Louis Guédet

Dimanche 20 janvier 1918

1227ème et 1225ème jours de bataille et de bombardement

4H soir  Hôtel Lutetia. 3 journées fatigantes. A Épernay le 18, fait voyage avec Robinet de G.H. Mumm (Jules Henri Georges Robinet (1869-1953)), Charbonneaux, Sainsaulieu architecte. Déjeuné au buffet avec Robinet, fait voyage ensemble avec Sainsaulieu, qui me dit ce que la Société des Amis de la Cathédrale ont fait et veulent faire des fonds américains à avoir par M. Paul Léon des Beaux-Arts (Paul Léon, Directeur Général des Beaux-Arts (1874-1962)), etc… Samedi vu Leroux, Directeur du Personnel de la Justice, à 10h du matin, charmant, me conseille de demander Herbaux, conseiller cassation, mon ancien Procureur Général, comme parrain pour ma Légion d’Honneur. Il me donne l’explication du retard de ma promotion. Il parait que Mirman (Léon Mirman, préfet et homme politique (1865-1941)), préfet de Meurthe-et-Moselle à Nancy, ne voulait pas que les magistrats de Nancy fussent promus. Échanges de télégramme aigre-doux, bref, mise en demeure par Nail Garde de Sceaux à donner un avis favorable sous peine de faire passer une note à la Presse pour déclarer que le Préfet de Meurthe-et-Moselle ne veut pas que ses magistrats fussent décorés. Mirman s’est incliné et je passe avec les Nancéens.

L’après-midi Je quitte Leroux pour payer mes droits de Chancellerie à la Recette centrale, 16, place Vendôme en face du Ministère de la Justice.

Après-midi réunion des Amis de la Cathédrale de Reims, Lefèvre-Pontalis (Henri Lefèvre-Pontalis, historien (1862-1923)), Abelé, Sainsaulieu, Emile Charbonneaux, Jadart, Demaison, Faille grand pétrolier, Cochon, Paul Léon, Krafft (vieux Reims), Eugène Gosset. Je suis nommé d’acclamation trésorier. M. Paul Léon nous signale l’Amérique en causant d’emballement pour notre Cathédrale. Il promet de voir Hughes Le Roux (journaliste, homme politique (1860-1925)) pour faire des conférences en Amérique avec subvention du Ministère des Affaires Étrangères. Et ensuite pousser les milliardaires dans leurs emballements.

Dimanche matin Notre-Dame des Victoires messe, rendez-vous pour déjeuner chez Henry Heidsieck et dîné chez Thomas.

Demain lundi journée fatigante encore, après-demain aussi ici à Paris et départ mercredi matin pour mon tombeau. Que m’y attend-il ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 janvier 1918 –  Après une quinzaine de jours passés à revivre tranquillement, en repos, auprès de ma famille réfugiée dans une petite ville paisi­ble du centre, au milieu d’une population ignorante du chaos, des bouleversements et de toutes les horreurs apportés par la guerre dans nos régions, je reviens ce jour à Reims, à 17 h 1/2.

Les coups de canon perçus avant l’entrée en ville et surtout des éclatements d’obus entendus dès ma descente du car, place d’Erlon, me font retomber, sans transition, dans l’ambiance dangereuse. A la popote, les camarades m’apprennent qu’il n’y a rien de changé, que depuis mon départ, les bombardements ont été journaliers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 20 – Nuit tranquille. + 9°. De 8 h. 30 à 9 h. 30 bombardement.

Tir sur avions et bombardement très violent, les obus tombent à peu de distance, drus ; des éclats tombent dans le jardin. Visite du Colonel demeurant Clinique Gosset rue Buirette, en face du cirque, et du Capitaine de Chevigné (ou Chavigné). Bombes sur batteries (?) à 5 h. Item vers 9 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue Buirette

Rue Buirette


Dimanche 20 janvier

Actions d’artillerie assez vives en Champagne, dans la région d’Auberive et sur la rive droite de la Meuse, au nord de Bezonvaux.
Sur le front britannique, activité d’artillerie en Artois et en Flandre.
Sur le front belge, lutte d’artillerie entre Nieuport et Dixmude.
L’artillerie de nos alliés a effectué des tirs de destruction sur des organisations défensives ennemies au sud de Dixmude.
Un avion allemand a été abattu par une batterie anti-aérienne au nord de Kyppe.
En Macédoine, actions d’artillerie réciproques dans la région de Monastir et dans la boucle de la Cerna, où nos tirs ont provoqué l’incendie d’un dépôt de munitions.
L’aviation britannique a exécuté plusieurs bombardements sur la voie ferrée de Doiran et dans la région Petric-Sérès.
Les Italiens ont refoulé des troupes autrichiennes qui les attaquaient sur la basse Piave.
Les grèves autrichiennes ont pris une très grande extension. Elles affectent spécialement les usines de guerre et visent à protester contre le rationnement alimentaire excessif et contre la prolongation de la lutte.
La Constituante russe s’est réunie et a élu président M. Tchernof, socialiste minimaliste.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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