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Mardi 28 août 1917

Paul Hess

28 août 1917 – Même bombardement, la nuit, que tous ces jours derniers. Obus vers la Haubette, la rue de Vesle et la rue Bacquenois, où un homme est tué chez lui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 28 – Bombes rue Hincmar, rue du Préau, devant chez M. Compant, sur l’imprimerie. 1 homme tué dans son lit rue Bacquenois. Réunion Pro­vinciale des Evêques à Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 28 août

Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands ont tenté, par une violente contre-attaque, de nous rejeter des lisières sud de Beaumont. Nos feux ont anéanti leurs efforts. Nous avons maintenu toutes les positions conquises, sur lesquelles nous nous organisons. Le chiffre des prisonniers fait la veille dépasse 1100, dont 32 officiers.
Deux coups de main ennemis, au nord et au nord-est de Vaux-les-Palameix ont échoué.
En Lorraine, vers Seicheprey et à l’Hartmannswillerkopf, nous avons repoussé des attaques et fait des prisonniers.
Sur le front belge, les Allemands ont canonné à longue portée Avecapelle et Adinckerke.
Les Anglais ont réussi un coup de main à Oosttaverne. Leurs aviateurs navals ont bombardé l’aérodrome de Saint-Denis-Westrem, sur lequel une quantité considérable de bombes ont été jetées.
Les Italiens ont poursuivi victorieusement leur dure marche en avant sur le plateau de Bainsizza, au nord-est de Gorizia.
Sur le front de Macédoine, canonnade et rencontre de patrouilles au nord de Monastir. Notre aviation a bombardé Lesnica, entre les lacs Malick et d’Okrida.
Échec des Austro-Allemands en Molavie, près d’Ocna.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 25 août 1917

Délégation suédoise

Paul Hess

25 août 1917 – Visite à Reims, d’une mission composée de quinze à dix-huit officiers des pays neutres ; ils passent à la mairie.

— Le soir, à 21 h 1/2, je suis obligé de me lever précipitam­ment et de descendre à la cave, 10, rue du Cloître, par suite de l’arrivée subite et de l’explosion de trois obus dans le voisinage Immédiat, dont un chez Pelonceaux (propriété mitoyenne), un sur la maison à l’angle des rues du Préau et Robert-de-Coucy et le troisième derrière l’abside de la cathédrale. C’est tout ; comme ils ne sont pas suivis d’autres projectiles, je puis remonter me cou­cher, après une attente d’une demi-heure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Délégation suédoise

Délégation suédoise


Cardinal Luçon

Samedi 25 – + 16°. Nuit tranquille. Visite des Délégués des Pays Neu­tres, 15 à 20 personnes : Brésil, Suède, Norvège, Espagne, Pays-Bas, pré­sentés par un Commandant résidant à Épernay et le Capitaine attaché à la Place de Reims. Bombes de 4 à 6 h. Vers 9 h. soir, trois énormes coups de canons allemands tout près de nous. Canons français faisant petite figure à côté de la riposte allemande. Reste de la nuit tranquille. Bombes rue Hincmar, Tronson du Coudray, Cardinal de Lorraine. Une bombe sur la Cathé­drale, abside.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 25 août

Sur la rive gauche de la Meuse, nos troupes ont attaqué les positions allemandes entre les bois d’Avocourt et le Mort-Homme. Tous nos objectifs ont été atteints et largement dépassés. Nos soldats ont enlevé la cote 304, formidablement organisée par l’ennemi ainsi que le bois Camard, à l’ouest.
En avant de la cote 304, nous avons enlevé une ligne d’ouvrages fortifiés fermés, et atteint sur la rive sud du ruisseau de Forges, entre Hautcourt et Béthincourt. La profondeur moyenne de notre avance dépasse 2 kilomètres. Nous avons fait, au cours de cette action, un certain nombre de prisonniers. A l’est de la route d’Esnes à Béthincourt, une vigoureuse offensive de nos troupes nous permettait d’élargir nos positions au nord du Mort-Homme, sur une profondeur d’un kilomètre environ.
Les Anglais occupent actuellement les tranchées allemandes immédiatement au nord-ouest du Crassier-Vert. Ils ont infligé de lourdes pertes à l’ennemi, qu’ils ont repoussé de concert avec les troupes portugaises, en deux points au nord-ouest de la Bassée.
Le chiffre des prisonniers faits par les Italiens sur l’Isonzo dépasse 20.000. Le butin en matériel est de 60 canons.
Échec d’une attaque austro-allemande sur le front de Moldavie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Lundi 20 août 1917

Louis Guédet

Lundi 20 août 1917

1079ème et 1077ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Je vais partir, la nuit a été assez calme. Je suis heureux de partir car je suis bien fatigué, et déprimé, du reste tous le sont ici, et surtout très nerveux et très excités.

10h  Arrivé à Épernay, fait bon voyage. Vu Minelle avec qui je déjeune, reparti à 2h. Arrivé à St Martin à 6h du soir. Je suis las, fatigué, un rien m’émotionne, je crains bien de tomber. Et puis tous ces soucis d’avenir, de mes enfants, de ma femme, qu’est-ce que tout cela nous réserve. Les esprits sont tellement excités, surexcités. On voit beaucoup de troupes remonter vers Paris, le Nord. Si enfin on en voyait la fin, mais rien. J’en arrive à avoir des craintes terribles, et il me semble vivre dans un vrai cauchemar. Enfin attendons, et que Dieu nous protège. Et que bientôt tout cela soit fini…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 août 1917 – Tous les soirs, depuis une quinzaine de jours, bombardement assez serré — dirigé sur la Haubette et les routes ou voies de communication suivies par les convois de ravitaillement — qui commence vers 21 h ou 21 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 20 – Journée assez tranquille. Bombes à 9 h. soir rue Hincmar.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 20 août

Actions d’artillerie sur le front de l’Aisne, notamment au nord-ouest et à l’est de Reims. Des coups de main ennemis sur nos petits postes, au nord de Braye, dans la région de Berméricourt et de la Pompelle, ont échoué sous nos feux.
Sur les deux rives de la Meuse, la lutte d’artillerie continue très vive de part et d’autre.
Au bois le Prêtre, à l’est de Badonviller et au nord de Celles-sur-Plaine, nous avons repoussé des tentatives allemandes consécutives à de violents bombardements. L’ennemi a subi des pertes sensibles et laissé des prisonniers entre nos mains.
Reims a reçu 600 obus. Un civil a été blessé.
Notre aviation de chasse s’est montrée particulièrement active. 11 avions allemands sont tombés en flamme ou ont été détruits à la suite de combats avec les nôtres, 6 autres ont dû atterir dans leurs lignes. Nos avions ont bombardé les gares de Kortemark, Thourout, Lichterwelde, Ostende, Cambrai, Dun-sur-Meuse.
Les Anglais ont pris des tranchées allemandes vers la ferme de Gillemont, au sud-est d’Epéhy. Des détachements qui ont pénétré dans les positions ennemies au sud-ouest d’Havricourt ont ramené des prisonniers.
Les Italiens bombardent vigoureusement les positions autrichiennes de l’Isonzo.
Les Russo-Roumains ont consolidé leur résistance dans la région d’Ocna.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 14 juillet 1917

Paul Hess

14 juillet 1917 – Bombardement terrible, toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 14 – + 16°. Nuit tranquille à partir de 11 h. soir. 6 h. 30, bombes sifflent ; des éclats tombent aux environs de nous pendant ma messe et mon action de grâces. Très violent bombardement près de chez nous. Les éclats pleuvent. Avions, tir contre eux. A la Visitation, vers 8 h., un obus défonce la porte, démolit le toit du parloir ; renverse et couvre de plâtras deux Sœurs et M. Lecomte, qui portait en main son déjeuner, ils se croient réciproque­ment tués. Pas de mal grave : des égratignures, pas d’autre mal pour les personnes. 4 obus dans le couvent. Trois incendies en ville ; blessés, rue Hincmar, rue Chanzy, rue des Capucins. De 6 h. 1/2 à huit sur le Faubourg de Laon. C’est un bombardement au hasard sur la ville. Et dire qu’on avoue n’y pouvoir rien(1) ! Quelle humiliation ! Après-midi, long et violent combat à l’est, au sud-est de Reims. En ville, canonnade presque continuelle de part et d’autre. Dégâts effroyables rue Vauthier Le Noir, rue de l’Univer­sité, au Séminaire, au Lycée, rue encombrée de débris. Le soir de 9 h. à 16 h., bombardement violent. Pendant la prière, éclats tombent dans la cour et sur les toits. A partir de 10 ou 11 h. fini pour la ville. La nuit projections direc­tion de Nogent sur la ville. Éclairs de canons. A 3 h., orage peu considéra­ble. Ravages au Boulevard Gerbert : 2000 obus (communiqué officiel).

(1) Rare réaction coléreuse du Cardinal devant l’impuissance reconnue par notre armée à faire cesser les bombardements de Reims.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Boulevards Gerbert et Victor Hugo


Samedi 14 juillet

Lutte assez vive en Champagne et sur le front de l’Aisne dans le secteur du moulin de Laffaux. Des attaques ennemies au sud de Juvincourt ont été aisément repoussées.
Sur les deux rives de la Meuse, dans le secteur de la cote 304 et au nord de l’ouvrage d’Hardaumont, après un violent bombardement, les Allemands ont tenté plusieurs coups de main dont aucun n’a réussi.
Sur le front britannique, le feu de l’artillerie allemande, qui avait atteint une extrême intensité près de Nieuport, est en décroissance. L’artillerie anglaise continue à montrer de l’activité. A la suite d’une attaque ennemie exécutée sur un front de 800 mètres environ, plusieurs postes avancés anglais à l’est de Monchy-le-Preux ont dû rétrograder légèrement.
Échec d’une tentative allemande au nord-ouest de Lens. Échec d’un autre raid allemand près de Lombaertzyde. Combat sur le front belge vers la route de Dixmude à Woumer. Les Allemands ont subi des pertes sérieuses.
Les Italiens ont infligé un échec aux Autrichiens, dans la vallée de Travignolo, à la deuxième cime du Colbricone.
En Macédoine, l’aviation britannique a bombardé la station de Dangista, à 20 kilomètres à l’est de Sérès.
Combats de patrouilles et canonnades sur le front du Vardar.
L’offensive russe a continué sur le Dniester et la Lomnitza. Après un combat acharné et sanglant, l’ennemi a été chassé de la ville de Kalusz.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

 

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Lundi 14 mai 1917

Cardinal Luçon

Lundi 14 – + 18°. A4 h. matin, bombes. A 8 h., visite des rues sinistrées hier : rue Chanzy, du Couchant, Hincmar, Brûlée, et Venise. Visite au Père Desbuquois au Collège Saint-Joseph.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 14 mai

Les deux artilleries se sont montrées assez actives entre la Somme et l’Oise et sur le front de l’Aisne. L’ennemi a prononcé de violentes attaques sur le plateau de Craonne, au nord de Reims et dans la région de Maisons-de-Champagne.
Toutes les attaques ont été brisés par nos tirs d’artillerie et d’infanterie et ont reflué après avoir subi de lourdes pertes. Nous avons fait des prisonniers.
Dans la région de Verdun, nous avons exécuté deux coups de main qui ont parfaitement réussi et nous ont procuré un certain nombres de prisonniers.
Les Anglais on repoussé deux contre-attaques sur leurs positions de la ligne Hindenburg, à l’est de Bullecourt. De nombreux cadavres allemands sont restés devant les tranchées. Les troupes australiennes se maintiennent vaillamment dans ce secteur où, en dix jours, elles ont rejeté douze offensives. La majeure partie du village de Bullecourt, situé dans la ligne Hindenburg, est aux mains de nos alliés. Au nord de la Scarpe, ils ont occupé la partie ouest de Roeux et progressé sur le Greenland Hill en faisant des prisonniers.
Le combat d’artillerie ne cesse d’augmenter en étendue et en intensité sur le front italien, particulièrement dans la région de l’Isonzo.
Le chancelier allemand, qui était parti subitement pour Vienne, est rentré à Berlin après avoir conféré avec l’empereur d’Autriche et le ministre des Affaires étrangères, comte Czernin.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 22 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : ciel et plein air

22 avril 1917

Cette division, chargée d’attaquer les positions ennemies entre
les Cavaliers de Courcy et la redoute de Loivre, se heurta à une puissante contre-attaque allemande, fut mise en complète déroute et ses soldats se dispersèrent à l’arrière des lignes, jusque dans les bois d’Hermonville et de Merfy.
Ce fut la division française voisine chargée d’attaquer le fort de Brimont (photo ci-dessous) qui dut se déplacer rapidement pour boucher le trou et rétablir le front. Par la suite les Russes furent regroupés au camp de La Courtine, dans la Creuse, où après un long repos, ils revinrent sur le front en avant de Mourmelon et s’y comportèrent courageusement. Un petit cimetière en témoigne entre Mourmelon et Saint-Hilaire.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Dimanche 22 avril 1917

953ème et 951ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps assez élevé, mais nuageux clair. Il fait bon. Toute la nuit bataille, bombardement, on ne peut dormir que vaincu par la fatigue, on dort comme dans un cauchemar. Cela vous affaiblit beaucoup. Et parfois je me demande si je ne tomberais par manque de forces. Cette vie de cave la nuit et souvent dans la journée vous anémie extraordinairement. On n’ose même pas sortir en ville, on fait juste les courses dont on ne peut se dispenser : Poste, nourriture, c’est tout.

Ce matin été messe de paroisse à 8h1/2 du matin, rue du Couchant. Nous étions peu de monde (40), y compris les 2 chantres et l’organiste maitre de chapelle, vicaire de la Cathédrale. Le Cardinal est arrivé en camail, assisté de l’abbé Compant et l’abbé Camu Vicaire Généraux et le 2ème vicaire (le petit). L’abbé Camu, curé de la Cathédrale, tend l’aspersoir au cardinal qui asperge les fidèles. L’abbé Divoir avec un seul enfant de chœur dit la messe basse. Boudin et le valet de chambre de S.E. le Cardinal Luçon, accompagné de l’orgue tenu par le vicaire maître de chapelle chantent juste le Kyrie, le Credo, l’O Salutaris et le Salve Regina. Monseigneur Luçon donne la bénédiction pontificale à l’Ite Missa est. Voilà sous le bombardement une messe de la Cathédrale de Reims. Au prône l’abbé Divoir annonce que désormais les messes du dimanche basses (il n’y a plus de grand-messe faute de chantres et à cause des bombardements) seront dites à 6h, 6h1/2 et 7h, celle-ci paroissiale comme celle de tout à l’heure.

De la rue du Couchant je vais à la Poste porter mes lettres et écrire un mot à ma pauvre femme, bien seule, bien isolée maintenant ! Ses 2 ainés partis, moi absent. Quel martyre pour elle.

Je descends la rue Brûlée, remonte la rue Hincmar, et de là rue Chanzy, vers le Palais de Justice où est la Poste. Le café St Denis, au coin de la rue Libergier et Chanzy est réduit en miettes, littéralement. C’est la première bombe d’hier à 7h du soir qui nous avait tant effrayés qui a fait ce beau travail. Un trou énorme barrant toute le rue Robert de Coucy. Toujours le tir sur la Cathédrale pour la démolir ! Vandales !! Au Palais rien de nouveau, je prends une des lances de la barrière de fer qui entoure le square devant l’entrée principale. Ce sera un souvenir, un obus est tombé hier bers 11h50 du matin, brisant quelques barreaux de la grille et abattant 3 des lances qui surmontaient ceux-ci, à droite en entrant, à quelques mètres de la porte d’entrée de la susdite grille. Ce n’était pas un gros obus. Je monte dans mon cabinet où j’écris quelques lignes à ma chère Madeleine !!! Je poste mes lettres à la Poste et redescends la rue de Vesle jusqu’à la rue des Capucins. Là, chez Brunet, le ferblantier, une bombe qui a rasé la maison, en face de l’épicerie Robert, commissariat de Police du 1er canton. Il parait qu’il en est tombé aussi une sur la rue Clovis, qui a fait un trou énorme. Toujours le même tir, absolument dans l’axe de la Cathédrale, ou trop court ou trop long. La basilique en aurait encore reçu cette nuit et hier soir 3 ou 4. Dieu permettra-t-il cette destruction ?!! Qu’il fasse donc un miracle et nous délivre bientôt, tout de suite de ces Sauvages. Ce sont des bêtes enragées, ce ne sont plus des hommes. Qu’on détruise donc la Race pour toujours…  Le bombardement recommence, il est 10h1/2 du matin.

11h20  Les obus rapprochent. Je descends à la cave, c’est extraordinaire ce que je deviens craintif. Est-ce affaiblissement ? ou manque de courage ?

11h1/2  Ce n’est qu’une alerte. Tout à l’heure j’ai été faire le tour du jardin, mais je n’ai pas le courage d’aller jusqu’au bout. Trop inquiet que je suis à chaque sifflement. Cueilli quelques violettes. Et rentré pour descendre ici, où mes braves Parques m’ont installé une table ou je puis écrire plus facilement. Juge de Paix de Reims et notaire de Reims travaillant dans sa cave, ce serait une photographie à faire !

4h1/2 soir  A 1h20 je n’y tenais plus et je suis sorti. Où aller ? L’idée me vient d’aller voir mon vieux clerc le papa Millet. Je passe rue Clovis où je vois le trou formidable fait par l’obus tombé devant chez Senot (André Senot, quincaillier (1884-1976)). Un ancien clerc de Valentin, notaire, qui travaille maintenant chez Redout sort de chez lui, en face de ce trou, et me dit qu’il a eu une belle peur : il me conte qu’il a 8 ou 10 pavés de la rue qui ont été projetés sur son toit, tellement l’explosion a eu de force.

Je descends la rue de Vesle, rue Polonceau et le petit chemin de toue qui tombe rue Dallier. Là je rencontre le Général Cadoux, nous causons de choses et d’autres, il me parait pas très rassuré sur le résultat de notre Grrrrande offensive ! Ah ! non ! il n’est pas encourageant ni réconfortant. Il est resté toujours chez Neuville avec Lallier et Cornet. Je passe rue Souyn où je trouve M. Millet et sa femme, il est un peu enrhumé et las de la vie qu’il mène. Tous deux couchent aux caves Brissart, ils passent la journée chez eux. Comme je sortais de chez eux, une première bombe arrive vers la Porte de Paris. J’en profite pour filer rue de Courlancy et voir la Supérieure des Religieuses à l’Hôtel-Dieu de Reims, à Roederer. J’attends là en causant avec elle la fin du bombardement. Elle aussi est comme moi et nous tous, elle est lasse. Du moins leur quartier est fort tranquille, ce n’est pas comme ici. Je la quitte à 3h1/4 et revient par la rue du Pont-Neuf, et l’allée des beaux ormes et tilleuls entre Vesle et canal, dite l’allée des Tilleuls. Il fait assez vif, le vent est tourné à l’Est. A 4h j’étais à la maison, pour descendre à la cave où je suis encore.

3 ou 4 obus tombent très près. Et comme toujours Lise ne descend pas. Elle est à battre cette vieille entêtée. Quel mulet ! Je ressens toujours beaucoup de lassitude, pourvu que je ne succombe pas à la fatigue, à l’émotion de cette vie et l’affaissement moral. Mon Dieu ! faites donc que notre délivrance arrive de suite. Nous n’en pouvons plus !… Je n’en puis plus. Nous avons suffisamment assez soufferts pour que nous ayons enfin la tranquillité et le bonheur de reprendre une vie normale.

4h40  Nous remontons, encore un orage de passé, il était bien près.

8h1/2 soir  Le calme à partir de 6h, mais dire quel tintamarre depuis hier soir. Canonnade, fusillade, mitrailleuses, obus sifflant continuellement, éclatant, aéroplanes, etc…  On en est assourdi, assommé, abruti. On est dans un cauchemar habituel. Et puis c’est à peine si on peut sortir, on devient enragé de sortir à la fin. Tout cela vous use, vous éreinte, on ne désire qu’une chose, c’est de voir la fin de cet enfer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 22 avril 1917 – le vicaire général Compant, notre compagnon d’abri, célèbre la messe dans la cave de mon beau-frère, à 6 h 3/4. Nous sommes cinq assistants, voisinant là en réfugiés, y compris le fils Pailloux, qui fait office de servant.

Aussitôt, je me rends à l’hôtel de ville, où je pourrai au moins avoir de l’eau pour ma toilette, à laquelle il me faut procéder en me hâtant, dans le bureau que nous avons abandonné hier, car le bombardement pour ainsi dire ininterrompu maintenant, nuit et jour, se rapproche de plus en plus jusqu’au moment où il m’oblige à déguerpir pour filer à la cave, un premier obus bientôt suivi d’autres, venant de faire explosion sur la place.

—  Au cours de l’après-midi, fort bombardement et toujours 305 sur la cathédrale qui, depuis deux jours encore, a subi de nouveaux dégâts très importants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit tranquille autour de nous. De 2 à 3 h. bombarde­ment de la ville (nuit). + 4°. A 2 h. après-midi, bombardement (de 2 h. à 3 h.) sur la ville ; + 4°. A 2 h. 15, bombardement de la Cathédrale par obus de gros calibre. A 9 h. soir, bombardement (?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 22 avril

Entre Somme et Oise, actions violentes des deux artilleries, notamment dans la région au sud de Saint-Quentin.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons poursuivi nos progrès sur le plateau au nord de Sancy. Une lutte à la grenade nous a permis de gagner du terrain dans le secteur de Hurtebise. Par quatre fois, nos tirs de barrage ont brisé des tentatives faites par l’ennemi pour déboucher des tranchées au nord de Braye-en-Laonnois.

Canonnades assez vives dans la région de Reims et en Champagne.

Du 9 au 20 avril, le chiffre des prisonniers allemands faits par les troupes franco-britanniques dépasse 33000. Le nombre des canons capturés est de 330.

Les Anglais se sont emparés de Gonnelieu, à l’alignement des positions qu’ils tiennent plus au sud. Un parti ennemi, qui tentait de pénétrer dans leurs tranchées près de Fauquissart, a été repoussé.

Les armées britanniques ont également remporté des succès en Mésopotamie, près de Samarra, où le général Maude a fait plus de 1200 prisonniers, et aux abords de Gaza.

Le cabinet portugais, présidé par M. d’Almeida, a démissionné.

Les grèves se multiplient en Allemagne dans les usines de munitions, à Berlin, Essen, Nuremberg, Magdebourg, etc.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

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Jeudi 19 avril 1917

Louise Dény Pierson

19 avril 1917

L’image contient peut-être : maison, ciel et plein air

A Reims la vie continuait avec ses alertes et ses avatars, le train blindé revint le lendemain au même endroit. Entre deux tirs, les artilleurs venaient bavarder avec des civils qui regardaient la batterie depuis le passage à niveau.
Par leurs conversations, nous apprîmes qu’ils tiraient à 19 km sur la gare de Bazancourt, que le calibre des obus était de 340 et qu’ils pesaient près de 400 kg et étaient destinés à détruire les voies du triage de Bazancourt qui desservait quatre lignes de chemin de fer. Des aéroplanes allemands essayèrent à plusieurs reprises de venir jusqu’au dessus des pièces mais furent chassés par nos appareils qui veillaient à la sécurité de la batterie.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 19 avril 1917

950ème et 948ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Le temps a l’air de vouloir se remettre au beau ! Temps gris clair froid.

Bombardement toute la nuit avec gaz asphyxiants un peu partout, et notamment tout près d’ici au 8 et 10 de la rue du Jard, chez les Dames de l’Espérance.

Été à la Ville. On ne sait rien. Vu Paillet, commissaire central qui prétend que notre grande attaque est ratée et a fait long-feu, Houlon, Raïssac avec lequel je m’entends pour me débarrasser des valeurs pour la Caisse des Dépôts et Consignations à Épernay. Revenu avec Houlon qui retournait aux Hospices, en route je lui contais l’histoire des injures faites par Dupont aux abbés Camu, Haro et Griesbach. Quand j’ai fini il me rappela que je connaissais bien ce Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont qui nous avait demandé il y a quelques mois de supprimer l’allocation militaire accordée à sa femme, sous prétexte que celle-ci se conduisait mal. Or enquête faite, on constate que cette femme avait une conduite irréprochable. Et qu’au contraire le joli Monsieur, le mari, avait une conduite déplorable et vivait avec une maîtresse ! Il avait voulu tout simplement nous faire retirer l’allocation à sa femme pour nous la faire reverser quelques temps après sur la tête de sa…  maîtresse !!! C’était parfait ! Vous voyez que ce citoyen a toutes les qualités requises pour faire le parfait embusqué qu’il est. Il est complet… Cela ne m’étonne plus, attendu le milieu d’embusqués dans lequel il vit à la Place.

Voilà comment la Place de Reims est gouvernée par un tas de fripouilles ! coureurs de cotillons et insulteurs de Prêtres : tout cela va bien ensemble.

1h  Nous sommes à la cave. A 11h20 3/4 obus dans les environs. Nous descendons, à midi nous remontons déjeuner. A midi 1/2 nouveaux obus, à peine notre déjeuner terminé, redescente à la cave où je finis mon café. Les obus tombent régulièrement vers le centre, Palais de Justice, Cathédrale, toutes les 5 minutes, et ce sont des gros. Et toujours le même aboiement. Quand donc n’entendrai-je plus ce martelage !

4h soir  A 2h1/2 nous remontons. Je vais aussitôt au Palais prendre mon courrier. Une lettre affolée de ma chère femme. Je vais à l’Hôtel de Ville remettre à Raïssac les 2 plis Valicourt et Giot pour la Caisse des Dépôts et Consignations à confier à Charles, notre receveur Municipal, s’il veut bien s’en charger. J’écris un mot à ma chère aimée pour la tranquilliser et la remonter un peu. Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! Son tourment pour Robert, pour moi et bientôt pour Jean m’effraie. Mon Dieu, ayez pitié d’elle et faites cesser ces épreuves, et que nous soyons tous sauvés bientôt, et réunis sains et saufs tous ! (Une bombe, il faut descendre). Je continue dans la cave.

Ma lettre écrite, je la confie à Houlon qui la donne pour que Charles la mette à la Poste à Épernay ou à Paris. Nous partons ensemble avec Houlon voir les dégâts faits à la Cathédrale. Il en est tombé 4/5 sur le côté sud, un obus devant la grande porte du Lion d’Or, faisant un trou énorme de 4/5 mètres de diamètre et autant de profondeur, les pavés sont pulvérisés. 3 ou 4 chez Boncourt, la maison est en miettes. Je quitte Houlon rue Hincmar où il continue vers les Hospices…  Je rentre fort impressionné. Il est temps que Dieu se montre et nous délivre. Le Cardinal a protesté auprès du Pape contre le bombardement de la Cathédrale d’avant-hier. Il ne risque rien de le faire avec la dernière énergie pour aujourd’hui encore. Ils visent à n’en pas douter les tours qu’ils veulent abattre.

Avec Houlon nous faisons la remarque qu’avec cette recrudescence de rage des allemands, le sentiment anticlérical haineux se faisait sentir aussi ici. Témoin l’affaire Dupont de l’autre jour. Tout à l’heure dans la grande salle d’attente de l’Hôtel de Ville, Charlier des allocations militaires relève de la belle manière Deseau, employé à l’État-civil qui, apprenant que la Cathédrale a été bombardée, se mit à dire : « Çà n’a pas d’importance que la Cathédrale soit démolie, je ne m’en inquiète pas plus que d’une… , mais c’est nous qui sommes à plaindre !! »…  Voilà bien la haine anticléricale et radicale. Tout périra plutôt que leurs idées, leur parti. C’est ignoble.

Les obus continuent à tomber vers notre pauvre Cathédrale. Arrêtez-les ces bandits, mon Dieu !! Épargnez-là, et qu’ils partent tout de suite.

8h10 soir  Nous sommes remontés de cave vers 5h1/2 du soir. J’ai dormi…  on dîne à 6h1/2 du soir, au cas où il faudrait descendre plus tôt…  La bataille fait rage jusqu’à maintenant. Cela parait ralentir. Il pleut. Je suis las, désemparé. Je ne vois aucune solution à notre situation. Serons-nous même dégagés cette fois-ci…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 avril 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, vers le boulevard de la Paix, les rues de Contrai et du Jard.

A partir de 11 h, bombardement de la cathédrale par obus de 305. De vingt à vingt-cinq de ces énormes projectiles sont tombés, dont plusieurs l’ont atteinte ; d’autres ont formé sur la place du Parvis des entonnoirs de dimensions effrayantes et inconnues de nous jusqu’alors — 6 à 7 mètres de diamètre et 2,50 m environ de profondeur. Il existe encore un de ces entonnoirs dans le jardinet du Palais de Justice, derrière les grilles de la place du Palais.

La tour nord de la cathédrale a été très fortement entamée à sa base et la voûte crevée, paraît-il.

— Aujourd’hui, j’ai pu réussir à me rendre à Épernay, afin d’aller rassurer ma famille à mon sujet. Supposant qu’elle avait dû s’alarmer beaucoup en apprenant les tristes nouvelles de ces temps derniers, dont j’ai eu soin cepen­dant de parler le moins possible, dans mes correspondances, mais qui sont colportées là-bas par les évacués de passage venant de Reims, j’avais pu m’organiser pour partir de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle 18, sur une voiture d’ambulance emme­nant des blessés civils, étendus sur des brancards.

Le voyage a été trop court mais n’en a pas moins procuré et fait ressentir à tous une grande joie, un véritable bonheur.

Parti à 11 h 1/2, j’étais rentré à 18 h sans encombre, car pour le retour — qu’il me fallait risquer sans le laissez-passer obligatoire de plus en plus rigoureusement exigé, mais que je n’avais pas demandé parce que je me le serais vu refuser — le chauffeur, près de qui je me tenais sur le siège, à l’aller, avait pris la précaution de m’enfermer dans son fourgon sanitaire, qu’il était censé ramener à vide, ainsi qu’il le faisait fréquemment. Il s’agissait simplement d’éviter surtout de me laisser voir aux gendarmes, postés de dis­tance en distance sur la route et j’éprouvais une certaine satisfac­tion, quand nous avions passé devant eux en vitesse, à voir leurs silhouettes s’éloigner, l’une après l’autre, lorsqu’il m’arrivait de jeter un coup d’œil rapide, par l’arrière du véhicule.

— L’Éclaireur de l’Est de ce jour fait connaître les noms des différents commerçants des quatre cantons de la ville, chez les­quels on peut s’approvisionner. Voici la copie de la liste, telle qu’elle est donnée :

Le ravitaillement de la ville.

Boulangeries

1er canton : Ast ; d’Hesse.
2e canton : Lejeune.
3e canton : Clogne, Cochain, Philippe, Schick, Lefevre, Lambin.
4e canton : Barré, Lalouette, Laurain..

Boucheries Charcuteries

1er canton :Taillette, Schrantz, boucherie chevaline, boucherie municipale (viande frigori­fiée). Charcuterie Dor, charcuterie Alsacienne.
2e canton : Gaston Taillet (Foisy).
3ecanton Wiart, Hamart, Blin aîné, Fourreur.

Pétrole – Essence

1er canton : Maroteaux& Camus (A. Betsch) Ravitaillement municipal, au local habituel ; nos conci­toyens n’ont plus à se faire délivrer de bons

Farine – Charbon : Ravitaillement municipal

Épiceries et Vins

Comptoirs français (succursales ouvertes)
1er canton : Maison Félix Tonet (gros) ; Maison Gouloumès ; Maison Burguerie (maison coloniale Fillot) ; Maison Garnier ; Succursale des Comptoirs français tenue par M. & Mme Darier, pour conserves, charcuterie, vin, œufs, de 8 h du matin à 6 h du soir ; Maison Desruelles ; Maison Boscher.

Lait

Darlin est toujours à Reims. Son vaillant personnel continue ses distributions le matin.

Beurre, œufs, fromages et cafés.

1er canton : Maison Jacques.

Charcuterie, Conserves.

1er canton : Maison Fouan.

Restaurants et débitants.

1er canton : Dricot, Café Jean, Mathias (Maison histori­que), Triquenot, Charles Barlois, Café Fernand, Daimand, La Tour-Eiffel, Wanlin, Café-restaurant parisien (Maison Gau­thier).
3e canton Café Ernest.

Papeteries

1er canton Mlle Eppe ; Maison Lepargneur (Pailloux) ; Mme Thomas, Mme Feuchères, M. Richard.

Tabac – Papeterie.

3e canton M1™ Lambin.
4e canton : Berlemont.

Tailleur et nouveautés

1er canton : Maison Barrachin.

Marchands des quatre-saisons.

1er canton : Mmes Fortin, Hulot, Olive-Desroches, Jésus, Lebeau, Guillaume, M. Schenten.

Coiffeurs.

1er canton : Florent.
3e canton : Couttin, Vesseron.

Parfumerie fine, produits photographi­ques et chimiques.

Piequet de la Royère.

Menuiserie (cercueils).

1er canton :  Fontaine.

Louage de voitures

1er canton : Varet.

Sur les quatre colonnes, recto et verso compris, du nouveau format du journal (20 x 30 environ), le communiqué en occupant une et demi, l’énumération reproduite ci-dessus à peu près autant, les 3/4 du reste étant tenus par des renseignements sur le fonc­tionnement actuel des services hospitaliers à Reims, l’emplacement accordé aux nouvelles proprement dites, est donc forcément restreint.

Encore, dans cet emplacement, la rubrique portant comme ti­tre en gros caractères : « Le bombardement« , a-t-elle été en grande partie censurée après le maintien de l’information suivante, si sim­plifiée qu’on aurait pu tout aussi bien la caviarder que le reste de l’article, sans nous priver le moins du monde : dans la nuit de mardi à mercredi, nombre important d’obus. Ceci ne nous a rien appris, en effet.

Après avoir lu, au recto, sous le titre « Regrets » : Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Mellet, puis au verso : « M. Lenoir à Reims » : M. Lenoir, député de Reims, est depuis trois jours dans notre ville et terminé par l’annonce suivante, venant après la liste des commerçants : La Grande pharmacie de Paris est ouverte tous les jours, de 8 h 1/2 à midi et de 2 à 5 h, nous avons épuisé toute la substance contenue le 19 avril 1917, dans L’Éclaireur de l’Est nouveau modèle, qui fait certainement ce qu’il peut, dans les cir­constances présentes, pour nous renseigner, malgré les difficultés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Toute la nuit agitée autour de Reims. Entre minuit et 2 h. violent bombardement. Gaz asphyxiants rue du Jard et chez les Sœurs de l’Espérance. A 11 h. cinq obus tirés sur la Cathédrale ; de 12 à 1 h. 30, un grand nombre d’obus, un par cinq minutes ; tous ne touchent pas l’édifice, mais ceux qui ne la touchent pas tombent tout près, dans les ruines de l’ar­chevêché, dans les chantiers sur la place du parvis ; tous la visent évidem­ment ; une dizaine la frappent et la blessent très gravement. – 3e séance de bombardement de 3 h. à 4 h. La voûte de la plus haute nef est percée devant la chaire ; l’abside est atteinte. Notre maison est arrosée d’éclats d’obus, de pierres ; des pavés tombent dessus et dans le jardin. Le crucifix de l’autel de notre oratoire et un chandelier sont renversés (dans notre oratoire). Des arbres de la place du parvis sont déracinés par les obus lancés dans l’air et s’en vont, par dessus les maisons, retomber dans des rues assez éloignées. Les pavés et fragments de pierre lancés par les obus dans les airs, montent plus haut que les tours ; ils me semblaient atteindre la région du vol des hirondelles. Ail h., bombardement sur la ville. Lutte d’artillerie, à l’est et au nord de Reims, à Moronvillers et à Brimont.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 19 avril

Les Allemands ont attaqué nos positions au sud de Saint-Quentin. Ils ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, mais tous les occupants ont été ensuite tués ou capturés. Notre ligne est rétablie.

Entre Soissons et Auberive, notre action s’est poursuivie. Au nord de Chavonne, nous avons pris Ostel et rejeté l’ennemi à un kilomètre. Braye-en-Laonnois a été conquis ainsi que tout le terrain aux abords de Courtecon. L’ennemi s’est replié en désordre, abandonnant ses dépôts de vivres. Un seul de nos régiments a fait 300 prisonniers. Nous avons capturé 19 canons.

Au sud de Laffaux, nos troupes ont culbuté l’ennemi et pris Nanteuil-la-Fosse.

Sur la rive sud de l’Aisne, nous avons pris la tête de pont organisée entre Condé et Vailly, ainsi que cette dernière localité. Deux contre-attaques lancées par les Allemands ont été brisées par nos mitrailleuses.

A l’est de Courcy, la brigade russe a enlevé un ouvrage. Au total, nous avons capturé dans cette région, 27 canons, dont 3 de 150. En Champagne, nous avons pris 20 canons et 500 hommes. Le chiffre global des prisonniers est de 17.000, celui des canons déjà dénombrés de 75. Les Anglais ont progressé vers Fampoux.

Une crise gouvernementale a éclaté à Vienne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 7 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 7 avril 1917  Samedi Saint

938ème et 936ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Quelle fin de soirée tragique hier. J’en suis encore atterré. Je me demande si je ne vis pas dans un cauchemar. Hier soir avais-je fini ces lignes précédentes, et mangé ma soupe à la cuisine, que nous fûmes obligés de descendre dans la cave. Bombardement terrible sur notre quartier. Une bombe tombe à 7h35 chez M. Floquet au 56. On n’entend rien. Jacques, le pauvre malheureux, s’inquiète. Il veut aller voir, je tâche de le retenir, il ne m’écoute pas et le voilà parti…

Plusieurs, puis 2 bombes coup sur coup. 5 minutes, 10 minutes se passent, pas de Jacques, on s’inquiète, on monte, on cherche et ma brave Adèle apprend que Jacques est tué, et son corps est au 35 de la rue Hincmar, chez Edouard Benoist. J’y vais et je trouve là la dépouille de ce brave et dévoué serviteur de Maurice. Tué d’un éclat d’obus au foie. C’est l’avant-dernière bombe qui l’a tué, au moment où il se trouvait au coin de la maison avec le gardien de la maison Hébert, 54, rue des Capucins. Je suis atterré, brisé, broyé, anéanti. Je rentre après avoir fait mettre ce cher cadavre à l’abri par le poste de la Croix-Rouge militaire qui est cantonné là. Nuit horrible, monter et descendre de et à la cave. Je suis comme un fou. Melle Payard, Melle Colin et Adèle tâchent de me réconforter, peine inutile. Je ne sais ce que je fais. Ce matin je revois en pensée Jacques pas encore enlevé. Je me traîne à la Ville à travers les décombres de toutes sortes.

L’Hôtel de Ville n’a plus de vitres ni de tuiles, très abîmé. C’est un spectacle lamentable. La statue de la Vigne de Saint-Marceaux qui, au milieu du rondpoint de la cour d’honneur est penchée et tient par miracle d’équilibre. Je vois Raïssac très ému, je m’entends avec lui ainsi qu’avec la police pour qu’on mette en bière ce pauvre garçon, on doit l’inhumer aussitôt avec les autres victimes. On me préviendra si l’on peut, grand ordre est donné d’enterrer les victimes de suite. Je reste délabré. Je mange un peu, et puis la sarabande recommence. A la cave depuis 2h nous y sommes encore. C’est terrible, je crois que je tomberai malade si cela continue. Je m’occupe, j’écris mais je n’ai la tête à rien !! Quel martyr, quelle agonie. Mes 2 bonnes sont courageuses, Adèle et Lise, et une voisine, Melle Marie sont là et m’encouragent. Je ne sais plus, je n’ai plus de courage. Ma femme, mes enfants, les reverrai-je ?? Mon Dieu ! ayez pitié de moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 avril 1917 – L’Éclaireur de ce jour, publie une nouvelle information dont voici les termes :

Avis à la population.

En raison de la situation, le gouvernement se voit dans la pénible nécessité d’évacuer ceux des habitants de Reims dont la présence n’est pas absolument indispensable.

Les enfants et les femmes seront envoyés à l’arrière, où ils seront reçus par les comités et où ils recevront tous les soins dé­sirables. La population est donc invitée à faire sans retard ses préparatifs de départ.

Ceux qui n ‘ont pas de lieu de refuge chez des parents ou amis seront placés par les soins de l’administration dans des communes situées en dehors de la zone réservée, où le gouver­nement assurera à tous le nécessaire. Les personnes qui se trouvent dans ce cas sont priées de se faire inscrire au com­missariat de police de leur canton.

Le maire de Reims, J.B. Langlet, Le sous-préfet, Jacques Regner.

— Le bombardement, avec gros calibres est encore très vio­lent ce jour, vers le boulevard de Saint-Marceaux et particulière­ment l’usine des Anglais, dont ce qui subsistait de la grande che­minée est abattu.

Les rues du Barbâtre et de l’Université sont aussi très forte­ment éprouvées. Parmi les victimes, se trouve M. Fourrier, habitant cette dernière rue, qui a été mortellement blessé.

Le Grand Séminaire, installé dans les bâtiments occupés antérieurement par la congrégation de Notre-Dame, prend feu et, en passant, à 18 h 1/2, je vois brûler sa chapelle, rue de l’Université, en face du lycée de garçons.

Le journal Le Courrier de la Champagne a cessé de pa­raître aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi-Saint – Samedi 7 – + 5°. Visite : Place de l’Hôtel-de-Ville. La statue du Roi aux bas-reliefs de la façade, et le cheval ont la tête brisée ; façade meurtrie ; vitres brisées ; rideaux et lambeaux de papier des tapisse­ries flottent au vent par les fenêtres béantes ; rue des Consuls, incendie de la maison de Tassigny ; boulevard de la République, Clinique de la rue Noël, rue Thiers et autres, caves Werlé. Nous étions partis pour aller porter nos condoléances à Monsieur le Curé de Saint-Benoît ; nous le rencontrons avec M. Baudet vers la Patte d’Oie. Vu l’automobile où Madame Baudet a été tuée, au moment où elle venait de faire monter avec elle un soldat qui portait un blessé (vendredi soir, hier). Tous tués, excepté un civil blessé. Rencontré M. Dupuis et M. Baudet qui viennent voir la voiture tachée de sang. Cette semaine est vraiment la Passion de Reims. A Sainte-Geneviève : 5 personnes tuées au sortir d’une cave. A 10 h. 1/2, bombes sifflent (la matinée avait été très silencieuse jusqu’à 10 h. 1/2).

A 4 h. incendie du Grand Séminaire. M. Compant apporte le saint ci­boire avec les saintes Hosties, en longeant les murailles, sous la rafale, dans notre oratoire. (1 200 obus, dit l’Echo de Paris du 10 avril). Les Alle­mands ont lancé des ballonnets sur la ville, disant : Nous partirons ; mais votre ville sera détruite (1). Le Séminaire brûle toute la nuit ; on m’empêche de sortir pour aller voir à cause du danger ; nuage rouge de feu au-dessus de l’incendie, nuage que je vois de mon lit installé dans mon cabinet de travail. Toute la nuit, tir régulier allemand intermittent sur le séminaire et ailleurs. Les pompiers sont réduits à l’impuissance : pas d’eau, on ne peut éteindre le feu ; les obus tombent 2 ou 3 par minute dans le brasier, impos­sible d’aller faire la part du feu. Les pompiers ont eu dans la nuit du 6 au 7, 2 tués et deux hommes ont eu les jambes cassées, nous dit leur chef pour expliquer son défaut d’activité devant l’incendie.

Cinquante et un (51) incendies dans la nuit du 7 au 8 avril (Éclaireur du 9 et 10 avril).

Obus de 190, 210, 305 millimètres, incendiaires ou asphyxiants (Éclaireur).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) La propagande directe par tracs aériens, panneaux d’affichage, faux journaux, faux communiqués, fausses déclarations de prisonniers ou de déserteurs furent monnaie courante dans les deux camps. A Reims, les Allemands s’attaquaient en même temps au moral de la troupe et de la population, qui constituaient un mélange fragile et détonnant.

Samedi 7 avril

Entre Somme et 0ise et dans la région au nord de Soissons, lutte d’artillerie en divers points du front sans action d’infanterie.

Au nord-ouest de Reims, nous avons continué à progresser à la grenade à l’est de Sapigneul. Les Allemands ont violemment bombardé la ville de Reims.

En Argonne, un coup de main sur les tranchées ennemies de la Fille-Morte nous a permis de faire un certain nombre de prisonniers, dont 3 officiers.

Nos avions ont détruit deux ballons captifs allemands.

Les Anglais, continuant leur attaque vers Roussoy, au nord de Saint-Quentin, ont enlevé le village de Lempire. Un certain nombre de prisonniers et 3 mitrailleuses sont tombés entre leurs mains. Ils ont effectué une avance au nord-est de Noreuil, puis repoussé une contre-attaque. Ils ont réussi un coup de main sur les tranchées allemandes à l’est d’Arras et un autre en face de Wynschaete.

Leurs pilotes ont bombardé d’importants dépôts de munitions, aérodromes et noeuds de chemins de fer.

La Chambre des Représentants des Etats-Unis a voté la déclaration de belligérance par 373 voix contre 50. Le gouvernement américain demande 17 milliards et le service militaire obligatoire.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 11 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 11 juillet 1916

668ème et 666ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Été à Trigny, parti à 8h ce matin et rentré à 7h où j’ai trouvé tout mon personnel fort agité et émotionné. On venait de subir un fort bombardement. Tout notre quartier et la ville paraissent fort atteints : des victimes, une bombe 2 maisons plus bas qu’ici rue Hincmar. Adèle et Lise ont cru que c’était sur la maison. Heureusement non. A Trigny des troupes. J’ai pu faire ce que j’avais à y faire. J’y ai été par Champigny, Maco, Chalons-sur-Vesle. Tous les bois sont remplis de baraquements. Une ligne de chemin de fer à voie unique mais grande voie, va maintenant de Jonchery vers Hermonville, on la traverse avant d’arriver à Trigny. Je suis fatigué et un peu émotionné. Je vois mon monde révolutionné. Mon Dieu, protégez-nous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 juillet 1916 – A 17 h 45, sifflements et arrivées dans le centre.

Vers 22 heures, le bombardement recommence et les dégâts sont importants rues Ponsardin, du Barbâtre, Gambetta, etc. ; la maison 98, rue Chanzy, est brûlée.

Deux personnes sont tuées rue Saint-Symphorien ; un homme l’est aussi rue des Moulins. Un obus a tué plusieurs soldats au cantonnement « des Longaux » ; d’autres y ont été grièvement blessés et deux soldats encore, ont été mortellement atteints à Sainte-Anne.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ponsardin


 Cardinal Luçon

Mardi 11 juillet – Nuit de souffrances atroces. Militairement tranquille. Aéros vers le matin. De l0h. à… Duel d’artillerie entre batteries adverses, violent, surtout de notre côté. A 6 h. violent bombardement à gros obus sur la ville.

Nous voyons la fumée d’un incendie derrière la maison Chastin. Descente à la cave, feu au Lycée. Mademoiselle Gobinet tuée au pied du lit de sa mère malade ! Deux soldats tués et nombreux blessés près des Déchets. Trois bombes au Grand Séminaire, jardin ; une à l’ancien Grand Séminaire rue Chanzy, une au petit Lycée avec commencement d’incendie. Mlle Gobinet et la femme de chambre ont été déchiquetées.

Rue du Jard, deux soldats tués, plusieurs blessés à mort. Un petit garçon tué. Bombes rue Jeanne d’Arc, rue du Jard, rue Buirette, au Canal ; une Bureau de Bienfaisance dans la cour. Ces bombes venaient de Berru ou de Nogent. 10 h. à 11 h. 1/2 violent bombardement du côté français. Riposte allemande de quelques gros obus. Incendie chez les Sœurs de l’Espérance (couture) près des 6 Cadrans. Bombardement durant la nuit. Reste de la nuit tranquille. Un obus crève la voûte de la Cathédrale au-dessus des Fonts Baptismaux à 10 h. soir. En tout 11 tués dont 2 soldats, et 29 blessés dont 5 soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 11 juillet

Au sud de la Somme, nous avons réalisé des progrès dans la région comprise entre Biaches et Barleux et aux abords de ce dernier village. Aux lisières de Biaches, nous avons enlevé un fortin, capturant 113 officiers et soldats. Au sud-est de Biaches, nous avons, par une brillante attaque pris la cote 97 qui domine la rivière, ainsi que la ferme de la Maisonnette, située au sommet. Un petit bois, au nord de la Maisonnette, est également tombé entre nos mains.
En Champagne, deux coups de main ont été réussis par nous au sud-est et à l’ouest de Tahure. A l’ouest de la butte du Mesnil, nous avons saisi et organisé sur 500 mètres environ une tranchée allemande.
Au Four-de-Paris, nous avons nettoyé à la grenade une tranchée ennemie.
Sur le front nord de Verdun, l’artillerie ennemie, énergiquement contrebattue par la nôtre, a bombardé avec une extrême violence les régions de Froide-Terre, de Fumin et du bois Fleury.
Nous avons abattu quatre avions allemands sur la Somme.
Les Allemands, après six violentes et coûteuses attaques, ont réussi à pénétrer dans le bois des Trônes (nord de la Somme), mais les Anglais ont pris pied dans le bois de Mametz, à l’ouest; ils ont également progressé à l’est d’Ovillers et de la Boisselle. Ils ont abattu un avion allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 17 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 NOVEMBRE – mardi –

Toute la nuit, jusqu’à 4 heures 1/2 du matin, méthodiquement, toutes les demi-heures, les allemands ont arrosé la ville. C’est colossalement bête et çà a quel but militaire ? Lequel, détruire des maisons..?

3 heures 1/ 2 ; Les obus de cette nuit ont causé des dégâts effroyables… mais, la grosse misère, c’est St. Remi, frappé un peu avant minuit ; un gros obus est tombé en plein sur une des chapelles rayonnantes de l’abside, celle du fond, plus profonde que les autres, qui est dédiée à la S.S. Vierge. Le projectile a crevé le toit, la voûte, abattu la clef de voûte. La belle statue de Notre Dame de l’Usine et de l’atelier a été projetée sur le pavé… elle n’a rien… un doigt seulement de l’Enfant Jésus a été brisé… mais c’est un amas de pierres, de plâtras indescriptible. Et le trou est immense.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Triste nuit, au cours de laquelle il nous a fallu encore nous relever vers 10 h 1/2, les obus tombant assez près, et nous tenir une seconde fois en alerte à 3 h du matin. Bombardement violent. Un obus a troué la voûte d’une chapelle, à la basilique Saint-Remi.

Les journaux disent qu’environ deux cents projectiles ont été envoyés par les Allemands.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

CPA : collection Véronique Valette

CPA : collection Véronique Valette


Cardinal Luçon

Mardi 17 – Toute la nuit jusqu’à 4 h bombes, avec intermittences ; idem dans la matinée, dans l’après-midi un obus dévaste la Chapelle de la Sainte Vierge à Saint-Remi. La statue est retrouvée intacte.

Réponse aux Évêques de Bretagne et au Cardinal de Paris pour Prières Nationales. Bombes dans la matinée. Bombardement très violent vers 2 h.

Transfert de mon lit de mon bureau-travail (dans le corridor de mon bureau où il se trouvait juste dans la ligne de tir d’une batterie) dans l’anti-chambre, ou corridor communiquant de mon bureau avec la cour d’entrée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Pas d’alerte dans la journée ; cela nous est réservé pour la nuit, car les obus s’annoncent à 22H pour continuer lentement jusqu’à minuit, puis encore de 2 à 4H ; comme ils ne paraissent pas être pour un quartier, nous hésitons à nous lever et finissons par ne pas quitter nos lits.

Néanmoins, nous n’avons guère dormi.

Au cours de ces séances, l’esplanade Cérès, la place et la rue Clovis, la rue Hincmar, la rue Polonceaux ont été particulièrement éprouvées. Dans la journée, ce sont les environs de la gare qui, par aéroplanes et canons, ont été surtout visés.

Lettre Charles Coche (16 9bre) annonçant qu’il a quitté Villeneuve pour revenir à Oiry ; sa santé et celle de Madame laissent à désirer.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

17/11 mardi – Soleil radieux, d’où le matin, continuation d l’odyssée de la nuit (canonnade et bombes) et cela dura toute la journée et encore (moins fort cependant) toute la nuit suivante. Un aéro a encore survolé Reims l’après-midi, n’a occasionné que des dégâts matériels. « Courrier de la Champagne » du 18 novembre

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien


Victime civile ce jour à Reims

  •  DEGRELLE Lucien   – 17 ans, 85 rue de Beine, victime de bombardement – journalier, décédé en son domicile
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Vendredi 23 octobre 1914

Louis Guédet

Vendredi 23 octobre 1914

41ème et 39ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  On s’est battu toute la nuit, ce matin silence complet. Il parait qu’hier il n’est pas tombé d’obus sur Reims. Depuis quelques jours du reste ils en envoyaient peu, et toujours sur l’extrémité du 2ème canton, vers le cimetière de l’Est, où un fossoyeur avant-hier a été tué en ouvrant une tombe !

6h3/4 soir  Ce matin vers 11h 2 bombes d’aéroplanes rue Marlot et rue du Couchant (Depuis 1924 rue des Jacobins). Déjeuné chez Fréville avec Charles, receveur de la Ville. M. Fréville a écrit à sa belle-sœur Mme Luneau à Versailles pour qu’elle verse à la Pension de Jean 500 Francs en consignation, et il est entendu que je les lui rembourserai que s’il me les réclame et si cette dame a pu faire cette avance.

  1. Luton, fondé de pouvoir de M. Mareschal, me disait tout à l’heure au pont de la rue Libergier vers 4h1/2, que la Chambre de Commerce de Reims évaluait les dégâts occasionnés dans la Ville par le bombardement à 250 millions au bas mot, non compris et sans compter les dégâts faits aux monuments publics.

Comme je le quittais au pont tournant, une bombe éclate place du Parvis, en face de nous, et jusqu’à ce que je sois rentré chez moi j’en ai compté une douzaine. Voilà que cela va recommencer ? Comme nos galonnards vont être heureux ! Reims est si peu intéressant !

En tout cas ce ne sont pas des « marmites », mais de simples obus (seulement des obus) de campagne.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le courant de la nuit, huit ou dix détonations de grosses pièces se sont fait entendre.

– Vers 11 h, ce matin, un Taube a laissé tomber plusieurs bombes, l’une rue de Venise, une deuxième sur la maison 21, rue Marlot et une autre sur la perception de la rue du Couchant. Cet aéro a jeté également deux banderoles qui, vues de la rue du Jard, descendaient dans la direction du canal.

Après-midi, vers 16 h 1/2, reprise du bombardement par pièces. Une vingtaine d’obus arrivent encore en ville et tombent sur l’usine des Vieux-Anglais, l’usine Collet et la lithographie Debar, boulevard de la Paix. A la même heure, un autre aéroplane jette encore une bombe qui tombe chaussé du Port.

L’inquiétude et l’appréhension se font de nouveau très vives pour beaucoup d’habitants.

– En revendant de mon travail, vers 18 h je suis très surpris de remarquer sur le parcours, deux ou trois magasins laissant voir, du dehors, une clarté à laquelle on n’est plus accoutumé ; l’électricité y a été réinstallée, ou l’usine fonctionne-t-elle à nouveau ? Au contraste, le reste des rues, où n’existe aucun autre éclairage, paraît encore plus sombre que d’habitude.

Dans L’Éclaireur de ce jour, on peut lire un court article portant ce titre, qui marquerait quelque impatience : « Qu’attend-on pour rétablir le mont-de-piété ? ».

La question ne nous laisse pas indifférent ; nous trouvons même qu’elle devrait attirer l’attention de qui-de-droit sur un établissement dont on ne parle plus et, si nous étions qualifiés pour cela, nous répondrions, en disant :

« Pour rétablir le mont-de-piété, il faudrait d’abord qu’une autorité prît l’initiative de battre le rappel :

  1. pour ses administrateurs, dont deux seulement, MM. P. Lelarge et Griessmann, sont encore à Reims (1) ;
  2. pour son directeur-caissier, parti le soir du 31 août, sans que personne n’ait encore pu savoir ce qu’il est devenu;
  3. pour son personnel. Ajoutons tout de suite que nous serions moralement certain de pouvoir le regrouper, quoique depuis son dispersement le 3 septembre, jour de l’arrivée des premiers allemands, nous n’en ayons eu guère de nouvelles. »

Avec un local et de nouveaux moyens, puisque rien ne subsiste de l’organisation antérieure au désastre du 19 septembre, le mont-de-piété pourrait être provisoirement reconstitué par son conseil d’administration.

Une autre question, cependant, vient subsidiairement d’elle-même à l’esprit. Le moment serait-il choisi pour faire de la rénovation ?

Un particulier énergique et entreprenant, qui aurait la volonté de se réinstaller, y parviendrait certes, avec une foi inébranlable et une persévérance tenace dans les idées – à moins qu’il ne lui arrivât malheur.

Mais un établissement public en tutelle ! entravé par des réglementations très prévoyantes, mais qui n’ont pas prévu l’état de guerre – ni la désorganisation, ni les dévastations, les situations inextricables en résultant – se trouvant même, malgré tout cela, dans l’impossibilité de se soustraire aux formalités obligatoires, n’en sortirait pas aussi vite. Il devrait, avant toutes choses, faire prendre par une majorité à réunir en conseil des décisions rapides et, dans les conjonctures actuelles, il y aurait des responsabilités probablement très graves à endosser ?

Nous croyons que, sauf exceptions, on n’est  généralement pas entraîné à ce genre de sport, en administration. Il faudra évidemment le temps de s’y mettre.

Le correspondant  du journal n’aurait-il pas, par hasard, un plan à lui, en dehors des lois, décrets et règlements concernant la comptabilité publique dont il lui est permis d’ignorer l’existence ? En ce cas, il ne pourrait le faire prévaloir, car un mont-de-piété ne peut pas fonctionner sur la simple idée d’ouvrir un bureau au public.

Dans tous les cas, puisque nous restons attachés à l’établissement par le contrat qui nous lie à son conseil d’administration depuis vingt-huit ans, tenons-nous prêt, attendons les événements et la suite pouvant être amenée par cette question.

Mais, nous serions surpris qu’elle puisse recevoir une réponse immédiate, sous forme de réalisation

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Le vice-président, seul mobilisa le du conseil d’administration, a été appelé comme médecin-major de réserve.


Cardinal Luçon

vendredi 23 – A 2h. nuit, canonnade gros canons français ; pas de réponse. Matin tranquille. Après-midi, à 1 heure, bombes jetées par un aéroplace, rue Hincmar (1). À 4 h, bombes lancées après le passage de deux aéroplanes, l’un français, l’autre allemand en deux directions différentes : l’un du Nord-Ouest au Sud-Est, l’autre obliquement de l’Est à l’Ouest, me semble-t-il. Des bombes sont tombées rue Marlot, rue du Couchant à vue à Mencière.

Vers cette époque, peut-être ce jour-là même un canon allemand lança des fléchettes (2), avec des banderoles sur lesquelles on lisait ces paroles : Anvers est tombée ! Rien ne nous résiste. Rémois, rendez-vous, sans quoi votre ville sera détruite. Je n’en ai pas vu. On me l’a raconté.

Bombes de 11 h à minuit

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Il s’agit de tout petits projectiles d’artillerie lancés à la main par les aviateurs, et peut-être tout simplement de fléchettes d’acier, vite abandonnées

(2) Ces fléchettes sont des projectiles aériens. Anvers est tombé le 9 octobre.


Paul Dupuy

Réception d’affectueuses condoléances de Monsieur et de Madame Dechéry qui, en termes émus s’unissent à nous pour pleurer le cher disparu.

À 11 h ½ deux bombes d’aéroplane tombent avec grand fracas, rue Marlot et rue du Couchant ; et à 14H c’est une lutte d’avions, au-dessus même de la ville, qui se termine sans que personne ait paru en tirer avantage.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Le Mont de Piété à Reims

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Jeudi 24 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

24 SEPTEMBRE : A 9 heures 40, partant avec Poirier pour faire des photographies, les bombes sifflent et tombent pas loin de nous. Nous rencontrons M. le Curé ; avec lui, nous allons à la cathédrale en passant par les chantiers – les factionnaires observant une consigne rigoureuse.

Nous passons par la crypte, sous la salle des Rois et montons par l’escalier près de la sacristie jusqu’aux prophètes. De là, nous voyons bombarder Pommery, Ruinart le château de la Marquise de Polignac. Jamais je n’avais remarqué à ce point la distance qui peut s’écouler entre le point d’éclatement avec l’énorme fumée perçue à l’œil et l’audition, la perception par l’oreille des sifflements et de l’explosion.

Je photographie le carillon en débris, les moulages, les arceaux rongés par le feu… Spectacle fantastique, curieux et lamentable… Les gargouilles crachent du plomb, la pierre se fendille et laisse couler des stalactites de plomb fondu qui forment parfois de superbes draperies…

Chère cathédrale ! blocs vénérables !arceaux sacrés !

1 heure 1/2 ; Le canon se fait entendre à nouveau. Je vois l’exode de nouveaux Rémois. D’aucuns ont eu du courage. Tenir dans cette atmosphère d’inquiétude et de terreur, est au-dessus de leurs forces…

J’ai noté deux bombes au sommet des tours ce matin. A la tour nord, il y a de gros dégâts…

4  heures 1/2 ; Tout à l’heure, vers 2 heures, je suis allé avec Stanford et Poirier à la cathédrale ; nous avons circulé une heure tranquillement, mais, vers 3 heures, alors que j’étais dans l’escalier ajouré de la tour nord, Pan !, un obus qui éclate exactement au-dessus, crachant une mitraille qui asperge la tour. Pas de dégâts pour nous ; nous dégringolons vivement et, par le passage des tapisseries, nous gagnons la tour de 1’horloge… où Poirier fait un somme pendant que claquent les obus tout autour. Apres une accalmie, nous traversons la cathédrale et trouvons, à la sacristie, M. le Curé qui a été surpris par le bombardement. Nous restons là un moment encore. Nous nous entretenons des mauvaises nouvelles, mauvaises à notre sens bien limité et bien mal informé ; Les Russes ont évacué la Prusse ; par contre, en Autriche, ils ont occupé toute la Galicie… et il est possible que les allemands ramènent de nouvelles troupes en face de Reims.

Que Dieu nous aide et qu’il ait pitié de la France !

5  heures 3/4 ; J’allais à la Mission porter mes affaires. Porte close ; la concierge est dans les caves.

Passant rue de Tambour, un éboulement me barre la route ; c’est la maison voisine de celle des Musiciens intéressante aussi par sa décoration XVIe siècle, qui a reçu un obus une demi-heure auparavant. Les vandales avaient visé encore cette autre de nos richesses artistiques.

Les canons tonnent sans interruption et chaudement comme jamais.

J’ai découvert encore de nouvelles atteintes à la cathédrale tout à l’heure. Il faudra décidément que je relève avec indication précise tous les obus qui ont frappé la cathédrale.

8 heures soir : Je suis las, ce soir, las !

C’est l’épreuve sans qu’on en puisse deviner la tournure. Ne faut-il pas qu’elle soit cela, dans certains cas, l’épreuve, pour être féconde, qu’elle soit prolongée, obstinée… jusque sans espérance ? Notre Seigneur n’a-t-il pas goûté à l’épreuve sous la forme de l’abandon ?

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 24 septembre 1914

13ème et 11ème jours de bataille et de bombardement

8h3/4 matin  Toute la nuit on entend de temps à autre le canon, mais à 5h3/4 la bataille le combat s’anime et jusqu’à cette heure-ci, avec des intervalles plus ou moins longs, le canon gronde et la fusillade crépite. Quand donc en aurons nous fini avec cette situation de piétinement sur place qui dure depuis le 19, mais qui devient énervante pour nous non-combattants depuis le 20, jour où l’on peut dire que nous n’avons plus été bombardés sérieusement. Un obus par-ci par-là, sauf vers les caves Pommery qui seraient passablement endommagées, c’est tout.

Il fait un soleil splendide d’automne qui n’en n’est que plus triste à mon sens car il illumine, il éblouit des scènes d’horreur, de bataille.

Maintenant que les allemands ne m’occupent plus à descendre et à remonter de la cave avec leurs obus, je suis comme désœuvré et ne sait à quoi m’occuper ! Allons ! ne nous plaignons pas ! ce serait mal de se plaindre d’être sorti de cet Enfer.

5h1/2  A 11h1/2 M. Gilbrin vient me dire qu’il doit aller à Troyes pour son service demain vendredi 25 septembre, et qu’il se chargera de mes lettres et dépêches très volontiers, et demande que je les lui remette pour 6h1/2. J’ai donc écrit une longue lettre à Madeleine, préparé une dépêche pour elle et écrit à mon Père dont je suis sans nouvelles, ce qui m’inquiète beaucoup. Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé et qu’à St Martin il n’ait aucunement souffert en quoi que ce soit !

Vers deux heures 1/2 je vais voir Gobert, du Courrier de la Champagne, qui est réfugié rue Robert de Coucy à l’Imprimerie Coopérative, pour lui dire qu’il peut envoyer une dépêche à sa femme qui est à Azay-le-Rideau, par M. Gilbrin. Je vais prévenir de même M. Gomont, 14 rue de l’Université, qui était venu me demander ce service. Je retourne sur mes pas, arrivé au barrage fait au coin de la Place Royale et de cette rue, je m’arrête à causer avec je ne sais plus qui. Quand un sifflement bien connu et boum ! un obus qui éclate vers la nef de la Cathédrale qui n’en peut mais la pauvre et qui a déjà largement son compte. Débandade générale. On se quitte sans se dire « au-revoir » et sans se faire de compliments, croyez-le bien. Je traverse la Place Royale, j’enfile la rue Colbert, je coupe la Place du Marché et m’engage dans la rue de l’Arbalète, où, en face des Galeries Rémoises au n°14, un éclat de bois tombe à mes pieds, il n’a pas éclaté loin celui-là !

J’arrive rue de Talleyrand quand à ma porte un coup formidable et un nuage de poussière vers la rue Noël, la rue des Boucheries, dans ce coin là. J’entre chez moi, je monte à ma chambre prendre mon fourniment de bombardement et de cave, je ferme mes persiennes, et je descends à la cave. Là je trouve M. Fréville du Bureau des Finances à Reims, et sa femme Mme Fréville qui, surpris par l’avalanche, sont venus se réfugier chez moi. Nous nous installons dans notre réduit de la grande cave, il est maintenant 3h1/4, et en attendant la fin de la séance, nous causons de choses et d’autres, des événements bien entendu.

  1. Fréville me conte l’aventure qui est arrivée à Mauclerc, ancien notaire à Rilly-la-Montagne, et à sa femme qui étaient dans leur propriété de la ferme des Monts Fournois (aujourd’hui le Domaine des Monts Fournois). C’était le mardi 15 septembre 1914, les troupes françaises arrivent à sa ferme, et quelques temps après un officier fait arrêter M. Mauclerc et Mme Mauclerc, leur fait passer les menottes aux mains, ainsi qu’à tous ses serviteurs et on les conduit à Taissy, où on leur dit qu’ils sont aux arrêts comme espions, qu’ils ont faits des signaux aux allemands, etc… Mauclerc se défend comme un beau diable et il s’attire cette réponse du lieutenant-colonel qui l’interroge : « Inutile de vous défendre et d’insister, car vous ne feriez qu’aggraver votre cas ! » – « Vous avez des intelligences avec l’ennemi, la preuve en est que vous n’avez pas été pillé. » On les garde ainsi du mardi 15 au vendredi 18. Quels terribles moments ils ont dû passer, on les menaçait de les fusiller. Heureusement qu’un habitant de Taissy s’est montré assez ferme pour dire qu’il répondait de ce pauvre Mauclerc. Et on les relâcha…

A un moment donné, comme il se recommandait de sa qualité d’ancien notaire, il s’attira cette réponse lapidaire : « On peut avoir été honnête pendant 14 ans, mais changer depuis ! » Ce doit être une dénonciation  d’un domestique qui a voulu se venger.

Depuis que j’écris la canonnade fait rage, c’est un roulement continu. Comme de la grêle qui tombe sur une terrasse. On doit se battre furieusement du côté de Bétheny.

6h  Je vais porter mes lettres à M. Gilbrin.

6h1/2  J’ai remis mon paquet de lettres au concierge de la Banque de France. Et avant de fermer là-bas dans sa loge ma lettre à mes adorés j’ai griffonné un dernier adieu, je leur ai envoyé un dernier baiser. Je leur ai souhaité une bonne nuit, je leur ai dit : « Bonsoir ! » Oui, que cette nuit et les autres qui suivront vous soient douces, mes aimés !! Pour moi comme pour toutes les nuits jusqu’ici et celles qui vont suivre elles seront et ne peuvent être que tristes, sombres, douloureuses, remplies d’insomnies, loin de vous !

J’ai pourtant payé largement mon tribu de veillées, d’insomnies, de soucis depuis 30 ans, et cela ne cesse pas. Je suis las, je souffre, je suis découragé !! Je n’en puis plus ! En ce moment je suis seul dans la maison, et en allant et venant, vacant, à de menues occupations, choses (?) par les chambres et les corridors, mon cœur était serré !! Les ombres ! les objets ! les souvenirs de tous ceux qui me sont chers m’entouraient, me pressaient, me parlaient dans la nuit, et je souffrais !! Est-ce que j’avais peur ? Je ne tremble cependant pas !

8h soir  L’exode des habitants des faubourgs  Cérès et de Cernay a recommencé ce soir. Ces malheureux sont comme le volant du jeu de raquette depuis 12 jours. Un jour ils sont obligés de fuir devant la grêle des bombes, tous se précipitent vers l’ouest et filent vers le faubourg de Paris ou de la Haubette se réfugier chez l’un chez l’autre ou dans les caves et les celliers des négociants en vins de la rue de Courlancy. Il faut voir ces réfugiés ! ces campements ! on se croirait revenu à l’époque des catacombes ! Mais aussi l’effarement, l’affolement, la peur, la panique ! en plus.

Cette fuite par nos grandes artères, et notamment par la rue de Vesle est navrante, douloureuse. Des femmes tiennent leurs petits avec des ballots à la main faits hâtivement, les hommes portent des enfants dans leurs bras, des vieillards et des infirmes sur leur dos. Énée transportant son Père à travers les flammes de Troie n’a jamais été plus de saison, plus vrai. Ah ! Comme j’ai compris cette scène d’Homère depuis 8 jours que je l’ai vue se répéter presque chaque jour.

D’autres trainent des charrettes chargées de toutes sortes d’objets, et sur un d’utile 10 sont inutiles. On emporte la cage de ses serins et l’on oubliera des couvertures chaudes, des matelas, du pain pour vivre dans les caves de Ste Geneviève. C’est une cohue, une ruée, c’est échevelant. Un obus là-dedans et ce serait complet.

Les uns crient, les autres pleurent, on s’interpelle, on s’injurie, on se bouscule, et le fleuve torrent descend, s’écoule vers la Vesle.

Le lendemain matin accalmie. On reprend confiance et qui l’un, qui l’autre, se hasarde à remonter vers l’est, vers son chez soi…  pour voir et tâcher de reprendre son logis.

Ce réflexe est calme et intermittent, on cause, on bavarde, on se raconte ses impressions de la veille, de la nuit, un tas de vaines choses et faits, comme sur le champ de foire. « Le soleil luit et il est si beau ! » Si par malheur un obus siffle à ce moment, remous, débandade et recul vers l’est. Puis plus rien. On reprend confiance et on remonte vers Cérès ou Cernay, on se connait, on se retrouve entre voisins, et voilà que l’on est réinstallé dans ses pénates à domicile. La journée se passe sans gros incidents, le lendemain vous retrouve confiant, on vague à ses petites occupations. Puis vers les 3 heures de l’après-midi, tandis que l’on papote, on reprend les commérages interrompus la veille, on revoisine, on retrouve ses compagnes ou compagnons coutumiers. Paf ! un obus, sifflement, éclatement. Pif ! encore un autre. Bref, au 3ème, nouvelle débandade, nouvel apeurement, on refait ses malles, ballots, baluchons, charrettes, on recharge sur son dos les ancêtres, on juche sur le haut d’un chargement les serins et la cage, et écoulement, roulement. Fuite éperdue vers l’ouest, Courlancy, Porte de Paris, la Haubette ! Et cela parfois à travers les flammes, la fumée des incendies, c’est lugubre. Or depuis 7 jours ce manège continue. Quelqu’un de ces malheureux me disait : « Si ce métier-là dure encore 8 jours, je serai fou ! »

Un brave rentier, qui de son pas tranquille quoiqu’un peu plus hâtif que d’ordinaire lorsqu’il inspectait au bon temps les pavés de son quartier me disait : « Monsieur, je n’ai jamais pris autant l’air que depuis une semaine, je n’arrête pas de faire la navette de la rue Croix-Saint-Marc à la rue Martin-Peller. Vraiment, c’est un peu de trop pour mes vieilles jambes !! » Et le pauvre petit vieux de s’en aller continuant son chemin de son pas anxieux et pressé vers son gîte de fortune !

9h  Allons, couchons-nous, car on ne sait pas ce que sera la nuit…  demain !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Après être allé, dans la matinée de ce jour, place Amélie Doublié chez mon beau-frère, je revenais tout doucement en longeant les promenades et le canal, pour rentrer rue du Jard, lorsqu’à hauteur de la rue Hincmar, il m’arriva de rencontrer toute la famille, dans un véritable mouvement d’émigration. les habitants du quartier, auxquels s’ajoutaient ceux venant des environs de Saint-Remi, où tombaient les obus, se dirigeaient en masse vers Sainte-Geneviève, car là-bas, il n’y a rien a craindre.

On m’apprend qu’il a été décidé d’aller du côté du cimetière de l’Ouest et, c’est ainsi, que nous trouvant réunis, nous partons nous installer à proximité de la vigne d’expérience du lycée. Dans le terrain vague où nous nous arrêtons d’abord, un obus de 75, n’ayant pas servi, reluit fort au soleil ; nous nous en éloignons, afin que les enfants n’aient pas la tentation d’y toucher.

L’après-midi, par un temps splendide, nous pouvons assister tristement, en spectateurs cette fois, à une séance de bombardement de Reims, d’un champ situé en face du cimetière. Ce champs est rempli de gens abrités du vent, comme nous, derrière des douzaines de bottes de blé. Le premier obus que nous avons vu éclater est tombé sur la voûte de la cathédrale. D’autres ont suivi et suivent encore, assez rapprochés, sur le parc Pommery, les faubourg Cérès, le quartier Saint-Remi ; la vielle basilique disparaît plusieurs fois derrière la fumée. A chaque coup, nous voyons l’arrivée du projectile dont l’explosion est marquée par un gros nuage. Au loin, à droite de la route de Witry et vers Berru, nous pouvons parfaitement remarquer aussi les endroits où portent les coups tirés par nos pièces. A gauche, un immense incendie brûle tout l’après-midi ; nous supposons que Witry-les-Reims est en flammes.

A notre retour, à 17 h 1/2, nous nous demandons, en voyant une volée de huit à dix shrapnels éclater à une assez grande hauteur, s’il s’agit de signaux ou d’une chasse à l’aéroplane.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Cardinal Luçon

La canonnade n’a pas cessé de faire rage toute la nuit. On dit qu’on n’avait pas eu de nuit si violemment agitée. Impossible de sortir. on essaiera de faire venir des journaux par les voitures d’ambulances du docteur Bonnot (qui m’a rapatrié dans la nuit du 21 au 22). On les demandera à M. Letourneau, curé de St-Sulpice. Jusqu’à 11 h 1/2 de la matinée, canonnade effroyable, avec bombes (sur la ville) que l’on entend très bien passer en sifflant dans l’air.

Reprise de la canonnade à 1 heure après midi. Obus sur la Cathédrale. Je veux sortir : à l’angle de la rue du Cardinal de Lorraine et du parvis, un obus siffle et tombe. Je m’embarrasse dans les fils du téléphone tombés au pied des murs de l’archevêché. Nous rentrons, et descendons aux catacombes. Il faut y retourner vers 4 heures. Il y a eu (dit-on) trois victimes (chez le marchand de photographies de Reims qui s’appelle M. Boucourt). Vers 3 h. un obus dans la tour nord ; un près de M. Boucourt, un chez M. Cliquot.

Les Allemands sont, dit-on, invisibles (cachés derrière la montagne de Berru (3)). On tire au hasard. Ils sont terrés dans les tranchées dispersées dans les bois entre Cernay et Berru. On cherche à les empêcher par une canonnade de se ravitailler en vivres et en munitions.

A 6 h : c’est un orchestre infernal, toute la journée, comme toute la nuit précédente. Miserer nostri Domine.

Les Allemands auraient, hier, arboré le drapeau blanc et demandé la paix, mais avec les honneurs de la guerre : on la leur aurait refusée (4) (??).

6h 1/4. Silence – nuit très tranquille. Coucher à la cave ; mais toute la nuit, cependant, fusillade et canonnade au loin : surtout canonnade lointaine, à partir d’une heure du matin, dit Ephrem. Nous n’avons rien entendu.

Cardinal Luçon, dans Journal de la Guerre 1914-1918, Travaux de l'Académie nationale de Reims

(3) Les batteries allemandes sont effectivement placées à la contre de la butte de Brimont, de Fresnes, de Witry, de Berru et de Nogent-l’Abbesse (distances à la Cathédrale entre 8000 et 10000 mètres), où elles échappent à toute observation, faute de reconnaissance aérienne.

(4) Première et rare mention d’une fausse nouvelle. Elles ne cesseront pas mais le Cardinal n’en fera plus mention, ce qui montre bien la qualité de ses renseignements.


Gaston Dorigny

Le canon a encore grondé toute la nuit. Au lever du jour la canonnade reprend intense. Nous décidons néanmoins de retourner chez nous l’après midi. Vers quatre heures nous partons de chez mon père pour rentrer rue Lesage. Dans notre quartier les batteries sont placées à proximité de notre maison. Tout tremble chez nous quand le canon tonne mais nous sommes habitués au bruit de la canonnade, seul nous craignons encore les obus dont quatre sont encore tombés dans le centre de la ville.

Avec la nuit le silence se fait relatif et nous nous endormons réveillés de temps à autre par la grosse artillerie. Peut-être est-ce le jour où l’on apprendra un mouvement de recul de l’ennemi.

Gaston Dorigny

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L’emplacement des batteries allemandes


Juliette Breyer

Mon pauvre Charles,

J’ai fait un rêve cette nuit. Est-ce un pressentiment ou mon cerveau qui travaille ? Je te voyais seul sur un champ de bataille, blessé sans doute, et ce qui m’a réveillé, c’est parce que à mes oreilles j’ai entendu distinctement « Juliette » plusieurs fois. Je n’ai pas pu me rendormir car c’était bien ta voix que j’avais entendue. Peut-être as-tu couru quelque danger. Quand est-ce que la Poste remarchera ?

Je t’aime mon Charles plus que tout au monde.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Victimes des bombardements de ce jour à Reims


Vendredi 24 septembre

La lutte d’artillerie se poursuit en Artois et spécialement autour de Souchez et de Neuville. Les Allemands ont jeté sur Arras et les environs des obus incendiaires qui ont allumé des foyers rapidement éteints. Lutte de bombes et de grenades à Quennevières. Canonnade réciproque en Champagne, à la lisière de l’Argonne.
Tir efficace de nos batteries entre Meuse et Moselle; lutte de bombes et de torpilles en forêt d’Apremont.
En Lorraine, nous bombardons les positions allemandes au nord de Nomény, et près d’Emberménil, de Leintrey, de Gondrexon et de Domèvre.
Un dirigeable français a bombardé plusieurs gares pour paralyser des mouvements de troupes ennemies. Nos avions ont opéré au-dessus des gares d’Offenbourg, de Conflans et de Vouziers, au-dessus des cantonnements de Langemark et de Middelkerke.
Les Russes ont pris une vigoureuse offensive dans la région au nord-ouest de Minsk et capturé des groupes ennemis, tandis que d’âpres combats se déroulent près de Dwinsk.
Les Italiens ont progressé dans plusieurs vallées alpines.
En réponse aux préparatifs qu’on signale en Bulgarie, la Grèce prend des mesures de défense.
Le congrès libéral de Moscou (assemblées provinciales et municipales) a décidé d’envoyer des délégués au tsar.

 

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Jeudi 3 septembre 2014

Abbé Rémi Thinot

3 SEPTEMBRE : Cette nuit a été d’un calme saisissant.

L’autre nuit avait été remplie par le fracas des automobiles et des voitures. Tous les services publics, toutes les administrations « sévacuaient », selon l’expression d’une bonne femme. Dans l’après-midi du mercredi, on avait fait sauter les aiguillages et peut-être des ponts. C’en était donc fait ; le dernier wagon postal, la dernière locomotive, le dernier convoi de blessés, tous ceux qu’on a pu, de Reims, transporter plus loin, avaient quitté la gare.

Cette nuit, çà a été le calme un peu angoissé de la grande ville isolée du reste du pays. C’est fini maintenant ; nous ne recevrons plus de nouvelles des amis et ne pourrons plus en envoyer. Jusque à quand? Dieu seul le sait.

Les ennemis sont sur tout le front nord – nord-est et nord-ouest ; le canon s’entendait hier soir dans ces deux dernières directions.

On dit ce matin que Reims sera épargnée, où plutôt qu’on lui épargnera un bombardement. Les autorités traiteraient directement avec les allemands qui ont d’ailleurs de nombreux intérêts commerciaux dans la ville.

N’empêche que chacun prend des mesures en vue de ce bombardement. Pour mon compte, j’ai déjà descendu à la cave une partie de ma musique manuscrite et imprimée et quelques objets. C’est l’incendie que je crains, et la démoli­tion de la maison. Quant au pillage, rien ne peut garantir contre ses éventualités.

Chez Mme Pommery, on a accumulé dans les caves ; pioches, pelles et bougies pour en sortir après le bombardement.

J’irai à la cathédrale, en cas d’alerte ; notre place, si tout le monde s’y réunit, n’est pas d’être au fond d’une cave !

Dimanche, à St. Remi, il paraît que l’assistance a été superbe. La neuvaine de prières continue. Le peuple sera touché que le prêtre ne lui ait pas faussé compagnie comme ce qu’il appelle « les gens riches ». Un brave homme disait à St. Remi (entendu par le R.P. Etienne) « Au moins, nos prêtres ne nous abandonnent pas ! »

Je vais sortir en ville pour dire mon bréviaire…

Les allemands vont faire leur entrée ! Je viens de lire une proclamation du maire annonçant la douloureuse nouvelle et demandant le calme. Je ne m’étais donc malheureusement pas trompé quand, tant à Abondance, à l’arrivée de l’ordre de mobilisation, qu’à Reims, en arrivant, et dans ma première conversation avec M. le Curé[1], quand je disais que les Prussiens arriveraient à Reims…

Tout à l’heure P.M. et A.L. en bicyclette, sur la route de Paris, revenant de Unchair, à la sortie du bois de Jonchery, avaient essuyé des coups de feu des soldats allemands cachés dans les bois.

Ah ! pauvre France, victimes de ces odieux politiciens qui, depuis 40 ans, rabaisse son armée et mange ses prêtres. C’était toute la politique – pendant que l’ennemi forgeait son armée puissante !

Il est plus difficile d’expulser cet ennemi que d’enfoncer des portes de couvent !….

Une grande animation règne en ville, une grande stupeur se lit sur tous les visages… la tristesse envahit les cœurs…

Telle est l’affiche que je copie sur le mur de la sous-préfecture.

S’ils font leur entrée demain 4 Septembre, ce sera, à 44 ans de distance, le même jour où ils sont entrés en 1870 – 4 Septembre 1870

6 heures 3/4 – Je rentre de la cathédrale où, à l’issue de la prière quotidienne – le chemin de Croix de 5 heures 1/2 – (car la prière des soldats, instituée aux premiers jours n’a plus de raison d’être) M. le Curé a rassuré les fidèles présents, les priant d’être calmes et, au nom de leur patriotisme comme de leur foi, d’exprimer la vertu de force dans beaucoup de sang-froid et de prudence.

Le canon tonne du côté de Fismes sans interruption. Sont-ce les allemands qui attaquent nos troupes en retraite par Épernay ? En tous cas, combien d’hommes à qui on avait dit simplement hier « Gagnez Épernay par vos propres moyens » qui vont être surpris – tués ou prisonniers – s’ils ont traversé la forêt de Montchenot !

Et il paraît qu’hier, c’était lamentable dans les casernes ; les garde-voies[2], renvoyés dans leurs foyers, ne trouvaient pas un officier à Neufchâtel (caserne) pour leur dire ce qu’il y avait à faire. Fusils, cartouches, habillements gisent çà et là, pêle-mêle. C’est, dans les chambrées, un désordre inexprimable !

On m’assure que Reims est frappée d’une contribution de 30 millions ; on aurait déjà, à cette heure, trouvé le premier. C’est M. de Tassigny qui aurait reçu hier les parlementaires prussiens et les choses se seraient décidées au conseil d’hier soir, de concert avec l’autorité militaire.

Le canon entendu toute la soirée serait le nôtre. Poirier redescend des Caves Pommery ; il m’apporte 7 ou 8 poulets bons à manger. Il a observé la flamme des explosions et le temps écoulé jusqu’à la perception du coup et il estime que l’action se déroule sur une ligne au sud passant par Ville-Dommange. Notre artillerie contiendrait l’ennemi de ce côté pour permettre à nos troupes de se retirer vers Paris.

Il s’agirait de la section nord-ouest de l’armée ennemie divisée sous Rethel, l’autre moitié cheminant vers Châlons…

11 heures du soir ; Je rentre avec Poirier, qui est venu à 9 heures interrompre mon dîner ; « Les allemands sont à l’Hôtel de Ville… ! » , s

J’enfile les rues qu’arpentent déjà des groupes préoccupés. Peu de monde cependant ; rue Colbert, quelque attroupement. Place de 1’Hôtel de Ville, on ne passe pas. Ils sont là quelques officiers et quelques hussards. Je vois dans l’encadrement du portail illuminé la silhouette d’un uhlan…

J’ai quelques détails par M. Rolleaux, directeur du Service des Eaux, qui était à l’Hôtel de Ville quand le Maire a reçu l’ennemi.

C’est un militaire attardé que les allemands ont fait prisonnier qui les a conduits à l’Hôtel de Ville.

Ils en avaient ramassé deux autres à la terrasse d’un café ; d’aucuns les ont pris pour des chasseurs français.

L’officier qui parlait le mieux le français a demandé le Maire. Il a pris son nom, puis la troupe a demandé à dîner avec du Champagne et de l’eau minérale (textuel). On est allé chercher l’un et l’autre chez Bayle Dor, puis le café et le pousse-café.

Comme ils entraient révolver au poing, M. Bataille fit remarquer à l’officier principal qu’il pouvait entrer sans cet objet ; alors, l’officier de se retourner avec une certaine morgue ; « J’espère bien que puis entrer ici ! »

On fait disperser les groupements sur la place.

Une partie de ces parlementaires va coucher à l’Hôtel de Ville, avec le Maire au milieu d’eux. Les autres vont retourner à Cernay, d’où le gros de la troupe – 2 à 3.000 hommes – va partir demain pour faire à Reims – à 5 heures du matin – une entrée solennelle.

La foule s’éloigne ; les commentaires vont leur train, ardents par place, voire très ardents comme autour de la statue de Louis XV, Place Royale. On s’élève contre l’admission des allemands à toutes les charges, à tous les bénéfices, à toutes les confidences dans notre pays qu’ils ar­rivent à connaître mieux que le leur. Puis, l’insuffisance des chefs, dont la carrière a été arrêtée par le régime des fiches.

Et l’incohérence du commandement ! Il apparaît certain. Hier encore, il était question de défendre Reims, de s’y battre même, rue par rue. 300.000 hommes étaient massés à cette intention au sud de Reims. Et ce plan était déjà un plan repris, car il avait été une première fois contrecarré.

C’est cette nuit seulement qu’on a désarmé les forts et fait passer les pièces de siège et le reste… Reims étant entièrement cerné par l’ennemi. Toute la troupe également a pris la route de Châlons, Épernay étant déjà occupée. à 2 heures du matin, les canons traversaient Reims. « 0n lâchait du terrain ». C’était le plan de l’État-major, « plan très savant » répète-t-on, et de l’exécution duquel (témoignage du Maire de Ville-en-Tardennois, chez qui couchaient l’autre nuit les officiers du dit État-major) l’État-major est très content…

Il paraît que les ennemis ont été très courtois auprès du Maire. La garnison qui occupera Reims sera courtoise également, je l’espère.

Mais… Mais quand ils repasseront ?

Car ils repasseront, en fuyards, en vaincus, n’est-ce pas, Jeanne d’Arc ?…

Il est indiscutable que Reims était terrorisée ce soir. On comptait les hardis qui tenaient la rue… Il n’y a pas de raison de se tenir dans les caves aujourd’hui, ni demain… mais, encore une fois, quand ils repasseront ?

Il est réel qu’un aéroplane allemand a survolé la ville aujourd’hui vers 10 heures et a jeté une bombe qui est tombée rue Hincmar, faisant seulement des dégâts matériels. Par miracle, une femme qui lessivait, n’a pas été atteinte par les poutres et les tuiles arrachées au toit. L’ennemi visait-il la cathédrale? Ce serait odieux et contre toutes les règles du droit des gens.

Je vais me reposer ; demain matin Poirier vient me prendre pour assister à l’arrivée des Prussiens.

[1] Le Curé de la cathédrale, l’abbé Landrieux (VV)

[2] GVC (Gardes des Voies de Communication) voir  http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Pasapas/E315GVC.html  (note Thierry Collet)

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 3 septembre 1914

5h soir  Demain ? c’est la reddition ! la capitulation ! Reims est considérée comme Ville ouverte et les allemands entreront demain dans la Ville. Moyennant 25 millions, parait-il, on rendra à la Ville sa vie normale !! Je ne puis en écrire plus !

9h soir  Et mes pauvres petits et ma pauvre femme ?? Sont-ils partis ou non ? Quelle angoisse,  surtout après avoir vu les exodes des jours passés, que je souffre !

Tous les postes abandonnés hier. La gare ce matin était lugubre, plus rien, toutes portes fermées et grilles de la cour fermées, plus un wagon ! que c’était morne, et je ne savais pas le reste ! Ce soir à 8 heures, réunion du conseil municipal, que va-t-il se passer ? Oh ! nos Rémois sont si braves !! Une bombe jetée rue Hincmar par un « Taube » a suffi pour les agenouiller, non les aplatir !! Ils diront : Raison, sagesse, prudence et surtout négoce : juifs ! va !! Du reste les Rémois ont toujours été comme cela depuis César jusqu’à nos jours en passant par la Guerre de cent ans et 1814 (voyez A.Dry) (Reims en 1814 pendant l’invasion, par A.Dry, Plon 1902) !! J’entends encore quelques coups de canon du côté d’Ormes et Bezannes. Les Prussiens ont tourné la ville et ils refoulent nos troupes, qui se sont volatilisées ! En somme depuis hier matin nous n’avons pas vu un soldat, français ou prussien !! C’est singulier !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le journal Le Courrier de la Champagne, annonce, en tête de son numéro d’aujourd’hui qu’il interrompt sa publication pour une période indéterminée. Il explique que la privation de toutes communications postales et téléphoniques met ses rédacteurs non mobilisés dans l’impossibilité de fournir aux lecteurs un journal qui fût vraiment un journal. Il termine ainsi ses adieux : « Donc, chers lecteurs au revoir et même, s’il plaît a Dieu, à bientôt !

Il est de fait que les informations publiées depuis la proclamation de l’état de siège en France, le 3 août, sur le rapport de Messimy, ministre de la Guerre, ont été sujettes à caution. Les journaux locaux ou parisiens nous ont donné à lire des histoires, parce qu’ils ne pouvaient que nous raconter des histoires.

– Hier, en quittant le personnel, je lui avais donné rendez-vous pour procéder aujourd’hui au déménagement des registres de comptabilité de l’administration, que je fais descendre en seconde cave, sous le bâtiment principal des magasins, rue Eugène-Desteuque.

Sur des planches de rayonnage larges et épaisses, les isolant de la terre, nous alignons les nombreux journaux à souche d’engagements des années 1913 et 1914 (240 environ), les journaux à souche des recettes (12 années), les registres de comptabilité caisses et magasins – des années 1912, 1913 et 1914, les registres de détail des engagements, dégagements, renouvellements et décomptes des ventes des mêmes années, les registres des magasins et contrôles, les sommiers des cautionnements et des emprunts, les registres due j’ai pu trouver des délibérations du conseil d’administration, etc. ; les nantissements reçus la veille sont casés ensuite dans les magasins et, vers midi, le personnel que je remercie, se disperse amicalement après s’être dit au revoir, mais sans savoir quand il lui sera donné de se regrouper.

Lorsque M. Hébert, administrateur de service, passe, pour se rendre compte, ainsi qu’il l’a fait les jours précédents, je puis lui déclarer avec satisfaction que le personnel a rempli sa mission jusqu’au bout.

Ses nombreuses visites, depuis le 31 août, en compagnie d’autres administrateurs, m’ont, par contre, laissé supposer que le directeur est parti sans leur autorisation.

– Vers 10 h, un aéroplane allemand a lancé quelques bombes ; l’une d’elles est tombée dans la propriété de M. Maréchal (coin de la rue des Capucins et de la rue Boulard).

– La ville, dans son ensemble, présente un aspect morne. Personne ne se presse plus devant les grilles de la gare déserte. Le C.B.R. (Il s’agissait d’un train à desserte régionale roulant sur des voies d’une largeur différente de celles des trains nationaux.) lui-même, a suspendu son service. Les deux tiers, au moins, de la population sont partis.

Le calme plat a succédé à l’animation un peu factice des journées qui avaient suivi la mobilisation, alors que les autos conduisant des officiers, des infirmières paraissant toujours très affairés, ne cessaient de sillonner Reims en tous sens. Le mouvement a cessé presque complètement, puisqu’il reste simplement le civil et que les autos ont été réquisitionnées.

– Dans l’après-midi, les deux affiches suivantes sont placardées en ville :

« RÉPUBLIQUE FRANÇAISE – Ville de Reims Aux habitants.

Au moment où l’armée allemande est à nos portes et va vraisemblablement pénétrer dans la ville, l’administration municipale vient vous prier de garder tout votre sang-froid, tout le calme nécessaire pour vous permettre de traverser cette épreuve.

Aucune manifestation, aucun attroupement, aucun cri ne doivent venir troubler la tranquillité de la rue. Les services publics d’assistance, d’hygiène, de voirie doivent continuer à être assurés. Vous voudrez y contribuer avec nous.

Vous resterez dans la ville pour aider les malheureux. Nous resterons parmi vous, à notre poste, pour défendre vos intérêts.

Il ne dépend pas de nous, population d’une ville ouverte, de changer les événements. Il dépend de vous de ne pas en aggraver les conséquences. Il faut pour cela du silence, de la dignité, de la prudence.

Nous comptons sur vous, vous pouvez compter sur nous.

Reims, le 3 septembre 1914 Le maire, Dr Langlet »

« Aux habitants de la Ville de Reims. Ordre.

Le capitaine commandant d’armes de la ville de Reims, ordonne que toutes les armes, de toutes provenances, soient immédiatement déposées à la caserne Colbert.

Toute arme trouvée après 6 heures, dans une maison de la ville, exposerait tous les habitants de la maison à des peines de la dernière rigueur.

Vu et approuvé Reims, le 3 septembre 1914

Le maire, Dr Langlet Le capitaine, Louis Kiener « 

La première de ces affiches attire surtout l’attention ; elle est lue et relue attentivement. C’est que cet avis officiel indique bien, par ses termes mesurés, que les espoirs ne sont plus permis.

La population, en cette fin de journée vit dans une attente oppressée.

L’occupation par l’ennemi

Ce soir, 3 septembre, vers 20 h, après avoir entendu le pas de quelques chevaux, je me suis précipité à la fenêtre et j’ai aperçu sept ou huit cavaliers descendant la rue Cérès pour se rendre vers la place royale ; j’ai eu le temps, même, de voir un civil marchant entre les deux chevaux de tête, tout en fumant une cigarette. Je vais pour m’informer et, arrivé rue Cérès, je demande aux voisins, persuadé que je viens de reconnaître un peloton de légère (car tous ces derniers jours, nous avons vu nombre de soldats séparés de leurs unités, fuyards ou autres, passer individuellement ou par petits groupes) :

« Ce sont des hussards ou des chasseurs qui viennent d’arriver ? »

On me répond :

« Ce sont des Boches ; ils allaient à l’hôtel de ville. »

Oh ! cette réponse me fait mal ; je ne m’y attendais pas encore. Toutes mes dernières illusions s’en vont du coup ; j’éprouve un véritable accablement et je rentre bien triste à la maison. Cette fois, nous sommes dans l’inconnu.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Cardinal Luçon

Récit à posteriori du 27 septembre du Cardinal Luçon :

Vendredi 4 – Etat Major allemand descendu au Lion d’Or (*). Des troupes, des cavaliers, Place Royale vers 2 h.

1er bombardement, avant d’entrer ; il y a eu des personnes tuées à Saint-Remi.

*situé sur le parvis de la cathédrale

Cardinal Luçon dans Journal de la guerre 1914-1918, éd. Travaux de l'Académie nationale de Reims

Marcel Moreno

Des réservistes récemment libérés sont convoqués à la caserne Colbert (où on les arme avec des fusils gras!). Je me présente. Le capitaine L. Kieffer me dit que les soldats de ma classe ne sont pas appelés. Il vise mon livret en me disant que je puis retourner à ma résidence habituelle.

M. Langlet, maire, se rend au devant de l’armée allemande à la Neuvilette (village de la banlieue de Reims). Il rentre en disant qu’il est convenu que la ville ne sera pas bombardée. Le soir, 14 uhlans se présentent à l’Hôtel de Ville et réquisitionnent pour le lendemain 3 000 rations de pain et d’avoine.

Marcel Morenco

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Paul Dupuy

Le courrier de la Champagne annonce qu’il publie ce matin son dernier numéro ayant décidé, avec ses confrères locaux de cesser toute édition pour une période indéterminée.

17 heures, Marie-Thérèse Perardel va demeurer chez ses beaux-parents 8 rue Jacquart.

Jusque 19h le canon tonne sans interruption dans les environs ; plus tard dans la soirée quelques patrouilles de uhlans sont vues en ville.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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