Paul Hess

C’est l’esprit assez inquiet que le 4 septembre, après avoir vu passer, de chez moi, vers 20 h, quelques cavaliers allemands, je quitte la maison avec l’intention d’aller aux nouvelles du côté de l’hôtel de ville…

…Depuis le matin, le canon tonnait au loin. J’entends soudain, tandis que j’arrive presque à l’entrée de la rue Cérès, une très forte détonation, qui m’a semblé rapprochée. Certains, qui veulent paraître renseignés, parlent de tir sur aéros. Une autre détonation semblable se fait entendre encore, puis, quelques secondes après, une troisième et mes regards se portant dans la direction de la rue de Vesle, je vois distinctement un épais nuage de fumée ; j’ai perçu vaguement un sifflement ou quelque chose d’y ressemblant, je me hâte alors et au moment où je pénètre dans la rue de le Grue, je croise ‘un de mes voisins, M. Damilly, tout disposé à faire tranquillement un peu de conversation, comme à l’habitude. Je m’arrête à peine, lui laissant dire seulement :

« Qu’est-ce que c’est ; ils tirent donc des salves d’artillerie avant leur arrivée ? »

Je lui réponds vivement :

« On bombarde.

– Vous croyez ? » me dit-il.

Ma réponse est catégorique :

« J’en suis sûr », et je vais pour rentrer

A peine ai-je eu le temps de faire quelques pas, qu’au-dessus de moi, vient se faire entendre le hululement sinistre produit pas un projectile arrivant à destination ; aussitôt, l’explosion de cet obus a lieu dans une maison à l’angle de la rue de la Gabelle et de la rue d’Avenay, c’est-à-dire, à cinquante mètres à peu près.

Dès que j’ai pu m’engouffrer ans le vestibule, chez moi, j’entends ma femme descendre précipitamment du grenier tout en criant aux enfants :

« A la cave, à la cave ! »

Les obus sifflent toujours et tombent souvent si près que je vois, à certain moment, du soupirail de la cave, un fort nuage de fumée envahir la cour. Nous sommes secoués par les arrivées des projectiles et le bruit épouvantable de leurs explosions, suivies immédiatement d’on ne sait quel fracas de nombreuses vitres brisées à la fois et de maison qui s’effondrent. La pauvre Mlle Lin, terrorisée, est prise d’un tremblement qui ne la quittera plus – et dans cette situation, il me faut cependant affecter de plaisanter un peu afin de rassurer les enfants, surtout le plus jeune, André, qui répète souvent :

« Papa, j’ai peur ! »

… Pendant 3/4 d’heure environ c’est un bruit infernal. Le calme revient enfin ; au bout d’une demi-heure de silence, je remonte et la famille en fait autant peu après. Ce violent bombardement, au cours duquel il y été envoyé de cent à cent vingt obus, est terminé. Il est 10 h et 1/2…

… A peine dehors je constate que les bureaux de l’état-major de la 12e Division d’Infanterie, qui faisaient vis-à-vis aux nôtres, à l’angle des rues de la Gabelle et Eugène-Desteuque sont démolis : la maison Buirette, en face, rue Eugène-Desteuque n° 18, est disloquée ; la maison Bermont, n° 20 est éventrée…

…A l’action populaire, 5 rue des Trois-Raisinets, un obus entré par le toit a fait explosion à l’intérieur… … chez Breyer, mesureur, au 6 de la même rue, ce qui reste de la maison ne tient plus. L’immeuble de la rue de la Gabelle, où tombait le projectile entendu si distinctement, tandis que j’arrivais chez moi et ouvert en deux. La maison Dufay, 9 rue Saint-Symphorien a sa façade crevée par l haut, près de la toiture, les dégâts sont considérables aussi au Bureau central de mesurage dont la porte pleine, en fer, a été traversée, criblée par les éclats de plusieurs obus ayant fait dans ls rue des trous énormes.

Il y a eu des victimes.

A la maison Maille, rue Eugène-Desteuque, côté pair, en face de la rue de l’Hôpital, un projectile a tué une bonne à l’intérieur. Je viens de m’arrêter auprès d’un cadavre allongé sur l’étroit trottoir de la même rue, au coin de la rue des Trois-Raisinets ; le malheureux qui a été atteint à cet endroit, à eu la partie postérieure de la tête emportée et sa cervelle pends tout entière sur le pavé du ruisseau. L’obus qui l’a tué a fait une autre victime, Mlle Horn, dont je n’avais pas remarqué le corps gisant aussi de l’autre côté de la rue, devant la maison Hourlier, n° 19

Au moment où je reviens de ma courte tournée, un camion attelé d’un cheval et venant de la rue des Marmouzets, s’arrête là. Il est escorté par un homme chargé déjà sans doute, de l’enlèvement des victimes tuées dans les rues, car il donne ses ordres au conducteur et l’aide à placer, sur la voiture, le corps du pauvre passant arrêté par la Mort, alors qu’il se hâtait vraisemblablement vers son domicile (M. Sanvoisin, paraît-il, ancien loueur de matériel de banquets). Au moment où celui de Melle Horn va être également mis sur le camion, une femme sanglotant et criant :

« Ma pauvre sœur, ma pauvre sœur », veut se jeter sur le cadavre.

L’homme qui dirige le macabre travail veut certainement faire vite ; il a l’air de se méfier d’une reprise possible du bombardement. Intervenant brutalement, il dit :

« Allons ! nous n’avons pas le temps de faire du sentiment ; il y en a d’autres à ramasser »,

puis coupant court, il commande énergiquement Hue ! et le camion part seul, avec ses morts, par la rue des Trois-Raisinets. Quelles tristesses !

Je rentre, j’en ai vu assez pour le moment et pour être fixé, sans être allé loin, sur le triste état dans lequel a été mis, en si peu de temps, notre malheureux quartier. Dans notre voisinage immédiat, les maisons touchées sont vraiment nombreuses. En constatant que l’établissement n’a que les vitres de ses trois étages de magasins brisées par les déplacements d’air des explosions, je pense que nous pouvons nous estimer heureux d’être indemnes et que nous devons rendre grâce à la Providence, car nous venons de courir un réel et très grand danger. Aussi, sommes-nous très émus de recevoir, vers 11 h, un instant après mon retour, la visite de mon beau-père, inquiet sur le sort des familles de ses enfants, placées toutes les trois dans la même ligne de tir. Aucune, heureusement, n’a été atteinte.

– Le drapeau blanc flotte sur l’une des tours de la cathédrale et au fronton de l’hôtel de ville.

– Dans le courant de l’après-midi, je fais une tournée générale dans les magasins, afin de pouvoir rendre compte de leur état et, en traversant la cour, j’y ramasse cinq éclats d’obus ; pendant ce temps, les enfants en trouvent un, provenant d’un projectile de gros calibre, dans notre chambre.

– A 16 h, les troupes allemandes font leur entrée en ville, par la rue de l’Université et la place royale. De la maison, nous entendons les tambours, puis des sonneries de clairons alternant avec les hourras poussés en mesure par les soldats.

Le bombardement de la matinée a jeté une telle consternation dans la population, que l’ennemi n’a aucune crainte à avoir pour sa sécurité ; elle a été bien assurée.

Je ne sais s’il peut se trouver des badauds pour contempler le défilé. Il y en avait malheureusement trop ce matin ; je revois encore la dégringolade et le sauve-qui-peut des gens qui s’étaient placés, pour mieux voir ce qu’ils attendaient, sur les sujets groupés autour de la statue de Louis XV. Il est douteux que tous aient pu se sauver à temps lorsque les premiers obus sont arrivés ; le bombardement a été si soudain, que même en s’enfuyant, ils couraient grandement le risque d’être tués.

– Les journaux de Reims ne sont pas parus aujourd’hui. Depuis plusieurs jours, ceux de Paris n’arrivaient plus. D’autre part, nous sommes sans correspondances depuis l’évacuation de la Poste. Dorénavant, nous allons être privés complètement de nouvelles.

La ville se trouve isolée du reste du monde. Pour combien de temps ?

Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, notes et impressions d'un bombardé.

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* Paul Hess travaillait et habitait avec sa famille au Mont de Piété rue de la Grue

* Les cartes postales ci-dessous représentent bien le quartier de Paul Hess, mais ne sont pas forcement prises au début de la guerre

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Gaston Dorigny

…Où à 5 heures du soir le maire fait connaître à la population la prochaine entrée des troupes allemandes dans la ville.

En effet le, Vendredi 4 septembre,

Vers 9 heures ½ du matin, on entend le bruit d’une canonnade au-dessus de la ville.

C’est le bombardement de Reims par les Allemands qui commence.

– Après 45 minutes le bombardement cesse – On a alors hissé le drapeau blanc sur la cathédrale et à l’hôtel de ville car la ville s’est rendue.

L’État-major déjà à l’hôtel de ville est rejoint par l’armée qui occupe la ville.

Nous sommes à partir de ce moment sous la domination allemande et devons nous borner à lire sans les commenter non plus les ‘’avis’’ du maire de Reims, mais les ‘’Ordres’’ du commandant allemand où on ne parle que de fusiller à tout propos. Il ne nous reste plus qu’à subir l’occupation avec patience et sang-froid.

Source : Gaston Dorigny

Marcel Morenco

A 9 heures 20 du matin, des obus sifflent au dessus de la ville. On croit à un tir à blanc pour s’assurer que la ville ne résiste pas, puis, en voyant les dégats causés, on pense à une méprise qui va bientôt cesser. Les obus pleuvent sur la ville de 9h20 à 9h40 causant de sérieux dégâts. Plusieurs maisons s’écroulent (rue de Mars, rue de l’Avant Garde quartier Saint Nicaise et Saint Rémi), deux maisons (Jules Matot et Abel) brûlent place du Palais de Justice, l’église Saint André est éventrée, de nombreux vitraux de la cathédrale sont endommagés, 50 personnes sont blessées, 50 sont tuées.

L’artillerie allemande a bombardé Reims de Witry (à 10 Km). Rien ne justifie ce bombardement. Les uns disent erreur d’un régiment ignorant que la ville a capitulé; les autres, deux officiers allemands ont disparu hier, on veut les retrouver. Personne ne sait la vérité. On hisse le drapeau blanc au moment où le bombardement cesse.

L’après midi, le 23ème régiment d’Artillerie et un régiment d’Infanterie entrent en ville. Attitude choquante de quelques personnes qui accueillent trop aimablement nos ennemis. On loge une grande partie des troupes à l’usine des Anglais.

Pendant le bombardement de Reims, j’ai tenu l’attitude inconsciente suivante qui aurait pu me coûter la vie: A 9h 1/4, j’étais en conversation avec Jules Matot, libraire en bas de la rue Carnot, en face du Palais de Justice. Nous entendons au dessus de nous un sifflement prolongé, et une ou deux secondes après, une détonation brusque, forte, dans la direction de la Vesle. Nous nous regardons, intrigués. Les mêmes bruits se reproduisent coup sur coup. Matot se sauve à toutes jambes en criant: on bombarde… Je le rappelle, inutilement. Il a disparu. Je descends la rue de Vesle et je m’engage dans la rue de Talleyrand. Les sifflements, les éclatements continuent et je perçois, chaque fois, un crépitement sur les murs et sur les devantures. Je m’approche d’une devanture de tôle et je constate qu’elle est trouée comme une passoire. Je comprends alors le danger et je m’abrite dans un couloir. Cinq minutes se passent, je quitte mon abri et je retourne à la recherche de Matot. De loin, j’aperçois sa maison en feu. Quand je suis en face, je constate avec stupeur qu’un entonnoir de 3 mètres d’ouverture sur plus d’un mètre de profondeur existe à l’endroit précis où nous tenions conversation. Un obus vient de tomber là, il a crevé la conduite de gaz alimentant la maison et y a mis le feu. Je cours à la station des pompes sous le théâtre, elle est fermée. Je file à l’Hôtel de Ville où je trouve le bon Dr Langlet qui, aidé du concierge, construit un immense drapeau blanc avec le manche d’une tête de loup et un drap de lit. Je le mets au courant de l’incendie et je lui signale l’absence des pompiers. Il faut dit-il retourner au théâtre et vous les trouverez certainement enfermés dans leur remise. Je reviens sur mes pas et je trouve effectivement les pompiers de garde. Ils quittent leur abri, combattent le feu, l’éteignent. Pendant ce temps là; le bombardement a pris fin et Matot réapparaît. Il s’était terré dans la cave (à deux étages) d’une maison du voisinage et n’avait rien entendu; rien vu!

Marcel Morenco
Vendredi 4 septembre, l'occupation par l'ennemi

 

Renée Muller

4 sept. Déjà ce matin, nous sommes montés sur le canal où nous entendons et voyons arrivés ces maudits prussiens.

Le canon ébranle l’air. Vivement nous partons tous les 3 au château : la famille PERRIN est chez Me BONNET, la femme du chauffeur ; nous attendons et plus rien, nous repartons chez nous ; le lendemain matin jeudivendredi 4 septembre de nouveau le canon tonne je prends mon vélo la valise dessus et suivie de Maman nous partons au château pour le cas où cela deviendrait plus grave, nous nous enfilerions dans les caves : le personnel de nouveau est réuni et attend les événements.

34 La mère DESMOULINS femme du cocher, revient de Reims elle dit que les boches sont là, qu’un obus est tombé près d’elle, ne lui a pas fait de mal et qu’il n’y aura pas à se plaindre des boches ; mais quelle vieille sorcière. Papa pendant ce temps là va à la grille, puis à la grille du moulin car il voit là les boches qui arrivent.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog de sa petite fille : Activités de Francette: 1914 : 1er carnet de guerre d’une jeune fille : Renée MULLER

Paul Dupuy

On dit que les conditions de reddition de Reims sont arrêtées, et qu’il n’y a rien à redouter pour la population civile ; cependant vers 9h35 commence un bombardement de ¾ d’heure environ qui fait de nombreuses victimes et occasionne de très importants dégâts.

Beaucoup d’éclats d’obus sont projetés sur le 23 cassant seulement quelques carreaux ; la famille s’était réfugiée dans les caves et le personnel dans le cellier des toiles ; personne n’a souffert.

Chez Mme Ragot (1), rien du tout malgré que deux maisons voisines (n° 17 et 20) aient été particulièrement éprouvées.

Sont indemnes aussi les immeubles H. Perardel et C. Lallement.

L’appartement de Marie-Thérèse a été plus éprouvé, toutes les vitres sur rue ont été réduites en miettes, et divers objets d’intérieur ont été brisés ou déplacés.

La cathédrale, qui devait être le point de mire, n’a pas été touchée ; seules, ses vitraux et rosaces ont été en partie pulvérisés.

St André a une forte brèche ; aucun obus n’a dépassé cette église.

On assure que ce bombardement a été effectué par méprise par une batterie installée au Mont-St-Pierre et à qui on avait omis de transmettre des ordres contraires.

L’après-midi, plusieurs régiments (2) de toutes armes entrent en ville.

(1) Rue du Carrouge

(2) Entrée des Allemands

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Juliette  Breyer

Les Prussiens sont à Reims. C’est à n’y pas croire. Ils sont invincibles pour aller si vite en chemin. Je me vois encore hier : un camionneur de la maison Lamorre, en venant chez nous l’après-midi me dit : « Je me sauve vivement. J’ai peur, on a déjà vu une patrouille allemande. Je préfère être chez nous que dans la rue. Je n’ai qu’un conseil à vous donner: fermez votre magasin ».

Si la circonstance n’avait pas été si grave, je lui aurais bien ri au nez. Mais est-ce que l’on peut rire en ce moment ? Enfin je vois que la peur gagne tout le monde. Beaucoup sont déjà partis et ceux qui peuvent encore le faire se sauvent. Mais puisque Reims sera ville ouverte, pourquoi fuir ? Nous n’aurons à subir que leur passage et puis advienne que pourra.

Je me disais tout cela mais avec ces fourbes là, on devrait s’attendre à tout. Donc aujourd’hui j’avais ouvert comme d’habitude. Régina était partie promener André. Je lui avais toutefois recommandé de ne pas s’attarder, quand tout à coup à 10 heures moins le quart un bruit épouvantable ébranle l’air. On se regarde et aussitôt un deuxième et puis ensuite sans arrêt.

Quelques passants nous disent « Ce n’est rien, on fait sauter les ponts ». Mais Régina revenant en courant me dit: « Papa va venir te chercher, ce sont les Allemands qui bombardent ». Ainsi c’était ville ouverte et ils nous faisaient la guerre!

En effet ton papa lui-même accourt. Il était tombé des obus sur la ferme des Anglais. « Fermez tout de suite, me dit-il, et partez ». J’ai pris mon argent et nous nous sommes rendus chez Le Maire à cette occasion a été d’un dévouement admirable. Mais il y avait eu des victimes, beaucoup même. La maison où demeure Charles Glatigny a été démolie complètement et devant ont été tuées Mme Aumêt, ses deux fillettes et sa mère. Le mari est à la guerre ; quand il apprendra cette  triste nouvelle …

Enfin tout est rentré dans le calme. Le Maire donne l’ordre que tous les magasins soient ouverts et il invite la population au calme. Les Allemands prennent des otages. Voici déjà une journée de passée. Seront-ils longtemps à nous ennuyer de leur présence? L’artillerie loge au 16e et l’infanterie au 22e.

Mon Charles, rassure toi. Ta petite femme est forte et surtout n’a pas peur. Bons baisers et à toi toujours.   Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

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