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Jeudi 18 novembre 1915

La presse

Louis Guédet

Jeudi 18 novembre 1915

432ème et 430ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Calme général, temps gris et froid. Finis mon rapport à l’Académie comme Trésorier pour le 9 décembre 1915 à Paris. Couru toute l’après-midi. Vu le cardinal Luçon avec Mgr Neveux chez Charles Heidsieck. Causé longuement et communiqué les 2 derniers articles dans l’Éclaireur de l’Est contre son Éminence au sujet de sa lettre pastorale sur l’incendie de la Cathédrale et de la quête qu’il fera faire dimanche pour les polonais catholiques de la Pologne russe. Reçu lettre de Mme Changeux très triste de la mort de son mari, me priant de voir à ses affaires et au testament. Toujours très occupé ma vie n’en n’est pas moins fort monotone et triste, je devrais dire lugubre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

16, 17 et 18 novembre 1915. Chacun de ces jours, Le Courrier de la Champagne a ses arti­cles de chronique locale entièrement supprimés par la Censure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La presse

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Liens : Une pétition aux Chambres contre la censure politique (1915)


Cardinal Luçon

Jeudi 18 – Nuit tranquille. Visite de M. Prudhommeaux, curé d’Alland’huy et de M. Berthaud, curé de Saint-Laurent. Visite de M. Heidsieck.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 18 Novembre 1915. Quatre ans depuis notre mariage. Quel jour heureux. Devant mes yeux défile toute la journée. Je te vois encore à la fin de la messe courir pour aller signer à l’autel car une coutume dit que celui qui signera le premier sera le maître. Tu étais joyeux et quelle gaieté toute la journée, quelle confiance en l’avenir nous avions ! Tu dois y penser toi même si tu es vivant. Pauvre chipette, comme tu aimais à m’appeler. Il me semble que ces quatre années ont passé si vite et je me reproche toujours de ne pas t’avoir gâté. Je comptais mon tit Lou sur une lettre venant de toi depuis les pays envahis. Mais ce qui a été dit dans les journaux, vois-tu, c’était encore pour rendre du courage.

Ton papa vieillit beaucoup. Je l’aime bien, et ton coco aussi. Si tu l’entendais quand il dit « Mon pépère Breyer ». Pauvre grand-père. Il t’aime bien aussi. Il essaye de me rendre du courage. Mais en vain …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 18 novembre

Violente canonnade en Artois, autour de Loos, Angres et Souchez.
Nos batteries ont effectué des tirs de concentration sur les bois de Fay, au sud-ouest de Péronne.
Lutte d’artillerie en Champagne (ferme Navarin, Tahure).
Nous faisons exploser deux fourneaux de mines en Argonne, en détruisant des tranchées allemandes sur une assez grande étendue.
Le calme règne sur le front belge.
Les Bulgares ont abandonné leurs attaques sur notre front de la rive gauche de la Cerna, près de Krivolak. Ils se sont repliés au nord de Cicevo, avec de fortes pertes. On calcule qu’ils ont eu en morts, blessés, prisonniers, 4000 manquants. Nos pertes sont légères. Nous avons canonné un convoi ennemi près de Rabrovo.
Les Serbes continuent à se défendre dans le massif de Babouna.
Les ministres anglais arrivés à Paris : MM. Asquith, Lloyd George, Balfour et sir Edward Grey ont tenu avec leurs collègues français deux conseils de guerre au ministère des
Affaires étrangères et à l’Élysée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 14 novembre 1915

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Louis Guédet

Dimanche 14 novembre 1915

428ème et 426ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Toujours le calme, de la pluie et du froid. Travaillé toute la journée comme un nègre à mon courrier. Reçu la visite de mon ancien clerc Legée notaire à Marle (Aisne) !! mobilisé au 25ème d’artillerie, actuellement à Bezannes. Il m’a conté son odyssée. Il n’a aucune nouvelle de son Étude ! Reçu lettre de M. Jadart qui me convoque pour une assemblée de notre académie de Reims à Paris le 9 décembre 1915. Je pense pouvoir y aller et lui écris dans ce sens. Je rendrai mes comptes – de trésorier – qui sont simples, je n’ai fait ni recettes ni dépenses !! Enfin je serai heureux de les revoir.

Le haut de la page suivante a été coupé, il doit s’agir du lundi 15 novembre 1915.

Vu Charles Heidsieck qui m’annonce la mort de son beau-frère M. Edouard Changeux (1847-1915). C’était un bien brave et digne homme, mais que la maladie (neurasthénie) avait rendu parfois bien insupportable. Je crois que c’est une délivrance pour lui. J’écrirai demain à Mme Changeux. Après-midi répondu au commissaire de police du 4ème canton M. Gesbert à une enquête comme Président des commissions d’allocations militaires sur une femme qui était accusée de les toucher indûment des allocations pour des enfants qu’elle avait recueillis. Elle était innocente à mon avis, et c’était aussi l’avis de M. Gesbert. Été ensuite à la Maison de Retraite de l’Hospice Général pour reprendre les valeurs d’un pensionnaire décédé. Et puis rentré travailler.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf très rares coups de canons.

Voyage avec M. Compant et visite à Aÿ. Visite aux Écoles libres tenues par des Sœurs de l’Enfant Jésus laïcisées, à un groupe de Sœurs de l’Enfant Jésus réfugiées à Aÿ. A l’Orphelinat des Sœurs de Saint-Vincent de Paul à l’Hospice, à l’Ambulance. Parti à 8 h. 1/2, arrivé à 9 h. 40 du matin. Dé­part le soir à 4 h. 15, arrivé à Reims à 5 h. 5 minutes. Neige dans la forêt.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 14 novembre

En Belgique (Boesinghe), notre artillerie concentre ses feux sur les positions allemandes, notamment sur le Moulin-à-Vapeur qui a été rasé. Les batteries ennemies ont été réduites au silence.
Canonnade sur l’Avre (Andechy, l’Echelle-Saint-Aurin), au nord de l’Aisne (la Ville-au-Bois), et en Champagne (la butte du Mesnil).
Nos batteries opèrent efficacement près des Eparges.
Bombardement réciproque dans le secteur de Flirey.
Les troupes russes ont progressé à l’ouest de Riga, enlevant plusieurs villages. Elles ont également avancé autour de Dwinsk. Elles ont capturé plusieurs centaines de soldats ennemis, près de Rafalovka.
Les troupes françaises en Macédoine ont eu un succès près de Velès. Le général Kouropatkine commanderait les effectifs russes destinés à opérer en Bulgarie. Les Bulgares réclament des renforts aux Austro-allemands et aux Turcs.
M. Winston Churchill, chancelier du duché de Lancastre, donne sa démission et demande sa place dans l’armée anglaise du front français.
Un sous-marin britannique a été coulé dan
s la mer de Marmara.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 12 novembre 1915

Louis Guédet

Vendredi 12 novembre 1915

Été au Crédit Lyonnais où nous avons collationné avec le Docteur Langlet les titres du Docteur Lévêque. Il a été convenu que nous partirions à midi 1/2 pour les porter à Épernay et que nous reviendrons dans la soirée.

Le haut de la page a été supprimé, puis 3 lignes ont été rayées et sont illisibles.

5h1/2 soir  Rentré d’Épernay à 5h par un temps épouvantable, notre opération de dépôt au Crédit Lyonnais a été très vite. Rencontré sans cesse des troupes trempées, crottées, c’est fort triste. La tempête de vent continue toujours. Pauvres soldats dans les tranchées.

7h soir  Tempête terrible toute la nuit, un peu apaisée par la pluie qui est tombée toute la journée. Une conciliation ce matin. De là vu les Henri Abelé et Charles Heidsieck qui est dans son lit, arrêté par son genou. M. Joseph Krug, l’ami de Maurice Mareschal, un homme fort intelligent et charmant, serait tué ou fusillé à la suite d’une 2ème tentative d’évasion qu’il avait tentée, étant prisonnier en Allemagne depuis le commencement des hostilités. C’est une perte pour Reims. (Joseph Krug, capitaine au 42ème régiment d’artillerie, a été fait prisonnier le 2 septembre 1914. Après avoir séjourné dans divers camps de prisonniers, il fut libéré pour raison médicale en 1917. Il est décédé à Reims en 1967 à l’âge de 98 ans).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille à Reims. Tempête. Visite de M. du Pitney, de M. le curé de Merfy. Tempête et pluie. Via Crucis.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 12 novembre

Canonnade réciproque très active dans le secteur de Loos, la région de la fosse Calonne et de Souchez.
Nos mines ont produit de bons résultats. Au sud de la Somme (Fay), nous avons bouleversé des galeries et fait sauter un poste allemand. A Beuvraignes, nous avons détruit une chambre de mines ennemie en chargement. En Argonne, nous avons endommagé les ouvrages allemands à la Haute-Chevauchée et à la cote 285.
Aux Eparges, une mine a bouleversé la tranchée allemande; nous avons occupé l’entonnoir.
Nos lance-bombes ont infligé de gros dommages à l’ennemi entre Meuse et Moselle.
Les Russes ont, grâce à leur artillerie, remporté un gros succès sur le Styr, et capturé 2000 Austro-allemands.
Les Italiens ont complété leur avance autour du col di Lana.
Les Bulgares ont subi de nouveaux échecs dans la région des monts Babouna.
Les puissances de la Quadruple Entente ont demandé à la Grèce de se prononcer nettement. Sa neutralité sera-t-elle ou non une neutralité bienveillante ?
Le torpillage de l’Ancona, vapeur italien, par un sous-marin autrichien, ou plutôt allemand, a fait plus d
e 200 victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 19 septembre 1915

Louis Guédet

Dimanche 19 septembre 1915

372ème et 370ème jours de bataille et de bombardement

6h matin  Canon toute la nuit et ensuite à 4h le bouquet, nos batteries en face de nous vers les casernes de cavalerie et le Champ de Grève ont canonné furieusement pendant 1/2 heure, avec un intervalle de quelques minutes seulement entre chaque 1/4 d’heure, c’était à ne pas s’entendre, il fallait crier pour s’entendre causer. A toute éventualité nous nous sommes levés et habillés, mais à 4h3/4 comme tout se taisait nous nous sommes recouchés. Je n’ai pu me rendormir. Les allemands n’ont pas répliqué, mais gare dans la journée ou la nuit prochaine.

6h soir  Déjeuné chez Marcel Heidsieck avec M. Louis de Baillencourt sous-lieutenant au 27ème d’artillerie, à Berry-au-Bac, fils de M. et Mme de Baillencourt, cette dernière sœur de M. Charles Heidsieck, tous deux restés à Douai ! avec leur dernier fils. Peu ou pas de nouvelles d’eux. Ce jeune homme nous disait que cette semaine on essaierait une offensive générale. Que Joffre, Foch, Pétain et de Castelnau auraient préféré ne la tenter qu’au printemps prochain ! Aussi les avis sont fort partagés sur la réussite ou non de cette attaque. Ce serait pour cette semaine, pour ces jours-ci. Il nous a prévenus que nous aurions une musique terrible. Dieu nous protège et nous donne la force de résister à cette épreuve et que ce soit la dernière ! On est si las ! Joffre était bien passé à Reims avant-hier vendredi 17.

Il nous contait les défections, ou plutôt les trahisons du Général Fournier à Maubeuge, s’il avait résisté seulement 3 jours de plus, on se battrait sur la ligne St Quentin, Douai, Hirson et notre région n’aurait jamais vu un allemand. Celle du Camp-des-Romains (près de Saint-Mihiel, dans la Meuse) dont le fort était commandé par un officier d’origine allemande et ayant encore des attaches en Allemagne (en janvier 1920 une commission d’enquête statuera sur le comportement des défenseurs et conclura qu’ils ne méritent aucun blâme ni aucun éloge). Tout cela est fort triste. Il y a eu aussi une défection pour les Hauts de Meuse ! Quitté à 2h1/2, il devait être rentré ce soir, l’ordre de combat était donné pour être prêt à toute éventualité. Rentré chez moi, fini mon courrier à 5h, quelques obus assez proches qui nous ont obligé à descendre à la cave pendant 1/2 heure. Pourvu que la nuit soit calme. Je suis si las, et vraiment on résiste moins bien qu’au début. Et puis un bombardement de nuit est si triste, si pénible. Pourvu que cet effort réussisse et que nous n’en ayons pas à souffrir. Nous avons suffisamment payé notre tribut.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

19 septembre – Démonstration formidable d’artillerie, déclenchée à 4 heures précises ce matin ; elle a duré une demi-heure.

  • Notre malheureux oncle Simon n’a pas survécu aux graves blessures qu’il a reçues le 1er septembre.

On l’avait transporté dernièrement, de l’infirmerie de la mai­son de retraite à l’hôpital civil. Lorsque je m’y suis présenté aujour­d’hui, croyant lui faire visite, comme tous ces jours-ci, dans la salle Hourelle où il occupait le cinquième lit à gauche, et qu’aussitôt la porte ouverte je vis sa place vide, je compris et fus infiniment pei­né. Son corps était déjà installé dans un des bâtiments servant de dépositaire, vers la rue Pasteur et c’est là que je pus passer quel­ques moments auprès du cadavre de ce bon vieillard de 84 ans qui après une existence tranquille, exempte de toute agitation, semblait devoir être assuré d’une mort paisible.

– A 16 h ½, commence un bombardement sérieux

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 19 – Anniversaire de l’Incendie de la Cathédrale. Messe rue du Couchant ; allocution. Nuit 18-19 tranquille jusqu’à 4 h. sauf, de temps en temps, canonnade de gros calibre. Voir revue Remo-Ardennaise.

À 4 h. canonnade simultanée de beaucoup de pièces pendant une demi- heure. On dit qu’elles tiraient de « La Malle (1) » sur Bazancourt Gare. Che­min de Croix avec le Clergé à la Cathédrale à 4 h.

À 5 h. bombes et canonnade violente.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Il s’agit du château de la Malle à Courcelles-Sapicourt et de pièces d’artillerie lourde sur voie ferrée.


 

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Dimanche 19 septembre

Combat d’artillerie en Belgique, près de Lombaertzyde. Nos batteries détruisirent deux observatoires.
En Artois, l’efficacité de nos tirs sur les mitrailleuses et les lance-mines est constatée en plusieurs points.
Près de Roye, lutte de grenades et fusillade accompagnée d’actions d’artillerie.
Au nord de Berry-au-Bac, nous enlevons un petit poste ennemi.
En Champagne, nous avons violemment canonné les bivouacs de nos adversaires.
A Chaillon (nord-est de St-Mihiel), nous avons abattu un ballon captif allemand. Devant St-Mihiel, notre artillerie a coupé le grand pont, un pont de bateaux et trois passerelles. Canonnade dans les Vosges, au Ban-de-Sapt et au Violu.
Le communiqué belge signale un bombardement actif d’Oostkerke à Nieucappelle.
Aux Dardanelles, on ne mentionne qu’une lutte de mines qui s’est terminée à notre avantage.
L’attaque allemande, au front russe, se fait plus pressante vers Dwinsk et Riga. Mais nos alliés accentuent, de leur côté, leur offensive en Volhynie et en Galicie : ils ont capturé quelques centaines d’hommes.
Il est avéré que l’incendie du paquebot Sant’Anna, qui avait 600 passagers à bord, est dû à des menées
criminelles des Allemands.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 15 septembre 1915

Louis Guédet

Mercredi 15 septembre 1915

368ème et 366ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Toute la nuit le canon a grondé devant Reims et vers Aubérive. Sans résultat, sans doute, comme toujours. Faire tuer des hommes un peu épars voilà la mission de nos illustres stratèges devant Reims, c’est honteux. Ce matin il pleut avec quelques éclaircies. Journée maussade qui se prépare.

Je vais à mes allocations tout à l’heure. Je repasserai rue de Talleyrand pour préparer de voir pour Jolivet demain. Je suis un peu gêné et honteux de recevoir ce brave Jolivet ici dans le bureau de mon pauvre ami, mais je ne puis faire autrement. Je m’étais cependant promis de ne recevoir personne ici tant que j’y serais réfugié, par respect pour la mémoire de Maurice. Qu’il me le pardonne !

6h1/2 soir  nuit presque blanche à cause de la canonnade devant Reims. Pluie lourde et chaude, qui passe dans la matinée. Journée calme malgré le canon lointain cette fois. Présidé les commissions d’allocations militaires à l’Hôtel de Ville, grande salle du conseil municipal, comme toujours. Cet après-midi vu Marcel Heidsieck, fils de mon ami Charles Heidsieck, venu en passant pour passer une révision de réforme provisoire à Châlons-sur-Marne. Causé longuement. Il me contait que parait-il, à Charleville toutes les usines avaient été vidées de leurs matériels et machines par les allemands. L’usine de sa grand-mère Jacquemart est démontée. S’il est encore là vendredi il dit venir partager mon déjeuner.

Voilà ma journée ainsi passée et terminée par un tour rue de Vesle jusqu’au pont tournant du canal, longé le point où sont coulées les péniches abandonnées par leurs propriétaires et remonté la rue Boulard pour rentrer dans mon refuge d’hospitalité. Peu de monde dans les rues bien entendu. Demain journée qui sera sans doute bien remplie avec Jolivet pour l’aider dans tout ce qu’il aura à faire durant sa courte apparition.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 15 – Nuit tranquille ; mais canonnade courte et violente au loin.

Item toute la matinée. Visite de M. Piel de Chercheville qui est entre Craonne et Berry-au-Bac.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 15 septembre

Lutte d’artillerie toujours vive sur le front d’Artois, au sud de la Somme (Tilloloy, le Cessier, Beuvraignes); dans le secteur de Nouvron, sur le canal de l’Aisne à la Marne vers Sapigneul et le Godat; en Champagne, au nord du camp de Châlons et sur la lisière occidentale de l’Argonne.
Au bois de Mortmare, nous avons fait cesser le feu des mitrailleuses ennemies et exécuté des tirs efficaces sur des saillants de la ligne allemande.
Canonnade encore en forêt d’Apremont, au nord de Flirey et près d’Emberménil.
Un raid de zeppelins sur l’Angleterre est demeuré infructueux. L’amiral sir Scott a été chargé de la défense de Londres contre les aéronefs.
Les Italiens ont largement progressé dans le bassin de Plezzo, sur l’Isonzo. Ils ont repoussé une attaque près de Plava.
Les Russes ont rejeté toute une série d’offensives allemandes dans les secteurs septentrionaux de leur front. Ils ont culbuté les Austro-Allemands sur le Sereth.
Le docteur Dumba, ambassadeur d’Autriche à Wahington, dont M. Wilson a demandé le rappel, s’embarquera, dit-il, prochainement pour l’Eu
rope.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 14 septembre 1915

Louis Guédet

Mardi 14 septembre 1915

367ème et 365ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4 soir  Canonnade terrible et intense vers Aubérive hier soir de 8h à 8h3/4 soir. Nuit assez calme avec du canon et quelques obus. Vu le matin pour loger mes vins, M. Charles Heidsieck ne pouvant pas les prendre chez lui dans sa maison de commerce parce que négociant en vins de Champagne, je les mettrai sans doute chez M. Henri Abelé, son voisin qui a accepté très aimablement. Fais d’autres courses. Vu M. Baudoin de la Caisse d’Épargne, causé de la manœuvre de Rozey, Nocton, Maria et consorts qui sont arrivés à transporter presque tout le service de la Caisse d’Épargne à Paris afin de pouvoir revenir quand Reims pourra les recevoir et qu’il n’y aura plus crainte de bombes. Monsieur, vous remercier ? mais qu’avez-vous fait ? c’est nous qui avons tout fait ! Pourquoi être resté à Reims, ce n’était pas utile, vous le voyez bien ! Et le tour sera joué.

Après-midi expédié mes 197 procès de simple police, de 1h à 5h1/2 du soir. Vu en sortant de l’audience M. Creté, juge à Reims qui m’a fait force éloges sur ma conduite durant ce siège et me disant qu’il avait lu et fortement approuvé et appuyé comme vice-Président le rapport que M. Bossu Procureur de la République a fait sur ma conduite qui concluait à ma nomination de chevalier de la Légion d’Honneur !!… Que ce soit bientôt. Bone Deus ! (Bon Dieu ! en portugais) cela prouvera enfin que la France sera délivrée de l’Ennemi. Je l’ai remercié de ses compliments et lui ai dit que j’étais très touché de toutes les marques de sympathies que m’ont montré tous les juges du tribunal de Reims et que c’était cela qui m’avait beaucoup soutenu et encouragé. Reçu lettre de Jolivet qui arrivera ici jeudi pour prendre divers papiers, il repartira le soir même. Je serai bien heureux de l’embrasser ce cher ami et de causer un peu avec lui.

Demain service d’allocations militaires que je préside toujours.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit absolument tranquille. Rien entendu. Journée tranquille ; visite de M. l’abbé Abelé (?). Il paraît que la nuit du 13 au 14, il y a eu au loin de violents combats d’artillerie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 14 Septembre 1915. On nous avait dit que la grande attaque serait pour le 15 mais cela m’étonnerait beaucoup. Du côté de Berry au Bac on entend le canon sans arrêt. Les préparatifs à Reims continuent. Je suis allée chercher la moitié de mon ménage, celui que j’avais mis chez ton papa car pour ce qui est chez nous on ne veut pas me laisser entrer et chose bizarre, c’est que l’on m’a dit que le père Genteur y allait quand il voulait, prétendant que je lui avais confié mes clefs. Et à chaque fois qu’il y va, il en sort avec quelque chose qu’il vole.

J’ai voulu aller voir le colonel Bataille pour qu’il me fasse un laisser-passer et lui expliquer la chose. Mais il n’a pas voulu. J’étais en colère. J’ai dit qu’il ne suffisait donc pas d’être femme d’un soldat français pour que la porte d’un colonel vous soit ouverte. Ils savent bien que je ne suis qu’une femme.

Puisque M. Delcroix a bien eu la liberté d’enlever son ménage, je ne vois pas pourquoi j’aurais un refus. Pauvre Lou, quand est-ce que ce cauchemar sera fini ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 14 septembre.

Canonnade sur l’Yser et en Artois (Neuville, Roclincourt, Wailly). Au nord de l’Oise, nous avons opéré des tirs de destruction sur les organisations ennemies et les ouvrages de Beuvraignes. Nous avons dispersé plusieurs partis d’infanterie devant Andechy.
Sur le canal de l’Aisne à la Marne, nous avons bombardé les ouvrages et cantonnements allemands aux environs de Sapigneul et de la Neuville (région de Berry-au-Bac).
Canonnade et lutte de bombes en Champagne, en Argonne, entre Meuse et Moselle.
Bombardement dans les Vosges (Metzeral, Sudelkopf).
Dix-neuf avions, à titre de représailles contre les bombardements de Lunéville et de Compiègne, par les taubes, ont survolé la ville de Trèves et y ont lancé 100 obus, atteignant la gare et la Banque d’Empire. Après avoir atterri dans nos lignes, ils sont repartis et ont jeté 58 obus sur la gare de Dommary-Baroncourt. D’autres ont bombardé la gare de Donaueschingen, sur le Danube, et celle de Marbach.
L’offensive russe se poursuit victorieusement en Galicie où plusieurs milliers d’Autrichiens ont été capturés.
Un raid de zeppelins en Angleterre a encore une fois avorté.
Le submersible Papin a coulé plusieurs torpilleurs autrichiens dans l’Adriatique.
Le comte Bernstorff, dans une interview qu’il n’a que mollement démentie, a proféré des menaces pour l’Am
érique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

Mardi 14 septembre 1915. Pauvre Lou, quand est-ce que ce cauchemar sera fini ?
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Dimanche 20 juin 1915

Louis Guédet

Dimanche 20 juin 1915 

281ème et 279ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Nuit calme, temps magnifique. Je pars avec M. Charles Heidsieck pour passer la journée aux environs de Pargny, Ville-Dommange, ce sera un Dimanche passé… !

8h soir  Eté à Pargny. Déjeuné dans le bois sur un banc en face de Mary femme de Paul Heidsieck. Revenu à Pargny, vu l’abbé Midoux (Suc successeur de Thinot), revu Touzet mon brave clerc, Bouchette que j’ai secoué, tout officier gestionnaire de 3ème classe qu’il soit, pour son attitude dans mon affaire avec ma propriétaire au sujet de mon incendie, vu Legros lieutenant, muet, impossible de savoir pour demain (sauf-conduit).

Vu M. Misset en revenir de son hôpital écossais de l’autre jour. Puis couru reprendre une voiture à la gare de Pargny, il était temps.

Charles Heidsieck m’a répondu de l’offense de Cent-Mille têtes (100 000 têtes) de cochons de rémois dont je m’occupe de consigner pour mes nôtres. Il sait que la phrase historique a été prononcée à l’Hôtel de Ville par un officier d’artillerie de la garde prussienne en présence de nombreux témoins et que ce n’est pas : 100 000 têtes de cochons (en allemand) de rémois (en français) « Ein Hundert Tauzent schweinkopf de Rémois » qu’il a dit, mais bien : « Ihre hundert taiger duck koppffler de rémois etc… » c’est-à-dire « vos 100 000 têtes de merde de rémois ne valent pas nos parlementaires !! » Peu importe l’expression : elle est toujours aussi vile, grossière, brutale et pas étonnante de cette race là.

Il tenait cela d’Emile Charbonneaux adjoint au Maire qui a assisté à toutes ces scènes. Or en rentrant j’ai trouvé une lettre de G. Hochet, actuellement au 6ème train des équipages, État-major à Fougères (Ille et Vilaine) qui servait d’interprète durant l’occupation et il a entendu la scène, et il précise que ‘était le 4 septembre 1914 un peu après 14 heures (2h après-midi) après le bombardement par erreur, en présence de M. Alexandre Henriot, et d’un nombreux public entre mon alsacien dont je retrouverai le nom en présence du général Zimmer, de son officier d’ordonnance (l’intendant militaire général de Mestre (à vérifier), avocat à la Cour d’appel) et l’officier qui l’a dit était un officier de l’État-major de von Bülow, capitaine d’artillerie d’un régiment de la Garde Prussienne. Voilà le point d’histoire qui se précise de plus en plus. Je reverrai Charbonneaux et je prendrai demain les notes de ce brave Hochet que je mettrai en sûreté.

Voir en annexe le témoignage de G. Hochet.

Pas de nouvelle de ma pauvre femme depuis avant-hier, pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé. Que je suis triste. Et encore plus quand je songe à ce que j’ai vu cet après-midi des hauteurs de Pargny et Coulommes des travaux et des tranchées allemande ! Moi qui connais tous les coins et recoins de ces terres. Coins de Courcy, La Neuvillette, Bourgogne, Bétheny, Fresne, Witry-les-Reims, Courcy, Nogent, Pompelle etc…  parce que j’ai chassé depuis 20 ans. Je ne les reconnaissais plus, je ne m’y reconnaissais plus. Oh ! que c’était triste, je m’ire (me mettais en colère) de voir cela et de se dire : c’est l’Allemagne ! La Prusse !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. journée tranquille

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 20 Juin 1915. Le mariage de Georgette, la sœur de Charlotte, a cassé. C’était à douter. Il est marié et père de deux enfants. Je ne comprends pas les jeunes filles qui se laissent entraîner en ce moment. C’est honteux, ce qui se passe en ce moment à Reims. Les femmes ne se respectent pas et Bons bécots. Je ne t’oublie pas.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

Hier 20 j’ai oublié de dire que Mr CRÉMIEUX nous a fait à tous des contes,

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Le carnet de Renée Muller

Le carnet de Renée Muller


Dimanche 20 juin

Succès dans l’Artois. Nous prenons, après une lutte acharnée, le fond de Buval, que nous avions entouré de toutes parts. Sur les pentes de Notre-Dame-de-Lorette, nous faisons 300 prisonniers, dont 10 officiers; nous tenons les pentes de la côte 119 (vers Vimy). Dans le Labyrinthe, après avoir perdu un boyau, nous le reprenons. En Lorraine, l’ennemi qui avait tenté de déboucher au bois Le Prêtre a été arrêté.
A Emberménil, un bataillon ennemi est repoussé par des forces françaises numériquement inférieures. En Alsace, nous continuons à avancer sur les deux rives de la Fecht, en conquérant les pentes du petit ballon de Guebwiller. Nous bombardons la gare de Munster, où les dépôts de munitions ont sauté, et investissons complètement Metzeral.
Les Italiens ont réduit au silence les forts de Malborghetto, entre Pontebba et Tarvis, et entamé une grande action à Plava, sur l’lsonzo. Ils ont bombardé avec succès une fabrique de munitions près de Trieste.
Les Russes ont chassé les Austro-Allemands de Bessarabie en Bukovine; mais ils ont abandonné plusieurs points importants en avant de Lemberg. Le prince Henri de Prusse déclare que les Allemands défendront Libau jusqu’au bout contre tout retour offensif des armées du tsar.

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Samedi 19 juin 1915

Louis Guédet

Samedi 19 juin 1915 

280ème et 278ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 matin  Canonnade toute la nuit et bombardement assez loin de chez moi. Il va encore faire très chaud aujourd’hui. Bref situation toujours latente. Quelle vie ! Nos progrès (?) vers Arras ne semblent avoir donné aucun résultat, alors ? Serons-nous enfin dégagés ici ? Je n’y crois plus. Je vais tout à l’heure retirer les valeurs du lieutenant d’artillerie René Martin-Guelliot de la succursale du Comptoir d’Escompte de Paris et les confier à M. Alard, architecte à Reims qui les remettra demain au Docteur Guelliot, 95, boulevard Raspail, Paris, ou à M. Martin, Père, 7, rue de Villersexel, Paris. Ce n’a pas été sans mal !! Dieu que ces banques telles que Crédit Lyonnais, Comptoir d’Escompte de Paris, Société Générale, se sont montrées désagréables, difficultueuses, malhonnêtes, moins raides pour la remise des titres et valeurs en dépôt à leurs clients, même pour l’ouverture des coffres-forts loués !! Il n’y a pas de mesquines difficultés qu’ils n’aient soulevées, employées. La raison je l’ignore ! Mais je suppose cependant que c’est la crainte de ne plus revoir ces clients qui font des retards. En tout cas ce n’est pas en les embêtant comme ils le font qu’ils les conserveront. Chose assez curieuse c’est la Banque de France qui durant toute cette période tourmentée qui se sera montré la plus courtoise, la plus large !! Et Dieu sait cependant si la Banque de France est habituellement difficultueuse et tatillonne, au contraire elle a été d’une largesse, d’une amplitude qui m’a même étonné. Bref comme toujours il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’aux saints !

9h soir  Rien de saillant. Journée (comme toutes) monotone, morne. L’herbe pousse partout dans les rues. Reims devient une Ville morte, bien morte.

Charles Heidsieck est venu me demander d’aller nous promener à Pargny ou à Ville-Dommange demain pour jouir de notre dimanche. Cette fois nous emporterons notre déjeuner !! Départ 9h, le temps de passer à la Kommandantur pour nos laissez-passer et filer. J’ai l’intention de grimper jusqu’à St lié où nous déjeunerons avec un panorama splendide, sous les ormes. Lui aussi trouve que c’est long et que cela ne va pas assez vite !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf bombardement sur quartiers lointains de 1 h 1/2 à 2 du matin. Bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

Le 19 nous pouvons (sic) le champagne avec des madeleines sous la véranda avec le 58ème chasseur qui loge à Taissy

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Samedi 19 juin

Violent combat d’artillerie dans le secteur au nord d’Arras. Le front ne s’est pas modifié; nous gardons tout le terrain gagné. En Alsace, nous consolidons les positions conquises et nous continuons à progresser. Nos patrouilles ont atteint les lisières de Metzeral. Nous avons gagné du terrain sur les deux rives de la Fecht et nous tenons sous le feu de notre artillerie les communications entre Munster et Metzeral. Nous avons fait de nouveaux prisonniers et capturé des mitrailleuses. Les Russes ont repoussé des attaques allemandes sur le Niémen moyen et sur la Bzoura. Les combats violents continuent en Galicie, entre le San et Lubaczow. Sur le front du Dniester, l’ennemi a été rejeté en désordre entre la Tysmenica et le Stryj. Sur le Dniester, en amont de Jurawno, les Russes ont capturé, les 14 et 15 juin, 202 officiers et 8514 soldats. Les éléments austro-allemands qui avaient franchi le fleuve de Nizniow ont été anéantis. Dans la région de Chotin, entre Pruth et Dniester, des éléments ennemis ont été vigoureusement pressés. Les pertes totales des Austro-Allemands dans cette région sont évalués depuis le 29 mai, à 120.000 ou 150.000 hommes. Les Italiens ont consolidé leurs positions dans le Cadore et sur l’Isonzo. Ils ont démoli la gare de Goritz par le feu de leur artillerie. Une escadrille autrichienne a bombardé Pesaro et Rimini. Le kaiser a manifesté une grande colère au sujet du bombardement de Karlsruhe, qui a fait finalement 84 victimes.

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Samedi 5 juin 1915

Paul Hess

5-6 juin – Sifflements et explosions le soir du 5, à 19 h 1/2 et le matin du 6, à 9 h.

– Dans le courrier du 6 juin, nous lisons le compte-rendu d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu le vendredi 4 à 15 heures.

M. le Dr Langlet, maire, présidait la séance à laquelle assistaient : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Ch. Heidsieck, Drancourt, Gougelent, Guernier, Gustave Houlon, Jallade, P. Lelarge et Rohart.

A propos de l’inscription au budget d’un 3e crédit de 500 000 F, pour l’achat de denrées de ravitaillement, M. Jallade demande au maire d’exposer le système de ravitaillement de la population civile et de rassurer le public contre toute éventualité de crise, soit en viande, soit en farine.

M. Em. Charbonneaux, adjoint chargé du ravitaillement, détaille la façon d’opérer de la ville, à l’aide des crédits ouverts, et la facilité de transport d’accord avec les commissions de réseau qui accordent toute latitude.

Le manque de farine qui a failli se produire et a été conjuré le soir même, ne vient pas de sa rareté mai du défaut de parole d’un ou deux fournisseurs auxquels il a fallu suppléer sans délai…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 5 – Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Vendredi 21 mai 1915

Louise Dény Pierson

21 mai 1915 ·

Arrive le certificat d’études, fin mai 1915, dans le groupe scolaire Courlancy. C’est un évènement considérable dans la vie d’un enfant.
A l’oral, les filles font de la couture, les garçons du dessin. Mon voisin compose un tableau où des soldats se battent furieusement : Français perçant des Allemands à la baïonnette. La guerre nous marquait tous profondément.
Un mois après, c’est la distribution des prix qui a lieu dans le hall des caves Champion, Place Saint-Nicaise.
Un général préside le jury, je reçois le diplôme du certificat avec un prix qui est « Les voyages d’une hirondelle » et un certificat du général « qu’après X jours de bombardement la jeune élève L.D. a été reçue au certificat d’études ».
Note : sur cette photo, ma petite fille Isabelle m’a identifiée par un cercle rouge. Reconnaissez-vous vos aïeux sur ce cliché ?

L’image contient peut-être : 1 personne

Nous sommes tous très fiers de cette attestation, plus peut-être que de tout le reste !
Mais pour moi, ces 3 pièces seront détruites dans l’incendie de la ferme de mes grands parents à Vrigny, en 1918.
Le retour des caves Champion est assuré, comme à l’aller, par un camion conduit par un soldat, un bombardement commence, le camion file à toute vitesse, le conducteur ne veut pas s’arrêter quand nous arrivons au bas de ma rue.
Nous débarquons donc au groupe Martin-Peller et je dois revenir à pied, en rasant les murs. Les obus éclatent un peu partout.
Devant la porte de la Malterie, des officiers me font entrer dans le couloir, ils regardent mon prix et me félicitent, ils ne voulaient pas me laisser partir tant il y a danger. Je me sauve quand même sachant ma mère inquiète et je la trouve en effet venant au devant de moi. Nous rentrons indemnes à la maison.
Note : ci-dessous une photo conservée par la Ville de Reims qui montre des écoliers portant un masque à gaz. Ce cliché date du 11 janvier 1916.

 
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Vendredi 21 mai 1915 

251ème et 249ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Journée lumineuse, lourde avec soleil nuageux nébuleux toute la journée. Calme ordinaire sauf vers 3h quelques coups de canons français, et quelques obus allemands. Mis mon courrier en ordre, rangé pas mal de chose en vue de mon départ de demain pour St Martin. En somme journée occupée sans enthousiasme. Je suis assez triste car mon Robert part pour la révision de la classe 17 aujourd’hui, pourvu qu’il soit ajourné comme son frère il est si peu fort aussi.

Reçu visite du gendarme François, ancien concierge de Charles Heidsieck qui m’apprenait qu’il avait arrêté des soldats la nuit dernière en train de vider une cave près de chez Jolivet, rue du Marc, et il…

La demi-page suivante a été découpée.

…le rencontre, il reporte mon esprit à ces types louches, falots et terribles de 1799, dont on n’a jamais pu analyser la mentalité ni éclaircir les allures, les agissements, les mobiles et les existences !…  singulier personnage que ce Legendre…  Si G. Lenotre (auteur dramatique 1855-1935) vivait dans 50 ans, je le livrerais à ses patientes recherches et à ses analyses ! Il y aurait certainement de curieuses choses à découvrir et de curieux chapitres à écrire sur ce type là !

Je pars demain à 1h revoir mes chers aimés, pourvu que je les trouve bien portants ainsi que mon vieux Père et que nous ayons de bonnes nouvelles de Robert.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit très calme.

L’après-midi, vers 15 h, nos pièces se mettent à tirer, en réponse à un bombardement sur les tranchées.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – Nuit silencieuse. Journée tranquille, sauf quelques coups de canons ou bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Dimanche 9 mai 1915

Louis Guédet

Dimanche 9 mai 1915 

239ème et 237ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit de bombardement, réveillé constamment par les vibrations des vitres de mon réduit de guerre, ce qui me reste ! pour ne pas descendre à la cave ! j’ai mal dormi. Je m’éveille à 6h, temps magnifique. Je m’habille et me dispose à aller à la messe de 8h1/2 à St Jacques quand mon bon ami Charles Heidsieck m’arrive en trombe me disant : « Il fait très beau, venez-vous avec moi à Ville-Dommange où je verrais Roussin, j’ai rencontré Corneille qui m’a dit qu’on avait des places rue Buirette dans la Patache (voiture hippomobile lente) qui va à Pargny ; venez avec nous déjeuner à Ville-Dommange et après avoir fait un tour nous reviendrons en nous promenant à Reims ! » – « Oui, j’accepte, mais je n’ai pas été à la messe ! » – « Ne vous inquiétez pas. Vous sûr aurez une messe à Pargny ou à Ville-Dommange !! »

Nous partons rue Buirette, retrouvons Corneille, la voiture est prête, mais au moment de partir je dis à Charles Heidsieck : « Et nos passeports ??! » – « Oh ! j’ai celui d’auto avec nous ! » Il cherche mais pas de passeport !!

On envoie un cycliste le chercher chez Henri Abelé, rue de la Justice. Celui-ci nous le rapporte ! sauvés !

Nous partons donc tous trois dans une Victoria (Renault DG Victoria de 1913) découverte par un soleil splendide, mais l’air est frais. En route tout émotionnés nous achetons le Petit Parisien qui nous donne des détails sur le torpillage du Lusitania ! Pour nous c’est presque une victoire. Les allemands se mettent de plus en plus au ban du Monde Entier ! Tout en devisant, discutant, nous arrivons à Pargny (gare). Corneille avec son passeport régulier et nous avec notre passeport d’automobile ! Un gendarme rébarbatif nous déclare péremptoirement « que puisque nous pouvons, Charles Heidsieck et moi, aller à Pargny en automobile, nous pouvons nécessairement y aller en voiture à cheval (hippomobile) et même à pied ! » – « Pourquoi pas en aéro !!!! » !! Ce gendarme aurait dû découvrir l’Amérique !! Sur ce nous passons sans accises (taxe de péage) !!

Et arrivant à Pargny, débarquement à la gare après avoir été visés (le passeport) par un douanier plutôt rébarbatif, mais le gendarme avait raison !!

Puisque nous pouvons aller à Pargny en automobile, subséquemment, nécessairement nous pouvons y aller…  etc…  etc…

Quand je voyagerai plus tard, je m’assurerai toujours d’un laissez-passer pour automobile. C’est souverainement péremptoire pour passer partout, même en temps de guerre sur la ligne de feu !! Je m’inquiète de ma messe. Justement les fidèles y allaient, je les suis jusqu’à la modeste église de Pargny, il est 10h du matin. Sur la place je me heurte à Liance mon jeune notaire de Rosnay qui n’a pas l’air de s’amuser ici, où comme automobiliste il fait son service ici, où il s’ennuie à mourir ! Il déplore tout ce qui c’est passé chez lui, autour de lui, mœurs, vol soldatesque tout y passe…  toute la ligne ! il est écœuré…  Çà me console, car je croyais qu’il n’y avait que moi qui voyait, constatait pareils scandales, et que seul je m’en offusquais. Entre autres exemples, il me citait que le docteur Vignon de Romilly estimait qu’il y avait déjà dans les villages sur la ligne de Reims à Dormans (C.B.R.) (Chemin de fer de la Banlieue de Reims) 250 femmes mariées ou jeunes filles qui étaient enceintes !! des œuvres de la soldatesque qui occupe ces villages, etc…  etc…  tout à l’avenant.

Nous assistons à la Grand Messe (1h3/4 de durée) avec sermon lu et lecture de la pastorale du cardinal Luçon pour la neuvaine de la fête de Jeanne d’Arc. A la sortie je retrouve Charles Heidsieck qui (ayant été à la messe à Reims) était allé faire un tour jusqu’à Jouy.

Nous nous dirigeons vers le Château Werlé où est installé l’hôpital temporaire n°6 du docteur Lardennois. Que je ne rencontre pas malheureusement, étant parti en congé de la veille ! J’y vois un sergent Gras à qui j’avais à causer d’affaire, et nous nous mettons en quête de déjeuner dans une auberge quelconque. Nous frappons à 3/4 portes. On nous signifie qu’on ne peut rien nous donner ! il est 11h3/4 !! mon Brave ami la trouve saumâtre ! Où manger ? Chez M. Misset alors ! allons-y !!

Il faut vous dire que comme nous entrions à Pargny nous rencontrâmes M. Misset, intendant gérant des domaines et du château de M. Werlé qui nous arrête, cause un moment avec nous et nous invite à venir déjeuner chez lui. Comme nous faisions un geste de refus en lui disant que nous trouverions notre affaire dans une auberge quelconque, il nous dit en riant : « Au revoir, je file à une réunion du conseil municipal. Je vous attends à midi car vous serez bien obligés d’accepter mon invitation !! »

Il avait dit vrai, et à notre courte honte nous nous allâmes humblement lui demander l’hospitalité. Il était enchanté de notre déconvenue. Déjeuner charmant. Madame Misset très simple, et parfaitement élevée. Avec nous dinait les enfants et la femme d’un capitaine des Zouaves (très zouave elle-même) qui était venue près de son mari soigné à l’Hôpital Werlé. Soi-disant pour passer 8 jours et il y a 2 mois qu’elle est là, acceptant l’hospitalité économe de Misset. Le brave M. Misset accepte cela philosophiquement. « Nous sommes depuis 9 mois si peu chez nous ! » dit-il d’un ton résigné ! Il est vrai qu’il est accablé de militaires de tous galons, logeant l’État-major et ces messieurs ne se gênent pas ou daigne le laisser chez eux ! Pour prendre le café il a fallu demander la permission d’aller sur la terrasse d’où l’on jouit d’une vue splendide sur Reims !! Mais ce sont les galonnés qui en jouissent !!

Dans la pièce à côté on jugeait un malheureux officier français qui avait causé à un officier allemand sur les tranchées. Il est à craindre qu’il ne soit fusillé demain !!

Vers 2h1/2 nous visitons avec M. Misset l’installation hospitalière du Château Werlé, où tout est intact, les allemands n’ayant pas eu le temps de piller. J’admire les boiseries peintes relatant l’Histoire de France provenant du château d’Étoges, et puis nous nous quittons pour regagner Reims par Jouy, Ville-Dommange, Les Mesneux à travers champs, Bezannes et Reims où nous arrivons vers 6h fatigués, car nous ne sommes plus habitués à de semblables marches.

Les feuillets 221 à 224 ont disparus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les journaux annoncent que le Lusitania, grand transatlantique anglais, qui faisait le service entre l’Amérique et l’Angleterre, a été torpillé par un sous-marin allemand, au large des côtes de l’Irlande. Ils annoncent 1500 morts.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 9 – Nuit tranquille. Gros coups ou grosses bombes de temps en temps durant la nuit. Visite aux prêtres de Montchenot (Château) et à la Chapelle Castrale, et aux officiers.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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du 9 au 26 mai, nous allons publier les derniers jours d’Albert Thierry, homme de lettres, professeur à l’école normale des instituteurs de Versailles (78). Il était soldat à la 5e compagnie du 28e RI. Il fut tué le 26 mai 1915 lors de l’attaque de la tranchée des Saules à Aix-Noulette (Artois).
Vous pouvez retrouver la totalité de ces dernier jours sur ce blog

Les Carnets de guerre d’Albert Thierry : le 9 mai 1915


Dimanche 9 mai

En Belgique, les Allemands ont attaqué les lignes anglaises près de Saint-julien. Cette attaque a été repoussée avec de grosses pertes pour l’ennemi. Au sud d’Ypres, à la cote 60, les Anglais ont repris une partie des tranchées qu’ils avaient perdues.
A Lens, un de nos bataillons a réussi à enlever un ouvrage allemand. Nous avons arrêté trois tentatives d’attaque au bois Le Prêtre. Nous avons progressé d’un kilomètre sur la rive droite de la Fecht, près de Metzeral.
Le torpillage du Lusitania a fait près de 1500 victimes. Il n’y a que 703 survivants sur 2160 passagers et marins. L’ambassadeur d’Allemagne à Washington marque sa satisfaction.
On annonce que l’ambassadeur d’Autriche à Rome se prépare à partir. On confirme, en dépit d’un démenti du Vatican, que M.de Bulow a été reçu par le Pape. L’ambassadeur allemand, dans sa dernière visite au Quirinal aurait fait une suprême démarche auprès du souverain pour l’exhorter à ne pas rompre les liens entre les Hohenzollern et la maison de Savoie. La presse allemande déchaîne ses fureurs contre l’Italie.
La grande bataille des Carpates continue à se déployer. L’avance austro-allemande semble avoir cessé.
D’après certaines informations, l’entente se rétablirait entre la Chine et le japon, ce dernier acceptant de corriger certaines de ses exigences. Toutefois, une partie de la flotte nipponne a déjà pris la mer. L’Amérique, la France et l’Angleterre auraient prêché la modération.

 

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Samedi 17 avril 1915

Louis Guédet

Samedi 17 avril 1915 

217ème et 215ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Journée belle mais un peu grise. Mon voyage pour Paris se brusque et se précipite. Charles Heidsieck est venu me dire que l’auto revenait libre lundi 19, et qu’après ce serait pour plus tard. J’ai donc décidé de partir lundi à 6h1/2 du matin pour prendre le train à Épernay à 7h57 pour arriver à Paris à 11h39. A 6h du matin je serai à la Banque de France pour prendre les valeurs Mareschal et les porter à Madame Mareschal à Paris. Je pourrais donc, en arrivant à 11h1/2 les remettre à M. Paul Cousin dans l’après-midi.

Mon voyage et mon séjour là-bas seront triste, oh ! Combien triste ! Revoir mes aimés, ruiné, sans espoir de bonheur pour le reste de ma vie.

Mon Dieu que c’est dur !! Il n’est pas permis de souffrir aussi tant que cela.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille. Donné mon Mandement prescrivant des Prières publiques nationales, à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 Avril 1915.

Encore un nouveau deuil dans la famille. Il ne nous touche pas directement bien entendu, mais enfin… M. Dominique, le papa de Charlotte est mort. Son frère est mort il y a trois mois à peine. Elle n’a pas de chance non plus. Et toujours pas de nouvelles de Paul. Quand tout cela finira-t-il ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Samedi 17 avril

Nos troupes ont repoussé trois contre-attaques à Notre-Dame-de-Lorette et une aux Eparges. Au bois de Mortmare, au cours d’un combat d’artillerie, nous avons réduit trois batteries au silence et fait sauter un dépôt de munitions. Notre artillerie a abattu un taube qui est tombé en face des lignes anglaises, au nord d’Ypres. Nos aviateurs ont jeté dix bombes sur les ateliers du chemin de fer de Léopoldshohe, – dix autres sur la poudrerie de Rothweil, et six ont porté, – quarante sur le Central Électrique de Maizières-lez-Metz.
Deux taubes ont fait quinze victimes à Anvers. Un taube a été abattu par Garros, entre Ypres et Armentières.
Des zeppelins ont survolé la côte anglaise de l’Essex et de Suffolk, mais leurs bombes n’ont produit aucun résultat : ils ont incendié un wagon et mis le feu à un dépôt de bois. Leur seule victime a été une poule.
Un incident s’est produit à la frontière austro-italienne, où quinze soldats ou douaniers autrichiens ont pénétré sur le sol italien. Le gouvernement de Rome change ceux de ses préfets qui passent pour favorables aux empires germaniques. tandis que les Allemands de marque quittent la Péninsule.
Un croiseur français a détruit le pont de la voie ferrée qui relie Saint-Jean-d’Acre à l’intérieur de la Syrie.
La situation est devenue très critique à Constantinople, où le manque de vivres se fait sentir. Au cours d’un conseil de guerre, le sultan Mehmed V a laissé entrevoir l’éventualité de son abdication.
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Mercredi 14 avril 1915

Louis Guédet

Mercredi 14 avril 1915 

214ème et 212ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Toute la nuit précédente comme la journée d’avant, bombardement général. Je n’ai pas ou peu dormi, dans mon grenier. La journée a été belle, trop belle puisque l’on ne pouvait pas profiter du soleil et des verts bourgeons que les arbres de nos squares et boulevards nous montrent. A 9h1/2 Présidence des allocations militaires. Jusqu’à midi et pendant que nous siégeons les bombes sifflaient. L’après-midi je me suis occupé de mon voyage à Paris qui aura lieu vers le 20/21. Vu le commandant Colas, charmant pour moi. J’obtiendrai de lui ce que je voudrai. Car depuis la mort de ce malheureux Martinet il n’y a plus d’aller et retour. Je ne fais pas partie de l’exception, et du reste le commandant m’a dit : « Pour vous, M. Guédet, tout ce que vous voudrez de la Place ! » C’est donc carte blanche.

J’ai revisité la maison Martinet du haut en bas ! Rien en dehors du sous-sol effondré, les étages sont relativement intacts, mais encore des débris humains infimes, mais toujours des débris. J’y renonce. J’ai recueilli le plus gros ! A quoi suis-je réduit !! Mon Dieu ! Je le devais !

Des 3 chiens Martinet je n’en n’ai plus que 2, à la suite d’une frasque et d’une imprudence du commandant Colas !! Ce qu’ils m’auront donné de soucis ces roquets là !! Enfin ce sont des chiens. J’aurais été si heureux qu’on agisse de même pour les miens. Mon pauvre Bobock (comme le dit Marie-Louise) si j’ai pris cette charge c’est en pensant à toi qui te chauffe en lézard au soleil sur la pelouse de St Martin en battant de la queue quand mon pauvre vieil octogénaire de Père passe et repasse près de toi, au bon soleil de mon cher Pays natal. La Champagne, la Marne, la Terre qui a toujours été le tombeau des Vandales. Oui les champenois ont toujours eu de la Race et j’en ai.

Vu les Abelé, installés comme dans des catacombes dans leurs caves. Fort curieuses : une longue voute et à droite et à gauche au milieu d’une allée centrale des cellules ou chacun a son home, à gauche…  A droite le bureau de travail, les bureaux, salon, salle à manger, etc…  Chapelle à l’extrémité pour permettre même aux paresseux d’assister à la messe dans leur lit !! C’est bien, c’est curieux, ce sont des catacombes.

Je me suis entendu avec lui (Henri Abelé et Charles Heidsieck) pour l’auto pour aller à Paris par Épernay. Tous sont aux petits soins pour moi. La phrase suivante a été rayée.

Quelle nuit allons-nous avoir ? Je ne sais, mais nous avons rudement taquiné les allemands, gare les représailles nocturnes avec tous leurs accessoires.

J’ai fixé mon départ au 20/21 courant à cause de ma pauvre main droite brûlée afin que je n’aie plus de pansement à faire à Paris. Je suis toujours profondément triste, las !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 14 – Nuit Marquée par une violente canonnade française. De 10 ½ à 11h ½, violent bombardement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Mercredi 14 Avril 1915.

Mon Charles,

Tes parents sont repartis pour Sainte-Anne. Ils voulaient que j’aille avec eux mais je ne peux pas quitter ton parrain pour aller chez des étrangers. Gaston a peur, il ne veut plus du tout rester rue de Metz ; ils sont navrés.

Le bombardement continue toujours. Surtout pour les aéroplanes, ils lancent quelque chose comme bombes et fléchettes. Que veux-tu, on commence à s’y habituer. Je ne me rappelle pas t’avoir dit que le pauvre père Deboeuf était mort de maladie. Tu en trouveras du changement, mon Charles, quand tu reviendras. Mais quand ?

Je te quitte. Bons bécots et à toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Mercredi 14 avril

Rien à signaler entre la mer et l’Aisne, que quelques actions d’artillerie. Dans l’ensemble, nous avons maintenu et consolidé nos positions sur les divers points où nous avions antérieurement progressé. A l’est de Berry-au-Bac, nous avons enlevé une tranchée allemande. En Argonne, lutte de mines et combat à coups de bombes et de grenades d’une tranchée à l’autre. Entre Meuse et Moselle, nos troupes sont parvenues, en plusieurs points, au contact des réseaux de fil de fer de la défense ennemie.
Nos avions ont bombardé efficacement les hangars militaires de Vigneulles, en Woëvre, et dispersé un bataillon en marche.
D’après un télégramme de source danoise, des avions français ont jeté des bombes sur des casernes à Hambourg, en y provoquant l’incendie.
Les Austro-allemands ont tenté une contre-offensive contre les Russes des Carpates, en tournant leur aile gauche dans la direction de Stryj, mais ils ont été repoussés avec des pertes énormes.
La presse américaine attaque avec une violence croissante le comte Bernstorf, ambassadeur d’Allemagne, dont la note outrecuidante contient des termes injurieux pour la grande république.
Un important conseil des ministres a eu lieu à Rome. L’heure décisive approche pour l’Italie et M. Giolitti, jusqu’ici partisan de la neutralité, aurait déclaré que la guerre entre son pays et l’Autriche devenait inévitable.
L’Allemagne publie une note pour se plaindre du traitement infligé en Angleterre aux équipages des sous-marins capturés et pour annoncer qu’elle exercera des représailles sur les marins britanniques tombés entre ses mains.

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Samedi 7 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

7 NOVEMBRE ; – samedi –

Brouillard intense ; j’en profite pour monter sur la tour Nord et enlever le téléphone établi le lendemain de la catastrophe du dirigeable… Il a été enlevé par quelqu’un qui a eu la même idée que moi, mais qui a eu la maladresse de laisser des fils à l’extérieur, vers l’Est.

Je les enlève ; autre maladresse ; l’entrée des tourillons porte encore à la craie ; téléphone, bombes, magasin, bombes… Bombes veut sans doute dire marrons pour signaux, se rapportant à l’installation du projeteur électrique bien avant l’invasion. J’efface ces inscriptions.

Le général de Frontignan a fait descendre le téléphone jeudi dernier par le concierge de l’ancien archevêché. L’Abbé Andrieux avait descendu les fusées le 9 septembre (de l’occupation), la veille du jour où les allemands demandèrent à occuper la Tour.

…les allemands installèrent un téléphone portatif avec fil dans l’escalier, pendant les derniers jours de l’occupation. Ils emportèrent le tout ; on trouva juste là-haut, le pétrole et des débris de victuailles.

…les 14 et 15 septembre, les Français établissent un poste téléphonique portatif… qui ne fut pas maintenu. Ceux-là refusèrent de passer par les échafaudages – il eût fallu des lanternes pour l’ascension des échelles la nuit ; ils passèrent par la cathédrale ; les fils passèrent dans l’escalier, puis directement depuis l’étage de la Galerie des Rois (vitraux) vers la rue du Trésor ; des hommes étaient en bas, l’instrument aux oreilles, pour transmettre les ordres… Il n’est rien resté de cette installation.

Copie d’une lettre insérée dans les mémoires de l’^Abbé (auteur inconnu) probablement un prêtre??

Je vous envoie un journal « La Presse de Turin » Il y a en Suisse et en Italie une polémique au sujet d’une déclaration, puis d’un démenti de l’abbé Landrieux, à propos d’un poste d’observation sur la cathédrale. Eh ! bien, il faut dire ce qui est !

Jusqu’au 2 septembre, tout Reims a vu le poste de T.S.F. installé tour Nord. Le 13 ou le 14 plutôt, lundi, c’est cela, j’étais sur le Parvis entre 5 et 7 heures du matin. Un brigadier d’artillerie, petit, gros, portant en bandoulière un appareil ressemblant à un appareil photographique, m’aborda et me dit ; « Pour aller à la tour, s.v.p. ? » « Oh ! Monsieur, lui dis-je, le grand portail n’ouvre pas ce si matin ; faites le tour par le petit ; entrez et demandez le sacristain ». Il me répond ; « C’est ennuyeux ; je suis pressé ; il faut que je monte là-haut pour observer ! »

Eh ! bien, à mon sens, ces gens (les allemands) doivent connaître ces choses. Pourquoi les déguiser ?

Disons-le ; on nous a volé nos églises, on a dépensé nos deniers en inventaires et en liquidations au lieu de faire des canons et des ballons d’observation… et maintenant, après avoir laissé en ruines nos églises, on est bien content de s’en servir pour des choses et des usages absolument contraires à leur pieux objet.

Après tout, les Prussiens ne font qu’achever l’œuvre de destruction si bien (hélas) commencée par nos farouches radicaux. Pauvre France ! punie par où elle a pêché !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 7 novembre 1914

56ème et 54ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On s’est battu la majeure partie de la nuit, mais nous n’avons pas été bombardés. Ce matin, journée de novembre, sombre, grise, lugubre. Ce n’est pas cela qui met du soleil et de l’espoir au cœur !…

11h3/4  Eté posté à la Poste une lettre à l’Étude de Rousseau-Dumarcet, notaire à Nantes, passé de là jusqu’à St Joseph, rue de Venise. Rue des Capucins, près du coin de la rue du Jard, je rencontre Ronné avec lequel j’ai été hisser nos couleurs sur la tour Nord de la Cathédrale le 13 septembre 1914 au matin. Nous causons, il me dit qu’il va bientôt partir pour Guingamp. Alors je lui reparle de notre escalade et escapade du 13 septembre 1914, et lui demande : « Ronné, c’étaient-ils bien 2 petits bidons et un gros bidon de pétrole que les prussiens avaient laissés là-haut sur la dernière plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, sous la plateforme en bois ? – «  Oh ! non ! Monsieur Guédet, c’étaient deux gros bidons et un petit. » (2 de 10 litres et 1 de 5 litres). « C’est moi qui ai descendu les 2 gros et M. l’abbé Dage le petit. » – « Dites donc ! Ronné, on prétend que ce sont les Français qui les auraient laissés là ces bidons le 2 ou le 3 septembre, quand ils se sont retirés devant les Prussiens ? » – « Çà, ce n’est pas vrai, M. Guédet, car ces bidons là n’étaient pas où nous les avons trouvés avec vous quand je suis allé avec l’abbé Andrieux arborer le Drapeau blanc des allemands, lorsqu’on nous canardait le 4 septembre 1914 à 10h du matin. Pour çà non, ils n’y étaient pas ! Je les aurais bien vus, puisque nous sommes restés un moment sur la dernière plateforme et sous la plateforme en bois où nous avons trouvés ensemble le 13, en attendant que çà siffle moins. Je les aurais bien vus ! Pour çà non ! Ce sont les allemands qui les ont mis là depuis et les ont laissés. Çà ne prend pas çà avec moi ! »

Voilà donc le point d’Histoire fixé par le témoin oculaire du 4 septembre, et par nous 3 les témoins du 13 septembre.

Il était 10h du matin quand j’ai eu cet entretien avec Ronné pris au coin de la rue du Jard, 2 ou 3 maisons côté pair avant le coin de la rue du Jard qui descend vers le canal, devant les numéros 72, 74 et 76. Ce que (rayé) être si bien (rayé) ???

En tout cas je suis enchanté de cette déclaration de Ronné qui fixe ce point, point impartial et historique en premier chef.

Dans un autre ordre d’idée, tout en s’en rapportant, je bondis de rage quand chaque fois que je sors je trouve et rencontre des tas d’automobiles garnies de fanions de toutes les couleurs et de toutes natures, des Croix-Rouges, et qui sont là devant des cafés, des brasseries, des bouibouis et attendent mélancoliquement leurs… Seigneurs et Maîtres qui sont là devant des hommes en des boui-bouis qui s’amusent à boire, à rire avec des femmes de toutes espèces !… Oh ! ceux-là on ne verra que rarement leurs autos stationner devant les Hôpitaux, les Lazarets, ou les maisons ou établissements où leur devoir les appelle, et d’où ils ne devraient jamais sortir ni quitter !

Je viens de recevoir la visite de M. Tassinier (à vérifier), commissaire spécial à la gare de Longwy, détaché ici et adjoint en ce moment à M. Mailhé, commissaire à la gare de Reims où il demeure 13, rue Blondel, chez M. Letellier, qui est venu me dire qu’il pouvait m’avoir un permis (passeport) pour Paris, aller et retour pour la semaine prochaine, mais il m’a demandé instamment de ne pas dire comment je me le suis procuré. J’irai donc voir le Procureur de la République lundi pour m’entendre avec lui sur le jour de mon départ. Mon Dieu ! merci et pourvu que je puisse faire ce voyage sans arrière pensée et sans le souci de ma maison, de mon étude. Je souhaiterais plutôt qu’en partant je sache que les allemands sont partis de Reims. Enfin, à la Grâce de Dieu.

Nos artilleurs disaient ces jours-ci à Jules Meunier, mon petit employé des chemins de fer, que les allemands envoyaient des obus qui avaient 1m05 de hauteur, rien que l’obus, sans la gargousse.

8h10 soir  J’ouvre la fenêtre du cabinet de toilette, une lueur et un éclatement vers l’Hôtel de Ville. Un deuxième, un troisième. Je referme et vais chercher mes affaires, et au moment de descendre un bruit formidable, c’est tout près. Nous descendons à la cave. A 8h40 je n’y tiens plus, nous remontons, et par la porte vitrée du jardin une lueur formidable d’incendie derrière le grand mur de notre voisin M. Legrand. C’est dans la direction de la rue Noël, mais de la chambre de Marie-Louise ce doit être plus loin.

9h  Faut-il se coucher ou pas ?? oser attendre ? encore ?

En tout 6 à 8 obus pour ce moment !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement sur le centre.

Le conseil municipal s’étant réuni à Reims, le jeudi 5 courant, on peut lire le compte-rendu de sa séance, dans Le Courrier de ce jour. En voici le résumé :

Conseil municipal
Séance du 5 novembr
e 1914

La séance est ouverte à 3 h25, sous la présidence de M. Langlet, maire.

Etaient présents : MM. Gougelet, Drancourt, Lesourd, Chezel, Tixier, Rousseau, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Charles Heidsieck, G. Houlon, Em. Charbonneaux, P. Lelarge, Mennesson-Dupont.

Absents et régulièrement excusés : MM. de Bruignac, Chevrier, Lejeune, Mennesson-champagne, Demorgny, Rohart et les conseillers à l’armée.

Le conseil vote divers crédits et ratifie les traité conclu avec M. Elie Gaissier, pour exploitation de la vente à la criée (2e lot-viande), pendant l’absence de Me Bonnars, commissaire-priseur, adjudicataire, appelé sous les drapeaux.

La séance est levée à 3 h 55.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 7 : Nuit du 6-7 tranquille ; matinée silencieuse.

Visite à Clairmarais et tout un circuit de rues, en compagnie du R.P. Abelé. Soir, à 8 h bombardement terrible ; commençant loin, puis plus près, puis très près, puis tout près, comme avant hier. Cette méthode fut suivie pendant longtemps. Une fois arrivé à la ville, le bombardement semblait pilonner un quartier, une rue. Incendie du bureau du service médical de la gare. On ne parle pas de victimes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Paul Dupuy

À 8 heures nous allons à l’Hôtel-de-ville chercher l’autorisation de circuler dans les ruines et d’en emporter ce que nous y trouverons, mais c’est le Commissariat du 2e Canton qui, seul, a qualité pour nous la délivrer et nous nous rendons boulevard Jamin.

Munis du papier qui nous donne toute liberté nous revenons au but de notre course. Mais là, la forte émotion m’étreint en mettant le pied sur ces ruines dont l’amoncellement recouvre les cendres de ce qu’a été le nid de nos enfants, et j’éclate en sanglots en pénétrant à la cave que notre cher André tenait en si parfait état.

Hénin respecte ma douleur ; il est impressionné lui-même.

L’inspection des lieux à laquelle il se livre avant moi, lui révèle des traces d’effraction aussi bien sur la porte d’entrée que sur le grillage de sûreté d’un porte-bouteilles maintenant vide, et les nombreux papiers gisant à terre témoignent que tout le Champagne a disparu.

Il y a donc urgence à enlever de suite ce que les maraudeurs ont laissé, et c’est dans cette intention que je viens demander l’aide de Sohier pendant que Henri file chercher caisses et brouette.

Retenu à la maison, je laisse mes employés commencer l’opération du déménagement, et au cours de leur travail ils voient se confirmer les soupçons déjà germé sur la personnalité des maraudeurs : deux groupes de deux pompiers, qui se cachent aussitôt découverts, affirmant par leur présence insolite à cet endroit qu’il n’y a pas lieu de chercher les coupables ailleurs.

Ces tristes sires profitent ainsi de la liberté d’allure que leur procure leur uniforme occasionnel pour dépouiller les sinistrés ! pouah !

Je signalerai le fait à M. de Bruignac, en le prévenant que j’ai cru bien faire en remisant aussi au 23 onze bouteilles champagne trouvées dans la cave de l’Action libérale, voisine de celle d’André.

Le transfert du vin restant se poursuit dans l’après-midi sans pouvoir être terminé ; pour laisser place nette, 3 voyages seront encore nécessaires.

À 17H1/2, Mme Gillet, rémoise émigrée à Épernay, où elle s’est rencontrée avec les nôtres, vient dire qu’elle prendra volontiers les commissions dont on voudra bien la charger pour là-bas, nous préparons donc lettre et boîte de poires qui lui seront portées le lendemain pour 8H rue de Thillois 32.

20H1/4 Forcés encore de nous abriter, nous passons une heure en cave pendant que brûle une maison annexe de la gare entre cette dernière et la rue de Courcelles.

Du 7 au 8, nuit de demi-sommeil qui fatigue plus qu’elle ne repose.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de laVille de Reims, archives municipales et communautaires


Samedi 7 novembre

C’est surtout autour d’Arras que l’ennemi porte actuellement ses efforts. Il semble au surplus, qu’il modifie une fois de plus son plan d’attaque et aussi la composition de ses effectifs.
Un convoi a été détruit par notre artillerie au nord de la forêt de Laigue. Vive action à la baïonnette, victorieuse pour nous, dans l’Argonne.
Le généralissime russe, grand-duc Nicolas, signale dans deux dépêches au général Joffre et à lord Kitchener, une victoire des Russes, remportée en Galicie par ses troupes. Jaroslaw a été reprise par celles-ci qui ont fait plusieurs milliers de prisonniers.
Les forces russes du Caucase ont brisé une contre-attaque turque. Elles marchent en deux corps sur Van et Erzeroum, deux des places importantes de l’Arménie.
Les universités françaises adressent aux universités des pays neutres une série de questions d’où se déduit la responsabilité écrasante du gouvernement allemand dans tous les méfaits commis par les envahisseurs teutons en Belgique et en France. Cet appel se termine en ces termes :  » Comme les armées alliées, les universités françaises défendent pour leur part, la liberté du monde. »
Rien n’est encore venu confirmer la nouvelle de la victoire navale allemande dans le Pacifique, victoire annoncée jusqu’ici par les seuls Allemands. Par contre, il est avéré que le Yorck, le croiseur germanique qui a coulé devant Wilhelmshaven, a été détruit par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 17 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 OCTOBRE – samedi –

Rien de particulier. Journée calme – on nettoie les rues et on se prépare à faire circuler de nouveau les tramways ; on relève les fils, on approprie les rails… mais les lendemains ?…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Le Courrier donne ainsi aujourd’hui, le compte-rendu d’une séance du Conseil municipal qui a eu lieu le mardi 13 octobre courant :

Conseil municipal de Reims

Le Conseil Municipal a tenu séance mardi après-midi, sous la présidence de M. Le Dr Langlet, maire.

Tous les conseillers municipaux non mobilisés étaient présents, sauf MM. Chappe, Lesourd, Tixier et Lecat, non excusés.

En ouvrant la séance, M. le Dr. Langlet a rappelé les circonstances dans lesquelles son collaborateur, M. le Dr Jacquin avait trouvé la mort, et fait son éloge.

Le Conseil décide que le discours prononcé par M. le Maire, sur la tombe du Dr Jacquin, sera inséré en tête du procès-verbal de la séance du jour.

M. Rohart, se faisant l’interprète de tous ses collègues, félicite M. le maire de sa courageuse attitude pendant les pénibles moments que nous traversons. Il dit que la cité tout entière est fière d’avoir un homme d’un courage si digne et si magnifique.

M. le Dr Langlet répond en ces termes :

« Tous ceux qui sont ici à mes côtés, dit-il, ont fait simplement leur devoir. La période la plus difficile n’est peut-être as encore passée. Nous resterons debout à notre poste. On a parlé d’évacuation de la ville. Nul ici ne nous fera l’injure de croire que nous y avons songé, ne fût-ce qu’un instant. C’est d’abord une opération impossible, ensuite, nous devons rester à la disposition de la population, celle indigente surtout, que nous devons aider et secourir. Nous ne faillirons pas à notre devoir » (Marques d’assentiments unanimes).

Le Conseil vote ensuite plusieurs crédits :

  1. 500000 F en surplus de celui de 300000 F déjà voté, pour secours aux familles des soldats sous les drapeaux ;

  2. 600000 F pour les dépenses d’approvisionnement de la ville ;

  3. 20000 F pour dépenses diverses occasionnées par la guerre

  4. 30000 F pour réparation des vitres aux établissements communaux.

Le Conseil nomme ensuite une commission pour la répartition d’une somme de 500000 F allouée par l’État pour secours immédiats aux victimes et sinistrés du bombardement.?

Font partie de cette commission : MM. Langlet, Chezel, Jallade, Rohart, Drancourt, Lelarge, Ch. Heidsieck, Bataille et Mennesson-Dupont.

M. Ch. Jallade dépose une motion tendant à l’envoi d’une adresse de respectueuses condoléances à la famille de M. le Comte Albert de Mun, pour la perte douloureuse qu’elle vient d’éprouver en la personne du grand orateur, défenseur passionné de laPatrie.

M. le maire répond qu’il a renvoyé à M. Bertrand de Mun, dès qu’il eut appris la mort de son vénéré père, les regrets attristés de la municipalité et des membres du conseil. (approation unanimes).

La séance a pris fin à 4 heures.

– Le pillage sévit couramment dans Reims ; il y a des plaintes tous les jours. Voici ce que dit le journal :

Le pillage. Des plaintes continuent à être portées contre des individus inconnus, qui dévalisent les maisons momentanément abandonnées, à la suite des derniers bombardements.

La police et la gendarmerie font d’actives recherches pour découvrir les coupables, qui seront punis très rigoureusement.

– Nous voyons, aujourd’hui encore, un long article du « lecteur assidu » du Courrier, à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis.

– La journée a été calme ; on a entendu la fusillade, au cours de la nuit.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente, peu violente.

Cérémonie de réparation en union avec Montmartre et prédication à S. Geneviève, pour la fête de la B. Marguerite Marie. Des hommes peu accoutumés à venir à l’église y assistent, même un (ou plusieurs) du conseil municipal qui après la cérémonie s’approche de moi et me dit ses impressions sur les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

17 et 18 : Se passent dans l’habituel branle-bas, mais sans incident notable.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

 

Samedi 17 octobre

Les forces franco-anglo-belges, pour déjouer le mouvement d’enveloppement que von Kluck avait esquissé dans le nord de la France et à la frontière belge, du côté de Dunkerque et de Furnes, ont occupé tout le territoire compris entre Ypres et la mer.
Plus bas, refoulant l’ennemi avec vigueur, nous avons occupé Laventie, à l’est d’Estaires (région de la Lys), dans la direction de Lille.
Enfin, les attaques des Allemands sur les Hauts-de-Meuse ont été une fois de plus brisées. Leur échec a été surtout significatif à Malancourt.
Les Russes ont infligé une première défaite aux troupes allemandes, d’ailleurs très nombreuses qui se sont avancées sur la Vistule, vers Varsovie et Ivangorod. Quant au bombardement de Przemysl, il n’a pas cessé un seul instant, en dépit des nouvelles fausses que les T. S. F. Marconi lancés chaque soir des stations allemandes ont essayé d’accréditer dans le monde.
Les Serbo-Monténégrins annoncent qu’ils ont mis en déroute 150.000 Autrichiens aux approches de Sarajevo.
Le croiseur anglais Hawke, de 7.300 tonnes et de 420 hommes d’équipage – une unité lancée en 1889 – a été coulé par le sous-marin allemand 49, dans la mer du Nord.
M. di San Giuliano, ministre des Affaires étrangères d’Italie, est mort des suites de la crise cardiaque qui l’étreignait depuis plusieurs jours. M.Salandra, président du Conseil, a gardé l’intérim de ce ministère qu’il avait déjà pris depuis plusieurs jours. On parle d’un remaniement dans le cabinet italien.
Le Goeben et le Breslau, les croiseurs allemands qui s’étaient réfugiés à Constantinople au début des hostilités, ont réellement pénétré dans la mer Noire. La flotte russe s’est portée à leur rencontre. Il est possible que de ce côté des événements se produisent à bref délai.
Le nombre des réfugiés belges en Angleterre est de plus en plus considérable. Il ne serait pas inférieur à 200.000.
M. de Jagow, ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, a donné une interview au Giornale d’Italia. Il essaie de faire peser sur la Russie les responsabilités de la guerre. Mais la presse italienne réfute ces arguments avec vigueur.
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Dimanche 11 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 OCTOBRE – dimanche –

6 heures matin ; Pour sonner le révei1, un joli coup de canon. La journée va être splendide encore ; les quelques nuées humides d’hier sont chassées.

Anvers est aux mains des allemands. Alors ! Où vont aller les armées et les batteries qui l’assiégeaient ? Vers nous, probablement ; nous sommes loin de la fin.

3 heures 10 ; Dans la tour nord de la cathédrale … Mais, c’est affreux ! C’est la cathédrale qui est visée encore.. ! En voici un certain nombre, car le bombardement continue, qui éclatent immédiatement au-dessus, sinon dessus. Je ne puis me hasarder en ce moment, mais allons-nous recommencer à vivre les horreurs des 17, 18 et 19 Septembre ? Encore ! Apparemment, c’est toutes les 2 minutes.

8 heures soir ; De mes observations, il résulte qu’à 3 heures moins 1/4, un obus de gros calibre est tombé sur la cathédrale. Il a démoli, au chevet vers le nord, une partie importante de la galerie de pierres, une chimère et une gargouille… C’est là un des dégâts les plus importants qui aient été causés à la cathédrale.

Il y a des victimes cet après-midi. Un obus devant le Palais de Justice a fait deux morts et quelques blesses Et dire que beaucoup de gens se croyaient tranquilles après deux Jours de silence des allemands !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Hier soir, après une journée de bombardement, nous avions entendu, vers 22 h, une violente canonnade avec fusillade. Ce matin, à 5 h ½, c’es le roulement effrayant des départs de nos 120 qui nous a réveillés. L’ampleur du son de ces détonations ne ressemble en rien aux claquements de 75. On pourrait comparer le bruit de ces dernières pièces, au déchirement sec produit par l’arrivée soudaine de la foudre, au cours d’un orage, et celui occasionné parles autres avec le grondement de tonnerre précédant la décharge électrique.

– Hier, nous avons vu dans Le Courrier, l’appel suivant, s’adressant aux catholiques rémois :

Appel aux catholiques rémois. L’épreuve se prolonge pour notre ville de Reims. Beaucoup de familles sont déjà frappées dans leurs membres et dans leurs intérêts ; toutes ont passé par de cruelles angoisses, les dangers présents et l’inquiétude du lendemain.

La ville aussi est atteinte au vif, dans les souvenirs de son passé, dans ses fondations religieuses et communales, dans ses richesses artistiques, dans son industrie.

Il convient que la population catholique demeurée nombreuse, réveillée parla douleur, se tourne vers DIEU, maître des événements, trop souvent offensé ou délaissé, et le prie avec instance de ne pas prolonge la peine déjà lourde pour nos épaules.

De toutes nos forces, demandons à Saint-Remi et à Jeanne d’Arc d’intercéder pour notre cité, pour sa prompte délivrance et pour le salut de notre Patrie.

J. de Bruignac, A. Benoist, H. Bataille, Ch. Demaison, Ch. Heidsieck, Gve Houlon, L. Mennesson-Dupont, H. Abelé, Pol Charbonneaux, R. Dargent, Félix Michel

– dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons d’abord ceci, en caractères gras :

Les ravages du bombardement. D’après de nouvelles instructions de l’autorité militaire, défense nous est faite de continuer cette rubrique.

Nous exprimons donc aux personnes qui nous avaient adressé des renseignements à y insérer, le regret de ne pouvoir leur donner satisfaction.

Les journaux ne nous donnaient déjà pas beaucoup d’indications sur les événements malheureux accablant notre pauvre ville de Reims. Désormais, nous ne serons probablement plus informés de rien ; l’autorité militaire en a décidé ainsi. Cela m’incite à continuer de prendre mes notes, à les tenir exactement au courant et à observer.

– Le journal parle ensuite du cours des denrées :

Sur les marchés. Le marché du samedi était assez bien approvisionné ; voici lecoursmoyen des denrées :

Pommes de erre longues, de 0.25 à 0.30 le kilo ; oignons 0.30 à 0.35 ke kilo, échalotes, 0.40 le kilo ; haricots, 0.25 le ½ kilo, beurre, de 2 F à 2.40 le kilo ; maroilles, de .50 à 1.60 la pièce.

Le lapin et la volaille, peu abondante, – prix variable.

À la criée municipale, le bœuf est vendu de 1.60 à 2.0 le kilo.

– Enfin, sous la rubrique « Dans Reims », nous lisons encore :

Depuis que le CBR a repris le service sur Fismes et Dormans, le nombre de nos concitoyens qui en ont profité pour évacuer notre ville, se chiffre par près de 6000.

Des trains supplémentaires durent être formés dans les premiers jours où ce service fut organisé, tant l’affluence était grande.

Depuis les trains réguliers seuls fonctionnent.

– Et faisant suite à l’information précédente, ce qui suit :

Dans les rues et les avenues pouvant être fréquentées sans danger, on ne peut guère poser les pieds sans écraser du verre pilé.

N’y aurait-il pas moyen de remédier à un tel état de choses.

En effet, depuis six semaines, les trottoirs de la plupart des rues passagères sont littéralement couverts de verre cassé provenant des glaces des devantures, ou des très nombreuses vitres brisées par le choc d’éclats ou la violence des déplacements d’air, produits lors des explosions d’obus.

– L’autorité militaire a fait insérer cet avis :

Avis de l’autorité militaire. Les habitants sont invités à recueillir les objets d’armement, équipement et harnachement trouvés sur les champs de bataille et à les remettre aux commandants d’Étapes d’Ay, Épernay, Oiry et Chalons.

Ils recevront immédiatement une prime s’élevant à : ·

  • 10 f pour un fusil ·

  • 8 f pour une selle, ·

  • 6 f pour une bride complète, ·

  • 3 f pour un licol, ·

  • 3 f pour un havre-sac, ·

  • 2 f pour un ceinturon, ·

  • 2 f pour une baïonnette avec fourreau, ·

  • 1 f pour une baïonnette sans fourreau, ·

  • 0.50 f pour une cartouchière,

ces objets étant en état suffisant pour être utilisés.

Au cas où d’autres objets seraient présentés, il serait attribué aux porteurs, une prime proportionnelle à leur valeur, d’après les bases du tarif ci-dessus.

Par contre, tout particulier qui sera trouvé possesseur d’objets appartenant à l’armée au-delà d’un délai de quinzaine, après le départ des commandants d’étapes de champ de bataille, sera passible de poursuites pour vol et recel.

Ceux qui, passé ce délai, découvriraient des objets abandonnés, devraient les déposer immédiatement à la mairie la plus voisine.

– Un lecteur du journal lui a adressé une nouvelle lettre, « à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis ».

– Dans l’Eclaireur de ce jour, nous trouvons un nouvel appel de la Croix-Rouge, ou de son président ; le voici :

La Croix-Rouge française. Société française de secours aux blessés militaires.

Les membres de la commission exécutive, ainsi que le personnel des hôpitaux (médecins, pharmaciens, administrateurs, comptables, infirmières et brancardiers) demeurés à ce jour à Reims et susceptibles de continuer leurs fonctions, sont instamment priés de se faire inscrire rue de Vesle 18, à la permanence, dans la matinée de neuf à onze heures.

Le président : M. Fabre

– Le même journal publie plus loin ceci :

Les « on-dit ». Parmi les « on-dit » qui circulent suivant la fantaisie des uns et des autres, il en est un qu’il nous est permis de démentir officiellement, c’est celui qui vise l’évacuation de la ville, qui n’a d’ailleurs jamais été envisagée par la municipalité.

– Dans les derniers numéros de L’Éclaireur, nous avons trouvé des en-têtes en lettres énormes, pour annoncer :

Le 5 octobre : « La situation est généralement favorable. Notre aile gauche a repoussé un violent effort de l’ennemi. L’armée du Kroprinz a été de nouveau refoulée. »

Le 7 octobre : « …La grande victoire russe sur les allemands. »

Le 8 octobre : « Situation de plus en plus favorable. Les Allemands tentent un mouvement débordant sur notre aile gauche. Nous continuons à gagner du terrain sur Soissons et Berry-au-Bac. »

Le 11 octobre : « La bataille se poursuit à notre avantage, etc. Les Russes et les Serbes continuent à avancer. »

et tout ceci est simplement la reproduction d’extraits du communiqué, dont les journaux, ainsi que leurs lecteurs doivent se contenter.

Comme nous nous souvenons trop bien que « l’informateur de Reims » nous apprenait déjà, en gros caractères, le 1er septembre : « Les Français continuent de supporter le choc des Allemands et leurs infligent des pertes considérables, » alors que les éclaireurs ennemis entraient dans Reims, le surlendemain, nous ne pouvons véritablement pas nous emballer, aussi, préférons-nous attendre pour nous réjouir.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Pas de bombes. Canonnade presque continue des Français. Nuit, pas de bombes sur la ville. Violente canonnade de temps en temps. Prise d’Anvers par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Ce dimanche, en sortant de la grand’messe de St Jacques, Mme Henri Bertrand me présente ses condoléances émues et me dit avoir entendu parler depuis 3 semaines déjà du décès d’André ; elle n’en avait parlé à personne, craignant de se faire l’écho du fausse nouvelle, et c’est seulement à l’église qu’elle y a cru réellement en voyant mon accablement.

Son mari est en bonne santé, mais c’est à peine si elle peut me le dire, tant l’impressionne l’infortune de Marie-Thérèse.

Au déjeuner de midi, nous avons Mme Jacquesson qui vient d’apprendre l’hospitalisation de son fils à St Brieuc : à Dammartin, il a reçu une balle qui, traversant la cuisse gauche, s’est arrêtée dans la droite sans occasionner de fracture.

Il n’a pas beaucoup souffert de sa blessure, et escompte un prompt rétablissement.
– M. Cohen, du petit Paris, m’apprend la mort de son fils, ainsi que celle de Robert Denoncin ; lui aussi connaissait avant moi celle d’André, c’est pour quoi la crainte de me rencontrer l’éloignait depuis quelques temps de la maison.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Dimanche 11 octobre

Les Allemands sont entrés dans Anvers, dont quelques forts tiennent encore, mais l’armée belge est sortie de la ville avant l’occupation, et la victoire de l’ennemi s’en trouve d’autant diminuée.
Notre ligne dans tout le nord de la France demeure intacte, et c’est là un succès pour nous, eu présence de la violence des attaques germaniques. Autour de Lille, à la Bassée, Armentières, Cassel, les engagements de cavalerie continuent. Une grande action se déploie au nord, au sud et à l’est d’Arras; nous avons progressé au nord de l’Oise et prés de Saint-Mihiel.
Les Russes, peu à peu, refoulent les Allemands qui essayaient de se défendre à la frontière de la Prusse orientale, et qui ont perdu 60.000 hommes à la bataille d’Augustovo.
Le roi Carol Ier est mort à Sinaïa, dans son palais d’été, à l’âge de soixante-quinze ans. Son neveu Ferdinand lui succède. Il se peut que ce changement de monarque revête une grande importance au regard de la politique européenne, car deux partis se heurtaient à Bucarest : un parti populaire, soutenu par l’opinion politique et qui réclamait l’entrée en scène de la Roumanie aux côtés de la Triple-Entente; un parti de cour qui se groupait autour de Carol Ier, un Hohenzollern, hostile, bien entendu, à une évolution diplomatique trop accentuée.
Le gouvernement italien cherche un successeur au ministre de la Guerre, le général Grandi, qui a donné sa démission presque en même temps que le sous-secrétaire d’État, le général Tassoni. Ce cas est délicat, l’état-major réclamant de grosses dépenses. Il se pourrait que le ministre des Affaires étrangères, M di San Giuliano, rentrât dans la vie privée.

 

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