennemi une grande partie des gains qu’il avait pu obtenir le 18.
Une forte contre-attaque autrichienne a été enrayée.
Nos alliés ont fait des prisonniers sur le plateau d’Asiago.
Les Capronis ont bombardé les troupes autrichiennes sur la Basse-Piave

 

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Lundi 30 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 30 avril 1917

961ème et 959ème jours de bataille et de bombardement

11h3/4 matin  Temps magnifique, splendide, très chaud. Toute la nuit bataille acharnée et bombardement de notre quartier où une 12aine (douzaine) d’obus de gros calibre à 30/40 mètres de la maison qui n’a eu que des vitres cassées et des éclats. 1 ou 2 chez Houbart, 14, rue Boulard, 1 entre la rue des Capucins, au coin de la maison qui n’a pas éclaté, 1 ou 2 dans le jardin de l’usine Benoist, 3/4 dans les numéros 19, 21-23, 25 et 27 de la rue Boulard, aussitôt Ducancel, une victime tuée. M. Guilliasse (Eugène) du 27, employé chez Camuset banque et 3 ou 4 autres blessés.

Nuit d’angoisse, terrible, c’est réellement trop souffrir. Je suis anéanti, rompu, apeuré. C’est trop d’agonie !! C’est un miracle que nous n’ayons été touchés plus gravement. C’est un miracle…  Çà a commencé vers 11h50 du soir, et n’a cessé que vers 1h1/2 du matin. Je suis sans force et sans courage.

8h1/2 soir  Il est exactement tombé 9 obus, et tous sur le trottoir de droite, numéros pairs de la rue Boulard, et les victimes et dégâts ont été côté impair comme pour Maurice Mareschal et Jacques, l’obus tombant souffle sa mitraille et ses éclats plutôt en avant. Je suis à peine remis, à 11h3/4 çà commençait à bombarder mais vers le Palais de Justice et la rue de Tambour. Vers 3h Poste, lettre de ma chère femme et de mon petit Maurice, cher Petit, non cela me fait trop de mal d’y songer. Hôtel de Ville où je rencontre Guichard qui me dit que Lenoir, que j’avais aperçu à la Poste, est là avec M. Nibelle, Député radical socialiste de Rouen (Maurice Nibelle (1860-1933)). Je veux me retirer, mais Guichard insiste pour que je reste serrer la main à Lenoir, ce que je fais quand ils descendent du campanile de l’Hôtel de Ville d’où ils voulaient voir Brimont. Lenoir toujours cordial me présente à Nibelle qui lui aussi a été suppléant de Justice de Paix. Nous causons un instant du bombardement de la nuit. Ils paraissent impressionnés quand je leur raconte mes angoisses de la nuit, attendant qu’une bombe nous écrabouille !!…  Je les quitte et je rentre à la Maison. Je suis incapable de faire quoique ce soit, aussi je m’étends sur un fauteuil et une chaise dans ma chambre et je rêve tristement…

Demain arrive notre nouveau sous-préfet, Bailliez, sous-préfet d’Abbeville, ancien receveur Général de la Marne, que j’ai connu là. Qu’est-il ?…  Dhommée, avec son dolman de dompteur de lions (qu’il n’était pas !) était un brave homme en somme. Régnier, un poivrot avec un uniforme bleu horizon, calot ou casque !…  Que sera Bailliez…  pour moi impression ???…  J’apprends que nos troupes ont pris toute la ligne de chemin de fer vers Courcy (au-delà du canal qu’elles ont donc traversé…)…  avance d’écrevisses !! Nous serons dégagés à ce compte dans 2 ou 3 ans comme le dit Guichard !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 avril 1917 – Obus asphyxiant au cours de la nuit, vers la place de la République et la rue de Mars.

Alerte aux gaz, à l’hôtel de ville, dans la journée et fort bombardement sur le quartier des rues Brûlée et Boulart, où M. Guillasse est tué.

A 11 h 3/4, un bombardement serré, de gros calibres, commence du côté de la mairie. C’est à peu près l’heure du déjeuner, mais les nombreuses explosions de ce nouveau pilonnage se suivent si fréquemment, tout près, qu’elles ne nous permettent la traversée de la rue de Mars, pour nous rendre seulement du n° 6 de cette rue, où sont maintenant nos bureaux, à nos popotes, au sous-sol de l’hôtel de ville, qu’à 13 h 1/4. Pendant ce bombardement des plus dangereux, un obus entré par le haut du bâtiment de la rue des Consuls, a complètement saccagé le bureau du service de la voirie ; tout y est démoli et bouleversé.

Nombreux obus éclatés rues Thiers, de Mars, de Sedan, de la Prison (Maison Decarpenterie), de Tambour (Maison Guerlin- Martin), du Petit-Four, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 30 – + 9°. Nuit affreuse. Bombardement (ut supra), visite de M. Goloubew et de M. Hyde des Etats-Unis. Rue Boulard, un homme coupé en deux. Obus : rue Boulard, rue Brûlée ; incendie rue Gambetta. Un obus non-explosé dans le clocher de S. Maurice ; il est descendu. Mgr Neveux confirme à Ay. Obus chez les Sœurs de l’Espérance, à Saint-Marcoul, à la Bouchonnerie Cana (18). A 11 h. 10, visite de M. le Maire de Reims, condoléances pour la Cathédrale. Canons et bombes toute l’après-midi. Lettre du Cardinal Amette sur la Passion de Reims (Recueil, p. 135).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 30 avril

Entre Somme et Oise, actions d’artillerie intermittentes.

Des tentatives de coups de main ennemies, dans la région de Laffaux et au nord de Cerny-en-Laonnois, ont échoué sous nos feux. Rencontres de patrouilles et combats à la grenade dans le secteur de Craonne.

Au nord-ouest de Reims, des opérations de détail effectuées par nous dans la région au nord et au sud de Courcy, nous ont permis d’élargir sensiblement nos positions. Nous avons fait 200 prisonniers.

En Haute-Alsace, nos détachements ont pénétré en plusieurs points jusque dans les deuxièmes lignes ennemies. De vifs combats à la grenade se sont terminés à notre avantage.

Les Anglais ont livré un violent combat de la Scarpe à la route Acheville-Vimy. Ils ont enlevé Arleux-en-Gohelle et les positions ennemies sur un front de plus de 3500 mètres au nord et au sud de ce village. Ils ont avancé également au nord-est de Gavrelle et sur les pentes ouest de Greenland-Hill, entre Gavelle et Roeux, ainsi qu’au nord de Monchy-le-Preux.

La conscription a été votée à la Chambre américaine par 397 voix contre 24, et au Sénat, par 81 voix contre 8.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 2 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 2 avril 1917  Rameaux

933ème et 931ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps nuageux, froid glacial avec vent en tempête. On ne cesse de bombarder, on en a les nerfs cassés, brisés. Départs et fuites sans nombre. Ce matin je devais partir voir mon cher enfant Robert à Nanteuil-la-Fosse où il est cantonné (?) A 5h1/2 la voiture devait venir me prendre, mais point de voiture. Impossible d’en trouver une autre. Il m’a fallu abandonner mon projet, cela m’a fait gros cœur. Annihilé toute la matinée, écrit à Robert pour lui dire ma déconvenue au pauvre petit, à Madeleine pour lui dire la même chose. Je demande à tout hasard à ce pauvre enfant qu’il m’écrive s’il espère être encore là à la fin de la semaine, mais j’ai peu d’espoir.

Été à la ville à 2h1/2 prendre les dossiers des allocations en appel. 14 affaires seulement que je viens de voir et mettre au point. Je convoque pour le mercredi 25 avril 1917 à 2h au Palais de Justice. Rencontré là Chézel, Houlon, Charles Heidsieck, Beauvais. Il y avait conseil municipal. Entré voir le Maire pour lui faire mes condoléances et lui dire toutes mes sympathies à l’occasion de la mort de son gendre le Capitaine Morlière. Il parait fort affecté. Il commençait à me demander quelques renseignements pratiques sur la réunion du conseil de famille de l’enfant, un petit-fils (Jacques Morlière (1915-1946)), quand est survenu M. Godart, sous-secrétaire d’État (Justin Godart, Sous-secrétaire d’État chargé du Service de santé militaire, fondateur de la Ligue contre le cancer en 1918 (1871-1956)), qui venait pour s’occuper de l’évacuation des femmes et des enfants dont la présence est inutile ici, et dont les vies peuvent être en danger, surtout celles dont les habitations sont proches de nos batteries. Je me suis retiré et je me propose d’aller voir le Dr Langlet demain matin pour reprendre notre entretien. Vu Lelarge très affecté, aux larmes presque, à cause des dégâts faits ce matin par le bombardement acharné et systématique fait sur son usine du boulevard Saint-Marceaux, 300 obus ce matin. Il parait que c’est épouvantable ! Il y a encore eu des victimes ce matin vers la place St Thimothée, entre autres M. Lartilleux, pharmacien, légèrement blessé heureusement.

Le bombardement n’a pas cessé depuis ce matin, on est anéanti. Cela tape un peu partout sur les faubourgs, par séries…  Quand cela finira-t-il ? Tout le monde en a assez. Le Pasteur Protestant M…… (non cité) que j’ai vu tout à l’heure va également partir après avoir fait partir tous ses fidèles, et combien encore !! comme cela. Il est temps que cela cesse.

J’ai froid, je souffre. C’est une vraie agonie.

6h25 soir  En ce moment c’est une vraie tempête de vent et de pluie glaciale, on ne s’entend pas.

8h soir  Vers 7h le lieutenant de vaisseau Robert de Voguë est venu avec ses 2 témoins pour me signer sa procuration pour recueillir la succession de son Père, Melchior, marquis de Voguë. Tout en causant, je prends les noms des témoins : Charles d’Hespel (terminera comme Capitaine de Frégate (1894-1955)), enseigne de vaisseau, qui a été camarade de collège à l’École des Postes de Versailles de Jean, dont il se souvenait très bien. M. de Voguë me quitta en me disant : « Voilà ma première signature donnée sous les bombes devant notaire !… » Je lui ai répondu que cela lui porterait bonheur ! Charmant homme, très distingué. En ce moment, le silence. Quel calme après cette tempête de mitraille depuis 48 heures ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquille cette nuit. Je ne suis pas gourmand, je leur demande une nuit tranquille sur 3. Je vais me coucher. Je suis éreinté.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 avril 1917 – Journée terrible encore, dans la matinée principalement pour le boulevard de Saint-Marceaux et son voisinage, et dans l’après- midi pour toute la ville.

2 300 obus environ aujourd’hui. Riposte faible de notre ar­tillerie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 2 – + 1°. Nuit plus tranquille, couché à la cave. A 9 h. matin, visite rue du Jard, de Venise, Gambetta, Bon Pasteur. Bombardement. Bom­bardement violent : 6 tués, et 17 blessés ; (six tués au moins, dont 4 vus par le Docteur Simon ; et 2 avenue de Laon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 2 avril

Sur la Somme et sur l’Oise, actions d’artillerie intermittentes; fusillades assez vives aux avant-postes. Nous avons dispersé des patrouilles ennemies et fait quelques prisonniers.

Au sud de l’Ailette, au cours d’une action offensive vivement menée, nos troupes ont enlevé depuis l’Ailette jusqu’à la route de Laon p1usieurs systèmes de tranchées et des points d’appui organisés à l’est de Neuville-sur-Margival. L’ennemi, qui a fait une défense énergique, a été rejeté avec des pertes sérieuses jusqu’aux abords de Vauxaillon et de Laffaux. 108 prisonniers dont 2 officiers et 4 mitrailleuses sont restés entre nos mains.

En Champagne, grande activité des deux artilleries à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont pris sous leurs feux des contingents ennemis aperçus en marche dans cette région.

Sur tout le front belge, violente lutte d’artillerie, spécialement dans la région de Dixmude. Lutte de bombes et de grenades vers Steenstraete.

Les Anglais ont pris Epéhy et deux autres localités et effectué plusieurs raids heureux sur les tranchées allemandes.

En Macédoine, l’ennemi a bombardé nos positions du Vardar et tiré une quarantaine d’obus sur Monastir.

La riposte vigoureuse de notre artillerie lourde contre les batteries adverses a provoqué une explosion dans le secteur de la Cerna. Une attaque autrichienne a été repoussée par les Ita1iens près de Gorizia.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 28 janvier 1917

Louis Guédet

Dimanche 28 janvier 1917

869ème et 867ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid, la bise glaciale qui avait soufflée une partie de la nuit en tempête s’était un peu apaisée le matin, mais elle a repris l’après-midi et était réellement « coupante ». Pas très entrain ce matin, avec la perspective d’une journée de désœuvrement, et puis j’ai été angoissé toute la journée. Je suis tellement triste et las ! Été à la messe de 11h1/4 à St Jacques où l’on gelait littéralement, il est vrai que l’église est à claire-voie. Vu là Dargent avoué qui est venu pour quelques jours ici. Son beau-père (Jules Rome, ancien avoué (1842-1919)) se traîne de vieillesse. Il a des nouvelles de son beau-frère l’abbé Rome (Étienne Rome (1884-1967)) toujours prisonnier, il a le bras gauche presque entièrement ankylosé. Rentré pour déjeuner. Je suis tout démonté. Le canon gronde sans cesse de notre côté, peu d’avions qu’on entend, mais qu’on ne peut distinguer tellement ils sont haut et le soleil si brillant. C’est une journée radieuse, mais quel froid. Vers 2h je me décide à faire un tour. On m’a dit qu’hier le quartier de St Remy avait été très bombardé vers la Brasserie Veith et l’asile de nuit. Si j’y allais, si j’y allais voir le fils Veith qui a failli être tué hier, m’a dit M. Dufay architecte (Émile Dufay-Lamy, cet architecte participera de façon très active à la reconstruction de Reims (1868-1953)) que j’ai rencontré en sortant de la messe. Plus de courrier à répondre, allons-y.

8h soir  Je reprends ma journée, m’étant attardé à lire avant dîner et durant mon repas un livre sur les « Premières conséquences de la Guerre, transformation mentale des Peuples », fort intéressant ! Ce n’est pas sans une certaine émotion que j’écris ces quelques mots à la mémoire de l’auteur le Dr Gustave Le Bon (médecin, psychologue, philosophe, historien(1841-1931)), qui m’a été révélé l’an dernier en revenant de Suisse, puisqu’à pareille époque où dans le train j’avais fait connaissance avec M. Gall, Président de l’association des Ingénieurs de France, ami de M. Albert Benoist, pendant que nous étions en panne en raison de la neige vers Tonnerre. Ce pauvre M. Gall qui actuellement est sous le coup de toutes les fonctions judiciaires avec cette histoire des Carbures (Entente commerciale entre les fabricants de carbure en avril 1916 et dénoncée comme étant un scandale). Quand on connait les dessous !! ce n’est que du chantage et le Procureur Général Herbaux l’indique bien. Bref Coutant le juge qui tranchera est une fripouille ou un âne, et l’acquittement est tout indiqué pour ce pauvre Gall (Malgré le zèle de Coutant et de Viviani, les carburiers furent tous acquittés).

Bref je reviens à l’emploi de ma journée, donc à 2h je m’emmitoufle, m’arme car maintenant cela peut être utile avec tous nos pillards et embusqués, et je pars. Par la rue des Capucins, rue du Jard, rue Petit-Roland, rue de Venise, rue Gambetta, des Orphelins, du Barbâtre, Montlaurent et boulevard Victor Hugo (comme quoi la ligne droite n’est pas toujours par le temps qui court la plus prudente, et j’ai pris les « lacets » en cas d’alerte, d’autant que nos canons grognent continuellement et hurlent à pleine gueule, et ma foi que la riposte du côté du quartier où je dirige mes pas, pas mal « amochés » hier, et j’approche des batteries Pommery – St Nicaise, etc…  etc…  je ne les compte plus). Là tout en chavirant, pataugeant dans la neige, le verglas, l’eau des maisons (on ne déglace plus, savez-vous ?) J’arrive donc boulevard Victor Hugo, et là, sur la place formée par la fourche des boulevards Vasnier et Victor Hugo, je vois au beau soleil, sous l’œil paterne de Drouet d’Erlon, émigré là comme vous le savez pour céder la place aux Nymphes (qui ne doivent pas avoir chaud par ce temps sibérien) de la Fontaine Subé, tenant toujours sur les hanches son bâton de Maréchal près d’un obusier. Là j’aperçois, dis-je, sous le radieux soleil des soldats jouant au football, pendant que tonne les canons et que les obus sifflent à proximité. La conversation continuant à gueules de canon que veux-tu depuis que je suis parti. Je file le boulevard Victor Hugo pour arriver à la Brasserie Veith par la rue Goïot. Des gosses font du bridge dans la descente sans s’inquiéter des obus. J’approche de la Brasserie et vers la rue des Créneaux je commence à « barboter », c’est le mot, dans des débris de toutes sortes. Toits crevés, murs effondrés, etc…  la lyre et le spectacle habituel. Plus j’approche plus je ressens cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que j’ai ressentie combien de fois et qui se fixe enfin dans mon esprit, cette impression que l’on entre dans la zone dangereuse et qu’un obus vous guette à chaque seconde. Tout en vous se développe, s’exacerbe, se tend, vibre, et perçoit le moindre bruit, je crois que dans ces moments on entendrait le silence même !! Impression singulière, on est multiplié pour ressentir toutes les sensations et pour percevoir tous les bruits, les murmures, les souffles !!

Je tourne la rue Goïot et je traverse un tas de décombres, je franchis la porte de la Brasserie 13, rue Goïot. Personne. Je traverse la cour. J’entre dans la machinerie. A tout hasard j’ouvre une porte qui donne sur un escalier éclairé par une lampe électrique qui descend aux germoirs. Je me reconnais au 2ème étage en dessous. Toujours personne. Enfin surgit une femme à qui j’expose le motif de mon irruption, voir le fils Veith et voir les dégâts d’hier. Elle me reconnait et m’apprend que M. Maurice Veith est allé déjeuner chez l’abbé Mailfait. J’exprime mes regrets et me dispose à repartir quand survient la bonne de la maison qui me dit : « Ah ! Monsieur Guédet, venez voir le désastre dans le germoir, ou M. et Mme Veith vous recevaient. Je remonte un étage et j’entre dans ce germoir où M. et Mme Veith avaient accumulé leur mobilier et où ils vivaient en commun depuis des mois. Impossible de décrire ce que j’ai vu. Figurez-vous une pièce immense (en représentant 3 – 4 remises) où meubles, linges, mobilier, etc…  étaient accumulés, et où l’on vivait depuis des mois (les ouvriers de la Brasserie vivent en commun dans un germoir à la suite) eh bien ! il n’y a plus rien !! Tout est rasé et ne forme plus qu’un amas de débris brisés, broyés, pulvérisés, réduits à quelques centimètres d’épaisseur et couverts de la couche grisâtre habituelle de cendres quelconques, on dirait qu’un volcan est passé par là…  et chose singulière, pas une muraille, pas une porte de défoncée…  l’obus à éclatement à retard a traversé 3 étages et a éclaté dans ce germoir à mon avis avant de toucher le sol, et a volatilisé tout ce qui se trouvait là !! C’est effrayant ! c’est le broiement, la pulvérisation, l’atomisation dans un compartiment étanche !! Les vêtements mêmes, les étoffes hachées, lacérées et ne formant que des débris de quelques centimètres, quand, à côté de cela, un verre ou une coupe en cristal mince comme une feuille de papier est intacte…  La brave bonne se lamente et me montre les peignoirs de Madame réduits à l’état de lanières et d’époussettes, ainsi que les pendules. Ces belles pendules (rayé) que Madame aimait tant… Je cause à tous ces braves gens si courageux et si stoïques sous la rafale et les encourage du mieux que je puis. Ils ont reçu hier 13 obus, et des gros ! L’asile de nuit à peu près autant, bref dans le quartier il y en a bien eu une centaine. Je remonte et refuse qu’on me reconduise car on ne sait jamais ! Malgré tout et malgré moi 2 ou trois m’accompagnent jusqu’à la cour.

Je file vers la rue des Créneaux et par la place St Thimothée et la rue St Julien, j’entre dans St Remy, où on dit les Vêpres. J’y assiste, avec une 40aine (quarantaine) de fidèles, 2 chantres dont Valicourt, toujours courageux, se répondent et l’abbé (en blanc, non cité) vicaire les accompagne avec l’harmonium, le grand orgue ne joue plus. C’est le brave curé Goblet qui officie, St Remy est à tous vents et l’on y gèle. Je relève le col de ma pelisse. Que cette cérémonie est triste et impressionnante !! Ponctuée par les détonations de nos canons et les éclatements des réponses des allemands, et cela à quelques 2 ou 300 mètres de la Basilique, et les fidèles, chantres, Prêtres, sont impassibles. Je vie une singulière minute de ma vie à ce spectacle ayant pour cadre cette admirable église de St Remy qui m’a toujours « empoignée » chaque fois que j’y suis entré… L’écho est tel avec le bruit de la mitraille que les chants de ces 2 uniques chantres et l’harmonium remplissent toute la nef comme si 50 voix chantaient, clamaient la Gloire de Dieu !! Je voudrais que tous les absents assistent une seule fois à une telle cérémonie dans ces conditions !! C’est tragique, c’est grandiose, c’est Magnifique, et nous n’étions qu’une 50aine (cinquantaine) avec les officiants et les fidèles. On ne voit ces choses-là qu’une fois dans sa vie, pour s’en rappeler toujours. Je ne puis le dépeindre complètement. L’autel à peine éclairé, la pénombre du temple, les mysticiens, les chants, le recueillement de ces quelques fidèles groupés autour du Pasteur. Le soleil couchant éclairant cette scène à travers les vitraux brisés, broyés, crevés, jetant sa clarté crue par les baies brisées par la mitraille, au milieu des jeux de lumières de toutes nuances, projette dans ses rayons par les lambeaux des vitraux ancestraux. Il faut voir, nul peintre, nul poète, nul chroniqueur ne peut rendre ce spectacle, cette scène, ponctuée par le grondement du canon et le tonnerre des bombes et obus éclatant tout proche.

Je vais à la sacristie serrer la main à mon brave et charmant chanoine Goblet, toujours vaillant. Nous causons quelques minutes des événements de nos temps fabuleux… et entre autres choses il m’apprend que pour la St Remi de janvier on avait demandé au Maire de faire une procession de supplications autour de la Basilique, mais que le Dr Langlet l’avait refusé. Cela ne m’étonne pas ! et comme je le disais au bon chanoine : Cet homme est héroïque, humanitaire, bon, etc…  mais dès qu’il voit une soutane il voit tout rouge…

Je lui contais de mon côté que lors de la visite du ministre Scharp américain (William Graves Sharp, alors Ambassadeur des États-Unis en France (1859-1922)) et d’une colonie de diplomates étrangers, ceux-ci ayant voulu rendre visite au Cardinal Luçon après avoir visité la Cathédrale, seul le Maire n’avait pas voulu entrer à l’archevêché et était resté seul dans son automobile devant la porte !!….. Ces choses ne s’inventent pas. Le Brave Docteur Langlet, Maire de Reims, est resté malgré tout « Vieille barbe de 1848 » (vieux de la révolution de 1848, désigne un vétéran de la démocratie, et de façon moqueuse un vieux con). Je le regrette pour lui, ce sera une ombre à sa Gloire et à l’auréole de son héroïsme durant cette Guerre et le martyre de Reims. Le bon abbé me rappelait aussi que c’était un miracle que St Remy ne fut pas brûlé lors de l’incendie de l’Hôtel-Dieu, et comme moi il considérait la pluie diluvienne qui tombât au moment où ces flammes léchaient la toiture de son église comme providentielle, ainsi que l’intervention de Speneux et Lesage pour arrêter le commencement d’incendie par l’oculus du transept nord. On ne saura jamais assez de reconnaissance à ces 2 citoyens qui ont vu juste.

Sortant de St Remy j’entre à l’Hôtel-Dieu, l’Hospice civil. Je visite les ruines. Heureusement on pare au soutènement des voutes du cloître, du grand escalier qui menaçaient de s’effondrer. Car dans ces constructions le parement (l’extérieur) est en pierre de taille, mais tout l’intérieur, le remplissage est en craie, par conséquent très sensible aux pluies et aux gelées que nous avons subies et subissons, et que sera le dégel. Je contemple tout cela au bruit du canon…  seul…  c’est impressionnant…  on a presque peur. Je visite la chapelle, où tragique, calciné, couvert de neige l’autel seul subsiste au milieu des décombres. Quelle impression !! Au milieu de ce silence. Là ! J’ai prié souvent ! J‘avais alors toutes les espérances de la jeunesse et de ce cadre si doux si charmant des religieuses Augustines chantant les offices dans cette ancienne bibliothèque des Bénédictines de St Remy, dont les psalmodies étaient atténuées, ouatées par les boiseries de Blondel que j’ai tant admiré et que nul ne reverra plus. Qui ne sont plus que des cendres que je foule en ce moment sous mes pieds. Quelle solitude, quel silence dans ces ruines éclairées par le soleil cru, et rendues encore plus tragiques par l’ombre gigantesque que St Remy projette sur le tout !…  Un coup d’œil au musée lapidaire après avoir recueilli comme relique quelques fragments de cet autel qui semble protester contre les Vandales ainsi que naguère les autels de Byzance, de Rome, des catacombes protestaient contre les Barbares. Ah ! cet autel seul sous la neige, entre les murs calcinés, à ciel ouvert, quelques poutres branlantes, le tout éclairé par un soleil d’hiver radieux. Quel spectacle ! Quel « tragisme » !! Je ne l’oublierai jamais. Il faut le voir pour le sentir, le comprendre. Je rentre tout endeuillé…  et je ne puis encore me remettre de tout ce que j’ai vu, ressenti, senti, souffert !! J’ai vu des ruines. J’ai vu des pierres pleurer !

10h1/4  Il est temps de se coucher, mais depuis 8 heures toujours le canon fait rage, et des éclatements sont venus tout proche, toujours de la même batterie, je connais sa tonalité. Quand ne l’entendrai-je plus jamais !!…  Hélas ! verrai-je la fin de ce martyre, de cette tragédie, de Drame ! Je n’ose y croire…  et me demande même si cela est possible. Je crois que je ne saurais comment vivre…  eux partis…  non je ne vois pas cela. Revivre une vie normale, avec les siens, ses aimés, avoir un chez soi, n’entendre plus le tonnerre des canons, non, je ne sais plus, je ne comprends pas, je ne perçois pas cela. Comment cela sera-t-il ?? Cela me donne le vertige…  comme au bord d’un précipice. Ne plus souffrir, ne plus être angoissé, être au milieu de ceux qu’on aime, avoir un toit, être chez soi, sans la crainte d’être démoli, incendié, non je ne me figure pas cela…  Non, non !…  Ce bonheur me fait peur et je ne le conçois pas, je ne le comprends plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

La brasserie Veith


Paul Hess

28 janvier 1917 – Très forte canonnade, le soir, à partir de 20 h. Les pièces du quartier, 75, 95 et 120, tirent les unes après les autres pendant un assez long espace de temps. Ensuite, quelques sifflements se perçoivent, des obus arrivant rue de Bétheny, rue Cérès, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)

Rue de Betheny (actuelle rue Camille Lenoir)


 Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Nuit tranquille en ville. Duel d’artillerie jusque vers minuit. – 7°. Toute la matinée duel entre artilleries adverses. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 janvier

Sur la rive gauche de la Meuse, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de la cote 304.
Aux Eparges, lutte d’artillerie assez active. Un coup de main ennemi dans cette région a échoué sous nos feux.
Une autre tentative sur un de nos petits postes à la Main-de-Massiges (Champagne) a également échoué.
En Lorraine, nos batteries ont effectué des tirs de destruction sur les organisations allemandes de la forêt de Parroy.
Sur le front belge, grande activité d’artillerie dans la région de Dixmude.
Canonnade sur divers points du front italien.
Sur la frontière occidentale de la Moldavie jusqu’à la vallée de l’Oïtuz, actions de patrouilles d’infanterie.
Dans la vallée de Gachin, les troupes roumaines ont attaqué l’ennemi et ont réussi, après onze heures de combats acharnés, malgré le temps très froid et la neige épaisse, à le rejeter vers le sud.
Le général Iliesco, chef d’état-major roumain, est arrivé à Paris.
Le vicomte Motono, ministre des Affaires étrangères du Japon, a prononcé un grand discours à la Chambre de Tokio.
Les Anglais ont remporté de nouveaux succès au sud-ouest de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.
L’Australasie marque son désir de garder après la guerre les possessions allemandes du Pacifique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 25 octobre 1916

Louis Guédet

Mercredi 25 octobre 1916

774ème et 772ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de pluie et brume, maussade. Ce matin allocations militaires, où dans une enquête pour supprimer une majoration à une malheureuse femme qui a une conduite déplorable et la reverser à la belle-mère qui a en garde un des enfants de cette malheureuse. Pendant la…

Le haut du feuillet suivant a été découpé.

…à 2h je sors pour faire des courses et prendre mon passeport, quand voilà les bombes qui commencent à tomber. J’entre au Palais de Justice, où je suis bloqué pendant une heure 1/2. Durant ce temps je cause avec le substitut du Procureur M. Mathieu de mon affaire de simple police du 3 octobre 1916. Tous ces militaires sont en train de bafouiller et de pagayer !! Maintenant ce n’est plus à moi qu’ils en veulent, c’est au Courrier de la Champagne !!!! Il ne manquait plus que cela. Bref, comme à la caserne, il faut que quelqu’un écope quand un galonné se croit atteint dans son autorité !! Qu’ils prennent garde de ramasser une nouvelle gifle !!…  Ils ne l’auraient pas volée !! Quels tristes sires !! A 2h12 je passe chez Ravaud, des bombes repleuvent. Je file à l’Hôtel de Ville où je reste jusqu’à 5h moins un quart, enfin je puis rentrer chez moi à 5h !! 3 heures de bombardement intense !! Le Barbâtre est atteint, mais surtout toute la partie de la rue de Vesle à partir du pont du canal jusqu’au pont du chemin de fer d’Épernay. Et aussi vers le pont de Muire, Place Colin, Hôtel de la Couronne, jardin Redont (appartenant à Jules Redont, célèbre paysagiste rémois (1862-1942)) ont surtout souffert, des victimes dont M. Hilaire Hayon, administrateur de l’Éclaireur de l’Est. Je prendrai de ses nouvelles demain. On m’a dit que ses blessures multiples n’étaient pas graves. Il faut attendre et voir. Quelle journée ! Ces bombardements intenses vous émotionnent toujours ! Ils ont du reste lancé des obus un peu partout. Mais le quartier Pont de Vesle – Porte Paris a surtout le plus souffert. Il faut que nous payions la reprise du fort de Douaumont. C’est ce qu’ils nomment de représailles militaires en…  tuant des civils !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 octobre 1916 – A midi 1/2, les 95 du Port-sec commencent à taper.
Vers 14 h, les Boches se mettent à riposter ferme et bombardent en ville, tandis que nos pièces continuent.
Un tir simultané de ce genre est plutôt rare.
On ne cesse ni d’un côté ni de l’autre ; le duel d’artillerie devient au contraire de plus en plus sérieux et dure jusqu’à 17 heures.
Il y a des dégâts considérables, occasionnés par les obus arrivés pendant ce singulier bombardement, dans les rues du Barbâtre, Gambetta, etc. Les projectiles tombaient également le long du canal, de Fléchambault à la Brasserie du XXe siècle.
On évalue de 450 à 500, le nombre des obus envoyés en ville. Il y a des tués et des blessés.
— Le communiqué annonçait ce matin la reprise de Douaumont et une avance de 3 km. en profondeur, sur 7 km. de front.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 25 – Nuit tranquille. + 10°. Nouvelle de la reprise de Douaumont (1). De 2 h. à 3 h. coups de canons de marine du côté français formidables, 3 ou 4 à la fois. Riposte des Allemands par bombes sur batteries et sans doute aussi ailleurs. De 1 h. à 5 h. 1/2 bombardement terrible. Quelques gros coups de canons français. Avalanches ou rafales d’obus allemands ; un d’eux achève de démolir l’Espérance 1. A la visitation 8 obus : 5 dans le jardin, 3 dans la maison (destinés sans doute au collège Saint-Joseph où étaient cantonnés des soldats). Beaucoup de dégâts ; un certain nombre de blessés Place Collin. Les pièces de marine ont tiré dans l’après-midi (on évalue à 450 obus (2).

(1) Le fort de Douaumont est repris par le régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc et le 321e Régiment d’Infanterie de Montluçon. La nouvelle de cette victoire a tout de suite été diffusée puisque le Cardinal la consigne le jour même de l’évènement
(2) Pour l’emploi de l’artillerie lourde sur voie ferrée il avait été construit, comme d’ailleurs pour le ravitaillement et les relèves des troupes, des réseaux ferrés triplant ou quadruplant les lignes existantes et des gares de triage et des dépôts en dehors des agglomérations et des vues de l’ennemi.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 octobre

Sur le front de la Somme, lutte d’artillerie assez violente dans la région de Biaches et d’Ablaincourt. Aucune action d’infanterie.
Au nord de Verdun, après une intense préparation d’artillerie, nous avons prononcé une attaque sur un front de 7 kilomètres. Notre avance, qui a été très rapide et qui s’est effectuée avec des pertes légères, a été, sur certains points, de 3 kilomètres. Nous avons repris le village et le fort de Douaumont et nous sommes installés sur la route de Douaumont à Bras. Le chiffre de nos prisonniers est de 3500, dont 100 officiers.
Les troupes britanniques se sont consolidées sur le terrain conquis entre Gueudecourt et Lesboeufs.
Notre aviation a été très active. Un de nos avions a attaqué à la mitrailleuse les tranchées ennemies dans le bois de Saint-Pierre-Vaast. Sur le front de Verdun 20 combats ont été livrés: 3 avions ennemis ont été abattus; 2 autres ont dû atterrir en Lorraine; un aviatik a été abattu en Alsace.
Les Russo-Roumains se sont retirés à 12 kilomètres au nord de Constantza. Ils ont infligé des pertes aux Austro-Allemands dans les Carpathes, et gagné du terrain dans certains passages. Ils ont reculé, toutefois, au col de Predeal.
Une accalmie se prolonge sur le front russe de Galicie.
La presse autrichienne continue, par ordre, à présenter Fritz Adler comme un fou, de façon à enlever à son acte tout caractère politique. On annonce qu’il sera probablement pendu. Les partis, au Reichsrath de Vienne, continuent à délibérer sur l’opportunité d’une convocation de cette assemblée.
Le gouvernement grec a interdit à la presse toute attaque, toute injure contre les Alliés.
L’amirauté allemande a installé des sous-marins le long de la côte norvégienne, comme pour assurer un blocus effectif. Plusieurs bâtiments norvégiens et suédois ont été de nouveau coulés.
L’Angleterre augmente ses effectifs en appelant les hommes de 41 ans, en poursuivant les insoumis, en remplaçant les jeunes gens qui travaillent dans les usines.
Le gouvernement autrichien a prescrit l’évacuation de la population civile de Trieste.
Les troupes italiennes d’Albanie ont opéré leur jonction avec l’extrême gauche de l’armée de Macédoine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 11 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 11 juillet 1916

668ème et 666ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Été à Trigny, parti à 8h ce matin et rentré à 7h où j’ai trouvé tout mon personnel fort agité et émotionné. On venait de subir un fort bombardement. Tout notre quartier et la ville paraissent fort atteints : des victimes, une bombe 2 maisons plus bas qu’ici rue Hincmar. Adèle et Lise ont cru que c’était sur la maison. Heureusement non. A Trigny des troupes. J’ai pu faire ce que j’avais à y faire. J’y ai été par Champigny, Maco, Chalons-sur-Vesle. Tous les bois sont remplis de baraquements. Une ligne de chemin de fer à voie unique mais grande voie, va maintenant de Jonchery vers Hermonville, on la traverse avant d’arriver à Trigny. Je suis fatigué et un peu émotionné. Je vois mon monde révolutionné. Mon Dieu, protégez-nous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 juillet 1916 – A 17 h 45, sifflements et arrivées dans le centre.

Vers 22 heures, le bombardement recommence et les dégâts sont importants rues Ponsardin, du Barbâtre, Gambetta, etc. ; la maison 98, rue Chanzy, est brûlée.

Deux personnes sont tuées rue Saint-Symphorien ; un homme l’est aussi rue des Moulins. Un obus a tué plusieurs soldats au cantonnement « des Longaux » ; d’autres y ont été grièvement blessés et deux soldats encore, ont été mortellement atteints à Sainte-Anne.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Mardi 11 juillet – Nuit de souffrances atroces. Militairement tranquille. Aéros vers le matin. De l0h. à… Duel d’artillerie entre batteries adverses, violent, surtout de notre côté. A 6 h. violent bombardement à gros obus sur la ville.

Nous voyons la fumée d’un incendie derrière la maison Chastin. Descente à la cave, feu au Lycée. Mademoiselle Gobinet tuée au pied du lit de sa mère malade ! Deux soldats tués et nombreux blessés près des Déchets. Trois bombes au Grand Séminaire, jardin ; une à l’ancien Grand Séminaire rue Chanzy, une au petit Lycée avec commencement d’incendie. Mlle Gobinet et la femme de chambre ont été déchiquetées.

Rue du Jard, deux soldats tués, plusieurs blessés à mort. Un petit garçon tué. Bombes rue Jeanne d’Arc, rue du Jard, rue Buirette, au Canal ; une Bureau de Bienfaisance dans la cour. Ces bombes venaient de Berru ou de Nogent. 10 h. à 11 h. 1/2 violent bombardement du côté français. Riposte allemande de quelques gros obus. Incendie chez les Sœurs de l’Espérance (couture) près des 6 Cadrans. Bombardement durant la nuit. Reste de la nuit tranquille. Un obus crève la voûte de la Cathédrale au-dessus des Fonts Baptismaux à 10 h. soir. En tout 11 tués dont 2 soldats, et 29 blessés dont 5 soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 11 juillet

Au sud de la Somme, nous avons réalisé des progrès dans la région comprise entre Biaches et Barleux et aux abords de ce dernier village. Aux lisières de Biaches, nous avons enlevé un fortin, capturant 113 officiers et soldats. Au sud-est de Biaches, nous avons, par une brillante attaque pris la cote 97 qui domine la rivière, ainsi que la ferme de la Maisonnette, située au sommet. Un petit bois, au nord de la Maisonnette, est également tombé entre nos mains.
En Champagne, deux coups de main ont été réussis par nous au sud-est et à l’ouest de Tahure. A l’ouest de la butte du Mesnil, nous avons saisi et organisé sur 500 mètres environ une tranchée allemande.
Au Four-de-Paris, nous avons nettoyé à la grenade une tranchée ennemie.
Sur le front nord de Verdun, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec une extrême violence les régions de Froide-Terre, de Fumin et du bois Fleury.
Nous avons abattu quatre avions allemands sur la Somme.
Les Allemands, après six violentes et coûteuses attaques, ont réussi à pénétrer dans le bois des Trônes (nord de la Somme), mais les Anglais ont pris pied dans le bois de Mametz, à l’ouest; ils ont également progressé à l’est d’Ovillers et de la Boisselle. Ils ont abattu un avion allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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L’Hommage de Reims à un « Fusillé pour l’Exemple » : le Lieutenant Herduin

Dans sa séance du 21 décembre 1921, le conseil municipal de Reims, réuni sous le présidence du maire Charles Roche, abandonne pour une fois les problèmes que pose la ville en pleine reconstruction.

Il rend un hommage unanime à un jeune officier rémois en donnant son nom à une rue : le lieutenant Herduin. La délibération dit : « L’opinion publique a été fortement émue, depuis plusieurs mois par cette lamentable affaire d’un modeste officier français que chacun représentait comme un bon et brave soldat et que des chefs criminels, (dont l’unique but, après un sanglant échec, était de dégager leur responsabilité), firent exécuter froidement ».

L’affaire révèle l’un des aspects les plus tristes et les plus scandaleux -que l’on a voulu longtemps occulter- de la guerre de 1914-1918 : les « fusillés pour l’exemple » ou les « fusillés par erreur ». Le lieutenant Herduin était l’un d’eux. Son cas est particulièrement douloureux.

Henri Valentin Herduin est né à Reims le 5 juin 1881. Sa famille habitait rue Montlaurent. Mobilisé en 1914, il est parti comme adjudant dans un régiment d’infanterie. Garçon intelligent, courageux, il ne tarda pas à conquérir ses galons d’officier. En 1916, il était lieutenant commandant la 17e compagnie du 347e d’Infanterie de Ligne, en position devant Douaumont, au nord de Verdun. Le lieutenant se trouvait au cœur de la plus sanglante bataille de la Première Guerre Mondiale.

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Portrait du lieutenant Herduin dans l’article le concernant, paru à la Une du journal l’Humanité le 30 juillet 1924 sur Gallica.bnf

C’est l’enfer, la bataille fait rage. Le 9 juin, le bataillon dont fait partie la compagnie du Lt Herduin reçoit l’ordre de se lancer à l’attaque du fort de Douaumont. Une opération suicidaire. En effet, les hommes ont avancé d’à peine un kilomètre lorsqu’il sont encerclés par des forces allemandes nettement supérieures.

Le bataillon presque entier est fait prisonnier. Seuls les lieutenants Herduin et Millant réussissent à s’échapper de la masse avec 41 hommes et à regagner, au péril de leur vie, les lignes françaises.

Il est certain qu’une grave faute tactique a été commise en haut lieu. Mais il n’est pas question de désigner les vrais responsables de cet échec. Il faut trouver des coupables, « faire un exemple », ne serait-ce que pour reprendre les troupes en main. Tel est le point de vue du colonel Bernard, commandant le 347e. Comme il n’est pas question, selon lui, d’envoyer les 43 rescapés de l’offensive ratée au peloton d’exécution, il désigne les deux lieutenants et donne l’ordre de les passer par les armes.

Il n’y aura pas de jugement. Les deux hommes sont fusillés le surlendemain à l’aube, à Fleury. L’exécution sommaire dans toute son horreur.

Cette triste affaire ne sera rendue publique que la paix revenue. La Ligue des Droits de l’Homme est la première à s’émouvoir de cette exécution. Le cas du lieutenant est évoqué à la Chambre des députés et finit par impressionner le ministre de la Guerre, Louis Barthou, qui dans une lettre ambigüe, propose à la veuve du lieutenant Herduin une somme de 100 000 francs « à titre de réparation civile », la loi, précise-t-il, ne permettant pas la révision de l’affaire de son mari. On ne peut pas en effet, réviser un procès qui n’a pas eu lieu !

La délibération du conseil municipal de Reims, en ce 21 décembre 1921, est édifiante : « D’autres plus puissants, plus élevés en grade, étaient responsables de cet échec. Mais il fallait des victimes expiatoires. On sacrifia les plus petits, ces deux modestes officiers qui avaient eu le tort de ne pas se laisser prendre. Sans jugement, sans enquête, sans interrogatoire des deux malheureux, l’ordre de les fusiller fut donné sans qu’ils aient été invités à fournir la moindre explication (…) Ils furent exécutés sans avoir été inculpés ! Cette cruelle mise à mort de deux hommes, à l’arrière, sans jugement, peut-être qualifiée d’assassinat. »

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HHerduin2Pauvre Henri Herduin ! s’il avait levé les bras devant les Allemands au lieu de percer l’encerclement avec quelques gars courageux, il aurait fini la guerre dans un camp de prisonniers. Prisonnier, mais vivant. Et il aurait retrouvé sa femme et son fils en 1918…

Source : « Reims Un Siècle d’Evénements 1900-2000 » de Daniel Pellus, éditions Fradet

Henri Herduin sera fusillé le 11 juin 1916, il y a donc 100 ans jour pour jour.

On ne possède que très peu de photos du lieutenant, je remercie Christophe Lagrange de m’avoir permis d’utiliser les 3 portraits publiés ici et que vous pouvez retrouver sur son blog du 347e RI

Voici également le lien vers son autre blog concernant le 147e RI (Le 347e RI était le régiment de réserve du 147e RI de Sedan)

A Reims sur la plaque de rue, en dessous du nom du lieutenant Herduin, figurent ces mots : « Tué devant Verdun »…

Le 11 novembre 2008, la municipalité d’Adeline Hazan, a fait apposer cette plaque dans le carrefour de la rue du lieutenant Herduin et de la rue Gambetta :

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Notez sur la plaque de rue, l’erreur (anciennement camouflée) sur la 2e date

Herduin, rue du Lieutenant [1925].

<= 30-36, rue du Barbâtre, => 49-57, rue Gambetta.
235 mètres de longueur.
Du fait de l’existence, à l’époque, du boulevard Gerbert, la rue Gerbert aurait due être débaptisée en 1921 à la demande de la Section rémoise de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’opinion publique ayant été fort émue par la lamentable affaire du Lieutenant Herduin, évoquée devant l’Assemblée nationale. Cependant, malgré la lettre du ministre de la Guerre, le ministre de l’Intérieur refusa, le 15 mars 1922, de ratifier la décision du Conseil municipal et le nom ne fut officialisé qu’en 1925 pour le prolongement de la rue Gerbert que l’on venait d’ouvrir.

(1881-1916). Tué devant Verdun. Né à Reims, 161, rue du Barbâtre, le 5 juin 1881, fusillé le 11 juin 1916. Gustave Henri Valentin Herduin, fut exécuté, avec le lieutenant Millant, à la suite d’une faute grave de tactique, sans jugement, sans enquête et sans interrogatoire. Le lieutenant Herduin fut officiellement réhabilité et le ministre de la Guerre, Louis Barthou, écrivit le 16 novembre 1921 à sa veuve : Votre mari, très bien noté et décoré, au cours même de la guerre, de la médaille militaire, était un officier courageux dont vous pouvez, votre fils et vous, porter le nom avec honneur ! Il épousa, en 1907, Fernande Renée Nivoix. Il repose au Cimetière de l’Est depuis le 11 novembre 1920. (Source : J-Y Sureau : La Vie Rémoise)

Voir la fiche matricule d’Henri Herduin sur le blog du 347e RI

Ci-dessous, 4 photos du monument en hommage à H. Herduin et P. Millant, situé sur le site du village disparu de Fleury-Devant-Douaumont dans la Meuse.

Photos © Patrick Delpierre. Nous le remercions pour nous avoir permis d’utiliser ses photos.

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Mardi 4 avril 1916

Louis Guédet

Mardi 4 avril 1916

570ème et 568ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Le calme. Journée nuageuse qui a fini en pluie battante. Assez occupé surtout l’après-midi. Été à l’Enregistrement pour différentes successions, séquestres, etc…  On n’arrive à rien et l’administration se garde bien d’aplanir les difficultés !! Enfin c’est le Fisc !! Reçu à 2h1/2 la visite en trombe de Léon de Tassigny et de sa femme qui m’apportaient les papiers, valeurs, or et argenterie d’un nommé Lefèvre-Chemin, qui vient de mourir à La Neuvillette, un des rares qui soit resté dans les ruines de ce village, on l’a enterré la nuit à cause de la proximité de l’ennemi. Puis de Tassigny, comme maire, le Curé et le garde-champêtre se sont emparés du magot enfoui dans les ruines de la maison de Lefebvre, et emmené sa veuve qui est folle et internée à l’Hôtel-Dieu de Reims, en attendant son transfert à Châlons. Bref il me jette cela dans les bras et me dit : « Juge de Paix ou notaire, débrouillez-vous ! » C’est bien du de Tassigny. Nous causons ensuite et j’accepte à aller déjeuner avec eux jeudi. Je mobilise aussitôt Landréat mon greffier pour faire un procès-verbal de description du tout. Je garde les titres de propriété. Les valeurs sont emportées par Landréat qui va toucher les coupons (il y a 6 ans de retard !! ces gens étaient bien négligents) puis consignés le tout à la Caisse des Dépôts et Consignations. Quant à l’or je le convertis en Bons de la Défense nationale. En attendant…

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

4 avril 1916 – En faisant une tournée matinale pour avoir, si possible, un aperçu des nombreux dégâts, importants par endroits, causés par le violent bombardement d’avant-hier 2 avril, je croise, rue Gam­betta, l’enterrement de la jeune fille de 18 ans qui y a été tuée ce dimanche. Triste spectacle que ce convoi funèbre, en blanc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 4 – Nuit tranquille. 8 h. Aéro ; + 10° ; beau temps sans nuages ; dans l’après-midi, pluie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 4 avril

Entre Soissons et Reims, nous exécutons des tirs de concentration sur les organisations allemandes au nord du bois des Buttes et du mont de Sapigneul.
En Argonne, nos batteries ont violemment canonné la corne ouest du bois d’Avocourt. Un blockhaus ennemi a été détruit et un dépôt de munitions a sauté.
A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont lancé une vigoureuse attaque entre Haucourt et Béthincourt sur nos positions de la rive nord du ruisseau de Forges, que nous avions reportées sur la rive sud le 31 mars sans que l’ennemi s’en aperçût. Surprises par un feu violent, les troupes ennemies ont subi des pertes importantes sans avoir combattu.
Bombardement de la région des bois Bourrus.
A l’est de la Meuse, nos contre-attaques se sont développées au cours de la journée. Nous avons rejeté l’ennemi jusqu’à la lisière nord du bois de la Caillette et au nord de l’étang de Vaux. Une dernière contre-attaque nous a permis de réoccuper la partie ouest du village de Vaux.
Canonnade en Woëvre (Moulainville).
Dunkerque a reçu la visite d’un zeppelin. En représailles, trente et un avions alliés ont bombardé les cantonnements allemands en Belgique.
Nos escadrilles ont opéré sur la gare de Conflans. Quatre taubes ont été abattus près de Verdun.
Un troisième raid de zeppelins est signalé sur l’Angleterre.


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Dimanche 2 avril 1916

Louis Guédet

Dimanche 2 avril 1916

568ème et 566ème jours de bataille et de bombardement

5h1/4 soir  Journée de soleil radieux dont je n’ai pu jouir pas plus que tous les Rémois. Nuit de bataille et de canons. Ainsi ce matin vers 9h3/4 il a fallu descendre à la cave jusqu’à 11h1/4. Redescendu à 11h1/2. Un obus au 72 de notre rue (j’habite le 52), commencement d’un incendie vite éteint. Remonté vers midi 1/2. Déjeuné hâtivement, l’oreille en guet, la fourchette arrêtée à mi-chemin de la bouche à chaque instant. Ah ! ces déjeuners et diners entre 2 bombes !!! à 1h1/4 il faut redescendre. Je prends mon café à la cave ! Çà tape partout sur tout Reims. Dans notre quartier c’est surtout vers les rues du Jard et de Venise. 1h3/4 je remonte. Je fais fébrilement mon courrier qui vient d’arriver, mais à 3h1/2 il faut redescendre en cave. 4h1/4 arrêt, mais seulement jusqu’à 4h1/2 ! Quelle vie !! Les laitières font leur tournée de distribution de lait quand même !! Elles sont les seules dans les rues, disent-elle ! Nous remontons à 5h.

5h1/2  20 minutes de calme ! Vont-ils enfin nous laisser un peu de repos ! et une nuit pour dormir !! Mais nos canons se remettent à parler ! Alors…  c’est encore nous qui paieront. Remarqué que tant que les allemands nous arrosent, nos canons se taisent ! Pourquoi ? Je ne sais ! Il doit cependant…

Le bas de la page a été découpé.

8h1/2 soir  Nous reprenons vie nous sommes au calme depuis 3h durant !! Cela semble si bon !! Bon ! Voilà le « Gueulard », l’« Aboyeur » si vous préférez qui se remet à grogner ! Une nuit tranquille serait si bonne ! Mais en dormant, on n’en jouirait pas !! Vous voyez qu’on n’est jamais content de son sort !! En attendant je suis bien brisé de cette journée d’…  émotions ! Que sera cette nuit ? Que sera demain ?!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dimanche 2 avril 1916 – Par une matinée idéale de printemps, les obus commencent brusquement à siffler à 10 heures. A ce moment, je suis occupé à mettre mes notes à jour, au bureau — travail distrayant que j’ef­fectue autant que possible dans ces conditions. Je m’étais proposé, en quittant ce matin le 8 de la place Amélie-Doublié, de profiter du beau temps pour faire ensuite, avant d’y rentrer pour midi, une longue promenade ; en raison de cet imprévu, je continue simple­ment à inscrire mes impressions.

Vers 10 h 45, les sifflements, qui avaient cessé pendant quel­ques minutes, reprennent et les explosions se rapprochent de l’hôtel de ville. Les détonations des départs s’entendent fort bien, se succédant rapidement jusqu’à 11 h 1/4. Aussi quelques instants après, je juge à propos d’essayer de profiter du calme pour rega­gner la place Amélie-Doublié en passant, comme toujours, par la place de la République.

A partir de midi, le bombardement reprend ; il est plus vio­lent. La curiosité me vient, en déjeunant, de compter montre en main, les arrivées qui se suivent assez vite ; elles sont de huit à douze à la minute, pendant trois quarts d’heure. Un ralentissement se produit, puis l’accalmie vient ; il est 13 h 1/2.

Par prudence, j’attends encore, et, à 14 heures, le bombar­dement me paraissant terminé, je pars en ville, désirant tout de même ne pas laisser passer une aussi belle journée de dimanche sans faire une promenade ; chemin faisant, je décide d’aller jusqu’à la maison de mon beau-père, 57, rue du Jard.

Arrivé place de la République, j’ai lieu d’être absolument stu­péfait, en voyant les dégâts qu’y ont causé les obus pendant que nous étions à table, ma sœur et moi dans son appartement au second étage, sans nous douter le moins du monde qu’ils tom­baient aussi près et vraiment, j’ai été bien inspiré de quitter le bu­reau plus tôt qu’à l’habitude.

Sept trous d’obus ont été creusés dans le pavage, par les ex­plosions autour de la fontaine, dont le bassin a été crevé par un huitième engin. La maison n° 8 de la place a été fortement tou­chée ; elle fait voir une grande brèche, à hauteur de son deuxième étage. Des branches d’arbres ont été projetées de tous côtés par des éclatements dans le haut des Promenades et sur le cimetière du Nord. Un grand entonnoir existe dans le square de la Mission ; le boulingrin a été labouré par endroits, enfin, de vingt-cinq à trente projectiles sont tombés là, dans un faible rayon.

Je continue en passant à l’hôtel de ville où il n’y a rien de nouveau, mais un obus est tombé chez le concierge de la Banque de France et un autre rue de Tambour. Il en est arrivé un encore dans la maison de mon beau-frère, P. Simon-Concé, rue du Cloître 10, où je ne fais qu’entrer et sortir. De là, je me dirige vers la me du Barbâtre. Les sifflements recommencent tandis que je me trouve chez d’excellents amis, M. et Mme Cochain, boulangers au 41 de cette rue, que je quitte pour gagner la me du Jard par les rues des Orphelins, de Venise et des Capucins.

En traversant la rue Gambetta, pour descendre la me de Ve­nise, des décombres m’indiquent en divers endroits que ce quartier aussi a été très éprouvé. Une jeune fille vient d’être tuée au café de la petite Poste. La maison 72, rue des Capucins a été atteinte.

Je reste environ une heure au 57 de la rue du Jard, d’où je sors dans un nouvel instant de calme, afin de reprendre le même chemin à rebours, pour me ménager des haltes au besoin, mais il n’y a pas longtemps que je suis en route quand une quatrième reprise du bombardement se déclenche. Cette fois, je dois m’arrêter chez M. Kneppert, boulanger, 55, rue Gambetta et même descen­dre à l’abri, avec toute la famille, dans la cave — où il nous faut patienter une demi-heure, puisque les projectiles continuent à exploser dans les environs.

Enfin, je puis reprendre mon chemin ; il est alors 17 heures — le bombardement est terminé. Je reviens par la rue du Barbâtre où je vois, avec quelque étonnement, des jeunes filles munies de raquettes jouer au volant au milieu de la chaussée. En passant, je ne puis m’empêcher de penser : « Eh bien, nom d’un nom ! elles n’ont pas perdu de temps, celles-là » ; en effet, il n’y a que quelques minutes à peine que « ça » ne tombe plus sur le quartier. Arrivé place des Marchés, je remarque les dégâts causés aux halles par un obus qui en a traversé le toit pour éclater à l’intérieur ; par là, existent encore les traces de deux autres projectiles tombés sur le pavé au cours de l’après-midi ; l’un devant la Pharmacie régionale, l’autre devant la maison Boucart.

Je rentre alors, pour achever cette petite randonnée que je ne prévoyais pas aussi risquée.

Pendant cette journée, mille obus à peu près, ont été tirés sur la ville ; les victimes sont : cinq tués et une trentaine de blessés civils.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 2 – 8 h. violente canonnade (le 1er au loin). Nuit bruyante en ville et autour. Ciel sans nuage ; + 4. A partir de 10 h. violent bombarde­ment sur la ville. Pendant le sermon de la grand’messe, célébrant prédica­teur M. Divoir, un obus tombe devant la porte de l’église Saint Marcoul, à quelques pas de la chapelle du Couchant, où nous étions à la messe. Terreur ! A partir de 10 h. violent bombardement sur la ville : 1500 obus, dit-on. Au retour des Vêpres, des soldats nous disent que c’est une représaille(1) des Allemands parce que nous avions lancé des gaz asphyxiants du côté de la Pompelle et lancé des obus sur un État-major à Pontfaverger. Les Alle­mands, disaient les soldats, avaient planté des tableaux en planches portant les noms de : Pontfaverger et le nom du lieu de l’attaque au gaz. Après- midi, 1 h. bombe de 150 sur la Cathédrale. Visite à la Cathédrale où je trouve le Colonel Colas avec qui-nous ramassons un éclat d’obus dans la Chapelle de la Ste-Vierge, côté du midi ou de l’épître. Aéroplane français. Violent bombardement de 10 h. matin à 4 h. soir. Un petit garçon de 12 ans tué ; une jeune fille gravement blessée, et morte ; en tout dix tués. Plu­sieurs soldats tués. Cimetière Nord dévasté, tombe de Melle Langénieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Il semble bien que les tirs aient été effectués sur Reims en corrélation avec les événements du front, proche ou lointain. A quel niveau de commandement des tirs de « représailles »  étaient-ils donnés ? Les Allemands se sont toujours défendus d’avoir pratiqué cette politique, mais ils ne sont pas très crédibles dans ce domaine

Hortense Juliette Breyer

Dimanche 2 Avril 1916. – C’est dimanche aujourd’hui mais quel bombardement ! Ils ont commencé à 9 heures du matin jusqu’à 5 heures du soir sans arrêt et sans but déterminé puisqu’ils ont arrosé toute la ville. A l’officiel on en a compté plus de 1200. On se demande comment la ville existe encore. Et malheureusement nous ne sommes pas au bout. Cette fois-ci on prévoit une attaque ; on amène chez Pommery beaucoup de ravitaillement tant nourriture que munitions. Si c’est vrai je me doute que ce que l’on passera sera effroyable mais il vaut mieux souffrir tout d’un coup que de continuer une vie comme celle que nous menons.

C’est un supplice ; j’ai encore devant les yeux un pauvre soldat d’artillerie qui se trouvait aux pièces au dessus de nous. Il y a 2 ou 3 jours, un matin les boches avaient tiré mais j’ignorais qu’il y avait des victimes. J’entendis des voix dans le tunnel avoisinant notre campement qui demandaient de la lumière. Je prends vivement une bougie et je sors. André qui me suit toujours sort derrière moi. Quel spectacle mon Charles ! Un pauvre soldat sur une civière, le ventre ouvert. Cela ne fit qu’un tour dans ma tête; je donnai la bougie et toute tremblante je me sauvai avec André. Quelle tristesse et ce n’est rien à comparer avec ce qui se passe à Verdun. Quelle bataille où il y a des monceaux de cadavres et où les hommes deviennent fous d’horreur !

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 2 avril

En Belgique, nous bombardons les cantonnements ennemis de Langemark (nord-est d’Ypres).
Au nord de l’Aisne, activité d’artillerie dans les régions de Moulin-sous-Touvent et de Fontenay.
En Argonne, nous canonnons les organisations allemandes au nord de la Harazée, à la Fille-Morte et les campements de la partie nord du bois de Cheppy.
A l’ouest de la Meuse, bombardement intense de nos positions entre Avocourt et Malancourt.
A l’est, dans la région de Vaux, l’ennemi a déclenché trois attaques à gros effectifs : la première a été arrêtée par nos tirs de barrages et nos feux d’infanterie avant d’avoir abordé nos lignes; au cours de la seconde, les Allemands, après une lutte très vive, ont pris pied dans la partie ouest du village que nous occupions. Une troisième attaque sur le ravin entre le fort de Douaumont et le village de Vaux a échoué devant nos tirs de barrage.
Canonnade en Woëvre.
Un raid de zeppelins a eu lieu sur la côte orientale de l’Angleterre. L’un des dirigeables, atteint par un obus, a coulé à l’entrée de la Tamise.
La Hollande a suspendu les permissions des militaires et les Chambres ont été convoquées d’urgence. Ces mesures se rattacheraient aux incidents de la guerre sous-marine.

 

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