Cardinal Luçon

Samedi 11 – tranquille, sauf violentes canonnades de temps en temps, à 4 intervalles différents, comme les nuits précédentes. Matinée, violente canonnade au loin, constamment.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 11 Septembre 1915. Charlotte m’avait demandé si je voulais lui faire parvenir la dernière de tes cartes que tu m’avais envoyée pour aller consulter une grande diseuse. Et voici la réponse qu’elle m’envoie :

« Votre mari est un grand brun avec les yeux marron foncé. Il parle beaucoup et quand il vous cause il frise ses moustaches ou il met les mains dans les poches de son pantalon. Il est gai en société et soyez sans crainte : il est prisonnier en Allemagne ; il s’ennuie beaucoup et surtout il pense à son petit garçon. Ce qui le comble de joie, c’est qu’il est inscrit sur un convoi de grands blessés. Mais avant de revenir il vous enverra une lettre dans laquelle il vous dira qu’il a un œil et une jambe en moins. En attendant il trompe son ennui en amusant ses camarades et en collectionnant des sujets boches pour rapporter à la famille. Il gagne un peu d’argent. A son retour tout le monde l’attendra à la gare et après le guerre il y aura une réunion de famille ou vous sablerez le champagne à un point que vous en aurez tous assez. Vous aurez encore un petit garçon ».

Voilà tout ce qu’elle m’a écrit. Cela m’a remis le cœur car j’ai pensé tout de suite qu’il y avait un convoi de grands blessés pour le 20. Que m’importe que tu aies un œil en moins, du moment que tu puisses nous voir et contempler tes petits.

Je te trouverai encore plus beau et puis je t’aurai, c’est tout ce que je demande.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Samedi 11 septembre

Lutte d’artillerie en Belgique (Nieuport, Streenstraete); autour d’Arras, devant Roye et en Champagne (d’Auberive à Souains).
En Argonne, combats de grenades et fusillades de tranchée à tranchée devant La Harazée. L’ennemi bombarde la Fontaine-aux-Charmes et prononce une attaque entre Saint-Hubert et La Harazée. Il est refoulé.
Action d’artillerie dans les régions de Flirey et de Saint-Dié.
Dans les Vosges, attaques allemandes, à l’aide de gaz suffocants, du Linge au Barrenkopf. Violents combats au Schratzmaennele. Plusieurs offensives ennemies ont échoué à l’Hartmannswillerkopf.
Deux avions allemands ont bombardé Compiègne sans atteindre personne. Un autre a été capturé dans le Santerre; six autres ont essayé de survoler Ste-Menehould, mais ont dû rebrousser chemin devant le feu de nos batteries.
Le communiqué du maréchal French annonce que deux taubes ont été descendus dans le secteur anglais.
Les Russes ont remporté un nouveau succès en Galicie, élevant à 17.000 le total de leurs prisonniers.
Le gouvernement américain a réclamé du cabinet de Vienne le rappel de l’ambassadeur Dumba, qui avait commis dans les affaires intérieures de l’Union des intrusions illi
cites.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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