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Mercredi 21 novembre 1917

Louis Guédet

Mercredi 21 novembre 1917

1167ème et 1165ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie battante, brouillard tombant toute la journée, on se serait cru à Londres. Bataille la nuit. Bataille toute la journée vers Cormicy, Berry-au-Bac, Corbeny. Roulement formidable. Quelques obus dans la journée. Journée triste, humide, lourde, déprimante !

Vu le sous-préfet ce matin, assez monté contre le Procureur de la République qui aurait délivré un casier judiciaire n°2 au Maire de Mareuil-sur-Aÿ pour un garde sans passer par lui !! Rigoureusement M. de Courtisigny n’aurait pas dû le faire, mais c’est dans l’usage à la condition que la demande du Maire soit appuyée de la signature de l’Intérieur. La loi de 1910 n’autorise pas les Maires à se faire délivrer ces casiers n°2 qui du reste, outre les condamnations, contiennent aussi des renseignements confidentiels sur les personnes. Mais il s’apaise vite. Il est très vif, mais 1h après il n’y parait plus…

Reçu la lettre pastorale du Cardinal Luçon pour faire appel aux fidèles pour l’Emprunt. Lettre plutôt terne. S.E. a subi l’influence de ses 2 Éminences grises, Mgr Neveux et le chanoine Compant ! J’ai envoyé un exemplaire de cette lettre (ci-jointe) à M. Gilbrin et M. Dubosc de la Banque de France.

Après-midi après mon courrier été jusqu’à l’Hôtel de Ville, causé avec Raïssac et de Bruignac, puis rentré chez moi, triste, les larmes aux yeux, ma vie est d’une telle tristesse ici. Rencontré en route le bon R.P. Desbuquois toujours affectueux, charmant.

Appel du Cardinal Luçon en pièce jointe.

En entête les armes du Cardinal, avec sa devise : « In fide et lenitate » (Dans la foi et la douceur »)
Lettre répertoriée n°103

Nos Très Chers Frères,

La France fait un nouvel emprunt de guerre.

Je ne songe point à vous exposer les avantages qu’il présente aux souscripteurs : il n’est pas dans notre rôle de conseiller des placements d’argent. Je viens seulement vous dire : La France fait appel à ses enfants ; cet appel doit être entendu.

Jamais guerre n’a mobilisé tant d’hommes, exigé tant d’armes, dépensé tant de munitions. Personne ne peut s’étonner qu’elle coûte cher ; nul de ceux qui possèdent ne saurait refuser à l’Etat les ressources dont il a besoin.

La guerre nous a été imposée : il faut bien que nous la soutenions. Nous ne pouvons pas déposer les armes tant que l’ennemi foule le sol de la Patrie, tant que nos frères des Ardennes et des départements envahis ne sont pas libérés, tant que le chemin du retour n’est pas rouvert à ceux que l’émigration forcée, l’évacuation d’office, ou la déportation ont dispersés loin de leurs foyers.

Actuellement, les conditions de paix que nous ferait l’ennemi ne seraient ni honorables, ni justes pour nous. Si, au contraire, nous tenons jusqu’à la victoire, nous pourrons exiger la réparation des pertes qu’il nous a injustement causées ; il sera mis dans l’impossibilité de recommencer la lutte ; les pères éviteront à leurs enfants les horreurs de la guerre et leur assureront un long avenir de paix.

Sur tout le front de nos armées, nos soldats sont admirables d’énergie, d’ardeur, d’endurance, ils ne nous ménagent pas leur sang : comment à l’arrière un français hésiterait-il à donner à la Patrie un peu de son argent ?

Les Catholiques ont fait noblement leur devoir durant la guerre : il n’est personne qui ne le reconnaisse. D’innombrables traits d’héroïsme de la part des soldats chrétiens enrichiront nos annales ; à l’intérieur nous avons loyalement pratiqué l’Union sacrée ; nous avons jusqu’ici généreusement répondu aux appels de l’Etat. Les Catholiques seront fidèles au devoir jusqu’au bout.

Que Dieu bénisse nos sacrifices, et les récompense par une paix honorable, réparatrice et durable !

Reims, le 19 Novembre 1917

† Louis-Joseph. Card. LUÇON
Archevêque de Reims

Imprimerie de l’Archevêché, 6 – 8, rue du Préau, 10 – 12, rue Robert-de-Coucy, Reims.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

novembre 1917 – Attaque allemande du côté de Bétheny ; nous entendons les explosions des torpilles sur les tranchées.

Bombardement à 21 h 1/2 et riposte sérieuse de notre ar­tillerie, pendant trois quarts d’heure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 21 – + 11°. Pluie. Rénovation des Promesses cléricales à 3 h. Allocution de Mgr Neveux. A 9 h. violente canonnade française, éclairs (de canons) magnifiques. On dit que toute la nuit on a entendu la canonnade au loin, vers Berry-au-Bac et au-delà.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Berry-au-Bac


Mercredi 21 novembre

Au nord de Saint-Quentin, nous avons aisément repoussé un coup de main ennemi sur la rive gauche du Fayet.
Sur la rive droite de la Meuse, après un intense bombardement du front Bezonvaux-bois Le Chaume, les Allemands ont attaqué nos positions au nord du bois des Caurières, sur une étendue d’un kilomètre environ. L’attaque brisée par nos feux, n’a pu aborder notre ligne avancée que sur un très faible espace. Les fractions ennemies qui avaient pu y prendre pied ont été rejetées pour la plupart par notre contre-attaque immédiate.
Les troupes britanniques ont exécuté un coup de main heureux à l’est d’Ampoux.
Elles ont effectué avec des résultats satisfaisants, une série d’opérations entre Saint-Quentin et la Scarpe. Une grande quantité de matériel et un certain nombre de prisonniers sont tombés entre leurs mains. Les opérations aériennes ont été rendues très difficiles par le temps, devenu brumeux et orageux.
Les Italiens ont repoussé quatre violentes attaques austro-allemandes et fait 300 prisonniers. Ils ont également arrêté un coup de main en Albanie.
En Macédoine, activité d’artillerie à l’ouest du Vardar, dans la boucle de la Cerna et au nord de Monastir.
Les troupes russes ont repoussé une reconnaissance ennemie dans la région des lacs.
La cavalerie anglo-égyptienne est arrivée à 19 kilomètres de Jérusalem.
L’infanterie, d’autre part, a atteint une ligne située à 24 kilomètres de la ville.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 8 octobre 1917

Cardinal Luçon

Lundi 8 – + 7°. Journée tranquille à Reims ; canonnade continue dans la direction de Berry-au-Bac. Visite à Saint-Remi, rue du Ruisselet, Maison de Retraite, Pluie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 8 octobre

Activité des deux artilleries dans la région de Braye-en-Laonnois et sur la rive droite de la Meuse, au nord du bois Le Chaume.
Dans les Vosges, nous avons réussi un coup de main dans la région de Sénones.
L’artillerie anglaise a montré de l’activité sur toute l’étendue du front de bataille. Les tirs de l’artillerie allemande ont été dirigés surtout contre les nouvelles positions de nos alliés le long de la crête à partir des bois de Broodseinde. Le chiffre des prisonniers capturés par les troupes britanniques s’est accru de 380.
Le temps, qui est demeuré variable et nuageux, a rendu difficiles les opérations aériennes. Le travail d’artillerie et de photographie a été néanmoins poursuivi avec succès. Les pilotes anglais ont bombardé les camps d’aviation de la région de Lille.
Sur le front de Macédoine, journée calme. Quelques patrouilles ennemies ont été repoussées à l’ouest du lac d’Okrida. Les aviateurs alliés ont bombardé les établissements ennemis au nord de Guevgueli et vers Kesna.
Les Russes ont repoussé de petites tentatives ennemies dans la direction de Riga. Les ennemis ont bombardé par avions Galotz, en Roumanie.
Les Italiens ont repoussé plusieurs attaques autrichiennes. Violente canonnade sur le plateau de Bainsizza.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 25 juillet 1917

Louis Guédet

Mercredi 25 juillet 1917

1047ème et 1045ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps lourd. Nuit assez calme, avec combats. Travaillé d’arrache-pied pour mettre mon courrier à jour, je n’y arriverai qu’après-demain, car demain j’ai ma journée prise par 2 inventaires avec Dondaine. Sorti jusqu’à la Mairie où j’avais à faire. Vu le Commissaire Central, charmant !!! Vu Houlon, remis de ses 2 blessures du 14 juillet, il l’a échappé belle !! Il pouvait a rester, c’est place des Loges Coquault qu’il a été boulé par un obus. Bref rien de grave. Causé longuement avec lui, il a la même opinion que moi sur (rayé) qu’il considère comme le type du parvenu (rayé) personnel autoritaire, pas de cœur, et ne cherchant qu’à tirer son épingle du jeu. Il me contait qu’aussitôt le (rayé).

Le feuillet suivant a été supprimé.
Deux lettres sont réunies dans une enveloppe :

Première lettre :

Tribunal civil de Reims                                                        Le Président
Adressé à :
Monsieur Louis Guédet                                                       Juge de paix suppléant Reims
Justice de Paix des 2ème et 4ème Cantons de Reims           Cabinet du Juge
Mention en marge : « séquestre L. de Bary »

Reims, le 24 juillet 1917

Mr Cap. Demarin  Lt Corait
Pillages – Photographies
Pillage cave Louis de Bary 17, rue Lesage

Le capitaine Demarin, 3ème génie, 43 avenue de Laon – Reims – a défendu et refusé à Olive Tangre, gardien des caves l’entrée de l’immeuble 17, rue Lesage et l’a empêché d’entrer chez lui, le menaçant s’il insistait de la faire arrêter par 2 hommes et de l’incarcérer à la place quand Tangre lui a dit qu’il y avait des soldats qui pillaient dans les caves de l’immeuble séquestré. Le capitaine lui a refusé de l’accompagner pour chasser et arrêter les pillards qui étaient au nombre de 4. Tangre voulait y aller avec 2 de ses camarades, et a même proposé au capitaine de lui confier 2 soldats pour les faire partir. Refus catégorique de l’officier et menace d’arrestation. Ceci se passait fin mai, commencement juin 1917.

Escalade de l’imprimerie L. de Bary 17, rue des Fusiliers, le 16 ou 17 juillet 1917, par le lieutenant Dubourit, officier typographe, 157ème d’infanterie (en fait le 152ème RI), 34ème Corps, avec une échelle demandée à des voisins, pour visiter en passant par une fenêtre l’immeuble et choisir ce qu’il voulait réquisitionner ou prendre, ou…  voler. Il était accompagné d’un soldat.

A la suite de cette escalade il a réquisitionné (?) le 18 juillet 1917 une presse lithographique et des accessoires. Bon de réquisition du 18 juillet 1917 n°13, ordre et feuillet n°13.

Photographies de femmes prises par le lieutenant Corait T.S.F. avec le capitaine Demarin, 3ème Génie, 47, avenue de Laon qui a les clichés.

Ces photos m’ont été remises le 24 juillet 1917 8h le soir par Olive Tangre qui m’en avait parlé, et à qui j’avais demandé de me les procurer comme documents contre Demarin et pour prouver ce qui m’avait été dit et dont certaines personnes doutaient.

Signature de Louis Guédet

Seconde lettre

Tribunal civil de Reims                                  Le Président
Mention en marge : « Philippoteau »
Épernay, 28 juillet 1917

Mon cher maître,

Je vous retourne la pièce comme unique avec la légalisation de votre signature. J’y joins un mot du Procureur en réponse à la question que vous me posiez.

En y réfléchissant j’estime que c’est au général commandant d’armée, c’est je crois la Vème à Reims, qu’il y aurait lieu de signaler les vols commis à la maison Louis de Bary et non au général de division résidant à Reims qui pourrait peut-être étouffer l’affaire. Bien entendu Cornez nous a exposé des faits en citant le nom des témoins qui peuvent déposer, et les noms et numéros des poilus en cause. Indiquez que partie seulement de cette succession est mise sous séquestre.

Nous sommes bien attristés du décès de ce pauvre Martin. Evitez vous aussi les imprudences. Je pars demain soir à Paris. J’y séjournerai 3 ou 4 jours puis je me rendrai à Bar-sur-Seine où vous pourrez m’écrire le cas échéant. J’y suis très connu.

Bien cordialement à vous.

Signature en bas de la lettre

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 juillet 1917 – Canonnade très nourrie, au cours de la nuit dernière, suite d’une attaque allemande.

A 18 h 1/2, se déclenche le roulement d’une nouvelle canonnade formidable, paraissant donner du côté de Berry-au-Bac et se prolonge jusqu’à 20 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 25 – + 17. Nuit tranquille près de nous. Activité d’artillerie autour de Reims, surtout de 2 h. à 9 h. Item de 10 à minuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 juillet

Les attaques allemandes, accompagnées de violents bombardements, ont continué sur les plateaux en avant de Craonne.
Aux Casemates, l’ennemi, qui avait réussi à pénétrer dans notre première ligne, et qui a été contre-attaqué avec vigueur, n’a conservé qu’une faible partie du terrain conquis.
Sur la Californie, les Allemands ont subi un échec. Malgré tous leurs efforts, ils n’ont pu nous déloger du plateau. Nos troupes ont repoussé toutes les tentatives dirigées sur notre tranchée de soutien, que nous occupons en entier.
La ville de Reims a reçu 850 obus.
Une attaque allemande au nord-ouest du mont Cornillet a été brisée après un vif combat.
Une pièce allemande à longue portée a tiré une centaine d’obus dans la direction de Nancy. Pas de victimes, dégâts insignifiants. En représailles, nous avons exécuté un tir efficace sur les usines de Château-Salins.
Les Anglais ont effectué avec succès une opération au sud d’Avion. Ils ont fait de nombreux prisonniers. Ils ont opéré d’autres coups de main au sud d’Havrincourt, aux abords de Bullecourt et d’Hollebeke.
Les Russes ont attaqué l’ennemi dans la direction de Vilna. Ils ont pénétré de 3 verstes dans les positions allemandes et fait 1000 prisonniers. Mais les Austro-Allemands ont repris quatre villages en Galicie.
Les Anglais ont attaqué les Turcs près de Gaza et remporté un succès. Ils ont, à Bersbela (Syrie), repoussé la cavalerie ottomane.

 

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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : 2 personnes

18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

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Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 8 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 8 avril 1917  Pâques

939ème et 937ème jours de bataille et de bombardement

4h3/4 soir, en cave  La nuit a été calme, relativement. Nous avons dormi étant en cave. Ce matin, temps brumeux gris froid. Triste jour de Pâques. Messe à 7h du matin, on avait dit qu’on n’en n’aurait pas. A tout hasard je suis allé à celle-là. Il y a eu messe de Paroisse à 8h1/2 comme d’ordinaire, mais on a juste chanté le Credo. Le cardinal y assistait. En rentrant, écrit quelques lettres dans ma chambre, que c’était bon d’écrire en plein jour. Reçu lettres à midi, 2 de ma pauvre Madeleine, résignée à ne pas me voir. Jean est arrivé d’hier pour jusqu’au 19. Aurais-je le bonheur de le voir, si la bourrasque était passée je pourrais peut-être courir le voir, les voir, j’en ai bien besoin, je suis si seul. Le temps devient très beau à 1h. Je sors pour m’inquiéter du sort de la dépouille de ce pauvre Jacques. Je ne puis rien savoir au Commissariat de Police, 1er canton, ou on parait affolé avec les départs. Le Brave Commissaire Carret me remet un lot de papiers (bons Défense Nationale, billets de banque, argent), trouvés sur une brave femme tuée, rue Martin Peller. Je l’emporte pour préparer une lettre au Receveur des Finances pour remettre le tout à la Caisse des Dépôts et Consignations, sous un pli cacheté que le commissaire remettra demain à la Recette des Finances ou au Trésor Militaire. Je pousse jusqu’à l’Hôtel de Ville, personne autre que le Maire, fort démonté, et Raïssac, avec quelques rares appariteurs et employés de la Ville. C’est la panique. J’en reviens plutôt écœuré. Passé aux Galeries Rémoises, tous les employés sont partis, sauf 4 ou 5 dont Curt, Melles Claire Donneux et Lemoine…

La troupe parait enchantée de voir cette fuite éperdue. Il est vrai qu’il va y avoir des caves à vider et des appartements à piller. Passé au Palais de Justice. Vu le sous-préfet qui ne songe qu’à faire partir tout le monde et sans doute à filer lui aussi. Il rentrait dans la crypte avec un panier de provisions. En me quittant, il me recommande : « Surtout M. Guédet, conseillez de partir… !!… » Je lui répondis : « C’est ce que je fais (pour les) vis-à-vis des personnes qui n’ont rien qui les retiennent à Reims !… » Comprenne s’il veut !…

A l’Hôtel de Ville je ne puis rien savoir sur mon malheureux Jacques. Je laisse une note pour être remise à Moreau pour le prier de faire tout pour le mieux…  Les rues sont désertes ou presque, c’est sinistre.

Hier soir, l’incendie que nous avions vu, c’était le Grand séminaire qui brûlait. Quels souvenirs rougeoyants et sanglants aurai-je de toute cette existence désordonnée et tragique que je mène depuis 31 mois.

Je rentre à la maison, juste pour descendre à la cave. C’est une bataille, si c’était seulement la dernière. Mes 3 compagnes d’infortune sont courageuses et résignées.

Au Palais à la Poste ils sont aussi affolés, la moitié des employés filés, les autres baissent les bras, crient, s’interpellent et ne font rien, ou plutôt embrouillent tout. C’est, ce serait grotesque si ce n’était triste.

J’écris ces lignes dans ma cave où j’ai fait tout organiser pour la nuit et…  les suivantes. Hélas !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pâques, 8 avril 1917 – Une petite  affiche intitulée : Le départ doit être immédiat est apposée en ville. Elle répète qu’à partir du 10 avril, ne devront tester à Reims que ceux des habitants qui sont retenus par une fonction, le gouvernement ayant décidé l’évacuation des autres.

La violence exceptionnelle des derniers bombardements ayant donné à craindre à M. Cullier, chef du bureau, la disposition des nombreux documents renfermés à la « comptabilité », il avait décidé de les descendre, sans tarder, dans l’un des sous-sols de rhôtel de ville, sous le bâtiment de la rue de la Grosse-Ecritoire.

A défaut d’autres aides — car le personnel est des plus res­treint à la mairie, depuis le 6 — nous nous étions donné rendez- vous ce matin, pour effectuer ce travail, et pendant le bombarde­ment qui a sévi sans discontinuer, nous avons passé toute la mati­née à transporter dans des bannettes lourdement chargées, les registres des différents postes : recettes, dépenses, traitements, etc., depuis l’année 1900, ainsi que les dossiers d’archives du service. La fatigue nous a arrêtés à 11 h 1/2 et nous avons remis la suite de l’importante opération à demain lundi.

Bombardement sauvage au cours de l’après-midi, sur le quartier rue Lesage, voies du chemin de fer, place Amélie-Doublié. La situation devenant tout de suite excessivement critique, nous nous empressons, ma sœur et moi de quitter son appartement au second étage du 8 de la place, pour nous réfugier au n° 2, en compagnie de voisins.

Nous n’avons pas le temps de descendre dans la cave de cette maison, avant qu’un obus vienne éclater dans sa toiture, ou­vrant le grenier. D’autres obus suivent celui-ci de bien près ; ils font explosion dans les immeubles en face ou sur la place et le bombardement continue jusque dans la soirée.

Canonnade effrayante vers Berry-au-Bac.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage et filets pour dissimuler les voies de chemin de fer aux aéroplanes 22/08/1917 (source Gallica)


Cardinal Luçon

Dimanche 8 – Pâques – + 6 °. Visite au Séminaire incendié vers 2 h. du matin. Vu le Supérieur excédé de fatigue dans le vestibule du Lycée. Trot­toirs couverts de mobilier retiré du Séminaire. Des voleurs rodent pour prendre ce qui leur convient (1). Messe basse, sans sermon, ni chants. On ne chantera pas l’Alleluia. Il n’y aura pas de Vêpres. Matinée tranquille. Pas de Vêpres. M. le Supérieur (Paulot) dîne chez nous. A 3 h. bombes sifflan­tes ; le chambard recommence. Canons français, canons allemands ; tir sur les batteries, tir sur la ville, tir sur les avions, incendies, nuages de fumée. L’église Saint-Benoît a sa grande porte brûlée, le linteau est endommagé gravement par un obus de gros calibre. Tout le faubourg Cérès est en flam­mes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le pillage fut réel à Reims et beaucoup plus imputable aux civils qu’aux militaires qui ne possédaient aucun bagage, et qui n’ont porté leur intérêt que sur la nourriture et…la boisson bien entendu.

Dimanche 8 avril

Actions d’artillerie assez vives au cours de la journée en divers points du front, notamment entre la Somme et l’Oise, au sud de 1’Ailette et dans la région au nord-ouest de Reims.

En Argonne, un coup de main ennemi sur nos tranchées de la vallée de 1’Aire a été repoussé après un vif combat.

D’après de nouveaux renseignements, les Allemands ont lançé en vingt-quatre heures 7500 obus sur Reims. Quinze personnes de la population civile ont été tuées et beaucoup d’autres blessées.

Sur le front belge, dans la région de Hetsas, les batteries belges ont exécuté des tirs réussis sur les travaux ennemis. Vive activité d’artillerie dans l’ensemble des secteurs.

Canonnade sur le front italien.

Le nombre des steamers allemands dont l’Amérique a pescrit la saisie est de 91. Leur valeur monte à 1500 millions.

Le cabinet de Washington fait arrêter un certain nombre d’Allemands qui étaient tenus pour dangereux.

La république de Cuba a proclamé l’état de guerre entre elle et l’empire germanique.

La situation est redevenue très troublée en Grèce, où l’on redoute de nouvelles échauffourrées sanglantes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 5 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 5 avril 1917

…pauvres petits. Que faire ? Que dire ? Que décider ?

Vu M. et Mme Becker qui m’ont dit grand bien de mon grand Jean, son capitaine en dit beaucoup de bien, et son collègue le capitaine Cornet. Il est très bien noté par ses chefs.

Ce soir audience de réquisitions militaires, à 2h1/2.

6h1/4 soir  Vu ce matin à l’Hôtel de Ville M. Charlier, le chef de bureau des allocations militaires, commission cantonale, qui m’apprend que sa maison rue de Courcy, 52, (rue Roger-Salengro depuis 1946) a été broyée hier par le bombardement, 3 ou 4 obus. Vu Camuzet qui me dit les ruines des terribles bombardements, rue St André (rue Raymond Guyot depuis 1946), rue Jacquart, place de Bétheny (place du Docteur Knoëri depuis 1927) qui n’est plus qu’une ruine, rue Coquebert, rue de Savoye, clinique Lardenois, clinique Lardenois, rue Werlé, maison Girardin fort abîmée (rayé). Enfin de tout cela des ruines, toujours des ruines. Beau champ d’expériences militaires, comme le disait avec tant…  d’humour nos galonnards. C’est tout ce que trouvent à dire ces soudards à qui il ne manque plus que l’uniforme allemand pour être complets.

Les Postes Muire et Vesle sont installées au Palais de Justice dans la Chambre civile. Là j’y rencontrais hier l’un des Directeurs (rayé) qui hier, blanc de peur  me dit : « oh ! mais si çà bombarde…

La demi-page suivante a été découpée.

Audience de réquisition militaire, 2 affaires, dont l’affaire Janin, entrepreneur de bois de construction. Son frère, clerc de notaire est venu pour lui. J’ai saisi l’occasion de dire à celui-ci que je n’admettais pas que son frère qui ne jugeait pas à propos de se présenter, accusant Payen d’avoir voulu se dérober au danger il y a un mois lorsqu’il avait été convoqué la première fois !! Payen n’était pas venu à cause du verglas, et parce que l’autorité militaire ne lui avait pas permis de venir à Reims… Non ces gens-là sont inconscients. Ce sont eux qui se défilent depuis 1914 et accusant les autres de se dérober !! C’est un comble !!! Janin a senti la leçon ! Il pourra la répéter à son pleutre de frère.

Je ne pars pas demain. Je n’ai pas de voiture. Dois-je partir samedi ou dimanche ??? Je ne sais !! Cette incertitude me fait réellement souffrir. Je suis pris entre le Devoir civique et le Devoir paternel, l’affection paternelle ! Celui-ci, celle-ci, il est vrai doit passer après celle-là ! C’est dur ! Mon Dieu, éclairez-moi. Et faites que je puisse aller à St Martin embrasser mon père et ma femme et mes Petits. Il n’y aura que mon Robert qui me manquera. Pauvre Petit. Aucune épreuve ne m’aura été épargnée, aucun sacrifice !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le communiqué en date de Paris, 4 avril, 7 h, que nous lisons ce matin dans les journaux, annonce notamment ceci :

L’ennemi a violemment bombardé la ville de Reims, qui a reçu plus de 2 000 obus ; plusieurs personnes de la population civile ont été tuées.

— Aujourd’hui, au cours de l’après-midi, des obus tombent à proximité des voies du chemin de fer, impasse Paulin-Paris, rue Duquenelle et, la nuit, les sifflements se font entendre de nouveau

à plusieurs reprises, tandis que les projectiles éclatent vers la porte de Paris, l’avenue de Laon, les Promenades, la rue de Cormicy,

— Le Courrier donne les différentes communications ou formations suivantes :

Nouvel avis à la population.

En raison de la fréquence et de l’intensité des bon dements, le sous-préfet de Reims, au nom du gouvement par son ordre, engage les habitants de Reims qu’une obligation impérieuse ne retient pas, à quitter la ville pour quelques temps. Il insiste principalement sur le devoir absolu des chefs de famille de mettre sans retard en sécurité leur femme et leurs enfants.

Ainsi qu’il a été dit, toutes facilités seront donnée: le retour des personnes qui se trouvent actuellement à Reims, dès que les circonstances le permettront.

Le sous-préfet de Reims : Jacques Regnier

Ville de Reims.

Le service du ravitaillement dispose de deux mille de cassoulet (viande et haricots) qui peuvent être cédées immédiatement à la population aux prix de :

– 0,85 F la boite de 500gr.
– 1,55 F la boîte de 1 kg.
et d’une petite quantité de morue.

S’adresser à l’abattoir municipal et aux soupes populaires de Melle Foubiaux et de Mme Perottin.

Départs.

Les autos militaires qui conduisent à Epemay nos concitoyens n’étant pas toutes remplies par les vieillards et les jeunes enfants, les places restantes seront mises à la disposition des autres personnes désirant quitter Reims.

On devra s’inscrire, à partir de 5 h du soir au commissariat central.

Contre les gaz asphyxiants. Conseils.

Des personnes ayant été incommodées en portant secours à d’autres personnes victimes d’accident, il est rappelé que le premier soin à prendre est de revêtir son propre masque, et, si possible, d’appliquer celui du blessé.

Revêtir également son masque lorsqu’on pénètre dans une maison qui a reçu des obus asphyxiants.

L’adieu aux partants.

M. le maire de Reims était présent au premier convoi automobile emmenant des vieillards et des enfants.

Il les a salués en termes pleins d’émotion et avec un at­tendrissement visible.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi-Saint – Jeudi 5 – + 3°. Nuit assez agitée ; bombardement violent jusqu’à 10 h. soir. Ronflement lointain de la canonnade toute la nuit, Berry- au-Bac et la Neuvillette, attaque allemande. Le matin, silence jusqu’à l’heure de la messe à 8 h. Visite à Clairmarais ; autel et abside anéantis. Retrouvé sept hosties sur 10. Les personnes pieuses ont demandé d’être communiées avec ces 7 hosties retrouvées. Ciboire écrasé sous le piédestal de la statue du Sacré-Cœur. Bombardement à partir de 2 h. Visite à Saint-Remi : un obus est entré par une fenêtre du chœur (Nord-Est à peu près) ; est tombé près du tombeau de Saint Remi, y a projeté des débris de maçon­nerie d’une arcature du triforium, sans faire aucun mal au tombeau. Bom­bes toute la soirée. Canons français de 10 h. à minuit. Bombes allemandes jusqu’à 4 h., sur l’abattoir où elles font une brèche à la maison du con­cierge ; le Café du XXe siècle a sa devanture brisée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 5 avril

Nos troupes ont continué à refouler l’ennemi sur le front de la Somme à l’Oise et l’ont rejeté au delà d’une position dominante très importante, jalonnée par les villages de Grugies, Urvillers, Moy, qui ont été enlevés brillamment par nos troupes.

Au nord de la ferme de la Folie, les Allemands, bousculés par une attaque irrésistible de nos soldats, ont lâché précipitamment trois lignes de tranchées précédées de réseaux de fils de fer en abandonnant des blessés, et un important matériel; trois obusiers de 150 et plusieurs camions d’escadrille sont tombés en notre possession.

Au sud de l’Ailette, aucun changement dans la situation.

Violente lutte d’artillerie dans la région de Margival et de Laffaux.

En Woëvre, nos pièces à longue portée ont pris sous leurs feux des détachements signalés en gare de Vigneulles.

Dans les Vosges, un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.

Les Anglais ont infligé un échec aux Allemands à 1’ouest de Saint-Quentin.

Les Russes ont été refoulés sur le Stokhod par les Austro-Allemands.

Jusserand, ambassadeur de France, a été longuement acclamé par la foule à New-York.

Goremvkine, ancien premier ministre russe, qui avait été emprisonné, est devenu fou.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 19 mars 1917

Louis Guédet

Lundi 19 mars 1917

919ème et 917ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  Temps moyen qui tourne à l’aigre ce soir, bise violente et glaciale. La nuit toujours du canon. Canon dans le lointain durant la journée vers Berry au Bac, avions sur lesquels les allemands ont tirés furieusement. Été le matin rue Dieu-Lumière pour la continuation de l’inventaire Gardeux. Personne. Est-ce que Landréat cuve encore son Champagne de samedi. Rentré en musant le long de la rue du Barbâtre, passé chez Chapuis pour un versement à l’Enregistrement. Greffe civil, ensuite rentré chez moi. Courrier, pas de lettre des miens. Après déjeuner signature d’une procuration. Causé avec M. l’abbé Compant, vicaire Général, été me faire couper les cheveux, pris un journal chez Michaud. Nous avons repris Chaulnes, Péronne, Noyon, etc…  Cela va-t-il continuer ? Devant chez Michaud, interpellé un motocycliste qui faisait claquer depuis 1/2 heure son moteur pour nous casser les oreilles. Reçu grossièrement bien entendu, par le voyou qui, comme je redescendais la rue du Cadran St Pierre, n’a trouvé rien de mieux que de me frôler et bousculer en passant près de moi à toute vapeur. Je lui ai allongé un de ces coups de canne dont on garde mémoire longtemps. Le pierrot n’était pas content, mais il a filé devant mon attitude décidée !! Et voilà comme nous sommes arrangés tous les jours par cette clique d’embusqués !! Quand donc serons-nous débarrassés de cette plaie !! Vu Mme Gaube et sa fille gracieuse au possible, causé de Jean et Robert très gentiment. Rentré chez moi. Je vais répondre à une longue lettre de mon ancien clerc Forzy, notaire à Fismes, actuellement capitaine au 289ème d’Infanterie, 4ème Compagnie, secteur 181. Un brave garçon très cocardier et un peu Tartarin.

Je suis fatigué et je sens mes forces m’abandonner par instants. Je suis si las et si découragé. Reçu mot de Bossu mon ami Procureur qui est convaincu que j’aurai mon ruban bientôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 mars 1917 – Les communiqués et les journaux nous annoncent, depuis deux jours, le recul des Allemands entre l’Avre et l’Oise.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 19 – Nuit tranquille, + 1°. De 8 h. 1/2 à 9 h., bombes sifflantes : 180 de 9 à 10 h. On dit que ce sont des obus sifflants sur Parc Pommery. Sifflements constants. Visite à la Maison des Petites Sœurs des Pauvres. Reçu visite du Colonel de Piré. Prise de Noyon, Crouy, Péronne(1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Ces « prises » n’ont aucun caractère de victoire. Nous occupons le terrain volontairement abandonné par la Allemands pour raccourcir leur front et faire d’importantes économies de personnel. Tout ce terrain « reconquis » a été sauvagement détruit, miné, défiguré par l’ennemi qui a coupé tous les arbres, fait sauter les habitations, empoisonné les puits, etc.


Lundi 19 mars

La progression des troupes françaises a continué sur un front de 60 kilomètres, de l’Avre à l’Aisne. Au nord de l’Avre, la cavalerie est entrée dans Nesle. Nos patrouilles, lancées vers la Somme, ont livré des engagements aux arrière-gardes ennemies, qui ont faiblement résisté. Au nord-est de Lassigny, nous avons avancé de 20 kilomètres vers Ham. Plus au sud, notre cavalerie et nos détachements légers ont occupé Noyon.

Entre l’Oise et Soissons, la première ligne allemande, avec Carlepont, Morsain, Nouvron, Vingré est en notre pouvoir. Au nord de Soissons, nous sommes à Crouy.

Nous avons rejeté une attaque à la Pompelle, près de Reims. Canonnade en Champagne, à la butte du Mesnil et à Massiges; violent bombardement de nos positions sur la rive gauche de la Meuse, du bois d’Avocourt au Mort-Homme.

Echec d’une tentative allemande sur la rive droite de la Meuse, aux Chambrettes.

Deux avions ont été abattus par nos canons spéciaux.

M. Milioukof, au nom du gouvernement provisoire, a lancé une circulaire aux agents diplomatiques russes pour préciser les vues du nouveau régime.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 30 décembre 1916

Paul Hess

30 décembre 1916 – Très forte canonnade, tout l’après-midi, dans la direction de Berry-au-Bac.

A 17 h 1/2, réunion du personnel de l’hôtel de ville pour la fin de l’année, ainsi que l’an dernier, dans la salle des mariages.

Le maire, M. le Dr Langlet, faisant allusion à la canonnade entendue ce jour, laisse entendre que des actions pourraient avoir lieu sous peu. Il exprime l’espoir qu’elles aient pour résultat la libération de notre ville et souhaite, que 1917, nous apporte bientôt la paix victorieuse.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

berry-au-bac


Cardinal Luçon

Samedi 30 – Nuit tranquille. + 10°. Visites de Premier de l’An. Clergé à 2 h. ; Communautés Religieuses à 3 h. 4 h : violent combat vers l’est de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 30 décembre

Entre Aisne et Oise, notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes de la région de Quennevières : nos patrouilles ont pénétré dans les tranchées adverses fortement bouleversées et évacuées par les Allemands.

Sur la rive gauche de la Meuse, à la suite d’un intense bombardement, les Allemands ont prononcé une forte attaque sur un front de 3 kilomètres contre nos positions depuis l’ouest de la cote 304 jusqu’à l’est du Mort-Homme.

Sur la rive droite, nous avons dispersé une forte reconnaissance allemande à l’est de l’ouvrage d’Hardaumont.

Les Anglais ont réussi un coup de main à l’est de La Sars : les tranchées ennemies avaient beaucoup souffert du feu de leur artillerie. Ils ont repoussé un raid allemand à l’est d’Armentières. Violent combat d’artillerie au sud de l’Ancre et dans la région de Berles.

Canonnade sur le Carso.

Violents combats en Valachie dans la région de Rymnik.

Les ministres des trois royaumes scandinaves ont fait une démarche au quai d’Orsay pour s’associer à l’intervention de M. Wilson.

Source : La guerre au jour le jour

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Mercredi 12 avril 1916

Louis Guédet

Mercredi 12 avril 1916

578ème et 576ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Toute la nuit bataille terrible toute proche. Pluie, vent en tempête, froid. En ce moment le canon tonne formidablement du côté de Berry-au-Bac. Journée monotone, occupée à préparer mes bagages qui seront fort encombrants et lourds. Et remuer toutes ces choses est fort pénible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 12 – Nuit tranquille, sauf quelques rafales violentes à rares intervalles. + 5°. A 9 h. 1/2 bombes sifflent. Visite caves Pommery empê­chée par bombardement sur batteries.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 12 avril

Au nord de l’Aisne, notre artillerie a pris sous son feu une forte colonne allemande qui se déplaçait sur le chemin des Dunes. L’ennemi a subi des pertes sérieuses.
Activité de notre artillerie en Argonne.
A l’ouest de la Meuse, bombardement assez intense sur le front le Mort-Homme-Cumières. Pas d’action d’infanterie.
A l’est après une violente préparation d’artillerie, complétée par un envoi intensif d’obus lacrymogènes, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos tranchées entre Douaumont et Vaux. L’ennemi qui avait pris pied dans quelques éléments avancés de nos lignes en a été rejeté peu après par une contre-attaque de nos troupes, au cours de laquelle une centaine d’Allemands valides, dont un officier, ont été capturés.
Lutte d’artillerie en Woëvre ( Moulainville, Ronvaux et Châtillon).
Au nord-est de Saint-Mihiel, nos pièces à longue portée ont canonné avec succès un train arrêté au nord de la gare d’Heudicourt.
Une de nos escadrilles de bombardement a lancé en deux fois, 48 obus sur les gares de Nantillois et de Brieulles.
M. Asquith a prononcé un vibrant discours en réponse à celui du chancelier allemand.
Activité intense d’artillerie sur tout le front italien


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Dimanche 16 mai 1915

Paul Hess

Depuis quelques jours, un calme relatif règne en ville, la nuit surtout, mais on entend les grondements sourds du canon au loin. vers Berry-au-Bac.

– Actuellement, une promenade dans Reims, le dimanche, donne une impression pénible de tristesse et de vide. Aucun autre bruit que celui du canon. La gare, avec sa façade labourée par les éclats d’obus, ses vitres brisées, les toits de ses dépendances défoncés, ses bâtiments et ses cours sans mouvement, paraît délaissée dans un état navrant d’abandon.

Toute une végétation s’est donnée libre cours, dans les ruines. L’herbe est haute sur les voies du chemin de fer ; elle pousse même dans certaines rues de la ville. Sans parler d’endroits peu passagers en temps ordinaire, tels que la place Godinot ou la rue de l’Abbé-de-l’Epée, d’autres emplacements, dans des voies comme les rues Jeanne d’Arc, Clovis, Châtivesle, sont tout verts. Sur la place du Parvis, sur la place d’Erlon même, les touffes pointent entre les pavés.

Les promenades sont désertes. Dans les quartiers non commerçants, on ne voit personne ; toutes les maisons se trouvent hermétiquement closes et, pour la plupart inhabitées.

Quelques rares passants se rencontrent seulement dans les artères principales. Par contre, on trouve une animation relative dans l’avenue de Paris et la rue de Courlancy. où se sont fixés quelques service, militaires ou civils. Au-delà du canal déjà, et passé le pont du chemin de fer d’Épernay, on croise des promeneurs ; ils ne sont pas en foule non plus mais cette partie de Reims présente un aspect tout différent. On s’y croirait dans une autre ville tenant garnison.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Source : Gallica

Source : Gallica


Cardinal Luçon

Dimanche 16 – Nuit tranquille. A 8 h deux aéroplanes, canonnades, bombes. Visite à Fismes ; à l’église, où j’ai fait allocution et à quatre ambulances. Gare aux galeux ! Aux ambulances établies, aux Écoles, pensionnat, hospice, au Collège Saint-Macre. Partout aimable accueil, photographie. Fête de Jeanne d’Arc ; Prières publiques.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 16 Mai 1915. J’ai parlé trop vite hier. Nous avons une lettre de Charlotte. Elle nous dit qu’elle a été à la Croix rouge à Paris et qu’elle a su que toi et Paul vous étiez sur la liste de ceux dont on ne s’est pas encore occupé. Elle va faire les démarches. Elle dit qu’elle va travailler et faire des masques pour les soldats contre les bombes asphyxiantes.

Nous avons reçu aussi une lettre de ma tante Phénie. Elle est à Moussy, près d’Épernay. Elle se trouve bien ; elle demande de tes nouvelles et nous plaint. Oh oui mon Charles, c’est une triste année pour nous ! Vivement l’autre, nous serons peut-être plus heureux.

Tes petits cocos t’embrassent.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 16 pour Mr FRÈRE téléphoniste

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: septembre 1916 – janvier 1917 : 3e carnet de guerre de Renée MULLER


Sur le front : même jour : Le carnet de guerre d’Albert Thierry : le 16 mai 1915


 Dimanche 16 mai

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