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Samedi 16 décembre 1916

Louis Guédet

Samedi 16 décembre 1916 

826ème et 824ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps gris nuageux, maussade, très froid, pluie glaciale. Je suis fortement grippé avec de la fièvre, aussi demain…

La demi-page suivante a été découpée.

…Tout l’avenir m’assaille !! ma femme, mes enfants, que deviennent-ils, et pas une lueur ni une lumière d’espérance poindre, et voilà 2 ans, 24 longs mois que cette torture dure. Vraiment certains souffrent trop, tandis que d’autres n’ont rien et n’ont aucune épreuve !

Je suis là seul, solitaire, abandonné, assis près du four de mon poêle, grelottant de fièvre, affalé sur une petite chaise en velours frappé de ma chère et aimée femme (que ma plume devient caressante en écrivant cela !) et je la revois heureuse, entourée de ses chers petits, devant un feu clair dans notre pauvre maison de la rue de Talleyrand, assise, accroupie devrais-je dire, devant ce bon et joyeux feu, réchauffant l’un, réchauffant l’autre. Heures de bonheur du bien-être passé, que je ne reverrai jamais. La tempête est passée là-dessus, et tout cela n’est plus que cendres et poussières, et je suis là, seul…  seul, grelottant la fièvre, me demandant ce que l’avenir réserve à mes aimés ! Que je souffre encore, soit ! mais eux ? les pauvres innocents, moi qui avait rêvé pour eux fortune, bonheur, prospérité, réussite. Je croyais semer pour eux, faire une récolte abondante, et vient tout le contraire, je n’ai devant moi que ruines et désastres ! sans foyer, sans domicile, habitant un toit étranger, abandonné de tous, quoique me dévouant pour tous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 16 – + 3°. Nuit tranquille en ville. Victoire au Nord de Verdun (1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) A Verdun le 15 décembre l’armée Mangin reprend pratiquement tout le terrain conquis par les Allemands depuis le 21 février, capturant 11000 prisonnier et 115 canons

Verdun, fort de Vaux

Verdun, fort de Vaux


Samedi 16 décembre

Après une préparation d’artillerie qui a duré plusieurs jours, nous avons attaqué l’ennemi au nord de Douaumont, entre la Meuse et la Woëvre, sur un front de 10 kilomètres.

L’attaque s’est déclenchée à dix heures. Le front ennemi a été partout enfoncé sur une profondeur de 3 kilomètres environ. Outre de nombreuses tranchées, nous avons enlevé les villages de Vacherauville, Louvemont, la ferme des Chambrettes, les ouvrages d’Hardaumont et de Bezonvaux. Nous avons fait un grand nombre de prisonniers, non encore dénombrés ; 7500 dont 200 officiers sont déjà passés par les postes de commandement.

Nous avons pris ou détruit de nombreux canons d’artillerie lourde, de campagne et de tranchée et un matériel considérable.

Malgré le temps défavorable, l’aviation a pris une brillante part au combat. Le succès est complet : les troupes témoignent d’un très vif enthousiasme : nos pertes sont légères.

Sur le front britannique, une attaque allemande contre les positions de la région de Lesboeufs a été arrêtée par les tirs de barrage. Nos alliés ont pénétré dans les tranchées ennemies au sud d’Armentières.

Les Austro-Allemands se sont emparés de Buzeu, en Valachie.

L’Entente a remis une sommation au gouvernement grec, en vue d’obtenir des réparations au sujet du guet-apens du 1er décembre et des garanties contre toute attaque. Le roi Constantin a cédé.

Source : La guerre au jour le jour

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Mardi 29 février 1916

Louis Guédet

Mardi 29 février 1916

535ème et 533ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Pluie battante torrentielle la nuit dernière et toute la journée, un déluge. On entend du canon au lointain, vers Souain. C’est tout, la pluie battante ne permet pas de bien distinguer. Ce matin travaillé, reçu des héritiers pour une apposition de scellés cette après-midi à 3h. Reçu à midi 2 lettres de ma pauvre femme. Je suis un peu tranquillisé, ils ont eu beaucoup de troupes à cause de la Grande Bataille autour de Verdun qui nous tient en suspens, malgré le calme que nous avons ici. Reçu visite d’un gendarme pour m’apporter un pli pour une succession Gérard. Celui-ci me dit que Hottier a compris la douche que je lui ai donnée, mais que si le capitaine Charles était si ardent, c’est qu’il était poussé non par le capitaine Bornon (à vérifier), mais par le colonel Colas, commandant de Place. Le Beau Colas. Le chaud Colas (chocolat) qui s’en mêlait aussi ? Je crois qu’il a du comprendre la leçon ! J’en suis enchanté dans le fonds…  « Cedant arma togae » (Citation de Cicéron : Que les armes cèdent devant la Toge) devient encore exact.

A trois heures été rue Dieu-Lumière 64 avec Landréat pour mon apposition de scellés qui n’ont pas été apposées…  n’ayant trouvé qu’un peu de mobilier. Revenus ensembles, quittés au Palais pour acheter un journal, « L’Écho de Paris » chez Michaud pour ma soirée, vu Lesage qui m’apprend que son patron le pauvre Ravaud du Mars (à vérifier) a été envoyé à Châlons-en-Champagne pour…  devinez ?…  faire le service de contrôle des passeports de Châlons à Épernay. Cela le changera de ses bocaux le « pôvre ». Voilà bien l’à-propos et le flair militaire !! Rrron ! Ramollot !…   Je vais tâcher de le dépêtrer de là…  Rentrant chez moi (?) je me heurte à Landréat qui en revenait avec un pli urgent du Procureur de la République…  nous remboitons le pas jusqu’au 76 de l’avenue de Paris. Arrivé sous le pont de chemin de fer une canonnade furieuse éclate pendant 5 minutes. Nous nous sommes dit voilà l’attaque qui se débouche. Puis plus rien. J’aimais mieux cela car ce n’est pas gai de faire 1 kilomètre 1/2 sous les bombes pour rentrer chez soi nuit serrée.

Vu le Procureur, causé un peu avec Mme Bossu, puis rentré seul ici. J’ai insisté pour que Landréat ne repassât pas à son bureau boulevard de la République. Il était nuit noire. Je suis rentré, éclairé par les sillages des projecteurs allemands qui sillonnaient le ciel…  Je suis las aussi je remets à demain les quelques lettres que j’ai à écrire. Et cependant j’ai séance d’allocations demain matin. Ce sera donc pour demain après-midi à ajouter au courrier de demain !!

Toute la page suivante, jusqu’au 1er mars 1916, est barrée au crayon rouge, avec la mention :

« A voir »

(Écrit le 2 mars 1916 à 10h du soir) suite à ce que j’ai écrit d’autre part le 29, et que je voulais écrire mais je n’en n’avais pas eu le temps. C’est au sujet d’une lettre qui m’est écrite par un héroïque (?) rémois réfugié au Château d’Étoges (Marne) M. Dominique Neuville (né en 1857, décédé le 6 décembre 1916 à Neuilly-sur-Seine), apprêteur à Reims. Voilà déjà 2 ou 3 fois qu’il m’annonce qu’il va venir à Reims pour m’entretenir d’une avance qu’il a sur la succession du chanoine Mimil, et voir ce qu’il pourrait faire pour rentrer dans son argent…

Le 27 janvier, il m’écrit.

« Étoges, le 27 janvier 1916. Monsieur, je pense (sans rien garantir à cause de la terrible anxiété où tous nous nous trouvons actuellement) – (bataille de Verdun) – Je pense vous voir à votre bureau jeudi matin (2 mois aujourd’hui !) de 10h1/4 à 11h. Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération. D. Neuville. P.J. Bien entendu soyez libre et si vous n’avez des occupations à ce jour et heure eh ! bien ! Je reviendrai, à l’époque où nous sommes qui peut respecter une date ?… »

Ensuite nouvelle carte datée du 28 février 1916. Écriture fiévreuse !! Et il n’est pas sous les bombes !!

« Étoges, le 28 février 1916. A M. Guédet, notaire à Reims. Devant les circonstances actuelles !! et l’affreux inconnu qui nous opprime, je suspens mon voyage pour rester ici avec les 23 personnes réfugiées chez moi. (j’te crois !). Je partirai un peu plus tard et aurai l’honneur de vous prévenir en temps voulu. (j’te crois encore !)

Veuillez agréer, Monsieur, mes biens sincères salutations. D. Neuville. »

Je n’aurai pas la cruauté de commenter ces lettres, mais je conserve dans mes archives précieusement les originaux. Toujours la même antienne. Ces gens-là se sacrifient toujours pour les autres, surtout quant il s’agit de…  se mettre à l’abri du danger. Que de fois aurais-je entendu de semblables excuses : ma femme ne pourrait pas voyager sans moi, etc…  etc… Et je suis obligé d’écrire cela après avoir essuyé 2h de bombardement, avec 8/10 obus à 30/40 mètres de ma maison !!

Les deux lettres de M. Dominique Neuville sont jointes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 février 1916 – Bombardement vers la Maison-Blanche et la route de Louvois.

Une courte démonstration d’artillerie a lieu sur la fin de l’après-midi. A 18 heures, exactement, nos pièces de 120 et 155 tirent, en rafales, une centaine de coups de canon ; c’est l’affaire de dix minutes, à peine.

La lutte continue toujours furieuse, au nord de Verdun ; on attend anxieusement, matin et soir, le communiqué. Jusqu’à présent, les nouvelles qu’il nous donne paraissent satisfaisantes. On serait porté à croire que l’attaque brusquée, déclenchée le 21 par les Allemands qui cherchent encore, avec un véritable acharnement à entamer notre front, peut être considérée comme ratée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille pour la ville, sauf quelques bordées de canon ou bombes de temps en temps. Température + 4. Violente canonnade entre batteries. Rafales de gros canons français vers 6 h. du soir. Pluie continuelle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 29 Février 1916.

La femme du parrain n’a plus de nouvelles. J’ai rencontré Maria ce matin. « Croyez-vous, me dit-elle, Juliette ne vit plus ». Je la rassure en lui disant que les correspondances étaient arrêtées pour Verdun, qu’elle ne se désole pas et que j’avais appris que Verdun était évacué, que le parrain sans doute bientôt fera connaître son lieu de résidence. « Vous croyez ? me répond-elle. On voit bien que ce n’est pas vous. Le parrain, qui aime tant ses enfants, et à qui on a envoyé deux paquets, il ne les aura pas ». Je n’ai rien répondu car cette parole « on voit bien que ce n’est pas vous » m’a fait de la peine. Quand depuis 18 mois je pleure, on s’est habitué à ma peine ; c’est naturel, ce n’est donc rien pour eux. J’étais déjà renfermée, je le serai encore plus.

Il y a déjà un moment que je ne suis pas allée chez eux, c’est vrai, mais le bombardement est de plus en plus violent. Juliette elle-même n’ose pas sortir. Enfin mon Charles, reviens moi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 29 février

En Champagne, l’ennemi a tenté un coup de main sur nos tranchées avancées.
En Argonne, nos batteries lourdes et de campagne ont exécuté des tirs sur les voies d’accès de l’ennemi, en particulier vers le bois de Cheppy. Nous avons fait sauter à la cote 285 une mine dont nous avons occupé l’entonnoir.
L’activité de l’artillerie est toujours très vive au nord de Verdun; elle ne s’est ralentie qu’à l’ouest de la Meuse. La côte du Poivre n’a pas été assaillie; le fort de Douaumont a été étroitement encerclé. Les attaques partielles entreprises de ce côté par les Allemands ont toutes été refoulées par nos feux d’artillerie et par nos contre-attaques. A l’ouest du fort de Douaumont, nos troupes ont engagé un combat corps à corps avec l’adversaire, qui a été rejeté d’une petite redoute où il s’était installé.
Toute une série d’attaques en Woëvre, à Eix, à Fresnes, à Manheulles, à la cote 255, ont échoué. Notre artillerie se montre active en Lorraine.
Les Anglais ont remporté un succès à la frontière d’Égypte.
M. Take Jonesco révèle que les empires du Centre ont offert la Bessarabie à la Roumanie.
La Gazette de l’Allemagne du Nord déclare que la guerre sous-marine, en dépit des protestations de M. Wilson, redoublera d’intensité à dater du 1er mars.

 

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Dimanche 27 février 1916

Louis Guédet

Dimanche 27 février 1916

533ème et 531ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps épouvantable, neige, pluie, neige fondue, etc…  Le calme. On est toujours dans l’attente et l’angoisse de connaître le résultat de la grande bataille qui se livre au nord ouest de Verdun. On dit que le combat continue, mais nous n’entendons plus ici le roulement des jours précédents. Pour tous on est surpris que les allemands aient déclenchés cette grande bataille si tôt et par un temps si défavorable. Il faut que Guillaume et ses acolytes soient bien inquiets sur l’avenir, ou bien qu’ils craignent de grands troubles chez eux, ou du découragement dans leurs troupes. Ce sont les premières convulsions et les derniers coups de boutoirs de la Bête au ferme ! (Terme de vénerie, se dit d’un animal chassé qui fait tête aux chiens) à quand l’hallali ?

Bientôt j’espère, car on est bien las ! tout de même ! Passé ma journée à pas grand-chose, écrit les lettres auxquelles j’avais à répondre, lu pas mal de journaux. Vu Charles Heidsieck qui m’a annoncé l’état plutôt grave de notre vieil ami de La Tour de Peilz près de Vevey, le brave M. Schulz. Cela nous attriste beaucoup, surtout que ce qu’il avait chez M.H. vient d’être mis sous séquestre parce que d’origine allemande, bien que de nationalité suisse et cela sur la dénonciation du propre frère de M. Schulz, c’est odieux. J’en aurai vu de toutes les façons. Nous avons décidé d’attendre pour le prévenir de cette mesure toute récente afin qu’il puisse faire agir sa chancellerie.

Alerte ce soir. Jacques n’était pas rentré à 8h, lui si exact. Lise s’inquiétait, ainsi qu’Adèle. Je les envoie chercher le frère de Jacques rue Marlot, tout près d’ici, afin que j’aille avec lui voir chercher Jacques rue Jeanne d’Arc où il allait pour toutes ses démarches et ce qu’il devient. Mais voilà mon Jacques qui rentre. C’était un cordonnier qui l’avait attardé. Tout est bien qui finit bien, mais la pauvre Lise était bien inquiète.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 27 février – Nuit tranquille. Matinée item, sauf quelques bombes, entre batteries. Température : + 3. Neige, soleil ; abondante pluie de neige fondante. Nouvelles contradictoires : les unes tristes, les autres favorables au sujet de la Bataille de Verdun. Réponse du Cardinal de Bordeaux à (…)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 27 février

Lutte de mines en Artois. Nous avons fait sauter deux fourneaux.
En Champagne, nous repoussons une attaque de l’ennemi sur le saillant enlevé par nous au sud de Sainte-Marie-à-Py. Le nombre de nos prisonniers est au total de 340. Tirs de destruction sur les ouvrages allemands au nord de Ville-sur-Tourbe.
Au nord de Verdun, le bombardement continue sans arrêt. Nos troupes ripostent par de vigoureuses contre-attaques aux offensives ennemies. Toutes les tentatives allemandes vers Champneuville et le Poivre ont été arrêtées. Après avoir perdu le fort de Douaumont que nos adversaires avaient occupé au prix de gros sacrifices, nous l’avons repris.
Au nord-est de Saint-Mihiel, nous bombardons les hangars et les dépôts ennemis près de Vigneulles.
Les Allemands ont tiré des obus de gros calibre sur Nancy et Lunéville.
Un de nos plus héroïques aviateurs, l’adjudant Navarre a abattu, à Verdun, deux avions ennemi. Une de nos escadrilles a bombardé la gare de Metz-Sablons; une autre, Chambley, près de Pont-à-Mousson.
Les Italiens, après avoir assuré l’évacuation de l’armée serbe, ont quitté Durazzo.
Les Russes ont occupé de nouveaux points en Arménie et en Perse.


Neri_bt_21_016_D_Poste_de_Secours_Allemand_a_Verdun - Copie

Collection : Patrick Nerisson

 

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Samedi 26 février 1916

Paul Hess

26 février 1916 – Dans la nuit, à 23 h, nous avons été réveillés, au 2 de la place Amélie-Doublié, par un coup de sonnette du sous-lieutenant mitrailleur R… du 61°, qui venait rapporter à une voisine les clés du logement où il habitait rue Victor-Rogelet et dont elle a accepté la garde. Son régiment venait de recevoir l’ordre de partir.

Nous en déduisons qu’il va en renfort du côté de Verdun, le communiqué d’hier soir ayant fait mention de nouvelles attaques furieuses et acharnées des Allemands au nord de cette place, dont ils cherchent, avec opiniâtreté à s’emparer.

— Sifflements le matin, dès 8 heures. On parle d’un tué et de blessés grièvement, rue des Moissons.

— Dans Le Courrier d’aujourd’hui, se trouve l’information suivante :

La bibliothèque de Reims.

Un député, M. Cacbin, ayant demandé à M. le ministre de l’Instruction publique « si toutes les précautions avaient été prises, pour mettre à l’abri de la destruction les archives départementales et municipales de Reims, ainsi que la Bibliothèque de la Ville”— voici la réponse que le ministre a faite à cette question, par la voie du Journal officiel.

D’accord avec l’honorable maire de Reims, des précautions sur lesquelles il pourrait être imprudent de donner des détails précis, ont été prises pour mettre à l’abri de la destruction les archives et la bibliothèque de Reims. A plusieurs reprises, le ministre lui-même et des fonctionnaires du ministère sont allés conférer sur place, à ce sujet, avec M. Langlet.

Nous lisons encore, dans le journal, cette émotionnante et combien triste nouvelle :

Un héros ignoré.

Le parquet de Reims a publié, récemment, une liste de morts non identifiés, tués au cours des bombardements de 1914.

Parmi ces morts, figure un garçonnet d’une quinzaine d’années.

Cet héroïque enfant avait secondé les brancardiers dans la relève des blessés. Il fit maint voyage, dans les rues, en leur compagnie et fut lui-même atteint mortellement par un éclat d’obus, le 15 septembre 1914.

Transporté à l’ambulance du lycée de jeunes filles, il y expira au bout de quelques heures.

La Croix-Rouge avait eu l’idée de demander une citation et la croix de guerre pour le jeune brancardier, mort au champ d’honneur, mais on ne put rien recueillir sur le cadavre qui permit de fixer son identité.

On suppose que le garçonnet appartenait à une famille belge ou ardennaise de passage à Reims et qu’il s’est trouvé séparé de ses parents.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 26 – Nuit de Bataille jusqu’à minuit ; après canon à l’ordinaire.

Température : – 1. Neige légère, non fondante. 8 h. bombes gros calibre sifflantes tombant assez près avec grand fracas et répercussion par l’écho, mais probablement tombant sur la batterie. Item l’après-midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 26 février

En Champagne, nous avons attaqué et enlevé un saillant ennemi au sud de Sainte-Marie-à-Py. Nous avons fait 300 prisonniers, dont 16 sous-officiers et 5 officiers.
En Argonne, à l’est de Vauquois, nous avons exécuté des tirs sur les ouvrages ennemis de la région de Cheppy et aussi au nord de la Harazée. Activité intermittente de l’artillerie entre Malancourt et la rive gauche de la Meuse.
Au nord de Verdun, après nous être établis sur une ligne de résistance organisée en arrière de Beaumont, sur les hauteurs à l’est de Champneuville et au sud d’Ornes, nous avons repoussé de violentes attaques allemandes à gros effectifs sur la côte du Poivre et sur le bois de la Vauche. A l’ouest de la Meuse, canonnade, mais aucune action d’infanterie.
Dans les Vosges, duel d’artillerie dans la vallée de la Fecht.
Le président Wilson combat les menées pro-germaines qui s’exercent dans les deux Chambres du Congrès de Washington. Il déclare qu’il mettra l’honneur au dessus de la paix.
Les Russes ont obtenu un succès important en Perse, refoulant les Turcs vers Kermanchah, capitale du Kurdistan.
Dans partie nord du secteur oriental, ils ont progressé contre les Allemands près de Dvinsk et de Tchartorysk.
Un journal allemand avoue que les pertes turques furent énormes à Erzeroum.


Source : collection personnelle Patrick Nerisson

Source : collection personnelle Patrick Nerisson

 

 

 

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Vendredi 25 février 1916

Cardinal Luçon

Vendredi 25 – Nuit tranquille pour la ville, sauf grosse et violente canonnade par intervalles, en particulier vers 3 h. 1/2. Température 0. Neige ; terre gelée. Violent combat au loin. Bataille terrible toute la journée au loin Sud-Est de Reims (1). Via Crucis. Bataille jusqu’à 11 h. 1/2 ou minuit. Canonnade lourde et terrible ; lueurs dans les airs éclairant les nuages ; au loin à l’est et au nord-est ; mais n’éclairant pas jusqu’à la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Cette canonnade entendue à Reims est celle du champ de bataille de Verdun ou l’offensive allemande s’est déclenché le 21 février. Le 25 février est le jour de la chute du fort de Douaumont.

Juliette Breyer

Vendredi 25 Février 1916.  Les combats ont repris près de Verdun, violents. Les boches attaquent les forts. Il y a des monceaux de cadavres. Ils se sont emparés du fort de Douaumont et ils bombardent Verdun. Ton parrain est à Méribel. On dit que l’on évacue toute la troupe de Verdun. Par contre à Reims ils ne nous laissent pas de répit. Nous n’osons plus sortir. Leurs obus viennent tomber sur la ville sans arrêt et toujours des victimes.

On m’a fait savoir à la ville qu’il fallait que je fasse une demande pour toucher le secours immédiat, vu que j’avais eu la note officielle de ta mort, secours qui se monte à 150 francs. J’irai car cet argent là, si tu reviens, servira à te soigner. Je n’y toucherai pas.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 25 février

L’attention se concentre toujours sur la bataille au nord de Verdun. On se bat avec violence sur les deux rives de la Meuse, et sur la rive droite jusqu’à Ornes. Nous avons évacué Brabant-sur-Meuse et nous nous sommes repliés au sud de Samogneux et d’Ornes, les mouvements de repli étant opérés avec une cohésion parfaite. Sur plusieurs points, les offensives allemandes tentées pour nous déloger sont demeurées impuissantes. L’ennemi a laissé partout des monceaux de cadavres. Notre artillerie riposte avec ténacité à l’artillerie adverse.
En Artois, lutte de grenades à l’est de Souchez.
En Champagne, nous avons exécuté une concentration de feux sur les organisations ennemies à l’ouest de Maison-de-Champagne et au sud de Sainte-Marie-à-Py.
En Argonne, tirs de destruction sur les ouvrages allemands à la Fille-Morte.
En Lorraine, nous avons chassé l’ennemi d’un de nos postes avancés du bois de Cheminet, et poursuivi une reconnaissance. Contact de patrouilles près de Reillon.
Deux généraux grecs ont visité notre camp de Salonique en compagnie du général Sarrail.
Canonnade sur tout le front italien; les Autrichiens subissent un échec sur le Haut-Isonzo.
Activité d’artillerie sur le front russe, spécialement dans le secteur Nord.


Neri_bt_18_003_C_Verdun_1916_Un_Blesse - Copie

Source, collection particulière : Patrick Nerisson

 

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