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Mardi 24 juillet 1917

Louis Guédet

Au mardi 24 juillet 1917 1044ème et 1042ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Je rentre par une chaleur torride par l’autobus Épernay – Reims. Voyage charmant par la forêt (Dizy, Champillon, Montchenot) si c’était à une autre époque et si je ne rentrais pas dans ma vie d’Enfer, et si je ne venais pas de quitter les miens et quand les reverrai-je ? Trouvé ici la même vie, rien de changé à part 2 ou 3 obus dans les murs du jardin que je vais faire boucher. Je retrouve Lise et Adèle toujours fidèles au poste, toutes affairées du déménagement d’une partie de mes meubles qu’on vient de mettre en wagon pour Épernay par route, et de là à St Martin par chemin de fer…  mais je n’ai pu mettre dedans tout ce que je voulais enlever. Enfin on verra. Le calme en ce moment. Vu à Épernay à mes affaires, pris un coffre-fort plus grand à la Banque de France. Je pourrai mettre plus de choses et travailler avec plus de documents. Vu Fréville fort affaissé, on dirait qu’il a de graves ennuis qui le tourmentent, ou bien…  il est vidé !! (Rayé) !! Vu M. de Courtisigny, mon Procureur de la République, mon Président Hù, toujours aussi cordial. Et Dupont-Nouvion, toujours (rayé) ! Texier juge fort aimable. Le Président m’aime beaucoup, et nous avons causé au moins 3 heures ensemble, il m’a déclaré qu’il ferait son possible pour que je sois décoré bientôt. Attendons. En tout cas, il peut me pousser par Léon Bourgeois auquel il est lié très intimement. En causant je suis revenu sur la question de Reims cour d’appel. Il m’a promis d’en causer à la Chancellerie.

Je viens de passer 15 jours près de mes chers aimés, et là j’ai eu le grand bonheur de voir enfin mes 2 grands artilleurs. Robert vient de passer brigadier de tir, poste recherché, et son capitaine désire l’envoyer à Fontainebleau comme y a été son frère Jean. Je crois que sa conduite à Berry-au-Bac y a été pour quelque chose : il a secouru des blessés quand ses camarades voulaient se sauver, et lui-même a échappé à la mort par miracle, un obus a blessé grièvement son maréchal des logis qui était à cheval près de lui, botte à botte. Quant à Jean l’ainé qui est aspirant au même régiment, le 61ème d’artillerie avec fourragère, le pauvre enfant a été enterré par des obus de 290 (200 en une heure de temps). Dans sa sape avec 5 de ses hommes, ils ont été 1/2 heure sans air. Enfin ils ont pu faire un trou de la grosseur de la cuisse qui leur a donné un peu d’air, mais il leur a fallu néanmoins 2h1/2 de travail acharné pour se déterrer !! C’est miracle qu’ils n’y soient pas restés, car la terre s’effondrait au fur et à mesure qu’ils déblayaient !! Il était temps, parait-il, car ils commençaient à suffoquer.

Je rentre triste, triste, comment en serait-il autrement ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 juillet 1917 – Bombardement très violent au cours de la nuit passée — vers 22 h surtout.

Ce matin, je sortais de la maison 10 rue du Cloître, où je passe les nuits, pour me rendre au bureau, quand un voisin occa­sionnel, M. Havez, gardien de l’immeuble mitoyen (Polonceaux) dont il balayait le pas de porte, m’arrête pour causer un instant de la distribution de projectiles que nous ont encore faite les Boches, pendant la nuit.

– « Quelle séance ! » dit-il,

et cela suffit, entre bombardés, pour se comprendre ; on ne s’étend généralement pas beaucoup sur un sujet qui est toujours le même.

– « Oui, dis-je, ça a bien tombé par ici.
– Vous avez dû recevoir un obus”, ajoute-t-il.

Je continue :

– « Non pas, je l’avais cru aussi, mais je viens de faire ma tournée, je n’ai rien remarqué de plus que ce qu’il y avait déjà, de sorte qu’il me semble que c’est vous qui avez dû encaisser.

– C’est curieux, réplique-t-il, mais moi aussi, j’ai eu soin de faire une tournée partout, ce matin et je n’ai pas vu d’autres dégâts que ceux que je connais bien.

– Alors ! en ce cas, ripostai-je, admettons que nous avons rêvé tous les deux que « ça » bombardait.

– Oh non !, se récriait-il vivement, j’ai eu trop peur. »

Et cela nous a donné l’occasion de nous détendre un peu en riant un bon coup.

Après avoir procédé à une nouvelle visite de l’ensemble de l’immeuble, en fin de journée, je trouvai en effet les traces de ce dernier projectile. Comme il était le dix ou onzième qui était venu exploser dans la maison, il m’était d’abord passé inaperçu, Le voisin de la propriété Polonceaux, était à peu près aussi bien partagé. A la suite de cette révision générale, je connaissais aussi bien que lui, maintenant, « mes » points de chute.

Le soir, en sortant du bureau, je puis suivre des yeux un combat à la mitrailleuse — et de part et d’autre, elles crépitent bien — entre un de nos avions et une saucisse boche désemparée qui va tomber, paraît-il, dans le haut du faubourg Cérès.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 24 – + 15°. Nuit tranquille près de nous. Combat au loin vers l’est. Coups de canons français. Une saucisse allemande plane au-dessus de la ville vers 6 h. soir. On entend les canons au loin à l’est, à l’ouest ? L’écho empêche de distinguer ; on l’entend plus fort à l’ouest.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 juillet

Sur le front de l’Aisne, l’ennemi a violemment canonné nos lignes depuis l’épine de Chevrigny jusqu’au sud de Corbeny. Le bombardement par obus de gros calibre a pris une particulière intensité depuis Hurtebise jusqu’à l’est de Craonne.
Les Allemands ont lancé sur ce front une série de très violentes attaques. A maintes reprises, ils ont été repoussés avec d’énormes pertes, spécialement sur le plateau des Casemates. Finalement, ils ont reussi, après des échecs répétés, à prendre pied dans notre première ligne, sur le plateau de Californie.
Au nord de Bezonvaux, les Allemands ont attaqué en deux points de notre front. Après un vif combat, nous les avons repoussés.
Sur les Hauts-de-Meuse, deux tentatives ennemies pour aborder notre front sont restées vaines. Nous avons fait des prisonniers. Il en a été de même en Alsace, près de Seppois.
Les Anglais ont progressé à l’est de Monchy-le-Preux. L’artillerie allemande a été active dans la région de Lens et d’Armentières.
Un nouveau raid aérien a eu lieu sur l’Angleterre (région de Harwich). Il y a 8 morts et 25 blessés.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 30 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 30 juin 1917

1022ème et 1020ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit relativement calme, bataille vers Moronvilliers. A 10h1/2 la pièce habituelle bombarde vers Courlancy une 15aine (quinzaine) d’obus, et puis je n’ai plus rien entendu que de loin en loin. Du reste il a plu presque toute la nuit. Ce matin temps couvert à la pluie, lourd. Je vais pousser jusqu’à la place d’Erlon pour tâcher de voir Charles Heidsieck, puis je rentrerai pour une donation entre époux. Encore une journée bien triste qui se prépare pour une fin de mois. Du reste ce mois de juin aura été bien triste et douloureux pour moi.

Les quatre feuillets suivants ont disparus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 juin 1917 – Bombardement.

Vers 13 h 1/2, quatre ou cinq obus font explosion soudaine­ment, dans le quartier, pendant que nous prenons le café, entre collègues, rue Courmeaux, derrière les Halles (café Néchal). Un passant, M. Liégeois est tué par le deuxième projectile, à l’angle des rues Legendre et Cérès ; les autres éclatent rue Courmeaux, rue Saint-Crépin et rue de l’Avant-Garde, au coin de la rue Bonhomme.

Ce jour, notre cuistot de la « comptabilité », l’ami Guérin, nous quitte pour aller rejoindre sa famille.

Guérin habitait encore il n’y a pas longtemps, 240, rue du faubourg Cérès, aux confins de la zone militaire évacuée et inter­dite. A quelques pas du cimetière de l’Est, il était demeuré toujours à ce point de la ville, où commençaient des boyaux par lesquels les Poilus, avec qui il vivait en somme après sa rentrée du bureau, allaient en ligne. Son beau-père, resté avec lui, avait été intoxiqué par les gaz en cet endroit avancé.

Par là, il n’y avait plus guère de civils et un jour qu’au bureau nous avions eu lieu de nous inquiéter vivement de ne l’avoir pas vu arriver comme d’habitude, après un bombardement sérieux, j’étais allé chez lui, conduit aussi vite que possible, en auto, par Honoré, le vaguemestre de la mairie qui, en arrivant à hauteur de la rue des Gobelins, s’y était dirigé brusquement et s’était arrêté aussitôt, en me disant :

« Je ne peux pas aller plus loin avec ma voiture, les Fritz nous taperaient dedans ; je vais la garer, à l’abri et vous atten­drai ici. »

Je n’avais donc qu’à continuer pour trouver la maison, en longeant une longue série de ruines, d’immeubles brûlés les uns à la suite des autres, à droite du faubourg, dont le côté gauche était dans le même état — mais le 240 était encore debout.

L’absence de Guérin n’avait été occasionnée par rien de fâ­cheux, heureusement. Pour me dédommager du voyage qu’il m’avait causé inutilement, il m’avait dit :

  • « Tiens ! tandis que tu es ici, veux-tu voir les Boches ?
  • Je veux bien, où ça ?
  • Eh bien, m’avait-il ajouté, viens au grenier ; seulement, ne te montres pas à la lucarne, tu pourrais recevoir un coup de fusil.
  •  Ah, merci ! tu as raison de prévenir, lui avais-je-répondu, mais, je me doutais bien tout de même qu’il ne doit pas faire bon regarder à toutes les fenêtres, chez toi. »

La lucarne exposée au nord-est, était ouverte — elle l’était probablement toujours. M’indiquant alors une place, en face, con­tre le mur, que je gagnai en me baissant, il me passait une jumelle, et, si je ne voyais pas de Boches, je distinguais parfaitement tout ce que l’ouverture me laissait voir des lignes blanches de leurs tran­chées, sur le bas de la pente, entre les routes de Witry et de Cernay.

— Il n’est pas rare, m’avait-il expliqué, que des balles de fusil ou de mitrailleuse viennent claquer dans les tuiles de la toiture.

Je comprenais ; en effet, si près des lignes.

Une malheureuse nouvelle, celle de la mort de son fils aîné, tué sur le front, lui était parvenue récemment. Nous avions remar­qué combien il en était resté affecté et nous prenions part à sa peine, d’où était venue, en grande partie, la décision qu’il avait prise de partir de Reims. Nous admettions trop bien ses raisons.

Au soir de cette journée, où notre camarade quitte définitive­ment le bureau de la « comptabilité », il nous souhaite « bonne chance ». Nous remercions Guérin et en lui serrant la main, nous lui exprimons sincèrement le même souhait.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 30 – + 16°. Nuit tranquille. Pluie. Matinée tranquille. Visite de deux Aumôniers de la nouvelle Division 167e. Le Père Doncœur et M. Du­bois (?) ami de Mgr Labauche. Visite de MM. Lenoir, député de Reims et de M. Forgeot, aussi député de la Meuse, ensemble. Nuit agitée. Combat du côté de Courcy, attaque allemande. Il me semblait au Crapouillaud(1) et à la grenade. Un homme a la jambe coupée par un obus.

(1) Le nom de crapouillot figure assez bien l’aspect trapu d’un crapaud que présentaient les mortiers de tranchée.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 30 juin

Grande activité de combat sur le front de l’Aisne et au nord-ouest de Reims.

Près du village de Cerny, l’ennemi qui avait réussi d’abord à prendre pied dans notre première ligne en a été rejeté par une contre-attaque énergique de nos troupes. Puis il a renouvelé sa tentative et a pénétré une seconde fois dans nos tranchées.

Au sud-est de Corbeny, l’attaque déclenchée par les Allemands a été particulièrement violente. L’ennemi a engagé des troupes spéciales d’assaut qui ont essayé d’enlever un saillant de notre ligne de part et d’autre de la route de Laon à Reims. Ses contingents ont dû refluer avec de fortes pertes.

Sur la rive gauche de la Meuse, dans la région bois d’Avocourt-cote 304, un violent bombardement a été suivi d’une puissante attaque allemande sur un front de 2 kilomètres. La puissance de nos feux a réussi à désorganiser l’attaque qui a pu prendre pied en quelques points de notre première ligne. Une autre tentative des Allemands a été complètement repoussée.

Sur le front d’Orient, canonnade à la droite du Vardar et vers la Cervena-Stena. Une attaque bulgare a été repoussée dans la région de Moglenica.

La Grèce a rompu avec l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie et la Turquie.

Le croiseur-cuirassé Kléber a coulé sur une mine au large de la pointe Saint-Mathieu. Il y a 38 victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 4 juin 1917

Louis Guédet

Lundi 4 juin 1917

994ème et 992ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Cette nuit réveillé par des bombes qui semblaient assez proches, vers 3h du matin. Rendormi difficilement, et le matin j’étais rompu. Ces insomnies me fatiguent énormément. Travaillé toute la matinée. Reçu lettres diverses auxquelles j’ai répondu. Payen me propose de faire nos audiences de conciliation en matière de réquisitions militaires soit à Épernay ou à Châlons. Je lui demande aux frais de qui et comment je me transporterais de Reims à Épernay ou à Châlons ?  Je l’attends là. Après-midi, été au 104, rue des Capucins avec un agent et le serrurier de la Ville me faire ouvrir la porte de la maison de Melle Léontine Malezet, parent de Redont, pour voir si je trouverais des papiers, valeurs, titres, numéraires, etc…  Rien de tout cela. J’ai fait une description sommaire des meubles, refermé la porte, laissé les clefs au sergent de ville, et rentré pour répondre à ce sujet à Redont. Voilà ma journée, toujours la même monotonie, la même lassitude. Toute la journée j’ai eu l’ouvrier de Minelle-Simon qui m’a remis des toiles huilées à mes 2 fenêtres. Je vais être un peu clos et à l’abri des intempéries, mais cela durera-t-il, un obus ne viendra-t-il pas me déchirer tout cela. C’est toujours l’agonie lente, sans un sourire, une satisfaction…  une lueur de bonheur ou de joie.

7h soir  Ovide Tangre (cocher, né en 1861 à Ventelay) vient me dire que l’on recommençait à piller aux Caves Louis de Bary de la rue Lesage. Rien à faire, les soldats pillards vous lancent des grenades dans les jambes !! L’autorité militaire est au-dessous de tout !…  du reste les officiers profitent éhontément de ces pillages…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4-5 et 6 juin 1917 – Bombardements chaque jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 4 – + 15°. Aéroplanes allemands dès le matin : tir contre eux. Visite rue du Faubourg Cérès, maison des Sœurs du Saint-Sauveur, visite du Commandant de Pélacat avec 2 officiers. Expédié au Cardinal Gasparri, lettre et état du clergé pour le prier de faire parvenir à nos prêtres en Arden­nes (201) une modeste allocation de 250 f. chacun ; et pour demander le rapatriement de 4 prêtres du diocèse emmenés captifs en Allemagne. Gros canons français (peut-être de marine) tirent fréquemment, mais non d’une manière continue. Journée chaude et belle ; temps ferme.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 4 juin

Le bombardement ennemi s’est étendu autour de Craonne et a continué pendant la nuit avec une extrême violence sur tout le front des plateaux de Vauclerc et de Californie. Les Allemands ont déclenché cinq attaques successives à gros effectifs dont trois sur la partie est du plateau de Californie et deux sur la partie ouest et sur le plateau de Vauclerc. L’ennemi a été partout repoussé; ses pertes ont été importantes, notamment dans la région est de Californie, où les détachements d’assaut de l’adversaire, disloqués par nos feux, ont laissé un grand nombre de cadavres devant nos tranchées. Un certain nombre de prisonniers sont restés entre nos mains.
Des coups de main ennemis en Champagne, vers Bezonvaux et dans les Vosges, au sud du col de Sainte-Marie, ont échoué.
L’artillerie allemande a bombardé le front belge au nord de Dixmude. Des bombes ont été jetées par nos alliés sur la gare de Wysweewe.
Les troupes britanniques ont attaqué les positions ennemis au Sud de la Souchez. Elles ont effectué une avance satisfaisante et ont fait un certain nombre de prisonniers. Une attaque allemande a été repoussée sur le front de Cherisy. Nos alliés ont réussi un coup de main près d’Ypres.
On dément l’imminence d’une crise ministérielle en Espagne.

Source : La Guerre 1914-1918 au jour le jour

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Samedi 14 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 14 avril 1917

945ème et 943ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps splendide. Bombardement toute la nuit. Je suis éreinté, affaissé toute la matinée, on dort si mal et c’est si long. J’admire chaque jour le courage de tous nos agents de police qui se multiplient. Quelle différence avec la couardise des gendarmes. Il parait que notre nouveau Commandant de Place, le Colonel (en blanc, non cité) est un froussard de la plus belle eau, çà ne nous change pas avec Colas et Girardot. Lors du bombardement du 6 courant il s’est sauvé à Épernay !!! C’est pour cela que l’autre jour qu’on déchargeait des cintres d’acier et des rondins de bois pour faire une casemate blindée pour ce lâche-là. A 2h je vais chercher mon courrier.

Passant devant l’usine d’Edouard Benoist j’interpelle un vieux trainard et lui dit de filer, et qu’il ferait mieux de partir de Reims. Un sergent (Sergent Basly, de la 22ème section G.B.D. (trèfle à quatre feuilles)(Groupe de Brancardiers Divisionnaires)) de la formation sanitaire qui cantonne dans cette usine au 35 de la rue Hincmar, m’interpelle en me disant que je n’ai pas le droit de dire cela et que je ne puis pas le faire, et m’injurie. Je l’envoie carrément en lui disant qu’il se taise et que s’il défend ce vieux trainard, c’est sans doute qu’il lui indique les caves à piller. Pris mes lettres, écrit dans mon cabinet au Palais, et porté mes lettres à Mazoyer. Je rencontre Landréat qui est resté courageusement ici, je l’en félicite. Comme nous sortions du Palais un automobiliste, conduisant la voiture 117 015 nous interpelle d’un ton insolent pour nous demander où se trouve un bureau de tabac. Comme nous lui répondons que nous ne savions pas, et comme il insistait en disant que des sales civils comme nous ne savions jamais rien, que de là nous étions une sale ville, etc…  etc…  Je pars en haussant les épaules, il veut nous suivre !… Je continue mon chemin, en constatant l’aménité de ces gens-là…  Voilà le peuple avec lequel nous nous rencontrons chaque jour.

J’écris ces lignes dans mon cabinet au 1er étage, près de ma chambre. J’en suis tout joyeux et c’est si triste d’écrire à la cuisine ou dans la cave. Toutes les fois qu’on sera un peu tranquille je ferai cela, car je n’y tiens plus, et je pourrais peut-être faire quelque chose d’utile, tout en laissant de quoi écrire à la cuisine et à la cave. Quand pourrais-je enfin reprendre mes habitudes et coucher dans un lit…  déshabillé. Mon Dieu pourvu que ce soit bientôt. Je suis si las, et puis je crains de tomber malade à coucher aussi à la cave !

6h20 soir  Vu tout à l’heure Monbrun qui travaillait et travaille au Bureau Militaire de l’Hôtel de Ville, pour me demander l’adresse de Faupin, l’avoué, et je lui demandais ce qu’il faisait maintenant. Il me répondit qu’il travaillait toujours à la Ville où tous ces jours-ci il avait mis en sûreté les registres d’État-civil et les dossiers de réquisitions militaires. Comme je lui demandais ce qu’était devenu son collègue François, employé au même bureau, il me répondit qu’il s’était sauvé sans crier gare le 6 comme Cachot de l’État-civil (dont l’absence ne sera que très provisoire) et autres. Bref ce sont tous ceux qui crânent et se posent en casseurs d’assiettes qui ont été les plus lâches. Comme ce Bruge, sergent rue Martin Peller, dont on n’a pas eu de nouvelles pendant 3 jours !! un sergent ! insolent, comme tous les embusqués du reste.

8h3/4 soir  En causant avec Houlon je lui demandais combien restaient de municipaux. Les voici officiellement du 1er avril 1917 : le Maire Docteur Langlet, les 2 adjoints : Émile Charbonneaux, de Bruignac, et 3 conseillers : Houlon, Pierre Lelarge et Guernier. C’est maigre, les autres ont « foutu le camp ». Été après dîner voir Melles Payart et Colin (40, rue des Capucins) causé un instant. Les rues sont désertes, on ne voit plus de soldatesque.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 avril 1917 – Bombardement toute la journée vers le faubourg Cérès et tir, du matin au soir, sur aéros.
Toutes les saucisses observent.
Canonnades espacées de nos grosses pièces.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 14 – + 3° ; Nuit continuellement agitée. Canon français, bombes allemandes tombées du côté de Sainte-Geneviève, à l’abattoir, autour de l’ambulance rue Cazin. On pense qu’elles faisaient un tir de barrage sur la route d’Épernay et de Pargny, contre mouvements de troupes, ravitaille­ment, batteries recherchées. Visite à Sainte-Geneviève, Orphelinat, bles­sés. 5 blessés par un obus, Chaussée Bocquaine et rue Polonceau à 9 h. 1/2. Violente canonnade toute l’après-midi ; bombes sifflantes sans interrup­tion sur batteries, et sur la ville aussi sans doute. Un obus est tombé dans les ruines de la Salle des Rois. Aéroplanes. Écrit au Pape pour M. le Cha­noine Brincourt. De 9 h. à 11 h. terrible bombardement autour de nous. Obus dans le chantier de la Cathédrale, contre un pinacle, côté sud, cour Chapitre, devant M. Payot. Obus asphyxiant sur le Barbâtre : Les Sœurs de l’Enfant Jésus sont obligées de mettre leurs masques et de monter à l’étage supérieur, au Mont d’Arène, où elles étaient réfugiées dans les ca­ves. Soldats asphyxiés. Nuit la plus terrible jusqu’ici. Il y a eu émission de gaz asphyxiants. Parmi les asphyxiés morts : M. Vaticourt, chantre de Saint- Remi, sa femme et ses deux filles. Il était aller chercher des remèdes chez le pharmacien ; en revenant, il est obligé de s’asseoir sur un banc où il meurt. Sa femme et ses deux filles moururent aussi. Madame Lépargneur meurt aussi asphyxiée. En tout : 15 personnes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 14 avril

Au sud de Saint-Quentin, nos troupes ont attaqué et enlevé, malgré une résistance acharnée de l’ennemi, plusieurs lignes de tranchées entre la Somme et la route de la Fère à Saint-Quentin. Nous avons ramené des prisonniers et de nombreuses mitrailleuses. Notre artillerie a violemment bombardé les organisations allemandes entre la Somme et l’Oise.

Au sud de l’Oise, nos éléments avancés ont progressé à l’est de Coucy-la-Ville et capturé des prisonniers et du matériel.

Lutte d’artillerie dans la région de l’Aisne et en Champagne.

Dans la région de Verdun, deux coups de main de l’ennemi ont échoué sons nos feux.

Les Anglais ont attaqué entre Saint-Quentin et Cambrai. Ils ont pris les positions ennemies sur un large front entre Hargicourt et Metz-en-Couture. Ils ont occupé la ferme le Sart, le village et le bois de Gouzancourt. Ils ont effectué avec succès un coup de main sur Loos.

Canonnade sur le front belge, au sud de la Maison-du-Passeur.

En Macédoine, les Serbes ont repoussé une attaque ennemie dans la région de Budimnica.

Les Russes ont repoussé les Austro-Allemands près de SoKal. Ils ont infligé un autre échec à l’ennemi sur 1a Bistritsa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

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Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 6 avril 1917

Paul Hess

Vendredi Saint 6 avril 1917 – Extrait des journaux de ce jour :

Sous sa rubrique « Le bombardement — 926e jour du siège« , Le Courrier de la Champagne avait imprimé un article dont la cen­sure a seulement laissé subsister ce qui suit : (“Mercredi, le nombre des obus a encore dépassé 2 000″ (le reste, soit une quinzaine de lignes, a été caviardé).

Le même journal dit encore ceci :

L’évacuation de Reims.

Le Petit Journal annonçait, dans son numéro d’hier, que Reims avait été évacuée.

Voilà une nouvelle que notre confrère aurait bien dû contrôler avant de la lancer aussi à la légère.

Il n’y a pas eu et il n’est pas question d’évacuation, au­trement dit de départ forcé.

L’exode, limité du reste, qui se produit en ce moment à Reims, a été conseillé et non imposé.

L’Éclaireur de l’Est donne une suite de communiqués de la mairie, le premier ajoutant une précision à ce qui a déjà été publié, au sujet des départs. Ils sont ainsi insérés :

Avis à la population.

La municipalité communique les notes suivantes :

Les départs.

En raison de la fréquence et de l’intensité des bombar­dements, la municipalité engage tous ceux de ses concitoyens que ne retient pas une obligation formelle, à quitter Reims pendant quelque temps.

La simple carte d’identité, délivrée au commissariat cen­tral de police, permettra de gagner Épernay par la route.

Les évacués seront logés.

Certaines personnes, désireuses de quitter Reims en ce moment et n’ayant en dehors ni parents ni amis pouvant les recevoir, nous les informons que la préfecture s’est assuré, dès maintenant la possibilité de loger un certain nombre d’entre elles dans le département même de la Marne, à proximité de Châlons et d’Épernay. Ceux de nos concitoyens qui désirent profiter de ces facilités, sont priés de se faire inscrire aux commissariats de police.

Les vieillards, les enfants et les infirmes.

L’administration des hospices se met à la disposition des familles pour placer les vieillards, les infirmes et les enfants qui désirent être évacués.

Se faire inscrire d’urgence, 1, place Museux en présen­tant, selon l’état-civil, bulletin de mariage ou de naissance, ou livret de famille ainsi que la nouvelle carte d’identité et la carte de sucre.

Les évacués doivent partir avec des vêtements convena­bles et emporter des effets et des chaussures de rechange.

Les transports.

Un nombre limité de voitures automobiles sera mis à la disposition des vieillards ou des familles avec très jeunes en­fants, pour se rendre de Reims à Épernay.

Les autos militaires qui conduisent à Épernay nos con­citoyens n’étant pas toutes remplies par les vieillards et les jeu­nes enfants, les places restantes seront mises à la disposition des autres personnes désirant quitter Reims.

On devra s’inscrire à partir de cinq heures du soir, au commissariat central.

Il ne sera accepté comme bagages que les paquets pou­vant être tenus à la main.

Les abris

Dans l’éventualité de bombardements plus intenses ou plus prolongés, les habitants qui n’ont pas de bons abris, chez

eux ou dans leur voisinage, sont invités à en chercher dans les divers établissements qui ne sont pas occupés par les trou­pes et à donner leur nom avec le nombre de personnes de la famille aux propriétaires ou gardiens de ces établissements. Ils pourront d’abord s’adresser dans ce but aux commissariats de police.

Le conseil de faire, par prudence, une réserve de vivres pour quelques jours, dans chaque famille et une provision d’eau, tant pour boire que pour parer, au besoin, à un commencement d’in­cendie étant renouvelé, il est dit encore :

Les provisions d’eau.

…Les bombardements récents ayant multiplié les ruptu­res des canalisations et entravé les réparations, l’eau ne pourra être fournie qu’en très petite quantité et par des moyens de fortune ; elle n’arrivera, par suite, que dans certains points du réseau et sans pression.

Cette eau, puisée dans diverses usines, ne pourra, de même que celle des puits auxquels une partie de la ville sera obligée de recourir, être bue sans être préalablement bouillie.

Enfin, le journal publie, à propos du ravitaillement, la note suivante :

Le ravitaillement

Nos concitoyens n’ont pas à s’alarmer au sujet du ravi­taillement ; les principales maisons de Reims s’efforcent de l’assurer. La plupart des succursales, notamment les Comptoirs français, resteront ouvertes ; il en est de même des boulange­ries, le Service des Eaux ayant fait l’impossible pour permettre la panification.

— Au sujet des opérations, le communiqué donné par les journaux, en date de Paris, 5 avril, 15 h, dit qu’au nord-ouest de Reims, les Allemands ont attaqué, sans succès, nos lignes entre Sapigneul et la ferme du Godât.

— Aujourd’hui, 6 avril, la matinée a été assez calme. De nombreuses saucisses sont en l’air des deux côtés et quelques sifflements se font entendre au début de l’après-midi.

La journée paraît donc devoir s’écouler assez normalement, lorsqu’à 16 h, tandis qu’à la « comptabilité » nous travaillons tran­quillement, un bombardement qui prend tout de suite de l’ampleur et un caractère de violence inouïe, se déclenche brusquement vers la gare, l’avenue de Laon, le faubourg Cérès, l’avenue de Paris puis se rapproche et oblige le personnel de la mairie à quitter vivement les bureaux. Suivant l’habitude prise en pareil cas, les uns se ren­dent tout de suite aux sous-sols, d’autres vont dans la salle des appariteurs.

Vers 16 h 45, alors que nous sommes réunis en ce dernier endroit, à quelques-uns, les projectiles qui s’abattent en rafales sur le quartier, nous contraignent à chercher un abri ailleurs et nous ne pouvons que nous réfugier dans un réduit à côté, servant de dortoir aux pompiers de service. Aussitôt, et dans un laps de temps très court, une dizaine d’obus tombent pour faire explosion sur les bâtiments de l’hôtel de ville, dans la cour, sur la place et le trottoir de la rue de la Grosse-Ecritoire.

Le monument est ébranlé par des secousses terribles ; c’est un vacarme effroyable, un bruit infernal de successions d’éclate­ments, de sifflements aigus, de vitres brisées, de matériaux arra­chés par les explosions dont nous sentons les formidables dépla­cements d’air, qui envoient tout d’un coup promener à travers la petite pièce où nous avons cru bon de nous retirer, cinq ou six fortes lampes à pétrole en cuivre, auparavant alignées sur le rebord de la fenêtre, dans le couloir.

Il nous faut rester là, assis sur les lits, bloqués dans une de­mi-obscurité. Nous pouvons seulement risquer un coup d’œil ra­pide, à distance de l’une des fenêtres de la salle des appariteurs, quand parmi les explosions qui ne cessent de se faire entendre au dehors, certaines s’annoncent encore toutes proches, de l’autre côté de la place.

Des employés de bureaux voisins, avec qui nous sommes réunis, entament entre eux une de ces discussions interminables, que nous avons entendues déjà fréquemment et qui, en particulier, ont le don de m’agacer au point que, le plus souvent, j’ai préféré les éviter en restant seul dans le bureau de la « comptabilité », lors de séances de bombardement précédentes.

L’éternelle question à résoudre pour eux et qu’ils débattent bruyamment, est toujours de chercher à établir où se trouvent les batteries ennemies qui nous canonnent. Aujourd’hui, l’un prétend que les obus partent de Berru, d’autres veulent démontrer qu’ils viennent de Nogent ou de Brimont. Que de paroles oiseuses. Dans les éclats de voix, on n’entend plus les sifflements des projectiles et cependant, le fait brutal le plus évident est qu’ils arrivent à profu­sion sur nous ; l’endroit des départs importe peu — pour l’instant ce sont surtout les points d’arrivées — et le bruit gênant des con­versations augmente encore, il devient même prodigieusement énervant.

N’y tenant plus, je crie fortement :

« Silence ! »

C’est fini, personne ne dit plus mot. Je ne suis pas le moins surpris du résultat de ma brève intervention et je regrette aussitôt d’avoir été obligé d’imposer de la sorte ma volonté à des camara­des, vis-à-vis de qui je n’étais nullement qualifié pour parler d’auto­rité.

Les heures s’écoulent, pour nous, dans la même situation ; les obus ne cessent de pleuvoir et de nombreux éclatements se produisent toujours sur l’hôtel de ville ou dans ses environs.

A 18 h 1/2, alors que je puis supposer que le bombardement, qui paraît s’apaiser va se terminer, je pense pouvoir regagner vi­vement la place Amélie-Doublié, car je suis très inquiet sur ce qui a pu s’y passer pendant cette épouvantable fin d’après-midi. Sans oublier deux sacs de riz, de cinq kilos chacun, que le service du ravitaillement a consenti à me céder et qui m’avaient été complai­samment apportés à la mairie, je me mets en route par la rue des Consuls. Malgré les décombres, j’avance rapidement, remarquant, en passant, que la maison de Tassigny, à gauche, avant le boule­vard, est en feu. Les sifflements se succèdent encore, et, en dehors du martèlement produit par les arrivées, un peu plus éloignées pour le moment, il règne un silence de mort. Il n’y a personne dehors et c’est pourquoi, chemin faisant, je trouve étrange et véri­tablement incompréhensible qu’une auto jaune, non couverte, sorte de petite camionnette, dans laquelle il n’est pas douteux que j’aperçois du monde, stationne sur le côté gauche de la porte Mars, ses deux roues d’avant touchant le trottoir qui contourne les pro­menades. Elle a attiré mon attention tandis que j’étais rue des Con­suls et tout en parcourant la courte distance qui m’en sépare, je me demande quelles peuvent être les raisons de son immobilité dan­gereuse, dans cette position, au milieu de ravages indescriptibles, donnant à cette partie de la ville, criblée de trous d’obus, l’aspect d’un champ de bataille.

Un coup d’œil en arrivant auprès de cette voiture, dont la roue arrière gauche est brisée, me fixe tout de suite sur le sort de ses voyageurs, trois femmes assises sur les deux banquettes dispo­sées en long et un soldat, tombé entre elles, la face contre le plan­cher et dont les jambes sortent par le portillon ouvert. Ces malheu­reux sont tous tués ; leur posture affaissée, des filets de sang coa­gulé sortis de leurs blessures apparentes, produites par les éclats d’obus, le teint déjà cadavéreux des corps disent assez l’affreuse réalité. Je ne puis leur être d’aucun secours. Sans m’arrêter lon­guement, je contourne le petit véhicule en montant sur le trottoir, pour mieux voir l’avant. Là, se trouve le chauffeur, muni de son masque à gaz et très droit, tenant toujours son volant des deux mains ; auprès de lui, un compagnon. Tous les deux immobiles, me paraissent également rigides, figés dans leur attitude. Je ne puis m’attarder, car le bombardement, qui n’a pas cessé, regagne à nouveau en intensité et rapidement dans les environs. Je m’éloi­gne, convaincu qu’il y a là six cadavres et que ces pauvres gens, en passant à cet endroit, après 16 heures, ont été tous tués par l’explosion d’un obus[1].

Je continue donc sous l’effroi de ce spectacle horrible, abso­lument inattendu et, la place de la République traversée, je suis tout à coup très hésitant, en m’engageant prudemment vers le trottoir droit de l’avenue de Laon, sur ce que je dois faire, car les obus recommencent à pleuvoir, comme en un tir de barrage qui m’interdit de me risquer plus loin. Revenir en arrière, il n’y faut plus compter ; je suis trop engagé dans mon parcours, l’hôtel de ville, maintenant est si éloigné que je ne l’atteindrais pas. Tout doucement, je marche encore, mais je me rends compte, de plus en plus, que je serai dans l’impossibilité de passer le pont. En m’approchant, j’ai entendu, entre deux obus, quelques éclats de voix qui m’ont paru venir du pan coupé de la rue Jolicœur — des soldats occupant probablement le rez-de-chaussée de l’immeuble — une porte s’est refermée et je n’entends plus rien que des détonations, je ne vois plus que des éclatements m’indiquant trop leur proximité, rue Lesage ou dans l’avenue.

Quelques mètres avant la grille précédant le pont, je ne puis que m’accroupir et me faire tout petit derrière le mur de la Petite Vitesse, illusion d’abri, je le sais bien, mais je n’ai pas le choix et quand je l’aurais, je ne pourrais pas bouger puisque cinq ou six explosions encore, dont je vois parfaitement les flammes, se pro­duisent, cette fois, auprès de la porte Mars et que d’autres projec­tiles viennent frapper, par devant moi, les maisons dont les pierres de taille voltigent, par morceaux, de tous côtés. [2]

Je suis seul, en ce moment, à la surface et bien seul ; je n’ai jamais connu à ce point le vide de l’isolement. La Mort rôde par ici ; il me semble positivement la sentir me frôler, alors que les éclats, après chacune des explosions, passent dans un sens ou l’autre ou retombent devant moi. Je me suis déjà trouvé dans des situations absolument critiques, ce qui me fait comprendre plus clairement que je n’ai pas encore été serré d’aussi près.

Je n’ai pas à me faire d’illusion sur les faibles chances qui me restent d’en sortir ; elles me paraissent bien minimes, à moins que le bombardement vienne à cesser brusquement, mais le temps passe et il s’aggrave de plus en plus. Dix minutes, environ, qui s’écoulent ainsi, me paraissent atrocement longues. Je réfléchis… et je me recueille.

Une voix, qui certainement s’adresse à moi, crie tout d’un coup, précipitamment :

« Monsieur, monsieur, ne restez pas là, venez avec nous dans la cave ! »

En levant la tête et tout en pensant instantanément : « Je ne demanderais pas mieux », j’ai eu le temps d’apercevoir, en face, une femme sur le seuil de la maison n° 6 rue Villeminot-Huart et, en lui faisant simplement signe de la tête que j’acquiesçais, la réflexion m’est venue également que pour cela, il faudrait pouvoir traverser l’avenue. C’est le salut entrevu au travers des pires dangers.

Remontée probablement pour voir, entre deux sifflements, l’état du dehors, la personne qui m’a proposé si vivement d’aller m’abriter est rentrée aussitôt. Cette fois, je ne dois pas rester là plus longtemps. Dans un court instant de réflexion, me rendant toute­fois parfaitement compte que je vais risquer gros, je décide de tenter l’aventure en deux temps.

Laissant passer encore deux ou trois éclatements, afin d’es­sayer de choisir un moment propice, je recommande mon âme à Dieu et, confiant, je pars en courant, avec mes sacs de cinq kilos à chaque main. Le trajet à faire n’est pas long… pourtant, je ne suis pas parvenu au milieu de l’avenue, qu’une explosion survenant je ne sais où, sur la droite, projette des éclats dont plusieurs me pas­sent devant la figure, dans un vrombissement rapide de frelons, en même temps que j’ai senti un fort déplacement d’air sur la nuque ; je ne me suis pas arrêté,… après quelques pas, je touche le but que je visais d’abord — les premières maisons de gauche de la rue Villeminot-Huart — et maintenant que le plus difficile est fait, j’oblique un peu et j’atteins cette fois la maison n° 6, où je puis enfin respirer, en fermant la porte de son couloir restée entr’ouverte.

Je trouve ensuite facilement l’issue de la cave profonde, où je descends par un escalier à pente rapide. De quinze à vingt per­sonnes y sont réunies, nullement épouvantées, il me semble, par le pilonnage furieux dont elles ressentent les secousses à chaque arrivée de projectiles de gros calibres sans se rendre compte des dégâts considérables subis aujourd’hui dans leur voisinage. Je me repose des minutes d’angoisse terrible vécues là-haut, dans cet abri qui pourrait devenir lui-même très dangereux, en raison de la hauteur de la maison, si malheureusement elle venait à être tou­chée sérieusement et à s’effondrer.

Les obus succèdent aux obus et toujours serré, le bombar­dement dure encore plus d’une heure. Ce n’est qu’à 20 h environ que je pense pouvoir remonter pour continuer mon chemin. Aupa­ravant, je prie la personne qui m’a appelé quand elle a vu quelle était ma situation sur le trottoir, de vouloir bien accepter un peu de riz en remerciement de sa précieuse hospitalité et, lui demandant de tendre son tablier, j’y vide l’un de mes sacs. Pendant que le riz se déverse, trop lentement à mon gré, elle me dit à plusieurs repri­ses :

« Oh, Monsieur, pas tant que cela, pas tant que cela. »

Brave femme, je ne sais comment la remercier de son mou­vement spontané, auquel elle n’attache que peu d’importance, tandis que j’ai lieu d’estimer qu’elle m’a probablement sauvé la vie.

Le calme me paraissant à peu près revenu, je quitte la cave le premier, mais alors quel triste spectacle apparaît à l’extérieur. L’avenue de Laon, jusqu’à la rue du Mont-d’Arène, est maintenant méconnaissable dans sa partie gauche. Les façades de ses maisons ont été criblées d’obus et plusieurs immeubles sont en feu. Pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Docteur-Thomas, il me faut, depuis le pont, enjamber d’un bout à l’autre du parcours, une suite d’obstacles constitués par toutes sortes de matériaux — par­ties de toitures avec ardoises, chevronnages, pierres de taille, pou­trelles, etc. L’aspect de démolition générale prend fin vers la place, demeurée relativement tranquille jusqu’alors, mais dont quelques maisons ont cependant reçu des obus, au cours de cette épouvan­table soirée de bombardement.

Abasourdi par tout ce que j’ai entendu pendant quatre heures entières, remué par ce que j’ai vu d’affreusement saisissant, je suis presque surpris d’être parvenu au terme de mon voyage si mou­vementé.

Ma sœur, dans son grand étonnement, m’a dit, en me voyant survenir :

« Comment, te voilà par un bombardement pareil ! »

Ce qui m’a fait lui répondre que j’avais bien failli rester en route. Après l’avoir mise au courant des péripéties de mon trajet, des risques courus, nous tombons d’accord pour reconnaître qu’en cas de séparation, il nous faudra, dorénavant, éviter de nous in­quiéter l’un de l’autre, cela devenant beaucoup trop dangereux — mais, comme elle paraissait même envisager la question de son départ, je l’ai engagée fortement à quitter notre ville au plus tôt.

… Le lendemain samedi 7, après une nuit affreuse — car il y a eu reprise du bombardement, dans des conditions identiques de sauvagerie, jusqu’à 5 h du matin — on évalue approximativement à huit mille, le nombre des projectiles avec mélange d’obus incen­diaires, tirés sur Reims par l’ennemi, depuis hier à 16 heures.

De nombreux incendies se sont déclarés — j’en avais vu sept ou huit lors de mon retour ; ils n’ont pas pu être combattus effica­cement puisqu’il n’y a pas d’eau. Pendant la nuit, cependant, deux pompiers de Paris ont été tués et d’autres ont été blessés, les Alle­mands ayant tiré par rafales sur les sinistres, à l’effet d’interdire tout secours.

Les dégâts fort considérables de cette longue séance, don­nent une impression des plus pénibles de dévastation. La partie haute du faubourg Cérès, à partir des boulevards Jamin et Carteret est en plein feu ; le quartier contournant l’emplacement de « Bethléem » (rues de Bétheny, Jacquart et Saint-André) a été pres­que entièrement détruit par les nombreux « gros calibres » qui l’ont pilonné ; l’avenue de Laon massacrée, la place de la République et les hautes Promenades criblées de trous d’obus et ces dernières saccagées en outre dans leur végétation, remplies de branches énormes arrachées aux arbres meurtris en grand nombre par les éclats ; le kiosque des Marronniers crevé et abîmé, etc.

L’hôtel de ville présente un aspect des plus lamentables avec toutes ses ouvertures béantes, ses bureaux encore une fois remplis de plâtras, de débris de pierres ou d’enduits, sa façade — dont le bas-relief équestre de Louis XIII a été mutilé — labourée par les éclats et sa statue de bronze de la cour (la « Vigne », de Saint- Marceaux) déséquilibrée sur son piédestal.

Les victimes seraient de quinze à vingt tués avec de nom­breux blessés, pour l’après-midi horriblement tragique, suivi d’une nuit atroce, de ce Vendredi Saint de l’année 1917.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

[1] La petite auto venait de la maison Pommery. Son chauffeur conduisait Mme Baudet, accompagnée de Mme et Melle Mercier. Elle s’était vraisemblablement trouvée prise dans l’explosion d’un ou de plusieurs projectiles, à l’instant où elle avait dû s’arrêter pour permettre à un soldat, isolé dans ces dangereux parages, d’y prendre place.
[2] Au cours d’une promenade faite à Montbré, près de Reims, en août 1936, M. l’abbé Cuillier, curé de la commune m’indi­que, au cimetière, la tombe de M. Arthur Poulain, 51 ans, décé­dé à Reims, le 6 avril 1917.
M. Poulain était, paraît-il, le chauffeur qui conduisait la petite auto de la maison Pommery, dans laquelle Mme Baudet, trois autres personnes et lui-même trouvèrent la mort, en cette terrible journée du Vendredi saint 1917, auprès de la porte Mars.
A ce propos, je dois mentionner une conversation tenue longtemps après la guerre, avec M. Edouard Cogniaux, qui coopéra, comme brancardier-volontaire, à l’enlèvement de ces victimes, dans la soirée du 6 avril 1917.
Cogniaux m’affirma que ses collègues brancardiers fu­rent profondément surpris, comme lui, de constater que le compagnon que j’avais vu assis à côté du chauffeur, à l’avant de la voiture, n’était ni mort ni blessé. Mais cet homme, le seul resté vivant, avait ressenti de si violentes commotions du fait des déplacements d’air produits par les nombreux obus venus éclater autour du véhicule, il en avait été accablé et stupéfié à tel point, qu’on dut lui prodiguer des soins pendant deux jours, pour arriver à lui faire reprendre peu à peu l’usage de ses sens.

(Note de P. Hess, nov. 1936)


près de la place de la République


Cardinal Luçon

Vendredi-Saint – Vendredi 6 – + 20°. Nuit très active ; visite au quartier Sainte-Geneviève, à pied depuis l’Archevêché, avenue (?) de Porte-Paris, rue de Courlancy, Hospice Rœderer. Via Crucis in Cathedrali de 7 h. 30 à 8 h. 30 matin. 4 h. soir Bombardement infernal : 7.750 obus ! 4 personnes tuées dans une automobile renversée par les obus. Madame Baudet, sœur de M. Dupuis, curé de Saint-Benoît, était allée aux Pompes Funèbres com­mander un cercueil avec la femme et la fille du sacristain de Saint-Remi. Au retour, entre le cimetière du Nord et le Boulevard de la République, en face et dans le prolongement de la rue Thiers (ou des Consuls) elle fait monter un soldat qui portait un blessé. Au même instant un obus tombe qui tue Madame Baudet, la fille et la femme du sacristain, le soldat et le chauf­feur : seul le blessé échappa à la mort. Rues dévastées. Le bombardement a duré jusque vers 8 h. soir violent ; après 8 h. il ne fut qu’intermittent. Cou­ché à la cave. Nuit plus tranquille, coups de canons et bombes seulement par intermittence. Obus sont tombés dans les ruines de la Maison Prieur, 7.750 obus, chiffre officiel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 6 avril

Entre Somme et Oise, l’artillerie allemande a violemment bombardé nos positions au nord d’Urvillers. Une vigoureuse riposte de nos batteries a fait cesser le tir de l’ennemi. Action intermittente d’artillerie sur la rive ouest de l’Oise et au sud de 1’Ailette.

Aux lisières ouest de l’Argonne, après un vif bombardement, les Allemands ont exécuté un coup de main sur une de nos tranchées au nord de Vienne-le-Château. L’ennemi, qui a fait usage de liquides enflammés, a été repoussé par nos barrages et a laissé des morts et des prisonniers entre nos mains.

Au nord-ouest de Reims, une attaque allemande s’est développée sur un front de 2500 mètres entre Sapigneul et la ferme du Godat. L’ennemi avait reçu de nombreuses troupes d’assaut. L’attaque a complètement échoué sur la plus grande partie du front ou nous avons réoccupé presque immédiatement toutes nos tranchées de première ligne. Des contre-attaques de notre part sont encore en cours.

Notre artillerie a infligé de fortes pertes à une troupe allemande sur la rive gauche de la Meuse.

Les Russes avouent de lourdes pertes sur le Stokhod.

Le Sénat américain a voté, par 82 voix contre 6, la déclaration de belligérance.

Un cargo brésilien, le Parana, a été coulé par un submersible.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

 

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Samedi 17 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 17 mars 1917

917ème et 915ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps couvert le matin, mais devenant radieux vers 10h. Canonnade toute la nuit et à 4h1/2 du matin attaque et tintamarre infernal pendant 3/4 d’heures. Ce sont les allemands qui attaquaient et envoyaient des gaz lacrymogènes dans les secteurs faubourgs Cérès à Pommery. Des victimes militaires et civiles. C’est la première fois que les allemands emploient ces gaz sur Reims. Nous aurons été frappés par tout. Je vais au 27 rue Dieu-Lumière pour un inventaire et une levée des scellés Gardeux, en route je lis le Matin qui annonce la Révolution de Russie et l’abdication de l’Empereur Nicolas II. Un faible ! et un illusionné. Ce n’est pas cela qui peut nous faire du bien, mais attendons !! Les allemands doivent exulter. Je trouve au rendez-vous Houlon, nous retournons ensemble à la Ville, puis de là il m’emmène à Noël-Caqué, rue Chanzy, voir les victimes des gaz de ce matin. L’automobile de Pommery vient d’en amener 2. Deux pauvres femmes que je vois mourantes. En effet 1h après elles étaient mortes. C’est un obus qui est arrivé dans un cellier vers 4h3/4 au moment où les ouvriers réfugiés se précipitaient dans les caves. Il éclatât et immédiatement tous furent incommodés, ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs masques. Et en même temps les allemands envoyaient des shrapnells pour empêcher les malheureux de sortir. Je rentre chez moi impressionné.

Trouvé lettre de ma pauvre femme qui m’apprend que Robert lui est arrivé jeudi 15 courant vers 5h du soir pour repartir le vendredi 16 à 6h17 du matin. Le pauvre petit n’aura eu que juste le temps d’embrasser sa mère et (rayé) à cette (rayé) l’avait bien (rayé) l’avait mal (rayé). Je vais voir à cela. Un nouvel exemple de l’ingratitude des gens (rayé) un supplice d’obtenir (rayé) militaire et en reconnaissance il (rayé). Mais (rayé).

Après-midi causé longuement avec 3 officiers du 403ème d’infanterie, Jary sous-lieutenant avocat à la Cour d’appel de Paris qui venait signer une procuration et avec ses 2 témoins, le Capitaine Heuzé, ingénieur à Darnetal et Chapelain, lieutenant substitut du Procureur de la République d’Avranches, qui connait très bien mon nouveau procureur. Il m’en a dit beaucoup de bien. Il déplorait avec moi les pillages et la conduite scandaleuse de leurs camarades officiers. M. Chapelain (blessé le 18 mars 1917 par un obus, rue du Barbâtre à Reims) me disait que cette mentalité le surprenait, mais que c’était la conséquence de l’autocratisme militaire. Je suis de son avis. Ensuite retourné à mon inventaire et scellés rue Dieu-Lumière par un soleil splendide, une vraie journée de printemps, et là je trouve mon brave Landréat légèrement éméché et la gardienne des scellés « itou ». On avait un peu caressé la cave du défunt. J’ai fait celui qui ne s’apercevait de rien, mais mon dévoué greffier avait sa « Paille » (Etre ivre, enivré). Je m’en suis allé…  mais la prisée a dû être plutôt…  dure et mouvementée…  Je saurai cela lundi.

Rentré chez moi et travaillé d’arrache-pied. Ce soir le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 mars 1917

A 4 h, je suis réveillé brusquement par l’arrivée d’un obus, dont les éclats retombent avec des débris de matériaux, sur la place Amélie-Doublié. D’autres explosions ne suivant pas, je ne juge pas nécessaire de me lever mais je tends l’oreille, car il me semble percevoir d’abord un bruit ressemblant assez à celui que ferait une troupe de gros oiseaux migrateurs de passage, qui vole­rait à faible hauteur ; au loin, je distingue ensuite un roulement continu que je ne tarde pas à reconnaître comme étant une succes­sion précipitée de départs chez les Boches, précédant ces singu­liers sifflements.

Mon attention, ma curiosité sont complètement retenues, et, cette fois, j’entends de nombreuses arrivées, qui ne produisent pas de fortes détonations comme celles auxquelles nous sommes de­puis longtemps habitués, mais seulement un éclatement sourd, semblable de loin, aux « pfloc » que ferait un pot de fleurs tombant d’un étage.

J’en conclus : c’est un bombardement copieux, avec de nou­veaux projectiles ; en effet, les sifflements se suivent très réguliè­rement toutes les cinq à six secondes. Je prends ma montre pour m’assurer de la cadence ; c’est bien cela, les obus tombent à la moyenne de 10 à 12 par minute.

Ce bombardement bizarre dure une heure environ, et, lors- qu’en me rendant au bureau je croise, avenue de Laon, un mar­chand de journaux, celui-ci me dit en passant :

« Ils ont bombardé à gaz ce matin ; il y a des morts vers la rue de Bétheniville, le champ de Grève. »

Dans la matinée, nous apprenons qu’environ 550 à 600 obus à gaz ont été envoyés sur les batteries du champ de Grève, du boulevard de Saint-Marceaux, dans le haut du quartier Cernay, la rue de Bétheniville, le boulevard Carteret, etc. et que les décès occasionnés parmi la population civile, sont ceux de M. et Mme Plistat, Mme Leyravaud, Mme Lepagnol, Mme Anciaux etc., qu’en outre, il y a d’assez nombreux malades ou indisposés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille, sauf coups de canons, entre artilleries. Mais, à 4 h. 1/2 est déclenché un déluge d’obus qui sifflent dans les airs et vont s’abattre comme grêle sur nos batteries du côté de… pendant une forte demi- heure. On dit, ce soir, à 7 h, qu’il y a 6 personnes mortes des gaz asphyxiants lancés le matin. Aéroplanes toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 mars

De part et d’autre de l’Avre, nos détachements ont continué à progresser au cours de la journée sur divers points du front ennemi, depuis Andechy jusqu’au sud de Lassigny. Nous avons fait des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie assez violente dans la région de Berry-au-Bac.

En Champagne, nous avons exécuté un coup de main sur une tranchée allemande à l’est de la butte de Souain.

Nos tirs de destruction ont bouleversé les organisations allemandes du bois le Prêtre.

Sur le front belge, bombardement réciproque à l’est de Ramscappelle et à Steenstraete.

Les Anglais poursuivent leur avance au nord de la Somme. Le bois de Saint-Pierre-Vaast presque en entier, avec 1000 mètres de tranchées au sud et 2000 mètres au nord de ce bois sont entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au nord-est de Gommécourt.

Des coups de main ont été exécutés par eux au sud d’Arras, à l’est de Souchez et à l’est de Vermelles.

La révolution a triomphé à Petrograd. Un gouvernement parlementaire s’est constitué; la Douma a réclamé l’abdication de Nicolas II. Les anciens ministres ont été emprisonnés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 23 juin 1916

Louis Guédet

Vendredi 23 juin 1916

650ème et 648ème jours de bataille et de bombardement

6H soir  Beau temps, chaud et orageux sur la fin de la journée. Audience Civile ce matin au Palais à 9h, 22 affaires, conseil de famille, accidents du travail, conciliations, etc…  Rien de saillant sauf que j’ai admonesté un belge et sa femme, qui comme tous ces belges se croient tout permis (rayé) (rayé) à faire du (rayé). Je n’ai quitté le Tribunal qu’à 1h de l’après-midi. Et le bon abbé Camu, vicaire général et curé de la Cathédrale qui m’attendait à déjeuner !! Causé longuement avec lui et le chanoine Campan, vicaire général. Été rendu visite au Cardinal Luçon, mais il était un peu souffrant. Vu Mgr Neveux et l’abbé Leconte. Rentré chez moi pour enfin ouvrir mon courrier, il était 4h. Je suis fatigué. Demain matin Caisse d’Épargne…

Le bas de la page a été découpé, ainsi que le haut de la page suivante.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 juin 1916 – A 20 h, trois obus tombent à proximité du pont Huet et à 20 h, le bombardement a lieu dans le haut du faubourg Cérès.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 23 – Nuit tranquille sauf quelques gros coups de canon au loin. Crise de rhumatisme. + 14°. Aéroplanes allemands à 4 h. Dans la matinée : Journée tranquille pour Reims. Pas dit la messe. Soir 9 h. bombes sifflan­tes : une quinzaine. Orage violent. Projections lumineuses des Allemands15 (probablement pour empêcher les soldats de tirer sur leurs tranchées ou pour éclairer et découvrir les mouvements de relève).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 23 juin

Dans la région au sud de Lassigny, une forte reconnaissance allemande a attaqué un de nos postes avancés après une préparation d’artillerie. Repoussé, par nos feux, l’ennemi s’est dispersé.
Sur les deux rives de la Meuse, le bombardement par obus continue avec une extrême violence.
Sur la rive gauche, l’ennemi a dirigé ses feux sur la cote 304, le Mort-Homme et nos secondes lignes. Une attaque contre nos tranchées, entre la cote 304 et le ruisseau de Béthincourt, a été complètement arrêtée.
Sur la rive droite, des éléments de tranchée que nous avions perdus entre le bois Fumin et le Chenois ont été presque intégralement récupérés.
Le bombardement a pris un caractère de violence inouïe sur le front au nord de l’ouvrage de Thiaumont, le bois de Vaux-Chapitre et le secteur de Laufée.
Lutte d’artillerie intense en Woëvre.
Nos escadrilles ont bombardé les villes de Trèves, de Carlsruhe, de Mulheim (établissements militaires). Plusieurs fokkers ont été abattus par nous.
Les Russes ont repoussé tous les assauts d’Hindenburg dans la partie nord de leur front ; en Bukovine, ils ont occupé la ville de Radoutz.
Les alliés ayant remis une note comminatoire à la Grèce, le roi a renvoyé le cabinet Skouloudis et constitué un cabinet Zaïmis.
Le grand chérif de La Mecque s’est soulevé contre les Turcs.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 27 décembre 1915

Vue aérienne de la ville

Paul Hess

27 décembre 1915 – Bombardement vers le boulevard de Saint-Marceaux. Des sol­dats ont été victimes, paraît-il.

II y a deux tués, un homme et un enfant et une douzaine de blessés grièvement dans la population civile.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

 Lundi 27 – Visite du Général Bizot qui bougre et qui sacre pour la gloire de Dieu. 9 h. 1/4, deux bombes sifflent longuement (mais je n’ai pas en­tendu l’explosion. Une 3e éclate plus fort et assez près de nous, puis 3, 4, 5, 6) et toute une série… Toute une série de bombes, mais tirées contre les batteries. Visite de M. l’abbé Goubernard, curé de Saint-Thierry. Il m’apprend que le bombardement de ce matin a fait 7 victimes, dont 1 artilleur qu’il a pu absoudre, rue de Cernay et faubourg Cérès, je crois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vue aérienne de la ville

Vue aérienne de la ville


 Juliette Breyer

Lundi 27 Décembre 1915. Ce matin je m’en allais à neuf heures pour aller au lait et mener les deux cocos à la crèche, quand, arrivée à la porte, j’entendis un sifflement. Bon, c’était les boches qui recommençaient leur folie. Je fais demi-tour, je reconduis les enfants et je repartis chercher mon lait. Ils continuaient de bombarder mais ça avait l’air de tomber à mon idée entre Walbaum et Saint André. Je pouvais m’en aller sans crainte puisque la crèche se trouve boulevard Victor Hugo. Ils n’arrêtèrent que vers midi et là on me dit que tout était tombé du côté de la rue de Beine.

L’après-midi j’étais occupée à coudre quand j’entendis dans le couloir longeant notre campement M. Douline fils qui disait à Mme Passins : « Pensez, on compte du bombardement de ce matin plusieurs tués et une trentaine de blessés. M. Couronne a un parent qui habite par là ; sa maison s’est effondrée, il n’a plus rien et il a été obligé de se réfugier chez M. Couronne ». Un parent, dis-je à maman, ça ne peut être que le papa Breyer. Je veux en avoir le cœur net.

Justement Marguerite arrive goûter et elle me dit : « Il paraît qu’il y a un contremaître des Anglais qui serait tué ». Je ne fis qu’un bond. Tout cela était pour me faire peur et je courus au bureau questionner ton parrain. Il me dit que chez ton papa rue de Metz il y avait eu une bombe mais que ta maman et Juliette venaient de descendre à la cave. Elles n’ont rien eu ; sans cela elles auraient été tuées. C’est le 1er étage et le grenier qui ont été abîmés. Du moment qu’il n’y a pas de victimes, c’est une bonne chose. Demain matin j’irai voir.

Mon bon tit Lou, tu vois que nous n’avons pas été épargnés mais le jour où tu reviendras on oubliera tout. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 27 décembre

Grande activité de notre artillerie au sud de Bailleul et dans la région de Blaireville, au sud d’Arras.
Dans la région de la ferme Navarin, en Champagne, nous avons effectué des tirs heureux sur des travailleurs ennemis.
En Woëwre, nous avons fait sauter un dépôt de munitions de l’ennemi au nord-est de Regniéville.
Dans les Vosges, nous avons pris sous notre feu un train de munitions arrêté en gare de Hachimette (sud-est du Bonhomme). Nos observateurs ont constaté une forte explosion.
Sur le front belge, l’activité a été faible. L’artillerie de nos alliés a contrebattu quelques batteries allemandes.
Le général de Castelnau a été reçu à Athènes par le roi Constantin.
Le gouvernement grec a démobilisé partiellement son armée qui montrait des dispositions hostiles aux Bulgares.
Le marquis de Muni a été nommé ambassadeur à Paris, en remplacement du marquis de Valtierra.
L’ancien ministre de Bulgarie à Paris, M.Stanciof, a été mis à la retraite : ses sentiments francophiles étaient connus.
On signale des émeutes à Cologne et à Munster, en Wesphalie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 18 juillet 1915

Paul Hess

Bombardement le matin. De trente à quarante obus vers le faubourg Cérès.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 18 – Nuit tranquille, sauf quelques coups vers 9 h 1/2 et dans la nuit par intervalles. 6 h 1/2 aéroplanes. Item 8 h bombes sifflantes très fortement et vivement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 18 Juillet 1915. J’avais reçu un avis du Ministère des Affaires étrangères disant qu’ils allaient faire des recherches te concernant. J’ai aussi reçu une lettre d’une dame à qui j’ai écrit et dont le fils a disparu à Autrèches en même temps que toi. Elle me dit n’avoir reçu de son fils qu’une simple carte lui disant qu’il est en bonne santé. Si elle a d’autres nouvelles, elle me le fera savoir.

Maintenant M. Dreyer étant parti au feu depuis environ trois mois du côté de Notre Dame de Lorette, Mme Dreyer, sans nouvelles, a écrit et on lui a répondu qu’il avait été blessé mais qu’on ne peut lui dire où il est soigné. La voilà navrée. Elle habite à La Haubette. Tout le monde a sa peine.

Je devais aller chez tes parents ce matin mais les boches continuent de nous bombarder. Je ne suis donc pas partie. Hier il y a encore eu des victimes. Le beau-père de M. Marie, le boucher, un dénommé Cordier, a été tué dans la Rue Cérès près de Saint André et la mère Dreyer, en voulant lui porter secours, a reçu des éclats et il aurait fallu lui couper les jambes et elle en serait morte. Tu vois mon Charles, ce n’est pas rassurant de sortir des enfants. Tu seras saisi quand tu reviendras ; plus de civils que de soldats tués à Reims !

Je te quitte. Bons baisers de loin. Je t’aime

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Renée Muller

le 18 messe à 11 h à la chapelle, cap. DE FORMIGNY, son lieut- le l d’artillerie et le major y assiste

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Dimanche 18 juillet 1915

La canonnade, violente pendant la nuit précédente autour de Souchez, de Neuville et de Roclincourt, s’est affaiblie au cours de la journée. Quelques obus sont tombés sur Arras.
Reims a été également bombardé.
Lutte de bombes et de pétards dans l’Argonne, à Marie-Thérèse, et au ravin des Meurissons. Deux attaques allemandes échouent à l’ouest de Boureuilles (cote 263).
Sur les Hauts-de-Meuse, après un vif bombardement des Eparges et du ravin de Sonvaux, les ennemis ont attaqué nos positions de la tranchée de Calonne jusqu’aux Eparges. Ils ont été repoussés avec de lourdes pertes.
En Lorraine, une offensive allemande a été dispersée, près de Parroy; une autre, enrayée immédiatement, au Ban-de-Sapt. Près du village du Bonhomme, dans les Vosges, aux Fermes Tournies, un coup de main allemand a échoué.
Sur le front oriental, les Allemands ont progressé en Courlande (vallée de la Vindava). Ils ont été refoulés au nord-est de Souvalki. Sur le front de la Narew, les Russes se sont légèrement repliés. Par contre, ils ont repoussé leurs adversaires près de l’Otjiz, au sud de la Pilitza et sur la Zlota-Lipa.
Trois avions autrichiens ont survolé Bari, en Italie. Leurs bombes ont tué trois perso
nnes.

Source : La guerre au jour le jour


 

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Mercredi 21 octobre 1914

 Abbé Rémi Thinot

21 OCTOBRE – mercredi –

Lyon-Perrache.

J’ai éprouvé un étrange sentiment à franchir ainsi, en rapide, la grande distance Paris-Lyon… notre train a marché admirablement ; et nous allons partir pour Ambérieu-Bellegarde.

Il paraît qu’on ne s’ennuie pas à Lyon, pas plus qu’à Bordeaux dit-on encore avec un a fortiori ! L’exposition continue à se faire visiter, les cafés sont ouverts presque jusqu’à 11 heures, et la vie bat son grand roulement coutumier.

Que je suis donc loin de Reims, des obus Pourtant, j’aimerais mieux être à Reims. Et je voudrais qu’on n’y souffrît rien pendant ces quelques jours que je m’en suis éloigné. Mon Dieu, assistez toujours ceux qui souffrent là-bas… donnez à tous l’espérance et la paix !

Bellegarde ; 11 heures 1/2 ; une longue halte ici ; tout le monde passe au contrôle pour le visa ou la confection des passe-ports. Je n’ai pas de correspondance pour Thonon avant demain, alors, je vais gagner Genève d’où j’espère bien gagner facilement Thonon puis Abondance. quel bonheur si je pouvais être ce soir là-bas ! à n’importe quelle heure.

Je garderai le souvenir des bivouacs de garde-voies… toute la nuit le long de l’express. D’aucuns avaient allumé un véritable feu sous un pont… tout le voisinage en était rougeoyant. Et dès que le jour s’est levé, dès que le grand jour eut inondé la nature… quel chatoiement d’automne ! quelle paix d’arrière-saison ! Et comme cette gravité douce de la montagne éternellement belle, belle surtout aux heures du printemps et de l’automne, contraste avec la cruelle agitation où les hommes sont plongés ! Les peupliers montaient la garde, isolés, ou par escouades, le long de la voie, comme des grenadiers tout emplumés d’or et très frileux… leurs membres sont si maigres et leur fourrure si légère ! Puis, la rouille aux mille tons qui grimpe, grimpe jusqu’aux escarpements rocheux qui barrent le ciel.

Cette vallée, entre Ambérieu et Culoz est si resserrée – à cause de cela, je l’aime tant – si déserte, si abritée contre les hommes, en apparence…

Quel splendide automne ! Il s’admire lui-même, dans le calme miroir des eaux accroupies et que pas une brise n’agitait le matin. Mon Dieu, vous montrez-vous plus beau et plus paisible dans vos œuvres pour que la misérable humanité que dévore la fièvre des combats sente en relief plus haut sa misère et sa laideur..?

Quelle ne va pas être la surprise de mes émigrés ce soir !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 21 octobre 1914

40ème et 38ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Journée fort occupée, et mon Dieu journée que je dois marquer d’une pierre blanche, puisque ce matin j’ai appris à 8h1/2 que mon Robert était reçu à son baccalauréat de rhétorique ! Dieu soit béni ! Merci mon Dieu ! mais reprenons les événements, car j’ai passé une journée un peu de rêve, et laissons vagabonder notre plume au fil des idées, tout en y mettant de l’ordre, plume qui aura été ma grande consolatrice durant cette période tragique de ma vie. Oui, ces notes écrites au courant de la plume auront été mes consolatrices, mes compagnes qui m’ont aidé…  à vivre !

Or donc ce matin je recevais à 8h1/2 une lettre de mon Robert m’annonçant son succès, et de ma chère femme m’annonçant sa joie. J’y répondis aussitôt, et j’ai laissé ma lettre ouverte pour la terminer demain et la remettre à la Banque de France avant midi. Je lui donne mes idées sur Robert pour la continuation de ses études, et ensuite sur Jean, ayant également reçu une lettre du R.P. de Genouillac à son sujet.

Aussitôt cette lettre je vais au Collège St Joseph pour annoncer la bonne nouvelle à M. Gindre qui a paru enchanté. De là je suis revenu et suis passé au Palais de Justice pour voir le Procureur de la République pour lui signaler que la succession de Louis de Bary était appréhendée pour les 11/12èmes par des allemands et des autrichiens, et qu’elle tombait ainsi sous le coup du décret de séquestre promulgué tout récemment. Il me reçut fort aimablement et il me demanda de lui écrire dans ce sens, afin qu’il fit un rapport sans mise sous séquestre, car, d’accord avec la Préfecture, la Municipalité n’avait pas encore usé de ce moyen, les allemands étant trop près. Je lui fis allusion à nos … … Mumm !! mais il se presse de me dire et le félicitait de ce que d’après ce que je voyais, ce ne devait être que des contorsions ! Alors digne ! : « M. Guédet, plus que cela, j’ai reçu le coup de vent… de l’obus ! et les gaz délétères dégagés par cet engin m’ont causé des étourdissements et comme un empoisonnement ! dont les effets ne se sont produits, comme du reste ils se produisent toujours avec ces bombes !! que 2 jours après !!! Je m’en ressens encore du reste ! Mais ce fut comme une bourrasque qui me suffoqua. Je n’en suis toujours pas remis !! »

La phrase suivante a été raye, et la demi-page suivante découpée.

… de Rethel à Charleville : ce serait comme je l’ai toujours pensé, la reculade sans tapage ! à la Prussienne !!

Hier Adèle était outrée !…  notre boucher lui avait dit qu’ayant voulu aller se ravitailler en viandes, l’État-major chargé de ce service lui aurait dit, en lui refusant son laissez-passer : « Nos troupes ont ce qu’il leur faut, les civils ne nous inquiètent pas ! » C’est Honteux !! Et surtout quand ces galonnés font la noce, une noce dégoutante, et pillent nos campagnes sur l’arrière. Que nous crevions ! Leur luxe les emporte ! Pourvu qu’ils se gavent. Et ils ont l’audace de venir se promener, se ravitailler, se munir de tout ce qui leur faut pour leurs petites personnes ici en Ville. Qu’on les fiche donc à la porte s’ils ne sont pas capables de nous protéger.

La demi-page suivante a été découpée.

… L’autre jour l’abbé Andrieux me contait un épisode des événements qui se déroulent autour de nous, et dont un de ses collègues l’abbé Hans (Abbé Auguste Hans, curé de Repaix, mobilisé le 2 août 1914 comme infirmier, puis dans l’Artillerie et enfin dans le Génie jusqu’à sa démobilisation en décembre 1918) a été un des acteurs. Cela se passait à Hermonville il y a une dizaine de jours.

La compagnie dont faisait partie cet abbé Hans se trouvait dans les tranchées entre Hermonville et Loivre. Quelqu’un trouva le moyen de se prendre par dérivation sur une ligne téléphonique allemande. Ils installèrent donc un poste téléphonique dans leur tranchée, et l’abbé Hans, qui connaissait l’allemand tenait l’acoustique. Il parait que cette bande de loustics s’amusait comme de petites folles au fur et à mesure que le bon abbé traduisait et transmettait ce qu’il entendait du poste allemand. Parfois il restait court ! car… la traduction n’était… pas toujours facile… canonnade et… horrible pour un abbé… mais il y allait toujours et mouchait tout de même !! Or pendant 4 ou 5 jours ils parvinrent ainsi à surprendre les ordres donnés à l’ennemi et à les déjouer, car ce poste téléphonique allemand était au service d’une batterie d’obusiers qui nous faisait beaucoup de mal auparavant. Or chaque fois que l’ordre était donné de placer telle pièce à tel endroit pour le lendemain, au premier coup… nos batteries, sans hésitation se mettent à arroser copieusement, et pour cause la malheureuse batterie qui avait tonnée ! Il parait que pendant cet arrosage c’était une tempête de « Donnerwert ! (Mon Dieu !) » – « Drunken Teufel  (Diable ivre) » et tous les « Sacrament torteufel (Sacrement du diable) » de toute la Prusse qui tombaient sur le pauvre poste. Bref nos bons allemands en perdaient absolument la tête et le sommeil. Ils avaient beau changer, avancer, reculer leurs pauvres pièces, toujours au premier coup l’arrosage arrivait imperturbablement comme réponse !! Et la tranchée continuait à se tordre !! Mais tout a une fin, et tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ! Un beau jour un de nos obus alla malencontreusement tomber sur le camion ou se logeait le poste téléphoniste allemand qui nous renseignait si bien. On entendit un « Boum ! Krack ! » formidable, et un « Donnerwert » tonitruant, et puis plus rien ! La communication était coupée.

Il parait qu’il a fallu faire filer la pièce et les artilleurs qui avaient fait ce joli coup. Nos Dumanet (argot de l’époque, soldat ridicule et fanfaron) voulaient les bouffer !!

Furieux de ce que ces imbéciles d’artigots (artilleurs en argot militaire) leurs avaient supprimés leur…  distraction !! et leur communication téléphonique !! Et maintenant allez dire à ces braves artilleurs qu’ils savent trop bien pointer leurs pièces ! Vous verrez de quel œil ils vous regarderont. Surtout n’insistez pas !!

L’aventure est arrivée à une batterie du 41ème d’artillerie !

9h1/2 soir  Il est temps d’aller se coucher.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le Courrier reproduit, aujourd’hui, quelques citations au Journal Officiel, en tête desquelles figure le nom du marie de Reims. Voici :

Hommage au courage civique

Le Journal Officiel publie une première liste des citations faites par le Gouvernement pour honorer le courage et le dévouement des personnalités civiles.

LMa première liste est précédée du préambule suivant :

Le Gouvernement porte à la connaissance du pays la belle conduite de

  1. M. le docteur Langlet, maire de Reims, qui sut donner à ses concitoyens le plus noble exemple de sang-froid, de courage et de dignité pendant l’occupation de cette ville ;

  2. M. Colin, adjoint au maire de Saint-Dié, etc.

  3. MM. Louis Paillard, commerçant, Nottin, curé-archiprêtre ; Foureur, directeur d’école publique, membres de la Commission municipale de Vitry-le-François, etc.

  4. M. Regnault, procureur général à la Cour d’Appel d’Amiens, etc.

Le journal ajoute :

Nous sommes heureux de voir reconnaître officiellement les services rendus à nos concitoyens par M. le Dr Langlet. En inscrivant le nom du maire de Reims en tête de la première liste des citations faites pour bravoure et courage civique, le gouvernement de la République a non seulement récompensé l’homme de devoir qui, dans les circonstances pratiques que nous avons traversées, s’est constamment dévoué au bien public ; il a, en même temps, donné à notre ville si éprouvée et si courageuse un témoignage d’estime qui, en attendant d’autres compensations, ira au cœur de tous les Rémois.

– La nuit et la matinée ont été calmes.

Au cours de l’après-midi, quelques obus sont tombés dans le haut du faubourg Cérès et dans le cimetière de l’Est.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Faubourg-ceres

Cardinal Luçon

Nuit silencieuse. Calme complet. Bombes l’après-midi, visite à Saint-Remi, à M. le Curé, à l’Orphelinat ; bombes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Enfin ! Carte de Marcel (10 8bre) qui nous rassurerait complètement si nous ne le savions englobé dans des masses de cavalerie qui guerroient dans le Nord ; qu’il en vienne vite une autre pour calmer nos troupes !

Puis, 1e lettre de Marie-Thérèse (17 8bre) qui dépeint son immense douleur et sa résignation à la volonté de Dieu ; sa vaillance est héroïque et m’émeut profondément.

Je décachette aussi un pli de Bar-le-Duc adressé à M. Legros qui, par avance, m’a donné l’autorisation de l’ouvrir : il émane de Mme Baudart qui répond aux renseignements demandés.

Par l’infirmière qui l’a soigné, elle a pu savoir que blessé à la tête le 5 7bre à la bataille de Beauzée, André n’a été hospitalisé que le 6 à 23H. il n’avait plus sa connaissance au cours du pansement qui a aussitôt été fait ; ses extrémités étaient déjà froides et on lui enveloppa d’ouate les pieds et les mains.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Et pendant ce temps là :

Mercredi 21 octobre

Journée d’offensive allemande, mais d’offensive repoussée sur toute la ligne, aussi bien sur les côtes de Meuse que sur le front belge ou entre Somme et Oise.
Les nouvelles qui arrivent d’Arras sont navrantes. Si la ville n’a pas subi tout à fait le sort de Louvain, de Malines et de Termonde, nombreux sont les quartiers qui ont été mis en ruines.
Les informations de Petrograd attestent que la défaite des forces allemandes sur la Vistule, entre Varsovie et Ivangorod, a été des plus caractérisées. Les troupes du kaiser ont laissé environ 30.000 hommes sur le terrain.
Le tsar Nicolas II a adressé un second appel à la Pologne : il fait appel au loyalisme de ce pays et annonce qu’il est tout prêt à reconstituer la nationalité déchirée, et à lui donner son autonomie sous la suzeraineté de la Russie.
Les Autrichiens essaient en vain de se servir de leurs avions devant Antivari et Cattaro.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 4 octobre

Abbé Rémi Thinot

4 OCTOBRE – dimanche –

Rencontré M. Deneux, architecte du Gouvernement, .Quel homme intéressant sur la cathédrale !

Il a été là des années, élève de M. Thiérot[1] ; il voudrait être intéressé à la réfection du monument. Il a la compétence, en tous cas ! Il convient que Margotin est un ignorant en l’espèce, doublé d’une moule…

Et ! Et ! décidément, il faudra que j’aille me présenter à la Mairie ; je n’avais pas compris jusqu’ici que l’avis publié concernant les réformés me touchait. Voilà que je vais connaître la capote pour la première fois et la guerre sous l’uniforme après l’avoir connue sous la soutane… et vue de bien près « dans le civil ». Attendons !

[1] Édouard Thierot, l’architecte diocésain chargé de la cathédrale et professeur à l’École régionale des Arts industriels

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 4 octobre 1914

23ème et 21ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Vers 2h du matin, comme d’habitude canonnade et fusillade. Ce matin rien, temps chaud, de la pluie probablement.

Je suis toujours aussi abattu, découragé. Voilà déjà un mois que nous sommes sous les bombes ennemies et sous leurs canons. Il n’y a pas de raison pour que cela cesse. Alors, à quoi bon espérer la délivrance, espérer à revoir les siens ! sans nouvelles de qui que ce soit on ne peut que s’éteindre de chagrin et de douleur. Mon courage est brisé, je n’ai plus de ressorts, mes nerfs sont en coton. Je n’ai même plus la force de vouloir, d’entreprendre, de faire quelque chose. C’est de trop, on n’en peut plus, ma tête… Chagrin, tortures morales, inquiétudes, tout, tout m’accable. Souffrir continuellement, et voilà 20 ans que cela dure ! Non. Je n’en puis plus, ma tête se vide !

9h soir  On m’apprend que René Tricot a été récemment blessé sous Verdun, mais légèrement, ainsi que l’abbé Borne. Le capitaine Gelly (Jean Gelly, officier, 1888-1970, époux de Marguerite Soullié 1891-1967), gendre de M. Soullié (Alexandre Soullié 1858-1924), a reçu un éclat d’obus à la poitrine, on ignore si c’est grave. Lucien Masson est ici depuis quelques jours et a dit à M. Bataille que St Martin n’aurait nullement souffert, on ne s’y est pas battu, et il n’a vu aucun toit déformé. Il n’a malheureusement pas songé à voir mon pauvre Père. Pourvu qu’il vive encore.

4h1/2  En portant  des lettres à la Poste de la rue Libergier j’apprends par le fils Francis Lefort (1880-1950, notaire) que Montaudon (Albert Montaudon, 1880-1916, notaire, mort au champ d’honneur le 27 janvier 1916 à Neuville St Vaast) a été blessé au bras à Pontavert. Le fils d’Henri Collet (1861-1945), Robert (né en 1893), est blessé depuis un mois et est à Saumur.  Ses parents viennent de l’apprendre seulement, ils vont aller le rejoindre. L’abbé Camu que je rencontre me prie de tâcher de l’informer de la santé de son neveu André Charpentier, soldat au 106ème de ligne, blessé à Longuyon le 29 août 1914 (André Charpentier, né en 1885, est mort aux Éparges(55) le 5 avril 1915). Je m’en occuperai. Visite de M. et Mme Fréville que je reçois dans ma chambre, ils venaient me remercier de leur avoir fourni l’hospitalité le 24 septembre pendant le bombardement de ce jour. On papote et ensuite M. Fréville me parle d’un article de M. Albert de Mun, paru dans l’Écho de Paris du vendredi 2 octobre 1914, dans lequel celui-ci disait qu’on avait trouvé dans la tour Nord de la Cathédrale de Reims, après le départ des allemands, des bidons de pétrole dont les allemands avaient l’intention de se servir pour mettre le feu à cette tour et à la Cathédrale. Et comme il savait que j’étais monté le 13 septembre à 8h du matin avec l’abbé Dage et Ronné, peintre, 87, rue de Merfy, sauveteur envoyé par le Maire de Reims pour arborer le drapeau tricolore en haut de cette tour Nord, il me demandait ce que j’avais vu et trouvé là-haut : Je suis répondis ce que j’avais écrit le 19 septembre dans ces notes et vu là-haut.

En arrivant seul et le premier sur la dernière plateforme de cette tour, à laquelle on accède par l’escalier à jour qui y conduit, je vis :

1° l’échelle qui permet d’accéder, de grimper à la plateforme en bois qui dépasse les rebords en pierre de la tour, en sorte que la plateforme de la tour proprement dite est comme dans un puisard.

2° à droite de cette échelle, fixé à un des montants (des pieds), qui soutiennent la plateforme en bois une espèce de cadre en bois qui m’a semblé avoir servi à fixer un appareil téléphonique. Un fil descendait extérieurement le long de la tour, on le voit encore côté Est, et 2 fils jaunes montaient le long de ce montant en bois jusqu’à la balustrade sud de la plateforme en bois, et quand je fus monté en haut de celle-ci, je vis, attaché à une douille en cuivre, une lampe avec une ampoule électrique Mazda 2.H-16Bg 220v que je détachais et mis dans ma poche. Je l’ai ici.

3° et derrière l’échelle, sous la plateforme 3 bidons (carrés et longs) de pétrole (2 gros de 10 litres et 1 petit de 5 litres), ils étaient tous trois pleins et l’autre à demi-plein. Je montais seul le premier sur la dernière plateforme, et mes 2 compagnons vinrent me rejoindre quelques instants après. Nous enlevâmes le drapeau blanc et le drapeau de la Croix-Rouge, et fixâmes notre Drapeau tricolore. Sur cette plateforme il y avait 2 mortiers (planches épaisses de 3 centimètres), une caisse de Chocolat Menier vide, couchée sur le côté, dans laquelle les allemands avaient mis des cailloux pour la rendre plus stable et pouvoir monter dessus pour faire leurs signaux de veille, et une chaise paillée, prise sans doute dans la nef de la Cathédrale.

Quand nous eûmes fini notre travail, nous redescendîmes par l’échelle sur la plateforme de pierre. Je rédigeais là mon procès-verbal constatant l’heure du déploiement de nos couleurs et le fit signer par Ronné et l’abbé Dage, puis je le signais moi-même. Nous nous disposâmes ensuite à descendre définitivement. Je pris mon ballot de drapeaux et la chaise que j’avais descendue de la plateforme en bois. Ronné pris les 2 grands bidons de pétrole et l’abbé Dage le troisième bidon. Ronné a du déposer ces bidons à la Mairie. Nous laissons le balai en forme de tête de loup brisée qui avait servi de hampe au drapeau blanc, hissé sur l’ordre des saxons qui étaient à l’Hôtel de Ville le 4 septembre pour faire cesser le bombardement par les Prussiens (Garde Royale prussienne) qui tiraient surtout des Mesneux.

J’abandonnais ma chaise sur la plateforme où on retrouve la voute cimentée qui surplombe la Grande Rose et raccorde les 2 tours de la façade Nord et Sud.

Voilà ce qu’il y a de vrai au sujet de cette histoire de pétrole. Les Allemands avaient-ils prémédité l’incendie de la Cathédrale ? N’avaient-ils pas eu le temps d’apporter plus de pétrole ? mais s’ils avaient eu cette pensée, les 3 (trois) bidons auraient largement suffis. Ce point restant toujours obscur, car les allemands auront intérêt à nier cette pensée, et ce dépôt de 3 bidons pleins abandonnés là sans raison plausible si ce n’est une, or un obus pouvait très bien mettre le feu aux bidons, le pétrole enflammer la plateforme en bois et couler par le trou de la clef de voute de la dernière plateforme en pierre. De là il coulait enflammé, et embrasait le plancher de la première plateforme et de là allait lécher l’échafaudage qui communiquait le feu à la toiture. C’est ce qui est arrivé, d’une autre manière, par les bombes incendiaires lancées le 19.

En tout cas, ils ont contre eux le fait de ces 3 bidons de pétrole abandonnés par eux dans la tour Nord de la Cathédrale, et que nous avons retrouvés le 13 septembre à 8h du matin. Ceci c’est de l’Histoire. Pourquoi aussi tiraient-ils surtout sur la tour Nord le 19, qui est la plus flagellée ? Celle du Sud n’a rien, et c’est surtout le côté Nord de la Cathédrale et ses alentours nord qui ont reçu le plus d’obus. Il y avait là l’échafaudage que flanquait la tour Nord, et…  … les fameux bidons de pétrole trouvés par moi, singulières coïncidences ! Singuliers rapprochements ! Singulières constatations ! Qui me laissent fort rêveur ! et…  fort sceptique sur l’innocence de Messieurs les allemands et sur leur préméditation.

5h1/2 soir  Le canon a tonné très fort, au loin vers Berry-au-Bac et plus loin.

7h50  Calme complet. La journée a été fort tranquille. Les habitants se promenaient comme au bon temps de dimanche après-midi. Il ne manquait plus que la musique au kiosque des promenades. Non aujourd’hui la foule se portait vers le quartier de La Haubette, et comme depuis nombre de jours (3 semaines), l’avenue de Paris était noire de monde. On descend le matin là (je l’ai déjà dit) et le soir on remonte se coucher dans les quartiers exposés. Ce flux et reflux de peuple est fort curieux, et me rappelle, dans un autre ordre d’idée, le départ par le train du matin des pêcheurs pour Guignicourt et leur retour le soir. On s’en va tranquillement avec son ouvrage, ses provisions et aussi tranquillement le soir on remonte chez soi en bavardant. Marée descendante, marée montante humaine et grouillante !!

9h soir  Calme plat !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Canonnade au cours de la nuit et dans la matinée.

Le Courrier de la Champagne parle de ce qui s’est passé dans la journée d’hier, en ces termes :

Le bombardement de Reims continue.

Hier samedi, depuis dix heures et demie du matin, à intervalles assez rapprochés, les Allemands ont lancé sur notre ville, une cinquantaine de projectiles.

Ce sont encore les quartiers de Bétheny, Cérès, Cernay et Saint-Remi qui, déjà tant éprouvés, ont encore souffert.

On signale des victimes sur divers points de ces quartiers. En raisons des nécessités que nous crée le nouveau régime du journal, nous n’avons pas eu le temps matériel de coordonner des renseignements précis et officiels que nous publierons demain.

Après enquête, disons toutefois que ce bombardement venant après une journée d’accalmie et les bruits qui avaient couru de l’éloignement des Allemands, a jeté un effroi bien compréhensible dans notre population.

La conclusion du journal donne exactement l’état d’esprit de la population à ce jour.

– D’autre part, il mentionne que le Tribunal civil a tenu son audience de rentrée, vendredi 2 octobre, à 14 heures.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Mitraillades et fusillades au loin ; calme jusque vers 8 h 1/2, quelques coups de canon de temps en temps. Itou toute la journée.

Visite à l’Ambulance de Courlancy. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 Gaston Dorigny

Comme les dimanches précédents la journée semble devoir être dure. Le canon gronde toute la journée. La nuit un nouveau combat d’infanterie recommence. On peut dormir assez bien, réveillés seulement de temps à autre par les coups des grosses pièces.

Encore des obus en ville.

Gaston Dorigny

 Paul Dupuy

Dans les mêmes conditions que la veille et avec pareil insuccès s’effectue un 1e
essai de retour.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


 

Dimanche 4 octobre

Les attaques allemandes quotidiennes ont été repoussées dans la région de Roye. Dans l’Argonne, l’armée du kronprinz (16eme corps allemand) a été refoulée au nord de Varennes et de Vienne-la-Ville. Nette progression continue sur les Hauts-de-Meuse et en Woëvre. La situation apparaît dans l’ensemble favorable.
En Belgique, les Allemands n’ont obtenu aucun avantage sérieux dans leur attaque d’artillerie contre les forts d’Anvers. Leurs attaques d’infanterie ont toutes été brisées.
Une note officielle confirme l’échec total de l’entreprise allemande dans les gouvernements de la Russie occidentale. Les Russes ont pris Augustovo, forcé les troupes du kaiser à abandonner le siége d’Ossowietz. En Galicie les arrière-gardes autrichiennes ont reculé, derrière la Vistule, en pleine déroute.
Deux croiseurs allemands, le Scharnhorst et le Gneisenau ont bombardé Papeete, ville ouverte, capitale de Tahiti dans le Pacifique, et coulé une canonnière désarmée qui se trouvait dans le port.
M. Asquith, dans son discours de Cardiff, a fait de curieuses révélations sur les tentatives multipliées à Londres depuis 1913, par la diplomatie teutonne, en vue de neutraliser le Royaume-Uni.
On reparle de l’abdication du roi Carol de Roumanie.

 

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Jeudi 17 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 SEPTEMBRE : Il est 4 heures du matin ; l’explosion des bombes tombant assez près, sur le Boulevard, et à l’instant sur le Grand Séminaire vraisemblablement, m’a décidé à me lever et à descendre à la salie-à-manger, où je vais dire mob bréviaire – prêt à sortir s’il y a nécessité –

J’ai passé une très mauvaise nuit bien entendu, n’arrivant pas à trouver le sommeil. Sans cauchemar cependant, mais ces bombes s’écrasant avec un bruit d’enfer, fauchant, semant la mort horrible tout autour… Je les avais dans l’oreille.

Que sera aujourd’hui? Il s’annonce rude encore et sanglant ! Je prends mon bréviaire. Cependant, le carillon égrène placidement son chant saccadé… C’est 4 heures et demie.

5 heures 20 ; Les sinistres sifflements, la pluie de fer continue de minute en minute. Les allemands auront voulu balayer le terrain de bonne heure.

Les troupes étaient loin heureusement, et il est vraisemblable que les batteries étaient à couvert. J’entends le bruit sourd de notre artillerie… Les obus allemands se font plus rares… mais, Mon Dieu… que de ravages nous allons avoir à pleurer, le long du boulevard, dans toute la partie de la ville qui s’étend de nos quartiers à St. Jean-Baptiste ! Que de ruines vont s’accumuler.

Un souvenir rétrospectif – à propos des otages – rencontré avant hier M. de Juvigny qui se vantait de s’être échappé avec trois autres par les jardins du Grand Séminaire. Et si, pour autant, les autres avaient été passés par les armes? J’ai ce souvenir parce qu’il me monte à l’esprit que si l’ennemi revenait à Reims, je pourrais bien être à mon tour parmi les otages. Mon Dieu, je suis entre vos mains.

Horrible – un sifflement vient d’arriver jusqu’ici… la bombe a éclaté bien près…

(une page déchirée)

7  heures 1/2 ; Je vais monter au transept. Une maison brûle au coin de la rue Houzeau-Muiron et de la rue des Moissons ; des bombes défoncent les 2 bâtiments des dragons ; de nombreux shrapnells trouent d’une blancheur de ouate la fumée jaune qui s’échappe encore de la ferme des anglais, embrasée hier soir. Il semble que des batteries françaises ont été s’établir en avant de la ville, entre le faubourg Cérès et Witry ; elles tirent depuis cette audacieuse position. Où en sommes-nous d’une façon générale? Je n’en sais rien ; on ne peut pas induire quoi que ce soit des faits locaux…

Le bombardement s’était apaisé… il semble reprendre en ce moment é heures. Hélas, c’est bien une reprise, sauvage, impitoyable.

Une bombe vient de tomber place Royale ; il y avait des troupes. Je ne sais pas le résultat ; il doit être horrible !

Ce matin, place Belletour (encore !) mais pourquoi avoir encore placé des artilleurs là ? La leçon d’hier n’était-elle pas suffisante? Il y a eu 18 chevaux tués et 10 hommes ! Et les projectiles formidables tombent maintenant sur l’Hôtel de Ville ; la partie saccadée de notre pauvre Reims s’étend ! Et j’ai bien des amis dans ce quartier. Je suis assis près de la sacristie… la mitraille fait rage.

Midi ; Je rentre de la cathédrale où depuis la tour nord, j’ai vu saccager tout le quartier entre Notre-Dame et le boulevard de la République. Quelle tragique vision !

Vers 9 heures était arrivé l’ordre du général commandant le 1er Corps[1] de mettre des blessés allemands dans la cathédrale sous prétexte de la protéger contre les bombardements. Précaution inutile à mon avis ; il est évident que les allemands ont épargné la cathédrale et l’épargneront encore – et précaution dangereuse ; la cathédrale étant insalubre pour des blessés couchés ; mais il fallait s’incliner… La paille est donc répandue à nouveau et quand je rentre, il y a déjà environ 20 hommes.

Entre temps, nous nous sommes hâtés de confectionner un grand drapeau de Croix Rouge pour le hisser en haut des tours de la cathédrale (M. le Curé, très courageusement, est parti rue des Chapelains demander un de ces drapeaux ; il en avait rapporté un petit qu’il était monter installer sur la tour Nord) On déchire une aube ; on coupe les manches, dont on bouche les trous avec des épingles ; on déchire 2 soutanes rouges d’enfants de chœur, et on se remet à coudre… on cloue après la hampe et vite, c’est l’escalade de la tour nord.

Nous ajustons solidement le morceau avec des clous, auprès du tricolore lamentablement penché… puis, nous sommes au spectacle trois fois abominable de la ville dévastée. Des flammes semblent sortir de la Banque de France – assez vite éteintes – Mais deux autres foyers éclatent dans les obus répétés au même endroit ; rue de Sedan, je pense, puis, rue St.Symphorien ; d’un autre côté, les vieux anglais brûlent. Puis, c’est à intervalles rapprochés, les sifflements de mort et le fracas des obus qui entrent dans les maisons comme dans une croûte molle pour y accomplir leur diabolique destinée dans un épais nuage de fumée et de poussière. C’est ainsi que les volcans devaient s’ouvrir ! La pluie commençait à tomber.

Je viens de déjeuner rapidement, de donner à Poirier des outils ; il veut sculpter une inscription commémorative dans les caves de Mme Pommery. Je lui indique le verset l6 du VIe chapitre de l’épitre aux Ephésiens ; « In omnibus sumentes scutum fidei, in quo possitis orania tela, niquissimi ignea extinguee » « nequissimi » c’est l’allemand.

Et je vais sortir pour une tournée parmi les sinistrés. Dieu m’a gardé jusqu’ici ; je l’en bénis par mon bien aimé Pie X.

3  heures 1/4 ; J’ai commencé une tournée en ville parmi les endroits atteints, pour porter un peu de sympathie aux sinistrés – ou à ceux qui auraient pu l’être.

Et qui donc dans ce quartier du centre peut prétendre qu’il n’a pas été à deux doigts d’une catastrophe ? (suis une description de dégâts à travers la ville)… Une auto a brûlé place de l’Hôtel de Ville ; ce n’était pas la Banque de France… Je vais jusque chez Th. X. J’en sors une heure après n’ayant pas osé dire la vérité (on croyait là à quelques bombes alors que la matinée avait été effroyablement cruelle et que les incendies avaient éclaté çà et là. Je m’éloigne à peine que j’entends 3 éclatements successifs formidables dans le voisinage de St. André. Je ne sais pas ce qu’il en est ; je longe les murs ; je passe rue du Marc ; tout le pâté St. Symphorien est en ruines fumantes ; on arrose les décombres. Ainsi une école de garçons (rue de Sedan) et une école de filles (rue St. Symphorien) d’enseignement libre, appartenant à la paroisse de Notre-Dame ont été la proie des flammes ! Mystère cruel du dessein de Dieu.

Je reviens de la cathédrale… notre chère cathédrale vient d’être atteinte par un obus qui a éclaté rue du Cloître ; les vitraux des chapelles absidiales sont douloureusement lacérés. J’apprends qu’une bombe, le matin, est entrée dans le toit. J’irai voir demain ce qu’il en est.

J’apprends aussi qu’un correspondant du « Daily Mail » a passé l’après-midi à la cathédrale, a noté les méfaits des Boches (comme disent les ). Ainsi le monde entier saura qu’ils n’ont pas pris les précautions nécessaires pour sauvegarder un monument qui appartient à la Civilisation par sa richesse et ses souvenirs…

On installe sur les brûleurs des autels, à St. Antoine et autres, un éclairage de fortune pour les blessés et leurs gardiens. A ceux-ci, je fais apporter une provision de vin pour la nuit. Ils sont 5 et un sergent, étaient hier au feu et sont trop peu nombreux pour soigner un si grand nombre de prisonniers.

A 7 heures 1/2, quand je suis revenu – mot de passe ; Toulon – on amenait un blessé grièvement revenant de Bétheny, où on s’était battu avec succès. Poirier me dit aussi qu’il y a eu une contre-attaque sous l’octroi, route de Chalons, dans laquelle les allemands ont été repoussés.

En ce moment, après quelques coups tardifs envoyés par des batteries lointaines, tout est calme, ou plutôt tout est fiévreux dans les camps où l’on doit se recueillir et travailler, creuser des tranchées… La ville est plongée dans une obscurité complète.

D’ailleurs, une note du Maire, parue dans l’Eclaireur, demande que toute lumière, même chez les particuliers, soit éteinte à 8 heures, et avant de me coucher, je revois dans un sommeil qui vient, (l’autre nuit j’ai si peu dormi !) toutes les horreurs de la journée, les maisons crevées, les femmes affolées, ces familles entières terrées dans les caves au prix de mille dangers pour les santés… Et ces bombes ! ces engins de destruction et de mort semés partout en ville !…  Oui, la guerre est une chose inexprimablement méchante… Mon Dieu ! Quel châtiment plus amer pouviez-vous nous envoyer ? Mon Dieu ! Je vous remercie de m’avoir conservé ce jour encore. Demain encore est à VOUS seul… Je suis votre chose…

Les canons tonnent encore, sourdement, au loin. Je vais me reposer.

[1] Henry Victor Deligny https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Victor_Deligny (note Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

17 septembre 1914 ·
L’image contient peut-être : nuage et plein air

Dans notre quartier, ces combats si proches effrayent les habitants, et mes parents décident de s’en éloigner en allant demander asile aux beaux parents de ma sœur qui habitent rue Jean de la Fontaine.
Reçus à bras ouverts, nous y passons une nuit au calme alors que le bruit du canon semble s’éteindre. Au lever du jour, une animation remplit la rue, cris et interpellations : les Français sont là !
Nous sortons nous mêler à la foule de la rue de Cernay où des colonnes de soldats français se dirigent vers la sortie de la ville. Comme les autres nous les suivons, mais arrivés à la hauteur des premiers champs de la ferme des Anglais, un officier, commandant une batterie de 75 en position près de la route, nous ordonne de ne pas aller plus loin, l’ennemi tient encore Cernay.
A mon père qui l’interroge il dit : « Nos caissons sont vides, plus un obus ! Ah ! Si nous avions eu des munitions, nous aurions reconduit les Allemands jusqu’à la frontière ! »
Assez déçus, nous revenons chez nos amis où nous passons encore la nuit.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Jeudi 17 septembre 1914

6ème jour de bataille et de bombardement.

6h1/2 matin  A 4h40 je suis réveillé par un coup de canon vers Cernay. Cela canonne à intervalles à peu près régulier toutes les 3/4 minutes jusqu’à 5h3/4. Pendant ce temps je somnole dans mon lit. Quand Adèle vient me dire de descendre à la cave, elle prétend avoir entendu siffler deux obus tout près de là. Je n’ai rien entendu. Je me lève, m’habille, prend tout mon fourniment de cave et de bombardement, (je commence à m’y habituer tout en restant agacé) et…  je descends, reprend notre refuge accoutumé. Vers 6h1/4 cela parait cesser, et j’entends crier L’Éclaireur de l’Est, je monte l’acheter et descend le lire à la cave. Il est toujours aussi insignifiant. Enfin vers 6h25 je remonte dans ma chambre.

Résultat, rien dans notre quartier. Dans la cave nous avons entendu un aéroplane qui m’apparait être un allemand. En voici encore un (6h37). Qu’est-il ? Français ou allemand ? C’est un allemand.

Voilà le chagrin des miens qui me reprend. Il m’étreint continuellement et à chaque instant la tristesse des choses qui me rappellent au loin de moi me serre le cœur et me fait pleurer. Si cela continue je ne sortirai plus de ma chambre et… j’y mourrai de douleur et de chagrin.

6h48  A ma fenêtre j’entends le sifflement d’un obus, loin. Faut-il fermer les persiennes ou les laisser ouvertes ?…  Non, plus loin.

Voilà le 6ème jour de la bataille autour de Reims, le 12 sur la Vesle, le 13 entrée des français à Reims et les 14, 15, 16 et 17 pour reprendre les hauteurs de Brimont, Fresne, Witry-les-Reims, Berru, Nogent et ce n’est pas encore fini. Quel cauchemar !

8h50  Les obus pleuvent du côté de la Cathédrale, à longs intervalles. J’………………………………………………

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

10h40  Je reprends le mot que j’avais commencé plus haut, il y a 3/4 d’heure, je voulais dire : « J’hésite à descendre ». Eh ! Bien ! Je suis descendu, car au moment où j’écrivais ce « J’ » fatidique, un coup formidable éclate près de la maison. Je ramasse mon fourniment de cave et je suis en bas à 8h55. 1 coup on entend le sifflement, non pas au-dessus de nos têtes, comme le 4 septembre, mais sur le côté, dans le sens sud-est vers le nord-ouest. Ainsi cela vient de Berru ou plutôt de Nogent.

9h20  Les coups frappent toujours vers la place des Marchés (place du Forum depuis 1932). Jusqu’ici il n’y en a que 2 ou 3 coups rapprochés. 2 surtout. On entend toujours l’aéroplane allemand bourdonner au-dessus de nous, il n’arrête pas de tourner au-dessus de notre quartier, et plus particulièrement vers la place des Marchés. Quelle audace !

10h1/4  Cela cesse de tomber de notre côté.

10h20  Çà recommence : 1 coup assez près, puis plus rien.

10h27  Rien.

10h1/2  2 coups assez loin.

10h35/36  Je remonte, nous remontons, et à peine près de la cuisine un coup assez proche.

C’est fini pour le moment, il est 10h52.

Si c’est la fin des fins pour nous, le dernier coup sur la ville est proche de chez moi, il a été entendu par moi à 10h35 ou 36 exactement. Au dehors, vers Berru et Nogent le canon parait s’éloigner, le nôtre progresse.

11h37  Plus rien. Je vais faire ma toilette et tâcher de manger un peu. Je n’ai guère faim surtout quand je songe que peut-être mes petits et ma pauvre femme n’ont rien à manger ! Quel supplice ! quelle torture !! Oh ! des nouvelles ! mon Dieu ! Je vous en prie !

5h3/4 soir  Le canon, le bombardement, la destruction de la Ville n’ont pas cessés jusqu’à cet instant ainsi que les incendies, et cela continue. Je vais tâcher (si j’en ai la force et le courage, car j’ai vu des choses terribles, sidérantes) de raconter ce que j’ai vu.

Vers 1h/1h1/4 je sors, je passe par la rue de l’Arbalète, il ne reste plus rien de la maison Monnot en face des Galeries Rémoises. Je continue place des Marchés. 6, place Royale mes yeux se jettent sur le sommet des tours de la Cathédrale, je vois à côté de mon drapeau un nouveau drapeau de la Croix-Rouge. Je regarde avec la lorgnette, c’est bien çà ! je cours vers la Cathédrale, j’entre et me dirige vers la grande nef. Là je vois des blessés allemands, une 30aine (trentaine), couchés là sur de la paille. Tout s’explique et je vois la raison du drapeau de la Croix-Rouge. C’est sur l’ordre du Général Franchet d’Espèrey que ces allemands ont été mis là, pour sauver la Cathédrale. Un petit sergent d’ambulance les garde, et c’est justement un confrère, Maître Julien Prigent, notaire à Ploudalmézeau (Finistère), nous causons. Un lieutenant du service sanitaire m’accoste et me demande qui je suis, échange de cartes, c’est justement le neveu ou petit-fils de M. Gruny-Boulenger qui a vendu à mon Père vers 1881, 1882 et 1889 le Pré Chaumont, le Pré aux Oies et autres (vente du 24 mars 1880 par Madame Lucie Pannetier, veuve Boulenger). Nous nous étonnons de cette rencontre.

Puis survient l’abbé Andrieux, escorté d’un reporter anglais qu’il me présente : M. George Ward Price, correspondant du Daily-Mail de Londres, 36, rue du Sentier à Paris. (George Ward Price fut ultérieurement très connu pour les nombreuses interviews qu’il fit d’Adolf Hitler, il rompit avec le nazisme lors de la crise des Sudètes en 1938).

L’abbé me dit qu’il retourne en automobile le soir et qu’il se charge de mettre des lettres à la Poste à Paris. J’ai deux cartes toutes prêtes. Je les donne à cet anglais qui s’en charge très gracieusement, puis la réflexion me vient de lui demander s’il se chargerait d’une dépêche à lancer de Paris à ma chère femme à Granville. Il accepte vraiment de grand cœur et il m’ajoute en lisant ma dépêche : « Je mettrai aussi que Mme Guédet réponde au Daily-Mail à Paris et je m’arrangerai pour vous faire parvenir la réponse. Quelle reconnaissance je lui dois !!

Nous causons des événements et comme nous écoutions la conversation d’un médecin militaire français avec un blessé allemand lui-même médecin (ce sont des blessés de Montmirail). Ce dernier, à un moment donné disait qu’il était surpris que les siens aient tiré sur la Cathédrale le matin malgré la Croix-Rouge arborée.

Je ne puis m’empêcher (il comprenait le français) de m’écrier ! « Oh ! cela ne nous surprend pas, nous les habitants de la Ville. Vous nous avez déjà bombardé le 4 et vous avez dis que c’était par erreur ! Non, ce n’était pas une erreur puisque maintenant vous tirez depuis 6 jours sur notre Ville qui est une Ville ouverte, une Ville dont les habitants sont calmes et ne coopèrent en aucune façon aux hostilités. Est-ce une erreur encore ? Non ! Vous tirez sur des non-combattants, voila tout, et comme citoyen de la Ville, votre otage il y a quelques jours, je proteste contre la conduite de vos Généraux ! »

Le reporter me saisit la main et me dit en la serrant : « Monsieur, vous avez bien fait de dire à cet allemand ce que vous venez de lui dire. Je signalerai votre protestation si énergique au nom de l’Humanité » – « Il n’y a pas de qualificatif à leur appliquer en voyant ce que je vois depuis 1h, et comment au front on brûle, on ruine votre ville ! Vous avez très bien fait ».

Sur ceci sur le désir de notre reporter nous montons, l’abbé Andrieux et moi avec lui dans les tours au bruit de la canonnade, de la fusillade et des sifflements des obus qui sillonnent l’air et sifflent aux alentours de la Cathédrale, surtout du côté sud. Arrivé au sommet de la première plateforme j’explique à notre anglais les phases de la lutte que l’on voit très bien. Je lui montre Brimont qui se défend mollement, je lui dis ce qui a été fait de ce côté hier.

Je lui désigne ensuite Berru et Nogent où l’on se bat en ce moment avec rage. Avec ma lorgnette il voit sur mes indications les lignes françaises, quant aux lignes allemandes ce sont les bois, comme toujours ce sont des fauves ces gens-là. Je lui nomme ensuite les incendies qui flambent à ce moment, la ferme Jonathan Holden (voisine des Vieux Anglais), je lui dis que cette usine appartenant à Madame Ch. Croupton Waterhouse, de Manchester, (une compatriote qui a été vue courir en fuite celle-ci), la ferme de Cernay, la caserne de Louvois du 16ème Dragon, bâtiment de gauche, l’usine Isaac Holden ou Lelarge, je ne suis pas bien sûr qui a commencée à prendre feu, l’École de la rue de Sedan (rue Albert Préville depuis 1929), l’étude de  Maître Jolivet notaire qui n’est plus qu’un monceau de cendres. Il ne peut retenir son indignation, et il s’écrie : « Ce n’est pas la Guerre cela ! cela n’a pas de nom ! mais ce qui me surprend, c’est votre calme au milieu de cet Enfer ! » Je lui réponds : « Nous avons peut-être moins de flegme que vous, mais nous avons aussi du sang-froid et du courage. » – « Double courage, me dit-il, car vous ne combattez pas et vous recevez les coups ! Je vous admire, je conterai tout cela au Daily-Mail ! Il faut qu’on sache tout ce que vous m’avez fait voir et m’avez dit. »

Pendant ce temps deux obus tombent sur la Cathédrale. Nous allons voir le trou qu’ils ont fait dans la toiture du transept nord, soit une ouverture dans les plafonds de 4/5 mètres de diamètre, pas de gros dégâts. Nous revenons sur nos pas pour observer encore un peu le combat du côté du transept sud sur la galerie au-dessus du sagittaire. Nous voyons encore deux autres obus éclater, l’un d’eux décapite complètement la maison Balourdet, pas d’incendie me semble-t-il, et nous redescendons au bruit du canon. Je m’offre de remettre ce reporter sur son chemin pour regagner son automobile qui l’attend au faubourg d’Épernay. Il me prie de l’attendre une seconde pour reprendre sa bicyclette qui lui a servi pour venir jusqu’ici à la Cathédrale…  plus de bicyclette ! un soldat nous dit qu’il a vu un artilleur la prendre. Mon anglais est un peu dérouté, puis : « Je ne me doutais pas qu’en venant ici je serais réquisitionné ! » Je ne peux m’empêcher de rire de sa boutade. Je lui promets de signaler ce fait à l’autorité militaire et municipale. Malheureusement il m’a été impossible de connaître le n° du régiment de cet artilleur indélicat.

J’ai fait quelques instants après ma déclaration à la Ville et à la Police et au Major de la Place en demandant que si on retrouve la machine ont doit me la confier. Je mets ce brave M. George Ward Price sur son chemin rue de Vesle et nous nous quittons comme de vieux amis et il me promet de revenir me voir et surtout il me dit que mes lettres et dépêches partiront ce soir de Paris. Merci. Que Dieu le conduise et que j’ai bientôt des nouvelles de mes miens.

Il est 9h1/2. Je rentre à la maison sous la canonnade. Je rassure Adèle qui était inquiète sur mon sort, et je repars à la Ville pour la bicyclette de mon anglais. De là je passe voir la maison de Jolivet : c’est navrant. C’est un monceau de cendres et cela brûle encore et cela depuis 11h du matin. Il n’y a rien à faire qu’à laisser brûler, tout est noir. Mon pauvre ami ! Quel déroute pour vous si bon confrère, mon pauvre Jolivet. J’en ai pleuré. En face le docteur Guelliot a reçu 2 obus, dégâts même pas !!! (Arrêté à 5h30, Bompas repris 8h3/4) graves, des carreaux, vitraux cassés, salle à manger sens dessus dessous, son cabinet peu endommagé, la fenêtre sur la cour cassée, son bureau noir gris de poussière, sa lampe projetée sous son bureau et, pensif et songeur, le Penseur de Michel-Ange. Pense toujours !! Intact, rien de sérieux. Je m’en réjouis pour mon cher docteur qui comme moi on vit et on aime tant son chez soi. Ses objets familiers, ses livres aimés, ses pastels de Valbonne. Seule sa salle à manger a souffert, la Baigneuse de sa cheminée est décapitée, on dirait que la guillotine est passée par là. Pauvre Baigneuse ! Le cher docteur pourra recoller ta tête, mais je lui défends bien de te rendre… la vie !!

Je me permets de donner des ordres pour que l’on bouche la baie faite par un des obus sur la rue Cotta. Je dis au gardien de prendre une porte enlevée par la poussée de l’explosion et de la coller contre ce trou, de l’accoler ainsi que la petite porte à côté.

Mon cher Docteur vous n’avez reçu que 51 éclaboussures après d’autres jusqu’ici. J’en suis heureux. Demain je ferai un petit tour et je ferai remettre tout en ordre. J’aime trop les vieilles belles choses pour que je ne fasse l’impossible pour remettre chez vous tout en place et…  ce sera facile ! Je m’estime votre Ange Gardien !

Je retourne voir mon beau-père. Il est installé au sous-sol (la suite du passage a été rayée).

En revenant, çà claque ! (Passage suivant rayé illisible) Je rencontre M. Pierre Lelarge qui m’arrête et nous causons. Il me dit sale affaire, çà brûle, puis je lui dis ce que j’ai vu des hauts de la Cathédrale. Et lui : « Voulez-vous voir mon observatoire ? » me dit-il. « Lequel ? » – « Mais celui de l’Hôtel de Ville. » – « Venez donc, nous allons vous montrer çà ! » – « Volontiers ! » M. Lelarge prend la clef et nous grimpons, arrivés sur la couronne de l’horloge, je revois la scène que j’ai vue 1h auparavant, mais çà flambe bien plus du côté des Vieux Anglais ! ou chez Lelarge. Des flammes hautes de 10-20 mètres. La vue de la ville sur tout le front est lugubre, si mon anglais était là il dirait que c’est terrifiant. Non on se cuirasse malgré soi. Je vois cela plutôt d’un cœur froid, calme, en me disant que dans quelques instants, quelques heures, demain, après… Ce sera peut-être mon tour !

Nous redescendons, je repasse avec lui devant Jolivet et Guelliot, il parait que Douce a reçu quelques éclaboussures ! et je le quitte vers la rue Colbert en passant par la rue Cotta. Après avoir fait mon tour chez ce cher Docteur, je rentre à l’Hôtel de Ville, rencontre Robert Lewthwaite, plutôt aplati, nous causons et j’allais le reconduire jusqu’à chez lui, quand patatras une bombe ! « M. Guédet il vaut mieux nous quitter ! » dit-il. En même temps Jallade au galop se précipite à l’Hôtel de Ville en nous criant : « Lelarge brûle ! » (son usine). Il nous avait semblés avec Pierre Lelarge que c’était les Vieux Anglais qui brûlaient et non lui.

Bing ! un autre oiseau ! Je me dirige vite rue de Pouillon, Carrouge, St Pierre et Talleyrand pendant que çà claquait plutôt…  sec ! J’arrive à la maison. Adèle est déjà dans la cave ! Je descends, ce doit être la 3ème ou la 4ème fois de la journée. Il est 5h10. Zut, il est 5h30, je remonte. J’en ai assez. Plus rien. Je vais dans ma chambre et je commence à écrire mes notes commencées à 5h3/4, et que je continue.

Quand à 6h50 j’entends un coup de sonnette : c’est Bompas, notre appariteur de la chambre de discipline qui vient de nous dire que déjà des rôdeurs viennent tourner autour des ruines de la maison de Jolivet. Je ne fais qu’un bond avec lui à la Mairie et je signifie au commissaire Central de pourvoir à la sécurité des ruines de la maison de Jolivet. Nous nous entendons et je vais voir par moi-même avec ce dévoué Bompas (je lui ferai passer le plan) si les ordres sont exécutés. Je préviens le gardien de la maison du docteur Guelliot que peut-être on le sonnera pour lui demander aide dans la nuit pour surveiller les ruines de mon pauvre Jolivet. Je rentre par un vent de tempête. Je dîne et me voilà devant ma petite table à écrire. La table de ma chère aimée !! Où tant de fois couché je la voyais paperasser, crayonner, muser, réfléchir… (La suite a été barrée puis rayée) …qui fléchissent maintenant. Ce n’est plus de la bravache maintenant, c’est du cœur, c’est peut-être fort contre le malheur ! Et mon Dieu ! Je crois que sous ce rapport je le suis ! Je fais face pour les absents, et si je me tue à réconforter, à parer aux désastres, c’est pour vous revoir mes aimés !!

10h soir  J’ouvre mes fenêtres, et toutes lumières éteintes je regarde dans la rue ! Nuit étoilée mais sans lune. Il fait noir comme dans un four. A droite rue de Vesle j’entends un bruit de cahotage de voitures ou de fourgons d’artillerie. Même question que je me posais il y a 8 jours environ : « Remontent-ils ou descendent-ils…! » Un falot, un autre falot.

Bonheur ! Ils remontent. Donc nous ne reculons pas !! Du reste un artilleur m’a dit tout à l’heure au commissariat de Police qu’ils avaient pris 7 grosses pièces. Allons ! Espérons !! Et que jamais plus je n’entende grogner le canon !!

Il faut cependant se coucher, car demain on ne sait qu’est-ce qui nous attend !! Quelle vie Seigneur Dieu ! Oh si je savais les chéris à l’abri, sans un coup, que je me moquerai des bombes, obus, schrapnels du diable allemand. Que de choses je verrais et écrirais encore !!! Je m’imposerais peut-être trop, mais ce serait intéressant !! pour l’avenir et l’histoire de notre Ville !! Enfin que je les revoie, c’est tout ce que je désire.

Je suis fourbu. Il faut que je cesse d’écrire !! Mon Dieu que je revoie tous mes petits et grands, leur Mère, mon Père, et Dieu m’aura tout conservé !!

10h10 soir  Je me couche. Bonsoir Momo !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 4 heures du matin, le bombardement reprend brusquement. Nous devons nous lever rapidement, nous habiller en toute hâte et descendre encore à la cave ; il n’y fait pas chaud. Hier, le tir n’étant pas continuellement dirigé de notre côté, nous avons pu lire un peu et j’ai fumé beaucoup, pour tuer le temps, mais l’inaction me pesait. Aujourd’hui, je ne pouvais pas recommencer à tendre le dos à rien faire. L’idée me vient de profiter de mon séjour forcé auprès d’un fût de bière, rentré pendant l’occupation allemande, pour en faire le tirage et, comme d’habitude, les enfants sont heureux de me rendre service en m’aidant dans ce travail, l’un en remplissant les bouteilles, les autres, en les transportant après que je les ai bouchées et ficelées ; l’opération se fait tandis que les obus sifflent sans arrêt. Le tir est mené très serré pendant trois heures durant, jusqu’à 7 heures. Il devient un peu plus espacé ensuite, sans toutefois cesser.

Dans les courts moments de répit que nous donne ce bombardement ininterrompu, nous remontons ensuite, prendre chez moi ce qui devient de plus en plus nécessaire pour demeurer en bas ; la cave se garnit ainsi insensiblement des objets les plus divers, d’abord de quelques chaises. Une lampe à pétrole, achetée spécialement, pour éviter éventuellement – pendant les quelques jours encore que nous supposons que pourrait durer la malheureuse situation de notre ville – la gêne éprouvée les premiers jours de bombardement, devient tout de suite d’une grande utilité. Nous descendons les provisions, la vaisselle indispensable, pour le cas probable où nous ne pourrions pas aller prendre nos repas dans l’appartement. Le concierge, ce matin, était arrivé à côté de nous, accompagné, ainsi que les jours précédents par sa femme, sa petite-fille et la toute jeune enfant de cette dernière ; il va, lui aussi, chercher entre les sifflements, les ustensiles dont les siens auront besoin. Aujourd’hui, précisément, les ménagères se trouvent dans l’obligation de cuisiner sur place ; il nous faut encore aller quérir une table, ce qui nous permet, à midi, de nous installer tant bien que mal, pour faire, en commun, un frugal repas que partagent M. et Mme Robiolle, venus des Bains et lavoir publics, rue Ponsardin, voir la famille Guilloteaux et que l’intensité du bombardement a mis dans l’impossibilité de retourner chez eux.

A partir de 13 heures, un terrible duel d’artillerie s’engage et les détonations de nos pièces de gros calibre placées au sortir de la ville, s’ajoutent encore au vacarme épouvantable des explosions d’obus, ce qui n’empêche pas les enfants de rire de bon cœur, absorbés qu’ils sont par la partie qu’ils ont mise en train, avec l’un des jeux que nous avons eu la bonne inspiration de leur descendre. J’entretiens le plus possible leur gaieté, en me réjouissant intérieurement de ce qu’ils ne s’effraient pas plus que ma femme, et pourtant !

Dans le courant de l’après-midi, Mlle Bredaux, sage-femme, qui habite rue Cérès 9, a réussi à venir faire visite, comme elle le fait chaque jour, à la petite-fille du concierge, M. Guilloteaux, qui, mariée au fils de M. Robiolle, mobilisé, est depuis quelques jours mère d’une jeune enfant, inscrite dans les naissances du 10 septembre 1914, comme suit : Gisèle – Georgette Robiolle, rue de la Grue 9.

Mlle Bredaux est accompagnée de sa sœur et ces personnes attendent, auprès de nous, une accalmie pour retourner chez elles. Plusieurs fois, à la suite d’arrivées qui me paraissaient assez rapprochées, je suis remonté afin de me rendre compte, du seuil de la porte, de ce qui se passe dehors.

Voici encore une nouvelle explosion proche qui m’attire au rez-de-chaussée, d’où je m’aperçois aussitôt que, cette fois, c’est un obus incendiaire qui a dû éclater dans l’appartement situé en haut de la maison, rue Cérès, où se trouve un magasin de la teinturerie Renaud-Gaultier ; je vois parfaitement les progrès rapides de l’incendie, puisque l’immeuble est exactement dans le prolongement de la rue de la Grue.

En redescendant, je fais part de mes constatations, disant que le feu vient d’être mis, par un obus, à cette maison, dont j’ai regardé un moment les fenêtres et les volets brûler, au second étage. Mlle Bredeaux, en apprenant cette nouvelle, me fait préciser à nouveau, puis dit simplement :

« C’est chez moi ».

Immédiatement, nous remontons ensemble et, dès due la porte sur la rue est ouverte, elle me répète tristement :

« Oui, C’est bien Chez moi ».

Les obus sifflent toujours, il serait très dangereux de rester là ; elle doit revenir se mettre à l’abri avec nous, qui cherchons à la consoler, elle et sa jeune sœur, comme nous le pouvons. Toutes deux restent muettes et réfléchissent ; elle se représentent que, du fait, elles se trouvent démunies brutalement de tout ce que renfermait leur appartement. Ces pauvres personnes qui ne possèdent plus là, auprès de nous, que ce qu’elles ont sur le dos, ne se laissent pas abattre ; elles décident d’aller demander l’hospitalité de la nuit dans une maison amie.

Après avoir passé une journée triste et effrayante, en raison de la violence du bombardement conduit par des grosses pièces tirant sur toute la ville, nous ne pouvons quitter la cave qu’au déclin du jour, vers 19 h.

– Le journal L’Eclaireur de l’Est, du jeudi 17 septembre 1914, dit qu’hier, le nombre des victimes a été considérable. Il ajoute que, malheureusement, malgré le retour de MM. les commissaires de police (Partis, ainsi que d’autres services administratifs (sous-préfecture, etc.) avant l’arrivée des Allemands.), il est aujourd’hui impossible de fournir les noms des victimes.

Ce numéro du journal L’Eclaireur, publie les divers avis suivants :

 » Pas de lumière après 9 heures.

Les habitants de la ville sont prévenus que par ordre de l’Autorité militaire, toutes les lumières doivent être éteintes, même dans les appartements privés, à partir de neuf heures du soir.

Toute infraction à cette prescription exposerait le contrevenant à être arrêté comme suspect et inculpé d’espionnage. Plusieurs personnes, convaincues d’avoir correspondu

par signaux optiques avec l’ennemi, ont été passées par les armes.

Reims, le 16 septembre 1914,
Le Maire, Dr Langlet

Précautions urgentes.

L’Administration municipale recommande expressément aux habitants de sortir le moins possible pendant tout le temps où l’on entend le canon à peu de distance de la ville, et de se tenir dans les maisons dès que les éclatements se produisent dans certains quartiers.

La plupart des accidents auraient été évités par ces précautions.

Reims, le 16 septembre 1914
Le Maire, Dr Langlet

Interdiction des attroupements

M. le maire de Reims a l’honneur d’informer ses concitoyens que les rassemblements, attroupements, stationnements sur les places publiques ou dans les rues, sont rigoureusement interdits pendant le séjour des troupes.

Les cafés seront fermés à huit heures du soir et la circulation supprimée à partir de la même heure, sauf le cas de nécessité absolue.

Les trottoirs devront être laissés entièrement libres. Les Etalages et les terrasses de cafés sont interdits.

Les sanctions les plus sévères seront prises contre les contrevenants.

Reims, le 16 septembre 1914
Le Maire, Dr Langlet

les armes et munitions allemandes Avis important

Le maire de Reims ordonne aux personnes qui se sont appropriées des armes ou des munitions abandonnées par des soldats allemands, de les remettre immédiatement au commissariat de police de leur arrondissement.

Les détenteurs d’armes ou d’objets ayant appartenu à des soldats allemands, s’exposent à des poursuites rigoureuses.

Pour le Maire de Reims
L’adjoint délégué : Louis Rousseau

Conseils de prudence

Avec la meilleure intention, le public accueille les bruits les moins fondés sur certaines personnes suspectes de relations avec l’ennemi, ce qui provoque des incidents et pourrait amener des faits très regrettables.

Dans aucun cas et sous aucune forme, les particuliers ne doivent prendre de mesure d’exécution.

Ils doivent uniquement faire connaître à l’hôtel de ville les indications qu’ils pourraient posséder à ce sujet, afin que l’administration prenne, après examen, les sanctions nécessaires ; c’est le seul moyen de faire œuvre utile éventuellement.

La Goutte de lait

Les mamans qui craignent les meurtriers obus allemands dont la tragique pluie s’abat chaque jour sur la ville, sont informées qu’elles peuvent se rendre, sans encombrement, à la « Goutte de lait’; chaque matin, de très bonne heure, ou le soir, vers six heures, lorsque le tir vient de cesser.

Les mères de famille sont priées de rapporter les biberons et les paniers à chaque livraison.

On réclame du tabac

Nombre de nos lecteurs nous écrivent pour s’étonner que les communications étant normalement rétablies à l’heure actuelle, l’Administration ne se préoccupe pas de renouveler la provision de tabac, cigares et cigarettes des débitants et buralistes de la ville.

L’un de ces derniers nous affirme qu’il faut attendre pour cela le retour de M. l’entrepositaire. Nous le souhaitons, en ce cas, très prochain. »

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Gaston Dorigny

Dès cinq heures du matin, une furieuse canonnade recommence, les Allemands ont parait-il réussi à établir des tranchés vers la Husselle. De nouveau plusieurs obus sont lancés sur la ville. On est encore en proie à la frayeur, qu’allons nous encore avoir à souffrir aujourd’hui ?

Journée terrible, plus les jours se succèdent, plus le combat devient acharné. On se bat en désespérés de tous les points de la ville. La mitraille s’abat sur la ville presque toute la journée sans interruption. Les victimes ne se comptent plus. Les obus tombent dans la rue Lesage ou il y a des dégâts assez importants -chez nous il y a des vitres brisées- Rantz est blessé d’un éclat d’obus.

Nous retournons chez nous à huit heures du soir, la nuit est sinistre, après nous être approvisionnés nous retournons coucher chez mon père.

Vers une heure ½ du matin nos grosses pièces entrent en action, la journée semble devoir être décisive.

Gaston Dorigny

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Juliette Breyer

Jeudi 17 – Quelle journée ! C’est de pire en pire. Il n’y a pas de mots assez laids pour dénommer la barbarie de ces Prussiens. Qui nous aurait dit il y a deux mois que nous aurions à passer ces tristes choses. Ah mon Charles, vois tu, que tu ne saches pas ce qu’ils nous ont fait tant que la guerre ne sera pas finie.

D’abord ce matin, à quatre heures, réveil au son du canon, et tu sais, comme bombes, ils envoyaient quelque chose sur notre quartier. On boit du café chaud et on descend à la cave. Toute la journée cela tomba sans arrêt. Deux soldats qui viennent à la marchandise (car je n’ouvre plus qu’aux militaires) étaient en train de parler. Pan ! Il venait d’en tomber une sur le pas de la porte. Malgré que les volets étaient mis, les carreaux volent en éclat. Les cliches des portes sautent dans le milieu de la boutique. Cette fois-ci une deuxième … j’entends quelque chose tomber en haut, encore plus de bruit qu’à la première, et les soldats se fourrent sous le comptoir. Je redescends à la cave. André me réclame ; il a eu peur. Papa reste avec les soldats. Enfin comme cela n’arrête plus, ils descendent aussi à la cave. Comme ils sont attendus impatiemment à la caserne, ils se décident quand même à repartir.

Est-ce l’odeur du soufre, mais André dort toujours. Paulette aussi car elle est restée chez nous avec Charlotte. Pas une minute d’accalmie. Les 75 qui sont devant chez nous tirent jusqu’à 21 coups sans arrêt. Arrive 5 heures ; le lieutenant d’artillerie fait un tour dans le quartier et voyant de la lumière chez nous, il frappe. « Comment, dit-il, vous êtes encore là ? Il n’y a plus personne par ici, que vous. Il faut partir car le quartier a été repéré et il pourrait vous arriver malheur ».

Ou aller ? les rues sont barrées et en sortant dans la rue je me rends compte que nous ne pouvons rester. C’est un spectacle terrible. Les casernes des dragons sont en feu. L’usine Lelarge, la rue de Cernay, tout est rouge. Je vois aussi du côté de la rue Baron et je le fais voir à papa. Il me semble que boulevard Pommery un nouvel incendie s’est déclaré, mais on ne peut distinguer à quel endroit au juste ça brûle. Malgré cela, papa va jusqu’au bout du 16e et le soldat qui l’avait conduit la veille lui dit : « Rassurez-vous, ce n’est pas chez vous, c’est avant l’épicier ».

Nous soupons et nous prenons la décision de partir jusque chez maman. On y passera toujours la nuit ; on verra demain. Je prends avec moi mes affaires les plus chères et nous voilà partis. Arrivés aux dragons, comme c’était défendu de passer, il a fallu que nous attendions qu’il vienne un soldat avec nous, mais nous n’avions pas le droit de revenir sur nos pas. Le boulevard était dans un triste état. Une quantité d’arbres fauchés par les obus barraient la route. Les casernes en feu nous éclairaient.

Nous arrivons donc près des maisons et au fur et à mesure que nous approchons, mon cœur se resserre car j’ai peur de voir. Maman marche derrière nous et je voudrais qu’elle n’avance plus car ce que je vois me glace : la maison qui brûle, c’est la nôtre. J’entends déjà maman qui pleure Je me retourne, maman a vu. Elle chancelle. Charlotte la soutient, mais elle veut voir et ce qu’elle dit nous désole encore plus. « Ma pauvre maison ! Mes pauvres souvenirs qui me rappelaient toute ma vie ! Plus rien ! Je voudrais être morte ; je ne pourrai jamais supporter cela. C’est trop ».

Si tu voyais mon Charles. Tant que je vivrai, j’aurai toujours devant les yeux ce triste spectacle. Les volets sont brûlés, les fenêtres aussi. Les flammes sortent du haut, du bas, partout, un vrai brasier. On ne voit même plus trace de meubles. On aperçoit un trou là où était ma chambre de jeune fille, là où j’ai rêvé de toi. C’est là que l’on trouve bons les souvenirs et qu’ils vous font verser des larmes. La plus à plaindre est ma pauvre maman. Elle veut entrer dans le brasier voir si elle peut sauver quelque chose. Mais ces bandits savent bien ce qu’ils font avec leurs bombes incendiaires. Le feu ne peut s’éteindre et se communique partout en même temps. La maison de Mme Dumay est brûlée complètement aussi. Pour ma pauvre maman, n’avoir plus que ce qu’elle a sur le dos, c’est épouvantable.

Il est huit heures du soir, où aller ? On ne peut retourner en arrière. Partons chez Pommery. Là, accueillis et logés le mieux possible pour la nuit. Quelle triste journée et quelle triste nuit sans pouvoir fermer l’œil. Marguerite est courageuse car maman qui se désole aussi pour son trousseau et sa chambre lui dit : « Bah, je suis jeune, je travaillerai ; la vie est longue. Bah, prends courage, du moment que nos soldats reviennent, c’est le principal ».

Ah mon Charles, si  seulement j’avais une bonne lettre ; cela arrivera peut-être bientôt. En attendant je t’envoie tout mon cœur, tous mes baisers et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victime de bombardement ce jour :

  • POUSSEUR Arthur Marcel Félix   – 18 ans, 53 rue Simon, Garçon de salle – domicilié 8 rue Saint-Jean Césarée à Reims – Attribution Mort pour la France en date du 19/07/1916 – Victime de bombardement

Vendredi 17 septembre

Tirs efficaces de notre artillerie lourde en Belgique, dans le secteur de Nieuport.
Autour d’Arras (Roclincourt, Neuville), action énergique de nos batteries en riposte au bombardement ennemi.
Lutte de mines à Frise (Somme), canonnade autour de Roye et de Lassigny, et autour de Sapigneul, sur le canal de l’Aisne à la Marne, ainsi qu’au nord du camp de Châlons.
Bombardement réciproque entre Aisne et Argonne. Lutte de bombes et canonnade à Saint-Hubert et au bois Le Prêtre, où les Allemands usent surtout de leurs lance-mines.
En Lorraine (vallées de la Seille et de la Loutre), nous effectuons des tirs de destruction sur les retranchements allemands.
Les Italiens ont arrêté toute une série d’attaques autrichiennes dans le Trentin et en Carnie.
Les Russes, reculant pas à pas vers Wilna, ont poursuivi leurs avantages sur le secteur sud du front oriental, où le chiffre des prisonniers faits quotidiennement par eux demeure très élevé.
Les Anglais avouent la perte d’un sous-marin aux Dardanelles.
La Douma russe a été prorogée au mois de novembre.
Les ministres de la Quadruple Entente ont remis une nouvelle note à la Bulgarie, afin de déterminer son intervention aux côtés des Alliés.

 

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