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Samedi 2 mars 1918

Louis Guédet

Samedi 2 mars 1918

1268ème et 1266ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Hier comme je terminais ma note le Procureur est arrivé pour les coffres de la Nancéienne et de Chapuis. Tout a été fait l’après-midi. J’étais exténué et à 4h1/2 et le Procureur m’a forcé à aller me reposer. A partir de 3h la canonnade a été formidable devant nous, avec des nuages artificiels qui sont venus jusqu’à la rue des Capucins, on ne voyait pas dans le jardin, des gaz asphyxiants, 150 intoxiqués, quelques morts.

Toute la nuit bombardement. Ce matin neiges terribles jusqu’à midi. Couru dans cette neige pour trouver un voiturier qui veuille bien condescendre à enlever les 15 colis que j’ai encore ici pour Épernay. J’ai trouvé de braves gens à l’Hôtel de la Couronne qui m’ont promis de les faire enlever ce soir ou demain par le voiturier de Rondeau qui doit enlever le reste de leur mobilier à eux. Il y a de la place, me disent-ils… Je reviens exténué. Après-midi à l’Hôtel de Ville où c’est toujours le calme et la pagaye. Dépêche du Procureur qui me conseille d’aller me reposer quelques jours. C’est ce que je ferai lundi, pour quelques jours, j’en ai besoin.

Demain je dois déjeuner avec Houlon. J’ai appris par lui seulement l’incendie d’un corps de bâtiment de l’Hôpital Général. Beaucoup de dégâts.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1918 – Le bombardement de la nuit du 28 février au 1er mars, a at­teint une très grande violence.

L’Éclaireur de l’Est d’aujourd’hui le mentionne ainsi :

Plus de 5 000 obus, dont un grand nombre à gaz, dans la journée du 28 février et la nuit suivante : 55, entre 10 et 13 h — environ 5 000 obus entre 23 h et 5 h du matin.

Les effets des obus à gaz ont été ressentis jusqu’en ville et les victimes sont nombreuses, paraît-il, qui se présentent à l’hôpital, atteintes à la figure, aux yeux, ou avec des brûlures sur le corps.

Deux personnes y sont mortes et beaucoup de malades ou blessés sont obligés d’attendre leur tour pour se faire soigner, des centaines de ces projectiles étant tombés sur le quartier Dieu-Lumière et vers les établissements Pommery, où la plupart des ouvriers et ouvrières ont été pris. A l’usine des eaux, également, le personnel a été atteint.

Nous apprenons encore que M. Monbrun, employé auxiliaire dans les bureaux de la mairie, intoxiqué par un obus tombé chez lui, rue des Capucins 227, a dû être transporté ainsi que sa femme, atteinte aussi, à l’hospice Roederer-Boisseaux.

Bombardement encore très serré, surtout au cours de l’après-midi. Il est, à plusieurs reprises, dirigé sur le faubourg de Laon. 2 500 à 3 000 obus pour la journée.

Nous avons quelques nouvelles de l’attaque d’hier ; elle aurait été déclenchée par les Boches, sur Courcy, principalement.

L’Éclaireur d’aujourd’hui, ajoute ceci, après l’indication des boucheries ouvertes, dans sa communication relative au ravi­taillement déjà insérée :

Charcuteries : Maisons Dor et Foureur,
Lait : le lait sera mis en vente dans les cinq maisons qui vendent l’épicerie et le pain.

On pourra prendre les adresses de ces établissements au commissariat central ou à L’Éclaireur de l’Est.

Le journal dit encore :

Attention aux Gaz.
Il est instamment recommandé de ne pas sortir sans être muni de son masque contre les gaz.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 – 0°. Neige sur la terre ; nouvelle chute dans la matinée. Dîné à midi chez le Général Petit, Commandant la 134e Division. Visite de M. Abelé ; discussion de ses projets. Visite de M. Loriquet, Archiviste. Journée relativement tranquille. Matinée calme. Plus d’offices à la Chapelle du Couchant ! De 2 h. à…, canon français, très sec, tire un coup toutes les 3 ou 4 minutes. A 3 h. 3 0,10 coups par minute. Visite à 6 h. soir de M. Sainsaulieu, annonçant sa décoration et la venue du Ministre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 mars

La lutte d’artillerie a pris un caractère d’assez grande intensité dans la région au nord et au nord-ouest de Reims, ainsi qu’en Champagne, principalement dans la région des Monts, vers Tahure et de part et d’autre de la Suippe.
Au sud-ouest de la Butte du Mesnil, les Allemands, qui avaient pris des tranchées avancées et qui en avaient été ensuite chassés, sont revenus à l’assaut. Après plusieurs tentatives infructueuses, qui leur ont valu de lourdes pertes, ils sont parvenus à prendre pied dans une partie des positions que nous avions conquises le 13 février.
Sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre, l’ennemi a bombardé violemment nos premières lignes sur le front Beaumont-bois Le Chaume, ainsi que dans la région de Seichepray, où un fort coup de main a été repoussé.
Sur deux des points qu’ils ont attaqués, les Allemands se sont heurtés à des éléments d’infanterie américaine. Nos alliés ont partout maintenu leur ligne intacte.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie ennemie entre Ribécourt et la Scarpe.
Les aviateurs anglais ont bombardé un important champ d’aviation entre tournai et Mons.
Sur le front italien, canonnade et combats d’artillerie. Des patrouilles ont enlevé un important matériel sur le plateau d’Asiago. Un avion autrichien a été abattu.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 17 février 1918

Louis Guédet

Dimanche 17 février 1918                                         

1255ème et 1253ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps toujours très froid, journée de soleil. J’ai quitté mes aimés à 5h du matin pour retourner à ma triste vie de sacrifice. A Épernay je trouve M. Lacourt et sa fiancée Melle Monce pour la signature de leur contrat de mariage (Pierre Lacourt (1888-1949) et Marie Monce (1889-1986)). Nous assistons ensemble à la messe de 9h à Notre-Dame, puis nous allons à la Villa d’Aÿ (quartier d’Épernay rattaché en 1965 à cette ville) chez Bouquant, 30, rue François-Lasnier (rue Jean-Moulin maintenant) pour signer le contrat. Contrat de guerre !! sérieux, solennel dans sa simplicité !! Ce sont des actes tragiques ! car qui sait si d’ici leur mariage (4 mois) le fiancé ne sera pas tué ! après cela nous revenons à Épernay où j’attends mon confrère Dondaine pour lequel je vais faire une adjudication de matériels de culture, toujours à la Villa d’Aÿ où je puis instrumenter pour les Philippe et Pérard d’Epoye !! Je les revois, pères et fils après 4 ans de Guerre !! Quels souvenirs leurs venues suscitent, les journées de chasses, l’accueil cordial d’un propriétaire Champenois, riche, aisé ! Comme Pérard me l’avouait : « M. Guédet, nous étions trop heureux !! »

Nous déjeunons au buffet, et de là nous filons sur la Villa d’Aÿ tout en devisant l’un sur l’autre sur les événements, le passé de Guerre, les disparus, les survivants, les souffrances, les fuites éperdues devant l’ennemi jusqu’à la bataille de la Marne, tout cela le passé de 3 ans…  l’Histoire d’hier !…

Notre adjudication terminée (2 995 F de vente) nous repartons pour Aÿ où je dîne chez Dondaine avec qui je me concerte pour l’ouverture des coffres-forts encore non-évacués des Banques de Reims. Tout un travail, Dondaine séquestre. J’assiste à l’ouverture des coffres avec un greffier en présence d’un agent de la sûreté et d’un agent de la Banque. Je dois examiner sommairement les papiers trouvés dans chaque coffre et saisir les papiers qui pourraient intéresser la Défense nationale et l’État. Le reste mis en caisse et sous scellés sera évacué sur Paris par les soins de l’autorité militaire accompagné de l’agent de la sûreté, de la Maison de Banque intéressée et de Dondaine séquestre, où là il en fera la remise dans un coffre de la même Maison de Banque. Nous devrons commencer mardi par le Crédit Lyonnais. On estime à 200 les coffres à ouvrir ou fracturer. Du pain sur la planche !! Demain matin à la première heure je verrai le Procureur de la République pour m’entendre définitivement avec lui à ce sujet et régler les questions de détails. Ensuite ouverture du testament mystique Herbaux pour Dondaine et départ pour Reims.

Je quitte Dondaine et sa femme très nerveuse à 8h1/4 et une voiture me ramène à Épernay pour 9h, où je descends à l’Hôtel Moderne !? de nom ? mais comme matériel !!!!… C’est la Guerre.

De quoi demain sera-t-il fait ? Je ne sais. Je ne veux pas le savoir !! Je suis si las ! si triste !! Je rentre dans l’Enfer ! Il parait qu’il y a eu des gaz vésicants place des Marchés à Reims il y a quelques jours !! Quelle triste vie ! Quelle agonie !! Dans laquelle je vais rentrer !!… Mon Dieu protégez un peu mon Robert, ma femme, Marie-Louise, André, Maurice…  et moi-même !! Donne-nous la vie sauve !! et la joie de nous retrouver tous réunis bientôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 17 février 1918 – La démarche, auprès du maire, dans la matinée de ce jour, d’un officier général aperçu pour la première fois, a été remarquée par une partie du personnel.

Journée mouvementée. Bombardement sérieux sur le fau­bourg de Laon, en fin d’après-midi. 500 obus à peu près.

Le soir, des aéros boches qui depuis un moment se fai­saient entendre, volant assez bas, laissent tomber sept à huit tor­pilles qui font en éclatant un bruit épouvantable. Pendant l’explo­sion des premières, je me trouvais en pleine obscurité, dans la rue Colbert, venant de quitter notre popote. Je puis me réfugier dix minutes dans une maison, occupée encore là, par d’aimables ha­bitants, M. et Mme Bourgoin puis, n’entendant plus rien, continuer mon chemin vers la rue du Cloître. Les engins sont tombés vers le quartier de la rue Ruinart de Brimont.

Nouveau bombardement ensuite par les pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 17 – -5°. Temps superbe. Nuit tranquille à Reims, mais long combat vers l’est de 3 h. à 5 h. Visite de M. Valentin Briffault, député belge, que j’ai entendu parler à la Société antimaçonnique, Aviateur. Visite d’un général américain. Venu à la maison, rencontré sur le parvis. Visite de M. Abelé. Vers 6 h. 30 à 7 h., avions nous survolent très bas ; bombes d’avions sur la ville ; je descends à la cave ; canonnade jusque vers 9 h. Visite de M. Charbonneaux, adjoint, et de M. Lelarge, au sujet de l’évacuation de Reims : on veut évacuer les enfants, les personnes inutiles ; et ne retenir que 2 à 3 mille personnes, comme gardiens. Nuit tranquille en ville, mais à l’est, fréquents coups de canon, fusils, mitrailleuses. Rue de Cernay, incendie par obus allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 17 février

En Champagne, dans la région de Ville-sur-Tourbe et en Haute-Alsace, au sud de Burnhaupt-le-Bas, nous avons repoussé des tentatives de coups de main ennemis.
De notre côté, au cours d’une incursion dans le secteur de Vauquois, nous avons fait un certain nombre de prisonniers.
Lutte d’artillerie active sur la rive droite de la Meuse, notamment dans la région de Bezonvaux et en Haute-Alsace.
Des avions ennemis ont lancé plusieurs bombes dans la région au nord de Nancy. On signale des tués et des blessés dans la population civile.
Sur le front anglais, les troupes du Lancashire ont réussi un coup de main dans la région de la voie ferrée d’Ypres à Staden. Onze prisonniers ont été ramenés. Les pertes sont légères du côté de nos alliés.
Les batteries allemandes ont été actives du côté de Lens et dans les secteurs de la Bassée et de Wyschaete.
En Palestine, les Anglais ont avancé leur ligne sur un front de six milles et une profondeur moyenne de deux milles de part et d’autre du village de Mukhinas. Ils ont repoussé une tentative ennemie au nord-ouest de Jérusalem.
Un sous-marin allemand a bombardé Douvres.
La Suède a invité le gouvernement de Petrograd à faire évacuer la Finlande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 13 février 1918

Louis Guédet

Mercredi 13 février 1918                                            Mercredi des cendres

1251ème et 1249ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Pluie toute la journée. Peu de courrier. André est reparti ce matin à Châlons. Lettre de Jean qui attend son frère qu’il a proposé à son commandant pour aller à Fontainebleau. Ecrit au Président Hù, du Tribunal civil de Reims, pour lui demander d’être mon parrain de Légion d’Honneur, cela coupera court à tout. J’ai renoncé à Herbaux, qui ne m’aurait pas refusé, mais j’aurais craint de le déranger. Mon dossier est prêt pour la Chancellerie. J’attends la réponse du Président pour la faire partir.

Eté à Songy par cette pluie. Je suis rentré assez mouillé, mais ces promenades me reposent. Rien d’autre, si ce n’est que j’envisage avec angoisse le moment du retour dans cet Enfer de Reims. Quand donc serons-nous délivrés !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 février 1918 – Coup de main à 6 h du matin et bombardement sur le fau­bourg de Laon. Environ 500 obus.

— L’Éclaireur avise ainsi ses lecteurs de la délivrance de nouvelles cartes de sucre :

Carnets de sucre.

Les nouvelles cartes de sucre seront échangées contre les anciennes, à partir du mercredi 13 février ; les titulaires doi­vent se présenter eux-mêmes pour l’échange, à l’hôtel de ville, et signer les feuilles d’émargement…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 13 – Nuit tranquille, jusque vers 5 h. 45. Alors bombardement allemand depuis Saint-Charles jusqu’à nos tranchées. 12 prisonniers allemands pris par les Français. Le faubourg de Laon, rue Mont d’Arène, ont été copieusement arrosés. Les Français ont riposté. Je n’ai entendu le combat que environ une demi-heure. + 7°. Temps couvert.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 13 février

Grande activité de nos détachements de reconnaissance.
Au nord de l’Ailette, un hardi coup de main, exécuté aux abords de Bouconville, nous a permis de ramener une vingtaine de prisonniers et deux mitrailleuses.
En Woëvre, plusieurs incursions dans les lignes allemandes ont également réussi; à l’ouest de Reménauville, notamment, nous avons fait 24 prisonniers.
De leur côté, les Allemands ont tenté, à la faveur d’un vif bombardement, d’aborder nos lignes entre Bezonvaux et le bois des Fosses.
L’attaque, menée par trois détachements, a été arrêtée par nos feux, qui ont infligé des pertes à l’ennemi.
D’autres tentatives allemandes, en Woëvre, en Champagne et dans les Vosges, n’ont obtenu aucun résultat.
Quatre avions allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation a effectué divers bombardements. 9000 kilos de projectiles ont été jetés sur les établissements, dépôts, gares et cantonnements de l’ennemi, notamment sur la gare de Metz-Sablon.
Sur le front britannique, les Allemands ont échoué dans un coup de main qu’ils tentaient au nord-est d’Epehy.
Nos alliés, de leur côté, ont réussi un coup de main à l’ouest de la Bassée. En Macédoine, activité d’artillerie à l’ouest du Vardar et au nord-est de Monastir. L’artillerie italienne a décimé des masses d’infanterie ennemie à l’est du Val Frenzela.
M. Wilson a répondu aux discours prononcés par le compte Hertling et le comte Czernin le 24 janvier.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Mardi 5 février 1918

Louis Guédet

Mardi 5 février 1918

1243ème et 1241ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Temps adouci, couvert. Des bombes asphyxiantes ce matin vers 6h sur faubourg de Laon. Je finis ma valise. Courrier plutôt mince, tant mieux. A 2h je file voir ces pauvres Melle Payard et Melle Colin, au 40 de ma rue qui sont un peu remuées. Causé puis à l’Hôtel de Ville où je ne rencontre personne. Je laisse un acte à signer par Houlon, puis de là pousse aux Hospices place St Maurice voir Raïssac. En arrivant j’y trouve Guichard et Gustave Houlon. Je vois Raïssac assez affaibli, puis Guichard me propose de nous ramener à la Ville où Houlon signera ma pièce. Les schrapnels sifflent, tonnent, éclatent en route sur 2 avions. Pourvu que nous ne recevions pas d’éclaboussures.

A la Ville le Capitaine La Montagne me saute dessus en me disant : « Mon auto vous prend pour donner une signature où on vous attend. » Le temps de prendre la signature de Gustave Houlon, serrer la main du Docteur Langlet et je saute dans l’auto de la Place qui me dépose ici où ou les Contributions indirectes m’attendent pour signer une ordonnance de perquisition, requête de la Place chez un nommé Jacques, débitant, rue des Ecrevées, pour dépôt d’alcool frauduleux. Et voilà ma vie de 2h1/2 à 4h1/2. Rien d’autre de saillant. Je classe, range ce qui me reste à ranger ici et je serai paré pour demain matin. Dieu garde cette maison-ci durant mon absence et mes 2 bonnes, et Dieu me protège ainsi que mes chers aimés, femme et enfants, que je vais voir en partie demain.

6h1/2  Jacques Simon, fils de Pol Simon, Maître peintre verrier de la Cathédrale de Reims, vient de m’apporter deux petits losanges des vieux vitraux de la Cathédrale de Reims avec leurs plombs du XIIIe siècle authentiques. Ils proviennent de la Grande Nef de la 2e ou 3e travée Nord, près du chœur. Il m’a assuré que ces plombs et vitraux n’avaient certainement jamais été touchés depuis qu’ils avaient été posés par l’ouvrier du Moyen-âge qui les avait sertis dans les plombs qui les enserraient. Il y en a un bleu et un rouge. Ce dernier, me dit-il très gentiment, en l’honneur de mon ruban rouge. C’est charmant de délicate attention… Je dois taire de qui je les tiens.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 février 1918 – Réveil par un violent bombardement, commencé à 6 h et qui ne dure que sept ou huit minutes, pendant lesquelles arrivent une cinquantaine d’obus sur le quartier du faubourg de Laon, depuis le dépôt, rue de Brimontel jusque de l’autre côté de l’avenue.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 5 – + 8°. Beau temps. Nuit tranquille. A 6 h. du matin, bombes aux Trois Fontaines et Faubourg de Laon. M. Camu et M. Compant rentrent de Paris où ils ont été s’entretenir avec le… du ravitaillement des Ardennes qui allait dans les Ardennes et pouvait donner de nos nouvelles, et nous en apporter de ce pays.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 5 février

La lutte d’artillerie a pris une certaine intensité sur le front au nord de l’Aisne, dans la région du Cornillet, en Argonne et en Haute-Alsace.
Les Allemands ont tenté sur le secteur de Fresnes (nord-est de Coucy-le-Château), un coup de main que nous avons aisément repoussé.
Du 21 au 31 janvier, vingt-huit avions ont été abattus par nos pilotes.
Les Anglais ont repoussé, en infligeant des pertes à l’ennemi, un coup de main exécuté sur un de leurs petits postes, à l’est du bois du Polygone.
Leurs pilotes ont jeté quatre tonnes d’explosifs sur divers objectifs, y compris la gare et les voies de garage de Valenciennes. Ils ont, en outre, tiré plusieurs milliers de cartouches de mitrailleuses sur des formations ennemies dans les tranchées et zones arrière.
Cinq avions ennemis ont été abattus en combats aériens, et cinq autres forcés d’atterrir.
En Macédoine, les troupes britanniques ont exécuté avec succès un raid sur les tranchées bulgares, près de Sugavo.
A l’ouest du lac d’Okrida, un détachement ennemi, qui tentait d’enlever un de nos postes, a été repoussé.
L’aviation hellénique a bombardé la gare de Milepkovo, dans la vallée du Vardar.
Sur le front italien, on ne signale que des opérations secondaires.
Trévise, Padoue et Mestre, ainsi que Venise ont été bombardées par avions. On annonce des victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 22 novembre 1917

Hospice Louis Roederer

Louis Guédet

Jeudi 22 novembre 1917

1168ème et 1166ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Hier soir à 9h1/2 bataille assez violente devant Reims, qui a durée 3/4 d’heure. Le reste de la nuit a été calme. Ce matin été messe de 7h1/2, rue du Couchant, dire par l’abbé Camu pour Maurice Mareschal dont c’était l’anniversaire du décès. Trois ans ! Il me semble que c’est d’hier !! Gustave Houlon servait la messe, de Bruignac était là, Melle Payard, Mme Colin, en tout une 10aine (dizaine) de personnes. Rien d’extraordinaire au courrier. Journée triste et lugubre, temps gris, maussade. Les journaux annoncent à grands coups de tambour le succès des anglais sur Cambrai !! Quelques kilomètres et c’est tout. Il n’y a pas lieu de tant crier, hélas ! Été au cimetière du Nord vers 9h1/2, quel désastre que ce malheureux cimetière bouleversé. J’étais seul et en arrive à avoir peur dans ce champ de repos. J’avais fait mettre une gerbe de fleurs dans la chapelle qui est encore intacte, à part une petite fenêtre dont les vitraux ont été cassés par le culot de 210 de l’autre jour. (Rayé).

Rentré chez moi, en passant par l’Hôtel de Ville causé un instant avec Raïssac et Houlon qui m’a accompagné jusqu’à ma porte, il allait aux Hospices. Un souscripteur m’attendait pour souscrire 8 F de rente, 132,20 F. Ce sera dans la moyenne de mes souscriptions je crois… Les petites bourses, pas les grosses… Demain j’aurai la visite du chef de la comptabilité de la Banque de France qui vient me donner ses instructions, et des affiches et imprimés. M. Gilbrin m’annonce qu’il viendra me voir la semaine prochaine. Voilà ma journée, tristesse monotone comme tant et tant d’autres passées, et…  quand cela finira-t-il !

8h10 soir  Depuis 7h combat vers Pommery et Cormontreuil, cela n’a pas cessé jusqu’à maintenant, mais voilà les allemands qui commencent à envoyer des obus vers Cormontreuil, qui sifflent au-dessus de nos têtes. Désagréable musique ! à laquelle on ne se fait pas, et à laquelle je n’étais plus habitué.

Cela passe haut, mais n’empêche que c’est désagréable. Que vont-ils nous réserver pour cette nuit. Mon Dieu protégez-moi. Ayez pitié de moi. Je ne me sens plus le courage ni surtout la force de résister à des bombardements comme jadis… On est réellement plus impressionnable. Ma bonne me le disait tout à l’heure : « Monsieur, vraiment on ne peut plus entendre un obus, çà vous énerve !… » Oui, cela vous brise, vous angoisse et vous torture. Et voilà près de 40 mois que nous vivons cette vie !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

novembre 1917 – A 19 h 1/4, tir serré de nos pièces jusqu’à 21 h.

Bombardement à gaz, faubourg de Laon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 22 – + 10°. Temps couvert. Soir de 6 à 9 h. 1/2, violente canon­nade française : éclairs magnifiques du côté de Courcelles et de l’est. Vi­site à Rœderer.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hospice Louis Roederer

Hospice Louis Roederer


Jeudi 22 novembre

Nous avons réussi plusieurs incursions dans les lignes allemandes au nord et au sud de Saint-Quentin et ramené des prisonniers.
Une opération sur la Miette nous a valu de faire 175 prisonniers, et de progresser sur un front d’un kilomètre.
L’attaque anglaise entre Saint-Quentin et la Scarpe a été couronnée de succès. Les troupes britanniques ont pénétré dans les positions allemandes sur une profondeur de 6 à 8 kilomètres et sur une longueur considérab1e. Elles ont fait plusieurs milliers de prisonniers et capturé un certain nombre de canons.
Le premier système de défense de la ligne Hindenburg a été enlevé, puis, à 1500 mètres de là, le deuxième système. Les hameaux de Bonain, la Vacquerie, Rebecourt, Flesquières, Havrincourt, Marcoing, et le Bois-Neuf, Grancourt et Anneux ont été occupés. A l’est d’Epehy il y a eu aussi une avance sensible.
Les Italiens ont repoussé dans les montagnes, entre Brenta et Piave, une nouvelle succession d’attaques austro-allemandes.
Les troupes britanniques sont arrivées à 9 kilomètres de Jérusalem.
Les commissaires du peuple maximalistes de Petrograd ont prescrit l’ouverture de négociations avec les Austro-Allemands en vue de la conclusion d’un armistice.

Sources : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 5 septembre 1917

Louis Guedet

Mercredi 5 septembre 1917

1090ème et 1088ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps d’automne splendide, excessive chaleur. Calme relatif, à part les bombardements ordinaires. Ce matin travail acharné pour me rattraper. Rendu à 10h1/2 à la convocation du sous-préfet. Causé de diverses affaires. Allocations militaires, puis Beauvais qui était là entame la conversation sur ma décoration. Je suis proposé pour la citation et la décoration par le Ministère de l’Intérieur. Alors je dis ce que je savais sur ma proposition au Ministre de la Justice et ma conversation récente avec Herbaux, Procureur Général à Paris, et j’ai demandé à Bailliez notre sous-préfet de m’autoriser à signaler cela au Procureur Général afin d’obtenir la conjonction des deux derniers, et pour que je sois présenté par les 2 ministères, Justice et Intérieur. Ce qu’il m’autorisa à faire immédiatement. Ma lettre à Herbaux est faite et sera mise demain à la Poste. Beauvais me réclame alors une note de mes titres, juge de Paix, Président de commissions, etc…  nom, date de naissance, etc…  Je les lui apporterai à 2h…

Après-midi travaillé sans conviction, étant dérangé continuellement pour des certificats de vie. Je suis l’homme à tout faire…  et au détriment de ma santé… Causé aussi avec Beauvais de la décoration de Guernier !!! Hum !! C’est gênant pour le Parti dont Beauvais côtoie les limites !!! Et le brave Beauvais m’avoue que dans son cénacle on aurait mieux aimé une simple citation, si élogieux et dithyrambique fut-elle ! sans la décoration qui risque fort de mêler sa rougeur sanglante avec la rougeur vinicole non moins violente du nez de Guernier !! Dans un ruisseau quelconque après une manifestation de chaleurs communicatives de banquets de…  bas étage ! Je souriais à cela…  et passons…  Pauvre Légion d’Honneur, à quelle sauce t’aura-t-on mise sous la 4ème République !!! Pour mon compte je demande qu’on ajoute à la mienne une épinglette indiquant bien que je ne suis pas de cette catégorie-là !!

9h  Toujours le calme. Couchons-nous et tâchons, espérons de dormir !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 5 – + 11°. Beau temps, après nuit tranquille. A 9 h. bombarde­ment des batteries : Faubourg de Laon, église et quartier Saint-Benoît, rue Lesage. Bombes vers 4 à 5 h. Aéros. Visite par les rues à Melle Simon. Visite de M. Gauthier du « Journal ».

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue Lesage et filets pour dissimuler les voies de chemin de fer aux aéroplanes 22/08/1917 (source Gallica)


Mercredi 5 septembre

Dans la région d’Hurtebise, nos feux ont brisé une attaque menée par des détachements d’assaut ennemis qui ont subi de sérieuses pertes.
A l’est de Sapigneul, nos reconnaissances ont pénétré par surprise dans un saillant de la ligne ennemie. Un vif combat s’est engagé, au cours duquel la garnison allemande a été tuée ou faite prisonnière.
En Champagne, nous avons exécuté de part et d’autre de la route de Souain à Somme-Py un large coup de main. Nos détachements ont pénétré dans les tranchées adverses sur un front de 800 mètres. Après avoir détruit de nombreux récipients à gaz et fait sauter des abris, nos troupes sont revenues dans leurs lignes ramenant une quarantaine de prisonniers, quatre mitrailleuses, un canon de tranchée et un important matériel.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons arrêté net trois tentatives ennemies au nord du bois des Caurières.
Les Anglais ont exécuté avec succès, immédiatement au nord de Lens, un coup de main qui leur a permis de tuer un certain nombre d’ennemis et de ramener des prisonniers.
Les Italiens ont fait un important raid d’avions au dessus de Pola.
Les armées russes ont évacué la ville de Riga, après avoir détruit les fortifications. Dans la région d’Ikskull les Allemands ont élargi leur succès vers le nord. Ils ont essayé de tourner les positions de Dwinsk et réussi à enfoncer le front de nos alliés sur une largeur de 13 kilomètres.
Un nouveau raid aérien allemand a fait, en Angleterre, 107 morts et 86 blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 24 août 1917

Cardinal Luçon

Vendredi 24 – + 16°. Nuit tranquille ; vers 3 h., un petit réveillon d’ar­tillerie. Via Crucis in Cathedrali de 7 h. 15 à 8 h. 15. Obus en divers en­droits ; Faubourg de Laon et à Sainte-Geneviève. Visite du Major de la Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 24 août

Sur la rive gauche de la Meuse, notre artillerie est restée très active. Sur la rive droite, nous avons réduit un îlot de résistance ennemi (nord-est de la ferme de Mormont). Le chiffre de nos prisonniers monte à 7640, dont 186 officiers. Le matériel capturé comprend 24 canons et plus de 200 mitrailleuses.
Les troupes britanniques ont poursuivi dans la région d’Ypres une série d’opérations heureuses. La lutte a été très violente vers la route d’Ypres à Menin. Nos alliés ont avancé leur ligne de 500 mètres en profondeur sur un front de 1500. Ils se sont établis, dans la partie ouest du bois d’Inverness. Plus au nord leur ligne a été porté en avant de 800 mètres sur un front de 4 kilomètres. Le total des prisonniers capturés par eux de ce côté a été de 250.
Aux environs de Lens, ils ont pris 194 Allemands : ils ont de nouveau progressé au sud-ouest de la ville.
En Macédoine, nos troupes ont rejeté deux attaques bulgares.
Au retour de leur raid sur Ramsgate, Margate et Douvres, cinq avions allemands ont été abattus.
La lutte continue sur le front russe en avant de Riga. Nos alliés ont légèrement reculé. Les Roumains, en Moldavie, continuent à tenir les Allemands en échec.
Les Italiens annoncent que le chiffre des prisonniers faits par eux dans le Carso excède 16000.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 27 juillet 1917

Louis Guédet

Vendredi 27 juillet 1917

1049ème et 1047me jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps torride, nuit assez calme, chaleur insupportable. Rien de saillant. Eté le matin à la Poste rue Libergier, rencontré Dramas et Beauvais, causé entre autres des procès de bicyclettes que j’aurai à juger mardi prochain. Pas de courrier, qui n’est arrivé qu’à 3h du soir. Travaillé d’arrache-pied pour rattraper mon retard. Y arriverais-je, remis en ordre un tas de choses dérangées par mon déménagement… Dieu quelle torture pour moi qui aime tant retrouver chaque choses les yeux fermés… !!… Lettre de ma chère femme qui me donne de bonnes nouvelles de Robert. Voilà ma journée et je suis éreinté. Je ne parle pas des bombes, c’est un bruit comme le roulement des voitures à Paris…  mais c’est plus dangereux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 juillet 1917 — Bombardement la nuit dernière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 27 – Nuit tranquille en ville. Escarmouche aux environs de Reims. + 14°. Bombardement du Faubourg de Laon. Visite de M. Lemmon ; récit d’indiscipline(1) et actes de sauvagerie. Visite d’un motocycliste, agent de liaison, marié à une institutrice libre, en Bouches-du-Rhône. Les ouvriers étaient cachés derrière des sacs de terre et me dissuadaient d’entrer dans la Cathédrale, mais je voulais faire mon Chemin de Croix. J’entrai tout de même. Via Crucis in Cathedrali, mais abrégé à cause du danger. A 8 h., avions français, tir contre eux et bombes sifflantes.

(1) Seule allusion à la crise du moral de l’Armée française qui, de mai à juillet, alimente de nombreux cas de mutinerie de la part et d’autre de Reims, après l’échec sanglant de l’offensive suyr le Chemin des Dames.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 27 juillet

Après un bombardement violent mais court, les Allemands ont tenté une attaque des positions reconquises par nous sur le plateau de Californie. Cette attaque a été complètement repoussée et nos gains de la veille maintenus et consolidés.
Des coups de main ennemis ont échoué au nord-ouest du monument d’Hurtebise, dans la région du mont Cornillet et en Alsace, au nord d’Aspach-le-Haut. Nous avons fait des prisonniers.
Les Anglais ont exécuté avec succès des coups de main en quatre points différents des tranchées ennemies, à l’est et au nord-est d’Ypres. Chaque opération leur a valu un certain nombre de prisonniers.
Une patrouille allemande a été chassée à l’est de Laventie. Un coup de main ennemi a par contre réussi près de Givenchy-lès-la-Bassée.
Les escadrilles anglaises de bombardement ont jeté 4 tonnes d’obus sur des aérodromes. Trois avions allemands ont été abattus.
A l’ouest de Dwinsk, les troupes russes se sont emparées de positions ennemies près du chemin de fer de Dwinsk a Vilna. Dans la direction de Vilna, au nord de Krevo, l’ennemi a pris une colline au nord de Bogache.
L’ennemi bombarde violemment Tarnopol, qui est en flammes. Dans la région de Mikoulitso, il a franchi le Sereth et occupé un village. Au sud du Dniester, les Russes ont évacué Stanislau.
Vive activité de nos alliés sur le front de Moldavie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 15 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 15 avril 1917

946ème et 944ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris, nuageux, vent froid, un temps de 1er novembre. Toute la nuit combats, batailles, tirs de barrages dont les obus nous empêchent de dormir. Je suis assommé de sommeil. Toujours des avions tourbillonnant au-dessus de nous. On en est obsédé. Messe à 7h dite par l’abbé Camu, pour le repos de l’âme de mon pauvre Jacques. Il n’y a plus de messe chantée à 8h1/2 faute de chantres et d’organiste. La messe paroissiale est remplacée par une messe basse, où on chante juste le Credo. Jusqu’à présent nous sommes au calme, mais je désespère presque de voir cette grande offensive dont on nous a tant…  gargarisé depuis 15 jours. L’assaut devrait même être donné aujourd’hui au plus tard… !!! Ah ! là ! là ! nos officiers d’état-major aiment mieux se tenir à l’abri et boire notre Champagne pillé par leurs embusqués de secrétaires et autres.

6h soir  J’apprends la mort par gaz asphyxiants de Valicourt (Léon Valicourt, décédé par asphyxie au commissariat de la place Suzanne), sa femme et sa fille. Je l’avais connu dès les débuts de mon arrivée à Reims en 1887 – 88 par la Mère St Jean et Charles Decès. Il avait commis des détournements aux Hospices, fait de la prison. Il avait remboursé et vivait de quelques leçons, et de sa place de chantre à St Remy. Il s’était bien racheté. Une vieille physionomie rémoise encore disparue, le type du vieux professeur de français et de latin d’il y a 60 ans !! On me remet des fonds d’une autre victime des gaz, Delaitre, dit Noëllet, 6 rue du Réservoir. Bref tout le quartier St Remy a été fortement atteint par ces gaz. Une bombe de ce genre est tombée place Subé (place d’Erlon), on dirait la place peinte au minium (pigment de couleur rouge orangé indiquant la présence de gaz suffocants).

Le bombardement n’a pas cessé depuis 10h du matin, et la rue Courmeaux est entièrement détruite cette nuit. Nous sommes toujours séparés du monde, peu de lettres, pas ou point de journaux. Vu Féron, marchand de vins, rue Boulard, qui me disait qu’un soldat du 7ème Génie, cantonné à Dieu-Lumière lui avait avoué, à l’instant vers 9h, que ses camarades pilaient les caves de ce quartier, vins en bouteilles et même en cercle qu’ils revendaient à leurs camarades de cantonnement à 1 F le litre ou la bouteille !!

Été porter lettre à Landréat. Vu à maisons Jacques et Gambart. Tout va bien, mes gardiens font bonne garde. Repassé rue de Talleyrand quand j’aperçois des soldats russes du régiment n°2 sortant de mon ancienne maison au n°37. Ils se sauvent, j’entre et me heurte à un qui n’avait pas eu le temps de filer. Je fais le geste de tirer mon revolver, il me met la main sur la mienne en disant : « Niet ! Niet ! » et faisant signe qu’il n’a rien pris, et pour assurer sa déclaration fait force de signes de croix !! Je le laisse partir et il prend ses jambes à son cou. Je crois que celui-là regardera à deux fois avant d’entrer dans une maison abandonnée. Je revisite ma pauvre demeure, c’est lamentable. C’est une ruine. Je tombe à genoux dans le jardin et je prie, demandant à Dieu de faire cesser mon martyr et d’être bientôt sain et sauf délivré des allemands, qui nous bombardent avec rage. J’y cueille une violette et quelques primevères que j’enverrai à ma pauvre femme.

Remis mon pli Delaitre au Commissaire de Police du 1er canton pour être remis à un automobiliste qui le déposera au Receveur des Finances de Reims à Épernay.

Je suis fatigué, fourbu, et très exténué…  abattu. Il parait que mon commissaire de police du 3ème canton Speneux a été incommodé par les gaz ce matin en procédant au sauvetage des victimes, et qu’il vient de partir à Épernay.

Mon Dieu faites que je sorte indemne de cet enfer bientôt, avec mes 3 malheureuses qui ne veulent pas me quitter ni m’abandonner. Mon Dieu, faites que Reims soit bientôt délivré !! Il a déjà suffisamment payé sa part aux malheurs et aux sévices.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Quasimodo -15 avril 1917 – Après une nuit épouvantable de bombardement avec obus asphyxiants sur le faubourg de Laon, le quartier de Saint-Marceaux, Gerbert et du Barbâtre, obus à gaz encore dans la matinée, même dans le centre. On signale une trentaine de victimes, intoxiquées, de tous côtés.

Dans la journée, bombardement ininterrompu en pleine ville ; les rues Courmeaux et Notre-Dame de l’Épine, notamment, sont fort éprouvées, comme dégâts.

Nous avons dû passer la journée entière dans les caves de l’hôtel de ville. Le soir, à 20 h en regagnant la cour du Chapitre, je m’arrête un court instant auprès de quelques personnes qui, de la place des Marchés, regardent le clocher de l’église Saint-André. Au quart de sa hauteur, à peu près, le trou d’entrée d’un obus laisse voir, au milieu des ardoises, un disque rouge décelant seul un incendie intérieur en train de dévorer la charpente.

Lorsque je repasse au même endroit, le lendemain matin, le clocher a totalement disparu.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Dimanche 15 Quasimodo – Nuit terrible, surpassant toutes les précé­dentes. Toute la nuit, canonnades et bombes, surtout de 6 h. à 11 h. et de 3 heures à 6 heures, par rafales. Dès le matin, avions en l’air. A 10 h., une quinzaine d’avions français paraissent à la fois en même temps dans l’air. Toute la journée, mais non par rafales, des obus tombent ici ou là, pendant que les avions français et allemands évoluent dans les airs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 15 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, nos batteries ont poursuivi leurs tirs de destruction. Nos troupes se sont organisées sur le terrain conquis.

L’ennemi a réagi, par son artillerie, sur nos premières lignes, notamment aux abords de la vallée de la Somme.

Au sud de l’Oise, nons avons réalisé des progrès sur le plateau au nord-est de Quincy-Basse. Notre artillerie s’est montrée particulièrement active sur les organisations allemandes de la forêt de Saint-Gobain et de la haute forêt de Coucy.

Au nord de 1’Aisne et dans la région de Reims, activité réciproque des deux artilleries.

En Champagne et dans les Vosges, canonnade assez violente dans divers secteurs. Un coup de main ennemi sur un de nos petits postes au nord-est de Ville-sur-Tourbe a échoué.

Les Anglais ont enlevé le village de Fayet, au nord de Saint-Quentin, ainsi que les positions de la ferme de l’Ascension et de la ferme du Grand-Parel. Au nord de la Scarpe, après avoir occupé Angres, Givenchy-en-Gohelle, Vimy, ils se sont emparés de la fosse n° 6 et de la gare de Vimy. Le chiffre des pièces de canon prises par eux monte à 170. Le terrain conquis rejoint les positions saisies lors de la bataille de Loos.

Un navire hôpital anglais a coulé sur une mine; il y a 52 manquants. Un autre a été torpillé.

Le Brésil a saisi les navires allemands internés. La Bolivie a rompu avec le cabinet de Berlin.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 25 mars 1917

Cimetière de l'avenue de Laon

Paul Hess

Dimanche 25 mars 1917 – Beau temps. Journée très mouvementée.

Dès 8 h 1/2, bombardement sur le boulevard de Saint- Marceaux, le champ de Grève, le faubourg de Laon ; il dure jusqu’à 10 h 1/2 environ et reprend le soir, dans la direction de la Haubette, où quatre soldats et trois chevaux sont tués à proximité du pont de Muire. Une femme est tuée également rue Dallier.

Tir sur avions, toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cimetière de l'avenue de Laon

Cimetière de l’avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Annonciation. Nuit tranquille. – 1° de froid. Beau temps. Bombes à l’heure de la messe et au sortir jusqu’à midi sur les batteries et contre les avions. Une femme tuée rue Souyn, à Sainte-Geneviève. Bom­bes sur la Haubette, la Route de Pargny, nombreuses. Avions français 4 à la fois ; tir contre eux. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 25 mars

Au nord de la Somme, nous avons refoulé l’ennemi jusqu’aux lisières de Sovy où il s’est installé dans une ligne de tranchées préparées d’avance.

De la Somme à l’Oise, nos troupes, poursuivant leur marche, ont livré bataille à l’ennemi qui s’est défendu pied à pied. Elles l’ont rejeté à un kilomètre environ au nord de Grand-Séraucourt et de Gibercourt. Elles se sont emparées de la rive ouest de l’Oise, depuis les faubourgs de la Fère jusqu’au nord de Vandeuil. Deux forts de la Fère sont tombés entre nos mains.

Au sud de l’Oise, et bien que l’ennemi ait tendu des inondations, nous avons progressé sur la rive est de l’Ailette, conquis plusieurs villages et rejeté les arrière-gardes allemandes dans la basse forêt de Coucy.

Au nord de Soissons, peu de changement. Une pièce allemande à longue portée a lancé un certain nombre d’obus de gros calibre sur la ville de Soissons.

Lutte d’artillerie dans les régions de Berry-au-Bac et de Reims, en Alsace, près de Violu (sud du col de Sainte-Marie).

Nous avons descendu plusieurs avions ennemis et capturé un hydravion en mer, près d’Etretat.

Nos escadrilles ont lancé 1100 kilos de projectiles sur les usines de Thionville et du bassin de Briey, ainsi que sur la gare de Conflans.

On signale des émeutes sanglantes à Hambourg et à Kiel.

Les constitutionnels démocrates russes se sont prononcés en faveur de la République.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 7 novembre 1916

Paul Hess

7 novembre 1916 – Nos pièces du Port-sec commencent un tir assez serré à 6 h 1/4 ; il est suivi de quelques sifflements peu après.

Lorsque je pars au bureau, à 8 heures, un aéro boche se fait canonner. A 11 h, un bombardement se déclenche, avec explosions d’arrivées tout près de l’hôtel de ville ; il s’étend ensuite sur le centre et se termine à 11 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 7 – Nuit tranquille. + 10°. Vers 7 h. 1/2 bombardement. Messe retardée d’une demi-heure. A partir de 10 h. jusqu’à midi environ bombardement ; nous quittons le Conseil pour descendre à la cave. Remonté vers 11 h. 40. Deux hommes tués faubourg de Laon. Visite du Commandant Surugue, apportant des souvenirs de ma visite au Parc Pommery et à leurs batteries, le… On m’a donné une douille d’obus en cuivre déchiqueté lors de l’explosion du dépôt de munition le…

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 7 novembre

Au nord de la Somme, nous avons continué à progresser au cours de la journée dans la partie nord du bois de Saint-Pierre-Vaast. L’ennemi, au cours de violentes contre-attaques qu’il avait menées la nuit précédente sur nos positions du bois de Saint-Pierre-Vaast, et qui lui avaient valu quelque gain, a subi de très fortes pertes. Lutte d’artillerie sur le front de la Meuse, dans les régions de Douaumont, de Vaux et de Damloup. Un coup de main allemand sur un de nos petits postes de la vallée de la Fecht (Vosges) a échoué. Sur le front d’Orient, lutte d’artillerie intermittente et rencontres de patrouilles. Les Italiens ont repoussé des contre-attaques autrichiennes sur le Carso; après quoi, ils ont à nouveau progressé. Les Roumains ont repoussé des attaques ennemies dans la vallée de la Prahova; dans la vallée du Jiul, ils ont dû arrêter leur poursuite. En Dobroudja, leurs détachements avancés ont forcé l’ennemi à se replier. Dans sa retraite, il a mis le feu à plusieurs villages. Les pangermanistes se montrent très mécontents de la décision des deux empires qui tend à créer une Pologne autonome.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 7 octobre 1916

Louis Guédet

Samedi 7 octobre 1916

756ème et 754ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, lourd, un peu nuageux, belle journée d’automne. Vu pas mal de monde, Robiolle (Directeur des lavoirs et bains publics de l’établissement de la rue Ponsardin), Dr Simon qui sont venus me remercier de les avoir acquittés. Mais ce n’était que justice. A l’Hôtel de Ville Houlon et Raïssac  m’ont également approuvé et félicité d’avoir eu le courage de m’élever contre de les abus de la part de toute cette soldatesque commandée, dirigée, poussée, excitée par ces proconsuls que sont le Lieutenant-colonel Colas et le Capitaine Girardot. L’un, un sale monsieur qui ne pense qu’à courir le cotillon et l’autre une sombre brute, vrai type d’adjudant de carrière. Il parait qu’ils sont furieux. C’est bon, ils ont reçu la tape : ils s’apaiseront et comprendront la leçon. Le Général Cadou en a causé à Helluy, dans le fonds ils sentent qu’ils ont eu tort. Ils parlent d’en parler au Procureur de la République, cela me laisse fort tranquille et cela me permettra de causer de l’affaire Clergé et de la fille Lespagnol sa maîtresse, avortement de 2 jumeaux ! Après cela nous serons peut-être débarrassés de ce sale monde là ! Été faire un tour vers le faubourg de Laon, rue de Courcelles et Mont d’Arène. Cela m’a fatigué. Pas de nouvelles des miens.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 7 – Nuit tranquille. Expédié réponse à la Consistoriale. Envoyé Lettre Collective. Lettre à M. Emmanuel Faure sur le fléau de la dépopulation (Recueil, p. 39).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 7 octobre

Vive lutte d’artillerie sur les deux rives de la Somme. Pas d’action d’infanterie, sauf une légère avance à l’est de Bouchavesnes.
Sur le front britannique, l’artillerie ennemie s’est montrée très active au sud de l’Ancre. De nombreux partis de travailleurs ont été dispersés par le feu de nos alliés.
Les Bulgares ont battu en retraite devant les forces anglaises, sur la Strouma.
Dans la région de la Cerna, vifs combats sur tout le front Mesduzidli-Kenali-Gradesnica. Les Serbes ont fait 60 prisonniers aux Bulgares qui, en s’enfuyant, ont abandonné toutes leurs lignes téléphoniques.
Les Italiens ont fait 102 prisonniers sur le Haut-Avisio.
Les Roumains ont progressé, de concert avec les Russes, en Dobroudja, où 300 prisonniers ont été faits. Mais ils se sont repliés près de Fogaras devant des forces supérieures.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 2 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Jeudi 2 mars 1916

537ème et 535ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je remonte de la cave où je suis descendu à 7h50. Une bombe était venue tomber à 20 mètres d’ici rue Boulard chez Houbart Frères (à vérifier), n°18. Dégâts, commencement d’incendie, peu de chose heureusement. Comme je descendais à la cave il en est tombé une 2ème encore tout près, mais je ne sais où. La canonnade toujours depuis 6h1/2 du reste. Ils en ont envoyé un peu partout. Est-ce que les mauvais jours reviendraient ? Mon Dieu ! Je ne pourrais y résister. Je n’en n’ai plus la force. A 11h ils avaient déjà arrosé un peu partout et il en était tombé déjà une (bombe) rue Brûlée, en face de la chapelle de la rue du Couchant. Vont-ils nous laisser tranquille cette nuit ? Une bataille a lieu devant Cernay, on l’entend.

Suite du 2 mars 1916

Mon Dieu, pourvu que nous n’ayons plus rien. Je me croyais plus fort que cela.

10h soir  Nous sommes revenus aux mauvais jours. J’avais à peine terminé ces lignes que vers 8h1/4, au moment où je commençais à dîner, un obus m’arrive. Je baisse le dos instinctivement, puis avec un bruit formidable il éclate chez M. Benoist (usine des Capucins) un tas de gravas et de vitres brisées retombent un peu partout. Le temps de prendre quelques papiers (minutes, dossiers), ma pelisse et mon chapeau, je descends, à moitié de l’escalier encore un plus près. « Je crois que çà y est ! » non rien.

Je descends dans la cave où nous nous retrouvons tous les 4 réunis, Jacques, Lise, Adèle et moi, plus 9 voisins ou voisines que je ne connais pas qui étaient arrivés à la première heure et qui étaient restés en cave pendant que nous étions remontés pour dîner…  Çà tape fort autour de nous. Enfin à 9h1/2 nous remontons tous les voisins s’en vont chez eux et nous mangeons… (Je mourrai de faim) tout en ayant l’oreille au guet (aux aguets). J’ai fini mon maigre dîner, des choux, pommes de terre carottes et un bout de porc gras et maigre, un peu de fromage et 2 cuillères de confiture de fraises. Pauvres fraises ! Elles ont été cueillies et cuites en juillet 1914 !! Que c’est loin déjà !!…  Nous sommes tous un peu bouleversés. La vie de fous recommence ! C’est extraordinaire ce qu’on pense, ce qui nous passe par la tête durant ces moments-là ! On est rompu après de ces secousses, c’est comme si j’avais charrié toute la journée ! Il pleut à torrent. Je vais tâcher de dormir, pourvu que nous ne soyons pas réveillés encore cette nuit. Que Dieu nous protège et nous laisse prendre un peu de repos…  Triste anniversaire ! Il y a 1 an c’était le jour de mon incendie. J’avais déjà souffert beaucoup plus. Et cependant on ne s’y fait pas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1916 – Sifflements nombreux dans la matinée.

A partir de 11 heures, nos pièces ripostent très vigoureusement ; elles tirent jusqu’à 14 h et l’après-midi redevient calme ; mais à 18 h les sifflements recommencent. Notre artillerie entre à nouveau en action, à tel point que venant de quitter l’hôtel de ville, je suis éclairé, le long de mon chemin par les lueurs ininterrompues des départs, aussi bien que par les fusées qui se succèdent en l’air et les projecteurs.

Alors que je me trouve place de la République, les détonations sont devenues assourdissantes ; s’il pleuvait, cela donnerait l’illusion complète d’un orage (165 plus violents. En ce passage toujours très dangereux, un lourd attelage de trois chevaux, que son conducteur presse tant qu’il peut, me gêne considérablement, pour essayer de discerner les arrivées au milieu de l’infernal tapage, auquel se mêle, là, tout près, avec les forts craquements du chariot sous son chargement, le bruit des fers frappant alternativement le pavé. Fallait-il que j’arrive juste à ce moment. Dois-je essayer de dépasser les chevaux attelés en flèche ? Non, car si j’y parviens, le véhicule me suivra a trop faible distance. A regret, je ralentis quand il faudrait au contraire presser le pas, préférant malgré tout le laisser prendre de l’avance et s’éloigner dans l’avenue de Laon et… je gagne enfin la rue Lesage. Peu de temps après que j’y suis engagé, deux obus viennent éclater de l’autre côté des voies du chemin de fer, rues de la Justice et du Champ-de-Mars ; j’entends retomber des matériaux après leurs explosions. D’autres projectiles tombent sans arrêt sur le Port-Sec et ses environs.

En rentrant place Amélie-Doublié, je trouve les voisines de ma sœur et elle-même, occupées à préparer tranquillement leur dîner, comme d’habitude, alors que je m’attendais à les voir sous le coup de l’émotion bien compréhensible des arrivées peu éloignées. Quoique fort surpris, j’aime mieux n’en rien laisser paraitre ; aussi, nous prenons notre repas ensemble et nous nous installons ensuite autour du feu, ainsi que chaque soir pendant que l’arrosage assez copieux continue, que les sifflements se font toujours entendre, mêlés du bruit d’explosions dans les parages.

Le calme ne se rétablit qu’à 21 heures, et, après cette sérieuse séance, nous faisons une excellente nuit.

En somme, journée et surtout soirée très mouvementées pour tout Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille ; + 4 ; soleil. Aéroplane à 8 h. allemand va observer les canons qui ont tiré hier soir. Pendant toute la matinée conversation à coup de canons entre les batteries. Bombes sifflantes à plusieurs reprises, mais sans doute sur les batteries : rue Clovis, rue du Jard, rue Brûlée, devant la porte de la Chapelle du Couchant, Faubourg de Laon. Visite à l’ambulance Cama (ou je ne fus pas reçu). Visite à l’ambulance russe, génie au Fourneau Économique. 5 h. Canons français en rafales; riposte allemande jusqu’à 9 h. soir. Bombardement sur la ville ; prière du soir interrompue par les bombes sifflantes tombant près de nous. Après, nuit tranquille, sauf quelques coups a longs intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 mars

En Belgique, action d’artillerie au sud de Boesinghe. A l’est de Reims, un détachement allemand qui tentait d’aborder notre front, s’est enfui sous notre feu en laissant des morts. Près de Verdun, le bombardement ennemi a continué sur la rive gauche de la Meuse (de Malancourt à Forges), sur la rive droite, vers Vaux et Damloup, et en Woëvre (Fresnes). A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous bouleversons les organisations allemandes du bois le Prêtre et bombardons vers Thiaucourt. En Alsace, notre artillerie est active sur la Fecht et la Doller. Les russes progressent près de Dvinsk. Les colonels Egli et de Wattenwyll ont été acquittés par le tribunal de guerre de Zurich.

 

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Mercredi 6 janvier 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à l’Ambulance de Rilly, aux Chasseurs de Gascogne (d’Astarac).

Visite au Général Pélacot.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

6 Mercredi – Même temps.Canonnade et bombardement toute la journée principalement faubourg de Laon. Vers 5 h du soir, bombes incendiaires dans la direction un peu à droite de St-Thierry. Incendie très fort que l’on voit très bien du chemin Mavi (Haubette). Dans le cours de l’incendie, 2 ou 3 bombes tombent sur ledit incendie. C’est sans doute au Canard à 4 pattes ou chez Lajoux, route de Villers Franqueux à Loivre. A 6 h du soir, c’est un peu calmé. nuit relativement calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Hortense Juliette Breyer

Mercredi 6 Janvier 1915.

J’ai vu ton parrain. Il m’a dit qu’il fallait que je me rende chez lui deux ou trois jours avant l’arrivée du bébé. Donc j’irai vers le 16 car Mme Louis m’a dit que ce serait vers le 20, plutôt après qu’avant. Que je vais m’ennuyer après mon coco ! Depuis presque six mois que je ne l’ai pas quitté. Cette fois-ci j’espère que les boches seront partis quand je sortirai de chez le parrain. Sur chaque lettre que je t’écrivais, mon Charles, je voulais te demander comment on l’appellerait. Le moment peut venir ; j’ai mis tout en règle, mon argent et le livre de crédit avec les adresses. On ne sait pas ce qui peut arriver. Si tu reviens, comme cela tu ne seras pas ennuyé.

J’ai réécrit à Juliette pour la remercier et lui dire mon espoir de te voir revenir. Je suis en colère, vois-tu mon pauvre Chipot. Quand je passe quelque part et que j’entends dire « Pauvre femme, son mari a été tué ; c’était un ménage d’or », cela me retourne. Je leur crierais bien « Ce n’est pas vrai, il est vivant, je le sens ». C’est vrai tu sais, mon tit Lou, je suis sure que nous aurons encore des heureux jours. Quel bonheur le jour où j’apprendrai que tu es encore de ce monde.

Je t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 6 janvier

L’état du terrain n’empêche pas notre infanterie de progresser en face de Nieuport et de Saint-Georges, où nous gagnons plusieurs centaines de mètres et enlevons des éléments de tranchées.
A l’ouest de Lens, nous avons contraint l’ennemi à arrêter ses travaux de sape. Les Allemands ayant fait sauter et pris une de nos tranchées sur la route de Lille, nous l’avons immédiatement reprise.
Notre artillerie domine de plus en plus l’artillerie allemande en Champagne et sur les Hauts-de-Meuse.
Succès pour nous en Alsace, où nous avons pris un village près d’Orbey, au delà du col du Bonhomme. Notre grosse artillerie bat avec avantage les abords de Mulhouse.
Les Russes ont forcé les Allemands en Pologne à modifier complètement leur dispositif de combat. Ils les ont repoussés près de Mlava; ils ont capturé un détachement d’Autrichiens au col d’Ujok dans les Carpates. Si la terreur règne à Budapest, l’inquiétude sévit à Vienne que menace la famine.
L’armée russe du Caucase, après avoir infligé deux échecs aux Turcs à la frontière d’Arménie, leur a capturé tout un corps d’armée, celui d’Erzeroum (9eme corps) et en poursuit un autre (le 10eme), qui est en très mauvaise condition. Enver pacha est en fuite. L’auteur directement responsable de cette défaite,-il marchait avec les 9e et 10e corps – est le chef de la mission militaire allemande, le général Liman von Sanders.
Un second fils de Ricciotti Garibaldi a été tué dans nos rangs.

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