Dans la nuit, les grosses pièces nous ont tous réveillés, avec leur formidables détonations.

Des obus sont tombés ; l’usine des Vieux-Anglais en a reçu encore une dizaine. Matinée calme ensuite. A 13 j1/2, tandis que nous somme dans le quartier des ruines, Jean, Lucien et moi nous entendons de nouveau des sifflements et des éclatements à proximité.

– Depuis quelques jours, l’usine des Longaux, avoisinant la maison de mon beau-père, rue du Jard, où nous habitons provisoirement, est occupée en permanence par de l’infanterie. Aussi, entendons-nous, de temps en temps, de brefs coups de clairon signalant aux soldats qu’ils doivent rentrer immédiatement, afin de ne pas se faire repérer, lors des visites des Tauben.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Samedi 24 – Nuit peu tranquille. Bombes de 11 h à minuit. Visite à S. Jean-Baptiste de la Salle avec M. Landrieux, l’abbé Houlou Jubet subit l’amputation.

Après-midi, un aéroplane allemand est mitraillé par un aéroplane français qui l’atteint (1) ; l’allemand descend sans tomber et s’enfuit dans ses lignes. Dix minutes après, cinq ou six bombes sont lancées sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims
(1) Le premier combat aérien de la guerre a eu lieu le 5 octobre au-dessus de Jonchery-sur-Vesle

24-10 Bonne lettre d’Auxerre (21 8bre), où tout continue à bien aller ; on y a changé de domicile, et l’adresse actuelle est maintenant 26 rue de Paris.

D’Épernay aussi arrivent 4 pages de Suzanne qui traduisent l’impatience du retour qui talonne toute la Colonie, et l’ennui que l’échange de nos correspondances ne puisse se faire en moins de 8/10 jours.

Dans l’après-midi nouvelle lutte d’aéroplanes, sans souci du danger, tout Reims est dehors de chez soi et on suit anxieusement les péripéties d’un combat qui paraît tourner au désavantage de l’Allemand, qui baisse et s’incline, alors que nos frénétiques applaudissements saluent nos hardis Français.

Hélas ! nos manifestations sont prématurées, car on voit le maudit se relever lentement, passer au-dessus de nos lignes et aller atterrir chez les siens.

Pour répondre à Mme Ragot, qui s’informe de Melle Henriette Hutin, je vais à 17H rue du Levant ; les portes du N°11 sont closes et personne ne répond à mon coup de sonnette, mais une voisine qui en a les clefs, m’assure que chez Védie-Jacquard j’obtiendrai tous renseignements utiles au but de ma démarche.

J’y cours (au sens exact du mot) car des obus éclatent dans les environs de la caserne Colbert, et je trouve, en effet, Melle Hutin installée rue des Augustins 6 ; chez son frère qui l’a recueillie depuis le 17 7bre.

Tous deux paraissent enchantés d’être maintenant rapprochés.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

ob_de9262_15-octobre-1914
Share Button