• Monthly Archives: octobre 2015

Dimanche 31 octobre 1915

L'intérieur de la cathédrale

Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf quelques coups de gros canons avec riposte des Allemands par quelques bombes, non sur la ville, vers le milieu de la nuit. Forte canonnade pendant la grand’messe. Retraite du mois. 9 h. soir, coups de canons.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Juliette Breyer

Dimanche 31 Octobre 1915. Ce matin je suis partie mon Charles à 5 heures et demie du matin jusqu’au cimetière de l’Est. J’avais appris qu’il n’y avait pas de sentinelle avant 7 heures ; c’est défendu d’y aller. Il y a des dégâts mais pas tant qu’on le disait. La tombe de mon grand-père est intacte, celle de derrière est complètement rasée. Je suis allée jusqu’aux tombes des soldats. Il n’y en a pas beaucoup. Elles ne sont pas négligées mais il n’y a pas de fleurs ; une croix, deux drapeaux sur chaque tombe et c’est tout.

Le cœur serré, je fixais ces tombes et j’essayais de me représenter la tienne mais je ne puis, mes yeux ne peuvent te voir mort puisque ma conviction est faite que tu es vivant. Ma désillusion sera peut-être grande et ma douleur encore plus. Mais cette espérance est ma raison de vivre.

Dis mon Charles tant aimé, ta toute petite a eu une dent aujourd’hui, la première, un peu tard mais elle n’a presque pas souffert. Bientôt elle aura un an.

Pauvre Lou, quand je me reporte à deux ans en arrière …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

 

L'intérieur de la cathédrale

L’intérieur de la cathédrale


 

Dimanche 31 octobre

Violents combats en Artois. Nous progressons à la grenade dans le Bois-en-Hache. Au sud-est de Souchez, les Allemands qui tentaient une attaque dans la région de la cote 140 ont été repoussés par nos tirs de barrage et nos mitrailleuses.
Au nord-est de Neuville-Saint-Vaast, ils ont réussi à réoccuper par surprise quelques éléments de tranchées récemment perdues par eux. Leur progression a été aussitôt arrêtée par les feux de nos tranchées de soutien immédiat.
A l’est du Labyrinthe, les Allemands ont fait sauter une mine à proximité d’une de nos barricades. Mais ils ont été rejetés par notre fusillade de l’entonnoir ainsi creusé.
En Champagne, quatre contre-attaques ennemies ont été enrayées. Une violente canonnade de part et d’autre a suivi.
Sur le front russe, peu d’actions importantes. Toutefois on annonce que les Allemands, à la suite des succès de nos alliés sur le Styr, évacuent Kovel.
Les Bulgares qui essayaient de reprendre Velès ont été repoussés par les Serbes.
La presse roumaine presque tout entière prêche l’intervention aux côtés des alliés.
Le japon a adhéré à l’accord franco-anglo-russe du 4 septembre 1914, s’interdisant par là toute négociat
ion de paix séparée.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 30 octobre 1915

Place Saint-Timothée

Cardinal Luçon

Nuit tranquille à Reims. Canonnade violente à l’Est, au loin dans la matinée. Journée calme en ville. Temps couvert et morne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Samedi 30 octobre

Combats à coups de bombes et de torpilles au nord de l’Aisne, dans les secteurs de Puisaleine et de Quennevières.
Bombardement en Champagne (Tahure et Maisons-de-Champagne). Combats d’artillerie et d’infanterie autour de la Courtine, dont certaines positions sont encore occupées par les Allemands. Nous avons réalisé un sensible progrès en enlevant, sur un front de 150 mètres, plusieurs tranchées que nos adversaires ont défendues avec un extrême acharnement. Ils ont laissé 200 prisonniers valides entre nos mains, et ont perdu en outre 400 tués et blessés.
En Lorraine, bombardement allemand très intense, entre la forêt de Parroy et Vezouse. Notre artillerie y a répondu par des tirs efficaces sur les batteries et ouvrages ennemis. Elle a atteint un train militaire en gare de Berthécourt.
Sur le front russe, on constate une accalmie près de Dwinsk.
Le bombardement de Varna par la flotte russe a été supérieurement dirigé. Nos alliés n’ont subi aucune perte.
Les Italiens ont poursuivi leurs succès sur le Carso. En cinq jours, ils ont fait 5000 prisonniers.
Les troupes françaises dans les Balkans continuent à investir Stroumitza.
M. Briand a constitué le cabinet français, en appelant autour de lui plusieurs anciens présidents du Conseil. La presse alliée ou neutre salue cette constitution du nou
veau cabinet.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 29 octobre 1915

Clinique Mencière

Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf quelques rares coups de canons ; pen­dant la matinée silence complet. Via Crucis in Cathedrali.

Visite à la clinique Mencière et au Lieutenant-Colonel Colas.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Vendredi 29 Octobre 1915. J’ai eu ce matin une lettre, mon Charles, d’une dame de Paris qui avait écrit à un soldat du 354e. Il lui a répondu que tu avais été tué fin septembre 1914. À force de l’entendre dire je devrais pourtant le croire. Mais c’est plus fort que moi, je ne pourrai jamais m’habituer à cette chose atroce. Quelle situation que la mienne ! Voir deux beaux petits comme j’en ai et ne pas t’avoir. Ta fille te connaît déjà. On lui demande où est papa et elle envoie des baisers à ton portrait. Comme cela me peine, tu serais si heureux.

Juliette Couronne est repartie à Épernay. Pendant son séjour elle n’a entendu aucun bombardement ; elle aurait quand même voulu se rendre compte de ce que c’était. Mais le parrain aurait tremblé pour elle.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Vendredi 29 octobre

Actions d’artillerie intenses et prolongées en Belgique, sur le front, Hetsas-Steenstraete, au nord d’Arras, au Bois-en-Hache et dans la région de Roclincourt.
L’ennemi a bombardé violemment en Champagne, nos positions de Tahure et de Maisons-de-Champagne. Nos batteries ont riposté par des tirs de répression systématique sur les tranchées ennemies.
Une de nos reconnaissances dans les Vosges a détruit une tranchée allemande au Reichackerkopf. Une contre-attaque allemande a été facilement repoussée.
Les troupes allemandes au front oriental renouvellent vainement leurs attaques dans la région de Dwinsk. Le feu d’artillerie est d’une énorme intensité. L’ennemi a subi un échec grave dans la région du confluent du Strypa et du Dniester.
Les Serbes ont reculé sur leur front nord, à 60 kilomètres au sud du Danube et près de Kragoujevatz. En Macédoine, les communications sont rétablies entre Velès, qu’ils ont reprise, et Salonique. Le général Bryan Mahon a été placé à la tête des troupes britanniques qui opèreront dans les Balkans.
Les Italiens appellent de nouvelles classes sous les drapeaux.
Le Reichstag allemand a été convoqué pour le 9 décembre.
Les Russes ont bombardé Varna, le po
rt bulgare de la mer Noire.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 28 octobre 1915

Boulangerie Fresson

Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf quelques coups de canons. Aéroplanes. J’entre dans ma 74e année demain.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 28 octobre 1915

Après avoir fait exploser aux abords de la route d’Arras à Lille, au sud-est de Neuville, une série de puissants fourneaux de mines, nos troupes ont occupé les entonnoirs. Elles s’y sont maintenues en dépit de toutes les contre-attaques.
Nos batteries ont causé de violents dommages aux organisations allemandes dans le secteur de Roche, à l’ouest de Soissons.
A l’est de Reims, près de Prosnes, les Allemands ont renouvelé leurs tentatives d’attaque avec emploi de gaz suffocants. Nos troupes ont brisé net l’effort des assaillants qui ont été repoussés.
Canonnade sur le front anglais, à l’est d’Ypres et au sud du canal de la Bassée.
L’artillerie ennemie se manifeste sur le front belge (Furnes et Loos). Les Russes ont progressé de nouveau sur la rive gauche du Styr.
Les Bulgares battent en retraite dans la vallée de la Bregalnitza.
M. Pachitch, premier ministre serbe, a adressé un appel émouvant à l’Angleterre.
La Bulgarie manifeste des velléités de faire pression sur la Grèce pour obtenir le droit de poursuivre éventuellement les Serbes sur le sol hellénique. Des combats out eu lieu entre soldats grecs à la frontière et les
comitadjis Bulgares.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


 

Boulangerie Fresson

Boulangerie Fresson

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Mercredi 27 octobre 1915

Un canon du 25e RA pointe sur Cernay à partir d l'usine des anglais (source ci-dessous, Archives Archives municipales et communautaires de la Ville de Reims)l

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf la canonnade de 9 h. et quelques coups de canons dans la nuit. Journée tranquille. Visite ambulance Cama, à ambulance russe, et à l’ambulance 17.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 27 Octobre 1915. Aujourd’hui dans le journal on dit que les prisonniers des pays envahis vont pouvoir correspondre. Si tu savais comme cela me rend de l’espoir. Si tu es toujours vivant et que tu puisses m’écrire d’ici un mois, six semaines, j’aurai de tes nouvelles et je crois que je la lirai toute la journée, cette lettre-là ! Oh vivement !

Si tu savais comme elle t’aime ta petite femme.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 27 octobre

La lutte s’est poursuivie pied à pied à la « Courtine », en Champagne, avec des fluctuations de peu d’étendue.
Nous avons réussi à briser l’effort des contre-attaques ennemies.
Une attaque brusquée au nord de Massiges nous a rendus maîtres d’une tranchée allemande à proximité des positions que nous avions récemment conquises.
Un aviateur français a pris en chasse et attaqué un avion ennemi près de Dormans. L’avion atteint par ses balles a dû atterrir près de Jaulgonne (vallée de la Marne). Les deux officiers qui le montaient ont été capturés au moment où ils essayaient de détruire leur appareil.
Sur le front belge, violent bombardement près de Nieuport, Pervyse, Oostkerkee.
Sur le front d’Orient, les Bulgares qui avaient attaqué nos troupes près de Stroumitza ont été complètement battus.
Les Serbes ont repris Velès aux Bulgares, mais ceux-ci se sont rendus maîtres de Negotin. La Russie a concentré trois divisions d’infanterie en Bessarabie et l’on annonce qu’elle négocie avec la Roumanie en vue du passage de ses troupes. Les Italiens se préparent aussi plus directement à intervenir.
La presse américaine manifeste une vive colère contre les conspirateurs allemands qui surgissent de tous côtés aux États-Unis.
Les Italiens ont enregistré de nouveaux succès près de Riva, sur la rive gauche du Ponale.
Sir Edward Grey dans son discours aux Communes anglaises dit que, la Grèce n’ayant pas accepté en temps utile l’offre de Chypre, cette offre est devenue caduque. Lord Landsdowne à la Chambre des Lords, a annoncé que les experts militaires examinaient les conditions d’une intervention efficace dans les Balkans.
Plusieurs espions ont été
arrêtés à Londres.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


 

Un canon du 25e RA pointe sur Cernay à partir d l'usine des anglais (source ci-dessous, Archives Archives municipales et communautaires de la Ville de Reims)l

Un canon du 25e RA pointe sur Cernay à partir d l’usine des anglais (source Archives municipales et communautaires de la Ville de Reims)

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Mardi 26 octobre 1915

Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf quelques rares coups de canon. Dans la matinée, violente canonnade à l’Est, surtout à midi.

Visite à 2 h. 1/2 de M. Carroll et de M. Boylier qui me font des offres pour les malheureux, recommandés par Mgr Odelin. 2e liste des mêmes à 6 h. A 9 h., violente canonnade de 1/4 d’heure.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 26 Octobre 1915. D’après les communiqués l’attaque d’avant-hier n’a pas réussie. Les boches ont juste laissé beaucoup de morts devant nos tranchées. De notre côté nous avons eu quelques asphyxiés par leurs gaz. Les boches avaient mis le feu aussi avec leurs obus au Clos Pompadour. Cela ne change pas et on ne voit pas de fin.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant. (Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Mardi 26 octobre

Nos troupes ont remporté un succès en Champagne. Elles ont enlevé un saillant fortement organisé en avant de la seconde ligne ennemie, à 2 kilomètres au nord de Mesnil-les-Hurlus. Cet ouvrage s’appelait la « Courtine » et avait 1200 mètres sur 250, comprenant plusieurs lignes de tranchées. Les pertes de l’ennemi ont été sérieuses et il a laissé 200 prisonniers.
Il a essayé d’un retour offensif. Il n’a réussi à réoccuper que quelques positions de tranchées au centre du fortin et la lutte s’y poursuit.
Les Allemands redoublent d’acharnement sur le front de la Duna pour enlever Riga et Dwinsk. Ils y ont sacrifié d’énormes effectifs.
Un sous-marin anglais a torpillé un croiseur allemand du type Prinz-Aldebert.
Les avions autrichiens sont venus à plusieurs reprises, en quelques heures, jeter des bombes sur Venise.
Les Serbes se replient sur le Danube comme sur le Timok. Ils ont perdu Uskub. Les Autrichiens ont franchi le Drin venant d’Herzégovine, et le Danube à Orsova, venant de Hongrie.
Les Russes ont fait savoir qu’ils seraient bientôt prêts à intervenir par terre en faveur des Serbes.
M. de Wangenheïm, ambassadeur d’Allemagne à Constantinop
le, est mort.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

Carnet de Louis Delozanne originaire de Serzy-et-Prin

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Lundi 25 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, matinée silencieuse.

Visite de M. Whitney-Warren et de Madame. Visite de M. Abelé et de M. l’Archiprêtre. Journée tranquille. Au loin à l’Est, canon rude dans l’après- midi. Temps brumeux, pas de vent ; la poste ne veut pas marcher.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 25 Octobre 1915. La femme de ton parrain est arrivée à Reims. Elle s’ennuyait tant après sa maison qu’elle a voulu aller y faire un tour. J’ai pris mes deux cocos ce matin et je suis allée la voir. Elle était contente. Nous avons parlé de toi bien entendu et elle a trouvé André grandi. Quant à tite Marie Blanche, elle l’a trouvée belle et elle m’a dit que je lui avais donné un joli nom. À son tour elle est venue nous voir après-midi. Pendant qu’elle était là sont partis deux coups de canon. Elle en était saisie. Mais elle doit rester plusieurs jours car ses enfants sont restés à Épernay.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 25 octobre

Canonnade active au sud du canal de la Bassée.
Les Allemands ont subi un huitième échec devant le bois de Givenchy et aux environs de la falaise de Vimy (cote 140). Ils ont été décimés et contraints de rentrer dans leurs tranchées.
Lutte d’artillerie dans la Somme (Lihons, Canny, Beuvraignes).
Nos batteries ont effectué des tirs de destruction en Champagne (sud-est de Tahure), entre Meuse et Moselle (Regniéville), et en Lorraine (Emberménil et Domèvre).
Quatre de nos aviateurs ont livré des combats avantageux.
Nos troupes se sont heurtées aux Bulgares vers Rabvova, à 14 kilomètres au sud de Stroumitza. Nous avons pris la localité avec des pertes légères.
Les Serbes restent inébranlables sur les deux fronts. Ils ont repris Velès que les Bulgares avaient occupée. Ils ont infligé à leurs adversaires une série d’échecs sur le Timok, près de Pirot et sur la Nitchava.
Les Russes ont capturé des prisonniers sur le Pripet et sur le Styr.
Le parti interventionniste accentue son agitation en Roumanie.
La crise de la cherté des vivres prend une acuité plus vive en Allemag
ne et en Hongrie.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


 

Front allemand- Collection : Patrick Nerisson

Front allemand- Collection : Patrick Nerisson

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Dimanche 24 octobre 1915

Nuit tranquille, gros coups de canon à diverses reprises. Visite aux ambulances de Pargny, de 2 h. à 3 h. A l’église, où je parle à une assistance de quelques femmes. Aux Annexes de 4 h. à 4 h. 45. Rentrée à Reims vers 5 h. 40.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 24 octobre

Des groupes allemands ont essayé de sortir de leurs tranchées, en Artois, dans la partie sud du Bois-en-Hache et près du fortin de Givenchy. Ils ont été dispersés.
En Champagne, nous avons refoulé et partiellement détruit de fortes reconnaissances ennemies qui, appuyées par des tirs d’obus suffocants, essayaient d’aborder nos positions près de la butte de Tahure.
En Lorraine, un combat opiniâtre nous a donné une tranchée tenue par l’ennemi près du croisement des routes Lintrey-Gondrexon et Amenoncourt-Reillon.
Le bombardement de Dedeagatch a produit de réels dommages, d’après les communiqués français et anglais.
Les troupes franco-anglaises se sont soudées aux troupes serbes en Macédoine. Les Serbes contiennent résolument les Austro-Allemands au sud de Belgrade. Il se confirme, d’autre part, que les Bulgares n’ont fait qu’un raid de cavalerie sur Vrania. Les journaux de Berlin reconnaissent la difficulté de la campagne sur le terrain nouveau.
Les Russes ont fait encore 3600 prisonniers sur le front oriental.
Le gouvernement français a décidé de soumettre au Parlement un projet établissant la taxation des denrées et des matières nécessaires aux subsistances, au chauffage et à l’éclairage.
Le roi d’Angleterre a lancé un appel à la nation britannique pour activer les
enrôlements.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Samedi 23 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à l’ambulance Mencière. Reçu par M. Augias, conduit par M. Dennal, 50 suffoqués au moins gravement at­teints. Colonel X m’a dit que dans la moitié de l’action la plus voisine de nous, il y avait eu 300 à 400 suffoqués, dont 27 décès. Dans l’autre moitié, 3000 atteints, et un nombre de décès que je n’ai pas retenu. M. Debreck nous a dit 250 décès en tout le combat et la 2e division ; du côté de l’en­nemi, au moins 1000 morts et 5000 gros blessés. Visite de 10 h. 1/2 à 11 h. 1/2 à l’ambulance Cama : 50 malades environ, plus graves qu’à Mencière. Ac­cueil excellent des deux côtés comme hier et remerciements chaleureux. Photographie à Cama. Un prisonnier allemand, à qui on disait : « Comment avez-vous osé vous servir de gaz asphyxiants ? C’est contre le Droit inter­national » – a répondu : « Ce sont les Anglais qui ont commencé. » Visite à M. le Curé de Saint-André.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques

Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques


Juliette Breyer

Samedi 23 Octobre 1915. Les boches essayent d’entrer dans Reims. Ils ont attaqué deux fois. Tout cet après-midi c’était épouvantable. Les fusils, les mitrailleuses, tout marchait. Un bruit d’enfer. Si seulement c’était notre délivrance. Les agents de liaison viennent de passer près de nous. Ils disent que c’est près de la Pompelle. Ils nous ont envoyé des gaz asphyxiants mais jusqu’ici ils n’ont pas avancé. Notre artillerie en a tué beaucoup. Ils sont à notre première tranchée mais ils n’ont pas pu y pénétrer. Peut-être cela finira-t-il tout de même.

J’ai écrit à un employé de chez Mignot pour lui demander quelques conseils. Je voudrais tant retravailler. On trouve le temps encore plus long.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Samedi 23 octobre

Nous arrêtons net des tentatives d’attaque ennemies aux environs de Lombaertzyde, en Belgique.
Une attaque allemande a été repoussée devant les saillants du fortin de Givenchy, une autre dans la vallée de la Souchez.
Notre artillerie a bombardé les tranchées et cantonnements ennemis, entre l’Avre et l’Oise.
Canonnade violente en Champagne (ouest de Tahure, est de la butte du Mesnil, Ville-sur-Tourbe). Nous avons maîtrisé le feu de l’ennemi par celui de nos batteries.
Nos avions ont bombardé le parc d’aviation allemand de Cunel, entre Argonne et Meuse.
Les Russes ont capturé 148 officiers et 7500 hommes, près de Tarnopol (Galicie).
Les flottes alliées ont bombardé Dedeagatch et Porto-Lagos (côte bulgare de l’Égée).
La Grèce a refusé les offres conditionnelles que lui faisait la Quadruple Entente.
Un sous-marin allemand a attaqué un submersible suédois. La Suède a protesté à Berlin.
On signale des désordres graves en Bulgarie (Stara-Za
gora et Yamboli).

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 22 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons ; n’ai rien entendu. Journée tranquille. Après-midi, visite à Madame Sœur des Garets pour transport des envois charitables. Visite de l’Ambulance 17 où l’on a reçu 63 suffoqués par gaz asphyxiants(1). Il y a plusieurs aéroplanes (fran­çais ? allemands ?) survolant la ville. De trois à quatre cents suffoqués, quelques-uns morts sur le terrain, 25 morts à l’hôpital. Ambulance 17 re­çoit les moins malades. Il y en a à Mencière, à la Haubette, à Pargny, à Sacy. Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) C’est le 22 avril 1915 que les Allemands lancèrent pour la première fois une attaque pas les gaz de chlore dans les Flandres, à Langemark. La proximité d’Ypres a donné le nom de baptême de cette arme nouvelle, l’ypérite. La protection des yeux et des voies respiratoires fut lente à être mise au point jusqu’à l’adoption de masques complets couvrant la tête des hommes et des chevaux Mais la réplique des Alliés fut rapide et des obus à gaz firent partie de l’arsenal des deux camps jusqu’à la fin du conflit.


 

Vendredi 22 octobre

Les Allemands ont renouvelé leur attaque à l’est de Reims, sur un front de 8 à 9 kilomètres, entre la butte de tir et Prunay. En dépit de la violence de la canonnade et de l’usage de gaz suffocants très denses, ils ont essuyé un nouvel échec. A trois reprises leurs colonnes ont été fauchées par nos mitrailleuses; ils se sont arrêtés devant nos réseaux de fils de fer, sans pouvoir aborder nos tranchées.
Une autre attaque a été repoussée au bois de Givenchy, au nord-est de Souchez.
Un coup de main allemand a échoué en Lorraine, près de Moncel.
Sur le front belge, canonnade près de Steenstraete.
Les Russes, par un coup de main heureux, ont fait 4000 prisonniers, près de Baranovitchi, centre de chemin de fer important.
Les Bulgares ont occupé Velès sur la voie ferrée, entre Uskub et Salonique, coupant ainsi les communications directes entre ce port et l’armée serbe. Le corps diplomatique à Nisch s’est rendu à Kralievo (Haute-Morava de l’ouest).
Nos alliés ont fait de nouvelles propositions à la Grèce. L’Angleterre en particulier serait prête à lui céder l’île de Chypre. On parle également d’une cession éventuelle de la côte bulgare de l’Egée; en échange la Grèce devrait offrir son concours armé immédiat contre les Bulgares.
Les troupes anglo-indiennes de Mésopotamie approche
nt de Bagdad.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 21 octobre 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf canonnade le soir. Vers 9 h. 1/2 ou 10 h., j’ai entendu siffler trois bombes. Aéroplane l’après-midi. Visite à M. le curé de Saint-Jacques et à l’église.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Jeudi 21 octobre

Combats d’artillerie très violents au nord d’Arras (Loos, bois de Givenchy, abords de la route de Lille).
Les feux de nos batteries ont fait sauter d’importants dépôts de munitions dans les lignes ennemies au nord de l’Aisne et au nord de la ferme Navarin.
Violent bombardement allemand avec des obus de tous calibres et des projectiles suffocants, à l’est de Reims. Notre artillerie riposte énergiquement.
Les Russes ont développé leurs succès sur le Styr, mais les Allemands ont accentué leur offensive en Courlande. Ils ont six corps d’armée de Riga à Dwinsk.
L’Italie a établi toute une série d’impôts nouveaux à percevoir extraordinairement pendant la durée de la guerre.
Les communications télégraphiques sont coupées entre Nisch et Salonique.
La Suisse a protesté auprès du cabinet de Berlin contre la violation de sa frontière commise par l’aviatik qui a bombardé la Chaux-de-Fonds.
Les sous-marins anglais ont torpillé de nouveaux navires allemands dans la Baltique.
La Russie émet
un emprunt intérieur de deux milliards.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Correspondance 14-18 – A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées Le 21 octobre 1915

Ma chère Henriette,
je t’envoie une collection de la Bonne Presse, je pense que cela te fera plaisir.

Je te dirais que la mère de Paul va bien doucement.
Je suis encore à Bouzy jusqu’à jeudi prochain.
A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées, car cela a été terrible mardi, ils sont venus à 500 mètres de la gare de Wez Thuisy.
Enfin, espérons que cela arrêtera.
En attendant de tes nouvelles, toute la famille vous donne le bonjour, ta cousine qui t’e
mbrasse de tout cœur.
Berthe

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

2. Prêtre-Soldat bénissant une fosse commune
Collection Artistique de la Maison de la Bonne Presse, 5 Rue Bayard, Paris

Assurément, une carte régionale intéressante sur bien des points. Si on s’intéresse un peu à cette période d’octobre 1915, l’Almanach Matot-Braine nous apprend que le 19, entre le fort de la Pompelle et le village de Prosnes, les allemands s’emparent de quelques éléments de tranchées dans notre première ligne, mais qu’ils sont rejetés aussitôt par une vigoureuse contre-attaque de nos troupes. Il s’agit certainement de ces combats qui se sont rapprochés de la gare de Wez-Thuisy…
Quant à ce gaz asphyxiant dont Berthe fait référence, il est noté que le 20 octobre 1915 :
L’ennemi renouvelle ses attaques, cette fois entre la butte de tir de la garnison de Reims et le village de Prunay : malgré l’usage de gaz suffocants, il est arrêté par le feu de nos canons et de nos mitrailleuses.

Ci-dessous, la gare de Wez-Thuisy qui a déjà bien souffert :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

La gare temporaire, après guerre… et la gare d’origine, dont il ne reste plus grand chose :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

Si on recherche aujourd’hui cette gare, il faut se tourner vers celle de Val-de-Vesle (anciennement gare de Wez – Thuisy). Cette commune a été créée en 1965 par la fusion des 3 villages indépendants : Courmelois, Wez et Thuisy.

Comme on a pu le constater, ces communes se trouvaient au cœur des combats, comme l’attestent les cartes postales ci-dessous :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées

Et pour terminer, quelques mots sur la carte postale elle-même.
Déjà, elle n’a pas été choisie par hasard, mais pour faire plaisir.
Même en temps de guerre, les plaisirs simples sont toujours les bienvenus, alors pourquoi se priver de joindre l’utile à l’agréable ?
Il semble que Berthe collectionne les cartes, et tout particulièrement celles éditées par La Maison de la Bonne Presse.
Pour beaucoup d’entre nous, ce nom ne nous dit plus grand chose. Cette société a été créée en 1873 par le père Emmanuel d’Alzon, fondateur de la communauté des Augustins.
Cette communauté religieuse va utiliser la presse pour communiquer et lance le premier hebdomadaire en couleur : Le Pélerin.
La Maison de la Bonne Presse va éditer un nombre impressionnant d’ouvrages, d’objets, et de cartes postales religieuses.
En 1969, changement de nom, le groupe devient Bayard Presse, que nous connaissons toujours aujourd’hui.
Cette carte, présentant des prêtres en pleine action pendant la guerre, fait partie d’une grande série illustrée d’acte de foi et d’assistance. Quelques exemples ci-dessous :

Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
Correspondance 14-18 - A Verzy, il y a eu du gaz asphyxiant qui a remonté des tranchées
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Mercredi 20 octobre 1915

Louis Guédet

Du Mercredi 20 octobre 1915, 409ème et 407ème jours de bataille et de bombardement

Au Mercredi 3 novembre 1915, 417ème et 415ème jours de bataille et de bombardement

St Martin = série de tourments, je reviens ici très désemparé. Je désespère de tout, à quoi bon lutter, pour que tout se ligue contre moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille pour la ville. Sauf quelques coups de ca­nons et quelques bombes à longs intervalles. 3 h. 1/2 soir, un obus blesse plusieurs personnes rue Chanzy. Aéroplane (allemand, français ? de cons­truction singulière : biplan ou triplan (1) 4 h. 1/2, violent combat comme hier de 7 h. à 11 h, mitrailleuses jouant vivement. Bombes sur la ville jusqu’à 7 h. soir. À partir de 7 h, ralentissement mais continuation de la canonnade jusque vers 8 h. Dans la nuit, gros coups de temps en temps. Vers 1 h, plusieurs bombes ont fait entendre leurs sifflements et ont été tirées sur la ville… les soldats en ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Les Allemands fabriquèrent plusieurs types d’avions triplans dont le plus célèbre fut le Fokker DR 1 de conception néerlandaise et sur lequel s’illustrèrent Richthoffen et Goering.


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Fokker DR 1


Mercredi 20 Octobre 1915.

20 jours sans t’écrire. Je n’en pouvais plus. J’étais tellement découragée que je n’étais plus capable de rien. Que veux-tu, on se doute que la guerre durera encore peut-être des années. Que deviendrai-je sans nouvelles. Tu me trouverais changée si tu revenais. La femme de ton parrain va revenir chez elle avec ses enfants. Elle ne voit pas la fin non plus, alors elle préfère rentrer.

Le bombardement continue toujours. Hier il y a eu une grande attaque à la Pompelle. Aussitôt les boches nous ont bombardés et il y a eu beaucoup d’incendies rue de Talleyrand, rue de Vesle, etc. Nos batteries avaient bien tapé. Celle d’au-dessus avait à elle seule envoyé au moins 300 coups.

Le prince de Polignac a été tué il y a un mois, le 25 septembre au combat de Champagne d’une balle à la tête. Il était capitaine et avait la croix de guerre et la légion d’honneur. Il a six petits enfants et en attendait un septième. Ils sont riches mais la peine est la même et eux aussi n’auront plus de père. C’est cette chose-là qui m’a rendu mes idées noires car c’est la même blessure que toi.

Mon pauvre Lou, je sens que je faiblis tous les jours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 20 octobre

Les Allemands ont procédé à trois sérieuses attaques dans le « Bois-en-Hache » (nord-est de Souchez). Ils ont été repoussés par notre infanterie et par nos batteries.
Fusillade très vive au sud de la Somme, dans le secteur de Lihons.
Violente attaque ennemie sur un front de 10 kilomètres, entre la Pompelle et Prosnes, à l’est de Reims. Elle a abouti à un échec total. Elle avait été préparée par un bombardement prolongé avec emploi d’obus suffocants et de nappes de gaz chlorés. L’infanterie allemande, qui avait réussi à pénétrer dans quelques éléments de tranchées de première ligne, en a été chassée. Ses pertes ont été importantes.
Canonnade en Artois (Loos), à Nouvron (nord de l’Aisne), aux Eparges, dans la forêt d’Apremont (entre Meuse et Moselle) et en Lorraine (Leintrey) .
Sur le front belge, les Allemands après avoir pris un poste à l’est du canal de l’Yser, ont dû rétrograder.
Les Russes ont remporté une série de succès qui leur ont valu de faire 3300 prisonniers.
L’Italie a proclamé l’état de guerre avec la Bulgarie.
Le tsar a publié un manifeste pour flétrir la félonie du gouvernement bulgare. En même temps ce manifeste proclame l’état de guerre avec la Bulgarie.
Un aide de camp du kronprinz a été tué.
Le général Monro remplace le général Ian Hamilton à la tête des troupes britanniques d’Orient.
L’armée italienne a progressé à nouveau dans le Trentin, au nord d’Ala et repoussé des attaques autrichiennes dans le Carso et en Carnie.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Brumes Mortelles 19-27 octobre 1915

Le 19 octobre 1915, 7h05. Un silence inquiétant règne entre le fort de la Pompelle et Prosnes. Les combattants français sont subitement atteints par une vague dérivante de chlore, la surprise est totale, causant une panique momentanée.Les vagues se succèdent et les soldats entendent avec effroi le départ de chacune d’elle par le sifflement émis à la sortie des tuyaux.

Le 27 octobre, les hommes voient arriver sur eux une brume épaisse, ils ont juste le temps d’ajuster leurs protections respiratoires. La densité du chlore est telle que l’odeur est perceptible à Châlons-sur-Marne, près de 30 km à l’arrière.

Cette série d’émissions de gaz à grande échelle est la deuxième du conflit (après Ypres, le 22 avril 1915), elle cause la mort par intoxication de plus de 900 hommes et fait près de 5 500 blessés. Interdite par les conférences de La Haye (1899-1907), l’arme chimique amplifie l’horreur du champ de bataille et produit chez les combattants un fort impact psychologique. (« L’Agenda du centenaire »)

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Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques

Une attaque chimique utilisant des conteneurs cylindriques

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Mardi 19 octobre 1915

Louis Guédet

Mardi 19 octobre 1915

402ème et 400ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Notre canon a tonné toute la nuit et à 7h une bataille se déclenche vers la Pompelle, en même temps que nous sommes bombardés jusqu’à 11h1/2. Le temps de m’habiller et je suis à la cave avec deux voisins. Jacques, Élise et Achille Poquet syndic de faillite, liquidateur séquestre de G.H. Mumm qui est venu me demander l’hospitalité, les bombes sifflant trop vers la rue de Thillois où il se dirigeait.

Le feu de l’Ennemi se concentre surtout dans le secteur de St Jacques et autour de St Jacques, maison Ciocco, Timbres bleu, Boucher charcutier 7, rue de Vesle, impasse St Jacques, rue de Talleyrand chez L’hoste tapissier : tout brûle.

On me dit que les allemands auraient repris une tranchée, la ferme d’Alger, Pompelle. Bref voilà une matinée, une journée qui compte.

A 2h réunion rue des Chapelains provoquée par le curé de la Cathédrale pour voir à fonder un comité pour recueillir les offrandes pour refaire (obtenir) des capitaux à la paroisse de la Cathédrale pour les cérémonies du culte dès que Reims sera dégagé, et pour nous permettre de vivre, en temps que culte. Étaient présents, Abbé Landrieux, curé archiprêtre, Albert Benoist, Bataille père, Becker, Henri Abelé, Sainsaulieu architecte, Charles Heidsieck, de Bruignac et Guédet. Que sortira-t-il de cela ? En tout cas on cherchera surtout en Amérique (l’idée était lancée…) et en Angleterre.

Je rentre finir ma valise et mettre tout en ordre avant mon départ. Pourvu qu’il n’arrive rien durant mon absence !! et que je retrouve tous mes aimés bien portants. Que je suis triste et angoissé.

6h1/2  Le calme, notre nuit sera-telle tranquille ? je pars demain pour St Martin à 4h3/4 du matin pour prendre le train de 5h1/2 à Bezannes. Je suis triste, de plus en plus triste. Oh ! que je suis las et découragé. Encore passer un hiver dans ces conditions ! c’est trop ! Dieu nous abandonne et n’a pas pitié de nous, nos pauvres petits, ma pauvre femme. Je crois que je deviendrai fou. C’est trop pour mes épaules ! c’est trop long. Je n’en puis plus. Mon Dieu auriez-vous pitié de nous, de moi. Ferez-vous bientôt cesser ce martyr !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

À partir de 7 heures, ce matin, violente canonnade qui, en­tendue d’abord de très loin, s’est rapprochée et a gagné le secteur de Reims. Les sifflements et les explosions des arrivées commen­cent, en outre, à se faire entendre au moment où je me dispose à prendre le chemin du bureau. Très peu de monde dans les rues. Quand j’arrive à l’hôtel de ville, les pompiers, le casque sur la tête, s’y tiennent prêts à intervenir.

Les Boches ont attaqué, paraît-il, sur un front de dix kilomè­tres, de Prosnes à la Pompelle et pendant ce temps, Reims est violemment bombardée jusqu’à 11 heures.

Des obus incendiaires sont tombés rue de Talleyrand et rue de Vesle. L’autopompe part. Un incendie qui paraît prendre des proportions s’est déclaré dans les ateliers de la maison d’ameuble­ment L’Hoste ; d’autres foyers se devinent encore à proximité. Les obus sifflent toujours.

L’hôtel de ville est touché de nouveau, sur le haut de son bâ­timent de la rue de la Grosse-Écritoire. À côté, la maison n° 9 rue des Consuls reçoit un projectile à hauteur de son premier étage. Au cours de ce bombardement, la rue de Vesle a particulièrement souffert.

L’Éclaireur dit qu’il a été envoyé environ 500 obus.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 19 – Nuit assez bruyante. Malade. 7 h. 1/2 à 10 h., violent combat d’artillerie. On dit que c’est à la ferme d’Alger. Incendie rue de Talleyrand. Bombardement violent et long sur la ville, rue de Talleyrand et de Vesle. Un obus est tombé sur un contrefort de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 19 octobre

Les Allemands ont fait mine de nous attaquer en Artois, ayant massé d’importants effectifs dans leurs tranchées du Bois-en-Hache et de la vallée de la Souchez. Notre artillerie, par un barrage énergique, les a empêchés de déboucher.
Lutte d’artillerie à notre avantage au sud de la Somme, aux environs de Tilloloy et de Saint-Léocade.
Nos patrouilles ont fait des prisonniers sur la rive gauche de l’Aisne.
Bombardement actif en Champagne. Nos batteries ont provoqué l’explosion d’un important dépôt de munitions.
Vifs combats à la grenade dans les Vosges, au Schratzmaennele; canonnades à l’Hartmannswillerkopf et dans la vallée de la Thur.
Les Russes ont progressé dans la région des lacs au nord, et dans la région du Pripet.
Les troupes serbes, françaises et anglaises combinées se sont heurtées aux Bulgares, à Valandovo. Le général Sarrail a pris le commandement du corps expéditionnaire.
L’Italie participera au bombardement de Dédéagatch.
Les troupes italiennes ont remporté un sérieux succès dans le Trentin, aux environs im
médiats de Riva (lac de Garde).

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 18 octobre 1915

Louis Guédet

Lundi 18 octobre 1915

401ème et 399ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La nuit dernière quelques obus dans le centre, boulevard de la République, rue des Telliers chez le Docteur Hoel, etc…  journée assez belle, froide, calme. Déjeuné au Cercle rue Noël avec M.M. Paul Camuset, de Bruignac, invités comme moi par Charles Heidsieck. Causé des événements. Tous sont d’avis que nous en avons pour l’hiver si ce n’est le printemps. Jolie perspective.

Vu le Procureur, réorganisé définitivement mes greffiers : Jésus pour les 2ème et 4ème cantons avec Landréat comme commis greffier le cas échéant. Landréat fera l’office de greffier suppléant du 3ème canton. Dondaine du 1er canton avec faculté pour l’un et l’autre de se substituer. Vu au Palais Dupont-Nouvion avocat, toujours pessimiste. Je l’ai relancé pour accepter la présidence du bureau d’assistance judiciaire. Dondaine ne voulant pas de cette pénitence. Du reste elle revient à Dupont-Nouvion qui, en sa qualité d’avocat, a été à même de voir comme cela se passait.

Je mets tout en ordre pour mon départ mercredi à 4h1/2 du matin, par Bezannes. Demain je ferai ma valise.

Repassé une dernière fois rue de Talleyrand, 37. Je dis la dernière fois car ces ruines me font trop mal. J’y ai tant souffert !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit assez tranquille. A 10 h., 3 bombes au Grand Séminaire (17-18 octobre).

Malade, pas assisté à la messe. Journée assez troublée. J’ai cru entendre forte mitraillade vers 2 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 18 octobre

En Artois, nous enlevons une forte barricade près de Neuville-Saint-Vaast et nous nous y maintenons après avoir repoussé deux contre-attaques. Violents combats d’artillerie devant Loos, au « Bois-en-Hache », à l’est de Souchez. Progression près de Givenchy.
Bombardement réciproque près de Lihons. Combats à la grenade sur l’Aisne, aux environs du Godat.
Bombardement intense et réciproque en Champagne, et en particulier autour de Tahure.
Nous avons, en Lorraine, gagné 100 mètres de tranchées au nord de Reillon, après un combat opiniâtre. Notre canonnade a allumé plusieurs incendies près de Leintrey, Amenoncourt et Gondrexon. Toutes les contre-attaques ennemies, dans ce secteur, ont été brisées.
Nos avions ont bombardé les centres de ravitaillement allemands de Maizières, d’Azoudange et la gare d’Avricourt. Une escadrille a jeté 30 obus sur la ville de Trèves qui a été ainsi atteinte pour la seconde fois.
La situation apparaît calme aux Dardanelles.
Les Russes ont repoussé l’ennemi sur l’Eckau, sur la Duna et sur la Strypa. Les Allemands, sur ce front, passent à la défensive.
Les Serbes ont infligé une série d’échecs, sur leurs deux fronts, aux Austro-Allemands et aux Bulgares.
La France a constaté que l’état de guerre existait entre elle et la Bulgarie.
Six transports allemands ont été coulés
dans la Baltique.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


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