Louis Guédet

Dimanche 18 mars 1917

918ème et 916ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps maussade, quelques lueurs d’éclaircies, mais triste journée. Bataille toute la nuit, mal dormi, et puis j’étais encore impressionné de la vue des malheureuses asphyxiées qui agonisaient. Été messe de 8h1/2, écrit lettres sur lettres. Je suis à peu près au courant, mais je n’en vois jamais la fin. Lettre de ma pauvre femme toute attristée du départ de Robert qu’elle a accompagné jusqu’à Châlons pour rester un peu plus longtemps avec le pauvre enfant. Elle a vu le professeur d’André qui dit qu’il y a du mieux, mais qu’il est toujours indolent. Elle m’apprend que mon camarade Hémard fait le cours de mathématiques à St Étienne, le professeur  étant mobilisé. C’est du vrai dévouement. Sorti un peu en Ville, rien vu d’extraordinaire, sauf beaucoup de soldats russes. La population est assez agitée par l’abdication de Nicolas II et par la démission du ministère Briand. Tout cela n’avance guère nos affaires et la prise de Bapaume, de Roye et de Lassigny passe au second plan. Il est cependant grand temps que nous ayons une victoire décisive, et que nous voyions la fin de cette Guerre. Nos soldats en ont assez, grandement assez. L’avenir n’est pas beau, et l’Horizon bien chargé de nuages ! Si nous n’avons pas une victoire bientôt, tout de suite, je ne sais ce qui arrivera.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 18 mars 1917 – Un fusant de 77, tiré sur aéro, éclate en retombant, devant un cantonnement rue du Barbâtre. Un lieutenant du 403e d’infanterie est tué et d’autres officiers blessés. Au cours de la matinée, plu­sieurs projectiles allemands sont retombés dans les mêmes condi­tions, en différents endroits de la ville, rue Jacquart, rue Werlé, etc.

Il est à noter que la même chose se produit maintenant, presque tous les jours, à chaque tir contre avion.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 18 – 8°. Nuit assez tranquille. Beau temps. Visite au 7e Corps. Allocution à la messe à Trigny. Général de Bazelaire, et Général de la Guille, Commandant, des Généraux (de Coligny….) Prise de Bapaume (1),

Roye, etc. Dîné avec le Général et ses officiers. Visite au campement dans les bois, à gauche, en descendant. Entretien avec M. Sainsaulieu et M. Abelé pour leurs œuvres.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Ces « prises » n’ont aucun caractère de victoire. Nous occupons le terrain volontairement abandonné par la Allemands pour raccourcir leur front et faire d’importantes économies de personnel. Tout ce terrain « reconquis » a été sauvagement détruit, miné, défiguré par l’ennemi qui a coupé tous les arbres, fait sauter les habitations, empoisonné les puits, etc.

Dimanche 18 mars

Sur-tout le front compris entre Andéchy et l’Oise, l’ennemi, refusant la bataille, a abandonné sous la pression de nos troupes les lignes puissamment et savamment fortifiées qu’il tenait depuis plus de deux ans. Notre mouvement en avant a continué avec rapidité. Nos pointes d’avant-garde ont pénétré dans Roye, poursuivant les contingents ennemis qui ont fait sauter les carrefours des rues à l’intérieur de la localité. 800 habitants de la population civile, que les Allemands n’avaient pas eu le temps d’évacuer, ont fait à nos soldats un accueil enthousiaste.

Au nord et au nord-est de Lassigny, que nous avons également occupé, nous avons atteint et même dépassé la route Roye-Noyon. Nous avons fait des prisonniers.

Violentes canonnades en Champagne et sur la rive droite de la Meuse (bois des Caurières).

Nos escadrilles ont bombardé les organisations ennemies de la région d’Arnouville, les usines de Wolklingen, les gares de la région de Ham et de Saint-Quentin. Un de nos avions a bombardé Francfort-sur-Mein. Un zeppelin aété abattu près de Compiègne, au retour d’un raid qu’il avait fait sur la côte anglaise.

Les troupes britanniques ont enlevé Bapaume et avancé sur un front de 25 kilomètres en occupant en tout 14 localités.

Le grand-duc Michel, désigné par Nicolas II comme héritier de la couronne, a déclaré qu’il subordonnerait son acceptation finale à une ratification de la Constituante. Le cabinet Briand a démissionné.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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