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Jeudi 30 mars 1916

Avaucourt

Louis Guédet

Jeudi 30 mars 1916

565ème et 563ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le calme et beau temps. Vu à mon passeport pour aller à Fismes le 10. J’espère qu’il me sera accordé, mais avec ces galonnards !!! Ce que je les ai sur le cœur !! Un exemple à 11h. Tandis que j’étais occupé, un galonné sergent entre carrément dans la maison et va aux remises à autos où j’ai mon pauvre mobilier abrité là. « Cela convient parfaitement, mon commandant pourra très bien mettre ses 2 chevaux et sa voiture » – « Je reviendrai avec lui cet après-midi… » – « Il faut mettre tous ces meubles dehors autre part !!! » Et voilà. Je bondissais quand on me dit cela. Été à la Ville pour protester contre cette désinvolture, vu le sous-intendant Bassin avec qui j’avais audience à 2h. Il était outré…  et il m’a dit de me refuser à semblable conduite et invasion, étant notaire et juge de Paix gardien de documents, etc…  et que si le galonné persistait que j’écrive carrément au Ministère de la Guerre et au Général Commandant les Armées. J’étais vraiment bouleversé !! Quand je suis rentré personne n’était venu. Heureusement. Je ne sais ce que j’aurais fait. Je suis à bout. Je le sens. Je vais tomber. Je pleure à la moindre pensée des miens, d’un ennui, etc…  je tombe… Je meurs. Mon Dieu tant mieux !! puisqu’il n’y a pas de justice pour m’aider, me soutenir, m’accompagner…

Il faut mieux (rayé). Je ne puis aller jusqu’au bout. C’est dur (rayé), car (rayé) ainsi que (rayé). Non, il (rayé)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 mars 1916 – Nouvelles lues dans Le Courrier:

Une saisie.

le commissaire de police du 19′ canton s’est présenté hier à huit heures et demie dans nos bureaux, pour se faire délivrer, sans bourse délier, les numéros du Courrier de ce jour. Un certain nombre de nos porteuses ont été également priées de céder gratuitement les exemplaires qu’elles n’avaient pas encore vendus.

 Au total, une trentaine de numéros ont été saisis. Nous ignorons le genre de mort qui leur est réservé.

La visite des Grands Chefs Alliés

Hier, dans l’après-midi, le général Cadorna, Généralissime de l’armée italienne et le général Joffre, Généralissime de l’armée française, sont venus visiter Reims. Ils étaient accompagnés par le général commandant la ?e armée.

 Les hauts personnages militaires se sont rendus à la cathédrale, à l’intérieur de laquelle ils sont entrés. On les a conduits ensuite à l’archevêché dont ils ont parcouru les ruines.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 


Cardinal Luçon

 Jeudi 30 – Nuit tranquille, sauf gros coups de canon ou bombes à plusieurs reprises 11 h. 1/2, 3 h. nuit. Aéroplane français à 10 h. matin. Température 0 ; ciel sans nuage, chaud. Aéroplane allemand toute l’après-midi. Tir acharné contre lui, inutilement. Visite à St-Joseph collège, et rue de Venise.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 30 Mars 1916 – C’était aujourd’hui l’enterrement. Cette triste cérémonie s’est passée sans incident. Une dizaine de personnes y assistaient. Que veux-tu, personne n’ose sortir. La veille, un enterrement avait été surpris par un bombardement ; on a été forcé de porter le corps dans une maison ; les personnes se sont mises à l’abri et le cheval du corbillard ayant eu peur s’est emballé. Ton parrain a pu avoir une permission. Quand tu reviendras, tu le trouveras vieilli aussi. Il est tout gris. J’avais acheté une petite gerbe en grains. Pauvre mémère, elle est quitte de bien des choses.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Chasse aux aéros Boches, il est 12h34, ils se perdent dans les nuages qui répercutent le
tac-tac des mitrailleuses. On nous promet une guerre de l’air, je le crois, ce sont des préludes.
Rencontre Espick (Esprit).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Jeudi 30 mars

En Argonne, nous avons bombardé les organisations allemandes au nord de la Haute-Chevauchée les lisières sud du bois de Cheppy. Un combat à la grenade nous a permis de progresser notablement dans les boyaux ennemis au nord d’Avocourt et de faire des prisonniers. Après une intense préparation d’artillerie, nos troupes ont enlevé la corne sud-est du bois d’Avocourt; elles ont pris 3oo mètres environ de ce bois en profondeur, ainsi que l’ouvrage réduit d’Avocourt. Toutes les contre-attaques déclenchées par l’ennemi ont échoué, en lui laissant de fortes pertes. Nous avons capturé des prisonniers. Au cours d’une attaque à gros effectifs dirigée sur le village de Malancourt, les Allemands ont pris pied dans un ouvrage avancé et dans deux maisons du village. Leurs tentatives pour pousser plus loin ont été enrayées par nos feux. Le bombardement a d’ailleurs continué sur tout le front d’Avocourt à Béthincourt. Dans les Vosges, nous canonnons les organisations allemandes de Stosswihr et de Munster. Les Allemands ont attaqué vainement nos lignes de Macédoine. Six avions qu’ils ont dépêchés au-dessus de Salonique, ont fait dans cette ville une vingtaine de victimes. Les Grecs manifestent leur indignation. Les ministres italiens ont quitté Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Avocourt

Avocourt

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Mardi 22 février 1916

Paul Hess

22 février 1916 – Démonstration d’artillerie de notre part. De 16 à 17 h, les pièces de tous  calibres crachent dans la direction de Brimont et de Courcy.

Nous sommes au bureau quand le calme se rétablit, mais nous estimons prudent d’attendre la riposte avant de le quitter, car l’année dernière, à la suite d’une séance semblable elle a été terrifiante, dans la nuit du 21 au 22 février.

Cette fois, rien, absolument rien, pour aujourd’hui du moins.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 22 – Nuit tranquille, sauf canonnade entre batteries — Aéroplanes matinée et après-midi. Expédié lettre à Lyon et à Bordeaux. Reçu lettre Philippe. Grosse canonnade. Lu : Camus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 


 

22 février 1916 : Généraux Joffre et Franchet d'Esperey commandant la 5ème armée

22 février 1916 : Généraux Joffre et Franchet d’Esperey commandant la 5ème armée en visite à Reims


Mardi 22 février

En Artois, l’ennemi a fait sauter une mine (nord de la route de Lille).
Canonnade près de Givenchy. Au sud de la Somme (Lihons), après avoir dirigé sur nos lignes un intense bombardement et des émissions de gaz sur un front de 7 kilomètres, l’ennemi a tenté de sortir de ses tranchées. Il a été partout repoussé.
En Champagne, nous avons exécuté des tirs à l’ouest de la route de Saint-Hilaire à Saint-Souplet.
En Argonne, nous avons démoli plusieurs observatoires aux abords du bois de Cheppey.
Canonnade active dans toute la région de Verdun. Nous bombardons le bois d’Ailly au sud-est de Saint-Mihiel.
Les Allemands ont jeté des obus sur Saint-Dié. Nous avons abattu un fokker près d’Altkirch, un albatros près d’Épinal, un avion encore près de Parroy, deux autres près de Revigny. Un zeppelin a été détruit par nos obus aux environs de Brabant-le-Roi. 17 de nos appareils de bombardement ont opéré sur le champ d’aviation d’Habsheim et sur la gare aux marchandises de Mulhouse; 28 autres ont lancé des projectiles sur la fabrique de munitions de Pagny-sur-Moselle.
Des avions autrichiens ont survolé la plaine lombarde. Il y a eu plusieurs morts dans la population civile.
Le général Sarrail a été reçu à Athènes par le roi de Grèce.
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Dimanche 26 septembre 1915

Louis Guédet

Dimanche 26 septembre 1915

379ème et 377ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Il a plu une pluie diluvienne une partie de la nuit, quia été calme sauf de temps à autre nos canons qui hurlaient. On s’attend d’un moment à l’autre à une attaque générale. Le Général Joffre aurait lancé à ses troupes un ordre du jour dans le genre de celui qui a précédé la bataille de la Marne, qui a été lu il y a 2/3 jours aux officiers le matin et aux troupes le soir. Il disait qu’il fallait aller jusqu’aux canons allemands et ensuite en rase campagne. Nos canons en ce moment détruisent les fils de fer des tranchées ennemies et empêchent ceux-ci de les réparer à coup de schrapnels. On nous recommande de sortir le moins possible. M. Albert Benoist me disait qu’on avait donné jusqu’au 28 aux rares habitants restés à La Neuvillette pour évacuer le village, ce serait donc pour le 29, pour la St Michel. Nous verrons.

6h soir  Cet après-midi vers 2h1/2 je me suis décidé, en ne sachant que faire, à aller à Cormontreuil avec mon laissez-passer permanent de juge de Paix. J’en profiterai pour voir 2 de mes justiciables, me disais-je (Montlaurent et Toulet (à vérifier) garde) je n’ai quitté ce village qu’à 5h. Tous ces braves gens m’ont fait une vraie fête et surtout heureux de me dire combien ils étaient fiers de leur notaire qui le seul n’avait pas quitté Reims. J’ai été vraiment ému de leur accueil. En quittant la rue des Capucins je pris le canal entre la Ville jusqu’au Pont Huon, puis je pris la petite route du Moulin d’Huon qui est brûlé, arrivé devant le monument de « Barbe bleue » fusillé par les allemands en 1870 (Monument à la mémoire de François Augé, ouvrier teinturier, fusillé par les allemands le 7 septembre 1870 pour avoir fait un geste provocateur. Ce monument, inauguré en 1896, existe toujours à cet emplacement), je sursautais, à quelques mètres de moi une batterie se mit à tirer. Quel vacarme !! elle n’a pas cessé jusqu’au soir. Arrivé au Moulin Montlaurent il faut montrer patte blanche. Première rencontre, Papa Chardonnet et sa moitié, il m’aurait presque embrassé ! Ensuite Liévin, Montlaurent avec qui je cause de son litige avec l’autorité militaire pour des sous qui veut faire passer sous ses fourches caudines. Je remonte vers Taissy, Madame Pageot, Virothier (à vérifier) chez qui j’entre. Toulet qui s’est jeté à mon cou en me disant : « vous êtes un brave, j’ai fait comme vous et je n’ai pas décollé ! » Là dans son jardin à la route de Cormontreuil vers Taissy j’ai remarqué la route bordée côté Boche d’une haie de sapins pour dissimuler les troupes en voitures. La route nationale de Reims à Châlons de même. Le Mont Ferré transformé en labyrinthe. Revenu sur mes pas rencontre Paul Quentin qui m’annonce la mort de sa mère et me force à entrer chez lui en me disant toute son admiration sur mon courage. Ensuite Méhaut-Dupont, père, qui a toutes fins voulait me faire boire un demi de Champagne. Enfin Blondel, un courageux avec Liévin, Toulet, Quentin qui sont restés quand même, avec Lagalle, Toulet faisant fonction de maire, garde-champêtre, notaire, de même avec Blondel. Tandis que le maire, le compère…  Foulon !!…  (La voix du peuple !! que c’est vieux ! qui a failli être maire de Reims, député !!…) (Charles Foulon, journaliste, sera Maire de Cormontreuil de 1919 jusqu’à sa mort en 1939).Potaufeux, le vieux juif, tout ce monde là a fui. Les Purs ! Quoi !!!

Entré dans notre ancienne propriété de Cormontreuil ! Quel abandon ! Rien d’entretenu. La maison n’a rien mais la troupe s’est chargée de la…  salir !! Ce désastre, cette saleté, le manque d’entretien m’a serré le cœur et…  je me suis enfui ! Nous y avions passé de si bons moments avec nos petits. (Passage rayé).

En rentrant à Reims, rue de Venise, je suis arrêté par Madame Loth, ma jolie cliente, qui m’apprend que M. Langlet notre maire venait d’apporter à sa femme le communiqué de ce soir qui était bon, très bon parait-il. Nous aurions gagné 4 kilomètres de tranchées en profondeur sur 25 kilomètres en largeur entre Aubérive et Souain, et fait 12 000 prisonniers. Du côté d’Arras succès aussi et des prisonniers. Est-ce qu’enfin le Colosse Allemand aux pieds d’argile commencerait à s’effriter, se désagréger ? Nous aurions enfin touché, trouvé la fissure…  finale ! J’ai peur d’y croire en y songeant. Et cependant si c’était vrai ! ce serait la délivrance. J’ai peur !! Ce serait trop beau, nous avons, j’ai tant souffert depuis le premier 1er septembre 1914 !!! Que cette joie…  me fait peur !! Mon Dieu ! Mon Dieu !! Enfin délivré, revoir ici les miens…  ne plus les quitter…  j’ai peur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Le communiqué en date du 25 septembre – 7 h, signale, entre autres choses, ceci :

Sur le front de l’Aisne, en Champagne, très violent bom­bardement réciproque.

Nous avons entendu cela en effet, vendredi 24 ; c’était positi­vement effrayant.

  • Sur le soir, nous apprenons l’avance résultant de l’offen­sive prise en Champagne, d’Auberive à Ville-sur-Tourbe ; on dit qu’il aurait été fait 12 000 prisonniers allemands.
Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 26 – Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons français par intervalles. On affiche à la Mairie que la lère ligne de tranchées enne­mies a été prise sur tout le Front. Canons, aéroplanes à 5 h. Trois à la fois, les canons tirent dessus. Il y avait deux Français ; peut-être l’étaient-ils tous.

La Mairie recommande de laisser les corridors et portes ouvertes aux passants, en cas de bombardement, comme refuges.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 26 septembre

Nos batteries ont coopéré avec la flotte anglaise au bombardement des positions allemandes de Westende et de Middelkerke.
Les troupes britanniques ont attaqué avec succès les positions ennemies à l’ouest de Loos et d’Hulluch.
Opérant en liaison avec l’armée anglaise, nous avons prononcé une attaque énergique au nord d’Arras et pris pied sur plusieurs points des lignes ennemies.
Combat à coups de torpilles et de bombes entre Somme et Aisne. Nous faisons exploser un dépôt de munitions ennemies.
En Champagne, après avoir bombardé les tranchées, abris, blockhaus et batteries ennemis, nous avons donné assaut aux lignes allemandes, entre Suippes et Aisne. Les premières positions ennemies ont été occupées sur la presque totalité du front d’attaque.
Canonnade en Woëvre, en Lorraine et dans les Vosges. Nos avions ont bombardé la gare des Sablons, à Metz.
Les Russes ont repris la forteresse de Loutsk (Volhynie), après une série de brillants combats, où ils ont fait 5000 prisonniers. Ils ont été aussi victorieux sur la Chara, au nord de Pinsk.
Le bruit de la mobilisation roumaine a couru sans être toutefois confirmé. Les gouvernements de la Quadruple Entente délibèrent au sujet de l’action à entreprendre pour prémunir la Serbie contre une agres
sion bulgare.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 19 septembre 1915

Louis Guédet

Dimanche 19 septembre 1915

372ème et 370ème jours de bataille et de bombardement

6h matin  Canon toute la nuit et ensuite à 4h le bouquet, nos batteries en face de nous vers les casernes de cavalerie et le Champ de Grève ont canonné furieusement pendant 1/2 heure, avec un intervalle de quelques minutes seulement entre chaque 1/4 d’heure, c’était à ne pas s’entendre, il fallait crier pour s’entendre causer. A toute éventualité nous nous sommes levés et habillés, mais à 4h3/4 comme tout se taisait nous nous sommes recouchés. Je n’ai pu me rendormir. Les allemands n’ont pas répliqué, mais gare dans la journée ou la nuit prochaine.

6h soir  Déjeuné chez Marcel Heidsieck avec M. Louis de Baillencourt sous-lieutenant au 27ème d’artillerie, à Berry-au-Bac, fils de M. et Mme de Baillencourt, cette dernière sœur de M. Charles Heidsieck, tous deux restés à Douai ! avec leur dernier fils. Peu ou pas de nouvelles d’eux. Ce jeune homme nous disait que cette semaine on essaierait une offensive générale. Que Joffre, Foch, Pétain et de Castelnau auraient préféré ne la tenter qu’au printemps prochain ! Aussi les avis sont fort partagés sur la réussite ou non de cette attaque. Ce serait pour cette semaine, pour ces jours-ci. Il nous a prévenus que nous aurions une musique terrible. Dieu nous protège et nous donne la force de résister à cette épreuve et que ce soit la dernière ! On est si las ! Joffre était bien passé à Reims avant-hier vendredi 17.

Il nous contait les défections, ou plutôt les trahisons du Général Fournier à Maubeuge, s’il avait résisté seulement 3 jours de plus, on se battrait sur la ligne St Quentin, Douai, Hirson et notre région n’aurait jamais vu un allemand. Celle du Camp-des-Romains (près de Saint-Mihiel, dans la Meuse) dont le fort était commandé par un officier d’origine allemande et ayant encore des attaches en Allemagne (en janvier 1920 une commission d’enquête statuera sur le comportement des défenseurs et conclura qu’ils ne méritent aucun blâme ni aucun éloge). Tout cela est fort triste. Il y a eu aussi une défection pour les Hauts de Meuse ! Quitté à 2h1/2, il devait être rentré ce soir, l’ordre de combat était donné pour être prêt à toute éventualité. Rentré chez moi, fini mon courrier à 5h, quelques obus assez proches qui nous ont obligé à descendre à la cave pendant 1/2 heure. Pourvu que la nuit soit calme. Je suis si las, et vraiment on résiste moins bien qu’au début. Et puis un bombardement de nuit est si triste, si pénible. Pourvu que cet effort réussisse et que nous n’en ayons pas à souffrir. Nous avons suffisamment payé notre tribut.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

19 septembre – Démonstration formidable d’artillerie, déclenchée à 4 heures précises ce matin ; elle a duré une demi-heure.

  • Notre malheureux oncle Simon n’a pas survécu aux graves blessures qu’il a reçues le 1er septembre.

On l’avait transporté dernièrement, de l’infirmerie de la mai­son de retraite à l’hôpital civil. Lorsque je m’y suis présenté aujour­d’hui, croyant lui faire visite, comme tous ces jours-ci, dans la salle Hourelle où il occupait le cinquième lit à gauche, et qu’aussitôt la porte ouverte je vis sa place vide, je compris et fus infiniment pei­né. Son corps était déjà installé dans un des bâtiments servant de dépositaire, vers la rue Pasteur et c’est là que je pus passer quel­ques moments auprès du cadavre de ce bon vieillard de 84 ans qui après une existence tranquille, exempte de toute agitation, semblait devoir être assuré d’une mort paisible.

– A 16 h ½, commence un bombardement sérieux

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 19 – Anniversaire de l’Incendie de la Cathédrale. Messe rue du Couchant ; allocution. Nuit 18-19 tranquille jusqu’à 4 h. sauf, de temps en temps, canonnade de gros calibre. Voir revue Remo-Ardennaise.

À 4 h. canonnade simultanée de beaucoup de pièces pendant une demi- heure. On dit qu’elles tiraient de « La Malle (1) » sur Bazancourt Gare. Che­min de Croix avec le Clergé à la Cathédrale à 4 h.

À 5 h. bombes et canonnade violente.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Il s’agit du château de la Malle à Courcelles-Sapicourt et de pièces d’artillerie lourde sur voie ferrée.


 

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Dimanche 19 septembre

Combat d’artillerie en Belgique, près de Lombaertzyde. Nos batteries détruisirent deux observatoires.
En Artois, l’efficacité de nos tirs sur les mitrailleuses et les lance-mines est constatée en plusieurs points.
Près de Roye, lutte de grenades et fusillade accompagnée d’actions d’artillerie.
Au nord de Berry-au-Bac, nous enlevons un petit poste ennemi.
En Champagne, nous avons violemment canonné les bivouacs de nos adversaires.
A Chaillon (nord-est de St-Mihiel), nous avons abattu un ballon captif allemand. Devant St-Mihiel, notre artillerie a coupé le grand pont, un pont de bateaux et trois passerelles. Canonnade dans les Vosges, au Ban-de-Sapt et au Violu.
Le communiqué belge signale un bombardement actif d’Oostkerke à Nieucappelle.
Aux Dardanelles, on ne mentionne qu’une lutte de mines qui s’est terminée à notre avantage.
L’attaque allemande, au front russe, se fait plus pressante vers Dwinsk et Riga. Mais nos alliés accentuent, de leur côté, leur offensive en Volhynie et en Galicie : ils ont capturé quelques centaines d’hommes.
Il est avéré que l’incendie du paquebot Sant’Anna, qui avait 600 passagers à bord, est dû à des menées
criminelles des Allemands.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 18 septembre 1915

Louis Guédet

Samedi 18 septembre 1915

371ème et 369ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Calme général toute la journée, temps magnifique. La nuit dernière, du canon. En ce moment cela tape du côté du faubourg de Laon. Procédé ce matin à une vérification de scellés et à la remise à un nouveau gardien au 86, place Drouet d’Erlon. Fait des courses toute l’après-midi, terminé mon courrier.

Rencontré Maitre Faupin, avoué, très affecté de la mort de son fils à qui il songeait céder sa charge cette année. Albert Benoist toujours aussi souriant, maintenant il attend la Grrrande offensive pour le 15 octobre !! De Charybde en Scylla nous arriverons à l’année prochaine au printemps !! C’est idiot de leurrer ainsi les gens. On dit que le Général Joffre était à Reims hier. Voilà ma journée, monotone, fastidieuse, quand sera-ce la dernière !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 18 – Nuit tranquille sauf canonnade au loin. Matinée calme.

3 h. 3/4, bombes sifflantes. Visite de M. Hennequin (vicaire Sainte-Gene­viève mobilisé service sanitaire). Dans la matinée, visite à l’ambulance de la Haubette. Bon accueil et invitation à retourner, du Médecin-Chef.

Visite au Fourneau économique du Moulin brûlé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lutte de bombes et de grenades entre Angres et Souchez et dans le secteur de Neuville; tirs efficaces de nos batteries sur les ouvrages allemands.
Bombardement réciproque au sud d’Arras. Combat de mousqueterie, de tranchée à tranchée, dans la région de Roye.
Du confluent de la Vesle et de l’Aisne jusqu’au canal de l’Aisne à la Marne, canonnade très vigoureuse. Entre Aisne et Argonne, à la Fontaine-aux-Charmes et aux Courtes-Chausses, nos batteries ont endommagé sur plusieurs points les positions ennemies.
En Woëvre et sur le front de Lorraine, notre artillerie a également exécuté des tirs efficaces.
Les Allemands ont bombardé dans les Vosges, l’Hilsenfirst et la cote 425, au sud de Steinbach.
Nous avons opéré un tir de destruction sur l’usine électrique de Turckheim.
Les troupes de Hindenburg, au front oriental, ont réussi, au nord-est de Wilna, à franchir la Wilia. Elles ont abouti aussi à repousser nos alliés dans la région de Pinsk, mais les Russes ont brisé toutes les contre-attaques près de Derajno et dans le secteur de Galicie, où ils ont encore fait quelques centaines de prisonniers. Sur la Strypa, les combats se poursuivent, très violents. Les journaux de Berlin reconnaissent d’ailleurs la retraite des Austro-allemands dans cette région.
Les alpins italiens ont recueilli quelques succès dans les montagnes de Carnie, à de haut
es altitudes.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


 

Des témoignages de Poilus marnais sur le site de l’ ARAC de la Marne

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