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Mercredi 20 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 20 mars 1918                                               

1286ème et 1284ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  La pluie. Rien à faire. Nuit mauvaise. Toujours des cauchemars. Et éveillé mes tristes pensées me reprennent et m’obsèdent. Je suis comme un corps sans âme. Je ne sais que faire, que décider. Ne voyant aucune issue à ma situation. Que faire ? Je ne puis retourner à Reims. Je ne m’en sens ni la force, ni le courage. Alors, y aller entre 2 trains ? A quoi bon ! pour y souffrir et en revenir le cœur déchiré, saignant ? C’est l’exil ! sans espoir de retour, avec toutes ses souffrances, comme si je n’avais pas assez souffert depuis 3 ans1/2 !!

6h soir  Je rentre de Vitry-la-Ville où j’ai été porter mon courrier et chercher des chicons (romaines) à planter, et…  j’ai rapporté des choux !! Je ne sais vraiment plus où j’ai la tête ! Tout en moi sommeille, et je vais comme dans un rêve !! Fatigue et découragement. Ces 50 malheureux choux à planter m’ont coûté 2 sous. Demain on fera prendre les 50 chicons à planter. Je ne sais plus que penser de mon état de santé et d’esprit ! Que vais-je devenir ? Tout autour de moi c’est le noir, le vide !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 20 – + 7°. Pluie. Violent combat de 3 h. à 5 h. (heure légale). Visite de M. Camu. Expédié deuxième lettre au Cardinal Gasparri au sujet du communiqué allemand. Visite du Colonel suisse Feyler(1) qui vient à l’improviste pour visiter la Cathédrale. On lui refusa de monter aux tours. Il déclara qui il était : on lui dit de se présenter au Général, qui lui délivra la permission de visiter tout ce qu’il voulait, pour attester dans un article donné à la presse ce qu’il avait vu. Il vient me faire visite. Donné à l’imprimeur une Lettre pastorale sur le Codex juris canonice N°… Bombardement actif et par moments très intense sur batteries ? passages, etc ? Depuis 6 h. soir jusqu’à 5 h. matin (heure vraie). Nuit très bruyante.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) La neutralité helvétique, et singulièrement celle des Suisses alémaniques, fut fort teintée de sympathie pour les Empires Centraux.

Mercredi 20 mars

Dans la région de Reims, un de nos détachements a pénétré dans les lignes ennemies sur une profondeur d’un kilomètre, détruit de nombreux abris occupés et ramené neuf prisonniers.
Après une brusque préparation d’artillerie, l’ennemi a exécuté, au nord-est de , un coup de main, qui s’est brisé sous nos feux.
Sur la rive droite de la Meuse, violente lutte d’artillerie, en particulier, dans la région de la cote 344. Pas d’action d’infanterie.
Des coups de main exécutés par les troupes anglaises vers Villers-Guislain, la Vacquerie et bois Grenier, leur ont permis de faire un certain nombre de prisonniers.
Les Portugais ont ramené des prisonniers et deux mitrailleuses à la suite d’un raid sur les tranchées allemandes, à l’est de Neuve-Chapelle. Trois tentatives de coups de main, effectuées par l’ennemi à Fleurbaix et bois Grenier, ont échoué avec pertes pour les assaillants.
Grande activité de l’artillerie allemande sur les zones avant et arrière du secteur d’Ypres.
Sur le front italien, actions d’artillerie intermittentes le long du front montagneux et dans la plaine, depuis Zenson jusqu’à la mer.
Sept avions ennemis ont été abattus: deux par les Italiens, deux par les Français et trois par les Anglais. Un dirigeable italien a bombardé les voies ferrées ennemies dans le val Lagarina.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Lundi 18 février 1918

Louis Guédet

Lundi 18 février 1918                                   

1256ème et 1254ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2  Beau temps, gelée. Le matin à Épernay, après avoir vu à mon coffre de la Banque de France (2/32) je vais à l’Enregistrement où je fais enregistrer mes contrats de mariage Landragin -Dor et Lacourt- Monce, payé quelques droits de succession. Je vais au Parquet de Reims où je confère avec le Procureur de la République pour l’ouverture des coffres-forts des Banques de Reims, et sur ces entrefaites arrivent les 2 officiers qui s’occupent de l’organisation de ces ouvertures, transports à Paris, etc…

Nous devons commencer demain au Crédit Lyonnais. Il y a 54 coffres, Dondaine comme séquestre, Landréat comme greffier de Paix arrivant demain matin. Un officier assistera à l’ouverture avec moi et à la mise encaisse. Il y a 60 caisses qui arriveront ce soir ou demain matin. On fracturera les coffres, prendra le contenu sans en faire la description, on les mettra dans une caisse de la dimension intérieure des coffres ouverts, afin qu’on puisse les remettre dans d’autres coffres semblables sans toucher aux scellés que j’aurais apposés sur chacun de ces carrés. Je devrais néanmoins m’assurer sommairement s’il n’y a pas de documents intéressant la Défense nationale ou l’intérêt publique public. Dans ce cas je m’en saisirais, mettant sous scellés et en référant au Procureur de la République ou au Président du Tribunal. Quand tous les coffres auront été ouverts et leurs contenus mis en caisses  je préviendrai le Procureur de la République afin qu’il envoie les camions militaires qui devront emporter les caisses à Paris au Crédit Lyonnais sous la surveillance du séquestre Dondaine, de 2 gendarmes et d’agents de la sûreté. Durant les cours des opérations qui devront durer au moins 5 jours (à raison de 10 ouvertures par jour) les coffres scellés seront gardés par 2 gendarmes et 2 agents de la sûreté nuit et jour. Un employé du Crédit Lyonnais assistera aux opérations. Puis quand tout sera prêt j’aviserai le Procureur et le tout partira le lendemain comme je le dis ci-dessus par camions automobiles ou chemin de fer. Je dois en décider demain avec l’autorité militaire. En tout cas, c’est moi qui donne les ordres et dirige.

Je suis du reste bien tombé d’accord avec les 2 officiers qui devront se tenir à ma disposition autour pour mener à bien cette affaire. Ensuite nous prendrons une autre Banque, Société Générale, Comptoir d’Escompte de Paris, Nancéienne, Desjardins, Chapuis et peut-être Camuset.

Nous nous quittâmes à 11h1/2. Je vois ensuite le Vice-président Bouvier pour une ouverture de testament mystique pour Dondaine (Testament veuve Herbaux d’Epoye). Nous déjeunâmes au buffet avec les témoins présents, et je pars à 3h par l’autobus pour Reims. Dans la voiture Mgr Neveux, abbé Camu curé de la Cathédrale, Camuset banquier, à qui j’apprends les mesures prévues pour les coffres afin qu’il s’en inquiète, et le papa Happillon qui était l’un des témoins du fameux testament. Il m’amuse énormément en route avec ses boutades généralement très justes et spirituelles. Voyage charmant par ce soleil printanier, si ce n’était pour se rejeter dans la fournaise. Il m’apprend qu’il y a eu des gaz vésicants place des Marchés. Des incommodités, mais rien de grave. Il me donne aussi un tuyau pour faire passer une dépêche urgente en cas de besoin par Lenoir député qui se chargerait de la faire parvenir. Arrivé ici à 5h1/2, attelé aussitôt au courrier qui m’attend. Je classe, j’organise, mais avec ces diables de coffres comment arriverai-je à rattraper mon retard. Enfin on verra. D’autant que je n’ai nullement l’intention de rester à toutes les couvertures, ce serait perdre mon temps.

Enfin à demain, on verra.

En pièce jointe un ticket vert du Service automobile Reims – Épernay, daté du lundi 18 février 1918 Épernay à Reims  Prix : 6 francs

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 18 – -3°. Beau temps. Avions, obus pendant la messe sur la ville. Retour de Mgr Neveux et de M. Camu. Dit la messe de 6 h. 1/2 sans avoir besoin de bougies, à partir de l’élévation.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 18 février

Actions d’artillerie assez vives entre la Miette et l’Aisne, sur le front du bois le Chaume et en Haute-Alsace.
Un coup de main ennemi a échoué à l’est d’Auberive; un autre, au sud de Metzeral.
Activité de combat dans les zones montagneuses du front italien.
Bombardements violents dans la région de l’Astico. Actions de patrouilles sur divers points.
Devant le Montello, des groupes de soldats anglais en exploration, ayant passé à gué la Piave, ont atteint les lignes adverses.
Dans la plaine, actions locales, luttes d’artillerie. Une patrouille italienne, sortie de la tête de pont du Capo Sile, a surpris un petit poste ennemi et ramené les armes des occupants, qui ont été tués ou mis en fuite.
En Macédoine, près du lac de Pretkovo, un détachement britannique a pénétré dans les organisations ennemies et exécuté des destructions.
Sur le front serbe, deux reconnaissances bulgares ont été repoussées.
Un raid d’avions a eu lieu sur Londres. Une bombe est tombée faisant quatre victimes.
L’alerte a été sonnée à Paris, et des tirs de barrage ont été exécutés.
La Russie proteste contre la notification allemande aux termes de laquelle les hostilités reprendraient immédiatement.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

 

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Mardi 5 février 1918

Louis Guédet

Mardi 5 février 1918

1243ème et 1241ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Temps adouci, couvert. Des bombes asphyxiantes ce matin vers 6h sur faubourg de Laon. Je finis ma valise. Courrier plutôt mince, tant mieux. A 2h je file voir ces pauvres Melle Payard et Melle Colin, au 40 de ma rue qui sont un peu remuées. Causé puis à l’Hôtel de Ville où je ne rencontre personne. Je laisse un acte à signer par Houlon, puis de là pousse aux Hospices place St Maurice voir Raïssac. En arrivant j’y trouve Guichard et Gustave Houlon. Je vois Raïssac assez affaibli, puis Guichard me propose de nous ramener à la Ville où Houlon signera ma pièce. Les schrapnels sifflent, tonnent, éclatent en route sur 2 avions. Pourvu que nous ne recevions pas d’éclaboussures.

A la Ville le Capitaine La Montagne me saute dessus en me disant : « Mon auto vous prend pour donner une signature où on vous attend. » Le temps de prendre la signature de Gustave Houlon, serrer la main du Docteur Langlet et je saute dans l’auto de la Place qui me dépose ici où ou les Contributions indirectes m’attendent pour signer une ordonnance de perquisition, requête de la Place chez un nommé Jacques, débitant, rue des Ecrevées, pour dépôt d’alcool frauduleux. Et voilà ma vie de 2h1/2 à 4h1/2. Rien d’autre de saillant. Je classe, range ce qui me reste à ranger ici et je serai paré pour demain matin. Dieu garde cette maison-ci durant mon absence et mes 2 bonnes, et Dieu me protège ainsi que mes chers aimés, femme et enfants, que je vais voir en partie demain.

6h1/2  Jacques Simon, fils de Pol Simon, Maître peintre verrier de la Cathédrale de Reims, vient de m’apporter deux petits losanges des vieux vitraux de la Cathédrale de Reims avec leurs plombs du XIIIe siècle authentiques. Ils proviennent de la Grande Nef de la 2e ou 3e travée Nord, près du chœur. Il m’a assuré que ces plombs et vitraux n’avaient certainement jamais été touchés depuis qu’ils avaient été posés par l’ouvrier du Moyen-âge qui les avait sertis dans les plombs qui les enserraient. Il y en a un bleu et un rouge. Ce dernier, me dit-il très gentiment, en l’honneur de mon ruban rouge. C’est charmant de délicate attention… Je dois taire de qui je les tiens.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 février 1918 – Réveil par un violent bombardement, commencé à 6 h et qui ne dure que sept ou huit minutes, pendant lesquelles arrivent une cinquantaine d’obus sur le quartier du faubourg de Laon, depuis le dépôt, rue de Brimontel jusque de l’autre côté de l’avenue.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 5 – + 8°. Beau temps. Nuit tranquille. A 6 h. du matin, bombes aux Trois Fontaines et Faubourg de Laon. M. Camu et M. Compant rentrent de Paris où ils ont été s’entretenir avec le… du ravitaillement des Ardennes qui allait dans les Ardennes et pouvait donner de nos nouvelles, et nous en apporter de ce pays.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 5 février

La lutte d’artillerie a pris une certaine intensité sur le front au nord de l’Aisne, dans la région du Cornillet, en Argonne et en Haute-Alsace.
Les Allemands ont tenté sur le secteur de Fresnes (nord-est de Coucy-le-Château), un coup de main que nous avons aisément repoussé.
Du 21 au 31 janvier, vingt-huit avions ont été abattus par nos pilotes.
Les Anglais ont repoussé, en infligeant des pertes à l’ennemi, un coup de main exécuté sur un de leurs petits postes, à l’est du bois du Polygone.
Leurs pilotes ont jeté quatre tonnes d’explosifs sur divers objectifs, y compris la gare et les voies de garage de Valenciennes. Ils ont, en outre, tiré plusieurs milliers de cartouches de mitrailleuses sur des formations ennemies dans les tranchées et zones arrière.
Cinq avions ennemis ont été abattus en combats aériens, et cinq autres forcés d’atterrir.
En Macédoine, les troupes britanniques ont exécuté avec succès un raid sur les tranchées bulgares, près de Sugavo.
A l’ouest du lac d’Okrida, un détachement ennemi, qui tentait d’enlever un de nos postes, a été repoussé.
L’aviation hellénique a bombardé la gare de Milepkovo, dans la vallée du Vardar.
Sur le front italien, on ne signale que des opérations secondaires.
Trévise, Padoue et Mestre, ainsi que Venise ont été bombardées par avions. On annonce des victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 19 janvier 1918

Cardinal Luçon

Samedi 19 – Nuit tranquille. + 8°. Départ de M. Camu pour Paris. Visite du Général Leroux dont la division quitte Reims et du Colonel Dehaumont. Visite du Lieutenant Colonel Rollin, du 218e(2) qui a un fils séminariste (à Berry-au-Bac). Avions, tir contre eux. Bombes sur la ville depuis 10 h. jusqu’à 4 h. par intervalles et assez rapprochés. Visite d’adieu de M. Sagaud, curé de Cuiseaux, aumônier de la Division qui part.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(2) Le 218e RI était le régiment de réserve de Pau


Samedi 19 janvier

Canonnade intermittente en quelques points du front.
Nos feux ont dispersé des détachements ennemis qui tentaient d’aborder nos lignes dans la région à 1’ouest de l’Oise.
En Champagne, deux coups de main ennemis tentés sur nos petits postes de la région des Monts sont restés sans résultat. Un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.
Sur le front britannique, aucun événement important à signaler.
En Macédoine, activité d’artillerie réciproque à l’ouest du Vardar et dans la boucle de la Cerna.
Dans la région du Skumbi, une reconnaissance ennemie à été repoussée après un combat à la grenade.
Canonnade et engagement d’infanterie sur le front italien. Dans les trois derniers jours, le chiffre des prisonniers faits par nos alliés est monté à 500 environ.
Mr Lloyd George a fait un nouveau discours devant les délégués de Trade-Unions, en insistant sur la nécessité d’accroître les effectifs militaires. Il a constaté que ni Kuhlmann ni Czernin n’avaient encore répondu à son précédent discours ou au message de M. Wilson.
Des troubles dus à la situation alimentaire ont en lieu à Vienne et dans plusieurs autres villes de l’Autriche.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Jeudi 20 décembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 20 décembre 1917

1196ème et 1194ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Aÿ  Temps froid, gris. Je pars tout à l’heure à Reims, ayant terminé mon adjudication mobilière pour Jolivet, qui a produit 17/18 000 F, c’est un beau résultat. Durant la vente, vers 3h, on annonça des avions allemands : la Ville fut de suite en révolution et mes amateurs…  s’envolèrent comme une volée de moineaux !!… En une seconde je me suis trouvé seul avec Dondaine !! si vous les aviez vus galoper, tomber, trébucher…  c’était hilarant. Enfin quand l’alerte eut cessé, mes oiseaux revinrent un à un en tendant le cou…  comme des oies ou des dindons qui s’assurent que l’objet de leur peur est disparu, et je continuais reprenais ma vente. Fini à 4h. Je filais aussitôt voir M. Girard-Amiot pour causer de la Société Perrier-Jouët dans laquelle il entre comme gérant avec les fils de mon ami Mareschal comme actionnaires pour un million (500 000 F chacun). Repris le tramway C.B.R. à 7h. Dîné avec M. Lechenet, juge de Paix de Bourgogne. Très original et contant de curieuses histoires. Couché à 9h1/2. Il faisait très froid. Ce matin temps gris, couvert de neige dans le ciel. J’attends Charles Heidsieck et je pense partir d’ici pour Épernay vers 10h1/2, aller au Crédit Lyonnais et déjeuner en attendant l’autobus de Reims.

8h1/2 soir  Pas de voiture à Aÿ. Pas de Charles Heidsieck, je pars à 10h1/4 pour Épernay à pied. Eté Crédit Lyonnais…  Banque de France. Revenu à la Gare, où je trouve Bertin, de Cumières, mon camarade de classe. (Rayé) ! Je vais au buffet où je déjeune avec Girard et Charles Heidsieck. Vois Faupin avoué à Reims (rayé) ! et (rayé) ! le Père Desbuquois qui doit venir me voir samedi matin. Nous voyageons dans la brume et le brouillard avec le tapis de neige sur la plaine et la campagne. Ici rien de saillant, sauf organisation de l’ouverture des coffres-forts pour samedi. Lepage « rouspète » parait-il !… Nous verrons… Courrier abattu en 5 secondes. Bref pas beaucoup de retard heureusement !! mais du travail. Je vais me coucher, je suis éreinté.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 20 – 0°. Nuit tranquille, sauf quelques coups de fusil et mitrailleu­ses. Temps couvert. Retour de M. Camu qui est allé à Tours visiter les réfu­giés. Promis à M. Humbert, aumônier au 5e Cuirassiers à pied(1), 3e (ou 5e) bataillon, visite aux soldats à Mailly.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Les régiments de cuirassiers, qui n’avaient plus leur place en tant que tels sur un champ de bataille, ont été transformés en régiments de cuirassiers à pied, rassemblés au sein d’une division et combattant en tant que fantassins.

Jeudi 20 décembre

L’artillerie ennemie, contre-battue efficacement par la nôtre, a bombardé nos premières lignes au sud de Juvincourt et en Argonne, au Four-de-Paris.
Sur ce dernier point, l’ennemi, qui tentait d’aborder nos positions, a été repoussé à deux reprises avec des pertes.
En Woëvre, un coup de main allemand sur nos tranchées, devant Regnéville, a échoué sous nos feux.
En Lorraine, nos patrouilles ont fait des prisonniers, dont un officier dans les secteurs de Flirey et de Nauroy.
Canonnade à l’Hartmannswillerkopf et au Schoenholz.
Des avions allemands ont lancé une cinquantaine de bombes dans la région de Dunkerque.
Une incursion de gothas a eu lieu sur Londres. On compte 80 victimes dont 10 morts. Un des gothas a été abattu.
Sur le front anglais, des reconnaissances ennemies ont été arrêtées dans le secteur de Passchendaele. Des prisonniers ont été capturés.
Sur le front italien, les Austro-Allemands ont attaqué à nouveau sur une large étendue, dans la zone montagneuse. Ils n’ont remporté que de légers avantages et ont subi de fortes pertes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Jeudi 7 juin 1917

Louis Guédet

Jeudi 7 juin 1917

999ème et 997ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Pluie d’orage hier soir. Nuit à peu près calme, chaleur torride qui tournera nécessairement à l’orage. Vu à l’École Professionnelle (Poste, sous-préfecture, etc…) Beauvais et Houlon qui jugeaient les allocations militaires en commission cantonale. Nous avons causé. Du Dr Simon, de son départ que n’approuve pas Houlon ni Beauvais. Il a eu tort de claquer les portes, car on lui resservira à satiété que s’il était resté à Reims jusque là, ce n’était nullement par devoir, pour la Ville de Reims ses concitoyens, mais uniquement…  pour la décoration. A cela il ne pourra rien répondre. Je le regrette pour lui bien sincèrement, car il s’est réellement dévoué ! sacrifié et exposé ! A sa place, j’aurais eu le « Sourire », j’aurais tenu jusqu’au bout, sauf à la fin de la Guerre d’avoir dit et dire leur fait à nos radins socialistes à Valeurs (rayé) rouges !…  qui eux font fleurir à foison leurs boutonnières. Ils m’ont appris que nos troupes d’infanterie avaient été relevées par la 12ème Division de cavalerie, c’est indiquer que notre secteur de Reims va retomber dans le marasme d’antan. C’est l’ensevelissement définitif de Reims !

Hélas !… Comme conséquence nos galonnards de la Place relèvent la tête, leurs « hannetons » recommencent à s’agiter pour embêter et molester le civil. Maintenant que les allemands ne (rayé). Ce matin a paru dans l’Éclaireur une décision de la Place (tiens, elle se réveille et sort de son abri blindé ou de sa cave de toute sûreté) qui enjoint, à partir du 31 mai 1917, aux Hippomobiles de marcher au pas dans les rues de Reims, aux motos et automobiles une allure de 15 kilomètres à l’heure, et « Ne pas entrer dans le jardin ni laisser stationner le véhicule dans le susdit jardin ! » – « Ne pas sortir quand des avions survolent la ville », etc…  etc… (Rayé). Il devrait également afficher : « Quand çà bombarde, les personnes qui se trouvent dans le bureau de la Place sont priées de ne pas faire dans leurs culottes (rayé), le (rayé) Commandant de place s’en charge pour tout le monde ». (Rayé). Quand donc serons-nous débarrassés de cette (rayé)!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 juin 1917

La remise du service du mont-de-piété m’est faite, dans la matinée, par M. Fréville, receveur des Finances, dans ses bureaux, avenue de Paris, 60.

En temps normal, pareille formalité comporte une vérification des écritures et des valeurs, en présence du receveur sortant. Comme en fait, il ne m’est remis que des ruines, sans aucune en­caisse, le tout se borne à la signature d’un procès-verbal en date de ce jour, reproduisant uniquement la balance des écritures arrêtée au dernier jour du fonctionnement des services (3 septembre 1914) sans qu’il ait pu être tenu compte, jusqu’alors, du bouleversement complet apporté dans cette situation par l’incendie du 19 même mois. Et c’est seulement maintenant, après avoir été nommé par arrêté préfectoral du 31 août 1916, que je suis autorisé à faire des opérations, quand le conseil d’administration aura pris les déci­sions qui s’imposent. Mais, dans la situation actuelle de Reims, quand sera-t-il regroupé ?

Je sais cependant que je puis déjà travailler très utilement de mon côté et je me propose de commencer sans tarder.

— Bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 7 – + 19°. Nuit tranquille sauf quelques coups de canons et mi­trailleuses au loin, vers l’est. Dès le matin, aéroplanes allemands, tir contre eux. M. Camu et Mgr Neveux vont à Villedommange. Visite avec M. Compant, rue d’Alsace-Lorraine. Nous descendons de voiture à la Biblio­thèque municipale ; nous allons à pieds par rue Croix Saint-Marc, nous traversons un terrain vague, désert, hérissé de fer barbelés. Rue d’Alsace, nous trouvons la maison où nous allions, inhabitée ; toute la place est cou­verte des vêtements arrachés des armoires par les pillards 25, rue de Metz (?) Un soldat nous indique une maison où il y a trois femmes, nous y allons. Il s’agissait de dire à une femme qui m’avait fait écrire à l’office du Vatican pour renseignements sur les disparus, que sa fille et son gendre habitaient Constantinople, telle rue, tel numéro. Cette pauvre femme avait quitté Reims lors des bombardements d’avril. Nous voulions avoir son adresse. Les fem­mes nous dirent que son frère habitait à la Haubette, et vinrent deux jours après nous apporter l’adresse de cette dame qui était réfugiée en Saône-et-Loire. Je lui écrivis, tout heureux de lui dire que son gendre et sa fille était vivants et de lui donner leur adresse avec la lettre de l’office du Vatican, portant les armes du Saint-Siège. Au retour dans la rue Robert de Coucy, pendant que nous réglons le cocher, un obus éclate au-dessus de nous et tombe sur la corniche de l’hôtel du Commerce ; il projette des pierres entre les jambes du cheval qui s’emballe, le chapeau du cocher est emporté par le vent. Comme nous revenions, un 2e obus tomba pendant que nous étions rue du Cloître (au grand effroi d’une dame pour nous, et qui pourtant cou­rait le même danger que nous) blottis le long du mur d’une maison ; le 3e comme nous entrons au secrétariat. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims


Jeudi 7 Juin… début de la bataille de Messines

Durant la dernière nuit, lutte d’artillerie d’une grande intensité à l’est de Vauxaillon, au nord du moulin de Laffaux, et sur toute la région au nord-ouest de Braye-en-Laonnois.

Vers Hurtebise, après un vif bombardement, les Allemands lancèrent deux vagues d’assaut sur nos positions au nord-est du Monument. Les assaillants ont été rejetés dans leurs tranchées de départ, après un combat violent où nos soldats ont infligé de fortes pertes a l’ennemi. Notre ligne a été intégralement maintenue.

Dans la matinée, les Allemands ont prononcé d’autres attaques entre l’Ailette et la route de Laon et au nord-ouest de Braye-en-Laonnois. Deux tentatives sur le bois du Mortier, au nord de Vauxaillon, ont été brisées immédiatement.

Les Allemands ont concentré leurs efforts au nord du chemin des Dames où ils ont attaqué sur le front le Panthéon-ferme la Royère. L’attaque ennemie a été repoussée dans son ensemble et n’a pu aborder nos lignes qu’en un seul point, au sud de Filain, dans notre saillant des Bovettes.

Les Anglais ont effectué une légère avance au sud de la Souchez. Ils ont occupé l’usine électrique de cette région.

Ils ont fait 75 prisonniers près d’Ypres.

Au cours d’un combat naval, une de leurs flottilles, a coulé un destroyer allemand.

Un raid d’avions allemands a eu lieu à l’estuaire de la Tamise. Deux des appareils ont été abattus.

Des bâtiments de guerre américains ont mouillé sur nos côtes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 25 janvier 1917

Cirque Palace, Dijon

Louis Guédet

Jeudi 25 janvier 1917

866ème et 864ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours même temps froid et glacial, mais avec tension à baisser. On s’est battu toute la nuit. Contrairement à hier le canon a peu tonné devant et autour de Reims. Toujours les faux-bruits, cela risque de tourner à la panique. C’est idiot ce qu’on raconte. Été à l’Enregistrement ce matin, mon vieux clerc étant souffrant, il reviendra lundi parait-il, mais cela me retarde. Enfin aux réquisitions militaires à 2h1/2, séance banale…  Toujours des entêtés. Il vaut mieux ne pas discuter avec eux. Un autre qui se fait remettre de 8 jours en 8 jours. Bref Payen a déclaré qu’il lui donnerait un dernier délai en le convoquant pour le 1er février, et que l’affaire serait classée s’il ne venait pas. C’est la peur ! rien d’autre chose ! En tout cas je le raserai jeudi prochain. Le sous-Intendant me disait qu’il y avait quantité de troupes massées autour de Reims, Épernay et la région. Attendons ! Je suis si las que je n’ai plus la force de me tourmenter. Je tiens si peu à la vie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 25 – Nuit tranquille sauf canonnades entre 10 et 11 h. (supra ). – 9°. La neige ne fond pas. Donné mon Mandement à l’imprimeur. Écrit à Rome pour Saintes-Huiles. Celles consacrées en 1915 n’ayant pu être distribuées ni consommées, permission de s’en servir demandée. Canonnade de 14 h. à 15h. Visite à la Visitation. Retour de M. Compant qui est allé voir les Carmélites à Dijon dont il était le Supérieur, et de M. Camu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Cirque Palace, Dijon

Cirque Palace, Dijon


Jeudi 25 janvier

Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction sur les tranchées ennemies de Moulins-sous-Touvent et au nord-est de la cote 304. Lutte d’artillerie assez violente dans le secteur du bois des Caurières. Deux coups de main allemands, dirigés, l’un sur nos lignes dans le secteur de Missy (est de Soissons}, l’autre aux Eparges, ont échoué. Nous avons fait des prisonniers.
Un avion allemand a été abattu dans nos lignes, aux environs de Vauxcéré (Aisne}.
Vives actions réciproques d’artillerie dans les régions de Dixmude et de Steenstraete-Hetsas. Les batteries belges ont canonné avec succès les positions ennemies au nord-est de Boesinghe.
Sur le front d’Orient, abondantes chutes de neige.
Lutte d’artillerie assez vive, en particulier dans le secteur tenu par les troupes italiennes et dans la région de Guevgeli.
Une action russe dans la région de Slavavina a permis de faire des prisonniers.
Une attaque autrichienne a été repoussée par les Italiens près de Gorizia.
Les Russes ont dû reculer de 2 kilomètres environ devant les Allemands, sur l’Aa. Ils ont tenu bon près d’Illoukst, et ont dispersé des forces ennemies dans la région de Jesupol.
Sur le Danube, en face de Tulcea, un bataillon bulgare, qui avait franchi la branche Saint-Georges, a été détruit par nos alliés, qui ont fait 337 prisonniers et n’ont eu qu’un tué.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 9 janvier 1916

Cote 108

Louis Guédet

Dimanche 9 janvier 1916

484ème et 482ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  journée calme, froide et couverte. Sorti juste pour la messe, et fait ma correspondance. Je suis au bout. Demain je verrai aux actes à faire faire par M. Millet. Voilà tout l’intéressant. Vu Charles Heidsieck pour mon affaire Monopole Heidsieck et Schülz : cela va bien mais il a acquis la preuve que Heidsieck Monopole avait continué à faire des affaires avec les allemands et que le Procureur Général avait « tiqué » fort là-dessus. C’est la raison de tout ce « raffut » qui nous a bien tourmenté tous les deux, surtout pour les pauvres Schulz. A son avis ceux-ci ne seront probablement pas inquiétés.

Absence du feuillet 284 et du haut du feuillet 285.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 9 – Nuit calme, sauf par moments, gros coups de canon, par exemple hier soir samedi vers 9 h. Journée du 9 tranquille. Vêpres à Ste-Geneviève ; fête patronale ; procession de la Chasse ; panégyrique par M. Camu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume

Dimanche 9 janvier

Notre artillerie a fait des tirs efficaces sur plusieurs points du front. Elle a détruit une coupole cuirassée au sud d’Arras. Au nord de l’Aisne (Berry-au-Bac, cote 108), nous avons endommagé des tranchées allemandes. Nous avons provoqué là deux fortes explosions.
Deux blockhaus allemands ont été démolis à l’est de Saint-Mihiel.
L’ennemi ayant dirigé un violent bombardement, a attaqué nos positions de l’Hartmannswillerkopf (Alsace) entre le Rehfelsen et l’Hirzstein. Il a été refoulé sur toute la ligne, laissant entre nos mains des prisonniers et une mitrailleuse.
Vive canonnade, sur le front belge, dans le secteur de Steenstraete.
Aux Dardanelles, notre artillerie lourde a bombardé les batteries turques de la côte d’Asie. Nous avons brisé une attaque d’infanterie ennemie.
Les Russes ont progressé dans la région du Styr.
Les Monténégrins résistent avec énergie aux attaques autrichiennes sur leurs frontières nord.
Les consuls arrêtés à Salonique sont arrivés à Toulon.
Des détachements alliés ont capturé dans l’île de Mitylène, près de la côte d’Asie les agents consulaires d’Allemagne et d’Autriche, ainsi que plusieurs personnes suspectes.


Cote 108

Cote 108 – Berry-au-Bac

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Mercredi 22 décembre 1915

Le Courrier du 22 décembre 1915

Louis Guédet

Mercredi 22 décembre 1915

466ème et 464ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  mauvais temps. Allocations militaires, sorties et insolences cet imbécile de (rayé). Surchargé de besogne. Après-midi été à l’intendance militaire où j’ai été reçu, comme de droit, comme un chien dans un jeu de quille…  d’embusqués. Relevé tout ce monde-là d’importance (Action de noter des observations ou des mesures). Je les attends. (Rayé) et autres embusqués rémois. Gare à l’application de la loi Dalbiez (loi assurant la juste répartition et une meilleure utilisation des hommes mobilisés et mobilisables) s’ils osent m’attaquer…  Non ! Ils sont trop bien rive gauche de la Vesle !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

22 décembre 1915. Aujourd’hui, Le Courrier de la Champagne a un article, en chronique locale, de deux colonnes supprimé par la censure, qui n’en a même pas laissé le titre, ainsi que cela est arrivé quelque­fois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 22 – Nuit tranquille en ville. Autour quelques coups de fusils. Visite du Père Pfisger, de M. Houlon, le Tertiaire.

Parlé à M. Camu au sujet de la cure de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 22 décembre

Le mauvais temps qui sévit généralement a gêné les opérations.
En Belgique et entre Soissons et Reims, nous avons bombardé des tranchées et dispersé des convois ennemis.
En Champagne, nous canonnons les ouvrages allemands de la butte du Mesnil.
Nous avons opéré un tir de destruction efficace sur un saillant du Haut-de-Rieupt, près de Pont-à-Mousson.
A l’Hartmannswillerkopf (Vosges d’Alsace), après une bonne préparation d’artillerie, nous avons déclenché une attaque d’infanterie. Nous avons occupé une bonne partie des ouvrages ennemis et fait des prisonniers.
Les Belges ont détruit par leurs obus un blockhaus construit dans la digue même de l’Yser. Ils ont atteint les cantonnements d’Eessen et de Clercken.
M. Asquith a annoncé aux Communes le rembarquement des troupes anglaises de Suvla (presqu’île de Gallipoli). Il n’y a eu que trois blessés.
Les élections grecques ont été un succès pour M. Venizelos, qui avait recommandé l’abstention. Un tiers seulement des électeurs ont voté. L’Allemagne et l’Autriche ont adressé des réponses évasives à la Grèce, qui leur demandait d’interdire aux Bulgares d’entrer sur son territoire. La Bulgarie elle-même menace le cabinet d’Athènes.
Prévoyant la rupture, les consuls austro-hongrois en Amérique se préparent à partir.
M. Asquith a demandé au Parlement anglais d’autoriser la levée supplémentaire d’un million d’hommes. Après un discours favorable d’un député ouvrier et un discours contraire du député irlandais Redmond, il a obtenu gain de cause.
Une flotte russe a bombardé le port de Varna, sur la mer Noire.
Le Reichstag a adopté les crédits de guerre de 12 milliards et demi. La minorité socialiste a voté contre.

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Jeudi 11 novembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 11 novembre 1915

Toujours le silence. Journée froide, glaciale. Audience de réquisitions militaires avec le sous-intendant Racine qui a causé avec M. de Bruignac, Dupont-Nouvion avocat, et le Président Hù qui venait avec le sous-préfet pour visiter la ville.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit silencieuse, journée tranquille. Aéroplanes français ; on ne tire pas sur eux. Visite à Mencière. Donné un chapelet à une infirmière qui m’en avait demandé un. Visite du nouveau Général Cartens, et de son Chef d’État-major. Visite à Sainte-Clotilde, à M. le curé de Sainte-Gene­viève. Visite de M. Parmentier, aumônier militaire. Retour de M. Camu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

En Belgique, notre artillerie a exécuté sur les organisations allemandes de la région des Dunes et du secteur de Boesinghe, un bombardement systématique.
En Artois, nos tirs de barrage ont arrêté une attaque ennemie dans le bois de Givenchy.
En Champagne, après un violent bombardement, l’ennemi a tenté deux assauts contre nos positions de la butte de Tahure. Le premier, immédiatement arrêté, n’a pu aborder nos tranchées. Le second, après y avoir pénétré sur un point, a été rejeté par une contre-attaque.
Combats de bombes et de grenades en Argonne orientale (Vauquois, Malancourt).
Entre Meuse et Moselle, nos batteries ont riposté à la canonnade ennemie et dispersé une colonne d’infanterie en marche.
Les Russes progressent sensiblement en Courlande, aux alentours de Mitau.
Les Italiens ont poursuivi leur cheminement dans le haut Cordevole.
Les Serbes ont accentué leurs succès dans le massif de Babouna. La situation apparaît satisfaisante sur le front franco-anglais de Stroumitza.
Les sous-marins allemands ont fait de nouvelles victimes
en Méditerranée et dans la mer du Nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 25 août 1915

Louis Guédet

Du Mercredi 25 août 1915, 346ème et 344ème jours de bataille et de bombardement

Au Mercredi 8 septembre 1915, 361ème et 359ème jours de bataille et de bombardement

St Martin aux Champs

Et le Jeudi 9 septembre 1915, 362ème et 360ème jours de bataille et de bombardement

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dans le courant de l’après-midi, vers 17 heures, un aéroplane jette trois bombes sur Reims et quelques instants après, deux rafales d’obus s’abattent encore sur le centre de la ville.

– A 18 h 1/2, une démonstration de notre artillerie, qui acquiert de suite la pleine intensité, avec le bruit dominant des gros calibre, commence. C’est un vacarme assourdissant un très court moment d’accalmie se produit, les Boches ripostent instantanément ; leur tir aussi est rapide et durant trois heures quart d’heure, ce ne sont que claquements des 75, détonations de départ des 120 ou des 155, sifflements et explosions d’arrivées. Il y aurait de quoi affoler absolument quiconque ne serait pas accoutumé à entendre pareille cacophonies de coups de canon.

Au cours de ce véritable duel, les obus sont tombés nombreux en bien des endroits du centre, notamment aux environs de la place Royale

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 25 – Nuit tranquille avec grosses canonnades à 9 h. 1/2. Visite de M. de Vogué, de l’Académie Française, accompagné de neuf ou dix per­sonnages. Je leur explique mes vues sur l’intérêt qu’il y aurait pour le bon renom de la France, devant les Étrangers qui viennent déjà visiter Reims, à rendre à l’archevêque après la guerre, la demeure traditionnelle des successeurs de S. Remi. Bombes à 5 h. 1/2. M. Fernand Laudet m’a apporté le titre de «Président d’Honneur de la Croix-Rouge», offert à moi par le Comité. Il était accompagné par M. le Marquis de Vogué, de MM. Delan, Houlon, Farre et un autre. Premier numéro de la Revue rémo-ardennaise, dont M. Camu fut l’initiateur et fut le rédacteur.

A 5 h. 3/4, visite du Colonel Colas m’avertissant d’une canonnade pour 4 h. 1/2-6 h. 1/2. Canonnade française très violente ; riposte des Allemands : tout fait à 7 h. 5 m.. Un homme est tué sur son bateau, au Canal.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Actions d’artillerie en Belgique (Boesinghe); en Artois (nord d’Arras), entre Somme et Oise.
L’ennemi a lancé quelques obus sur Montdidier, mais notre artillerie a fait cesser son tir.
En Champagne (Perthes-Beauséjour) et en Argonne, lutte continuelle à coups de grenades et de bombes avec intervention des artilleries de divers calibres.
Une escadrille de sept avions a bombardé, dans la nuit du 23 au 24, les gares de Tergnier et de Noyon, lançant plus de 80 projectiles. Plusieurs incendies ont éclaté dans la gare de Tergnier. Tous les avions sont rentrés.
Le nombre des navires que les Allemands ont perdus en Baltique monte maintenant à douze : à la liste précédente s’ajoute un croiseur auxiliaire.
Sur le front oriental, la bataille continue à faire rage.
Les Italiens ont repoussé une série d’attaques ennemies sur le Cordevole et autour de Tolinino.
Une flotte anglaise a bombardé Zeebrugge.
La Chambre serbe a décidé, après avoir délibéré en séance secrète, d’approuver la politique de M.Pachitch, en ce qui concerne les négociations avec la Quadruple Entente et les concessions à faire à la Bulgarie.
Le comte Bernstorf, ambassadeur d’Allemagne, demande aux États-Unis de surseoir à toute décision au sujet de l
‘Arabic.

Source : La guerre au jour le jour

Soldat à Perthes

Soldat à Perthes

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Lundi 9 août 1915

Louis Guédet

Lundi 9 août 1915

331ème et 329ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit de bombardement. Des victimes, peu de repos, journée lourde, orageuse, température de plomb. A-t-on bombardé ou non ? Je ne sais ayant été fort occupé ! Révisions et examens de mes 164 dossiers de simple police pour demain, visite de mes justiciables, actes à faire signer, correspondance, etc…  En résumé j’étais bien fatigué et bien découragé à 5h du soir. Reposé un peu et après-midi repris ma place à l’écritoire. Répondu à M. Delaunay juge d’instruction, me recommandant comme gardien des scellés son greffier, que je serais heureux de répondre à sa charitable sollicitation. Dans sa lettre il me donne du : « Juge de Paix et cher Collègue ! »  :)-

J’avoue que je ne suis guère habitué, accoutumé à cette musique là, surtout de la part d’un juge d’instruction et parce que notaire quoique juge de Paix intérimaire pour la durée de la Guerre ! Eh ! quoi ? Je deviendrais quelqu’un ? Quelque chose ? Je me garde de le croire, de le penser même, je faisais bien tranquillement ce que je crois être mon Devoir, rien de plus. Et ma foi ! que Reims soit dégagé tout de suite et je retournerai…  comme Scipion (?) (Il s’agit en fait du dictateur romain Cincinnatus)…  à mes bœufs.

Oh ! oui ! me retrouver avec les miens, mes amis, et enfin jouir d’eux loin de tout luxe, de toute vie mondaine fiévreuse et…  continuer à faire mon devoir pour les autres et pour moi-même.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Couché au sous-sol, canonnade et bombes en ville, mais loin de nous de 2 h. à 3 h.

Voyage à Trigny avec M. Camu. Service à 10 h. 1/2, quatre généraux présents, pour les soldats. Belle assistance militaire.

Visite du Général Guillaumat(1) qui seul est venu me voir au presbytère.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

200px-Adolphe_Guillaumat_1921(1) Général Guillaumat, commande en 1915 le 1er Corps d’Armée (Ve Armée) au Nord de Reims. Il est à Verdun en 1916 puis sur la Somme. En 1917 il remplace le général Sarrail à l’armée d’Orient. En juin 1918 il est gouverneur militaire de Paris, en octobre il libère Charleville à la tête de la Ve Armée.


 


Lundi 9 août

Actions d’artillerie en Belgique, près de Steenstraete, en Artois, sur le front de Santerre, dans la vallée de l’Aisne, où Soissons est bombardée.
En Argonne, les Allemands avaient réussi à pénétrer dans un de nos saillants, près de Fontaine-Houyette. Ils en ont été chassés et ne se sont maintenus que dans un poste d’écoute en avant de notre première ligne. A la Fille-Morte, ils ont pris pied dans une de nos tranchées, mais n’en ont pu garder que trente mètres. Activité d’artillerie en Woëvre, dans la région de Flirey et du bois Le Prêtre.
Dans les Vosges, plusieurs attaques ennemies ont été brisées au Lingekopf, au Schratzmaennele et au col qui sépare ces deux sommets. Les Allemands ont subi là de lourdes pertes.
Les Italiens ont bombardé Rovereto, entre Ala et Trente. Ils ont, une fois de plus constaté la présence de troupes allemandes dans le Tyrol.
Hindenburg se livre à des attaques furieuses contre Kovno et Ossovietz. Les Russes résistent toujours en vigueur.
La Roumanie a mobilisé de nouvelles classes de réserve.
On reparle d’une dissolution de la Chambre grecque.
L’Amérique a remis à l’Allemagne de nouvelles protestations contre sa politique n
avale.

Source : La guerre au jour le jour


 

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Collection : Patrick Nerisson

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Dimanche 8 août 1915

Louis Guédet

Dimanche 8 août 1915

330ème et 328ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Nuit assez tranquille, le temps à l’air de se remettre au beau. Je suis malade. Je ne sais ce que j’ai mais pas d’appétit et lassitude telle que je suis resté au lit jusqu’à maintenant. Je fais un effort pour me lever et écrire ces quelques lignes. L’ennui, la lassitude, le découragement, tout enfin. L’épreuve est trop longue et trop dure.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

La nouvelle que j’attendais impatiemment, d’une naissance augmentant ma famille, venant de ma parvenir, je fais l’impossible pour partir immédiatement à Épernay, car j’ai naturellement hâte d’aller embrasser notre petite Antoinette Jeanne, née le 4 et passer quelques instants, si courts soient-ils, auprès de sa mère et de ses frères et sœur.

Arrivé le 8, vers midi, par Dormans, je suis de retour le 9, à 19h 1/2, après être descendu du CBR à Pargny.

Voyage beaucoup trop court, que j’espère être à même de recommencer bientôt avec un séjour plus prolongé, cette fois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 8 – Nuit tranquille, canonnade sourde, très lointaine toute la nuit. Canon toute la journée vers Brimont. Quelques bombes sur la ville. Visite à Villedommange, aux prêtres-soldats, au presbytère et à tous les fidèles, à l’église avec M. Camu. Rencontre en route du Colonel Colas. Entré chez M. le curé des Mesneux et chez M. l’abbé Philippart.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Et pendant ce temps là, les poilus pendant une permission à Château-Thierry: Photographie : Louis Corré - Source : Gérard Corré

Et pendant ce temps là, les poilus pendant une permission à Château-Thierry: Photographie : Louis Corré – Source : Gérard Corré


Dimanche 8 août

Actions d’artillerie en Artois, autour de Souchez et de Roclincourt; entre Somme et Oise, entre Oise et Aisne, au plateau de Nouvion.
En Argonne, combat à la côte 213. Les Allemands sont deux fois repoussés; ils sont également chassés d’une tranchée où ils avaient pris pied.
Dans la forêt d’Apremont, bombardement intense.
Dans les Vosges, l’ennemi canonne le Linge et le Schratzmaennele. Sur ce dernier point, il a prononcé une attaque que nos tirs de barrage ont arrêtée. Une autre offensive a été rejetée à la baïonnette.
Les Italiens avancent autour de Goritz, que les Autrichiens évacuent progressivement.
Les Russes continuent à se battre avec vaillance autour de Varsovie.
On annonce que les Allemands envoient des quantités de troupes vers le front occidental.
L’Italie a adressé une nouvelle demande d’explications à la Tu
rquie.

Source : La guerre au jour le jour

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Vendredi 6 août 1915

Louis Guédet

Vendredi 6 août 1915

328ème et 326ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit calme, journée de même, à part le bruit formidable de quelques torpilles lancées cet après-midi ! Temps lourd et orageux, fort déprimant. Passé ma journée à écrire et à recevoir pas mal de monde pour actes et justice de Paix. Je suis fort triste…  et de plus en plus à cause de ma pauvre femme dont les lettres sont navrantes de tristesse. Pourrons-nous encore résister longtemps à ces épreuves, c’est trop pour les mêmes épaules !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à Rœderer avec M. Camu. Reçu une lettre du Général d’Urbal (1). Visite du Père Dargentin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Général d’Urbal. Ce cavalier d’origine a commandé devant Arras en octobre 1914 n corps d’armée provisoire, puis le 33e Corps d’Armée, puis la VIIIE Armée devant Ypres en novembre, enfin il sera à la tête de la Xe Armée en Artois pendant le offensives de mai et de septembre 1915


 Juliette Breyer

Vendredi 6 Août 1915. On fait des travaux de défense tout autour de la ville. Si tu voyais, surtout chez Pommery… On y a installé aussi un poste téléphonique. Nous sommes entourés de canons. Le jour où l’attaque sur Reims va reprendre, qu’est-ce que nous entendrons !

Que ce soit vivement et que je te retrouve.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Collection : Michel Verdelet


Vendredi 6 août

Grandes séances à la Chambre et au Sénat français, où a été lu le message du Président de la République, pour l’anniversaire de la guerre. MM. Deschanel et Dubost ont également prononcé des discours.
Combats d’artillerie en Artois, autour de Souchez, et à Tracy-le-Val et Vailly (vallée de l’Aisne); fusillade et jets de bombes en Argonne; attaque allemande enrayée sur les Hauts-de-Meuse, au Bois Haut; bombardement en forêt d’Apremont. Combats acharnés dans les Vosges, le long de la Fecht (Lingekopf, Schratzmaennele, etc.). L’ennemi est chassé d’un de nos blockhaus dont il s’était momentanément emparé : il subit de grosses pertes.
Le bruit court que les Allemands sont entrés dans Varsovie, mais le communiqué russe ne fait pas mention de cette opération. Il signale, par contre, un très gros échec infligé aux ennemis sur la rive droite de la Wieprz.
D’éloquents discours ont été prononcés en Angleterre, à propos de l’anniversaire de la guerre, en particulier par M. Balfour, premier lord de l’amirauté.
Les Autrichiens sont encore une fois repoussés dans le Carso devant le Monte Sei Busi.
Des télégrammes sont échangés entre le roi d’Angleterre et M. Poinc
aré.

Source : La guerre au jour le jour

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Jeudi 5 août 1915

Louise Dény Pierson

5 août 1915 ·

Au début du mois d’août, ma sœur est avisée que son mari va bénéficier d’une permission de 6 jours, ce sont les premières que les poilus du front vont avoir depuis le début de la guerre ! Mais par une bizarrerie du règlement, les permissionnaires ne peuvent la passer dans la zone des combats.
Heureusement les beaux-parents de ma sœur ont des parents à Saint Mard-les-Rouffy qui s’offrent à nous recevoir tous. J’y vais avec toute la famille, 8 personnes, mais la permission est retardée… Je reviens à Reims avec mon père et ma mère, sans avoir vu mon beau-frère.
Ma sœur, ses filles et ses beaux parents restent à Saint Mard jusqu’à l’arrivée tant attendue du permissionnaire, après cette rencontre, personne ne le reverra…. jamais plus !
>> Sur cette photo (prise à l’occasion de cette permission), on voit ma sœur Émilienne, son mari et leurs deux filles

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes debout et enfant
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 5 août 1915

327ème et 325ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Aujourd’hui calme, temps orageux lourd. Travaillé à mettre tout mon retard et mon courrier à jour. Vu le Procureur qui est bien las ! au point de vue espoir, mais qui fait toujours face à l’Ennemi, nous sommes d’ailleurs d’accord sur ce point ! Tenir quand même ! C’est le Devoir.

Parmi toutes les lettres reçues, Dagonet mon vieux camarade de classe et ami de 40 ans m’annonce que je fais partie d’une liste de futurs décorés civils après la Guerre avec la certitude d’être parmi les élus. « Quelle sera la couleur ? me dit-il ? » – « Attend !! » Peu m’importe car le Devoir accompli n’a pas de couleur. Toutefois je préfèrerais la Croix de Guerre pour que l’on sache bien que le ruban que je porterai aura été cueilli sous le feu, sur le front. La Légion d’Honneur serait certes, plus belle mais je craindrais que l’on croit que civil je l’ai gagnée pour services…  politiques…  par…  platitudes ! Non, j’aimerais mieux n’en jamais porter ! plutôt qu’on crût cela. Bref la Croix de Guerre ! serait de mon choix parce que…  non achetée ! Tout plutôt que cela et plutôt ne jamais à avoir à découdre ma boutonnière gauche pour y mettre un ruban…  douteux, c’est-à-dire qu’on pourrait croire que je l’aurai reçu avant ou après la Guerre ! Je la veux pour Faits de Guerre sinon…  rien ! J’aurai le Devoir accompli pour moi.

Une décoration ne doit pas être mendiée, elle doit être donnée pure, loyale et sous le feu, sur le front, de façon que mes enfants ne puissent jamais en rougir. Et qu’ils sachent que le vieux sang de leur Père qui eut tant aimé avoir comme vos aïeux toujours une épée au côté, tenue claire et fière, tranchante et souple, brillante comme un éclair, mais qui veut tout au moins que sa plume ait la même noblesse, puisque ce sera par ma plume et ma prose que j’aurai gagné cette décoration devant l’Ennemi sous le feu quotidien, sur le front.

A Dieu Vat !  Momo !

Pour mes aimés chéris, mon vieux noble Père et ma tendre aimée Madeleine. Quoiqu’elle en dise !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf trois ou quatre bordées de gros canons ou bombes. Visite à S. J.B. de la Salle avec M. Camu : rue d’Alsace-Lorraine, de Cernay, de Jean de La Fontaine (50 enfants sont préparés à la lère Com­munion par M. Dardenne).

Visite aux enfants du catéchisme en retraite de lère Communion. Vers 9 h. du matin, aéroplane français, sur lequel tirent les Allemands. Vu à 17 h. des éclats des obus tirés contre les aéros ce matin même ; départ des hirondelles dans les premiers jours d’août, comme en 1914.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 5 août

Combats à la grenade, en Artois, près du château de Carleul. Lutte assez vive en Argonne. Les Allemands ont prononcé deux attaques : l’une entre la cote 213 et la Fontaine-au Charmes, l’autre à Marie-Thérèse. Ils ont été partout repoussés. Fusillade au Four-de-Paris et à la Haute-Chevauchée. Combats à coups de grenades et de pétards dans les Vosges, au Linge et au Schratzmaennele. Au Barrenkopf, nous repoussons une attaque ennemie.
Les Italiens ont refoulé, en Carnie, une nouvelle offensive contre le Monte Medatta. Dans le Carso, ils ont brisé également une offensive autrichienne au Monte Sei Busi. Ils ont fait environ 350 prisonniers dans cette affaire.
Les Russes ont remporté des avantages sur les Allemands dans la région de la Narew, mais dans l’ensemble, ils ont poursuivi, en infligeant de très lourdes pertes à l’ennemi, leur mouvement de repliement du saillant de Pologne. Leurs torpilleurs et contre-torpilleurs poursuivent la destruction systématique de la marine marchande turque, portant des renforts ou des munitions, dans la mer Noire.
La Roumanie accentue ses mesures de prohibition de transit de la contrebande de guerre à destination de l’empire ottoma
n.

Source : La guerre au jour le jour


 

ADN-ZB I. Weltkrieg 1914-1918 - Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia) Osteuropäischer Kriegsschauplatz: Deutsche Truppen besetzen am 5. August 1915 Warschau. 14639-15

Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia)

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Jeudi 15 juillet 1915

Louis Guédet

Jeudi 15 juillet 1915

306ème et 304ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Journée calme relativement. Quelques coups de canon dans le lointain. Réellement la vie est beaucoup plus calme à Reims. Ce ne sont plus les « dégelées » d’antan. Pour moi journée fatigante. J’ai reçu une 30aine (trentaine) de personnes pour acter en Justice de Paix. Vu le Procureur de la République. Revu mes services d’allocations militaires au Commissariat central, etc…  et avec cela mon courrier. Journée lourde fort occupée et avec cela pluie diluvienne qui rend mes ruines de plus en plus lamentables, comme mon pauvre cœur !! Y survivrai-je ? J’en arrive presque à désirer le contraire. Étant si abandonné !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille ; pluie ininterrompue. Visite aux Petites Sœurs des Pauvres avec M. Camu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Jeudi 15 Juillet 1915. Tous les soldats ont une permission qui varie entre 4, 6 et 8 jours. Tu penses si ceux qui en ont sont heureux. Si tu avais encore été au front tu serais revenu voir tes deux petits. On aurait été si heureux. Mais ceux de Reims ne peuvent pas revenir à Reims ; il faut que les femmes aillent dans un autre pays.

A cela près, tu sais, mon coco t’aurait reconnu. Quand je le gronde, sais-tu ce qu’il me répond ? « Je le dirai à mon papa ». Tu en seras fier et il est beau, il est grand. Il est gentil et intelligent. Nous en ferons un homme. Et la petite Blanchette promet aussi. Vois-tu, nous n’aurons que des satisfactions. Quelle belle vie nous aurions, comme nous t’aimerions, tu oublierais tout.

Mais je t’aime mon tit Lou, pour toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 15 rearm. ? et visite du lieut. du 49 – le 16 également il s’en va aux tranchées pour 12 jours ;

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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 Jeudi 15 juillet 1915

Les Allemands attaquent les tranchées prises par les troupes britanniques à Pilken; ils sont facilement repoussés. Ils bombardent Furnes et Ost-Dunkerque. A titre de représailles, nous bombardons les cantonnements allemands de Middelkerke.
Au nord d’Arras, les ennemis tentent par deux fois, mais en vain, de sortir de leurs tranchées près de Souchez. Ils jettent à nouveau des obus de gros calibre sur Arras et sur Soissons. Lutte de mines dans la région de la Somme, à l’ouest de Péronne, et près de Perthes, en Champagne.
En Argonne, nous attaquons depuis la région à l’ouest de la route de Binarville-Vienne-le-Château jusqu’à Marie-Thérèse, et nous prenons pied, sur plusieurs points, dans les tranchées allemandes. A l’ouest de l’Argonne, nos attaques dépassent la route de Servon et nous assurent la possession du bois Beaurain.
Dans les Vosges, bombardement à la Fontenelle.
Une escadrille de vingt de nos avions a opéré des destructions à Libercourt, gare importante entre Douai et Lille. Elle a forcé un train à s’arrêter entre deux gares, et un albatros à atterir. Un nouvel incident a surgi entre l’Allemagne et l’Amérique, un sous-marin ayant contraint un steamer à lui servir d’écran pour attaquer un vapeur rus
se.

Source : La guerre au jour le jour


 

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