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Mardi 6 février 1917

Kut-el-Amara

Louis Guédet

Mardi 6 février 1917

878ème et 876ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Toujours froid terrible, pour la première fois mes brocs ont gelé contre mon poêle. Temps brumeux le matin, beau soleil chaud l’après-midi, à croire une détente, mais vers 5h1/2 le froid reprend de plus belle. Mon vieil expéditionnaire n’est pas venu ce matin, il a craint le froid sans doute, car hier il ne pouvait travailler à cause du froid. Travaillé un peu, fait des courses. Après-midi sorti pour des courses aussi. A 4h1/2 des obus un peu partout à long intervalles, 5/7 minutes, rien dans mon quartier. Je suis rentré à 5h1/4 quand çà a cessé. A l’instant une volée des nôtres, 8/10 coups sans arrêter, et le silence. Reçu lettre de ma pauvre petite femme toujours bien courageuse, mais ce qu’elle doit souffrir du froid !! et Marie-Louise et Maurice !! J’en ai les larmes aux yeux. (Rayé) pour (rayé)!!

Rencontré un employé d’octroi que je connais depuis 25 ans qui est ami du Capitaine Théobald. Il m’a raconté comment mes attendus étaient passés, c’était bien comme on me l’avait déjà dit une farce faite par lui à la Bande Colas, Girardot et Lallier. Il m’a affirmé que (rayé) était franc-maçon, alors cela explique bien des choses…  et cela me confirme que cet imbécile-là a été de connivence avec les 2 autres aliborons !! Je suis donc bien fixé maintenant. Voilà ma journée. Demain Caisse d’Épargne où je suis de service de 9h1/2 à 11h1/2.

Nous sommes toujours sans eau, il faut aller en chercher chez les voisins. C’est bien gênant. J’ai à peine 5° au-dessus dans ma chambre et mon poêle brûle. Il est vrai que je ménage mon bois. Quelle vie de misère, toujours sur les mêmes !!

8h soir  Il fait très froid, il gèle déjà dans ma chambre. Avant de me coucher pour avoir chaud, il faut pourtant que je note qu’on m’a appris au Greffe Civil qu’Auguste Goulden était aujourd’hui à Reims !!! après son affaire ! c’est revenir bien vite ! et bien facilement. J’apprends cela aussi dans la Ville !! Bref cette réapparition prématurée fait plutôt mauvais effet, et a une mauvaise presse !! De différents côtés j’ai entendu me dire : « Oui on laisse rentrer Goulden et on refuse à des femmes et à des enfants l’autorisation de rentrer à Reims pour se soigner et même assister aux obsèques de leur père ou de leur mère ou de leur mari !!

Ce qui est exact.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 6 – – 9°. Nuit tranquille en ville ; canons au loin ; mitraillade autour de Reims entre batteries. A 1 h. lourde canonnade française, les vitres tremblent. De 4 h. à 5 h. duel d’artillerie, bombes sifflantes. Deux femmes tuées à Saint-Remi et un enfant blessé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 6 février

Un coup de main sur les tranchées allemandes du Reichackerkopf (ouest de Munster) nous a permis de faire 16 prisonniers et de capturer une mitrailleuse.

Dans la nuit du 2 au 3 février et dans la nuit du 4 au 5, nos escadrilles ont bombardé le champ d’aviation de Colmar (Alsace), les usines militaires de Rombach, les gares de Chauny, Ham et Appilly. Un incendie a été constaté dans les bâtiments de cette dernière gare.

Sur le front belge, les Belges ont fait sauter un petit poste ennemi au nord de la Maison-du-Passeur. Activité d’artillerie soutenue.

Sur le front italien, activité moyenne d’artillerie dans le Trentin. Sur le haut Degano, un détachement ennemi a tenté de faire irruption sur les positions de nos alliés : il a été promptement repoussé.

Les Allemands ont éprouvé de nouveaux échecs sur le front russe, près de Kolncem et au nord-ouest de Friedrichstadt. Un avion allemand a atterri près de Postawy.

Avance anglaise dans les alentours de Kut-el-Amara. La cavalerie britannique a atteint sur la rive droite du Tigre un point situé à 25 milles à l’ouest de cette localité. A l’ouest de la jonction du Hai et du Tigre, nos alliés ont pris trois lignes successives de tranchées sur une étendue de 650 mètres et une profondeur de 400. Les pertes des Turcs ont été très lourdes.

La presse allemande réclame la guerre contre l’Amérique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Kut-el-Amara

Kut-el-Amara

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Dimanche 4 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 4 février 1917

876ème et 874ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Gelée de plus en plus forte, tout gèle, hier j’ai failli ne plus avoir d’eau, et ce matin de même. En ce moment il y a 12° au-dessous, les carreaux sont gelés partout. C’est un froid terrible que je n’ai pas vu depuis 1895 et 1888/1889. Pauvres soldats !! Et ma pauvre femme et mes pauvres petits, qu’ils doivent souffrir à St Martin de ce froid !! Pourvu qu’ils aient assez de chauffage !! Quelle torture pour moi en songeant à cela. Ajoutée à toutes les autres !! Qu’ai-je donc fait pour souffrir ainsi ?!! Et pas de solution à cette vie malheureuse ! au contraire plus cela avance, plus je vois que nos souffrances augmentent !! quand verrai-je la fin de nos misères, et surtout de celles de ma pauvre femme et de nos petits ! Aujourd’hui dimanche, journée difficile à passer à cause du non travail. Que faire ?? Je vais tâcher de m’occuper.

6h1/2 soir  Sorti un peu cet après-midi, porté mes lettres à la Poste, rencontré le Gendarme Henry de la Brigade de Sedan, toujours au coin de la rue des Capucins vers 2h, qui me rappelait que je l’avais interpellé en lui disant de s’éloigner tandis que le Commissaire Central me sermonnait  ?? au coin de la rue des Capucins le 6 ou 7 octobre 1916, et me transmettait les significations de cet Aliboron de Colas au sujet de mes acquittements des procès de simple police du 3 octobre 1916. Oh ! M. le Juge, j’ai compris maintenant pourquoi vous me disiez de passer au large l’autre jour !! Ah !…  Vous nous avez rendu un rude service en engueulant Colas et Girardot. Voilà Colas parti, j’espère bien que l’autre suivra bientôt. Nous avons enfin la Paix. Quand je pense, M. le Juge, que Colas nous disait un jour que nous devions être à l’égard des Rémois aussi durs et aussi sévères que les Gendarmes allemands !! C’est honteux. On peut faire son service sans être des brutes !! Voilà encore un point sur Colas de fixé. En attendant d’autres. Il m’a promis de me fournir l’ordre du jour de Girardot où il disait qu’on ne serait jamais assez durs et sévères avec la Population Rémoise ! J’y compte.

Été voir M. Millet-Philippot, 29, rue Ponsardin en passant rue Cérès, boulevard de la Paix, rue Gerbert et rue Ponsardin. Que de Ruines encore rendues plus tristes par la neige. C’est lugubre. Pour lui demander quelques renseignements sur la mort de Varenne, notre regretté secrétaire de la Chambre des notaires, et sa femme (Émile-François Varenne, et son épouse Léontine Delaire, ils habitaient au 21, rue Ponsardin). Ils ont été tués au bombardement du 18 septembre 1914 dans la matinée, vers 9h/10h, lui un éclat au cou et plusieurs dans le corps, et sa femme les 2 pieds coupés. Il parait que celle-ci avait une expression de terreur effrayante sur le visage. On les a roulés en hâte dans 2 draps et portés tels quels au cimetière du sud dans la même fosse l’un sur l’autre. On était pressé alors !! et surtout terrorisés par ces premiers bombardements. C’est Peltereau-Villeneuve qui est leur notaire et qui a les papiers trouvés sur eux ou près d’eux dans la cave où ils gisaient, côte à côte…  Singulière fatalité, il parait qu’ils venaient toujours se réfugier dans la cave de M. Millet, celle-ci paraissant plus sûre que le leur. Il a fallu qu’ils se trouvent ce jour-là dans la leur. Ils devaient partir 2 ou 3 jours après, dès que Varenne aurait touché une rente viagère qui devait l’aider à payer son voyage. Tout s’enchaine !! C’est la destinée ! Je vais pouvoir renseigner Decroos, notaire à St Omer qui me demandait ces renseignements pour une sœur de Mme Varenne, sa cliente. J’en profite pour lui demander des nouvelles de Mme Lengaigne, dont nous n’avons plus depuis longtemps…  son fils ainé doit être soldat comme mon Jean, ils étaient du même âge.

Rentré ensuite, écrire un peu. Passé voir Melle Payard et sa compagne Melle Colin 40, rue des Capucins, bavardé une demi-heure et rentré définitivement. Il va encore faire très froid cette nuit. Quand cela finira-t-il ? On souffre vraiment !!…  Heureusement qu’on ne nous bombarde pas ! Descendre à la cave par ce temps, ce serait bien pénible !! surtout la nuit !!…

Absence des feuillets 423 et 424, le court passage du 5 février a été recopié par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 4 – Septuagésime.- 13°. Nuit tranquille. Expédié réponse sur les Séminaires au Cardinal de Lai.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 4 février

Canonnade intermittente sur divers points du front. Rencontres de patrouilles dans la région de Bezonvaux; nous avons fait des prisonniers.

Deux avions ont été abattus dans nos lignes par le tir de nos canons spéciaux : l’un à 0ulches (Aisne), l’autre près de Bloue-Sablons (région de Beaurieux).

Sur le front belge, rencontres de patrouilles devant Dixmude : elles se sont terminées à l’avantage des Belges. Plusieurs tentatives de l’ennemi pour pénétrer dans nos tranchées, après préparation d’artillerie, ont échoué sous les feux d’artillerie et d’infanterie belges.

Sur le front russe, dans la région de Kemmern (ouest de Riga), un avion allemand a jeté une bombe qui a blessé 10 soldats. A 1’est de la chaussée de Kolncem (ouest de Riga), 1es Al1emands ont attaqué les troupes russes après un feu violent, mais leurs vagues ont été brisées. Les Allemands renouvelèrent encore leur attaque, mais sans aucun résultat. Les autos cuirassées ont été d’un précieux concours à nos alliés.

Un avion allemand a bombardé un train express à Kreutzburg, près de Jacobstadt; un autre, le village de Gojowo.

Fusillade et canonnade sur le front roumain.

Lloyd George, ministre d’Angleterre, a prononcé un grand discours à Carnavon.

Les délibérations au sujet de l’attitude à prendre vis-à-vis du blocus allemand continuent à Madrid et à Washington.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux

Bezonvaux

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Vendredi 26 janvier 1917

Louis Guédet

Vendredi 26 janvier 1917

867ème et 865ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours temps très froid, avec soleil très beau. Quelques salves de coups de canon. Ce matin audience civile, peu d’affaires, notamment la fameuse affaire Goebel-Fontainier-Duytsche d’injures réciproques. Tout le monde était calme ce matin. Je rendrai mes jugements (3 !!) et tout le monde sera content, car le les mettrai dos-à-dos, sauf Fontainier qui écopera un peu plus pour ses injures de « Prussien, Boche » adressés au Père Goebel. Dieu que ces gens-là sont stupides !! à se chicaner à quelques 100 mètres des allemands.

Courrier très tard cet après-midi. Pas de journaux. Il se confirme qu’on masse quantités de troupes autour de Reims. Est-ce une mesure de précaution, une feinte ou une attaque éventuelle. C’est quand même inquiétant ! et surtout énervant, avec des bruits insensés qui courent en ville, évacuation, bombardement, entrée des allemands dans la ville, etc…  etc… ! Il a été en effet question à nouveau d’évacuer la ville, vient de me dire le Commissaire central M. Palliet, mais l’affaire est définitivement enterrée. Notre conversation m’amusait beaucoup, car le pauvre Commissaire Central s’ingéniait à ma fourrer le nom de Colas à toutes les sauces, le couvrant de fleurs, affirmant que c’était grâce à lui qu’on ne nous évacuait pas, etc… Il aurait été si heureux que je saisisse la balle au bond pour changer à fond contre le susdit Colas,et savoir ce que je pensais de son départ…  forcé. Il en a été pour ses frais, çà n’a pas pris ! Mais quel mal il s’est donné ! Voilà ma journée, assez monotone. Entré un instant chez Vinot, le corroyeur (cordonnier), là un de ses amis m’a certifié qu’il savait d’un gendarme que Colas, dans une conférence à la Gendarmerie aurait dit : « qu’il voulait que comme en Allemagne les rémois aient la terreur des Gendarmes et qu’ils tremblent de tout leurs membres à la vue d’un seul. »

La page suivante a été supprimée.

(Rayé) ! Vu M. Lorin avec qui je déjeunerai samedi prochain. Il a de bonnes nouvelles de son fils prisonnier. Voilà ma journée. Pas de journaux ce soir, les trains ayant toujours du retard. On est fiévreux, inquiets, nous voilà sans doute dans une période de mauvais jours.

Deux obus viennent de « miauler » au-dessus de la maison, il y avait longtemps que je n’en avais entendu ici (15 jours ou 3 semaines), pourvu que ce ne soit pas le commencement d’une série ; il est vrai que les nôtres les ont bien ennuyés aujourd’hui ! Quelle vie…  sans lendemain…  de tourments…  de fous !…  et voilà bientôt le 30ème mois de cette vie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Nuit très tranquille sauf gros canons vers 9 h. – 7°. Neige persiste. Via Crucis in Cathedrali. Rencontre à la Cathédrale de M. Baudet et du Capitaine Saglier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 janvier

Les Allemands ont tenté, sans succès, après un vif bombardement, un coup de main sur nos tranchées, à 3 kilomètres au sud-est de Berry-au-Bac. L’ennemi a laissé des morts sur le terrain.
Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations et les batteries allemandes de la région de Bures (nord-est de Lunéville) et de l’Hartmannswillerkopf. Lutte d’artillerie assez vive en Haute-Alsace.
Guynemer a abattu son 27e avion près de la gare de Chaulnes. Le lieutenant Heurteaux a descendu son 17e avion. Un autre avion allemand a été abattu dans nos lignes aux environs de Vauxcéré (Aisne).
A l’est de Riga, les Allemands ont été rejetés dans leurs tranchées. L’ennemi a été également rejeté vers le sud entre les marais de Tiroul et la rivière Aa. Par contre, à l’ouest de l’Aa, les Russes ont été refoulés d’une demi-verste vers le nord.
Dans la mer Noire, un sous-marin russe a coulé près du Bosphore 4 navires; 3 autres navires, contraints de se jeter à la côte, ont été détruits par la tempête.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Chaulnes

 

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Mercredi 24 janvier 1917

Louis Guédet

Mercredi 24 janvier 1917

865ème et 863ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps très froid, la brise est mordante, mais beau soleil. Toute la matinée canon et bombardement sur nos faubourgs et le boulevard de la Paix. Nos canons répondent avec supériorité. Allocations militaires à la Ville. Rien d’extraordinaire. En retournant chez moi avec M. Gustave Houlon qui allait aux Hospices, rencontré le Dr Simon qui m’apprend le départ du Lieutenant-colonel Colas de Reims. Première exécution en attendant celles de Girardot et de Lallier qui ne doivent pas tarder à suivre le mouvement. Il va au dépôt d’un régiment de cuirassiers en attendant une autre destination. Un peu de tranchées lui fera du bien à ce pierrot-là, ainsi qu’à ses 2 acolytes !! On peut dire qu’il aura tenu Reims sous sa botte. (Rayé).

Que va dire… !!  …quand sera-t-il aussi « débarqué ». Fini la noce, la fête !! Voilà enfin le commencement des sanctions sur la suite de mon affaire de simple police. Les lâches qui m’ont tiré dans le dos reçoivent enfin leur châtiment. Beaucoup seront enchantés de cette exécution. Après-midi, reçu prestation de serment de Mt Huc avocat, comme suppléant de Prudhomme, avoué à Reims. Causé longuement avec lui, il m’apprend qu’il n’y a pas encore eu d’audiences civiles depuis que le Tribunal est transféré à Épernay !! Il parait que Messieurs les avoués n’inscrivent aucune affaire au rôle !!! Ce n’est cependant pas la Peur des bombes qui doit les empêcher de vaquer à leurs fonctions maintenant ?!! non plus que le Tribunal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 janvier 1917 – Sifflements et fortes canonnades. –  La gelée, qui a pris depuis quelques jours, continue et devient rude. La nuit passée, le thermomètre a marqué — 14°.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille en ville. Mitrailleuses au loin. – 9°. La neige ne fond pas. Soleil. Aéroplanes ; tir contre avions français de 12 h. à 14 h. A partir de 13 h., bombes sifflent pendant 4 heures. Canons français répondent. Le soir, vers 10-11 heures, violentes canonnades françaises.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 24 janvier

Canonnade assez active en Champagne et en Argonne.
En Lorraine, nous avons effectué un coup de main dans les lignes adverses, dans la région de Rechicourt. Une pièce ennemie à longue portée a lancé quelques obus dans la région de Frouard. En Alsace, dans le secteur d’Hirtzbach, rencontres de patrouilles. Lutte d’artillerie vers Largitzen.
Dans la matinée, des avions ennemis ont jeté 5 bombes sur Montdidier.
Un fokker a atterri dans nos lignes près de Fismes. Deux autres avions allemands ont été abattus près de Marchélepot et d’Amy (Oise).
Activité d’artillerie sur le front belge, particulièrement dans la région d’Hetsas, où la canonnade a été très violente. Les Anglais ont exécuté avec succès un coup de main dans la région de Neuville-Saint-Vaast, où ils ont fait de nombreux prisonniers. Leurs grenadiers ont été très actifs dans la région de Fauquissart. L’ennemi a tenté deux attaques entre Armentières et Ploegstaert. Les deux attaques ont été refoulées avec de grosses pertes pour les Allemands.
Canonnade sur l’ensemble du front. Un avion allemand a été capturé près d’Aubigny.
Sur le front italien, activité d’artillerie intense dans le Trentin et dans la région de Plava.
Sur le front russe, combats près de Riga et sur le Stokhod.
Combat naval en mer du Nord. Les Allemands auraient perdu plusieurs contre-torpilleurs et les Anglais un seul.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

Fismes, la gare du CBR et la sucrerie

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Mardi 17 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 17 octobre 1916

766ème et 764ème jours de bataille et de bombardement

6h soir Journée grise, froide. Pour la première fois j’ai été obligé de faire du feu. Je vais dîner ce soir dans ma chambre aussi pour la première fois. Reçu lettre de Madeleine me disant que Jean et Robert sont très fatigués !! Il faut que tout s’en mêle. Mes épreuves ne cesseront donc pas. Vu le président Hù qui prétend que si la Chancellerie me faisait la moindre observation que je devrais leur jeter ma démission à la figure. A la Ville Raïssac, Houlon et le Maire sont d’un avis contraire : « Les habitants de Reims, disent-ils, vous font confiance et vous sont tous reconnaissants d’avoir élevé la voix pour les défendre. Si vous donnez votre démission, ils vous reprocheraient de déserter et de les abandonner ! » C’est un peu mon avis. Enfin attendons et Dieu veuille que le Procureur Général envoie promener toutes ces brutes galonnées qui n’admettent pas qu’on leur résiste. Ce sont des brutes ! Le substitut Mathieu est arrivé quand j’étais avec le Président pour lui communiquer une lettre du Général qui renvoyait mon jugement Simon sous prétexte que les considérants n’étaient pas les mêmes que ceux publiés dans les journaux. Le Président lui a dit d’envoyer coucher le Général en lui disant qu’il n’avait qu’à se rapporter aux considérants du jugement qui est l’acte authentique, et non au texte des journaux qui ne le regardent pas…  Pan !! attrape ! (rayé)…foiré ! encore une bûche !

Parti à 2h, rentré à 5h1/2. Je suis éreinté. Mon Dieu pourvu que je sorte avec honneur de tout cela. C’est tout ce que je demande. Du reste ce que j’ai fait, c’est pour l’honneur que je l’ai fait.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit tranquille. + 5°. Huit bombes (sur batteries ?). Visite à l’Ambulance, à M. le Doyen de Saint-Remi, au Lieutenant Colonel Colas. Rentrée en France et visite de M. l’Abbé Poreau, prisonnier en Allemagne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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16


Mardi 17 octobre

Nous avons pénétré dans le village de Sailly-Saillisel et occupé les maisons en bordure de la route de Bapaume jusqu’au carrefour central. L’ennemi a réagi très violemment. Nous nous sommes néanmoins consolidés dans la partie conquise.
Au sud de la Somme, nous avons repoussé une violente contre-attaque à l’est de Berny-en-Santerre; nous avons enlevé un petit bois et pris deux pièces de 210 et une de 77 entre Genermont et Ablaincourt. Au cours de ces actions, nous avons fait 110 prisonniers dont 4 officiers. Dans le secteur de Lassigny, un avion allemand atteint par notre artillerie est tombé en flammes dans ses lignes.
Sur le front belge, duel d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Steenstraete.
Les Anglais signalent un violent bombardement ennemi au sud de l’Ancre. Au nord de Courcelette, une attaque à la grenade a été aisément rejetée, une autre plus considérable a été repoussée à la redoute Schwaben. Nos alliés ont exécuté avec succès des coups de main au nord-est d’Ypres, au sud-est de Saint-Eloi et à l’est de Ploegsteert. Ils ont ramené des prisonniers.
Les Russes ont fait 1200 prisonniers en Galicie.
Les Roumains ont brisé de nouvelles offensives austro-allemandes tout le long de la chaîne des Alpes transylvaines.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 27 janvier 1916

Louis Guédet

Jeudi 27 janvier 1916

502ème et 500ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps gris, nuageux, anniversaire de la naissance du Kaiser ! Ainsi pour bien nous le resignifier avons-nous été arrosés (dans toute la Ville) copieusement pendant une 1/2 heure, 3/4 d’heure de 1h1/2 à 2h-2h1/4. J’étais à causer avec le Lieutenant-colonel Colas, commandant de Place, en face de chez Boncourt, au coin de la rue Libergier et de la rue Tronsson-Ducoudray, place du Parvis Notre-Dame et que nous allions vers le Palais de Justice où j’avais mon audience militaire de réquisitions, une détonation, un sifflement au-dessus de notre tête. C’était le commencement du bal ! Tout en continuant la consultation fiscale que le colonel me demandait, nous allons nous réfugier au Lion d’or, où je descendis un instant dans la descente de l’escalier de la cave. Puis je me décidais à aller au Palais où j’imaginais que l’on m’attendait.

Avant de me quitter le Colonel Colas m’a raconté un incident dont il craint d’être la victime à l’occasion de la fameuse visite des artistes de la Comédie Française de l’autre jour. Le Maire avait, parait-il, demandé au général Franchet d’Espèrey (Franchement désespéré, comme on le nomme) d’autoriser ces artistes à venir à Reims en automobile. Le Général avait catégoriquement refusé l’auto. Le Maire avait même insisté disant que c’était ennuyeux de les faire venir en simple hippomobile. Franchet d’Espèrey aurait été intraitable. Le Maire ne se rendit pas, et de ce pas se rendit près du Colonel Colas et lui dit que d’accord avec le Général il le priait d’accorder le laissez-passer – Colas marcha – et la scène de cabotinage dans la Cathédrale et celle de l’Hôtel de Ville (séance dictée par l’actrice !!) eurent lieu.

Les journaux la relatèrent. Et en lisant cela, colère furieuse de Franchet d’Espèrey, de voir qu’on n’avait pas tenu compte de son refus, qui (d’après ce que j’ai bien compris, cru (?) comprendre) ne voulait pas que ces artistes viennent à Reims cabotiner !! Colère qui provoqua la comparution de Colas quia reçu l’avalanche et qui…  s’attend à être…  déplacé ! Je le regretterai, car il me rendait service. En tout cas d’après cela le Maire aurait eu un singulier rôle dans tout cela. Et au plus, ce n’est pas cela qui facilitera les rapports de civils à militaires, qui cependant sont déjà assez peu…  cordiaux…

En quittant Colas j’allais au Palais où personne n’était encore arrivé. Audience plutôt courte. Racine (le sous-intendant) charmant malgré le jugement Hayon. Celui-ci m’a conté les démarches de Mignot et Cie au sujet des réquisitions en retard. Bref tout cela c’est la bouteille à l’encre, et le…  désordre du haut en bas !! Pauvre France ! Ce n’est pas consolant d’instruire de tout cela !

Rentré à 5h chez moi et mis mon courrier à jour et commencé à préparer ma valise.

Reçu lettre de ma pauvre femme qui me dit que Jean voudrait s‘engager – je n’ose refuser – mais cela me saigne le cœur. S’il était assez fort seulement. Et puis, est-ce que je n’ai pas assez payé mon tribut de peines, soucis, malheurs, épreuves, souffrances, angoisses, etc…  pour eux tous ! Il me faudrait encore voir cet enfant et aussi Robert son frère partir…  à la tuerie. Non, ce ne serait pas juste, je dois les conserver. Tout cela me serre le cœur et me tourmente beaucoup.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 janvier 1916 – Anniversaire du Kaiser. Dans la matinée, quelques obus sif­flent.

— Les collègues de la « comptabilité, qui sont maintenant ré­unis en popote, m’ayant invité à déjeuner, nous sommes à table dans le bureau, lorsque vers 13 h 1/4 un arrosage sérieux com­mence. Nous entendons explosions sur explosions d’arrivées, par toute la ville et les projectiles se suivent rapides. Il nous faut donc terminer avec ce dessert imprévu et vider les lieux, non sans avoir pris la précaution d’enlever précipitamment tout ce qui est néces­saire pour prendre le café, que nous allons déguster dans le petit réduit situé près de la salle des appariteurs.

En raison de l’heure et quoique le bombardement n’ait pas été des plus violents, — 116 points de chute mentionnés dans le rapport de police — il y a des victimes dans les rues de tous côtés. Cinq tués et vingt-cinq blessés parmi la population ; en outre, trois soldats tués rue de l’Union-foncière et d’assez nombreux blessés dans les cantonnements.

Le Courrier d’avant-hier 25, revenant sur les fantaisies de la censure, donnait cette information :

La Censure et l’Histoire de la guerre.

Jusqu’ici, la censure s’était montrée à peu près respec­tueuse des droits de l’histoire. Un jour, elle avait supprimé tout un fascicule de L’Histoire de M. Hanotaux, mais ceci se passait à Bordeaux, il y a plus d’un an.

Cette semaine, la censure s’en est prise à L’Histoire géné­rale et anecdotique de la guerre de 1914, de M. Jean Bernard, que publie avec un succès qui s’affirme tous les jours, la librai­rie militaire Berger-Levrault.

M. Jean Bernard avait reproduit le triste article du séna­teur Gervais sur le 15e Corps en août 1914. C’est un document qui a été reproduit partout ; l’auteur montrait combien ces ac­cusations étaient injustes et il citait les paroles de M. Millerand à la tribune. Il réfutait avec des faits techniques, fournis par un officier témoin de ces journées fiévreuses — ceci avait déjà été publié dans La Dépêche de Toulouse. Enfin, il terminait par un extrait de La Revue des Deux-Mondes.

La censure a tout sabré : l’article de M. Gervais, le dis­cours du ministre, les arguments parus dans La Dépêche de Toulouse et même l’opinion de La Revue des Deux-Mondes.

Le 5e fascicule vient donc de paraître avec des blancs et la mention légendaire : « Supprimé par la censure ».

Après la guerre, tout sera rétabli, bien entendu, et, en at­tendant, ce 5e fascicule qui va devenir rare, constituera une curiosité bibliographique.

A quelque chose, malheur est bon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Jeudi 27 – Nuit tranquille pour la ville ; + 10 ; très violente et bruyante canonnade française. Bombes sifflantes allemandes. Midi 1/2 bombes alle­mandes sifflent pendant 1/2 heure ou 3/4 d’heure. Visite de M. Berger (Con­seiller général, Maire de Loivre). Aéroplane à 3 h. Bombes : 3 tués ; École Ste Geneviève, rue de Savoye, rue Rogier, rue de Venise. Beaucoup de victimes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 27 janvier

En Belgique, nous avons bombardé efficacement les tranchées et boyaux ennemis de la région de Steenstraete où l’on constatait des mouvements de troupes.
En Artois, activité d’artillerie. L’ennemi a fait exploser près du chemin de la Folie (nord-est de Neuville-Saint-Vaast) quelques mines, dont il a occupé les entonnoirs; près de la route de Neuville à Thélus, nous l’avons chassé des derniers entonnoirs qu’il avait pris.
Dans la région de Roye, notre artillerie a bouleversé, à l’ouest de Laucourt, un ouvrage que l’ennemi a été forcé d’évacuer. Nos patrouilles y ont pénétré et en ont rapporté du matériel abandonné par les Allemands.
Un zeppelin a lancé des bombes sur les villages de la région d’Épernay. Elles n’ont causé que des dégâts matériels insignifiants. Ce dirigeable a été canonné par nos auto-canons.
A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous avons cartonné les organisations allemandes du bois Le Prêtre.
Sur le front russe, duel d’artillerie le long de la Strypa. Un grand nombre de soldats allemands ont eu les pieds gelés. Près d’Erzeroum (secteur d’Arménie), nos alliés ont continué à capturer des Turcs.
Le congrès des Trade Unions britanniques se prononce en faveur de la lutte jusqu’à la victoire

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Mardi 4 janvier 1916

Cardinal Luçon

Mardi 4 – Nuit tranquille ; + 6. Visite au général Castein, au colonel Colas. A M. le Doyen de S. Remi, au sujet des réquisitions du clocher. Visite du général Laude.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Famille pendant la Guerre - Collection privée

Famille pendant la Guerre – Collection privée

Mardi 4 janvier

En Belgique, notre artillerie a continué à se montrer active. Nos batteries et les batteries belges on exécuté sur une batterie ennemie, repérée à l’est de Saint-Georges, un tir qui a paru efficace.
A l’est de Boesinghe et dans la région de Steenstraete, nous canonnons avec succès les organisations ennemies.
Au sud de la Somme, bombardement des tranchées allemandes de première ligne près de Dompierre. Nous avons pris sous notre feu et dispersé au sud de Chaulnes un convoi de ravitaillement.
En Champagne, une nouvelle attaque à la grenade, dirigée contre nos position à l’ouest de Tahure a échoué.
Canonnade dans les Vosges au sud de Hirzstein.
Les Anglais ont fait éclater des mines à la Boisselle. Ils ont bombardé les tranchées ennemies au nord de Fromelles et à l’est d’Ypres.
On annonce que le roi du Montenegro ira rejoindre le roi de Serbie à Salonique.
Le gouvernement bulgare, en guise de représailles contre les arrestations de Salonique, a fait appréhender à Sofia le chancelier de notre légation.
Les Russes ont fait plus de neuf cents prisonniers en Galicie.
Un sous-marin a coulé le vapeur anglais Glengyle en Méditerranée.

 

 

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Vendredi 31 décembre 1915

Hôtel de Ville

Paul Hess

31 décembre 1915 – Au cours de l’après-midi, un appariteur passe dans les bu­reaux pour inviter, de la part de M. le maire, le personnel à se rendre dans la salle des mariages pour 16 h 1/2. A l’heure indi­quée, les employés de la mairie, auxquels se sont joints ceux de la sous-préfecture s’y trouvent réunis. Une table chargée de flûtes a été dressée.

  1. le Dr Langlet arrive ensuite, suivi de MM. Em. Charbonneaux, Gustave Houlon et du secrétaire en chef, M. Raissac, qui annonce que les maisons Werlé et Cie et Palisse ont gracieusement offert des bouteilles de champagne pour les services de l’hôtel de ville, à l’occasion de la fin de l’année.
  2. le maire prend alors la parole pour exprimer l’espoir que l’année 1916 nous apportera la délivrance par la victoire.

Réunion toute simple, de caractère assez grave, mais em­preinte surtout d’une grande cordialité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Hôtel de Ville

Hôtel de Ville


 Cardinal Luçon

 Vendredi 31 – Nuit tranquille. + 5 degrés – A 8 h. matin, canonnade contre deux avions, l’un français, l’autre allemand.

Visite du Colonel Colas, et de M. Gouloubow.

Lettre à Mgr l’Evêque d’Agen (Recueil, p. 89).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Vendredi 31 Décembre 1915. Mon bon tit Lou, une année de passée. Triste en tous points, de longs jours sans espoir et je veux espérer que celle qui va commencer nous réunira et je la bénirai

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 31 décembre

En Artois, notre artillerie a fait sauter un dépôt de munitions (sud-ouest de Beaurain).
Entre Avre et Oise, nos canons de tranchées bombardent les ouvrages ennemis et détruisent un dépôt de munitions près de Beuvraignes.
Entre Oise et Aisne, à Bailly, nous anéantissons des abris de mitrailleuses.
Au nord de Soissons, un tir de notre artillerie réglé par avions, a endommagé une batterie allemande.
Canonnade active dans les Vosges, notamment à l’Hartmansswillerkopf, à Metzeral et au Linge. Un de nos obus a provoqué dans la vallée de la Fecht cinq détonations successives. Une attaque allemande dans la région du Rehfelsen a été aisément repoussée.
Sur le front belge, accalmie.
En Macédoine, nos avions ont bombardé les parcs bulgares de Petrik, près du lac Doiran.
Aux Dardanelles, violente canonnade. Les Turcs visent nos tranchées de Seddul-Bar. Un cuirassé français a opéré contre la côte d’Asie. Un avion ennemi a été mis en fuite.
Deux contre-torpilleurs autrichiens ont été détruits dans l’Adriatique par les forces alliées.
Le cabinet anglais a, de nouveau, discuté le problème de la conscription. George V est rentré à Londres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 29 octobre 1915

Clinique Mencière

Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf quelques rares coups de canons ; pen­dant la matinée silence complet. Via Crucis in Cathedrali.

Visite à la clinique Mencière et au Lieutenant-Colonel Colas.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Vendredi 29 Octobre 1915. J’ai eu ce matin une lettre, mon Charles, d’une dame de Paris qui avait écrit à un soldat du 354e. Il lui a répondu que tu avais été tué fin septembre 1914. À force de l’entendre dire je devrais pourtant le croire. Mais c’est plus fort que moi, je ne pourrai jamais m’habituer à cette chose atroce. Quelle situation que la mienne ! Voir deux beaux petits comme j’en ai et ne pas t’avoir. Ta fille te connaît déjà. On lui demande où est papa et elle envoie des baisers à ton portrait. Comme cela me peine, tu serais si heureux.

Juliette Couronne est repartie à Épernay. Pendant son séjour elle n’a entendu aucun bombardement ; elle aurait quand même voulu se rendre compte de ce que c’était. Mais le parrain aurait tremblé pour elle.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Vendredi 29 octobre

Actions d’artillerie intenses et prolongées en Belgique, sur le front, Hetsas-Steenstraete, au nord d’Arras, au Bois-en-Hache et dans la région de Roclincourt.
L’ennemi a bombardé violemment en Champagne, nos positions de Tahure et de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont riposté par des tirs de répression systématique sur les tranchées ennemies.
Une de nos reconnaissances dans les Vosges a détruit une tranchée allemande au Reichackerkopf. Une contre-attaque allemande a été facilement repoussée.
Les troupes allemandes au front oriental renouvellent vainement leurs attaques dans la région de Dwinsk. Le feu d’artillerie est d’une énorme intensité. L’ennemi a subi un échec grave dans la région du confluent du Strypa et du Dniester.
Les Serbes ont reculé sur leur front nord, à 60 kilomètres au sud du Danube et près de Kragoujevatz. En Macédoine, les communications sont rétablies entre Velès, qu’ils ont reprise, et Salonique. Le général Bryan Mahon a été placé à la tête des troupes britanniques qui opèreront dans les Balkans.
Les Italiens appellent de nouvelles classes sous les drapeaux.
Le Reichstag allemand a été convoqué pour le 9 décembre.
Les Russes ont bombardé Varna, le po
rt bulgare de la mer Noire.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 6 juin 1915

Louis Guédet

Dimanche 6 juin 1915 

267ème et 265ème jours de bataille et de bombardement

3h après-midi  Je suis rentré hier soir vers 7h après 15 jours passés près de ma pauvre chère femme et des 3 petits. Les 2 ainés étant toujours l’un à Vevey (Suisse) pour se reposer, et l’autre à Paris pour sa philosophie. Je n’ai pour ainsi dire vécu que d’une vie animale tellement j’étais brisé physiquement et moralement.

La demi-page suivante a été découpée.

…Repris ce matin ma vie de galère. Eté à la Ville remettre mes lettres au Docteur Langlet, causé quelques instants avec lui et M. Raïssac, secrétaire général. Vu Houlon conseiller municipal. Après la mort de Pérot conseiller municipal socialiste qui s’est pendu pendant mon absence, désespéré de voir ses utopies internationalistes effondrées et ses collègues allemands comprendre la solidarité socialiste de la façon dont ils la pratique actuellement. C’était un esprit droit, qui sans conviction religieuse ne pouvait que finir ainsi : le suicide.

Après-midi et ce matin commencé à mettre à jour ma correspondance. Y arriverai-je ? Tellement j’en ai.

Je me demande de plus en plus si je pourrai aller jusqu’au bout, mes forces me trahissent parfois.

La demi-page suivante a été découpée.

Je lisais il y a quelques jours dans l’Écho de Paris du vendredi 4 juin, un article de Maurice Barrès intitulé « Les Veuves de la Guerre », et ce passage me frappait tant il était vrai et était applicable à quantité de ces héros (??) de l’arrière, le voici :

« Mais il ne faut pas qu’ils (les enfants) oublient. Il faut qu’ils aient de leur père un souvenir très lumineux, très vivant, qu’ils sachent bien que c’est parce qu’ils avaient un papa jeune, brave, robuste et vaillant qu’ils ne l’ont plus, que si leur papa avait été un papa à la conscience moins droite, un papa plus froussard, il serait embusqué dans un bon petit poste pas trop périlleux, et il serait revenu sain et sauf à la fin de la Guerre. Il faut que nos petits sachent bien qu’il vaut mieux pour eux n’avoir plus de papa qu’un papa lâche, pourvu qu’ils aient une maman vaillante et gaie. »

Cela n’empêchera pas que nous, ceux qui auront fait leur devoir, nous soyons toujours honnis et écrasés par ces lâches là comme le dit si bien Maurice Barrès. Tout cela est bien décourageant, et si seulement Dieu nous donnait dès maintenant un commencement de réparation, de satisfaction contre ces gens-là ! Mais c’est tout le contraire, comme me le disait si bien tout à l’heure cette brave Mlle Valentine Laignier qui elle aussi souffre de voir toutes ces lâchetés autour d’elle, comme moi-même je les vois, je les touche, je les subis.

Serons-nous récompensés ? Le châtiment est-il proche pour cette espèce là ? Je n’ose l’espérer. Foulés nous sommes ! Foulés nous resterons !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite du Général Pierron de Mondésir (1) et du Lieutenant-Colonel Colas. Procession du Saint-Sacrement à Sainte-Geneviève. Le matin, lecture du Mandement sur le Sacré-Cœur, à la rue du Couchant (Lettre pastorale, n°77)

A minuit, visite du Colonel Colas m’informant par ordre du Général de l’attaque qui va avoir lieu, et du péril de ripostes allemandes par un bombardement. L’attaque française commence vers 1 h. A peine entendit-on ici la défense des Allemands, peu de bombes sur la ville, 6 seulement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Le général Pieron de Mondésir commande une division dans le secteur de Reims. En 1917 il commandera le 38e Corps d’Armée qui tient les lignes des Cavaliers de Courcy à St-Léonard.


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Renée Muller

le 6 promenade chez nous au soir partie de barque avec Mr FRÈRE jusqu’au chalet Picard. Nous avons assisté à la messe au pont de Vrilly près des gourbis, c’était l’aumônier qui était avec le commandant de BAUCOURT

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Dimanche 6 juin

L’ennemi a prononcé trois violentes contre-attaques contre la sucrerie de Souchez et les tranchées au nord et au sud. Il a été repoussé avec de très grosses pertes; nous gardons toutes nos positions. Mieux : nous avons réalisé des progrès à Neuville-Saint-Vaast, où nous tenons plus des deux tiers du village, et dans le Labyrinthe où nous avons gagné 450 mètres. La grosse pièce qui avait tiré sur Verdun a été repérée et prise sous notre feu. Le béton de la plate-forme a été endommagé et un dépôt de munitions a sauté tout auprès.
Des zeppelins ont opéré sur la côte anglaise : les effets de leur bombardement ont été médiocres.
Sur le front oriental, nos alliés contiennent l’ennemi. Canonnade dans le golfe de Riga; offensive russe victorieuse sur le San inférieur; les Allemands qui venaient au secours du 14e corps autrichien ont subi un échec; graves pertes des Austro-allemands sur la rive droite du San; contre-attaque russe vigoureuse dans la région de Stryj.
Le roi de Grèce a subi une nouvelle opération.
Les sous-marins allemands ont torpillé à nouveau des bateaux anglais français et belges.
Les Allemands auraient fusillé M. Masson, député de Mons.
Une conférence a eu lieu à Nice, entre M. Carcano, ministre italien du Trésor et M.mac Kenna chancelier de l’Échiquier anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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