Louis Guédet

Mardi 17 octobre 1916

766ème et 764ème jours de bataille et de bombardement

6h soir Journée grise, froide. Pour la première fois j’ai été obligé de faire du feu. Je vais dîner ce soir dans ma chambre aussi pour la première fois. Reçu lettre de Madeleine me disant que Jean et Robert sont très fatigués !! Il faut que tout s’en mêle. Mes épreuves ne cesseront donc pas. Vu le président Hù qui prétend que si la Chancellerie me faisait la moindre observation que je devrais leur jeter ma démission à la figure. A la Ville Raïssac, Houlon et le Maire sont d’un avis contraire : « Les habitants de Reims, disent-ils, vous font confiance et vous sont tous reconnaissants d’avoir élevé la voix pour les défendre. Si vous donnez votre démission, ils vous reprocheraient de déserter et de les abandonner ! » C’est un peu mon avis. Enfin attendons et Dieu veuille que le Procureur Général envoie promener toutes ces brutes galonnées qui n’admettent pas qu’on leur résiste. Ce sont des brutes ! Le substitut Mathieu est arrivé quand j’étais avec le Président pour lui communiquer une lettre du Général qui renvoyait mon jugement Simon sous prétexte que les considérants n’étaient pas les mêmes que ceux publiés dans les journaux. Le Président lui a dit d’envoyer coucher le Général en lui disant qu’il n’avait qu’à se rapporter aux considérants du jugement qui est l’acte authentique, et non au texte des journaux qui ne le regardent pas…  Pan !! attrape ! (rayé)…foiré ! encore une bûche !

Parti à 2h, rentré à 5h1/2. Je suis éreinté. Mon Dieu pourvu que je sorte avec honneur de tout cela. C’est tout ce que je demande. Du reste ce que j’ai fait, c’est pour l’honneur que je l’ai fait.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit tranquille. + 5°. Huit bombes (sur batteries ?). Visite à l’Ambulance, à M. le Doyen de Saint-Remi, au Lieutenant Colonel Colas. Rentrée en France et visite de M. l’Abbé Poreau, prisonnier en Allemagne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 17 octobre

Nous avons pénétré dans le village de Sailly-Saillisel et occupé les maisons en bordure de la route de Bapaume jusqu’au carrefour central. L’ennemi a réagi très violemment. Nous nous sommes néanmoins consolidés dans la partie conquise.
Au sud de la Somme, nous avons repoussé une violente contre-attaque à l’est de Berny-en-Santerre; nous avons enlevé un petit bois et pris deux pièces de 210 et une de 77 entre Genermont et Ablaincourt. Au cours de ces actions, nous avons fait 110 prisonniers dont 4 officiers. Dans le secteur de Lassigny, un avion allemand atteint par notre artillerie est tombé en flammes dans ses lignes.
Sur le front belge, duel d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Steenstraete.
Les Anglais signalent un violent bombardement ennemi au sud de l’Ancre. Au nord de Courcelette, une attaque à la grenade a été aisément rejetée, une autre plus considérable a été repoussée à la redoute Schwaben. Nos alliés ont exécuté avec succès des coups de main au nord-est d’Ypres, au sud-est de Saint-Eloi et à l’est de Ploegsteert. Ils ont ramené des prisonniers.
Les Russes ont fait 1200 prisonniers en Galicie.
Les Roumains ont brisé de nouvelles offensives austro-allemandes tout le long de la chaîne des Alpes transylvaines.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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