• Monthly Archives: novembre 2015

mardi 30 novembre 1915

Caserne Colbert

Louis Guédet

Mardi 30 novembre 1915

444ème et 442ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps froid avec pluie et rayons de soleil. Présidé mon tribunal de simple police, une centaine d’affaires presque toutes jugées. Les gendarmes en ont pris pour leur…  grade. Le commissaire de Police leur a dit leur fait, et entre autres qu’ils étaient là pour faire respecter la loi, mais que par contre ils ne devaient pas oublier que la population de Reims était digne d’intérêt et bien assez malheureuse et n’avait pas besoin d’être…  molestée par les Gendarmes !! Les bombes et obus étaient suffisants. Les 3 pandores qui étaient là ne savaient pas si « c’était du lard ou du cochon » comme on dit dans mon village ! J’espère que la leçon servira.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Bombardement sérieux, vers Pommery et le Champ de grève.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille, visite de M. Rampillion des Moguèle.

Visite au Docteur Gauge, à M. Lefèvre, maison des Chapelains. Ordina­tion par Mgr Neveux, de M. Maurice Broux, au diaconat (du diocèse de Lille).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 30 novembre

Combats à la grenade en Artois, aux abords de la route de Lille, et en Lorraine, autour de Reillon.
Au nord du Labyrinthe, nous avons, par une vive attaque, chassé l’ennemi de l’entonnoir qu’il occupait. Il a subi des pertes sensibles.
C’est un sérieux échec que les Allemands ont essuyé à Berry-au-Bac, devant un de nos ouvrages. Ils ont laissé des morts et des prisonniers.
Quatre taubes ont survolé Verdun et jeté des bombes. A titre de représailles, cinq de nos avions ont bombardé la gare de Brieulles, au sud de Stenay, coupant la voie ferrée et forçant un train à rebrousser chemin.
Un de nos avions a dû atterrir à Dompcevrin (rive gauche de la Meuse). Les aviateurs sont sains et saufs.
Avance russe en Courlande.
Les Italiens ont fait encore plusieurs centaines de prisonniers autour de Goritz.
La situation à Monastir est devenue assez précaire. Néanmoins, les Bulgares n’ont pas encore attaqué la ville qui est défendue par le colonel Vassich. Le mauvais temps continue à suspendre les opérations dans le secteur français de Macédoine.
Les échanges de notes se poursuivent entre les alliés et la Grèce : aucun résultat définitif n’est encore acquis.
Le roi de Roumanie a lu le discours du trône qui n’éclaircit toujours pas l’avenir.
Lord Kitchene
r a traversé Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 29 novembre 1915

Châlons-sur-Marne

Louis Guédet

Lundi 29 novembre 1915

443ème et 441ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Verglas, pluie, vent, froid toute la journée, lugubre. Du canon au loin, difficile à distinguer (à cause du vent) vers Berry-au-Bac. Travaillé d’arrache-pied et je n’ai pas encore fini. J’ai encore pour ma soirée à voir 100 procès-verbaux de simple police pour demain à mon audience. Il y a moins de chiens !! Le hanneton des gendarmes (le gendarme est un des noms du hanneton des jardins) et de l’inspecteur de gendarmerie Charles se repose. Ce n’est pas dommage. Vu le Procureur pour une question de chambre. Je vais faire une séance à nos 2 Lefebvre pour délivrer un certificat de moralité à un fils des Laduré !! Nous marchons à travers toutes les illégalités !! Sur 7 membres nous nous réunissons à 2 !! et le quorum ! qu’en fait-on !! allons-y !! Une illégalité de plus ou de moins !! A cela près par le temps qui court !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dégel et verglas.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 29 – Nuit absolument silencieuse. Verglas, pluie, à 8 h. 1/2 matin 2 degrés au-dessus de zéro. Le bruit court – non confirmé – qu’une grande bataille est engagée du côté de Châlons(1). Tranquillité complète à Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Aucune action d’envergure n’est engagée en Champagne à la fin de 1915. On peut remarquer la prudence du Cardinal par rapport aux informations non fondées.

Lundi 29 novembre

Canonnade sur l’ensemble du front. A Berry-au-Bac, une forte reconnaissance a été dispersée.
En Belgique, nous avons abattu un taube qui est tombé à la mer près de Westende. Un torpilleur et des canots allemands sont sortis pour le sauver. Un canot a été coulé par les hydravions alliés et par notre artillerie.
Dix avions français ont bombardé les hangars d’Habsheim, à l’est de Mulhouse : les hangars ont pris feu. Nos projectiles ont endommagé un aviatik. Vainement l’ennemi a essayé de nous poursuivre. Nous avons forcé un aviatik à atterrir ; un autre a capoté.
Près de Nancy, un avion de chasse français a abattu un avion allemand et contraint un autre à faire demi-tour.
En Macédoine, calme relatif dans notre secteur. Serbes et Bulgares combattent avec acharnement entre Prilep et Monastir. Les Allemands prétendent s’être rendus maîtres de la plaine de Kossovo.
Les Turcs ont essayé en vain de nous faire reculer à Gallipoli en lançant des gaz suffocants.
Les Russes ont progressé près de Mitau, en Courlande.
Les Anglais ont pris des mesures de police contre des agitateurs qui travaillaient les Bédouins de la fronti
ère syrienne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 28 novembre 1915

Le Miroir

Louis Guédet

Dimanche 28 novembre 1915

442ème et 440ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Soleil. Gelée et vent d’est froid et cinglant. Messe de paroisse rue du Couchant. L’abbé Landrieux dit en quelques mots à ses paroissiens qu’il va les quitter pour la Mitre à Dijon. Travaillé, fait mon courrier. Vu Charles Heidsieck, les Abelé, rentré chez moi et mis à jour ma correspondance jusqu’à présent. Écris aux Schulz à qui je n’avais pas écrit depuis longtemps à cause d’un imbécile de policier qui croyait que nous faisions de l’espionnage !!!…  c’est à gifler. Je suis fatigué. Il est 10h du soir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Très forte gelée, qui a pris subitement et va jusqu’à – 8 à – 10°.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Nuit tranquille, sauf gros coups de canon de temps en temps. Visite aux soldats chez les Petites Sœurs des Pauvres, 9 hl/2, Géné­ral et Colonel présents ; chapelle et tribunes pleines. Retraite du mois. Très froid, à 9 h. soir, 5 degrés au-dessous de zéro.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 novembre

Vives actions d’artillerie en Belgique (régions de Lombaertzyde et de Boesinghe, et au sud de la Somme (secteur de Fouquescourt).
Au nord de Saint-Mihiel, nous avons démoli une batterie ennemie à la cote Sainte-Marie. A Billy-sous-Mangiennes, nous avons dispersé un fort détachement par un feu à longue distance.
Les ennemis ont fait une triple tentative par gaz suffocants dans le secteur Forges-Bethincourt, à l’ouest de Verdun. Ces trois émissions ont abouti à un échec total.
Dans le secteur français de Macédoine, nos avions ont bombardé les environs de Stroumitza et la ville d’Istip.
Nos troupes, à raison du repli des Serbes, sont revenues de la rive gauche sur la rive droite de la Cerna.
Aux Dardanelles, notre artillerie a détruit des pièces turques de gros calibre, et notre travail de mines a heureusement progressé.
Les ministres alliés à Athènes ont remis un aide-mémoire à M. Skouloudis pour préciser leurs desiderata.
Une mission militaire russe est arrivée à Londres. Le général russe Gilinsky est venu également
en mission à Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Samedi 27 novembre 1915

le CBR

Louis Guédet

Samedi 27 novembre 1915

441ème et 439ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Beau temps, froid, gelée. Caisse d’Épargne ce matin pour les paiements et l’après-midi pour les souscriptions au 5% défense nationale. C’est un vrai travail !! Cet emprunt à l’air de bien aller, mais pour les employés quels calculs et casse-têtes. Entretemps vu le Président Hù pour mon jugement Réquisition Hayon : incompétence. Nous sommes d’accord, ce n’est plus qu’une question de rédaction. Nous devons y voir. Je suis épuisé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf violents coups de canons de 9 à 11 h. 1/2 soir et de temps en temps la nuit. Forte canonnade le soir à 6 h. et à 9 h. Temps à autre, item pendant la nuit. Rentrée et visite de M. Landrieux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 27 novembre

Canonnade intermittente sur tout le front. L’activité de l’artillerie a pris un tour plus vif en Argonne: nos batteries ont fait sauter un dépôt de munitions allemand dans la région de la Fille-Morte.
Dans le secteur de Courtes-Chausses, combat à la grenade; nous occupons un entonnoir de mine, après en avoir délogé l’ennemi.
La neige tombe en abondance sur le versant oriental des Vosges.
Bombardement violent et réciproque sur le front belge.
Les Serbes poursuivent leur mouvement de repli vers l’Albanie.
Les Russes ont remporté des succès au sud de Dwinsk et à l’ouest de Riga. Le général allemand qui commande l’armée de Volhynie a reçu l’ordre d’enlever le passage du Styr : à défaut, il sera destitué.
Les Italiens ont fait de nombreux prisonniers sur les pentes qui dominent Goritz.
Lord Kitchener est arrivé à Rome, où il a conféré avec MM. Sonnino et Salandra.
M. Denys Cochin a été fêté en grande pompe par le conseil municipal d’Athènes. La Grèce négocie avec la Quadruple Entente sur les détails de la neutralité
bienveillante.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 26 novembre 1915

La cathédrale vue du quartier des laines
ob_e44576_amicarte51-100Ma chère Isabelle,
nous voilà dans les baraquements en planches où le froid ne s’y fait pas trop sentir malgré sa vivacité au dehors.
La santé est toujours excellente.
Reçu une lettre de cousine Jeanne où elle me dit qu’elle t’a écrit.
Je rentre, la neige tombe.
Recevez tous mes meilleures caresses avec deux toutes particul
ières pour toi et ma Raymonde.
Ton bien aimé.

ob_305c6f_quartier-des-laines-19-septembre-1914Un courrier assez court, qui ne nous en apprend pas beaucoup… en dehors du fait que son rédacteur a dû perdre sa maison pour cause de bombardements et d’incendie, puisqu’il est réfugié dans un baraquement en planche.
ob_3dd7e2_cachetsHeureusement, malgré le froid de ce mois de novembre, cela semble quand même « vivable » ! C’est d’un contraste certain avec le lieu où se trouve Isabelle, puisque l’adresse du destinataire est Ibrahimieh, un quartier d’Alexandrie en Egypte.

Cette carte a été postée le 27 novembre 1915 comme l’atteste le cachet de Reims, et a été tamponnée 13 jours plus tard, à Ibrahimieh, le 10 décembre 1915.

 

 

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Ibrahimieh (Alexandrie), en 1905.

La vue de cette carte rémoise envoyée en Égypte nous est assez familière, et nous présente encore une fois, la cathédrale meurtrie, sans toiture ni charpente… une photo prise depuis le quartier des Laines, avec en premier plan, les ruines de l’ancien Couvent Franciscain des Cordeliers. Le quartier avait été bombardé le 18 septembre 1914, la veille de l’incendie de la cathédrale de Reims.

Ci-dessous, une vue de la Maison Gaston Lainé, rue des Trois-Raisinets, qui utilisait avant guerre l’église comme entrepôt. Les ruines du couvent servent aujourd’hui de cadre à un parc très agréable.

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Vendredi 26 novembre 1915

Rue des Trois Raisinés

Louis Guédet

Vendredi 26 novembre 1915

440ème et 438ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps et giboulées de neige. Rien de saillant, toujours le calme. Ce matin assez occupé, des courses le soir, souscrit pour les obligations de défense nationale 5% (Ces obligations sont dans un dossier à part) Pas de nouvelles de ma femme. Cela me peine toujours et cependant je ne devrais pas en attendre tous les jours, elle a d’autres choses à gérer. Comme tous les soirs je suis fort triste et las.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

26 novembre 1915. Comme suite au compte-rendu de la séance du conseil muni­cipal donné hier par Le Courrier, nous lisons ceci, dans son numé­ro d’aujourd’hui :

Les contributions à Reims.

Voici le texte de la motion soumise par M. Gustave Hou­lon, au conseil municipal de Reims, tendant à la passation en non-valeur de la cote personnelle et mobilière pour l’année 1915 Cette motion n’a pas été adoptée. Elle aurait cependant écarté toutes les difficultés que ne manquera pas de soulever l’établissement des cotes dans les circonstances actuelles.

LES CONTRIBUTIONS A REIMS. Vu le bombardement métho­dique et presque journalier subi par la ville de Reims depuis près de quinze mois, qui peut l’assimiler à un champ de ba­taille permanent pendant cette période,

Considérant que cette situation terrifiante a motivé et ex­plique l’exode des 4/5 de la population, tandis que le reste des habitants, composé pour plus de moitié d’assistés, a dû cher­cher dans des logements excentriques et surpeuplés, ou dans des refuges souterrains une sécurité relative,

Que les 4/5 des logements fermés empêchent de se rendre compte de leur état de dévastation, mais qu’en raison de la quantité d’obus tombés sur la ville, il n’est pas téméraire de présumer que dans les trois cantons, aucun des immeubles n’est resté indemne des éclats directs, ou des effets des chutes des projectiles ayant anéanti un grand nombre d’entre eux, Qu’il serait souverainement injuste de voir l’administra­tion financière taxer des locaux dont l’administration mili­taire empêche la jouissance par une interdiction de retour,

Qu’il serait au contraire de toute équité que la ville de Reims, ayant supporté plus que sa part des coups de l’ennemi, pût compter sur la solidarité nationale pour le reversement des centimes communaux nécessaires au maintien de sa vie ad­ministrative, en attendant la reprise de sa vie sociale et éco­nomique,

Demande :

Que le rôle de la contribution personnelle-mobilière pour 1915 de la ville de Reims soit admis en non-valeur en raison de l’état de destruction auquel a été soumise la ville pendant l’année.

Suit l’exposé assez long fait au conseil municipal par

M. Gustave Houlon et, pour terminer, cette conclusion du journal :

L’Etat a fait pression sur la municipalité de Reims pour l’amener à accepter le principe de l’exigibilité des contributions durant la délicieuse année 1915. La municipalité avait de­mandé de l’argent à l’Etat pour remplir sa caisse vide. L’Etat lui a répondu : « Je veux bien remplir votre caisse mais à condition que vos administrés me fournissent l’argent. « 

Ceci prouve que si l’on chante volontiers, en haut lieu, les gloires des « cités martyres », l’on s’entend beaucoup mieux en­core à faire chanter leurs contribuables.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Nuit tranquille, rien. Visite de M. Compant. Via crucis in cathedrali. Visite de M. le Docteur Gaube. Visite de M. le curé de Villers-Marmery et de l’Instituteur libre de Verzy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 novembre

Combats à la grenade, en Artois et en Lorraine, sur quelques parties du front.
Notre artillerie a exécuté des tirs efficaces sur des emplacements de mitrailleuses dans la région de Frise (vallée de la Somme) et dans la région de Roye, sur la station de Beuvraignes et sur Laucourt.
Canonnade sur l’ensemble du front.
Sur le front d’Orient, nos troupes ont eu un combat avec les Bulgares, à l’est de Krivolak. Les Bulgares ont été repoussés.
Les Serbes luttent vigoureusement entre Prilep et Monastir et dans le secteur de Katchanick.
Aux Dardanelles, les Turcs ont vainement tenté trois assauts contre le front anglais. Ils ont été décimés par les feux de l’infanterie et de l’artillerie anglaises auxquels se joignaient ceux de l’artillerie française. Nos avions ont par ailleurs bombardé la voie ferrée Constantinople – Dedeagatch.
Le grand emprunt 5% a été ouvert dans toute la France.
La Grèce a remis aux alliés une réponse favorable.
L’armée anglaise du golfe Persique s’est avancée jusqu’aux approches de Bagdad. Elle a fait 800 prisonniers. Elle a 2000 morts et blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 25 novembre 1915

Spahis dans les tranchées

Louis Guédet

Jeudi 25 novembre 1915

439ème et 437ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Journée grise. Parti à 7h du matin à Trigny, arrivé vers 9h. Trouvé le pauvre Trigny de mon cher Maurice Mareschal mis et traité en pays conquis par la (?)ème Division du premier Corps. C’est triste à dire, mais ces messieurs de l’État-major sont des sauvages et des mal-élevés. En arrivant, personne, le vide, en dignes embusqués, jamais personne pour répondre…  J’entre dans la cuisine, où je trouve 3 soldats très affairés autour de 2 langoustes !! pour les présenter selon les règles de l’Art culinaire à ces messieurs pour leur déjeuner, à côté côtelettes, etc…  etc…  Le ventre d’abord et ensuite…  la saleté !!… J’ai trouvé une maison si proprette naguère, si léchée, dans un état de malpropreté sans nom. Je fais mon tour, toujours personne. Tout le monde est fort occupé par un travail (?) fort absorbant !! Je visite leurs chambres !! Style soldat, militaire, rien de rangé, pas de lit de fait, etc…  Bref je vois nos braves serviteurs, Alix Sohier, Grenier femme du gardien, je déjeune et vers 11h3/4 je ne puis m’empêcher de dire aux Vatels de ces seigneurs que tout est sale !! et ma surprise en même temps que mon indignation. Tout le monde comme je m’y attendais rapporte au chef de la Popote, qui d’un ton supérieur déclare à son sous-verge, sous-off veux-je dire, qu’Ils étaient chez eux et que je n’avais pas d’observations à faire…

L’après-midi je règle nos affaires et avant de partir je prie un des « Vatel » de vouloir bien demander au maître de Céans de vouloir bien me recevoir et quand il daignera. S’amène un jeune freluquet de capitaine me demandant ce que je voulais. Alors, en insistant sur mes intentions courtoises, je lui ai mis le nez dans toutes ses ordures…  Nous nous sommes quittés bons princes, mais j’attends mon prochain voyage pour voir ce qui aura été fait…  Tas d’embusqués !!

En rentrant trouvé lettre de ma chère femme enfin, j’avais peur de son silence, croyant à quelque maladie, etc…  Trouvé pas mal de dossiers et surtout un dossier Hayon de réquisitions militaires qui n’est pas sans me préoccuper quoique je sois fixé sur la décision que je dois prendre dans mon jugement mais comme il fera peut-être jurisprudence, je veux écrire ma décision et surtout avoir raison. Je vais me renseigner sur ce point, et enfin, juger, tout bien pesé. Je serais heureux d’être approuvé par ma chambre d’appel, et ma foi assez fier de mon succès. Et puis c’est un point de droit à fixer juridiquement pour toute la France. Ce mérite réflexion et conscience.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

jeudi 25 – Nuit tranquille, sauf canonnade assez forte de 9 h. à 10 h. soir.

Visite de M. le Doyen de Saint-Jacques. Tour en ville ; visite de M. Dalerue.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

jeudi 25 novembre

Matinée calme dans l’ensemble du front, sauf en Woëvre, au bois Brûlé, où l’ennemi a lancé des obus suffocants, sans résultat.
Dans l’après-midi, activité d’artillerie en Artois, où la gare d’Arras a reçu une cinquantaine d’obus; dans la région de Loos et de Souchez; du côté de Soissons et en Champagne; en Lorraine, dans les secteurs de Flirey et de Reillon; dans les Vosges, à la Tête-de-Faux, et à l’Hartmannswillerkopf. Nos batteries ont partout riposté et gardé l’avantage.
Les batteries belges ont dispersé des travailleurs, canonné des tranchées et des postes d’observation.
Les Russes ont remporté des succès sur le Styr, et il se confirme, d’autre part, que les Allemands ont subi de très fortes pertes dans la région de Dwinsk.
Les Italiens ont capturé un certain nombre de prisonniers sur l’Isonzo.
Les Serbes ont quelque peu amélioré leurs positions et les Bulgares ont suspendu leurs attaques dans la région de Monastir.
La Grèce a accueilli favorablement, dans l’ensemble, la remise de la note
des alliés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 24 novembre 1915

Délégation suédoise

Louis Guédet

Mercredi 24 novembre 1915

438ème et 436ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Il dégèle et fait froid, temps gris, maussade. Rien de bien intéressant : allocations militaires ce matin et cet après-midi courrier à mettre à jour. Journée monotone comme beaucoup d’autres et ce n’est pas fini. Mon vieil expéditionnaire n’est pas venu ce matin, pourvu qu’il ne soit pas malade, il me secondait et me soulageait, qui retrouver s’il vient à ma manquer. Pas de nouvelles de mes aimés. Cela m’inquiète toujours. Je deviens si impressionnable, si cela continue je tomberais.

Je me suis réinstallé à mon bureau, et je retrouve avec joie mes manies, mes habitudes d’antan sur ce vieux compagnon de vie de rude labeur. Il a déjà vu bien des choses, et il m’a vu aussi souvent plus malheureux qu’heureux, que d’heures pleines de soucis j’ai vécu près de lui, peu de joyeuses, de vraiment heureuses, néanmoins je l’ai retrouvé avec joie. Il me parait immense auprès du petit bureau que j’avais jusqu’ici. Puisse-t-il être toujours aussi grand à mes regards et qu’il voie de nombreuses affaires passer sur son tapis vert et qu’il voie aussi jusqu’à ma mort une vie heureuse, sans souci nouveau, et que revenu après bien des vicissitudes il ne soit pour moi désormais qu’un compagnon de bonheur et de prospérité sans cesse croissante. J’en ai tant besoin. J’ai déjà tant souffert qu’il est grand temps que nos épreuves soient finies et que j’atteigne maintenant l’ère de la tranquillité, du bonheur de voir heureux nos aimés et que mon bureau témoin muet de mes secrètes pensées soit aussi le témoin de ma prospérité revenante, tout en restant l’homme de Devoir et de l’Honneur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons de 9 h. à 10 h. Expédiée lettre au Cardinal de Lai pour la question de charger les Aumôniers du soin des séminaristes, trop abandonnés et timides. Visite de M. Nicot, curé de la Neuvillette. Visite de M. Berthauld (?), vicaire de Saint-Pierre de Chaillot, aumônier militaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Pour montrer au monde l’horreur des bombardements, en particulier ceux de la Cathédrale, Reims a reçu, tout au long de la guerre des délégations de parlementaires qui y viendront régulièrement ainsi que des groupes de journalistes en provenance des cinq continents.

Toutes les photographies ci-dessous viennent du « Fonds Valois » (de la rue de Valois à Paris où étaient déjà les bureaux des « Beaux-arts »)

Pour en savoir plus : lire l’article d’Hervé Chabaud : Compatir, soutenir, s’indigner, Les visites de personnalités à la cathédrale, pp 79-81 dans Reims 14-18 – De la guerre à la paix, éd. La Nuée bleue.

Ces photographies prises le 24 novembre 1915 de la mission suédoise :

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Mercredi 24 novembre

Journée calme sur l’ensemble du front. L’action de l’artillerie est ralentie par le brouillard. Nous réduisons au silence les batteries ennemies qui tiraient sur nos tranchées de Roclincourt, en Artois, sur nos positions entre Aisne et Argonne et dans la région du bois Le Prêtre.
Explosions de mines en Argonne, au nord de la Houyette et dans le bois de Malancourt.
Sur le front belge, légère canonnade allemande. L’artillerie belge disperse des groupes de travailleurs ennemis.
Sur le front d’Orient, accalmie dans le secteur de la Tcherna et dans le secteur de Stroumitza.
Les Allemands et les Autrichiens ont redoublé de vigueur dans la pression qu’ils exercent à Bucarest, mais sans résultat appréciable.
M. Denys Cochin est de retour à Athènes. Il a déjeuné au palais royal. L’Angleterre dément qu’elle exerce un blocus réel contre la Grèce. Les quatre puissances alliées ont fait remettre une note à la Grèce pour lui demander de préciser ses intentions.
Un bateau-vigie allemand a été coulé par les Russes dans la Baltique.
Malgré de furieuses contre-attaques dirigées contre eux par les Autrichiens, les Italiens ont conservé toutes leurs positions sur l’Isonzo moyen.
La viande de porc a atteint des prix fabuleux outre-Rhin, où les journaux sont pleins de doléances à ce sujet.
Lord Kitchener a annoncé, dans une interview, que l’Angleterre aurait bi
entôt 4 millions d’hommes sur pied.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 23 novembre 1915

Louis Guédet

Mardi 23 novembre 1915

437ème et 435ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Gelée et brouillard intense toute la journée, quelques coups de canon. Comme toute la journée pour la Vile.

Reçu lettre de Émile Français, un ami de Maurice, qui m’apprend que Pierre Minelle (Pierre Minelle, docteur en médecine, membre du CIO (1869-1953), père de Bernard Minelle (1903-1994), grand ami d’André Guédet), aide-major aux Dragons, vient de partir à la tête d’une ambulance en Serbie ! Que sa pauvre petite femme doit être navrée, désolée. Pauvre Pierre, lui si gai, un peu « Cadet de Gascogne », il doit la trouver cruelle. Comme je le connais, faire la guerre en France aux allemands passe encore…  mais en Serbie !! Cela ne doit guère lui aller ! Quelle destinée que notre quatuor : les 4 Mousquetaires comme nous nous appelions, de nos premières années à Reims, clerc de notaire débutant chez Douce, Charles Decès, jésuite missionnaire, à Madagascar actuellement aide-major mobilisé à Tananarive. Je l’avais connu à la suite de la venue du curé de Perthes, pays natal de ma mère, l’abbé Monot, à la clinique de l’Hôtel-Dieu de Reims, dont le père de Charles Decès, le Docteur Arthur Decès (Docteur en médecine, 1831-1900), était le chirurgien en chef avec Pozzi (Docteur Adrien Pozzi, 1860-1939, Maire de Reims de 1904 à 1908) comme 2d (second) et la Mère St Jean comme religieuse directrice du service. (Qu’est-elle devenue en Belgique à Cras-Avernas avec toutes ses co-religieuses ???) (Ces religieuses Augustines restèrent à enseigner dans l’école libre de Cras-Avernas de 1903 à 1922 puis rentrèrent en France).

J’allais voir tous les jours de 12h1/2 à 1h1/4 le bon Curé. J’expédiais mon déjeuner au grand dam de Pausé (à vérifier) et Berton (à vérifier) mes compagnons de table au Grand Hôtel, c’était une course de la Cathédrale à St Remy et rentré à l’Étude, 24, rue de l’Université (ancienne rue de la Peirière) à 1h1/2. Là je rencontrais Charles Decès qui faisait sa 1ère année de médecine dans le service de son Père avec Pierre Minelle. Nous nous liâmes. Le bon curé fut opéré (le pied amputé) et puis parti pour aller mourir quelques mois après dans sa paroisse. Il me recommanda à Charles et à St Jean (comme on l’appelait) et je continuais ces relations, il me fit connaître Pierre Minelle et Maurice Mareschal. Quelle destinée ? Charles se fit jésuite après son doctorat en médecine et parti à Madagascar où il est encore. Voilà Pierre parti en Serbie. Le conserverai-je celui-là. Quant à Maurice mon meilleur ami, celui qui m’était le plus attaché, tué il y a 1 an.

M’en restera-t-il un des 3…  pour mes vieux jours…  si je survis à la tourmente ? Reçu une lettre fort affectueuse de René Mareschal, l’ainé des fils de mon cher ami, qui est à Saumur, chez M. Girard-Amiot, pour son éducation au métier de commercial de Champagne, il ne peut être en de meilleures mains. J’ai remarqué la ressemblance frappante de l’écriture de cet enfant avec celle de son Père. On jurerait la signature de Maurice. Pauvre cher Maurice !

Vu Charles Heidsieck qui va mieux mais reste encore étendu (alité). Henri Abelé qui hier a failli être tué à Épernay par l’auto dans laquelle se trouvait de Bruignac notre adjoint. La faute est au chauffeur municipal. Dégâts : 2 roues arrière cassées à la voiture de Charles Heidsieck.

Nous avons causé longuement de la nomination du Curé de la Cathédrale, l’abbé Landrieux, à l’évêché de Dijon. Tous nous étions unanimes pour dire que c’était une perte pour notre paroisse de la Cathédrale, pour Reims et notre diocèse. Ni Abelé ni Heidsieck, qui pourtant étaient des intimes-intimes, ne le savaient. La veille de son départ pour Rome l’abbé Landrieux avait déjeuné chez Henri Abelé dans ses caves. Celui-ci nous a lu une lettre de lui de Rome où il annonce sa nomination et son acceptation après 2 jours de luttes et de résistance. Il était presque parvenu à convaincre Benoît XV quant celui-ci, après avoir consulté à nouveaux les cardinaux français, lui intima l’ordre d’obéir. Le Brave curé parait être tout novice, lui qui ne voulait jamais quitter Reims et qui avait accepté d’être curé de la Cathédrale à cause de cela pour qu’on ne songe plus à lui offrir une Mitre. Il parait que le Cardinal Luçon est désolé de cette nomination qu’il n’a connue que par la lettre du Vatican appelant M. Landrieux à Rome. C’est une perte pour la Cathédrale qui avait besoin de lui pour se relever de ses ruines. Qui va-t-on nommer à sa place ?? Je ne vois personne capable de prendre cette charge…  J’irai à l’Archevêché voir le Cardinal ces jours-ci et je verrai ce qu’il en retourne. Voilà ma journée. Je suis fatigué. Pourvu que je puisse dormir et que je n’ai pas d’insomnies !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille en ville ; canonnade violente jusque assez avant dans la nuit, jusque vers 10 ou 11 h. Gros coups.

Visite de l’aumônier militaire de Lille, M. Régent, ………….de la Légion d’Honneur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 23 Novembre 1915. J’ai appris une triste nouvelle dans les journaux. M. Fonder, le sous-officier qui était au 16e dragons a été tué tout près de Souain. Un camarade l’a écrit à sa femme. C’est en revenant de se faire panser une blessure au bras qu’il a reçu des éclats d’obus aux reins et dans le ventre. Un camarade a assisté à ses derniers moments et a pu après l’attaque le faire enterrer dans le cimetière de Suippes. Il était sous-lieutenant. Elle doit être triste aussi. Pauvre Mme Fonder. Mais elle aura toujours la consolation de venir pleurer sur sa tombe. Ce sera un pèlerinage pour elle. Il lui restera un peu de lui. Mais moi, rien ; c’est torturant.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 23 novembre

Activité marquée d’artillerie en Artois et en Champagne.
La lutte de mines, en Argonne, s’est poursuivie à notre avantage.
Canonnade en Alsace, à l’Hartmannswillerkopf et au plateau d’Uffholz.
Sur le front belge, accalmie.
Sur le front de Macédoine, nous avons repoussé une attaque bulgare près de la Cerna. L’action s’est a nouveau engagée sur le Rajek, affluent de cette rivière.
Aux Dardanelles, une division anglaise a enlevé une tranchée et un dépôt de bombes. Elle a été appuyée par l’artillerie d’un croiseur cuirassé français. Toutes les contre-attaques ennemies, si violentes fussent-elles, ont été repoussées.
Les Serbes, après plusieurs journées de combat, ont vaincu les Bulgares en leur infligeant des pertes énormes, entre Nisch et Vrania. Ils ont imprimé un recul à l’ensemble de la ligne ennemie.
Plus au sud, les Bulgares ont évacué Prilep et même la passe de Babouna.
Les Italiens ont remporté de nouveaux succès sur les massifs de collines qui dominent Goritz et où leur avance est devenue très caractéristique.
La Grèce a donné de nouvelles assurances satisfaisantes aux puissances alliées et le ton de la presse anglaise à son égard s’est que
lque peu radouci.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Lundi 22 novembre 1915

Cirque Palace, Dijon

Louis Guédet

Lundi 22 novembre 1915

436ème et 434ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Journée splendide. Gelée avec soleil resplendissant. Canon, fusillade, avions. Journée triste, fort triste pour moi, c’est l’anniversaire de la mort de mon cher ami Maurice Mareschal, mon seul ami, un ami que l’on ne se refait pas, qu’on ne retrouve jamais. Ce matin messe à 8h à la chapelle de la rue du Couchant pour lui. Une 30aine (trentaine) de personnes. Lelarge, Farré, Lutta, Villain, employés, Bataille père, Camuset, Gilbrin, Houlon, Abelé, Arnould greffe de commerce, Helluy du Courrier de la Champagne, etc…  appris la nomination de M. le Curé de la Cathédrale l’abbé Landrieux comme évêque de Dijon, le siège de Richelieu. Qui allons-nous avoir comme curé de la Cathédrale, qui a besoin d’un homme hors-pair pour la relever de ses ruines !! Travaillé beaucoup. Causé 2h avec le Procureur de la République, toujours charmant avec moi. Voilà ma journée, fort triste pour moi, quoique resplendissante de lumière et de soleil. Été au cimetière prier sur sa tombe. Le canon tonnait, tonnait « aux Champs » comme quand on le déposait là il y a 1 an. Il y aura 1 an dans 1h d’ici à 8h45 que j’entendis le formidable coup de l’obus éclatant qui le tuera…  Et nous sommes encore là, souffrants, angoissés…  tristes à en mourir…  Y survivrai-je ? Et les miens, mes aimés ???!!! Oh ! c’est trop souffrir !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Le Courrier publie aujourd’hui cette nouvelle :

M. l’abbé Landrieux est nommé évêque de Dijon.

Un communiqué de l’agence Havas, en date du 20 novembre, annonce la nomination à l’évêché de Dijon de M. l’abbé Landrieux, vicaire général, archiprêtre de la cathé­drale de Reims. …

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 22 – Nuit tranquille à partir de 11 h ; mais au loin canonnade sourde et continue à l’Est jusqu’à 6 h. du matin. A 9 h., la canonnade re­commence au loin vers l’Est. Visite à la Supérieure du Bon-Pasteur, qui part de Reims demain. Reçu la visite du Colonel du 40e régiment (1) qui m’in­vite à aller dire la messe à ses soldats, caves Mumm, accepté.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 40e RI était en 1914 le régiment de Nîmes.

Lundi 22 novembre

Vives actions d’artillerie en Artois, autour de Loos et d’Hulluch, ainsi qu’au nord de la Somme et au nord de l’Aisne. Notre tir a vivement endommagé les ouvrages ennemis à Armancourt, Dancourt, Tilloloy, ainsi que près de Soissons.
Nous avons fait exploser avec succès deux fourneaux de mines à Bolante, en Argonne. Violente canonnade à Vauquois.
Un fourneau de mines a fait explosion sur les Hauts-de-Meuse, au bois des Chevaliers. Aucun dégât n’a été causé dans nos lignes.
Sur le front belge, les abords de Dixmude ont été bombardés. Les aviateurs belges ont bombardé les cantonnements d’Essen.
Le calme a régné sur le front français d’Orient. Toutes les attaques des Bulgares à Kosturino ont été repoussées avec des pertes très sensibles pour nos adversaires.
Les débarquements se poursuivent régulièrement à Salonique.
La légation de Grèce à Athènes a adressé à la presse un communiqué pour dire que les ports hellènes ne recevraient plus de marchandises tant que M. Skouloudis n’aurait pas précisé son att
itude.
Lord Kitchener a conféré à Salonique avec le général Sarrail.
Le ministre de la Justice italien, M. Orlando, a parlé à Palerme devant 50000 personnes. Il a déclaré que son pays ne ferait pas de paix séparée et laissé prévoir l’intervention dans les Balkans.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 21 novembre 1915

Boesinghe

Louis Guédet

Dimanche 21 novembre 1915

435ème et 433ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Toujours le canon formidable dans le lointain vers Moronvilliers et quelque fois vers Berry-au-Bac. Journée fastidieuse pour moi, reçu d’un coup 15 lettres auxquelles il m’a fallu répondre. Je n’ai fait que cela de la journée, je suis fatigué. Reçu de mon ancien camarade de collège Hiller, capitaine de Génie, des photographies des journées du 25 septembre 1915 et suivantes, vers le Bois de la Roquette, l’Épine de Vedegrange (près de Souain dans la Marne). Elles sont fort intéressantes et bien rendues. Demain anniversaire de la mort de mon pauvre ami Mareschal. Cela me contriste et je suis fort triste. Écris à sa pauvre veuve toujours bien courageuse. Je suis fatigué et je renonce à écrire les 3/4 lettres que j’ai encore à écrire pour en avoir fini, ce sera pour demain, je n’en puis plus. Je crains de m’affaiblir. Je suis surmené. Je crois que je mourrai à la peine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf canonnade assez active jusque vers 10 h. du soir. Le reste paisible. Matinée tranquille sauf vers 11 h. quelques gros coups de canons. Messe des morts pour les fondations. Rénovation des promesses cléricales ; allocution à Chapelle du Couchant ; à l’Est dans la soirée, violente canonnade ; les batteries de la ville tirent activement jusqu’à 11 h. soir.

Annoncé à la grand’messe, la nomination de Mgr Landrieux à l’épisco­pat.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 21 Novembre 1915. J’ai reçu une lettre de Charlotte. Elle essaie de me rendre courage. Juliette est encore revenue passer quatre jours à Reims. Je suis allée la voir. J’aurais voulu me soulager près d’elle mais Mèmère était là. Cela me retient et j’ai donc le cœur aussi gros. Je suis revenue toute triste.

J’ai mis ton coco à l’école aux caves. Il a pleuré un peu mais il s’y habitue. Si tu l’entendais causer, tu le mangerais de caresses. Pauvre grand Lou …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 21 novembre

Les tirs de concentration de notre artillerie ont obtenu des résultats d’une efficacité constatée, notamment en Belgique, dans la région de Boesinghe, où des ouvrages allemands ont été bouleversés et dans la Somme, près de Beuvraignes, où nous avons démoli des petits postes et une coupole blindée de l’ennemi.
Activité habituelle des deux artilleries sur l’ensemble du front.
Combats à la grenade, en Artois, au Labyrinthe, en Argonne, à Courtes-Chausses et Vauquois, et en Lorraine, près de Reillon.
Les pertes allemandes sur le Styr sont énormes et la situation de l’ennemi est devenue pénible sur la majeure partie du front russe.
L’armée serbe, qui se concentre dans le sandjak de Novi-Bazar, se prépare à se replier sur le Monténégro.
Le gouvernement anglais dément absolument qu’une révolte ait éclaté aux Indes.
Les combats entre Autrichiens et italiens autour de Goritz tournent de plus en plus à l’avantage de nos amis, de l’avis même de la presse viennoise.
L’Angleterre a pris des mesures de défense sérieuse à la frontière égyptienne.
Les manifestations socialistes contre le renchérissement de la vie et contre la durée de la
guerre s’accentuent outre-Rhin.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 20 novembre1915

Tranchées

Louis Guédet

Samedi 20 novembre 1915

434ème et 432ème jours de bataille et de bombardement

10h soir  journée fort occupée, Caisse d’Épargne le matin, courses le soir. Vu Helluy du Courrier furieux contre la censure qui l’a boycotté pour sa réponse à l’Éclaireur de l’Est au sujet de ses 2 articles contre le Cardinal Luçon, surtout le dernier, très fielleux. Il veut même se faire suspendre pour cela. Bref la Guerre entre Anastasie et le Courrier. Qu’en résultera-t-il ? Attendons.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 20 – Nuit tranquille (supra). Matinée tranquille. Canonnade de nos batteries en ville et au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 20 novembre

En Alsace, sur le plateau d’Uffholz, et à l’Hartmannswillerkopf, lutte très vive de l’artillerie et des engins de tranchées, accompagnée de jet de grenades.
Huit avions ennemis ont essayé de survoler Lunéville. Pris en chasse, cinq d’entre eux ont fait demi-tour; les autres ont lancé sur la ville quelques bombes qui ont blessé trois personnes. Les dégâts matériels sont peu importants.
Sur le front belge, les Allemands ont canonné la région de Pervyse. L’artillerie belge a dispersé des travailleurs ennemis. Les avions de nos alliés ont bombardé des cantonnements allemands.
Sur le front d’Orient, le calme a régné sauf dans la région de Stroumitza, où nous avons repoussé les Bulgares en leur infligeant des pertes sensibles.
On annonce qu’une flottille allemande se trouve dans le Sund et une escadre anglaise dans le Cattégat.
M. Denys Cochin a quitté Athènes pour Chalcis et Salonique.
Les Italiens ont encore resserré leur investissement autour de Goritz.
Les Russes ont obtenu des succès près de Mitau et sur le Styr.
L’Amérique se prépare à demander le rappel de l’attach
é militaire allemand von Papen.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 19 novembre 1915

Louis Guédet

Vendredi 19 novembre 1915

433ème et 431ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Le calme cette nuit. Journée froide qui tente à tourner à la gelée et au beau temps sec. Depuis 2h le canon n’a cessé de tonner au loin et assez proche d’ici vers Taissy et Sillery. Cela reprend fortement en ce moment.

7h soir  Le canon tonne toujours formidablement vers Moronvilliers : le plancher de ma chambre en a tremblé presque tout l’après-midi. Répondu à toutes mes lettres et notamment à Émile Français, un bon ami de Maurice Mareschal, et qui je crois en devient un pour moi…  En lui écrivant tout à l’heure je lui parlais de ce bon ami, cela me faisait du bien et j’oubliais ma misère.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canons. A 2 h. très violente canonnade à l’Est et au loin. Aéroplanes à 3 h. Via Crucis in Cathedrali. Nuit tranquille, mais non pas en ville, surtout jusqu’à 11 h. et surtout à l’Est au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Vendredi 19 Novembre 1915. Mon Charles, j’ai reçu une lettre de Charlotte. Elle a vu Camille Dornique. Il assistait au combat d’Autrèches. Il lui a dit que les boches étaient aux fenêtres des maisons, les civils sur le trottoir, et tiraient sur tout Français qui approchait. C’est en approchant, raconte-t-il, que tu as reçu une balle au front. Il dit qu’il n’en sait pas plus. Mais Dodou, son frère, dit à qui veut bien l’entendre que tu as été tué. Chaque jour qui vient m’apporte une certitude de plus et je n’ose y croire. Si tu voyais ta toute petite, son premier mot en se réveillant, c’est ‘papa’, d’une toute petite voix si douce. A certains moments je voudrais l’appeler Charlotte mais tit frère dit toujours « C’est ma sœur Marie Blanche ». C’est une petite contrariété pour moi. Il me semble que ce nom là ne plait pas complètement à tout le monde. C’est long à dire. Je crains que toi aussi tu penses pareil. Mais pourquoi, quand je leur ai demandé à sa naissance, ont-ils eu l’air content ? Me voyant dans l’impossibilité d’en chercher un, ils auraient dû me le dire. Chez vous on l’appelle Marie tout court. Si je savais vraiment que cela leur déplait, je l’appellerais tout de suite Charlotte.Je suis bête vois-tu mon Charles ; c’est une chose à laquelle je ne devrais pas m’arrêter vu le grand malheur que j’ai. Je crois que je fais un peu de neurasthénie. Tout m’ennuie, je vois tout en noir et je deviens méchante. Oh si tu pouvais me revenir !

Je t’aime tant mon Charles. Mon cœur t’appartient pour toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 19 novembre

Canonnade dans le bois de Givenchy, en Artois.
Au sud de la Somme (Andéchy, l’Echelle-Saint-Aurin, le Cessier), notre artillerie a exécuté sur les organisations ennemies un bombardement très efficace : un poste allemand a été bouleversé et les batteries ennemies ont été réduites au silence.
Nous avons aussi bombardé très énergiquement les tranchées d’Autrèches, sur la rive nord de l’Aisne.
A l’est de l’Argonne, lutte de mines dans la région de Vauquois et du bois de Malancourt. Un ouvrage allemand a été détruit; un camouflet a bouleversé des travaux souterrains.
Sur le front belge, canonnade intermittente.
Sur le front d’Orient, les Bulgares ont attaqué nos positions vers Kosturino; ils ont été repoussés.
Mais les Serbes ont battu en retraite de la passe de Babouna vers Prilep. L’on croit qu’une grande bataille s’engagera aux environs de Monastir. Des effectifs anglais, avec une forte artillerie, se sont dirigés vers cette ville.
M. Denys Cochin a été reçu par le roi et la reine de Grèce.
Le vaisseau-hôpital anglais Anglia à sombré dans la Manche après avoir heurté une mine. Un vaisseau charbonnier, qui venait au secours de l’Anglia, le Lusitania, a également coulé.
Les Russes ont de nouvea
u bombardé Varna.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 18 novembre 1915

La presse

Louis Guédet

Jeudi 18 novembre 1915

432ème et 430ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Calme général, temps gris et froid. Finis mon rapport à l’Académie comme Trésorier pour le 9 décembre 1915 à Paris. Couru toute l’après-midi. Vu le cardinal Luçon avec Mgr Neveux chez Charles Heidsieck. Causé longuement et communiqué les 2 derniers articles dans l’Éclaireur de l’Est contre son Éminence au sujet de sa lettre pastorale sur l’incendie de la Cathédrale et de la quête qu’il fera faire dimanche pour les polonais catholiques de la Pologne russe. Reçu lettre de Mme Changeux très triste de la mort de son mari, me priant de voir à ses affaires et au testament. Toujours très occupé ma vie n’en n’est pas moins fort monotone et triste, je devrais dire lugubre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

16, 17 et 18 novembre 1915. Chacun de ces jours, Le Courrier de la Champagne a ses arti­cles de chronique locale entièrement supprimés par la Censure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La presse

La presse

Liens : Une pétition aux Chambres contre la censure politique (1915)


Cardinal Luçon

Jeudi 18 – Nuit tranquille. Visite de M. Prudhommeaux, curé d’Alland’huy et de M. Berthaud, curé de Saint-Laurent. Visite de M. Heidsieck.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 18 Novembre 1915. Quatre ans depuis notre mariage. Quel jour heureux. Devant mes yeux défile toute la journée. Je te vois encore à la fin de la messe courir pour aller signer à l’autel car une coutume dit que celui qui signera le premier sera le maître. Tu étais joyeux et quelle gaieté toute la journée, quelle confiance en l’avenir nous avions ! Tu dois y penser toi même si tu es vivant. Pauvre chipette, comme tu aimais à m’appeler. Il me semble que ces quatre années ont passé si vite et je me reproche toujours de ne pas t’avoir gâté. Je comptais mon tit Lou sur une lettre venant de toi depuis les pays envahis. Mais ce qui a été dit dans les journaux, vois-tu, c’était encore pour rendre du courage.

Ton papa vieillit beaucoup. Je l’aime bien, et ton coco aussi. Si tu l’entendais quand il dit « Mon pépère Breyer ». Pauvre grand-père. Il t’aime bien aussi. Il essaye de me rendre du courage. Mais en vain …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 18 novembre

Violente canonnade en Artois, autour de Loos, Angres et Souchez.
Nos batteries ont effectué des tirs de concentration sur les bois de Fay, au sud-ouest de Péronne.
Lutte d’artillerie en Champagne (ferme Navarin, Tahure).
Nous faisons exploser deux fourneaux de mines en Argonne, en détruisant des tranchées allemandes sur une assez grande étendue.
Le calme règne sur le front belge.
Les Bulgares ont abandonné leurs attaques sur notre front de la rive gauche de la Cerna, près de Krivolak. Ils se sont repliés au nord de Cicevo, avec de fortes pertes. On calcule qu’ils ont eu en morts, blessés, prisonniers, 4000 manquants. Nos pertes sont légères. Nous avons canonné un convoi ennemi près de Rabrovo.
Les Serbes continuent à se défendre dans le massif de Babouna.
Les ministres anglais arrivés à Paris : MM. Asquith, Lloyd George, Balfour et sir Edward Grey ont tenu avec leurs collègues français deux conseils de guerre au ministère des
Affaires étrangères et à l’Élysée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 17 novembre 1915

Quartier des laines

Louis Guédet

Mercredi 17 novembre 1915

431ème et 429ème jours de bataille et de bombardement

8h  Le silence toujours. Il fait très froid, il tombe de la neige, de la pluie. Ce matin été de service à la Caisse d’Épargne et cet après-midi pas sorti. J’ai travaillé, fait mon courrier, et commencé mon rapport de trésorier pour notre réunion de l’Académie de Reims du 9 décembre prochain à Paris.

Millet mon vieil expéditionnaire est venu ce matin, il va désormais travailler près de moi tous les matins. Cela me soulagera un peu. Quelle vie triste quand même, et puis je songe à ma pauvre femme et à nos petits qui ne doivent guère avoir chaud là-bas à St Martin, eux qui ne sont pas habitués aux rigueurs de la campagne en hiver… Pourvu qu’il ne leur arrive rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 

Nuit tranquille, sauf quelques coups de canon et peut-être quelques bombes sur les tranchées. Neige fondante. Visite de Mgr Luzzani,

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 17 novembre

Actions d’artillerie particulièrement intenses en Champagne, en Argonne, en Woëvre, dans la forêt d’Apremont et en Alsace, dans la région d’Ammertzviller.
Sur le front britannique, l’artillerie, des deux côtés, a fait preuve d’activité, en particulier au sud de la Bassée, près de Kemmel et près d’Ypres; aucune action d’infanterie.
Sur le front belge, bombardement de nos postes avancés au nord de Dixmude et près de Saint-jacques-Capelle.
Les troupes françaises, progressant en Macédoine, ont enlevé Kosturino. Une violente action s’est engagée sur la rive gauche de la Cerna. Nos soldats ont établi une liaison étroite avec les Serbes, près de Prilep. Les pertes serbes, depuis le début de la campagne, en tués, blessés et prisonniers, sont évaluées à 30.000 hommes. Celles des Bulgaro-allemands sont beaucoup plus considérables.
Les avions autrichiens ont bombardé Brescia, faisant sept morts et dix blessés.
Les Russes, au cours du dernier mois, ont fait 50.000 prisonniers. Ils ont progressé près de Riga et près d’Illouxt.
Un zeppelin a été détruit aux environs de Grodno.
M. Winston Churchill ayant mis l’amiral Fisher en cause, dans un discours qu’il a prononcé pour sa propre justification aux Communes, l’amiral lui a brièvement répondu.
L’armée italienne a fait 278 prisonniers autrichiens sur le Carso.
M. Denys Cochin est arrivé à Athènes, où il a reçu un accueil cordial et même enthousiaste. Les rues étaient illuminées.
M. Asquith, Sir Edward Grey, M. Balfour et M. Lloyd George, ministres anglais sont arrivés à Paris pour conférer avec leurs collègues français.
Le Sénat a voté le projet d’emprunt 5% qu
e M. Ribot, ministre des Finances, a défendu

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 16 novembre 1915

Avenue de Laon

Louis Guédet

Mardi 16 novembre 1915

430ème et 428ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Ce matin froid assez vif avec beau temps et l’accompagnement nécessaire, dès que les nuées sont envolées, du canon et du bombardement, car contrairement au proverbe « après la pluie, le beau temps », c’est avec les allemands « après la pluie…  …l’arrosage !! » Été fort occupé toute la journée. Plus j’en abats plus j’en ai à faire. A partir de demain mon vieil expéditionnaire M. Millet va venir travailler près de moi tous les matins de 9h à midi. Car je n’y puis plus suffire. La nuit est magnifique, allons-nous dormir tranquille… ??

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille pour la ville. Réception de M. de Pitray. Vi­site rendue au Général Mazillier (1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le général Mazillier commandera le 20e Corps d’Armée en 1917 sur le Chemin des Dames, puis le 1er Corps d’Armée Colonial à Reims en 1918. C’est lui qui refuse d’abandonner la ville devant la menace d’encerclement allemand. Il libérera Mézières en novembre 1918. Il a une rue à son nom à Reims.

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Mardi 16 novembre

Lutte d’artillerie en Artois, sans engagement d’infanterie. 279 cadavres ennemis ont été retrouvés devant le Labyrinthe. Nous avons bombardé des trains en gare de Roye.
Canonnade soutenue dans la région de Soissons, aux alentours de Berry-au-Bac et en Argonne.
Nos batteries ont exécuté des concentrations efficaces entre Argonne et Meuse, au nord-est de Bethincourt et en Woëvre, au nord de Regniéville.
En Macédoine, nos troupes ont progressé dans la région de Rabrovo. Une violente action s’est engagée sur la rive gauche de la Cerna, où les Bulgares contiennent sans succès leurs attaques. Nous sommes en liaison de plus en plus étroite avec les Serbes qui opèrent dans la région de Prilep. On annonce toutefois que les Bulgares auraient repris Tetovo.
Combat de mines sur le front de Gallipoli. Nos postes d’écoute ont été poussés jusqu’au contact des tranchées turques. Les monitors anglais ont bombardé les établissements militaires de Gallipoli.
Les Italiens continuent à livrer d’âpres combats pour la possession de Goritz.
Les journaux anglais prennent un ton de plus en plus énergique vis-à-vis de la Grèce. Ils demandent qu’elle soit sommée de se prononcer et annoncent que le cabinet de Londres a mis l’embargo sur les navires grecs et a concentré une flot
te à Malte.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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