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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

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18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 22 janvier 1917

Louis Guédet

Lundi 22 janvier 1917

863ème et 861ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Ce matin la neige tombe fine et drue et parait vouloir tenir. Il fait froid. Je fais quelques courses au Greffe et vais à l’Hôtel de Ville, à la Chambre des notaires, c’est énorme le temps que l’on perd et ces allées et venues. Vers 11h la température s’adoucit, la neige nouvelle fond. Vers 2h1/2, après mes lettres écrites, je retourne à l’Hôtel de Ville voir aux allocations s’il n’y a rien d’important pour mercredi. Nous en aurons pour une demi-heure, 3/4 d’heure. Causé avec Houlon. Rencontré Charbonneaux qui me dit ses impressions sur les membres du Conseil de Guerre d’Orléans dans l’affaire Goulden. Tous ces officiers paraissaient s’en moquer, et leur opinion faite avant d’entendre qui que ce soit. Le président Colonel Gille a plutôt dédaigné les témoins, déchargé le Maire, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget, que les écoutant pas, même considérant le Dr Langlet comme une personne négligeable. Il ne comptait pas plus qu’un boucher ou un charcutier qui serait venu déposer… Ce Colonel en a eu une bonne avec Goulden, comme celui-ci lui déclarait que sa succursale de Vienne est française : « Si votre maison de Vienne est française, dit le colonel Gille, vous me concéderez donc que votre maison de Reims est allemande !! »

Et voilà la logique de ces gens.

Bref Émile Charbonneaux est revenu avec une triste opinion de nos conseils de Guerre et surtout de ses membres !! Dire que j’en suis fâché ? Non ! Cela montre à nos riches négociants qu’ils ne sont pas des dieux, ni des aigles hors des limites de Reims. Cela ne peut que leur faire du bien.

Rentré à la maison, il fait plutôt doux. Je suis fatigué, je ne suis plus guère fort. Vais-je tomber ? Je vais, je marche en automate, mais que cette existence m’est lourde. Repassé à l’archevêché, rue du Cardinal de lorraine. Vu l’abbé Lecomte, secrétaire et vicaire Général, causé et survenant Mgr Neveux qui rentrait avec le Cardinal de faire quelques visites, notamment chez moi. Je me suis excusé. Causé assez longuement ensemble du procureur, de notre triste existence, etc…  Mgr Neveux a été plutôt cordial avec moi. J’irai dans quelques jours leur rendre visite. L’abbé Lecomte toujours affectueux avec moi. Vu aussi Lesage, parlé de mon état de santé, c’est le surmenage, et il me conseille de me reposer 1h dans la journée, et de surveiller mes insomnies, il m’a donné du bromure. Je suis bien las, bien triste.

Nos canons ont pas mal tiré cet après-midi et les allemands nous ont envoyé de gros obus vers le champ de foire, des avions, il y a bien longtemps que nous n’en n’avions vus. Le ciel était un peu éclairé et élevé, c’était fatal.

Rentrant ce soir de chez Ravaud à nuit close, les rues étaient sinistres, bordées de leurs maisons, ruinées ou non, sous leurs manteaux de neige, pas un bruit, le silence d’une tombe, quelques rares passants marchant d’un pas hâtif, furtif vers leurs logis, de crainte de réveiller un obus toujours possible. Cela émotionne, et serre le cœur. On aurait presque peur dans cette nuit sans lumière au milieu des ruines. Une seule note un peu humaine, je ne puis dire gaie, rompt de temps à autre ce lugubre silence que nos pas feutrés sur la neige semblent grandir, ce sont les voiturettes de nos laitières tintinnabulant, trimbalant ou brinquebalant, cahotant tandis que les femmes jasent entre elles ou devisent entre elles sans s’inquiéter du bruit du canon, des mitrailleuses qui claquent ou des minenwerfers ou crapouillots. Cependant que de fois je les ai maudites avec leur ferraille qui m’empêchait d’entendre les obus siffler, ou l’éclatement du schrapnel lançant sa gerbe de balles à quelques pas de nous !!! Ces femmes ont été héroïques, par tous les temps et par quelque bombardement que ce soit, au risque d’être tuées elles ont toujours fait leur distribution aux ménagères qui les attendaient patiemment sur le pas de leurs portes ou au coin des rues par groupes de 3/4 si les voiturettes ne passaient pas dans leur rue. Oui, elles ont été héroïques sans emphase, tout en jacassant, plaisantant même lorsqu’un obus sifflait un peu trop près, elles se blottissaient contre leurs voiturettes, comme si celles-ci pouvaient les protéger !! et l’obus éclaté les voilà à rire de leur peur !! Que de fois m’ont elles répondu quand je leur recommandais la prudence : « Que voulez-vous, M. le juge, on ne peut tout de même pas laisser ces pauvres femmes et ces p’tiots sans lait, et puis toutes (les bombes) ne tuent pas… » Il est vrai qu’aucune n’a été touchée depuis 30 mois !!…

Ces rentrées tardives me remémorent les scènes que j’ai lues naguère sur les tristesses et les épouvantes du choléra en 1852, ou 1831, mais au lieu des voiturettes des laitières, c’étaient les charrettes et les tombereaux dont les sonnettes appelaient en hâte leur chargement funèbre !

La ville sous son linceul de neige sommeille et le grand silence des canons la gueule ouverte s’appesantit sur elle, tandis que je me hâte vers le toit hospitalier que l’on a bien voulu m’accorder. C’est lugubre, angoissant, tragique. Les réflecteurs sillonnent le ciel, les fusils crépitent, les mitrailleuses déchirent, le canon gronde et grogne…  et les arrivées vous secouent, et tous les soirs, c’est à peu près toujours la même chose, et cela…  depuis bientôt trente mois !…  Non ! Vous ne saurez jamais ce que nous avons souffert…  ce que j’ai souffert. En verrai-je la fin ?

Si par le passé (dans l’avenir…) ces notes sont lues et même divulguées, tous auront cette impression continue de lassitude, de passivité, de tristesse, et d’aucuns diront peut-être que nous étions bien peu courageux, et ne comprendront même pas que nous soyons restés. Eh bien ! que ceux-là vivent les jours et les jours, les semaines et les semaines, les mois et les mois, les années et les années (comme celles) que nous avons vécues, passées, écoutées au son des palpitations de notre cœur angoissé, broyé, serré, saignant de douleur et de souffrance, et ils me comprendront !!  Chaque palpitation, chaque seconde de mon cœur a vécu un Drame. Le comprendrez-vous ? Vous qui me lirez, peut-être dans 100 ans, dans 50 ans, dans 10 ans, demain même ??!!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 22 – Température : 0° ; Neige ; nuit tranquille en ville ; au loin canonnade. Aéroplanes français et allemands ; tir violent contre eux par canons et mitraillades. Violente canonnade entre batteries adverses. Chute de neige peu abondante dans la matinée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 22 janvier

Dans la région de Lassigny, une tentative allemande sur une de nos tranchées, vers Cauny-sur-Matz, a été aisément repoussée. L’ennemi a laissé des prisonniers entre nos mains.
Sur la rive droite de la Meuse, activité intermittente des deux artilleries.
Combats de patrouilles dans le bois des Caurières.
Sur le front italien, canonnades sans attaques.
Les Russes ont opéré un bombardement prolongé dans la région de Kovel.
Sur le front roumain, aucun événement n’est signalé.
Le tsar a adressé un rescrit au nouveau président du Conseil, prince Galitzine, pour affirmer sa volonté de poursuivre la guerre jusqu’à la victoire décisive et recommander une collaboration bienveillante entre le gouvernement et les assemblées. Il insiste aussi sur la nécessité de remédier à la crise alimentaire.
La Turquie proteste contre la note de l’Entente à M. Wilson, en invoquant le principe des nationalités.
La présence d’un corsaire allemand dans les eaux de l’Atlantique irrite non seulement les États-Unis, mais encore le Brésil.
Un laboratoire de munitions a sauté à , près de Berlin. Il y a des morts et des blessés.
Les Alliés ont signifié à la Grèce qu’elle avait jusqu’au 4 février pour transférer ses troupes du continent en Morée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Spandau

 

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Jeudi 21 décembre 1916

Louis Guédet

Jeudi 21 décembre 1916 

831ème et 829ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Journée très froide, tournant au dégel, pluie battante après-midi, mais il ne fait pas chaud et cependant je ne suis pas sorti. J’ai encore eu de la fièvre la nuit dernière en sorte que j’ai encore les idées vagues, cependant la journée s’est bien passée. Je ne suis pas sorti et me suis excusé auprès de Payen pour l’audience de conciliations militaires pour les réquisitions, elle a eu lieu quand même. J’en serai quitte pour signer demain matin les procès-verbaux quand Landréat m’amènera mes justiciables pour tenir ici mon audience de conciliations civiles ! Un peu plus je tiendrais justice dans mon lit, ce serait le cas de dire que je tiens lit de justice !! J’ai travaillé comme un nègre, et abattu de la besogne. Demain je serai à jour. Rien appris, rien vu. Je suis resté enfermé, ce n’est plutôt pas gai. Lesage est venu me voir et m’a dit que je pourrais sortir samedi ou dimanche. Je pourrai donc aller à St Martin bientôt. J’en serai heureux, car je suis bien las, mais quelle triste réunion. Quelles tristes fêtes de Noël et du Jour de l’An…  séparés, disséminés, sans savoir si on se reverra ! Pauvre femme, pauvres petits.

Les journaux usent beaucoup d’encres au sujet des propositions de Paix de la part de l’Allemagne. C’est de l’encre bien inutilement perdue. La réponse est bien simple : vous êtes des Bandits et nous ne parlerons de Paix que lorsqu’on vous aura étranglés, et la Paix sera la nôtre et non la vôtre.

Rajouté à ce feuillet, un quart de page daté du 21 novembre 1916, écrit par Madeleine.

21 décembre 1916

Été à l’Hôtel de Ville. Vu le Dr Langlet qui m’a donné des nouvelles du Dr Lévêque (beau-frère du docteur Langlet, médecin à Tony-aux-Bœufs, village voisin de St Martin-aux-Champs), assez mal en point avec un anthrax. Causé avec Gustave Houlon et Martin d’un tas de choses. Quand je suis avec eux c’est un tas de conversations sur un tas de questions. Il faudrait que je fasse une encyclopédie avec eux. Quand j’arrive, c’est un vrai assaut, même des employés de la Ville. Je suis heureux de rendre service à de bien brave gens touchants. Oh ! si la classe dite dirigeante voulait ! Ce qu’elle obtiendrait de tous ces humbles, on remontrerait la France entière, le Monde même, ces gens-là boivent vos paroles.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – Nuit tranquille. + 2°. De 9 à 10 h. gros canons français, bombes allemandes. Expédié lettre au Cardinal de Paris pour lui recommander la situation des séminaristes, trop abandonnés. A 2 h. grosses bombes allemandes et gros canons français. Duel entre batteries. Visite au Fourneau Porte Paris. Le soir à 9 h. fusées éclairantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 21 décembre

Au sud de la Somme, l’ennemi a violemment bombardé nos lignes, notamment les secteurs de Belloy-en-Santerre, Borny, Pressoir et Ablaincourt. Notre artillerie a énergiquement riposté par des tirs de contre-batterie.

Actions d’artillerie intermittentes sur le reste du front.

Sur le front belge, après une matinée relativement calme, l’ennemi a ouvert, au cours de l’après-midi, un feu violent d’artillerie de tranchée dans la région de Hetsas. L’artillerie belge de tous calibres a réduit les engins ennemis au silence.

Les Italiens, dans le Vallarsa (Adige), ont dispersé par leur tir des groupes ennemis et réduit au silence l’artillerie de l’adversaire. Canonnade sur le haut Astico et le plateau d’Asiago. Sur le Carso, l’artillerie ennemie montre de l’activité. Quelques tentatives de l’infanterie autrichienne ont été aussitôt arrêtées.

Dans l’Est Africain, les Anglais ont repoussé de fortes attaques de l’ennemi. Ils ont capturé une crête importante.

La presse de Berlin exprime la déception que lui suggèrent les discours des gouvernements alliés.

M. Sasonof, ancien ministre des Affaires étrangères de Russie, a été mandé au quartier général du tsar.

Source : La guerre au jour le jour

belloy-en-santerre

Belloy-en-Santerre

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Jeudi 23 novembre 1916

Louis Guédet

Jeudi 23 novembre 1916

803ème et 801ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps brumeux, brouillard le soir, froid, c’est l’hiver. Journée accablante de travail, je suis débordé. Vais-je pouvoir faire…  un « rétablissement » et rattraper mon retard. Après-midi réquisitions militaires jusqu’à 5h, puis été à la Ville pour assurer la subsistance de mon greffier militaire Croquet. C’est acté.

La demi-page suivante a été découpée.

…les Gendarmes ! Pends-toi Girardot ! Pends-toi Colas !…  Les procès sont dans le marasme. Imbéciles va !!…

Demain levée de scellés à 9h, 144, rue du Barbâtre, et ensuite Caisse d’Épargne. Après-midi si je suis à jour je commencerai ma communication à l’Académie sur l’Incendie de l’Hôtel-Dieu !…

Lesage me disait que son frère, lieutenant de 22 ans, décoré de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre, lui avait confié que les soldats du front des tranchées étaient exaspérés contre les embusqués, tous de la riche bourgeoisie, et que certainement après la Guerre il y aurait une réaction terrible contre ces fils à Papa qui plastronnent à l’arrière, tandis que les pauvres malheureux et nos enfants se font tuer…

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 23 – Nuit tranquille. Visite de M. Abelé pour Statuts des Amis de la Cathédrale. Journée tranquille. Visite du P. d’Herbigny. Écrit au Vatican pour rapatriement de M. Boulanger et Petitfîls.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 23 novembre

Lutte d’artillerie intermittente sur la plus grande partie du front, plus vive dans la région Vaux-Douaumont. Sur le front britannique, l’artillerie ennemie a montré de l’activité au cours de la journée, dans les secteurs de Beaumont-Hamel et d’Ypres. Nos alliés ont bombardé les lignes allemandes vers Ransart, à l’est d’Angres et au nord du canal de la Bassée. A la suite d’un violent bombardement, l’ennemi a tenté un coup de main sur la cote Saint-Eloi. Il a enlevé 26 prisonniers. Les aviateurs anglais ont attaqué à la bombe et à la mitrailleuse les gares, cantonnements et convois ennemis. Lutte d’artillerie sur le Carso. Au nord de Monastir, la lutte continue, très vive, entre nos troupes et les Bulgaro-Allemands. Nous avons fait 500 prisonniers. Le nouvel empereur d’Autriche s’appellera Charles 1er; il s’appellera Charles IV en Hongrie. Guillaume II est parti pour Vienne, afin d’assister aux funérailles de François-Joseph. Une zone neutre a été créée entre la Grèce royale et la Grèce venizeliste. De nouveaux contingents de volontaires hellènes sont arrivés à Salonique.

Source : La guerre au jour le jour

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Mardi 21 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 21 novembre 1916

801ème et 799ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Temps brumeux, froid. Le calme. Journée fort occupée à rattraper le courant de ma correspondance qui, hélas ! ne tarit pas à chaque courrier, et il n’y en a qu’un par jour ! Je vois les lettres en retard s’accumuler. J’en abats, j’en abats et cela ne diminue pas. Pas sorti ce matin. Après-midi fait des courses, Ravaud, Lesage à qui j’ai appuyé son admission comme chimiste expert du Tribunal sur ma recommandation à M. Delaunay, juge d’instruction. Le brave Lesage en était tout réjoui. C’est un bon enfant ! Son frère était là, décoré de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre à 22 ou 23 ans, sous-lieutenant. Vu et passé à la Ville, rien de particulier. J’ai causé à Raïssac de mon greffier militaire Croquet, on lui accordera le supplément qu’il désire pour vivre, en sus de sa solde de subsistance qui est de 1,41 ½ + 0,25 solde = 1,66 ½ par jour, ce qui est insuffisant ici. Vu ensuite M. Bossu, Procureur de la République, pour l’aviser de mon retour. Toujours fort aimable, il m’aime bien. Causé de choses et d’autres, il me dit avoir vu le fameux Capitaine de Gendarmerie Girardot. Son exclamation : « C’est une brute, doublée d’un gendarme ! » Je suis de son avis. Il parait que le citoyen a voulu lui parler de mon Affaire avec un grand A, mais çà n’a pas pris !!…

Il paraitrait que le G.Q.G. (Grand Quartier Général), ferait une enquête sévère sur Colas de (rayé) ma foi ! ce ne serait que « pain bénit ». Je ne m’en plaindrais pas. (Rayé) serait ainsi (rayé) de cette société peu enviable ni recommandable. Il me disait que lui-même n’en (rayé) pas fâché. Il est absolument de mon avis sur la moralité et l’amoralité du (rayé) qu’il juge à sa juste valeur. Il m’a appris que (rayé) avait été aussi (rayé) comme (rayé) dans cette affaire. Cela me confirme et me fait comprendre la lacune que je trouvais dans cette affaire Goulden. En effet les associés ayant tous la signature sociale, j’étais très surpris que seul Goulden fut inculpé. Or voilà les faits rétablis exactement, ce que m’a dit le Procureur. Lewthwaite a été inculpé avec Goulden, qui était le principal coupable et Eugène Walbaum nécessairement mis hors de cause parce que sur le front, ou tout au moins mobilisé. L’affaire est nette maintenant, en clair, en résumé c’est la Maison Heidsieck-Monopole qui a bel et bien été impliquée de commerce avec des ennemis en la personne de ses associés non mobilisés et gérant réellement l’affaire commerciale en l’absence d’Eugène Walbaum (1872-1929). Goulden comme principal inculpé et Lewthwaite comme associé responsable. C’est du droit pur. Donc le jugement du conseil de Guerre condamne non seulement Goulden, mais aussi la Maison Heidsieck-Monopole. Robert Lewthwaite a été acquitté personnellement. Causé aussi des légalisations pour Reims et des difficultés pour Reims d’envoyer des pièces à légaliser à Épernay. M. Bossu est comme moi d’avis qu’on devrait me déléguer pour ces législations et me considérer comme Juge de Paix de Canton hors tribunal civil. Nous devons y recourir du reste.

Journée bien remplie. Demain messe anniversaire à 7h du matin pour mon pauvre Maurice ! 2 ans déjà !! J’en soufre comme au premier jour. C’était mon seul et vrai ami. Je suis bien seul maintenant. Et il me faut songer à ses petits comme ceux des miens, c’était promis, du reste !! Mon cher Maurice prie pour moi et protège-moi, dirige-moi pour l’Honneur, pour ta chère femme et tes enfants, et pour Louis mes aimés, ma chère femme et nos chers petits. J’en ai 2 soldats, mon cher Maurice, et ton René va aussi entrer dans la fournaise. Protège-le, protège-les, protège-nous, protège-moi, Dirige-moi, conseille-moi, que tous soient dignes dans le Droit et le Devoir. Et que j’ai la joie de voir les tiens et les miens heureux et prospères… !!…  Alors je pourrais te dire que j’ai rempli ma promesse, mon devoir envers toi et ta bonne amitié.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 21 – Nuit tranquille. + 2° ; brouillard. Rénovation des Promesses Cléricales, à 4 h, chapelle du Couchant. Allocution par moi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 21 novembre

Assez grande activité de l’artillerie ennemie au nord de la Somme et dans le secteur de Douaumont. Sur le front belge, lutte d’artillerie dans la région de Dixmude et de Boesinghe et combats à coups de bombes. Sur le front britannique, l’ennemi a bombardé Beaumont-Hamel et les environs de Gueudecourt, 80 nouveaux prisonniers sont tombés entre les mains de nos alliés. Les Roumains ont arrêté l’ennemi dans la vallée de l’Olt, mais continué leur repli dans celle du Jiul. Les Italiens signalent des actions d’artillerie sur le front du Trentin ; les travaux de l’ennemi sont entravés par leur tir. Dans le Haut-Bul, les Autrichiens ont bombardé les positions du Pal Piccolo et de Freikofel. Sur le Carso, ils ont attaqué avec de gros contingents la cote 126, et réussi à occuper un des retranchements italiens. Partout ailleurs, ils ont été repoussés avec de grosses pertes. C’est une victoire complète que les troupes alliées ont remportée en Macédoine. La cavalerie française est entrée la première dans Monastir, suivie d’une colonne d’infanterie franco-russe. Nos troupes ont passé immédiatement au nord, prenant la cote 821, le village de Karkhura et arrivant aux abords de Karannes et d’Orizani. Nous avons fait 622 prisonniers et capturé un nombreux matériel.

Source : La guerre au jour le jour

Gueudecourt

Gueudecourt

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Mardi 14 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 14 novembre 1916

794ème et 792ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps gris maussade. Des obus à longs intervalles, fort agaçants car on ne sait si on doit ou non sortir. Travaillé toute la journée d’arrache-pied, et je ne vois pas encore clair à ma lourde correspondance. Vu le Procureur après-midi pour lui demander de joindre à sa liste de citations à l’ordre du jour Landréat, mon greffier de paix, qui en réalité a dirigé tous les greffes et dressé Dondaine pour le 1er canton. Il m’a promis de la faire au 2ème tour, le premier lot étant parti à la Chancellerie. Il est furieux que le Président ait voulu joindre à cette liste un tas de comparses qui ne sont revenus que petit à petit. Il aurait voulu que je sois le seul en tête, étant le seul resté tout le temps ici depuis le 31 août 1914. Ce que cela m’indiffère !! En tout cas mon brave Procureur est dans le vrai. Je vais être accolé à un tas de pleutres qui ont tremblé tout le temps et je suis le seul à être resté depuis tout le siège et l’occupation allemande.

Vu Lesage, qui m’a prié de le recommander auprès du Procureur pour la place de chimiste expert à l’École de Médecine qui va être vacante à la suite du départ du titulaire actuel. Je le lui ai promis et je ne doute pas de réussir.

Voilà ma journée…  semblable aux autres, toujours tristes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 novembre 1916 – Bombardement pendant midi et reprise dans le courant de l’après-midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 14 – Nuit tranquille. Journée assez bruyante. Canons français et bombes sifflantes allemandes de 10 h. à 4 h. : une personne tuée, deux blessées rue de Contrai et rue des Murs. Visite du Capitaine des Pompiers de Paris et de…. Les pompiers de Reims ne suffisant pas, on avait fait venir une section de ceux de Paris, mieux outillés et bien exercés ; ces sections se succèdent tous les quinze jours ou tous les mois ou deux mois. Continuation du bombardement après-midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 14 novembre

Les Anglais ont attaqué les positions allemandes sur les deux rives de l’Ancre. Ils ont capturé 3.300 soldats ennemis. L’artillerie allemande a continué à tirer sur les positions britanniques de Lesboeufs et de Gueudecourt. Une émission de gaz a réussi sur les tranchées allemandes face à Ransart. Au sud-est d’Armentières, un raid a pénétré dans les tranchées ennemies. Dans la région de la Cerna, la bataille continue avec un succès croissant pour les Serbes. Ceux-ci ont forcé les contingents germano-bulgares à abandonner le village d’Iven et à se replier de 3 kilomètres. Cinq contre-attaques ennemies ont été brisées. Plus à l’ouest, les troupes serbes, soutenues par des effectifs français, ont accentué leurs progrès au nord de Velieselo. Un millier de prisonniers ont été dénombrés, 16 canons ont été capturés. Sur le front moldo-valaque, de rudes combats continuent dans toutes les vallées qui percent la frontière. En Dobroudja, l’aile gauche russo-roumaine a avancé. Les Autrichiens concentrent de nouvelles forces dans le Trentin. Une escadrille d’avions ennemis bombardant Padoue, a fait 60 victimes. Le ministre d’Allemagne à Athènes a protesté contre les violations de neutralité qu’il impute à la Grèce.

Source : La guerre au jour le jour

 

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Lundi 13 novembre 1916

Louis Guédet

Lundi 13 novembre 1916

793ème et 791ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Brouillard épais toute la journée, le silence. Toute la matinée classé, rangé, remonté tout ce que j’avais mis à l’abri. Vu à mon courrier en retard. Et après-midi fait des courses. Vu mon Président, M. Bossu, causé de ma fameuse affaire Colas – Girardot. Il est très monté contre le commissaire central qui me crosse dans sa réponse à sa lettre. M. Bossu va encore le cingler. Pour moi l’affaire semble abandonnée, les soudards sont muselés. Mais c’est le pauvre capitaine Théobald qui a laissé passer à la censure les fameux « attendus », objets de toute cette Affaire, avec un grand A. Comme dit le Procureur, qui écope, on le déplace à Trévoux (Ain) tout en le maintenant à Reims.

Vu le Maire pour le remercier de m’avoir nommé membre de la Commission d’évaluation des dommages de Guerre. Choisi par le Conseil Municipal.

Il parait que c’est Gustave Houlon qui a attaché le grelot pour moi, fortement appuyé par le Docteur Langlet. J’ai donc accepté. Ils en ont paru très satisfaits. Rentré chez moi, après avoir vu Ravaud et Lesage, ce dernier pour ma communication à l’Académie de Reims sur l’incendie de l’Hôtel-Dieu pour le 8 décembre.

Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ni de songer à mes misères. Demain je vais m’attacher à terminer mon retard, et puis je reprendrai ma vie monotone si lourde, si pénible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 13 – Nuit tranquille. + 4°. A midi + 10°. Visite au Colonel Treilhard, rue de Pouillon. Reçu visite de M. de Sylans, d’un Belge et d’une dame belge et d’un Capitaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 13 novembre

Au nord de la Somme, nos troupes, achevant la conquête de Saillisel, ont réduit à la grenade quelques ilots dans la partie est du village, où des fractions allemandes résistaient encore. Tout le village est maintenant en notre possession. Les pertes subies par les Allemands au cours de cette lutte ont été très élevées, à en juger par les cadavres qui couvent le terrain conquis. Le chiffre des prisonniers faits par nous est de 220 hommes et 7 officiers. Nous avons pris 8 mitrailleuses. Canonnade habituelle sur le reste du front. Sur le front anglais, l’artillerie allemande a tiré violemment toute la journée, dans la région de Lesboeufs et d’Eaucourt-l’Abbaye. Les troupes britanniques ont réussi deux émissions de gaz sur les tranchées ennemies, au nord de l’Ancre. Les Italiens ont concentré de grandes quantités de matériel dans le Trentin. Les Roumains ont repris l’offensive sur plusieurs points des Carpates de Moldavie. On se bat également sur l’Olt et sur le Jiul. En Dobroudja, nos alliés se fortifient sur une ligne allant de Topol à la mer Noire. Les Russes soutiennent de rudes combats autour de Halicz. Les Serbes ont enlevé, dans la boucle de la Cerna, tout le massif du Tchouk et le village de Porog.

Source : La guerre au jour le jour

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Vendredi 18 août 1916

Louis Guédet

Vendredi 18 août 1916

706ème et 704ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps couvert gris, temps d’automne, déjà !…  Hier soir vers 9h alerte, des obus sifflent, je fais descendre mes livres, dossiers courants…  J’attends à moitié habillé jusqu’à 10h du soir. Ce n’a été qu’une alerte. Ce matin le calme. Cet après-midi audience de réquisitions militaires à 2h.

6h soir  Réquisitions militaires au Palais de 2h à 6h du soir. Il y avait beaucoup de prestataires qui cette fois sont venus. Pas mal de conciliations, mais toujours des non-conciliations pour de gros chiffres. Les prestataires refusent par principe et ne réfléchissent pas que c’est une conciliation, par conséquent le chiffre offert leur paraissant trop minime, peut être modifié en causant avec le sous-intendant militaire Payen, qui certes fait tout ce qu’il peut pour satisfaire de justes réclamations. Mais ces Messieurs les gros prestataires ne daignent pas se déranger et envoient des mandataires qui ont peu ou point d’instructions…  conciliatrices… !! C’est se moquer du monde de la Belle façon !! Payen en est révolté !! Quant à moi cela me laisse indifférent…  je les connais tellement bien. Lettre à ma pauvre femme qui s’inquiète sur Jean qui se plaint de son foie, pourvu qu’il ne lui arrive rien ! J’ai déjà bien assez de soucis et d’épreuves.

Payen pense m’envoyer mon adjoint militaire d’ici lundi. Je le souhaite, je le désire. Cela devient trop écrasant pour mon dévoué Landréat. Ensuite j’entamerai la question appointements à la Ville pour lui. Il ne les aura pas volés.

Lettre de M. Jadart, secrétaire de l’Académie, qui me remercie de mes renseignements sur l’incendie de l’Hôtel-Dieu. Je vais lui envoyer des photographies que Lesage m’a données pour l’Académie. De plus il me demande de mettre de côté ma communication sur le pillage du château de St Thierry. Enfin ils se rendent à l’évidence !! Ce n’est pas trop tôt ! Je lui en enverrai une copie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Nuit et journée tranquilles. Visite du Lieutenant Colonel Clanat… Expédié Mandement sur vœu. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Vendredi 18 août

Sur le front de la Somme, après une intense préparation d’artillerie, nous avons prononcé des actions offensives qui nous ont valu des gains importants.
Au nord de Maurepas, nos troupes, en liaison avec l’armée britannique, ont enlevé toute une ligne de tranchées allemandes sur un front de 1500 mètres environ et ont atteint, sur certains points, la route de Guillemont à Maurepas. Au sud de ce village, sur un front de 300 à 500 mètres, toutes les positions de l’ennemi à l’est de la route de Maurepas à Cléry ont été également occupées par notre infanterie après un vif combat qui a coûté des pertes importantes à l’ennemi.
Au sud de la Somme, nos troupes se sont emparées d’un seul élan d’un système de tranchées allemandes sur une longueur de 1200 mètres au sud de Belloy-en-Santerre : 60 prisonniers ont été capturés.
Le passage des troupes russes a continué sur la Zlota-Lipa, sous le feu de l’ennemi qui s’efforce d’empêcher la construction des ponts. Nos alliés ont capturé 7 officiers, 413 soldats et 3 mitrailleuses. Ils ont occupé dans les Carpathes Jablonika que l’ennemi avait dû évacuer. Au sud de ce point, sur le Pruth, à Vovokla-Argoliouj, ils ont pris 32 officiers et 1006 soldats en poursuivant leur offensive.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 14 août 1916

Louis Guédet

Lundi 14 août 1916

702ème et 700ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Très beau temps après l’averse d’hier soir qui a sauvé une partie de ce pauvre Hôtel-Dieu qui a flambé toute la nuit et St Remy. Je suis allé voir cela ce matin. Toute la partie historique de l’Hôtel-Dieu, le cloître et le grand bâtiment d’honneur ont tous leurs étages brûlés, en cendres. En plus de cela la chapelle (l’ancienne bibliothèque des Jésuites) ainsi que le dortoir au-dessus n’existent plus. C’est une vraie perte pour l’histoire de Reims. La table de Godart avec sa légende a été sauvée, cette table de 4 à 5 mètres de longueur sur 1 mètre 50 de large est une planche d’une seule pièce de 10 centimètres d’épaisseur qui a été prise dans une branche du chêne de Saint-Basle, près de Verzy. Que devait être le chêne lui-même ! Cette table porte, coulée en plomb : les armes de Godart, le donateur « D’azur au chevron d’or accolé de 3 roues du même, 2 et 1 », l’anagramme de Godart (Go→) Go et un dard. Godart et les 2 inscriptions suivantes : « D’une branche de chesne de Sainct Basle, l’an MVXXX »

En pièce jointe le dessin de cette table, intitulé : Table de Jean Godart. Incendie de l’Hôtel -Dieu

Go suivi d’une flèche, avec en perpendiculaire « d’une branche du chêne St Basle 1510, et suivi du texte suivant : Du don Faict par M. Ian Godart datigné chantre de Reims. Maistre et proviseur de céans Ma donné l’an XVcXXX – Priez pour luy.

Tout le rez-de-chaussée du cloître est intact pour ce qui est vouté. L’escalier monumental et sa rampe du XVIIIème siècle devant la chapelle avec la colonne du vestibule unique qui soutient tout le poids de cet escalier sont sauvés, mais résisteront-ils à l’eau dont ils ont été imprégnés ? Les 2 salles de réception du bâtiment sur la Cour d’Honneur, avec leurs belles boiseries du XVIIIème siècle sont intactes, ainsi que le grand portrait en pied du Cardinal de Lorraine, mais gare à l’humidité et les intempéries !!

Le musée lapidaire autour du cloître n’a rien et c’est compréhensible. J’ai revu le tombeau de Jovin et la sainte face de St Nicaise, si curieuse et si obsédante avec son regard qui vous suit de quelques façons que vous le regardiez.

Tout çà a flambé toute la nuit. Ce matin cela brûlait encore et fumait. J’ai erré dans tant et à travers, tout cela pendant 3h. Saint Remy a été sauvé grâce à la présence d’esprit et à l’initiative de Lesage, l’aide de Ravaud, mon pharmacien de la rue du Cadran St Pierre, qui fait fonction de chef pharmacien de l’Hôtel-Dieu justement, qui avec Speneux, le commissaire de Police du 3ème canton, qui en fait rempli les fonctions de ministère public à mes audiences de simple police a paré au danger.

Les flammes du bâtiment qui touche l’aile nord du transept de St Remy, ou se trouve la sacristie et la statue de Jean-Baptiste de la Salle traversaient la rose centrale et celle-ci, les flammes aspirées par le regard rond à la clef de voûte pour livrer passage aux matériaux et aux cloches, léchèrent ce regard bouché par un tampon en planche et menaçaient ainsi d’atteindre la forêt de bois qui soutient toute la toiture du monument. Voyant cela Lesage et Speneux, uniquement éclairés par une lampe de poche, grimpèrent aux combles et se précipitèrent vers ce regard et démolirent ce tampon et en précipitèrent les débris fumants et charbonnants sur le pavé du transept. Il était temps, une poutrelle de la toiture était déjà léchée par les flammes et noircie…

1/4 d’heure plus tard Saint-Remy n’existait plus. Lesage m’a conduit voir cela, et m’a donné sur place ces explications. Pauvre St Remy, pourvu que les allemands, furieux de le voir encore debout et intact, ne recommencent pas encore de lui jeter de nouvelles bombes. C’est un avion qui, survolant la basilique, voulant certainement l’incendier, qui lâcha 3 bombes incendiaires énormes qui, au lieu de tomber sur la nef, tombèrent sur la lingerie de l’Hôtel-Dieu qui se trouvait sur le bâtiment de l’Est du cloître, touchant le transept nord, à 10 mètres près c’était St Remy qui était touché.

En 20 minutes de temps tout à flambé, il n’y a plus eu que la ressource de faire la part du feu et de sauver les 82 ou 84 malades qui restaient. Pas de mort, pas de blessé. Et cependant les allemands ont tiré sur les flammes. J’ai entendu des obus siffler venant de Brimont, mais ils n’arrivèrent pas jusque là.

Juste retour des choses les infirmières laïques et combien ! il faut voir les inscriptions sur les murs, qui s’étaient installés dans les cellules du dortoir des anciennes Religieuse de St Remy, les Augustines chanoinesses, dont quelques unes sont à l’Hospice Roederer, les infirmières, dis-je, n’ont eu que le temps de se sauver. Elles ont tout perdu, elles n’ont que leurs chemises sur leur dos ! Bien volé, bien spolié, bien violé, bien souillé…  purifié par le feu…

J’étais éreinté et de fatigue et d’émotion. Quelle vie. Quelle nuit ! Quelle journée et ce n’est pas fini.

On est découragé malgré soi.

Pour compléter ce récit est joint un petit livret de 12 pages résumant et complétant cette tragique journée, et diffusé par l’Académie de Reims en 1917.

Rapport à l’Académie de Reims

Incendie de l’Hôpital Civil de Reims (Ancien Hôtel-Dieu)

Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, par M. Louis Guédet, membre titulaire.
Reims  Léon Michaud, libraire de l’Académie
Monce et Cie, Imprimeurs de l’Académie  1917

Extrait des Travaux de l’Académie de Reims, Annexe Année 1915-1916 (Séance tenue à Paris, le 8 décembre 1916).
Tirage à 50 exemplaires

Préambule : Plan approximatif de l’incendie de l’Hôpital civil de Reims (13 août 1916)
Ce document figure en pièce jointe.

Incendie de l’Hôpital Civil (Ancien Hôtel-Dieu) de Reims
Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, heure centrale.

Extrait de « Note et impressions de Guerre »
Communication de M. Louis Guédet, membre titulaire.

Depuis près de trois heures, une demi-douzaine d’avions allemands survolent la ville. Leur bourdonnement est vraiment énervant et pas un des nôtres ne vient donner la chasse à ces oiseaux de malheur ! Que peuvent bien méditer encore les Vandales ?

8 heures – J’entends le sifflement caractéristique de deux ou trois bombes d’aéroplanes dans la direction de Saint-Remi.

8h.10. – Les pompiers de Paris, casernés à l’École Professionnelle de la rue Libergier, passent avec leur automobile sous mes fenêtres, se dirigeant vers Saint-Remi.

8h.30 – Un passant me crie que c’est l’Hospice civil qui brûle, rue Pasteur, et qu’il n’y a rien à faire : « Tout flambe ! » ajoute-t-il en s’éloignant au pas de course.

Je monte aussitôt sur une terrasse du toit de mon refuge. Spectacle inoubliable de destruction et d’horreur ! L’ancien Hôtel-Dieu de Reims n’est plus qu’une mer de flammes. C’est effrayant ! Je n’ai rien vu de semblable depuis l’incendie de la Cathédrale. Pourvu que Saint-Remi ne brûle pas !

A la lorgnette, je vois cependant les flammes lécher la rosace du transept nord de la vieille basilique, puis gagner au-dessus du cloître, vers l’ouest, les bâtiments adossés le long des cet édifice.

Je me hâte vers le lieu du sinistre. Les Allemands envoient des obus dans cette direction.

Je pénètre dans la cour d’honneur : le fléau paraît circonscrit, mais le cloître, la chapelle, le bâtiment central ne forment plus qu’un immense brasier. On évacue les quatre-vingt-deux malades restant encore dans l’Hospice. Le service se fait parfaitement et avec beaucoup de sang-froid, sous la direction de M. Guichard, vice-président de la Commission des Hospices, M. Houlon, membre, M. le Dr Simon (le Dr Hoel venant d’être blessé lui-même par une autre bombe, porte de Paris), M. le Maire de Reims, Dr Langlet, M. Régnier, sous-préfet, M. le Général commandant de place, etc…  etc…

Le personnel hospitalier, ainsi que les troupes accourues à l’aide, se multiplient avec un calme et un courage admirables.

On procède ensuite au sauvetage du mobilier, mais difficilement. Les pompiers de Reims luttent de dévouement avec les pompiers de Paris.

8h.55. – Une pluie diluvienne s’abat à ce moment sur nous. Il n’y a plus rien à faire qu’à protéger les bâtiments qui ne sont pas encore atteints. On est maître de l’incendie vers 11h.1/2 du soir. Je rentre donc chez moi à la lueur de cet immense brasier, tout consterné du spectacle que je viens de contempler.

Lundi 14 août, 7h – L’incendie a duré toute la nuit. Ce matin, je ne vois plus qu’une grande fumée cachant à demi Saint-Remi. Je retourne sur le théâtre de la catastrophe.

Dans la grande cour, au pied de l’escalier de pierre à double évolution du bâtiment principal, face à la rue Simon, la pompe à vapeur, avec son teuf-teuf régulier, lance des torrents d’eau sur les décombres fumants de ce qui a été l’Abbaye de Saint-Remi. Au milieu de la cour, infirmiers et infirmières entassent produits pharmaceutiques, appareils, brancards, matelas, linges, etc…  dans des voitures. M. Guichard avec son automobile, à l’avant duquel flotte un drapeau de la Croix-Rouge, transporte les infirmières au gracieux bonnet blanc à Saint-Marcoul, (Hospice Noël-Caqué), où ont été évacués les quatre-vingt-deux malades qui restaient à l’Hôpital civil.

Je rencontre le dévoué pharmacien de l’Hospice, M. André Lesage, qui m’aide à faire mon enquête sur la genèse et la progression du sinistre, tout en parcourant les locaux incendiés.

Le feu a été mis vers 8 heures du soir, par un ou plusieurs bombes incendiaires, tombées d’un avion allemand dans le grenier qui s’étendait au-dessus de la salle Museux et de l’ancienne lingerie.

On ne sait s’il est tombé une ou plusieurs projectiles. L’interne en médecine de garde, M. Louis Brodiez, a entendu distinctement trois explosions, mais elles ont pu être produites par le même engin ; ces bombes incendiaires étant très compliquées et parfois à éclatements multiples.

L’incendie a pris tout de suite de grandes proportions. M. Brodiez et son collègue en médecine, M. Marcel Jénot (1889-1956), arrivés aussitôt qu’ils l’ont pu avec des extincteurs dans le grenier qui brûlait, c’est-à-dire au plus tard deux ou trois minutes après la chute du ou des projectiles, disent que ce grenier paraissait alors entièrement en flammes et que des poutres étaient déjà calcinées au point de tomber et de les obliger à se retirer vivement.

L’alarme fut immédiatement donnée au commissariat de police du troisième canton, place Suzanne, et la première voiture des pompiers arrivait à 8h.10. Elle devait être suivie bientôt de tout le matériel des pompiers de Paris, puis de celui des pompiers de Reims ; mais d’autres incendies ayant été allumés ailleurs par les autres aéroplanes ennemis, on ne put envoyer à l’Hôpital civil qu’une partie du matériel de secours de la Ville.

Les troupes cantonnées dans le voisinage furent alertées et vinrent également à l’aide ; car il s’agissait non seulement d’éteindre l’incendie, mais surtout de sauver les malades qui occupaient encore plusieurs salles. Il y en avait dans les salles Henrot et Bienfait, salles situées directement sous les greniers qui flambaient et dans les différentes salles du rez-de-chaussée. Il n’y avait pas de malades dans la salle Museux au-dessus de laquelle commença l’incendie.

Aussitôt l’alarme donnée, les malades, qui n’étaient déjà tous couchés, furent priés de se lever s’ils le pouvaient et de descendre sans précipitation au rez-de-chaussée. Ceux qui ne pouvaient marcher furent enlevés avec leurs matelas par les soldats, sous la surveillance des internes et des infirmières. Mais le feu prenant de plus grandes proportions, on fit sortir tous les malades de l’Hôpital et on les conduisit dans les locaux de la Maison de Retraite, qui avait été abandonnée tout récemment par les vieillards. Cet exode se fit alors qu’il faisait encore jour, ce qui le facilita. Il s’effectua sans encombre, sans heurts, avec la discipline la plus parfaite malgré le bombardement.

Entre 10 heures et minuit, avec l’aide des Sauveteurs de Reims, qu’on trouve toujours au danger, et au moyen de leur voiture de sauvetage et des automobiles de la Maison Pommery, ces malades furent définitivement  transportés à l’Hôpital Noël-Caqué où ils trouvèrent des lits.

Pendant ce temps et malgré les premiers secours, le feu prenait de plus en plus d’extension. Il gagnait dans les greniers qui s’étendent au-dessus de la chapelle et du dortoir des infirmières, (ancien dortoir des religieuses Augustines de l’Hôtel-Dieu de Reims), d’une part, et au-dessus des salles Henrot et Landouzy.

Au-dessus du dortoir des infirmières, l’incendie se propageait avec une rapidité extraordinaire, le grenier s’effondrait bientôt sur le dortoir qui, dès 9 heures, était déjà écroulé lui-même sur la chapelle. De cette partie, il ne reste absolument rien, sauf la petite sacristie, élevée sur le côté nord de la chapelle, et la grande sacristie située au fond de la dite chapelle et qui, étant voûtée, a pu résister. Les infirmières n’ont pu rien sauver de leurs effets et mobilier personnels.

Les admirables boiseries de la chapelle, ancienne bibliothèque des Bénédictins, œuvre de l’artiste rémois Blondel, qui en recommença, dit-on, à ses frais et jusqu’à quatre fois les sculptures qui ne lui semblaient pas parfaites, ainsi que les tableaux qu’elle renfermait, tout est brûlé.

A côté de la chapelle s’élève le remarquable grand escalier de pierre ; vers la même heure, tout le grenier qui se trouvait au-dessus et que dominait un petit clocheton contenant une cloche s’effondrait et les poutres continuèrent à brûler sur les marches, détériorant les dalles et les rampes en fer forgé si riches d’ornements. Les pierres des marches sont toutes calcinées et cassées : il est à craindre que ce magnifique escalier ne soit irréparable, s’il n’est pas pourvu au plus tôt à sa protection contre les intempéries du temps, qui achèveront ce que les flammes et l’eau ont commencé.

Au-dessus de la salle Henrot, on avait heureusement pu installer une lance d’eau qui empêcha un peu le feu de progresser ; mais son effet fut faible et tout le grenier de ce bâtiment ne formait plus qu’un brasier pour 9h.1/2.

De là, bien qu’il n’y eut aucune communication entre ce grenier et celui du pavillon Buirette, le fléau avait atteint la toiture de ce pavillon ; par bonheur les pompiers de Reims, entrés avec leurs pompes par la rue Pasteur, attaquèrent ce commencement d’incendie et s’en rendirent maîtres.

A ce moment une pluie torrentielle tomba. Le feu était beaucoup trop violent et trop étendu pour que cette pluie pût diminuer l’incendie, mais je suis convaincu qu’elle eut pour effet de protéger Saint-Remi contre la très forte chaleur irradiée par l’énorme brasier de l’Hôpital.

A Saint-Remi on se précautionnait contre le développement de l’incendie. Mme Mercier, femme du sacristain mobilisé, avait déjà pris ses dispositions pour qu’en cas de nécessité on pût sauver les objets précieux et le Trésor.

Comme on le sait, Saint-Remi touche l’Hôpital par toute la partie septentrionale de l’église. Le transept nord de la basilique pénètre même dans les bâtiments du cloître et la grande rosace de ce transept donne directement sur les toits de l’Hospice. Cette rosace avait eu ses vitraux brisés en partie par une bombe qui, en septembre 1914, avait déjà démoli la salle Museux, et, pour éviter le froid et les intempéries, on l’avait bouchée avec des planches.

Au contact des flammes qui dévoraient les toitures de la salle Museux et de la lingerie, ces planches prirent feu et les flammes produites par leur embrasement pénétrèrent à l’intérieur du monument, assez haut pour gagner la voûte et lécher les planches entourées de bâches qui fermaient l’oculus de la clef de voûte du transept : le danger était imminent.

Les personnes qui se trouvaient à l’intérieur de l’église voyaient cela avec angoisse ; mais, ignorant la superstructure de l’édifice et le moyen d’arriver aux combles, elles se trouvaient impuissantes à conjurer ce nouveau péril. Heureusement le commissaire de police du troisième canton, M. Speneux et M. Lesage, pharmacien de l’Hôpital, accompagnés d’un employé de Mme Mercier, furent prévenus de cet incident. Ils montèrent dans les combles et, grâce à la connaissance parfaite qu’ils en avaient, arrivèrent assez vite à l’oculus menacé. Ils jetèrent à l’intérieur de la basilique, par ce regard, les planches, bâches et autres débris qui charbonnaient déjà. Il était grand temps, car les planches embrasées touchaient une grosse poutre de la charpente qui noircissait déjà, et était assez chaude pour qu’on n’y pût que difficilement porter la main.

Saint-Remi était sauvé, grâce à ces courageux citoyens.

Entre temps, l’incendie s’étendait toujours, mais assez lentement, vers la salle Bienfait dont l’extrémité sud est contigüe à la tour nord de Saint-Remi. On put amener les gros tuyaux des Pompiers de Paris qui, par une embouchure de deux centimètres de diamètre, lancèrent un jet d’eau sous une pression de deux atmosphères. On arrêta net l’incendie de ce côté ; il n’y eut que la toiture détruite.

Dès que les malades furent mis à l’abri, on sauva tout ce que l’on put : literie, matériel, objets d’art, tableaux des deux grandes salles du bâtiment d’honneur, (anciens appartements des Supérieurs bénédictins, actuellement appartements de la Directrice), les tableaux du réfectoire des infirmières dans le cloître, la table de Jean Godart, le beau cartel Louis XV et son socle, etc…  etc…

Le Musée lapidaire n’a subi aucun dégât, ainsi que le cloître proprement dit.

On sauva la comptabilité de l’Administration de cet Hospice dès le début.

A 11h.1/2 du soir, l’incendie était maîtrisé.

En définitive, sont totalement anéantis les combles et greniers qui s’étendaient au-dessus de la lingerie, de la salle Museux, du dortoir des infirmières, du grand escalier, des salles Henrot et Landouzy et des salles Bienfait et Luton, ainsi que ces différentes salles et la chapelle ; le grand escalier monumental est brisé et calciné.

Le feu a épargné, au premier étage, la salle Doyen, adossée à Saint-Remi, et toutes les salles des malades du rez-de-chaussée, y compris les cuisines et le réfectoire du cloître. De même les deux pavillons des deux côtés de la cour d’honneur, qui renferment l’infirmerie et la salle Mansuy.

Avant de quitter ces lieux désolés, je parcourus une dernière fois les ruines fumantes et ruisselantes de l’eau déversée par les pompes à incendie.

Voici les deux salles, vides de leurs meubles, du grand bâtiment en façade, occupées naguère par les Abbés du monastère de Saint-Remi, les belles boiseries du XVIIIe siècle sont indemnes, ainsi que le grand trumeau qui surmonte la cheminée du salon de réception, représentant le Cardinal de Lorraine. Dans le réfectoire des infirmières, l’une des tables n’est pas encore desservie ; au milieu de celle-ci, se trouve encore une jardinière ornée de fleurs.

La table de Jean Godart, faite d’une branche du chêne de saint Basle portée à force de bras dans le musée lapidaire, voisine avec le tombeau de Jovin et la Sainte Face du Christ, de Saint-Nicaise, si curieuse, dont le regard obsédant vous suit de quelque côté que vous le contempliez.

De la chapelle, plus rien que des cendres et poutres fumantes. La lingerie et la salle Museux semblent immenses à ciel ouvert. Dans les autres salles, ce ne sont que fers de lit tordus, brisés, linges et matelas à demi consumés, amas de bois finissant de brûler.

C’en est fait de l’ancien Hôtel-Dieu de Reims.

Singulières vicissitudes par lesquelles aura passé cette antique abbaye de Saint-Remi qui, à travers les temps, semble avoir été condamnée à être la proie des flammes.

C’est d’abord en 1098, époque à laquelle elle est aussitôt reconstruite par Guy de la Trémoille, retour de Terre-Sainte, où il était allé secourir Godefroy de Bouillon ; puis en 1551, du fait des gens de Henri II qui y logeaient. Le roi, qui était à Reims, crut devoir réparer le dommage et donna 24 000 livres pour y remédier.

Ce couvent est ensuite rebâti vers 1657, peu de temps après l’arrivée de la Congrégation de Saint-Maur qui y fit revivre la réforme et où la nouvelle règle fut observée jusqu’à la Révolution. Cependant, toutes ces constructions ne devaient pas avoir une longue existence. Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1774, le feu s’y déclara. Tandis que les uns luttent contre le fléau ou sauvent de l’église proche, dont l’aile septentrionale est déjà attaquée, la sainte ampoule, la châsse et le bâton de saint Remi, les autres pillent, volent et jettent par les fenêtres de la bibliothèque les manuscrits qu’ils disputent à la flamme, les milliers de volumes que les Bénédictins avaient réunis à grand frais. Sur 800 à 900 manuscrits et 25.000 volumes, dit Tarbé, on ne retrouva que 11.898 volumes et 245 manuscrits.

Duroche, architecte du roi, réédifia les bâtiments du monastère ; on venait de les achever quand la Révolution éclata. Ceux-ci, abandonnés par les moines, devinrent magasin militaire, caserne, ambulance. Ce ne fut qu’en janvier 1827, que l’Hôtel-Dieu, de la place du Parvis, y fut transféré et y demeura jusqu’à nos jours. Mais, fatale destinée ! l’œuvre de Duroche et celle de Blondel, qui avaient échappé à la tourmente révolutionnaire, devaient être, hélas ! incendiées et détruites par les Huns du XXe siècle.

Sic transeunt res mundi ! Ainsi passent les choses de ce monde !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 14 août – Après le bombardement d’hier soir, nuit tranquille. Nous voyons les lueurs et la fumée de l’incendie de l’Hôtel-Dieu. Il se continue toute la nuit. Un tué, un blessé. Visite au Fourneau rue Féry, à l’Hôtel-Dieu, à l’Économe qui nous fait voir les débris et les dégâts de l’incendie. M. Dage dîne avec nous. Visite à S. Marcou où l’on amène les malades de l’Hôtel-Dieu (les soldats ont aidé à combattre le feu et au sauvetage des malades). Je suis accompagné de M. Maitrehut ; reçu par Madame… Rencontre là Monsieur et Madame de Tassigny de La Neuvillette qui me disent toute sorte de bien de M. Nicol, leur Curé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Neuvilette


Lundi 14 août

Après une série de combats préparatoires, au nord de la Somme, nos troupes sont passées à l’attaque de la troisième position allemande, qui s’étendait depuis l’est d’Hardécourt jusqu’à la Somme, à hauteur de Buscourt. Sur ce front de 6 kilomètres et demi, notre infanterie a enlevé toutes les tranchées et les ouvrages fortement organisés par l’ennemi sur une profondeur de 600 à 1000 mètres.
Nous avons pénétré dans le village de Maurepas, dont la partie sud et le cimetière sont en notre pouvoir. Nous avons porté nos lignes sur les pentes sud de la cote 109 et sur la croupe à l’ouest de Cléry. Dès à présent 1000 prisonniers valides sont dénombrés: nous avons, en outre, capturé 50 mitrailleuses.
Toutes les contre-attaques ennemies ont été brisées.
Sur le Carso, les Italiens ont dépassé le Vallone et occupé Oppachiasella. Ils ont pris 270 hommes et 3 canons.
Autour de Goritz, les Autrichiens, renforcés, résistent à l’est de la ville en se servant de leur grosse artillerie. Les alpins italiens ont conquis une nouvelle position sur la Tofana, dans les Dolomites.
Les aviateurs anglais ont bombardé les hangars de zeppelins de Bruxelles, les voies ferrées de Mons et de Namur, les gares de Busigny et de Courtray.
Les Russes sont entrés dans Stanislau et ont progressé sur le Sereth. Du 5 au 10, ils ont fait 13000 prisonniers dans ce secteur, la seule journée du 10 en ayant donné 5000. Près de Monasteritza, leur butin a été de 2500 hommes; il a été de 1000 sur la Zlota-Lipa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 26 mars 1916

Berry-au-Bac

Louis Guédet

Dimanche 26 mars 1916

561ème et 559ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Cette nuit canonnade et bataille fort vive de 11h1/2 à 2h du matin. Peu dormi. Ce matin calme, vent très fort avec pluie et giboulées de neige fondue. Il fait très froid. Mon cœur est aussi glacé que le temps. Je n’ai pas les idées gaies après une nuit qui a été loin de les rendre couleur d’azur. Je marche toujours difficilement, et mon pied est fort gonflé…

Appris par Claude Helluy du « Courrier de la Champagne » que Louis de Granrut (Louis de Bigault de Granrut, caporal au 94ème RI, né en 1894 et décédé le 22 mars 1916 à Vadelaincourt (55)), fils de Charles de Granrut, directeur des verreries de Loivre, ami et camarade de classe de mes fils Jean et Robert, avait été tué à Froides-Terres près de Douaumont, aux derniers combats autour de Verdun. Voila un coup terrible pour le pauvre de Granrut, son fils unique, il ne lui reste plus qu’une fille, sur lequel il fondait toutes ses espérances d’avenir pour reconstruire et relever ses verreries de Loivre qui sont saccagées par les allemands et sont sur la ligne de feu. Je me demande même s’il songera maintenant à relever, à reconstruire cette usine ! qu’il ne voulait rebâtir que pour son fils à cause du nom. Maintenant lui disparu !!

A sa place je crois que laisserai disparaître cette usine. Ce sera malheureux pour notre région, mais comme il a une belle fortune et que le voila seul avec une fille qui certainement ne se mariera pas avec un verrier (Jeanne (1893-1969) épousera Joseph Savary de Beauregard et aura une nombreuse descendance). Alors !!! Voilà une industrie qui disparaitra de Reims sans aucun doute. Il est particulièrement atteint, il est également propriétaire de 1200 ha de bois en forêt au Four de Paris, au bois de la Gruerie (en Argonne), etc… !! Saccagée encore cette belle forêt où j’ai chassé maintes fois, qu’il conservait et avait pris en partage justement pour ce fils qui vient d’être tué ! Sa femme d’un autre côté détestait Loivre, ce gentil château des Fontaines. Je me demande même s’il ne quittera pas la région pour aller se retirer en Avignonnais, au château de Barbentane, pays d’origine de Mme de Granrut, qui est une Barbentane. Je le plains de tout mon cœur, il était devenu un bon ami pour moi quoique n’étant pas mon client ; mais il me consultait souvent et je voyais qu’il m’aimait. Je vais lui écrire en attendant que je le voie à Paris en avril quand j’irai.

Il pleut toujours à torrent, quelle triste et lugubre journée pour moi.

6h soir  M. Lesage, l’aide de M. Ravaud pharmacien, me quitte. Il vient de me faire passer 2 heures bien agréablement à bavarder de choses et d’autres. Il vient de m’apprendre que l’attaque de la nuit dernière avait été faite par les nôtres avec emploi de gaz asphyxiants. Opération qui avait très bien réussie. Il tenait cela d’un officier qui avait assisté à l’attaque. Il y avait beaucoup de cadavres d’allemands asphyxiés dans leurs tranchées. Il y a longtemps qu’on aurait dû déjà employer ces moyens-là avec ces sauvages.

Il m’a appris aussi la maladie, l’état assez grave du docteur Harman, 82 ans (1834-1922)!! C’est le seul docteur, professeur à l’École de Médecine, qui soit resté à Reims (occupation et siège) ! C’est un bien brave homme, mais original en diable !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 26 – Nuit bruyante autour et au loin de Reims, du cote du sud-est. Combat d’artillerie, éclairs continus et nombreux a l’est et au sud-est. Donne lettre pour le Président du Comité hispano-américain. Départ de M. Compant pour Paris, où il va voir le Président, pour avoir et faire passer des nouvelles en Ardennes ; de M. Cousu pour Tours. Retraite du mois. Canonnade, au loin, on pense vers Berry-au-Bac.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Berry-au-Bac

Berry-au-Bac


Dimanche 26 mars

En Belgique nous bombardons les tranchées ennemies à l’est de Boesinghe et aux abords d’Het-Sas. En Argonne, actions d’artillerie assez violente aux alentours du Four-de-Pmis, des Courtes-Chausses et de la Haute-Chevauchée. Activité d’artillerie à l’ouest de la Meuse sur nos deuxièmes lignes, à l’est dans la région de la côte du Poivre et de Douaumont, en Woëvre dans le secteur des Côtes-de-Meuse. Aucune action d’infanterie au cours de la journée écoulée. Les Russes ont fait une trouée dans les ligues allemandes près de la Dvina et Guillaume II s’est transporté à Vilna pour surveiller les opérations dans ce secteur. Les Anglais ont accompli de sérieux progrès dans l’Afrique orientale allemande. M. Milioukof, chef de l’opposition libérale à la Douma, a prononcé un important discours sur la question des Détroits. Il a, en même temps, critiqué la politique russe en Bulgarie. M. Haase, député socialiste, a fait une violente sortie au Reichstag, en préconisant une paix rapide. Le vapeur Sussex a été torpillé entre Folkestone et Dieppe: cinquante victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 19 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 19 mars 1916

554ème et 552ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Journée de travail forcé pour arriver à répondre à mon courrier en retard. C’est fait, mais j’ai travaillé et écrit toute la journée. D’un autre côté cela a été une bonne chose à cause de la foulure de mon pied qui va beaucoup mieux avec cette immobilité forcée. Vu Charles Heidsieck, son fils Georges (né en 1896, tué à Vincelles (51) le 16 juillet 1918) vient de quitter Éclaron (près de Saint-Dizier, en Haute-Marne) où son régiment était cantonné pour partir comme volontaire sur le front. M. Charles Heidsieck m’a écrit sa lettre d’adieu qui est bien noble, simple et généreuse. Pauvre enfant ! Que Dieu le protège ! Le père était assez ému en m’apprenant cela, je le comprends ! Vu M. Lesage, l’interne de M. Ravaud, pharmacien, qui m’a massé un peu comme je faisais moi-même, du reste. Et voilà ma journée terminée. La nuit passée, canonnade qui m’a réveillé souvent, je n’y étais plus habitué. Dans la journée, quantité d’avions se tiraillent et canonnés par les uns les autres selon qu’ils étaient amis ou ennemis. Avec tout cela nous recevons les schrapnels qui n’ont pas éclatés et qui nous retombent dessus ! Comme si nous n’avions pas assez de ceux que les allemands nous envoient sans compter !! Hier après-midi il en est tombé ainsi dans le voisinage, et un français, un 75 !… Tout cela respire la reprise de l’activité, pourvu que nous n’en recevions pas les éclaboussures !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Alfred Wolff

Petite bataille aérienne, c’est palpitant, les mitrailleuses crachent.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Dimanche 19 mars

En Belgique, notre artillerie a bouleversé les tranchées de la région de Boesinghe. Entre Oise et Aisne, nous canonnons une troupe allemande qui se dirigeait vers Vasseur, nord ouest de Soissons. A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont bombardé la région des bois Bourrus. A l’est, après une intense préparation d’artillerie, ils ont dirigé, au cours de la journée, une série d’attaques partielles, entre le village de Vaux et la région au sud de la ferme d’Haudremont. Mais ils ont été arrêtés partout par nos tirs de barrage. Nos batteries ont été très actives en Woëvre où elles ont provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions. Une attaque allemande s’est produite en Lorraine contre nos positions de la régnon de Thiaville. Une contre-offensive immédiate a rejeté ceux des ennemis qui avaient pu pénétrer dans notre tranchée avancée. Deux obus de gros calibre ont été lancés dans la direction de Belfort. L’artillerie russe a dispersé une colonne ennemie en marche près de Dvinsk. Nos alliés ont occupé Malsamohun, à 90 kilomètres à l’ouest d Erzeroum, sur l’Euphrate. Ils ont fait plus de 8oo prisonniers turcs. Les partis pangermanistes ont déposé au Reichstag des motions en vue du maintien de la politique sous-marine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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