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Samedi 25 août 1917

Délégation suédoise

Paul Hess

25 août 1917 – Visite à Reims, d’une mission composée de quinze à dix-huit officiers des pays neutres ; ils passent à la mairie.

— Le soir, à 21 h 1/2, je suis obligé de me lever précipitam­ment et de descendre à la cave, 10, rue du Cloître, par suite de l’arrivée subite et de l’explosion de trois obus dans le voisinage Immédiat, dont un chez Pelonceaux (propriété mitoyenne), un sur la maison à l’angle des rues du Préau et Robert-de-Coucy et le troisième derrière l’abside de la cathédrale. C’est tout ; comme ils ne sont pas suivis d’autres projectiles, je puis remonter me cou­cher, après une attente d’une demi-heure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Délégation suédoise

Délégation suédoise


Cardinal Luçon

Samedi 25 – + 16°. Nuit tranquille. Visite des Délégués des Pays Neu­tres, 15 à 20 personnes : Brésil, Suède, Norvège, Espagne, Pays-Bas, pré­sentés par un Commandant résidant à Épernay et le Capitaine attaché à la Place de Reims. Bombes de 4 à 6 h. Vers 9 h. soir, trois énormes coups de canons allemands tout près de nous. Canons français faisant petite figure à côté de la riposte allemande. Reste de la nuit tranquille. Bombes rue Hincmar, Tronson du Coudray, Cardinal de Lorraine. Une bombe sur la Cathé­drale, abside.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 25 août

Sur la rive gauche de la Meuse, nos troupes ont attaqué les positions allemandes entre les bois d’Avocourt et le Mort-Homme. Tous nos objectifs ont été atteints et largement dépassés. Nos soldats ont enlevé la cote 304, formidablement organisée par l’ennemi ainsi que le bois Camard, à l’ouest.
En avant de la cote 304, nous avons enlevé une ligne d’ouvrages fortifiés fermés, et atteint sur la rive sud du ruisseau de Forges, entre Hautcourt et Béthincourt. La profondeur moyenne de notre avance dépasse 2 kilomètres. Nous avons fait, au cours de cette action, un certain nombre de prisonniers. A l’est de la route d’Esnes à Béthincourt, une vigoureuse offensive de nos troupes nous permettait d’élargir nos positions au nord du Mort-Homme, sur une profondeur d’un kilomètre environ.
Les Anglais occupent actuellement les tranchées allemandes immédiatement au nord-ouest du Crassier-Vert. Ils ont infligé de lourdes pertes à l’ennemi, qu’ils ont repoussé de concert avec les troupes portugaises, en deux points au nord-ouest de la Bassée.
Le chiffre des prisonniers faits par les Italiens sur l’Isonzo dépasse 20.000. Le butin en matériel est de 60 canons.
Échec d’une attaque austro-allemande sur le front de Moldavie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Jeudi 7 juin 1917

Louis Guédet

Jeudi 7 juin 1917

999ème et 997ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Pluie d’orage hier soir. Nuit à peu près calme, chaleur torride qui tournera nécessairement à l’orage. Vu à l’École Professionnelle (Poste, sous-préfecture, etc…) Beauvais et Houlon qui jugeaient les allocations militaires en commission cantonale. Nous avons causé. Du Dr Simon, de son départ que n’approuve pas Houlon ni Beauvais. Il a eu tort de claquer les portes, car on lui resservira à satiété que s’il était resté à Reims jusque là, ce n’était nullement par devoir, pour la Ville de Reims ses concitoyens, mais uniquement…  pour la décoration. A cela il ne pourra rien répondre. Je le regrette pour lui bien sincèrement, car il s’est réellement dévoué ! sacrifié et exposé ! A sa place, j’aurais eu le « Sourire », j’aurais tenu jusqu’au bout, sauf à la fin de la Guerre d’avoir dit et dire leur fait à nos radins socialistes à Valeurs (rayé) rouges !…  qui eux font fleurir à foison leurs boutonnières. Ils m’ont appris que nos troupes d’infanterie avaient été relevées par la 12ème Division de cavalerie, c’est indiquer que notre secteur de Reims va retomber dans le marasme d’antan. C’est l’ensevelissement définitif de Reims !

Hélas !… Comme conséquence nos galonnards de la Place relèvent la tête, leurs « hannetons » recommencent à s’agiter pour embêter et molester le civil. Maintenant que les allemands ne (rayé). Ce matin a paru dans l’Éclaireur une décision de la Place (tiens, elle se réveille et sort de son abri blindé ou de sa cave de toute sûreté) qui enjoint, à partir du 31 mai 1917, aux Hippomobiles de marcher au pas dans les rues de Reims, aux motos et automobiles une allure de 15 kilomètres à l’heure, et « Ne pas entrer dans le jardin ni laisser stationner le véhicule dans le susdit jardin ! » – « Ne pas sortir quand des avions survolent la ville », etc…  etc… (Rayé). Il devrait également afficher : « Quand çà bombarde, les personnes qui se trouvent dans le bureau de la Place sont priées de ne pas faire dans leurs culottes (rayé), le (rayé) Commandant de place s’en charge pour tout le monde ». (Rayé). Quand donc serons-nous débarrassés de cette (rayé)!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 juin 1917

La remise du service du mont-de-piété m’est faite, dans la matinée, par M. Fréville, receveur des Finances, dans ses bureaux, avenue de Paris, 60.

En temps normal, pareille formalité comporte une vérification des écritures et des valeurs, en présence du receveur sortant. Comme en fait, il ne m’est remis que des ruines, sans aucune en­caisse, le tout se borne à la signature d’un procès-verbal en date de ce jour, reproduisant uniquement la balance des écritures arrêtée au dernier jour du fonctionnement des services (3 septembre 1914) sans qu’il ait pu être tenu compte, jusqu’alors, du bouleversement complet apporté dans cette situation par l’incendie du 19 même mois. Et c’est seulement maintenant, après avoir été nommé par arrêté préfectoral du 31 août 1916, que je suis autorisé à faire des opérations, quand le conseil d’administration aura pris les déci­sions qui s’imposent. Mais, dans la situation actuelle de Reims, quand sera-t-il regroupé ?

Je sais cependant que je puis déjà travailler très utilement de mon côté et je me propose de commencer sans tarder.

— Bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 7 – + 19°. Nuit tranquille sauf quelques coups de canons et mi­trailleuses au loin, vers l’est. Dès le matin, aéroplanes allemands, tir contre eux. M. Camu et Mgr Neveux vont à Villedommange. Visite avec M. Compant, rue d’Alsace-Lorraine. Nous descendons de voiture à la Biblio­thèque municipale ; nous allons à pieds par rue Croix Saint-Marc, nous traversons un terrain vague, désert, hérissé de fer barbelés. Rue d’Alsace, nous trouvons la maison où nous allions, inhabitée ; toute la place est cou­verte des vêtements arrachés des armoires par les pillards 25, rue de Metz (?) Un soldat nous indique une maison où il y a trois femmes, nous y allons. Il s’agissait de dire à une femme qui m’avait fait écrire à l’office du Vatican pour renseignements sur les disparus, que sa fille et son gendre habitaient Constantinople, telle rue, tel numéro. Cette pauvre femme avait quitté Reims lors des bombardements d’avril. Nous voulions avoir son adresse. Les fem­mes nous dirent que son frère habitait à la Haubette, et vinrent deux jours après nous apporter l’adresse de cette dame qui était réfugiée en Saône-et-Loire. Je lui écrivis, tout heureux de lui dire que son gendre et sa fille était vivants et de lui donner leur adresse avec la lettre de l’office du Vatican, portant les armes du Saint-Siège. Au retour dans la rue Robert de Coucy, pendant que nous réglons le cocher, un obus éclate au-dessus de nous et tombe sur la corniche de l’hôtel du Commerce ; il projette des pierres entre les jambes du cheval qui s’emballe, le chapeau du cocher est emporté par le vent. Comme nous revenions, un 2e obus tomba pendant que nous étions rue du Cloître (au grand effroi d’une dame pour nous, et qui pourtant cou­rait le même danger que nous) blottis le long du mur d’une maison ; le 3e comme nous entrons au secrétariat. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims


Jeudi 7 Juin… début de la bataille de Messines

Durant la dernière nuit, lutte d’artillerie d’une grande intensité à l’est de Vauxaillon, au nord du moulin de Laffaux, et sur toute la région au nord-ouest de Braye-en-Laonnois.

Vers Hurtebise, après un vif bombardement, les Allemands lancèrent deux vagues d’assaut sur nos positions au nord-est du Monument. Les assaillants ont été rejetés dans leurs tranchées de départ, après un combat violent où nos soldats ont infligé de fortes pertes a l’ennemi. Notre ligne a été intégralement maintenue.

Dans la matinée, les Allemands ont prononcé d’autres attaques entre l’Ailette et la route de Laon et au nord-ouest de Braye-en-Laonnois. Deux tentatives sur le bois du Mortier, au nord de Vauxaillon, ont été brisées immédiatement.

Les Allemands ont concentré leurs efforts au nord du chemin des Dames où ils ont attaqué sur le front le Panthéon-ferme la Royère. L’attaque ennemie a été repoussée dans son ensemble et n’a pu aborder nos lignes qu’en un seul point, au sud de Filain, dans notre saillant des Bovettes.

Les Anglais ont effectué une légère avance au sud de la Souchez. Ils ont occupé l’usine électrique de cette région.

Ils ont fait 75 prisonniers près d’Ypres.

Au cours d’un combat naval, une de leurs flottilles, a coulé un destroyer allemand.

Un raid d’avions allemands a eu lieu à l’estuaire de la Tamise. Deux des appareils ont été abattus.

Des bâtiments de guerre américains ont mouillé sur nos côtes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 25 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 25 avril 1917

956ème et 954ème jours de bataille et de bombardement

10h3/4 matin  Temps gris nuageux, froid. Nuit assez calme. Je me lève vers 7h et monte me raser et me nettoyer un peu plus complètement. Vers 9h1/2 je me dispose à aller à l’Hôtel de Ville, mais arrivé sous les Loges rue de Talleyrand il faut rétrograder. Cela commence à bombarder vers où je vais. Rentré, lu les journaux : toujours même battage !! La Grande offensive etc…  etc…  Oh ! là ! là !…  On voit bien que tous ces phraseurs ne sont pas ici. L’opinion sur nos Grands ! Généraux !! changerait !!

4h1/2 soir  Toujours le canon et le bombardement, mais nullement vers nous : Port-sec, Cérès…  Après déjeuner, étant sur le pas de la porte, je vois déboucher de la rue de Venise des Chasseurs Alpins, du 7ème, chantant, faisant des folies en tenant toute la rue des Capucins pour la remonter. Arrivé devant moi, l’un d’eux me demande si le quartier est habité. Je lui demande pourquoi : « C’est à titre documentaire !! » Je lui répondis que je n’avais pas à le renseigner pour cela et qu’il passe son chemin. Il le prend de haut : « Je ne vois pas pourquoi vous me refusez de me dire cela, moi qui vais demain me faire crever la peau pour vous !! etc… » Je lui répondis encore : « Eh bien ! moi qui suis resté ici 30 mois et je ne compte pas les services que j’ai rendu à vos camarades et je suis aussi exposé que vous. Passez votre chemin !! » Comme il devenait plus agressif, je fermais ma porte. Quelle lie que ces pillards…  En ce moment c’est comme du temps du 410ème …  et des marocains…  Quand donc serons-nous débarrasses de ces pillards.

Je sors pour tâcher de voir à l’Hôtel de Ville aux nouvelles. Je cause en passant devant le commissaire encore assez rompu et assez émotionné. Je lui conte la scène de tout à l’heure. Il n’en n’est nullement surpris, et il me disait qu’un général avec un nombreux état-major et une grosse escorte était venu hier à Reims. Et qu’on faisait déblayer certaines grandes artères pour livrer passage à la cavalerie sans doute. Bref je crois qu’on prépare une nouvelle attaque sur Reims. Puisse-t-elle réussir celle-là !!…  et que nous voyions enfin la fin de nos misères. Il me contait aussi qu’on avait arrêté des sous-officiers qui pillaient et qui répondirent pour leurs excuses : « Ce sont nos officiers qui nous ont demandé de la faire pour eux !! » Cela ne m’étonne nullement.

Arrivé aux caves Werlé où sont installés les bureaux de l’hôtel de Ville j’y rencontre Raïssac, qui me propose de donner mes lettres à Jallade pour être mises à la Poste à Paris. J’accepte et j’écris séance tenante une lettre à la chère femme que je joins à celle écrite hier à Marie-Louise.

Survient Goulden. Que vient-il faire là. Il ferait bien mieux de rester chez lui. Enfin. Le Maire arrive et nous causons un moment. Tous nous sommes d’avis que l’attaque de Brimont a raté. Attendons le 2ème acte qu’on prépare et que ce soit le dernier. Je dis ce que je fais pour les valeurs trouvées sur les victimes et les testaments reçus en dictée aux gens. Tous m’approuvent. Et Charbonneaux de dire : « Vous voyez que vous êtes utile. C’est un à côté de la vie de notre ville que vous tenez et qui rend service… !! » Le Maire insiste pour me remercier…

Je prends l’auto municipale et Honoré me conduit à la nouvelle Poste (École Professionnelle rue Libergier), salle de physique à droite en entrant, aussitôt passé devant le bureau de M. Beauvais (Joseph). J’y trouve mon courrier et des journaux, l’Illustration (3 numéros), le Journal des Notaires de Defrénois, et une marquise envoyée par Mme Thomas. La pauvre dame est bien bonne. Du reste Thomas m’avait prévenu, je les remercierai. Lettre de ma chère femme, de Labitte au sujet de son fils et de Robert qui sera soutenu par le jeune Labitte. Très aimable à lui. Lettre de Jean qui me dit être arrivé à St Brieuc à son dépôt, où il est affecté à la 64ème batterie du 61ème d’Artillerie, J’envoie de suite ces 2 lettres à ma chère femme. Jean pense partir pour le front dès le 1er mai. Que Dieu le garde, ainsi que son frère. Ceci fait je rentre à la maison écrire, lire et tirer ma triste journée…  Cela bombarde toujours.

8h3/4 soir  le calme, toujours le calme, et la même vie de misère. On se demande parfois si on en verra la fin, avec tout ce que l’on voit, le désordre et l’indifférence. On n’est guère incité à l’espoir et à la croyance d’une Victoire quelconque.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 avril 1917- La semaine passée, alors que faisant un tour matinal, j’étais ar­rêté et occupé à chercher les traces d’un obus que j’avais entends tomber au cours de la nuit, sur la cathédrale, Son Éminence le Cardinal et Mgr Neveux sont venus à passer, rue Robert-de-Coucy.

C’était la deuxième fois que je les rencontrais ainsi, à la suite de semblable circonstance, faisant leur promenade d’investigation en sens inverse de la mienne, et, pendant un instant, nous avons échangé nos impressions, simplement, en bombardés.

Mgr Luçon, après avoir regardé, après s’être rendu compte at­tentivement, me faisant part de ses constatations de sa manière si affable, paraissait solliciter mon avis. Je le lui donnai, tout en re­connaissant vite que lui-même et Mgr Neveux savaient discerner les nouvelles blessures des anciennes plus sûrement que moi, voisin novice, revenu depuis une huitaine de jours seulement dans la rue du Cloître, après avoir dû quitter le quartier en septembre 1914.

Mais depuis le 16 courant, il n’est pas nécessaire d’être ac­coutumé ou de procéder à un long examen pour s’apercevoir des horribles et épouvantables meurtrissures des 305. D’énormes brè­ches sont malheureusement trop apparentes à l’abside, aux gale­ries, aux clochetons des contreforts. Elles en laissent même deviner d’autres ailleurs, à la suite des affreuses séances de bombardement avec projectiles de très gros calibre, pendant lesquelles le tir était si bien localisé. On peut en juger par la dizaine d’entonnoirs énor­mes qui encerclent la cathédrale, place du Parvis, rue du Cloître et rue Robert-de-Coucy.

— Aujourd’hui, bombardement dans la matinée, qui a repris violemment, de 13 h à 14 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 25 – + 6° Nuit tranquille en ville. A 7 h. 1/2 matin, Qq. obus. Visite à l’hôpital général (militaires et civils). Visité la maison, très intéres­sante : ancienne maison des Jésuites, qui ont bâti Saint Maurice, les cha­pelles ; Bibliothèque (meuble et appartement), chapelle intérieure, caves où sont installées en passant les blessés qu’on apporte là en attendant qu’on puisse les transporter hors de la ville. M. Huart dit qu’il y a un 305 enfoncé non-explosé près du petit orgue. C’est vrai. Visite d’un Commandant et d’un Capitaine Mitchelle de l’armée des Etats-Unis19 présentés par le R. Père Dansette. Après-midi, bombes sur la ville mais sans acharnement, sur Saint-André. A 11 h. 1/2, bombes sur la ville pendant une 1/2 heure ou 3/4 d’heure. Moitié de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 avril

Actions d’artillerie sur l’ensemble du front.

Nous avons continué nos tirs de destruction sur les batteries et les organisations ennemies dans les régions de Saint-Quentin, de l’Oise, de Corbeny-Juvincourt et en Champagne; des explosions ont été constatées dans un certain nombre de batteries.

Nous avons ramené 4 obusiers allemands de 105, capturés au cours de réçents combats sur le plateau du chemin des Dames.

Près de Moronvilliers, nos éléments léger ont pénétré, après une courte préparation d’artillerie dans les tranchées allemandes, qu’ils ont trouvées remplies de cadavres.

Canonnade intense sur le front belge.

Les Anglais ont repoussé de fortes contre-attaques avec des pertes énormes sur le front de Croisilles, au nord de Gavrelle. Ils ont maintenu toutes leurs positions. Nos alliés ont progressé à l’est de Monchy et aux abords de Roeux. Ils ont avancé également â nouveau à l’est d’Epehy sur un large front et atteint le canal de Saint-Quentin au nord de Vendhuille. Ils ont occupé les deux villages de Villers-Plouich et de Beaucamp. Le chiffre de leurs prisonniers depuis la veille atteint 2000. Ils ont détruit 15 avions allemands et forcé 24 autres appareils ennemis à atterrir, désemparés.

Le Reichstag est rentré en session.

La mission officielle, composée du maréchal Joffre, de M. Viviani et de leurs collaborateurs, est arrivée aux Etats-Unis et y a reçu un accueil chaleureux.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 17 avril 1917

Louise Dény Pierson

17 avril 1917 ·

Le lendemain 17, c’est la bataille pour les Monts de Champagne, Mont Cornillet, Mont Blond, Mont Haut… Reims se trouvait au milieu de ces combats qui s’étendaient au moins sur 50 km de front.
Le travail dans les vignes n’en étant point arrêté pour cela, tous les matins dès 6 heures. il fallait s’y mettre.

Aucune description de photo disponible.
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Mardi 17 avril 1917

948ème et 946ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2 matin  Pluie hier soir et aujourd’hui, nous n’avons pas dû être bombardés la nuit. Le combat continue toujours sur notre front vers Brimont. Toute la nuit nos canons ont grondé, vers 3h du matin j’en étais réveillé et assourdi. Quel martelage !! Poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville voir aux nouvelles. Rue de Vesle, face chez Bienvenot, le sellier, un des gros obus d’hier a crevé la chaussée et l’égout, excavation de 8 mètres de profondeur. Chez Brémont, rue des 2 Anges, maison éventrée. La Cathédrale est fort endommagée, surtout ses contreforts. Elle a reçu au moins 12 ou 14 obus énormes. Du reste il ne fait pas de doute qu’ils ont tirés carrément dessus.

A la Ville, vu Lenoir, Raïssac, Guichard. Le communiqué est bon : nous avons fait ici 10 000 prisonniers. Nous encerclons Brimont, nous avons Bermericourt. D’aucuns disent que nous serons en ce moment à Juniville. Enfin attendons, mais que cela finisse bientôt…  Raïssac me donne une lettre pour la Commission d’appel des Allocations Militaires que j’ai à remettre à Martin à la sous-préfecture établie au Palais. Il me demande aussi de la part du Maire l’adresse d’Hanrot, notaire, (rayé) fichu le camp à Paris 70, rue d’Assas, et prétend être resté toujours à Reims, quand il y fait des apparitions de 4/5 jours (rayé). Vu Charlier et les employés de la Ville. 2 employés de l’État-civil et une dactylographe du même bureau sont seuls restés ici, le fameux Cachot est filé. Bref toujours les fiers à bras qui ont donné le signal de la peur et de la lâcheté.

11h3/4  La bataille devient formidable direction faubourgs Cérès, Bétheny, Cernay. Allons-nous enfin être délivrés… ??

1h1/2  Je sors pour avoir mon courrier. En arrivant devant la Cathédrale je vois de la fumée, d’où vient-elle ? On me dit que c’est du pâté de maisons qui sont entre le pont de l’avenue de Laon, la place de la République et la rue Chaix d’Est Ange. Les pompiers de Paris, sur l’ordre de leur capitaine, se refusent à porter secours. Il parait que ce capitaine est au-dessous de tout comme…  lâcheté.

Le vent souffle du nord ouest en rafale et tempête, la fumée vient jusqu’à la rue des Capucins, de cet incendie avenue de Laon.

En longeant certaines maisons je souris en voyant les moyens enfantins employés pour garantir des bombes les soupiraux des caves : 3 ou 4 briques et c’est tout. Après ce que j’ai vu des effets des bombes d’hier des 190 doubles, on sourit malgré soit. Comme quoi il n’y a que la foi qui sauve.

Je prends mon courrier, juste une lettre de ma chère femme. Toujours désolée, effrayée. Je passe chez le R.P. Griesbach, rue des Chapelains, pour le prier de m’écrire une lettre me disant qu’il se désiste de sa plainte d’hier contre Dupont. Je serais en règle et nous serons parés contre toutes entreprises de cet embusqué, de ses acolytes et des galonnards de la Place. S’ils bronchent, je les cinglerai.

A l’Hôtel de Ville, Raïssac, Houlon, Charbonneaux et…  Goulden ! Que vient-il faire là !! Non, ce garçon-là manque absolument de sens moral ?! Il est dans le cabinet du Maire absolument comme chez lui. Il est désarmant d’inconscience !!

J’écris un mot à ma chère Madeleine dans la salle des pas perdus d’attente de la Ville sur un coin de table. Nous n’avons aucune nouvelles. Houlon me dit que dans les ambulances ont met le français dans les lits et le Boche par terre sur la paille. On est encore bien bon !! Je les tuerais moi !

Vers 4h je rentre chez moi, fatigué, déprimé. J’en ai assez, je tomberais malade si c’était pour durer encore longtemps.

On causait à la Ville du bombardement d’hier de la Cathédrale. Les uns disaient que c’était peut-être le P.P.C. d’une de leurs grosses pièces. Les autres croyaient que ce n’était qu’un tir de réglage pour pouvoir démolir notre Merveille le jour où ils seraient obligés d’abandonner les hauteurs de Berru, Nogent l’Abbesse et Brimont. Ils en sont bien capables ! les Bandits !!

Vu l’abbé Dupuis, curé de St Benoit, très affecté de la mort de sa sœur et de la destruction de son église, qui venait d’être terminée vers 1913. Ils en veulent à toutes nos églises ! St André n’existe plus, St Remy fort abîmé comme St Jacques, et hier c’était le tour de la Cathédrale. La Bataille continue toujours. Je tremble pour mon pauvre Robert.

Je songeais en marchant dans les rues à ce que m’avait dit dans les cours de la Semaine Sainte le Pasteur Protestant (en blanc, non cité) (?) que je voyais dans le couloir de la Police à l’Hôtel de Ville où on délivrait les passeports, et qui venait justement chercher le sien pour quitter Reims : « J’ai dit à mes fidèles de partir, de quitter Reims », me disait-il d’un ton onctueux, « et alors le Pasteur suit son troupeau !! » L’excuse était toute trouvée, mais bien faible à mon avis. Nos Prêtres ne pensent pas de même ! Le troupeau est bien parti, mais eux restent au Devoir, au Danger.

C’est là toute la différence qui existe entre le clergé Protestant et le clergé Catholique !! et la supériorité de celui-ci sur celui-là.

Et moi, je reste bien, malgré que tous mes justiciables soient partis.

Vu Lenoir à l’Hôtel de Ville, où on lui a dit ce qu’on pensait de la Place et des Pompiers !! de Paris !! Il est renseigné. Le capitaine des Pompiers de Paris refusant ses hommes pour éteindre les incendies !…  sous prétexte qu’on n’a pas d’eau. On pourrait tout au moins faire la part du feu, en faisant des coupures !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 avril 1917 – Quelques obus seulement dans le quartier de l’hôtel de ville, à midi 1/4. Après les journées atroces et les nuits vécues depuis le 6 courant, cela donnerait une impression de calme, sans la canon­nade épouvantable qui tonne de façon ininterrompue au loin, toujours dans la même direction, nord-nord-est. Voici une dizaine de jours que nous entendons des roulements effrayants de coups de canon, qui se confondent en un grondement continu et ce soir, vers 20-21 h, le tapage infernal redouble encore. Le nombre des pièces en action, par-là, doit être considérable.

Aujourd’hui, mon voisin occasionnel, le gardien de l’im­meuble Polonceaux, mitoyen avec celui de mon beau-frère, m’a proposé, quand je sortais ce matin, de me mener voir dans l’hotel du Commerce, où il habite seul, à l’angle des rues du Cloître et Robert-de-Coucy, un 210, tombé là hier sans éclater, mais non sans avoir annoncé son arrivée par une secousse terrible, paraît-il, et j’ai vu l’engin, qui est survenu pendant le tir sur la cathédrale et ses environs ; ses dimensions sont vraiment imposantes. En le con­templant, allongé sur des gravats, nous exprimions l’un et l’autre le souhait qu’il demeure inerte car, autrement, il pourrait provoquer de sérieux dégâts dans les deux propriétés, si l’on songe qu’un pareil projectile pèse plus de 100 kilos.

Rien ne prouve, d’ailleurs qu’il n’aura pas d’amateur tel qu’il est. Il se pratique à Reims, depuis longtemps, un véritable com­merce occulte des différents obus que nous envoient les Boches ; ceux qui n’ont pas explosé sont par conséquent considérés comme une aubaine et recherchés par quelques-uns de nos concitoyens. Ne se contentant pas, en effet, de courir déjà bien des risques d’une façon normale, si l’on peut dire, ils s’ingénient à arriver pre­miers pour se les procurer, les dévisser, les débarrasser de leur charge d’explosif et les vendre ensuite, principalement aux per­sonnalités de passage. Tous ne réussissent pas, à coup sûr, leurs délicates manipulations ; il en est qui se sont fait déchiqueter. Plu­sieurs de ceux qui ont acquis une réputation d’habileté, dans ce genre d’opérations, infiniment dangereuses, nous sont bien con­nus.

L’un d’eux a eu, il y a peu de temps, une surprise dont on n’a pu que rire, parce que, heureusement, elle a été amenée sans ac­cident.

Un obus de 150, qui traînait sur la place des Marchés, avait été bien repéré, certain matin, au passage, par le chauffeur d’une auto, que son service particulier empêchait de s’arrêter avant d’al­ler, ainsi que chaque jour, jusqu’à l’hôtel de ville. Naturellement, le dit chauffeur se proposait bien de retourner l’enlever sitôt libre. Cet obus, tombé la veille au soir, après avoir heurté de biais le haut de la maison Girardot, s’était borné à dégringoler sans éclater et à rouler jusque vers la maison Fossier ; il venait seulement d’être remarqué. Mais, quelques secondes plut tard, un pompier sorti de la permanence toute proche de la rue des Élus, pour humer l’air frais, avait eu, lui aussi, son attention attirée par ce projectile qui s’offrait ainsi ; aussitôt, sans plus de façons, il s’empressait de le soulever et de le placer sur son épaule pour l’emporter — cepen­dant, mal maintenu en raison de son poids sans doute, l’obus glis­sait et retombait sur le pavé… sans exploser encore. Le pompier s’en chargeait donc de nouveau, avec plus de succès — peut-être en pensant tout de même qu’il avait eu de la veine dans sa mal­adresse — et, lorsque le chauffeur vint à repasser, avec sa « Ford », il s’aperçut qu’il était trop tard.

J’ai eu l’occasion de voir dernièrement, rue de la Justice 18, une collection probablement unique à Reims, montée par les soins de M.H. Abelé et présentée d’une manière originale, au milieu d’un cadre magnifique, spécialement aménagé dans ses caves. Les spé­cimen de tous les genres ou à peu près, des projectiles employés sur le secteur s’y trouvent réunis en une copieuse variété, depuis les différents modèles de grenades, torpilles, etc. jusqu’aux obus de tous calibres et de toutes les longueurs — du plus minuscule aux projectiles de rupture.

Ch. Legendre, avant la guerre agent général de la compa­gnie d’assurances L’Aigle, qui s’est mis à la disposition du maire et, comme chauffeur, le conduit chaque jour de sa maison à l’hôtel de ville, et vice-versa, a rassemblé, lui aussi, à son domicile, 8, rue de la Belle-Image, une série assez importante de projectiles divers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit active autour et près de Reims ; tranquille à peu près dans notre voisinage immédiat. Journée très active d’artillerie sur le front. 18 contre-attaques, dit-on ; à l’est de Reims, à Moronvillers, a dit le Géné­ral Lanquetot(1). Vers 6 à 10 h., très violent combat d’artillerie. Toute la nuit, roulements de canons au loin. Bombes assez près de nous vers 2 h. 1/2. Les Sœurs se sont levées. Je n’ai pas entendu. Obus tombé à l’angle que notre maison fait sur la rue du Cardinal de Lorraine et la rue de l’Ecole de Médecine et de l’Université.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) L’attaque sur les monts de Champagne, par contre, fut une opération particulièrement bien réussie à partir du 17 avril 1917.

Mardi 17 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, tirs de destruction sur les organisations allemandes. La riposte ennemie à été vive dans la région au sud de Saint-Quentin.

Au sud de l’Oise, nous avons continué à progresser vers l’est, sur le plateau, entre Barisis et Quincy-Basse et occupé de nouveaux points d’appui ennemis. Nos patrouilles sont au contact des tranchées allemandes sur la lisière ouest de la haute forêt de Coucy.

Entre Soissons et Reims, après une préparation d’artillerie qui a duré plusieurs jours, nous avons attaqué les lignes allemandes sur une étendue de 40 kilomètres. La bataille a été acharnée.

Entre Soissons et Craonne, toute la première position allemande est tombée en notre pouvoir. A l’est de Craonne, nous avons enlevé la deuxième position ennemie au sud de Juvincourt. Plus au sud, nous avons porté notre ligne jusqu’aux lisières ouest de Berméricourt et jusqu’au canal de l’Aisne, de Loivre à Courcy. De violentes attaques déclenchées par l’ennemi au nord de la Ville-au-Bois ont été brisées. Le chiffre de nos prisonniers actuellement dénombrés dépasse 10.000. Nous avons également capturé un matériel important non encore recensé. Lutte d’artillerie sur le reste du front de Champagne.

Les Anglais ont fait au total 14000 prisonniers et ont capturé 194 canons.

Echec des Germano-Bulgares en Macédoine, dans la boucle de la Cerna. Fusillade dans le secteur italien.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 12 octobre 1914

Louis Guédet

Lundi 12 octobre 1914

31ème et 29ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Le canon a tonné cette nuit à partir de 11h à intervalles réguliers, encore en ce moment. Adèle est encore venue dans ma chambre, toute claquante des dents, elle devient impressionnable en diable. J’ai beau la morigéner doucement, mais quand le trac, la peur la prend il la tient bien.

Le passage suivant a été supprimé.

… trouvé le 13 septembre, ils avaient oublié les bidons de pétrole, si précieux alors !!

  1. Fréville dit savoir de source sûre que les bidons de pétrole que j’ai trouvés le 13 septembre à la tour Nord de la Cathédrale avaient été laissés par les français lors de la retraite, dit-il, et aussi que l’installation téléphonique qui avait été faite par eux.

Continuons, en admettant au moins cet oubli dans la fuite. Comment se fait-il que les allemands, qui étaient à la recherche de toute l’essence qui pouvait se trouver à Reims, car ils ont raflé tout, tout, ils en manquaient. Comment se fait-il, dis-je, qu’eux aussi n’aient pas, non seulement vu ces précieux bidons, mais les avaient aussi oubliés !!!

Je ne sortirai pas de là, même en suivant Fréville sur ce terrain ?! Attitude mystérieuse de (rayé) que j’espère bien percer au clair un jour, un jour ou l’autre. La Providence m’y aidant !!

Il y a un fait certain, j’ai trouvé 3 bidons pleins d’essence le 13. Pourquoi étaient-ils restés là ? Quand on sait combien cette matière était si précieuse pour l’un ou l’autre des belligérants ? Dilemme qui pour moi est trouble … par la préméditation bien avérée des Allemands qui, avec leur fourberie habituelle seraient heureux que l’on répéta l’oubli ??!! sur nos soldats !! Et Messire Fréville de se prêter à cela !! Bizarre ! Étrange !! Attendons !! La chance et l’avenir me permettront peut-être un peu d’éclaircir les ténèbres Fréville !! fort (rayé) !!

3h50  Nous venons encore de recevoir 12 ou 13 obus dans notre quartier, le premier fut sur le Théâtre qui a fait une fumée insensée, de ma fenêtre on ne voyait plus la rue de Vesle et le commencement de la rue Chanzy. Ce bombardement a duré de 2h à 3h10. On est las ! Je n’ai plus le courage d’espérer la fin de nos misères. Reverrai-je jamais les miens, mes chers aimés ?! Je suis à bout de tout : courage, espérance, confiance !!

5h3/4 soir  Nous voila revenus aux plus mauvais jours, que va être cette nuit ? Mon Dieu protégez nous, sauvez nous. Que notre nuit soit au contraire reposante, et que demain notre misère soit finie en apprenant que les allemands sont partis ! Dieu exaucez moi. Et que je revoie bientôt mes chers aimés et mon pauvre Père ! Car je n’en puis plus !

8h soir  Demain il y aura un mois que nos généraux nous aurons laissé sous le canon des allemands. Soudards ! Va… (rayé) et que dès qu’une (rayé) coup à Ville-Dommange, Ecueil et autres lieux sûrs !! Crime…  Le quart de page suivant a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nos grosses pièces ont tonné encore dès ce matin. L’ennemi riposte aussi avec du gros calibre.

Cet après-midi, j’avais quitté la rue du Jard vers 13 h ¾, pour me rendre à mon travail, à l’hôtel de ville. Alors que venant de traverser la place royale, j’étais engagé dans la rue Colbert, un obus s’annonçant soudain, passait au-dessus de moi avec le hululement de plus en plus accentué du projectile terminant sa course rapide. Il n’allait plus loin, en effet. Faisant entendre une explosion formidable, il écrasait la Maison de la mutualité, impasse des Deux-Anges, Aussitôt, un nouveau projectile allait tuer deux passants et en blesser quatre autres, en éclatant devant la pharmacie, sur la place du Palais de Justice, que je venais de longer quelques minutes auparavant, venant de la rue Trousson-Ducoudray, pour prendre la rue Carnot. Je presse le pas, pour trouver un abri à la mairie et j’entends encore l’arrivée dans le centre, d’une vingtaine d’obus, dont l’un démolit une partie de la haute galerie du chevet de la cathédrale, sur la rue Robert-de-Coucy.

Une très forte brèche marque cette blessure, venue s’ajoute aux autres, et l’on se rend parfaitement compte qu’en outre, la même galerie est descellée sur une assez grande longueur, le coup ayant été directement porté. Des parties massives de ses arcades ont été brisées et dispersées ; l’une d’elles, gros bloc, est restée suspendue dans le vide, retenue vraisemblablement par les tiges de fer reliant et maintenant l’une à l’autre les pierres assemblées dans la construction – et elle menace de faire encore d’autres dégâts, par son volume et son poids, lorsqu’elle tombera sur les combles inférieurs.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Canonnade le matin et toute la marinée.

2 h 1/2, deux bombes ; en tout 18 bombes dont une tombe sur la Cathédrale, endommageant la voûte, dont les pierres sont tombées sur le pavé qu’on venait de balayer. Vers 5 h 1/2, une bombe renverse plusieurs mètres de la galerie autour de l’abside, descelle ou ébranle 4 ou 5 mètres de la même galerie qui paraissent près de bomber. Soir, canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims
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Paul Dupuy

Au calme relatif de ces derniers jours succède une mauvaise période, car des bombes sifflent de tous côtés, et l’après-midi il nous faut nous terrer pendant 5/4 d’heures.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Juliette Breyer

Lundi 12 Octobre 1914.

Ma bonne chipette, J’ai dit ce matin à maman que j’étais encore embarrassée. Je pleurais, vois-tu, en lui disant. Que veux-tu, c’était plus fort que moi. Mais elle m’a bien consolée et relevé mon courage. « Il ne faut pas pleurer. Regarde, moi j’en ai eu sept. Eh bien aujourd’hui je suis contente de vous avoir tous les quatre ». Pauvre maman, elle est si bonne. Enfin, que veux-tu, ce sera encore un coco à gâter.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Lundi 12 octobre

Tout notre front riposte victorieusement à l’ennemi. Même nous avons encore avancé au nord-ouest de Soissons, et nous avons pris un drapeau à Lassigny.
Deux Taubes ont survolé Paris, lançant des bombes qui ont tué et blessé dix-sept personnes: un engin incendiaire est venu s’abattre sur la toiture de Notre-Dame.
L’armée belge d’occupation a quitté tout entière Anvers, accompagnée par deux brigades anglaises qui ont rejoint les forces alliées importantes, dit-on, qui sont cantonnées à Gand.
Les Autrichiens ont perdu une bataille sous Sarajevo, et les Serbo-Monténégrins ont forcé la défense mobile à se retirer dans la montagne.
Les troupes russes, au dire même des journaux viennois, ont remporté une victoire importante au nord de la plaine hongroise, au sud des Carpates, à Marmaros-Sziget. Elles tiennent maintenant les têtes de toutes les lignes ferrées dui convergent de ce côté vers Debreczin et Budapest.
Le général Zupelli a remplacé au ministère de la guerre italien, le général Grandi, démissionnaire.
En France, le général Bernand, directeur de l’aéronautique militaire, est remplacé par le général Hirschauer.
La Turquie poursuit de nouvelles négociations secrètes avec l’Allemagne : mais jusqu’à présent, elle demeure immobile.

 

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Mardi 22 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

22 SEPTEMBRE  – Une petite pluie ; la brume ; mauvais temps pour nos troupiers ; mauvais temps pour nos ruines. Les pierres calcinées détrempées vont s’effondrer.

J’ai passé une matinée dans la cathédrale avec Poirier et les journalistes américains. Pendant que j’étais dans la nef, est tombée la petite lampe de l’autel, à droite du St. Sacrement dans l’abside. Hier à midi, c’était celle du St. Sacrement qui s’écrasait avec un bruit énorme ; elle était de taille…

On a mis en bière – enfin ! – les trois corps brûlés dans la cathédrale et les « grillés » du chantier. Depuis samedi… ils sentaient.

Il se trouve que c’est moi qui ai fait le dernier tour sur la cathédrale le vendredi après-midi, pour me rendre compte des dégâts faits par les bombes. Et c’est M. le Curé qui a dit le samedi matin la dernière messe. Il en était à l’offertoire quand les premiers obus sont tombés.

Rencontré tout à l’heure un lieutenant de batterie qui assurait que le Kronprinz était à Berru pendant le bombardement de Reims. C’est sûrement lui qui a ordonné de viser la cathédrale. Le mouvement de réprobation monte dans le Monde, aux États-Unis, l’opinion est soulevée. Harding Davis est un écrivain très connu, qui écrit dans 25 journaux ou revues ; il a pris bien des notes hier…

Il est maintenant certain, renseignements reçus de divers côtés que, pendant que l’échafaudage flambait, deux bombes sont encore tombées ; une sur le toit vers la rue Robert-de-Coucy, une sur l’abside.

5 heures l/2 ;

Je suis allé à Pommery à 2 heures. Effroyable le nombre de bombes jetées sur un aussi petit espace. Nulle part à Reims il y en a tant. Nous avons essuyé le feu au Moulin de la Housse.

Puis, je suis allé chez M. le Curé où nous avions réunion pour le rétablissement de la vie paroissiale. On va adopter les deux chapelles de la Mission et de la rue du Couchant. Je serai à la Mission – où je dirai la messe tous les matins à 7 heures et le dimanche à 8 heures avec une petite instruction.

Le Cardinal rentrait de Rome ce matin, en auto, à 9 heures, quand je passais devant l’Archevêché ! Il’ m’a embrassé le premier… Il est évident qu’il est loin de connaître les réalités qui l’attendent.

8 heures ;

Je viens de révéler les photos faites ce matin à la cathédrale. Poirier passe. C’est horrible ! Dans un hangar du Moulin de la Housse, une heure et demie après notre passage, un obus de 210 arrive, tue 17 soldats et en blesse une cinquantaine ! Tout autour, le terrain est de nouveau arrosé de mitraille et les Caves reçoivent deux ou trois projectiles qui font des dégâts énormes…

Les communautés comme l’Adoration Réparatrice, le Tiers-Ordre, les Écoles St. Symphorien, rue des Murs, rue de Sedan, rue St. André… Les desseins de Dieu sont impénétrables. C’est la théorie éternelle de l’Innocent immolé pour le salut du Monde. Reims a été le berceau de la France chrétienne il est le Golgotha sur lequel son salut s’opère… Quelles heures cruelles cependant !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 22 septembre 1914

11ème et 9ème jours de bataille et de bombardement ?

6h1/2 matin  Cette nuit pas un coup de canon ni un coup de fusil ! À 6h1/2 je m’éveille, surpris de ce calme et de n’avoir pas été réveillé par la musique que nous entendons depuis 10 jours.

7h  quelques coups de canon sourds, au loin, éloignés. Est-ce que Messieurs les prussiens seraient filés ?

7h50  On me dit que l’Etat-major allemand (d’un corps d’armée sans doute) serait fait prisonnier.

8h1/2  Allons nous renseigner si possible. J’en profite pour porter un mot à l’abbé Thinot que j’ai en vain essayé de lui remettre à son domicile 8, rue Vauthier le Noir depuis 2 jours. Chaque fois un obus malencontreux me recommandait la prudence, serai-je plus heureux aujourd’hui ? Nous allons voir !

10h1/4  J’apprends en route que Mareschal est chez lui. J’y saute. Je le trouve sur sa porte, il est fort ému de ce qu’il vient de voir là de nos désastres. Il m’apprend que sa maison de la rue d’Avenay est incendiée, ce que je savais, mais de plus que toute sa comptabilité qu’il avait transporté là de la rue Jacquart est détruite. C’est un désastre !!

Comme Il a session à l’Hôtel de Ville je l’y accompagne, rencontre M. Dallier (Louis Eugène Dallier, 1885-1965), d’Ay, commandant d’État-major, les Henri Abelé, Pierre Givelet, mon Beau-père, plus ou pas de nouveau, sauf qu’on ne bouge pas et que notre état-major hésite à sacrifier inutilement des hommes et qu’il préfère tourner les Prussiens.

J’apprends là que Peltereau-Villeneuve s’est sauvé avec sa femme à Épernay. Me voilà donc le seul des notaires de Reims resté à son poste, à son devoir. Que Dieu me protège ! ainsi que les miens, mon Père, mon étude, ma maison, mon St Martin.

Maurice me dit justement que St Martin n’aurait pas souffert. La Chaussée-sur-Marne oui. Presque pas de combats. Des passages de troupes. Mon Dieu, merci si je retrouve mon Père et sa maison intacte : c’est le foyer familial depuis plus de 150 ans, et cela me ferait gros cœur de savoir qu’il lui est arrivé malheur. Dieu protégez tout cela, et que nous nous retrouvions tous là-bas un jour prochain jouir de la joie de vivre quelques moments heureux dans mon Pays natal.

Rencontré M. Portevin avec qui je reparle de cette ténébreuse histoire des parlementaires allemands de La Neuvillette du 3 septembre. Il n’en sait guère plus que moi et il me confirme qu’il est en effet allé à la Mairie de La Neuvillette vers 7 heures du soir dire au colonel du 94ème de ligne qui gardait les parlementaires que le Général Cassagnade était en tournée dans les forts de Reims et qu’il ne pouvait être prévenu pour 7 heures dernier délai, donné par les allemands pour rentrer dans leurs lignes et qu’ils voulurent bien proroger le délai jusqu’à 8 heures du soir. Les Parlementaires ne voulurent rien entendre et là commence l’aventure de l’exode jusqu’à Merfy puis leur disparition.

A Épernay il a revu encore des parlementaires les yeux bandés et la tête voilée, était-ce ceux de Merfy ou d’autres, il ne sait pas. Si ce n’était pas eux, ces autres étaient envoyés, parait-il, pour proposer au Général Joffre de cesser les hostilités en échange de la cession de l’Alsace et de la Lorraine, et de laisser l’Allemagne les mains libres pour lutter contre la Russie et l’Angleterre. Refus bien entendu et immédiatement engagement solennel pris entre les Puissances alliées (France, Angleterre et Russie) de ne pas traiter séparément avec l’Allemagne, cela se devait.

Heckel mon commis vient de m’apprendre que tout est brûlé chez lui, il me demande s’il peut aller se réfugier chez M. Georgin. Je lui conseille de ne pas hésiter à le faire.

11h  Je vais définitivement jusqu’à l’abbé Thinot. Place du Parvis je rencontre M. Salaire, commandant de pompiers, lieutenant d’intendance actuellement. Sur ces entrefaites M. Bergue nous aborde, nous causons des événements et peu à peu la conversation revient sur les otages du 12. Je lui demande quelques renseignements, voici ce qui ce serait passé :

L’intendant général allemand qui était toujours en rapport avec M. Bergue en sa qualité d’interprète survient le 12 au matin à la Mairie, l’Hôtel de Ville, vers 9 heures et à brûle-pourpoint lui dit : « Je viens m’assurer de la personne du Maire, les événements sont graves. M. le Maire est-il ici ? » sur une réponse affirmative, celui-ci ajoute : « Les événements s’aggravent, je viens m’assurer de sa personne, et…  de vous aussi Monsieur ! » M. Bergue lui demande s’il peut prévenir Madame Bergue. On le lui refuse. On était pressé, affolé. Heureusement qu’il croise Émile Charbonneaux qui lui dit de prévenir sa femme. On les emmène au Lion d’Or où il y a plutôt du désarroi. On dicte la fameuse proclamation sur papier vert des otages à M. Bergue, qui discute sur le mot « pendaison »… C’est inutile d‘insister. Quand on arrive à la signature de cette proclamation par le Maire, on résiste, puis on demande que l’on mette « Par ordre, et sur l’injonction de l’autorité militaire allemande. » – « Impossible ! L’ordre vient de trop haut ! » On signe donc le couteau sous la gorge.

Or, cet ordre qui venait de trop haut était donné par mon fameux Prince Henri de Prusse, non pas cousin de l’Empereur Guillaume, mais bel et bien son frère, Amiralissime de toutes les flottes de sa Majesté Impériale et Royale de toute la Prusse (Canaille) Vandale.

Sur mon étonnement M. Bergue me dit : « Parfaitement, le frère propre de l’Empereur amiralissime des flottes allemandes, vous avez été son otage. » – « Et moi le gardien, son voisin de chambre ! » Que diable pouvait-il venir faire là cet amiral d’eau douce ?!?…

Bref, je suis monté en grade, au lieu d’être le 1/4 d’une altesse quelconque je deviens le 1/8 d’un Empereur ! Parfaitement, suivez mon calcul : le Frère de Guillaume est une moitié d’Empereur. Nous étions 4 otages dans la nuit du 11 au 12 septembre, or une 1/2 d’une moitié divisée par 4 donne 1/8 si je ne me trompe. C.Q.F.D.

Au sujet des blessés allemands dans la Cathédrale, ce fut de même : « L’ordre vient de trop haut, et du reste nous sauvegardons nos blessés, car les troupes françaises ne tireront jamais sur votre magnifique Cathédrale !! » Oui les français n’auraient jamais tirés sur la Cathédrale de Reims, mais vous ! Vous voyez. Vous ne vous êtes pas gênés pour le faire, et…  sciemment, à tir exactement repéré !!

Je les quitte et vais porter mon mot à l’abbé Thinot. Place Godinot je salue M. de Polignac qui passe en auto avec des officiers généraux. Je traverse les ruines de la rue St Symphorien (plus rien chez M. Masson (Jules Masson, 1841-1920, 13, rue St Symphorien), de la rue de l’Université, c’est lugubre. Puis place Royale un roulement de tambour ! Ce n’est rien, on prie les agents de police et les gardes-voies de se trouver au Boulingrin à 9 heures pour prendre les ordres de l’autorité militaire.

On me dit que l’Italie a lancée un ultimatum à la Prusse à la suite des exhortations de Poincaré et des puissances alliées au sujet de notre bombardement et de l’incendie de Reims et de la Cathédrale.

Nos troupes seraient avancées jusqu’au Linguet sur la route de Witry-les-Reims. A midi et quelques minutes j’étais dans le jardin, un obus siffla, le seul. Et aussitôt même phénomène que j’ai remarqué maintes fois durant ces jours tragiques. C’est qu’aussitôt que quelques obus avaient sifflé et éclaté les nuages, même par un soleil assez clair, se rassemblaient, se renforçaient et une ondée tombait aussitôt. C’est assez curieux ! Ébranlement de l’air, sans doute.

1h1/2  Je me dirige vers le jardin de la route d’Épernay, rencontre le 107ème de ligne d’Angoulême. Les hommes paraissent en forme. Arrivé au jardin je constate qu’on l’a encore visité, ainsi que la sallette, plus de nappe ni de vaisselle. Si cela continue, les apaches enlèveront les murs. A 3 heures une batterie de 2 grosses pièces d’artillerie anglaise tire derrière moi vers Berru, les obus passent au-dessus de ma tête en sifflant, pas le même déchirement que les allemands. Gare que Berru ne réponde et je risque fort de recevoir un coup trop court. Faut-il rester ? Faut-il partir ? Singulier dilemme ! Tout pesé, je reste. J’ai bien fait, car la réponse est nulle, 2 coups vers Ste Anne et trop courts. Ils ne savent pas où sont ces canons. J’inspecte avec ma lorgnette Cernay, le glacis de Berru, et vers Witry-les-Reims. Je vois quantités de terre remuées, ce sont des tranchées pour les fantassins, mais aucun ouvrage ne dissimule leurs batteries qui doivent être dans les bois de Berru et de Nogent. Vers 4 heures je quitte le jardin, le retrouverai-je ou les pillards ne l’auront-ils pas enlevé lui-même ?

Je repasse voir les sœurs de l’Hospice Roederer qui sont lasses de descendre dans les sous-sols leurs vieillards pour les remonter ensuite, elles sont exténuées.

Je reviens par les Tilleuls (rue Bazin depuis 1925) ou j’admire un splendide coucher de soleil qui illumine notre pauvre Cathédrale bien noircie ! Et dire qu’on se tue encore. Et que nous sommes toujours entre le marteau et l’enclume. C’est une situation qui devient exaspérante, intolérable. On s’énerve dans l’attente de la fin.

6h1/2  M. Albert Benoist vient me demander de me confier une dépêche pour Mme Albert Benoist qui aurait fait paraître une annonce dans l’Echo de Paris demandant de ses nouvelles, ainsi que de sa fille dont elle ignore le sort depuis qu’ils sont allés à Épernay dans un camion. Ils ont été obligés de rebrousser chemin après maintes péripéties lors de l’exode, de la débandade vers Épernay. J’accepte volontiers de transmettre une dépêche par Price quand celui-ci reviendra.

Puis l’on cause des événements avec Mareschal qui était venu sur ces entrefaites pour me demander un renseignement, c’est du reste lui qui avait dit à M. Albert Benoist que j’avais un moyen de faire parvenir des dépêches.

  1. Albert Benoist estime qu’il a 1 500 000 francs de pertes causées par l’incendie et le bombardement du 19, 1 200 000 francs pour la rue des Cordeliers et 300 000 francs pour son usine. Plus de comptabilité comme Mareschal et du reste comme presque tous les sinistrés. Il me dit qu’à la Ville on avait affiché qu’il y avait eu une grande bataille à Craonne (on recommence absolument la campagne de 1814). Où on a combattu avec acharnement et où il y a eu des corps à corps à la baïonnette terribles.

Du côté de Grandpré (dans les Ardennes) les allemands refoulés jusque là se fortifient énormément. Voyons ? Est-ce que ce ne serait pas l’encerclement, et mon Dieu ! Le Sedan de 1914 sur le champ de Bataille du Sedan en 1870 ? Pensée bien troublante ! En tous cas ce serait de la justice l’imminence et un singulier retour des choses ! Tout est possible, surtout quand on voit ce que les allemands ont fait et font. La Providence nous devait bien cela. Ce serait le Châtiment des crimes d’un siècle commis par ces descendants d’Attila dont ils ont encore du sang dans les veines !!

Ici pour nos Corps de troupes de Reims le mot d’ordre est de rester sur place, marquer le pas mais de résister jusqu’au dernier surtout  d’empêcher l’encerclement de Reims et de résister jusqu’au dernier homme. Pour arriver à ce résultat cela nous promet peut-être encore de beaux jours de canonnades et d’incendies de la part des allemands passés maitres en ce genre d’exercice. Et cependant, je ne puis croire que cela arrivera. Non, ce sera plutôt la reculade, la débandade, le désastre, le Sedan. Ils seront  punis là où ils pèchent par leur entêtement et leur ténacité. N’avoir jamais tort coûte que coûte. Soit ! mais cela coûte cher cher quelquefois ! Et il s’agit de leur existence propre comme peuple et nation sur la Carte de l’Europe…  du Monde !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le bombardement continue une grande partie de la journée.

– Remis à M. Hebar, administrateur du mont-de-piété, le rapport relatant les faits de ma gestion provisoire à l’établissement – charge exceptionnellement difficile, reçue brusquement le 31 août, au départ du directeur et arrêtée avec la destruction complète du mont-de-piété, le 19 septembre.

– Passé aujourd’hui dans les ruines du quartier détruit. Les vibrations produites par les coups de canon de nos batteries, installées au champ de Grève, font à tout moment tomber des pans de murs. A différents endroits, le feu continue toujours ses ravages.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918

Cardinal Luçon

Rentré à Reims, à 9h du matin. Journée calme, dont on est étonné, étant accoutumé au bruit continu du canon. Le soir, après souper violente canonnade, avec bombardements.Nous écoutons par la fenêtre, au petit salon en lisant les nouvelles.

Il y avait avec moi à la maison M. Camus, Vicaire Général, qui couchait et prenait ses repas chez nous ; item M. Compant qui était venu au Conclave, avec moi, et qui au retour trouva sa maison incendiée avec tout ce qu’elle contenait : son mobilier, son vestiaire, sa bibliothèque, ses notes et celles concernant le Cardinal Langénieux.

Nous nous levons à 9h 1/2 ou 10 h. pour descendre à la cave où nous restons environ 1 h à cause du bombardement. Comme on croit que tout est fini, nous remontons : mais la canonnade recommence violente jusqu’à minuit

 Cardinal Luçon dans Journal de la guerre 1914-1918, Travaux de l'Académie nationale de Reims

Gaston Dorigny

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Mardi 7 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

7  SEPTEMBRE : Poirier court une aventure terrible en voulant faire un tour dans le vignoble. Engagé dans des troupes, il est arrêté à Louvois, séparé de sa voiture et de son chauffeur et durement traité, à Fontaine, un officier supérieur le déclare en règle et le laisse partir.

Épernay est intacte, mais remplie de blessés. Le canon tonne sans discontinuer au sud d’Épernay et de Chalons

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 7 septembre 1914

6h1/2 matin  Nuit tranquille, une des premières depuis longtemps. Temps magnifique. Il est à remarquer du reste que depuis l’ouverture des hostilités nous avons joui d’un soleil splendide et aussi par contre d’une grande chaleur, mais pas une goutte d’eau. Les nuits sont assez fraîches.

Hier M.M. Charles Heidsieck et Pierre Givelet, des verreries de Courcy, me disaient qu’il y avait eu un grand combat il y a juste 8 jours à Tagnon (Ardennes). (C’était le bruit du canon que j’entendais à St Martin où j’étais près de mes chers aimés pour la dernière fois !) et qu’il y avait eu de nombreux morts et blessés de part et d’autre. Il paraîtrait même que ces derniers étaient encore là sans secours !! C’est la loi de la guerre, diraient nos allemands, mais qui l’a établie cette loi, si ce n’est vous, Bandits !!

Deux de nos adjoints M.M. Chappe et Lesourd ont fui, déserté le 2 septembre. Et quand j’ai vu Chappe ce matin du 2 septembre vers 9h devant chez lui et que je lui demandais s’il pouvait me donner un moyen de prévenir ma pauvre femme pour lui dire de se mettre en sûreté à Granville avec ses petits et qu’il m’a dit, en levant les bras au ciel, de m’adresser à Georges Ravaux, chauffeur militaire, dont la voiture automobile était arrêtée devant sa porte, il allait chercher ses derniers effets ou valeurs pour se sauver avec lui. M. Georges Ravaux ne se sauvait pas, il rejoignait mais lui il se sauvait !! Il n’était pas nécessaire de plastronner comme il le faisait pour finir sa plastronnade de cette façon ! Nous en verrons encore bien d’autres !

M.M. de Bruignac et Émile Charbonneaux ont été nommés adjoints provisoires en lieu et place de ces 2 lièvres. C’est du bon travail.

9h1/2  Je suis allé à la recherche des affiches apposées depuis l’occupation, je les ai à peu près toutes (Vieille passion, il avait rassemblé une magnifique collection d’affiches et de journaux relatifs au siège de Paris en 1870, cette collection a été vendue aux enchères à Paris en 1970). J’en ai parlé à Jolly, 21 rue Gambetta, à l’Express, rue Chanzy n°79, j’irai au Courrier de la Champagne cet après-midi, on dit qu’il ferait paraître un petit journal, j’irai voir.

Je suis allé à l’Éclaireur de l’Est, tout est broyé dans les bureaux. Les machines ont peu de chose. Repassé à la Cathédrale où je rencontre M. l’archiprêtre l’abbé Landrieux. Il me raconte ses promenades sous les bombes du Courrier à chez lui et à la Cathédrale. Là, au coin du parvis de l’ancien archevêché rue du Cardinal de Lorraine il hésita beaucoup car toute la place était noire de fumée et de poussière, alors que faire ! puis me dit-il : « Je me suis dit si tu écopes ce sera aussi bien où tu es que plus loin, alors j’ai porté ma carcasse jusqu’à la cathédrale, j’y suis rentré et suis resté une 1/2 heure devant de St Sacrement à la réserve en attendant la fin du bombardement.»

Il m’a affirmé que les allemands qui tiraient (du parc ?) du château des Mesneux de M. Brulé-Luzzani (Émile Brulé (1853-1930), époux d’Adèle Luzzani (1857-1931) Maire des Mesneux), auraient répondu à celui-ci qui leur faisait observer qu’il savait que Reims ne se défendrait pas : « Nous avons des ordres, nous les exécutons ! ». Donc pas d’erreur possible.

Il y a eu hier 28 enterrements de victimes à St Remi. On parle de 50/60 morts et autant de blessés ou éclopés.

Place du Parvis de la paille tout autour de la statue de Jeanne d’Arc, mais la garde a disparu. Dans toutes les rues on ne marche que sur des verres cassés ou du plâtras. Le « Chat perçant » au coin de la rue Carnot et des Deux Anges a une oreille traversée par un éclat d’obus qui a incendié Matot.

On a apposé de petites affiches un peu partout où on annonce que les transfuges peuvent rentrer dans leurs foyers situés dans les Ardennes et la Meuse (excepté la région de Verdun). Prendre son passeport aux commissariats de Police sur production de pièces d’identité et pour visas par l’autorité militaire allemande au Lion d’Or.

11h1/2  Le canon tonne toujours. Monsieur Français me dit qu’on s’est battu terriblement hier vers Montmirail. Ma pauvre femme, mes pauvres enfants, pourvu qu’ils soient loin et ne soient pas pris dans le flot de nos armées. Mon Dieu ! Aurez-vous pitié de moi, et ne me ferez-vous pas donner quelques nouvelles rassurantes d’eux. Ayez pitié d’eux. Sauvez-les ! Je viens de voir Gobert du Courrier de la Champagne qui va faire reparaître son journal. Il m’a demandé de lui faire une note sur l’affaire de l’usine Deperdussin d’hier. J’ai accepté, cela m’occupe et m’empêche de trop penser à mes chers disparus !

6h10  8 jours que j’ai quitté ma pauvre femme et mes enfants, et Jean et Robert à Châlons à pareille heure !! Oh ! que je souffre ! Quelle angoisse de chaque instant.

Je suis parti vers 3h1/2 faire un tour du côté de Courlancy, rue de Vesle puis de St Jacques. Je vois quantité de voitures diverses qui paraissent revenir assez vivement du côté de la Haubette. On dit qu’on s’est battu furieusement vers Champaubert et Montmirail. Depuis deux jours nous avons entendu beaucoup de canon. Et il parait que de nombreuses voitures seraient remontées vers l’est depuis midi. Ils auraient de très nombreux blessés 15 à 17 000 affirme-t-on. Par les Tilleuls je me dirige vers l’hospice Roederer. La bonne Supérieure a été bien effrayée mais tous les obus sont passés au-dessus de leurs têtes le 4 septembre. Comme moi elle assure que l’on a tiré d’au moins 3 côtés, des Mesneux, de St Thierry et La Pompelle. Elle me dit aussi qu’il y a eu au moins 200 coups de tirés, elle croit en avoir comté au moins 190. Repassé par Ste Anne, une maison démolie à la hauteur de la Chaussée St Martin. Revenu par la rue de Venise, au Collège St Joseph rien, rue du Jard chez les Sœurs de l’Espérance qui en ont reçu 4 dont 3 éclatés et avec quel désastre ! Rentré à la maison, harassé et sans nouvelles saillantes. Je n’ai pas la force d’aller voir mon Beau-Père pour en apprendre.

Le Conseil Municipal s’est réuni cet après-midi et on a nommé adjoints définitivement de Bruignac et Émile Charbonneaux. C’est bien ! en remplacement de Chappe et de Lesourd les transfuges !!

Bref du Conseil Municipal se sont sauvé, pour ne pas dire ont fui, c’est synonyme : Chappe ! (il ne fera plus de mariages !!!) Lesourd ! Lecat, (le brave avoué à tous crins !) Tissier, le soutien du socialisme, le pilier de la Colonne triangulaire et de la Libre Liiibbbrrre (Brave Armoire) Pensée Pensée e e e e !! Mabille !!! en tout 5 (cinq), à combien le Paquet !! comme en 1870 pour Badinguet !

Sainte Vierge protégez ma femme ! mes petits, mes grands, mon Momo !  Demain je verrai à comment aller à St Martin pour…  savoir !!?? Mon Dieu que je les revoie !! Vierge des Victoires, donnez-moi la Victoire pour la France !! pour les miens et…  s’il en reste un peu pour…  moi !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans la matinée de ce jour, je ne puis résister au désir de faire une promenade. Après être passé par la place du Palais de justice, où j’ai vu la maison Jules Matot (papeterie de la mutualité) complètement détruite par un incendie consécutif au bombardement, la curiosité me pousse vers le quartier Saint-Remi, dévasté aussi et, par là, j’apprends que l’obus tombé rue Saint-Sixte, dans une maison habitée par un entrepreneur de maçonnerie, aurait tué cinq personnes. La brasserie Veith, a reçu deux obus. Au coin de la rue Féry et sur la place, du côté du petit portail de la basilique, plusieurs obus sont tombés également. Un obus est entré dans l’église, de ce même côté, pour éclater à l’intérieur, au pied des marches d’entrée. Un autre projectile a éclaté sur la droite du grand portail, en haut de l’escalier extérieur. Rue Saint-Bernard, une maison est démolie ; une autre l’est aussi à l’angle des rues Chantereine et Tournebonneau. En remontant cette dernière rue, j’en remarque une, détruite encore, à gauche. La maison de retraite a été touchée une ou deux fois. Rue Saint-Remi, il y a une maison effondrée, toujours du fait du bombardement du 4.

En somme, il résulte de ces différentes visites faites dans les quartiers bombardés, que ce que nous avions compris par intuition en entendant pour la première fois des sifflements d’obus, se trouve confirmé.

Nous nous étions parfaitement rendu compte, en éprouvant nos sensations terribles, que les buts cherchés avaient été d’abord la cathédrale puis l’église Saint-André, l’hôtel de ville et la basilique Saint-Remi, à la manière dont le tir, après avoir atteint notre voisinage, se dirigeait à gauche, puis à droite au loin, pour revenir sur nous. Les églises Saint-André et Saint-Remi avaient été touchées ; si la cathédrale n’avait pas été atteinte, toute une série de projectiles, ayant suivi la même ligne de tir allongée insensiblement, était passée à quelques mètres à peine et à gauche de sa tour nord.

– A mon retour, en faisant une tournée dans les magasins et sur les toitures du mont-de-piété, je puis mieux constater le désastre causé dans le voisinage de l’établissement et j’en suis presque effrayé plus que le jour même.

A gauche, je remarque un hangar démoli par un obus, dans la propriété du Comptoir de l’Industrie. Dans le zinc de la toiture de la maison en angle, rues d’Avenay et de la Gabelle, se voit l’entrée du projectile qui, en éclatant, l’a ouverte en deux ; le toit de la partie de maison qui abritait, avant la guerre, les bureaux de l’état-major de la 12e Division, n’existe plus et tout est brisé à l’intérieur. Un obus a tout saccagé dans la maison Buirette. Dominant cela, du point d’observation où je suis posté, je compte qu’avec les autres projectiles éclatés encore bien près, le nombre de ceux tombés là, dans un très faible rayon, est d’une trentaine. Je ramasse des éclats et trouve notamment, dans la case d’un magasin, un morceau de culot provenant d’un gros calibre. D’ailleurs, nous avons appris que le tir de ce bombardement du vendredi 4, avait été effectué par une batterie de quatre pièces de 150.

– Toute la matinée, on a entendu tirer le canon au loin, par véritables rafales – ainsi que les jours précédents.

– En me rendant chez notre administrateur, l’après-midi, je croise, rue Robert-de-Coucy, un groupe de trois soldats allemands, baïonnette au canon, entourant un civil qui me paraît être un homme de la campagne ; il est vêtu incomplètement d’une tenue de cérémonie, pantalon, gilet et cravate noirs, chapeau mou noir aussi sur la tête, mais en bras de chemise, et a les mains liées avec une corde, derrière le dos. Il marche avec assurance ; cependant la situation de ce malheureux me paraît assez inquiétante. Pourquoi a-t-il été arrêté ; où le conduit-on ? Je me le demande.

– Au moment où je rentre, une colonne de fantassins, escortée de voitures, que je vois passer de l’entrée de la rue de l’Université, débouche de la rue Cérès et arrive sur la place royale. L’officier à cheval qui la commande, se place devant la pharmacie Christiaens, de manière que les hommes qui viennent en chantant opèrent le virage en défilant devant lui, pour se diriger vers l’hôtel de ville.

Remarqué encore la beauté et la justesse des voix, dans le chœur à deux parties que ces soldats font entendre.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Paul Dupuy

Rien de nouveau ; toute la journée on entend la canonnade lointaine.

Très peu d’animation dans les rues, et le soir, dès 19 heures, plus rien du tout.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Lundi 7 septembre

Dans la grande action engagée entre l’armée franco-anglaise et l’armée allemande sur le vaste front qui s’étend de la région de Meaux aux approches de Verdun, tandis que nous avons dans les Vosges des succés partiels, et lorsque la reste sans changement à notre centre, l’armée de Paris livre sur l’Ourcq des combats heureux et la progression des troupes franco-anglaises s’accentue à notre aile gauche.
Le ministre de la Guerre, au nom du gouvernement et du pays tout entier, adresse aux défenseurs et à la population de Maubeuge, l’expression de son admiration pour leur attitude héroïque. Le gouverneur de la ville est cité à l’ordre du jour des armées.
Les Russes détruisent deux divisions de l’armée autrichienne de Lemberg, battent une seconde armée dans la région de Lublin, et s’emparent des puissantes fortifications de Nicolaïeff, détruisant les coupoles blindées et prenant 40 canons et de fortes quantités de munitions.
La panique grandit à vienne, où 20000 hommes sont employés à des travaux de défense. L’Autriche, aux abois, convoque en hâte ses dernières recrues.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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