Louis Guédet

Jeudi 21 décembre 1916 

831ème et 829ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Journée très froide, tournant au dégel, pluie battante après-midi, mais il ne fait pas chaud et cependant je ne suis pas sorti. J’ai encore eu de la fièvre la nuit dernière en sorte que j’ai encore les idées vagues, cependant la journée s’est bien passée. Je ne suis pas sorti et me suis excusé auprès de Payen pour l’audience de conciliations militaires pour les réquisitions, elle a eu lieu quand même. J’en serai quitte pour signer demain matin les procès-verbaux quand Landréat m’amènera mes justiciables pour tenir ici mon audience de conciliations civiles ! Un peu plus je tiendrais justice dans mon lit, ce serait le cas de dire que je tiens lit de justice !! J’ai travaillé comme un nègre, et abattu de la besogne. Demain je serai à jour. Rien appris, rien vu. Je suis resté enfermé, ce n’est plutôt pas gai. Lesage est venu me voir et m’a dit que je pourrais sortir samedi ou dimanche. Je pourrai donc aller à St Martin bientôt. J’en serai heureux, car je suis bien las, mais quelle triste réunion. Quelles tristes fêtes de Noël et du Jour de l’An…  séparés, disséminés, sans savoir si on se reverra ! Pauvre femme, pauvres petits.

Les journaux usent beaucoup d’encres au sujet des propositions de Paix de la part de l’Allemagne. C’est de l’encre bien inutilement perdue. La réponse est bien simple : vous êtes des Bandits et nous ne parlerons de Paix que lorsqu’on vous aura étranglés, et la Paix sera la nôtre et non la vôtre.

Rajouté à ce feuillet, un quart de page daté du 21 novembre 1916, écrit par Madeleine.

21 décembre 1916

Été à l’Hôtel de Ville. Vu le Dr Langlet qui m’a donné des nouvelles du Dr Lévêque (beau-frère du docteur Langlet, médecin à Tony-aux-Bœufs, village voisin de St Martin-aux-Champs), assez mal en point avec un anthrax. Causé avec Gustave Houlon et Martin d’un tas de choses. Quand je suis avec eux c’est un tas de conversations sur un tas de questions. Il faudrait que je fasse une encyclopédie avec eux. Quand j’arrive, c’est un vrai assaut, même des employés de la Ville. Je suis heureux de rendre service à de bien brave gens touchants. Oh ! si la classe dite dirigeante voulait ! Ce qu’elle obtiendrait de tous ces humbles, on remontrerait la France entière, le Monde même, ces gens-là boivent vos paroles.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – Nuit tranquille. + 2°. De 9 à 10 h. gros canons français, bombes allemandes. Expédié lettre au Cardinal de Paris pour lui recommander la situation des séminaristes, trop abandonnés. A 2 h. grosses bombes allemandes et gros canons français. Duel entre batteries. Visite au Fourneau Porte Paris. Le soir à 9 h. fusées éclairantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 21 décembre

Au sud de la Somme, l’ennemi a violemment bombardé nos lignes, notamment les secteurs de Belloy-en-Santerre, Borny, Pressoir et Ablaincourt. Notre artillerie a énergiquement riposté par des tirs de contre-batterie.

Actions d’artillerie intermittentes sur le reste du front.

Sur le front belge, après une matinée relativement calme, l’ennemi a ouvert, au cours de l’après-midi, un feu violent d’artillerie de tranchée dans la région de Hetsas. L’artillerie belge de tous calibres a réduit les engins ennemis au silence.

Les Italiens, dans le Vallarsa (Adige), ont dispersé par leur tir des groupes ennemis et réduit au silence l’artillerie de l’adversaire. Canonnade sur le haut Astico et le plateau d’Asiago. Sur le Carso, l’artillerie ennemie montre de l’activité. Quelques tentatives de l’infanterie autrichienne ont été aussitôt arrêtées.

Dans l’Est Africain, les Anglais ont repoussé de fortes attaques de l’ennemi. Ils ont capturé une crête importante.

La presse de Berlin exprime la déception que lui suggèrent les discours des gouvernements alliés.

M. Sasonof, ancien ministre des Affaires étrangères de Russie, a été mandé au quartier général du tsar.

Source : La guerre au jour le jour

belloy-en-santerre
Belloy-en-Santerre