Cardinal Luçon

Samedi 12 – Nuit tranquille ; + 2. A 9 h. 1/2 bombes sifflantes lancées avec précipitation sur les tranchées probablement. Violent bombardement allemand sur le quartier de Sainte-Clotilde ; 10 h. 25 riposte de nos canons.

Écrit et expédié lettre à Mad. de Langalerie. Violente canonnade à certains moments de la nuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 12 Février 1916.

Quelle émotion j’ai eu aujourd’hui mon Charles ! J’avais pris mes deux petits pour aller chercher le lait à la crèche. En y arrivant j’entends quelques coups de canon sur les tranchées. Mais presque aussitôt un sifflement ; c’était une bombe qui tombait en direction du champ de Grêve. « Peu importe, dis-je à la laitière, je viendrai chercher mon lait plus tard. Je vais reconduire les enfants ; avec eux je ne suis pas crâne ». Je repars et au lieu de tourner au coin de la brasserie Veith comme d’habitude, j’eus la fâcheuse idée de passer Place Saint Nicaise avec l’intention de m’abriter au caves Champion.

Je m’engage boulevard Victor Hugo quand tout d’un coup j’entends un départ suivi d’un sifflement. On dirait qu’il arrive sur nous. Sans trembler, en l’espace d’une seconde je prends les deux têtes des cocos, je les enfouis dans la voiture et je me couche sur eux. Il était temps : à 20 pas l’obus venait s’abattre et je voyais, les yeux hagards, la maison s’écrouler. Je ne bougeais pas ; j’avais gardé mon sang-froid car je pensais aux éclats. J’attendis qu’ils soient tous retombés. Une femme à une fenêtre de la brasserie me criait de venir à la cave. Elle eut même le dévouement, car les bombes continuaient à siffler, de venir au devant de moi. Elle prit ma fille dans ses bras et moi André, abandonnant la voiture. Et jusqu’à 11 heures le bombardement continua.

André avait eu peur. Je ne les sortirai plus. Dans la cave ma toute petite m’embrassait toujours ainsi que son petit frère. Bons petits cocos. Mais pense, quand il a fallu que je reparte je n’avais plus de jambes. La réaction se faisait, je tremblais comme une feuille. Tout le monde était inquiet. Aussi quelle joie en nous voyant revenir ! On avait compté tout près de 200 obus.

Quand est-ce mon Dieu la fin de tout cela ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

La brasserie Veith

La brasserie Veith

Source : Le site de Régis Lardennois, la Brasserie Veith


Samedi 12 février

En Belgique, notre tir a endommagé un fortin près de Passchendaele et provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions.
Canonnade en Artois.
Au sud de la Somme, nous avons repris une notable partie des éléments de tranchées enlevés par les Allemands dans la région de Frise. L’ennemi a essayé de nous refouler par de violentes contre-attaques, mais, arrêté net, il a subi des pertes très sensibles.
Au nord de l’Aisne, nous battons les ouvrages au nord de Soupir et des convois de ravitaillement au nord-est de Berry-au-Bac.
En Champagne, nous avons fait des prisonniers au nord-est de la butte du Mesnil.
Sur les Hauts-de-Meuse, nous avons bouleversé un blockhaus.
Dix obus de gros calibre ont été lancés dans la direction de Belfort.
L’armée belge a repoussé, en lui infligeant de grosses pertes, un détachement qui tentait une attaque surprise.
Les Russes poursuivent leur offensive en Galicie.
L’Allemagne et l’Autriche viennent d’avertir les neutres qu’elles allaient renforcer la guerre sous-marine.
Le ministre de la Guerre d’Amérique, M. Garrison, a démissionné, estimant insuffisants les projets que M. Wilson avait conçus pour la défense nationale.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

 

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