Louis Guédet

Dimanche 27 février 1916

533ème et 531ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps épouvantable, neige, pluie, neige fondue, etc…  Le calme. On est toujours dans l’attente et l’angoisse de connaître le résultat de la grande bataille qui se livre au nord ouest de Verdun. On dit que le combat continue, mais nous n’entendons plus ici le roulement des jours précédents. Pour tous on est surpris que les allemands aient déclenchés cette grande bataille si tôt et par un temps si défavorable. Il faut que Guillaume et ses acolytes soient bien inquiets sur l’avenir, ou bien qu’ils craignent de grands troubles chez eux, ou du découragement dans leurs troupes. Ce sont les premières convulsions et les derniers coups de boutoirs de la Bête au ferme ! (Terme de vénerie, se dit d’un animal chassé qui fait tête aux chiens) à quand l’hallali ?

Bientôt j’espère, car on est bien las ! tout de même ! Passé ma journée à pas grand-chose, écrit les lettres auxquelles j’avais à répondre, lu pas mal de journaux. Vu Charles Heidsieck qui m’a annoncé l’état plutôt grave de notre vieil ami de La Tour de Peilz près de Vevey, le brave M. Schulz. Cela nous attriste beaucoup, surtout que ce qu’il avait chez M.H. vient d’être mis sous séquestre parce que d’origine allemande, bien que de nationalité suisse et cela sur la dénonciation du propre frère de M. Schulz, c’est odieux. J’en aurai vu de toutes les façons. Nous avons décidé d’attendre pour le prévenir de cette mesure toute récente afin qu’il puisse faire agir sa chancellerie.

Alerte ce soir. Jacques n’était pas rentré à 8h, lui si exact. Lise s’inquiétait, ainsi qu’Adèle. Je les envoie chercher le frère de Jacques rue Marlot, tout près d’ici, afin que j’aille avec lui voir chercher Jacques rue Jeanne d’Arc où il allait pour toutes ses démarches et ce qu’il devient. Mais voilà mon Jacques qui rentre. C’était un cordonnier qui l’avait attardé. Tout est bien qui finit bien, mais la pauvre Lise était bien inquiète.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 27 février – Nuit tranquille. Matinée item, sauf quelques bombes, entre batteries. Température : + 3. Neige, soleil ; abondante pluie de neige fondante. Nouvelles contradictoires : les unes tristes, les autres favorables au sujet de la Bataille de Verdun. Réponse du Cardinal de Bordeaux à (…)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 27 février

Lutte de mines en Artois. Nous avons fait sauter deux fourneaux.
En Champagne, nous repoussons une attaque de l’ennemi sur le saillant enlevé par nous au sud de Sainte-Marie-à-Py. Le nombre de nos prisonniers est au total de 340. Tirs de destruction sur les ouvrages allemands au nord de Ville-sur-Tourbe.
Au nord de Verdun, le bombardement continue sans arrêt. Nos troupes ripostent par de vigoureuses contre-attaques aux offensives ennemies. Toutes les tentatives allemandes vers Champneuville et le Poivre ont été arrêtées. Après avoir perdu le fort de Douaumont que nos adversaires avaient occupé au prix de gros sacrifices, nous l’avons repris.
Au nord-est de Saint-Mihiel, nous bombardons les hangars et les dépôts ennemis près de Vigneulles.
Les Allemands ont tiré des obus de gros calibre sur Nancy et Lunéville.
Un de nos plus héroïques aviateurs, l’adjudant Navarre a abattu, à Verdun, deux avions ennemi. Une de nos escadrilles a bombardé la gare de Metz-Sablons; une autre, Chambley, près de Pont-à-Mousson.
Les Italiens, après avoir assuré l’évacuation de l’armée serbe, ont quitté Durazzo.
Les Russes ont occupé de nouveaux points en Arménie et en Perse.


Neri_bt_21_016_D_Poste_de_Secours_Allemand_a_Verdun - Copie

Collection : Patrick Nerisson

 

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