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Vendredi 8 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 8 mars 1918                                                 

1274ème et 1272ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Beau temps, j’ai la tête absolument vide. Toujours des cauchemars la nuit. Peu de courrier ce matin. Ecrit à Bossu qui me demande des nouvelles de Reims, au Procureur de la République de Reims pour mes audiences de réquisitions militaires. Je lui envoie en même temps 2 fragments des vitraux de la Cathédrale de Reims recueillis par moi le 19 septembre 1914. Lettre de Lorin qui me demande ce que devient et va devenir Reims. Je lui ai répondu, et puis c’est tout. Avec ce peu j’ai la tête en marmelade et je suis rompu de fatigue, d’émotions et d’angoisses.

L’Echo de Paris parle avec insistance de l’offensive sur Reims. Il ne manquerait plus que cela. Alors ce serait la disparition de notre pauvre cité, que nous avons défendue et cherché à sauver et faire survivre de ses ruines depuis près de 43 mois !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit du 7 au 8 mars 1918 – Même genre de bombardement qu’au cours de la nuit précé­dente. Par séries de quinze à vingt, les obus s’abattent sur les bat­teries et dans le centre de la ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 8 – + 1°. Beau temps, soleil. Toute la nuit, notamment de 2 h. à 5 h., bombardement continu, intense, des batteries. Via crucis 7 h. 30 in Cathedrali. L’horloge intérieure de la Cathédrale, au transept, est démontée. On démonte la tuyauterie des deux Orgues. Visite au Bon Pasteur. Déménagement du mobilier. Les jours précédents de cette semaine déménagement chez nous des effets pour les pauvres, et des Archives. Vers 7 h. puis vers 9 h. bombardement violent des batteries (?) pas loin de nous ; reprise de 10 à 11 h. nuit. Me suis levé. Cette nuit, 8-9, deux obus au Bon Pasteur ; deux à l’Enfant-Jésus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 8 mars

Bombardement assez violent de la région de Reims et vers Prunay.
Nous avons arrêté des coups de main ennemis en Champagne, dans le secteur des Marquises, dans les Vosges et dans la région du Linge.
Au Violu, assez grande activité des deux artilleries.
Des avions allemands ont bombardé la région au nord de Nancy. Pas de victimes.
De notre côté, nous avons abattu quatre avions allemands.
Notre aviation de bombardement a lancé 12.000 kilos d’explosifs sur les gares et dépôts de munitions de la zone ennemie.
Sur le front britannique, une tentative de raid ennemi, effectuée à la faveur d’un violent barrage d’artillerie, à l’est d’Epehy, a complètement échoué. D’autres détachements, qui tentaient d’aborder nos lignes au sud-est du bois Grenier et à l’est de Poelcapelle ont été également repoussés.
Activité de l’artillerie allemande dans la vallée de la Scarpe, à l’ouest de Lens et à l’est d’Ypres et grande activité dans le secteur de Neuve-Chapelle.
Sur le front de Macédoine, actions d’artillerie sérieuses sur le front Doiran-Vardar, au nord de Lomnica et dans la boucle de la Cerna. Nous avons ramené, par coup de main, des prisonniers bulgares.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Prunay

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Mercredi 30 janvier 1918

Louis Guédet

Mercredi 30 janvier 1918

1237ème et 1235ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Il a gelé très fort mais temps magnifique. Hier soir bombardement de 7 à 9h vers le boulevard de la Paix. Rien de saillant ce matin, signature de deux actes, dont une procuration pour un gendarme accompagné de deux de ses collègues. Mais que ces gens-là sont méfiants, ils m’amusaient ! La peur de se compromettre, et surtout d’être trompé. On voit bien quel public ils fréquentent. Ces gendarmes-là se croient toujours être devant un malfaiteur !!

6h1/2 soir  Je viens de descendre au sous-sol, car cela tapait et les éclats venaient jusqu’à la maison. C’est plus sage et puis je ne suis plus aussi courageux, cela m’impressionne trop. Peu de courrier, lettre du Commandant de Vaucresson, mon cousin, 9ème Cuirassiers à pied, secteur 104 (Gaston Trutié de Vaucresson (1873-1931)), qui lui aussi croit que tout ce que disent les allemands est surtout du bluff. Il me félicitait de ma décoration. Lettre de ma chère Madeleine à qui je réponds par une lettre à Maurice. Elle souffre de douleurs rhumatismales la pauvre malheureuse. Quand donc serons nous réunis pour toujours. Bonnes nouvelles de Robert qui compte venir en permission en mars me dit-elle. Pas de nouvelles de Jean. Après mes lettres été voir M. Millet mon vieil expéditionnaire à qui j’apportais un peu d’ouvrage. Rentré ensuite en passant au service d’Évacuation pour faire partir mes 8 cartons de dossiers. Il tâchera de me les faire prendre avant le 6 février. Demain je verrai Houlon aussi pour cela. Voilà toute ma journée. Temps splendide, il fait réellement bon l’après-midi par ce beau soleil. Pourvu qu’ils nous laissent tranquilles la nuit. Je suis assez fatigué et puis ces bombardements rapprochés me dépriment toujours fortement, on n’est plus fort après 42 mois de cette vie de misère. Je me demande parfois comment on peut y résister et y survivre. Mon Dieu, quand donc cela sera-t-il fini… !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 janvier 1918 – Bombardement comme hier. Il commence plus tôt ; vers 17 h 1/4.

A partir de 20 h, nouvelle séance, ainsi que la veille ; on en­tend parfaitement les départs des pièces allemandes se succéder rapidement par trois et quatre et les explosions d’arrivées se suivre, naturellement, de même quelques instants après. Mélange d’obus à gaz.

Avis donné ce jour, par le journal L’Éclaireur :

La carte de pain.

Elle ne s’applique qu’aux grandes villes.

D’après les déclarations faites à la Chambre par M. Boret, ministre du Ravitaillement, la carte de pain fixée à 300 grammes, n’est actuellement obligatoire que pour les grandes villes ; des catégories seront du reste créées dans ces villes et les rapatriés des régions envahies seront assimilés aux classes la­borieuses.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 30 – -2°. Nuit assez bruyante, mais pas sur la ville. Avions : tir contre eux. Visite du Commandant de TEpinière qui apporte des vues photographiques, et en prend de la Cathédrale et de la maison. A partir de 4 h., bombardement violent, pas loin d’ici, sur batteries ? Éclats rue du Barbâtre, rue Gambetta. 1 obus au Bon Pasteur. Le bombardement continue jusqu’à 10 h. 1/2 soir. Je me décide à descendre à la cave pour pouvoir dormir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 30 janvier


Actions d’artillerie assez violentes dans la région du Four-de-Paris, ainsi qu’à l’Hartmannswillerkopf.
En Haute-Alsace, après une courte préparation d’artillerie, nos détachements ont pénétré profondément dans les organisations ennemies au sud-est de Seppois-le-Haut. Ils ont détruit de nombreux abris et ramené des prisonniers. Un avion allemand a été abattu. Nos escadrilles ont lancé 6000 kilos d’explosifs sur les gares de Conflans, les usines de la région de Saint-Prlvat et divers terrains d’aviation de la zone ennemie.
Sur le front britannique, un coup de main allemand a été repoussé vers Arleux-en-Gohelle. Grande activité de l’artillerie ennemie dans le secteur de Monchy-Le-Preux.
L’infanterie italienne a attaqué avec impétuosité les positions avancées de l’ennemi, à l’est de la conque d’Asiago et les a brisées en plusieurs points, en dépit de l’énergique résistance qu’elle a rencontrée. 1500 prisonniers, dont 62 officiers, ont été évacués a l’arrière. L’artillerie franco-britannique a coopéré à l’action. Dix avions ennemis ont été abattus.
Un raid de gothas a eu lieu sur Londres. L’un d’eux a été détruit. On compte 47 morts et 169 blessés.
La grève qui à éclaté à Berlin s’est étendue au bassin westphalo-rhénan. Le gouvernement a procédé à une répression.
Les maximalistes ont renversé la Rada ukrainienne de Kiev et enlevé Helsingfors, capitale de la Finlande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 17 janvier 1918

Louis Guédet

Jeudi 17 janvier 1918

1224ème et 1222ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Pluie, calme, trop calme !! hélas !! Hier soir contrat de Melle Dor avec Landragin, aviateur. Dîner du contrat très gai ! Rentré à 10h du soir avec Beauvais qui m’apprend confidentiellement qu’il est probable qu’après la Guerre il sera nommé Directeur de l’École des Arts et métiers de Châlons, ou a été mon grand-père, berceau des 3 Écoles d’Arts et Métiers de France. Il en est enchanté. Ce sera une perte pour Reims. Ce matin dérangé continuellement, fait mon courrier, mis au point mon contrat (N° d’État, Répertoire, minutes, enregistrement, etc…) je pars porter mon courrier à la Poste. Dondaine m’arrête, arrivant à mon appel télégraphique d’hier pour apposition des scellés chez Godbillon – Sarton rue Buirette, 28. Je l’invite à déjeuner. Je file à la messe de mariage Dor. Vu le Sous-préfet, Lenoir très cordial, etc… Nous déjeunons avec Dondaine, prudent Lutta vient m’annoncer que Pétain ordonnera l’évacuation de Reims le cas échéant !! Çà nous fait toujours froid ! Je ne pipe pas. Je file rue Buirette, fait ouvrir la porte de Godbillon par le serrurier légal et entre, je laisse Dondaine instrumenter.

Je cours à l’Hospice Noël – Caqué (il est 2h1/4) où le déjeuner des noces Dor a lieu, on est à la moitié du banquet ! On me place à côté de Lenoir, à qui je raconte ce que m’a dit Lutta. Il me le confirme tout en me disant que ce n’est pas…  immédiat, mais que cela peut-être. Nous nous donnons rendez-vous pour causer de tout cela au Palais Bourbon à la Questure le lundi 21 à 10h. Je quitte les banqueteurs à 4h, ayant un rendez-vous avec des soldats, qui se sont empressés de ne pas venir. Pas fâché, cela me permet de faire ma valise et de finir mon courrier en panne. Reçu lettre de ma chère Madeleine qui craint aussi une évacuation en cas d’avance des allemands vers Châlons. Je lui écrirai ou irai la voir au retour de Paris après que j’ai si ma conversation avec Lenoir m’y incite.

Mon Dieu, à la Grâce de Dieu.

Espérons qu’il nous évitera cette suprême et dernière épreuve de l’Évacuation, car adieu tout ce que l’on aura encore pu sauvegarder et pas pu sauver !! à Dieu vat !!

8h1/2 soir  Article très dur dans le Petit Rémois d’aujourd’hui 17, contre Fréville !! notre Receveur des Finances (rayé)!!

Extrait du Petit Rémois du jeudi 17 janvier 1918
Les réflexions d’un naïf. Une intolérable situation.
Texte du journal en pièce jointe

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 17 – + 3° ; à midi + 10°. Temps très doux, très humide. Visite au médecin Major de l’hospice de la Charité, parti d’hier ; à M. Biaise, au Bon Pasteur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 17 janvier

Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont attaqué nos positions du bois Le Chaume, sur un front de 200 mètres environ. L’attaque, brisée par nos feux, s’est dispersée. Quelques fractions ennemies, qui avaient réussi à prendre pied dans un élément avancé, en ont été rejetées aussitôt.
En Lorraine, nos troupes ont réussi une incursion dans les lignes ennemies de la région de Badonviller et ramené une quarantaine de prisonniers, dont un officier.
Canonnade assez vive en Alsace, entre la Thur et la Doller.
En Macédoine, actions d’artillerie assez vive de part et d’autre de la boucle de la Cerna. Patrouilles ennemies repoussées sur le front serbe.
Sur le front britannique, activité habituelle d’artillerie. La chute de neige a paralysé l’activité aérienne. Un appareil ennemi a été toutefois abattu.
En Palestine, l’aviation britannique a exécuté des raids réussi sur l’aérodrome ennemi de Jenin, au sud de Haïfa. Activité de patrouilles dans le secteur de Jérusalem.
Le bombardement que les Allemands ont fait du port de Yarmouth a coûté la vie à quatre personnes.
Lenine a lancé un ultimatum à la Roumanie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

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Mardi 30 octobre 1917

Rue Buirette

Louis Guédet

30 octobre 1917

…Je le cloue en lui disant : « si vous êtes ici dans le foin avoir si si cée moi je viens de Reims qui est sans doute dans votre esprit la zone de l’arrière !!! » (Quelle brute !!) Donc je passe… !… Pandore dit avoir pris racine à l’entrée de Romigny tandis que je continue tranquillement ma route. J’arrive à Olizy (3h de voiture) vers 10h. Je trouve mon monde ou je noue connaissance avec les maîtres de céans. On signe le partage et l’on cause des événements. La mère d’un des héritiers Hédouin est une évacuée de Brimont qui a failli être fusillée le 17 septembre avec sa belle-fille parce qu’elle courait dans les rues de Brimont pour se sauver des bombes et de l’incendie ! Après explication on l’expédia à Chaumont-Porcien avec sa bru et son petit-fils, chez les parents de cette dernière. Celle-ci est encore là-bas avec son enfant, sans nouvelles de son mari qui est mobilisé… Cette vieille dame me disait que ce dont elle avait le plus souffert c’était du manque de nouvelles de France. Elle me confirme tout ce qu’on dit sur la méchanceté, la brutalité, la fourberie, le plaisir de torturer moralement des allemands.

Déjeuner ensuite. Déjeuner plantureux de campagne. Pâté de lapin, pigeons aux petits pois, salade et dessert. Tout cela délicieux. Ces braves gens ne se doutent pas du plaisir qu’ils m’ont fait, et aussi du bonheur qu’ils ont d’être à l’abri du danger. Je les quitte à 2h et reprend la route de Reims. A Romigny Pandore avait disparu, il était déraciné, le Pôvre !! Le long de la route est un vaste camp bondé de troupes. J’arrive à Reims à 5h1/4. Ces 6 heures de voiture m’ont fatigué. Roland mon cocher me demande 40 F pour ce voyage. J’avais un coupé 2 chevaux et n’ai pas eu froid, quoique le matin il ait givré et la bise d’Est était piquante.

En rentrant je trouve peu de courrier, je le règle en quelques instants. La pluie tombe en ce moment assez fortement. Le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 octobre 1917 – Après une courte période de calme, pour le centre, des sif­flements inattendus se font entendre ce soir, à 21 h, tandis que je commençais à m’endormir.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – + 1°. Nuit tranquille. Canon français vers 4 h. Beau temps, sans nuages. Visite au Bon-Pasteur, à l’Enfant-Jésus. Bombes vers 9 h. soir ; à 7 h. pluie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 30 octobre

Au sud-est de Saint-Quentin, nous avons réussi un coup de main qui nous a permis de ramener des prisonniers et une mitrailleuse. Sur le front de l’Aisne, la lutte d’artillerie se poursuit assez vive dans le secteur, au nord de Vaudesson et vers Hurtebise. Nos détachements ont pénétré dans les tranchées allemandes en Argonne et sur la rive gauche de la Meuse et ramené une dizaine de prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, l’artillerie ennemie a bombardé violemment nos positions sur le front bois Le Chaume-Bezonvaux. Une attaque s’en est suivie. L’ennemi, refoulé par nos feux, n’a pu aborder nos lignes qu’en un seul point, au nord du bois des Caurières, où il a pris pied sur un espace de 500 mètres environ dans nos éléments avancés. Une contre-attaque immédiate de nos troupes nous a rendu la plus grande partie du terrain occupé et nous a permis de faire des prisonniers.
En forêt d’Apremont, une tentative de l’ennemi sur un de nos petits postes, n’a donné aucun résultat.
En Macédoine, activité moyenne de l’artillerie ennemie sur l’ensemble du front, plus vive au nord-ouest de Monastir. Rencontres de patrouilles sur la basse Strouma.
En Estonie, les Allemands ont évacué la presqu’î1e de Werder.
Les troupes italiennes se replient en arrière de Goritzia et de Cividale, selon le plan de l’état-major du général Cadorna.
Guillaume II a offert la succession de Michaelis au comte Hertling.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Rue Buirette

Rue Buirette

 

 

 

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Lundi 2 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 2 avril 1917  Rameaux

933ème et 931ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps nuageux, froid glacial avec vent en tempête. On ne cesse de bombarder, on en a les nerfs cassés, brisés. Départs et fuites sans nombre. Ce matin je devais partir voir mon cher enfant Robert à Nanteuil-la-Fosse où il est cantonné (?) A 5h1/2 la voiture devait venir me prendre, mais point de voiture. Impossible d’en trouver une autre. Il m’a fallu abandonner mon projet, cela m’a fait gros cœur. Annihilé toute la matinée, écrit à Robert pour lui dire ma déconvenue au pauvre petit, à Madeleine pour lui dire la même chose. Je demande à tout hasard à ce pauvre enfant qu’il m’écrive s’il espère être encore là à la fin de la semaine, mais j’ai peu d’espoir.

Été à la ville à 2h1/2 prendre les dossiers des allocations en appel. 14 affaires seulement que je viens de voir et mettre au point. Je convoque pour le mercredi 25 avril 1917 à 2h au Palais de Justice. Rencontré là Chézel, Houlon, Charles Heidsieck, Beauvais. Il y avait conseil municipal. Entré voir le Maire pour lui faire mes condoléances et lui dire toutes mes sympathies à l’occasion de la mort de son gendre le Capitaine Morlière. Il parait fort affecté. Il commençait à me demander quelques renseignements pratiques sur la réunion du conseil de famille de l’enfant, un petit-fils (Jacques Morlière (1915-1946)), quand est survenu M. Godart, sous-secrétaire d’État (Justin Godart, Sous-secrétaire d’État chargé du Service de santé militaire, fondateur de la Ligue contre le cancer en 1918 (1871-1956)), qui venait pour s’occuper de l’évacuation des femmes et des enfants dont la présence est inutile ici, et dont les vies peuvent être en danger, surtout celles dont les habitations sont proches de nos batteries. Je me suis retiré et je me propose d’aller voir le Dr Langlet demain matin pour reprendre notre entretien. Vu Lelarge très affecté, aux larmes presque, à cause des dégâts faits ce matin par le bombardement acharné et systématique fait sur son usine du boulevard Saint-Marceaux, 300 obus ce matin. Il parait que c’est épouvantable ! Il y a encore eu des victimes ce matin vers la place St Thimothée, entre autres M. Lartilleux, pharmacien, légèrement blessé heureusement.

Le bombardement n’a pas cessé depuis ce matin, on est anéanti. Cela tape un peu partout sur les faubourgs, par séries…  Quand cela finira-t-il ? Tout le monde en a assez. Le Pasteur Protestant M…… (non cité) que j’ai vu tout à l’heure va également partir après avoir fait partir tous ses fidèles, et combien encore !! comme cela. Il est temps que cela cesse.

J’ai froid, je souffre. C’est une vraie agonie.

6h25 soir  En ce moment c’est une vraie tempête de vent et de pluie glaciale, on ne s’entend pas.

8h soir  Vers 7h le lieutenant de vaisseau Robert de Voguë est venu avec ses 2 témoins pour me signer sa procuration pour recueillir la succession de son Père, Melchior, marquis de Voguë. Tout en causant, je prends les noms des témoins : Charles d’Hespel (terminera comme Capitaine de Frégate (1894-1955)), enseigne de vaisseau, qui a été camarade de collège à l’École des Postes de Versailles de Jean, dont il se souvenait très bien. M. de Voguë me quitta en me disant : « Voilà ma première signature donnée sous les bombes devant notaire !… » Je lui ai répondu que cela lui porterait bonheur ! Charmant homme, très distingué. En ce moment, le silence. Quel calme après cette tempête de mitraille depuis 48 heures ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquille cette nuit. Je ne suis pas gourmand, je leur demande une nuit tranquille sur 3. Je vais me coucher. Je suis éreinté.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 avril 1917 – Journée terrible encore, dans la matinée principalement pour le boulevard de Saint-Marceaux et son voisinage, et dans l’après- midi pour toute la ville.

2 300 obus environ aujourd’hui. Riposte faible de notre ar­tillerie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 2 – + 1°. Nuit plus tranquille, couché à la cave. A 9 h. matin, visite rue du Jard, de Venise, Gambetta, Bon Pasteur. Bombardement. Bom­bardement violent : 6 tués, et 17 blessés ; (six tués au moins, dont 4 vus par le Docteur Simon ; et 2 avenue de Laon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 2 avril

Sur la Somme et sur l’Oise, actions d’artillerie intermittentes; fusillades assez vives aux avant-postes. Nous avons dispersé des patrouilles ennemies et fait quelques prisonniers.

Au sud de l’Ailette, au cours d’une action offensive vivement menée, nos troupes ont enlevé depuis l’Ailette jusqu’à la route de Laon p1usieurs systèmes de tranchées et des points d’appui organisés à l’est de Neuville-sur-Margival. L’ennemi, qui a fait une défense énergique, a été rejeté avec des pertes sérieuses jusqu’aux abords de Vauxaillon et de Laffaux. 108 prisonniers dont 2 officiers et 4 mitrailleuses sont restés entre nos mains.

En Champagne, grande activité des deux artilleries à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont pris sous leurs feux des contingents ennemis aperçus en marche dans cette région.

Sur tout le front belge, violente lutte d’artillerie, spécialement dans la région de Dixmude. Lutte de bombes et de grenades vers Steenstraete.

Les Anglais ont pris Epéhy et deux autres localités et effectué plusieurs raids heureux sur les tranchées allemandes.

En Macédoine, l’ennemi a bombardé nos positions du Vardar et tiré une quarantaine d’obus sur Monastir.

La riposte vigoureuse de notre artillerie lourde contre les batteries adverses a provoqué une explosion dans le secteur de la Cerna. Une attaque autrichienne a été repoussée par les Ita1iens près de Gorizia.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 26 octobre 1916

Louis Guédet

Jeudi 26 octobre 1916

775ème et 773ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Assez beau temps, brumeux, pluie, nuages, se refroidissant fin d’après-midi. Le calme auprès d’hier. Beaucoup de victimes hier, et aussi des soldats, une douzaine. Il y a eu des bombes un peu partout.

Après-midi à 2h Réquisitions militaires, quitté à 5h, vu le Procureur M. Mathieu qui s’amuse toujours de mon affaire, et pour lui si les militaires disent vouloir se reporter sur Helluy, c’est tout simplement pour couvrir leur…  retraite…  J’ai prévenu ce dernier de ce qui le menaçait, et lui ai conseillé de se retrancher derrière la censure qui a laissé les mots qui ont choqué, blessé les nobles galonnards. Et même s’ils insistaient, de bien leur dire qu’ils font du chantage, et qu’ayant laissé les mots « qui les y incite », ils ont voulu avoir l’occasion de l’ennuyer. M. Mathieu approuve ma théorie. Landréat, mon greffier, et Croquet mon greffier militaire se tordaient en me racontant tout à l’heure que l’illustre Colonel Colas, commandant de la Place, avait hier demandé l’hospitalité chez Faupin, 59, boulevard de la République où ils travaillent, et qu’il les a forcés à descendre à la cave !!!… Et voilà un homme qu’on a décoré de la Croix de Guerre…  gagnée dans la cave !!!  Croquet m’a dit qu’il l’avait envoyé promener. Mais le Colas est descendu se mettre à l’abri dans la susdite cave !!

Au sujet du procès des pains de fantaisie Émile Charbonneaux en a causé au Colonel Colas et au Général Lanquetot, ceux-ci déclarèrent qu’ils ne savaient ce que cela voulait dire !! Charbonneaux insistant sur ce que le procès était fait par 2 gendarmes. Nous n’avons donné aucun ordre, déclaraient-ils !! Alors ?… Ils n’ont même pas de courage de leur opinion ! Quels pleutres !!… En tout cas me voilà sur du velours, et je les ai bridés, murés !!…  Toisés !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 26 – Toute la nuit, de quart d’heure en quart d’heure, coups de gros canons français. Pas de riposte allemande. Visite au Bon Pasteur, à l’Enfant-Jésus, à l’Espérance et rue du Barbâtre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 26 octobre

Au nord de Verdun, les Allemands ont lancé deux contre-attaques sur les ailes de notre nouveau front. L’une, dirigée sur les carrières d’Haudromont, a été repoussée. L’autre, prononcée contre la batterie de Damloup, a totalement échoué. Le terrain conquis par nous a été maintenu intégralement. Le commandant du fort de Douaumont a été capturé dans les souterrains.
Nous avons progressé à l’est du bois Fumin et au nord du Chenois. Le chiffre de nos prisonniers est passé à 4500.
Onze avions de bombardement anglais, accompagnés de cinq avions de protection, ont bombardé les haut fourneaux d’Hagondange sur lesquels ils ont jeté 1300 kilos de projectiles. Plusieurs incendies se sont produits.
Sur le front britannique, l’artillerie ennemie a montré de l’activité vers le Sars et Eaucourt-l’Abbaye.
Les Russo-Roumains, en Dobroudja, se sont repliés au nord de Czernavoda. En Valachie, ils ont gagné du terrain dans certains cols des Carpathes, mais ils ont reculé à la passe de Vulkan, entre la vallée du Maros et Craïova.
Les Allemands provoquent une irritation croissante en Norvège par leurs torpillages systématiques de navires scandinaves.
En Albanie, la cavalerie de l’armée de Salonique est entrée en contact avec la cavalerie Italienne d’Albanie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 30 août 1916

Louis Guédet

Mercredi 30 août 1916

718ème et 716ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Tempête de vent et de pluie toute cette nuit dernière et cette journée, cela devient fatiguant même, par contre pas un coup de canon, à moins qu’on ne l’entende pas, le vent venant de ouest à est ! Travaillé toute ma matinée à mon rapport au Procureur de la République au sujet de nos greffiers, et remisé celui-ci au Parquet. Été à la Ville, et rentré chez moi. Voilà toute ma journée, triste et sombre. Je suis d’une tristesse, d’une désolation. Non, s’il faut passer encore un hiver je mourrai…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 30 – Nuit tranquille. Pluie continuelle. Journée tranquille. Écrit à Meaux (pour fête du 8 septembre). Visite au Bon Pasteur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 30 août

Le mauvais temps gêne les opérations sur notre front.
Sur le front britannique, on ne signale qu’une action d’infanterie au cours de laquelle un détachement ennemi s’est approché des tranchées de nos alliés, près du moulin de Pozières et en a été aussitôt rejeté.
Les Allemands ont bombardé violemment le bois Delville, les abords du moulin de Pozières, les bois d’Authuille et de Thiepval. Activité d’artillerie de part et d’autre près de la redoute de Hohenzollern en face de Guinchy et de Givenchy et dans le saillant d’Ypres.
En Orient, activité d’artillerie dans la région du lac Doiran et sur les rives du Vardar, où nous avons détruit le parc d’aviation d’Argenci. Nous progressons vers Lomnica, tandis que l’armée serbe continuait son avance sur Vetrenik.
Le maréchal von Hindenburg est nommé chef de l’état-major général allemand en remplacement du général von Falkenhayn.
La Turquie a déclaré la guerre à la Roumanie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Lundi 27 mars 1916

Rue de Venise

Louis Guédet

Lundi 27 mars 1916

562ème et 560ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit de bataille. J’ai cependant dormi. Vent, temps nuageux et froid. Vers 9h des bombes dans les environs, comme mon vieil expéditionnaire M. Millet arrivait. Le temps de descendre quelques papiers et à la…  cave…  Les ouvriers qui refont le mur du jardin sur la rue descendent aussi avec Jacques. Lise est allée faire son marché. Cela m’inquiète, mais dix minutes après voilà Kiki, son toutou qui arrive tout essoufflé, (il n’aime pas cette musique là le brave Kiki, il est toujours descendu le 1er et Lise derrière lui.

Elle nous dit qu’il est tombé des obus au bas de la rue du Jard. Peu après Jacques nous dit que les Déchets, rue du Jard et rue Petit-Roland (rue Paul-Adam depuis 1924), brûlent. La maison au coin de la rue de Venise et de la rue des Capucins, en face de la Chapelle du collège des enfants St Joseph est effondrée par une bombe. Nous esquissons une tentative de remontée au jour vers 10h, mais il faut immédiatement redescendre. Cela tombe dru, de plus on se bat devant Reims. Bref nous remontons définitivement à 11h et je tâche de travailler, je n’y ai guère le cœur ni mon brave papa Millet ! Quelle triste vie. Cet après-dîner je tâcherai de savoir par Jacques ce qu’il y a comme dégâts et malheureusement de victimes, car il doit y en avoir après un arrosage pareil ! J’écris quelques mots à ma chère femme pour la tranquilliser, car le journal « Le Courrier de la Champagne » qu’elle reçoit annonçant chaque fois les bombardements sans indiquer où…  si elle n’avait pas de lettre de moi le lendemain elle s’inquiéterait. Elle a déjà bien assez de tourments, de soucis, de souffrances. Je m’attriste de plus en plus, est-ce mon excès de goutte qui m’affaiblit, mais si je m’écoutais je pleurerais à chaque instant. Je suis à bout de courage, mais…  je dois rester !

6h3/4 soir  Adèle est rentrée et me demande de rester, elle me dit qu’elle a trouvé à caser ses neveux et que du reste son beau-frère ne veut pas qu’elle nous quitte. Elle reste donc. J’aime tout autant cela. Nous sommes habitués à elle, c’est tout dire. Calme cet après-midi. On dit que les vieillards infirmes des Hospices de la Ville viennent d’être évacués. On dit que ce sera aussi notre tour, on dit…  on dit bien des choses…  mais la situation n’en n’est pas moins pénible. Pourvu que tous ces on-dit soient des racontars et que lors de l’avance générale, nous n’ayons pas trop à souffrir et que nous soyons toujours restés là. C’est mon plus grand désir. Car ce serait bien dur de partir après être resté là à souffrir pendant 19 longs mois, pour laisser tout à l’abandon, livré au pillage de nos troupes qui ne s’en font pas faute ! C’est même honteux ! J’espère bien que cette nouvelle épreuve ne me sera pas imposée.

Je viens d’écrire quelques lignes à ce pauvre M. de Granrut qui m’a annoncé par une carte la mort de son fils Louis ce matin. Je comprends bien sa grande douleur. Quel coup pour eux.

Tout cela est loin de me donner des idées gaies et m’attriste énormément. Il est temps que nous soyons délivrés, car je crois vraiment que je tomberai et succomberai. C’est trop souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 mars 1916 – Un bombardement serré, sur la ville, commence subitement à 9 heures. A ce moment, je suis au bureau ; les collègues arrivent et nous nous demandons ce que cela signifie, — à propos de quoi Reims doit encaisser aujourd’hui.

Les Boches veulent-ils souligner la réunion de la Conférence des Alliés, à Paris ? Ou bien la reprise d’un petit bois vers Berry-au-Bac, dont on a entendu parler hier, leur est-elle trop sensible ? Un incendie considérable se déclare tout de suite à la Société des déchets ; un homme y est carbonisé. Jusque vers 10 h 1/2, trois cents obus environ, tombent sur les quartiers de la rue du Jard, la rue de Venise, le bas de la rue de Vesle, Dieu-Lumière, etc.

ll y a cinq tués et neuf à dix blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
(NB : Le « petit bois près de Berry-au-Bac » dont parle Paul Hess, c’est le « Bois des Buttes » près de La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert, où fut blessé Guillaume Apollinaire le 17 mars 1916.)

Rue de Venise

Rue de Venise


 Cardinal Luçon

Lundi 27 – Nuit tranquille pour la ville. Coups de canons ou de fusils au loin. + 4. Vers 9 h. violent bombardement sur nos batteries ; bombardement sur la ville. Incendie des Déchets. Deux soldats tués à Dieu-Lumière. Un ouvrier brûlé aux Déchets. 7 civils tués. Visite aux Déchets à M. Renard ; au Bon Pasteur, Petites Sœurs de l’Assomption.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 27 Mars 1916 – Quelle matinée ! A 8 heures et demie les boches ont commencé à bombarder et jusqu’à 11 heures et demie sans arrêt. Leur but, c’était le quartier Dieu Lumière. C’est vrai que les canons de la Berthe nous causent des ennuis. Je suis allée au lait à 11 heures et demie. La route était sillonnée d’éclats, j’ai vu du sang et j’ai appris qu’il y avait eu beaucoup de victimes. Je ne suis plus si crâne. Je t’assure que cela m’impressionne ; plus ça vient et plus les nerfs sont faibles.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Alfred Wolff

Dès 8h50, bombardement, toujours les mêmes endroits, rue de Strasbourg, Thionville, Gobelins, Grandval, CxStMarc, Bd Carteret, une blessée Ve Lemel 72 ans, au loin des obus tombent un incendie éclate aux déchets. Les soldats abondent dans la ville. Il fait beau, pas d’aéros. A 10h45 petit carillon. Nos gros pères donnent d’une minute à l’autre. Au Linguet 40 mitrailleuses attendent les Boches. Visite du Caporal mitrailleur Hobary Louis de Bazeilles (cultivateur).

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Lundi 27 mars

En Argonne, concentration de feux sur les nœuds de communication en arrière du front ennemi. Nous bombardons des convois de ravitaillement au nord d’Apremont. A l’ouest de la Meuse, bombardement entre le bois de Malancourt et nos positions de seconde ligne. Pas d’action d’infanterie. A l’est de la Meuse et en Woëvre, canonnade intermittente. Activité de notre artillerie sur tout l’ensemble du front, notamment dans la région de Grimaucourt, où notre tir a provoqué plusieurs explosions et dans la région de Harville, où nous avons dispersé un important convoi. A l’ouest de Pont-à-Mousson, notre canonnade a déterminé l’explosion d’un dépôt de grenades. Nos pièces a longue portée bombardent la gare de Vigneulles-les-Hattonchâtel. Activité de notre artillerie dans les Vosges (vallée de la Fecht). Un de nos pilotes a abattu un avion allemand dans la région de Douaumont. Le gouvernement américain a prescrit une enquête minutieuse sur les derniers torpillages et en particulier sur celui du Sussex, qui a fait plus de victimes qu’on ne l’avait cru d’abord: 97. Les Bulgares et les Allemands ont pénétré sur le territoire hellénique. La crise social-démocrate s’accentue encore en Allemagne : 14 députés de la majorité ont quitté la salle des séances du Reichstag pour ne pas voter le budget. La conférence des Alliés s’est réunie au quai d’Orsay sous la présidence de M. Aristide Briand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 22 novembre 1915

Cirque Palace, Dijon

Louis Guédet

Lundi 22 novembre 1915

436ème et 434ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Journée splendide. Gelée avec soleil resplendissant. Canon, fusillade, avions. Journée triste, fort triste pour moi, c’est l’anniversaire de la mort de mon cher ami Maurice Mareschal, mon seul ami, un ami que l’on ne se refait pas, qu’on ne retrouve jamais. Ce matin messe à 8h à la chapelle de la rue du Couchant pour lui. Une 30aine (trentaine) de personnes. Lelarge, Farré, Lutta, Villain, employés, Bataille père, Camuset, Gilbrin, Houlon, Abelé, Arnould greffe de commerce, Helluy du Courrier de la Champagne, etc…  appris la nomination de M. le Curé de la Cathédrale l’abbé Landrieux comme évêque de Dijon, le siège de Richelieu. Qui allons-nous avoir comme curé de la Cathédrale, qui a besoin d’un homme hors-pair pour la relever de ses ruines !! Travaillé beaucoup. Causé 2h avec le Procureur de la République, toujours charmant avec moi. Voilà ma journée, fort triste pour moi, quoique resplendissante de lumière et de soleil. Été au cimetière prier sur sa tombe. Le canon tonnait, tonnait « aux Champs » comme quand on le déposait là il y a 1 an. Il y aura 1 an dans 1h d’ici à 8h45 que j’entendis le formidable coup de l’obus éclatant qui le tuera…  Et nous sommes encore là, souffrants, angoissés…  tristes à en mourir…  Y survivrai-je ? Et les miens, mes aimés ???!!! Oh ! c’est trop souffrir !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Le Courrier publie aujourd’hui cette nouvelle :

M. l’abbé Landrieux est nommé évêque de Dijon.

Un communiqué de l’agence Havas, en date du 20 novembre, annonce la nomination à l’évêché de Dijon de M. l’abbé Landrieux, vicaire général, archiprêtre de la cathé­drale de Reims. …

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 22 – Nuit tranquille à partir de 11 h ; mais au loin canonnade sourde et continue à l’Est jusqu’à 6 h. du matin. A 9 h., la canonnade re­commence au loin vers l’Est. Visite à la Supérieure du Bon-Pasteur, qui part de Reims demain. Reçu la visite du Colonel du 40e régiment (1) qui m’in­vite à aller dire la messe à ses soldats, caves Mumm, accepté.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 40e RI était en 1914 le régiment de Nîmes.

Lundi 22 novembre

Vives actions d’artillerie en Artois, autour de Loos et d’Hulluch, ainsi qu’au nord de la Somme et au nord de l’Aisne. Notre tir a vivement endommagé les ouvrages ennemis à Armancourt, Dancourt, Tilloloy, ainsi que près de Soissons.
Nous avons fait exploser avec succès deux fourneaux de mines à Bolante, en Argonne. Violente canonnade à Vauquois.
Un fourneau de mines a fait explosion sur les Hauts-de-Meuse, au bois des Chevaliers. Aucun dégât n’a été causé dans nos lignes.
Sur le front belge, les abords de Dixmude ont été bombardés. Les aviateurs belges ont bombardé les cantonnements d’Essen.
Le calme a régné sur le front français d’Orient. Toutes les attaques des Bulgares à Kosturino ont été repoussées avec des pertes très sensibles pour nos adversaires.
Les débarquements se poursuivent régulièrement à Salonique.
La légation de Grèce à Athènes a adressé à la presse un communiqué pour dire que les ports hellènes ne recevraient plus de marchandises tant que M. Skouloudis n’aurait pas précisé son att
itude.
Lord Kitchener a conféré à Salonique avec le général Sarrail.
Le ministre de la Justice italien, M. Orlando, a parlé à Palerme devant 50000 personnes. Il a déclaré que son pays ne ferait pas de paix séparée et laissé prévoir l’intervention dans les Balkans.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 31 août 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, journée item. Visite de M. le curé de Villers-Marmery (M. Masson) qui desservait l’ambulance établie dans son village. Visite au Bon-Pasteur. Reçu envoi de vêtements de la part de M. Hannoteaux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 31 août

Combats d’artillerie en Artois et dans la région de Quennevières, où nous avons bouleversé des tranchées et atteint des cantonnements allemands.
En Argonne, lutte d’artillerie, explosions de mines, combats de bombes et de grenades. Nous endommageons les tranchées ennemies à Courtes-Chausses, aux Meurissons et à Bolantes. Sur plusieurs points nos batteries ont eu le dessus.
Canonnade en Lorraine (Molicel, Besanges, Chazelles) et dans les Vosges (Linge, Rabodeau, Lannois).
Les Russes se sont retirés à l’ouest de Friedrichstadt; ils ont livré de violents combats sur la rive droite de la Wilia et entre cette rivière et le Niémen. Ils ont opéré un changement de front en Galicie pour éviter d’être tournés. Ce déplacement s’est accompli sous le couvert de combats au nord-ouest de Loutsk.
Près de Vlodava, un aéroplane russe a abattu un zeppelin et en a mis deux autres en fuite.
Les Italiens ont fait des progrès, après une lutte acharnée sur le mont Rombon, une des positions dominantes du Haut Isonzo. Leurs avions ont à nouveau bombardé l’aérodrome d’Aisovizza.
Les Allemands appellent les hommes de quarante-cinq à cinquante-quatre ans et les Autrichiens les jeunes gens de dix-huit
ans.

Source : La guerre au jour le jour

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Mardi 20 juillet 1915

Paul Hess

A 11 heures, un violent bombardement commence, alors que nous sommes à travailler tranquillement, au bureau. Personnellement, je suis occupé, à ce moment, avec trois ou quatre boulangers et commerçants qui m’entourent, attendant des bons de livraison de farine, essence, etc.

Au premier sifflement, en succèdent d’autres très rapprochés et avant qu’il m’ait été possible d’établir les pièces pur tout ce qui m’a été demandé, un shrapnell de 105 vient éclater sur la partie du bâtiment de l’hôtel de ville, rue de la Grosse-Écritoire, au 1er étage.

L’explosion nous a fait quitter le bureau ; le personnel des différents services s’était déjà répandu, partie dans les couloirs, partie dans les sous-sols – et le tir continue, venant de plusieurs côtés. il est très serré jusqu’à midi. Trois cent cinquante à quatre cents projectiles sont ainsi envoyés sur la ville, ajoutant de nouveaux dégâts considérables dans le quartier de la cathédrale, touchée elle-même encore plusieurs fois, le Barbâtre, la rue de Vesle, la place d’Erlon, la rue des Moulins, la rue Petit-Roland, etc.

On signale neuf tués et une vingtaine de blessés.

A midi dix, le calme paraissant revenu, M. Vigogne et moi pouvons quitter la mairie pour aller déjeuner.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Rue de la Grosse Ecritoire – Photographie : Gallica-BNF fond Valois


Cardinal Luçon

Mardi 20 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canon contre les avions allemands. Vers 4 h 1/2 à 5h du soir. De 11 heures à midi, Conseil. Bombardement terrible : n tué, trois blessés mortellement à Saint-Marcoul ; A « L’Homme d’Osier », 2 jeunes filles tuées, une coupée en deux ; 30 blessés.

Visite au Bon-Pasteur : 1 bombe dans la salle de bains. A la Visitation, 4 bombes.

A la Cathédrale, la fenêtre de la Chapelle Saint-Joseph perd son meneau, un obus frappe et meurtrit un contrefort.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 20 juillet

L’ennemi bombarde, en Belgique, nos tranchées de Saint-Georges, ainsi que le village et l’église de Boesinghe.
En Artois, attaque d’infanterie repoussée sur un front de 1200 mètres, près de Souchez.
En Argonne, à Saint-Hubert, une offensive allemande est rejetée.
Sur les Hauts-de-Meuse, près de Sonvaux, deux offensives ennemies ont été brisées; une série d’attaques secondaires sont enrayées avec de fortes pertes pour nos adversaires.
Combats d’avant-postes, en Lorraine, près de Manhoué, sur la Seille, et près de Parroy.
La lutte a atteint à son maximum d’acuité sur le front oriental. L’ennemi a remporté quelques avantages sur la Wieprz et dans la région de Prasnych, mais partout ailleurs il a été battu et a laissé de nombreux morts sur le terrain. Les Russes ont fait 500 prisonniers en Courlande, près de Chavli, et plus de 2000 sur le Dniester, où ils ont aussi capturé des mitrailleuses.
La flotte italienne a bombardé les forts de Cattaro qu’elle a endommagés. Au retour, le croiseur Guiseppe Garibaldi a été torpillé par un sous-marin autrichien. L’armée italienne a remporté une victoire sur le plateau de Carso, près de Gorizia, et fait 2000 prisonn
iers.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 10 avril 1915

rue de l'Avant-garde

Louis Guédet

Samedi 10 avril 1915 

210ème et 208ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Couché à la cave. Journée triste, pluie en ondée. Assisté aux obsèques de ce malheureux Henri Martinet, prières à l’église St Jacques à 11h, et de là été au Cimetière de l’Ouest où il a été inhumé provisoirement, dans le Canton 31, au pied du poteau portant ce numéro (côté face), 5ème tombe. Je ne suis rentré qu’à midi 3/4. Reçu visite de Gillart architecte, venu de la part de Bouchette pour me communiquer une lettre de Madame Arnould ma propriétaire qui se refuse à me couvrir, par ces pluies battantes et qui parait très surprise que je fasse des réserves sur les dégâts que les pluies continuelles pourraient faire à mon pauvre mobilier, elle prétend que je suis sans doute déprimé pour faire de semblables réserves (révisions je dirais) !! Bouchette architecte et Gillart sont en dessous de tout en la circonstance. C’est la continuation de ma chance.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Samedi 10 avril 1915

On reparle de la séance furieuse de bombardement qui a duré toute la nuit du 8 au 9. Il y a naturellement de nouvelles victimes, puisqu’en différents endroits, les 210 ont crevé même les caves des maisons atteintes, mais les journaux sont encore plus discrets qu’à l’ordinaire – ce qui n’est pas peu dire :

Voici tout ce que peut probablement annoncer Le Courrier de Champagne aujourd’hui :

Le bombardement (207e jour de siège)

Dans la nuit du 8 au 9, de 21 h à 2 h, bombardement intense par obus en acier de très gros calibres.

A diverses reprises, on a constaté que chaque bombardement sérieux de Reims correspondait à un échec sanglant des Allemands. Cette fois encore, acceptons-en l’augure. Que cette pensée soutienne nos courages ; disons-nous que chaque meurtrissure infligée à notre ville nous rapproche de la délivrance finale de la Patrie !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi10 – Nuit silencieuse pour la ville. J’ai couché à la cave, l’antichambre étant sans clôture.

Visite au Bon-Pasteur, à la Visitation, qui ont été atteints par les obus.
Vu une bombe de 220 (1) tombée au « Lion d’Or » sans éclater.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Il s’agit d’un obus d’un obusier de 210 mm, d’une masse de 12 kg. (Note du Colonel Marc Neuville)


rue de l'Avant-garde

Samedi 10 avril

Les troupes britanniques ont repoussé une attaque entre Kemmel et Wulverghem, près d’Ypres. Entre Meuse et Moselle, brillantes actions françaises. La position des Eparges, qui domine la Woëvre, est toute entière entre nos mains, toutes les contre-attaques ennemies ayant échoué. Les derniers îlots occupés par les Allemands ont été enlevés et nous avons fait 150 prisonniers.
Nous avons repoussé trois attaques au bois d’Ailly ; quinze attaques au bois Mortmare, où les pertes allemandes sont énormes. En Champagne, combat assez vif près de Beauséjour, où les pertes allemandes ont été sensibles aussi et d’où nous avons complètement refoulé nos adversaires. Nous avons fait encore 150 prisonniers à l’Hartmannswillerkopf.
Les troupes russes ont franchi la crête des Carpates, qu’elles tiennent sur une longueur de 100 kilomètres. Elles ont capturé 1200 Allemands et Autrichiens. La ville de Czernowitz, en Bukovine, a été détruite par un incendie. Sur le Niénien, les combats n’ont plus qu’une importance secondaire.
Les sous-marins allemands ont coulé un chalutier anglais et un voilier portugais.
Les Turcs fortifient les lignes de Tchataldja, entre Constantinople et Andrinople, comme s’ils appréhendaient une agression bulgare.
M. Venizelos, refusant de céder aux instances de ses amis, persiste dans sa volonté de quitter la vie politique.
Le bruit qui avait couru d’une violation du territoire hollandais par les troupes allemandes est catégoriquement démenti.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 24 mars 1915

Paul Hess

Nous avons encore été bombardés dans la matinée hier, simple canonnade.

– Après avoir obtenu, à la mairie, la permission de me rendre, pour la première fois, dans ma famille à Épernay, j’avais eu d’idée, en vue d’éviter la perte d’une journée pour le voyage (1), non pas de solliciter le laissez-passer exigé, mais de demander au général commandant la 5e armée, qui seul pouvait l’accorder, l’autorisation de prendre la place qui m’avait été offerte, dans l’une des voitures automobiles affectées au service municipal de ravitaillement, puisqu’elles font journellement le trajet Reims-Épernay. J’aurais eu ainsi pour trois quarts d’heure en plus de parcours.

La réponse suivante a été faite à ma demande :

Ve Armée – État-major – 2e Bureau
Q.G. le 21 mars 1915
Le général commandant la Ve armée,

à Monsieur Paul Émile Hess, 8, rue Bonhomme, à Reims.

Je vous autorise à vous rendre par chemin de fer et voiture à Épernay (aller et retour).

Il n’est pas possible de vous accorder un permis de circuler en automobile pour effectuer ce déplacement.

L’autorisation qui vous est accordée est valable jusqu’au trente et un mars 1915.

P.O. le chef du 2e Bureau
Signé : E. Girard

Donc, le 25, après avoir annoncé mon voyage depuis plusieurs jours, je me mets en route, muni de ce laissez-passer et impatient dès le départ, d’arriver à Épernay auprès des miens – puis, nous avons tous la grande joie de pouvoir, pendant quatre jours, revivre en famille, dans l’atmosphère qui nous fait si complètement défaut de part et d’autre. Mon beau-père, rencontré par un heureux hasard à Dormans, à l’aller, peut même venir passer avec nous la journée du dimanche 28, fête des Rameaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Pour le voyage Reims-Epernay, il fallait prendre, sur la place d’Erlon, à 7 h 1/2, une voiture transportant les voyageurs à Pargny-les-Reims tête de ligne du CBR qui conduisait à Dormans pour midi et demie. On ne trouvait ensuite un train de la Cie de l’Est, Paris-Dormans-Epernay qu’à 16 h 1/2, avec arrivée à 17 heures.


Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille. Visite au Bon-Pasteur, à l’Enfant-Jésus. Visite à Sainte-Clotilde et de Saint-Remi accompagné de M. Dage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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