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Lundi 19 novembre 1917

Louis Guédet

Lundi 19 novembre 1917

1165ème et 1163ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La nuit a été calme. Ciel couvert, gris, plutôt doux, ciel de novembre. Quelques obus durant la journée.

Ce matin rien de saillant. Cherché mon courrier à 10h, pas mal de lettres. Puis après les avoir ouvertes et parcourues, été rue Dieu Lumière, 27, pour faire un recollement de l’inventaire Gardeux pour mon confrère et ami Jolivet, avec Dondaine et Houlon pour les Hospices qui sont les légataires éventuels. Suivi toute la rue des Capucins, remonté la rue du Ruisselet jusqu’à la rue Simon que j’ai montée jusqu’à St Remy. Les écoles au coin de la rue du Ruisselet et de la rue Simon sont complètement effondrées. L’aile droite de la Maison de Retraite est fortement endommagée par le bombardement d’octobre dernier. Entré à St Remy, le maître-autel est dégarni de tous ses ornements. Il y a encore des vitraux de détruits dans des chapelles de la nef. Continué par la rue St Julien et enfin enfilé la fin de la rue Dieu Lumière. C’est là le désastre, les maisons à partir du 27 où j’allais sont pulvérisées… Trouvé personne, mes oiseaux étaient filés. Rentré chez moi en passant par les rues des Créneaux, du Barbâtre, Cardinal de Lorraine et du Cloître (pas de grands dégâts sans ces rues) pour donner des circulaires à imprimer à l’Éclaireur de l’Est pour la Chambre des notaires afin de prévenir les confrères mobilisés qu’ils peuvent être envoyés en permission du 23 novembre au 17 décembre 1917 pour recevoir les souscriptions au 3e emprunt, mais cette permission se confondra avec les 10 jours de permission de détente auxquels ils ont droit pour ce trimestre.

Après-midi porté mon courrier, écrit quantité de lettres, en route rencontré 3 ou 4 personnes qui m’ont dit qu’elles souscriraient chez moi ! Le bas de laine de Reims n’est pas encore complètement vide. J’estime que j’aurai surtout de petits souscripteurs, quelques centaines de Francs, quelques milliers de Francs.

Enfin me voilà passé sous Gouverne de la Banque de France à Reims !! Que n’aurais-je pas fait durant cette Guerre ?! A quelle sauce ne m’aura-t-on pas mis ! Durant ces 3 dernières années ma vie aura été un roman, terrible et formidable roman. Roman dont j’espère à pouvoir bientôt tourner le dernier feuillet pour ne plus le revivre…  Jamais !!

Reçu nouvelles de Robert qui va bien, ainsi que son frère Jean. Ils sont au Bois-le-Prêtre, secteur fort calme me dit-il.

Passé ce matin devant la statue de Louis XV, dont le Génie militaire entoure les soubassements de Pigalle par un mur de protection. Cela monte petit à petit, mais bien lentement à mon sens. J’en avertis M. Jadart, notre dévoué secrétaire général de l’Académie de Reims, et lui apprend que le musée Gallo-Romain qui était dans les sous-sols de l’Hôtel de Ville est indemne. Je lui signale aussi que le monument de l’abbé Miroy, au cimetière du Nord, n’est pas encore protégé comme l’Académie en avait formulé le désir à la Municipalité de Reims.

Voilà ma journée…  bien remplie. Je suis fatigué, et puis aussi c’est la fatigue accumulée. Pourvu que je ne succombe pas !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 19 – + 6°. Nuit tranquille ; projections. 9 h. lourde canonnade française (?) qui ébranle les portes et le sol, de Méry-Prémecy, de Brimont, dit-on. Visite à M. Albert Benoit, non rencontré. Visite de Sœurs des Trois- Fontaines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 19 novembre

Activité d’artillerie au nord du Chemin des Dames, et vers le Schoenholz, plus vive au nord de la cote 344 (rive droite de la Meuse).
Dans la haute vallée du Skumbi, nous avons replié nos détachements de reconnaissance avancés. Ce mouvement n’a nullement été inquiété par l’ennemi.
Les Italiens continuent à se maintenir contre la pression austro-allemande, gagnant du terrain en plusieurs endroits. Le chiffre de leurs prisonniers dépasse 1200.
Les Anglais ont occupé le port de Jaffa, en Palestine; les Turcs refluent vers le nord.

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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

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Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 6 décembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 6 décembre 1916  Saint Nicolas

816ème et 814ème jours de bataille et de bombardement

6h  Temps de brume et brouillard. Froid. Très occupé comme toujours au moment de m’absenter d’ici. Déjeuné chez M. et Mme Paul Camuset, Albert Benoist, Charles et Marcel Heidsieck, Abbé Camu et Hanrot. Causé des événements et des bruits du Comité Secret. Joffre serait nommé Maréchal de France et Généralississime ! mais remplacé par le Général Nivelle. Castelnau envoyé (?) en mission ? Klotz (Louis-Lucien Klotz, ancien Ministre des Finances (1868-1930)) remplacerait aux Finances Ribot (Alexandre Ribot 1842-1923), trop âgé, et Herriot (Édouard Herriot 1872-1957), maire de Lyon, Sembat (1862-1922) aux travaux publics ! un médecin !! Toujours du gâchis.

En attendant les allemands prennent Bucarest, etc…  et la Grèce va nous tirer dans le dos ! Gâchis. Que sortira-t-il de tout cela ?? En me trouvant dans cette maison de la rue de Talleyrand, intacte avec tous ses meubles et ce confort, j’en avais les larmes aux yeux et le cœur serré, en songeant à ma chère aimée et à mes petits qui souffrent sans foyer, sans abri, sans maison, et moi réfugié sous un toit étranger. Toutes les amertumes m’auront été prodiguées ! Qu’ai-je donc fait pour être ainsi paria, et voir mes aimés souffrir. Je suis donc un maudit.

Je pars demain matin pour Paris, à 5h1/4, avec Marcel Heidsieck…  Je suis si triste ! si triste que j’ai peur d’un malheur ! Lequel ? Est-ce que je n’ai pas subi mon compte ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

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Victor Goloubew

Mercredi 6 – + 2°. Nuit tranquille pour la ville ; mais tir très fréquent toute la nuit de mitrailleuses ou de grenades. Visite du Général Brisse de Ludes et de deux officiers dont l’un de marine avec M. Goloubew. Visite du Major Rabasse apportant photographies des Mesneux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

En savoir plus sur le M. Goloubew


Mercredi 6 décembre

Une petite attaque allemande, dirigée contre nos positions au nord du village de Vaux, a complètement échoué sous nos feux de mitrailleuses. Nous avons fait des prisonniers.

Activité moyenne d’artillerie sur divers points du front.

Dans les secteurs belges, canonnade autour de Ramscapelle, de Dixmude et de Steenstraete. Les Belges ont pris des groupements ennemis sous leur feu, au nord de Dixmude.

Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne près de Gorizia.

Sur le front russe, canonnade. Dans les Carpates boisées, l’ennemi a attaqué une hauteur au sud de Voronejka à l’aide de son artillerie lourde. Les troupes russes ont dû reculer.

Continuation des combats en Moldavie (vallée du Trotuj et vallée du Doftiany). Les Russes ont occupé une série de collines que les Austro-Allemands ont immédiatement essayé de reprendre.

En Valachie, les Roumains reculent sur les voies Targovistea-Ploesci et Tritu-Bucarest. Leurs tentatives pour arrêter l’ennemi ont échoué et les Allemands ont pris Bucarest.

La crise anglaise est complète: après M. Lloyd George, M. Asquith a démissionné. M. Bernard Law et, ensuite, M. Lloyd George ont reçu mission de former un cabinet.

Le gouvernement de Salonique a protesté contre le guet-apens d’Athènes.

Source : La guerre au jour le jour

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Mercredi 8 novembre 1916

Cardinal Luçon

Mercredi 8 – Nuit tranquille. + 10°. Journée paisible, quelques bombes vers 7 h. soir. Visite à la Maison des Chapelains, à la Maison Jeanne d’Arc, à M. Albert Benoist. Visite de M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 8 novembre

Au nord de la Somme, nous avons réalisé des progrès entre Lesboeufs et Sailly-Saillisel. Au sud de la Somme, une attaque de nos troupes, vivement menée malgré une pluie violente qui gênait les opérations, nous a valu des gains sérieux. Sur un front de 4 kilomètres, nous avons enlevé les positions ennemies depuis le bois de Chaulnes jusqu’au sud-est de la sucrerie d’Ablaincourt. Les villages d’Ablaincourt et de Pressoir en entier ont été conquis par notre infanterie. Poussant nos lignes à l’est d’Ablaincourt, nous avons conquis le cimetière de ce village, fortement organisé; et avons porté nos positions jusqu’aux abords de Gomiécourt : 500 prisonniers ont été dénombrés. Canonnade intermittente sur le front de Verdun. Sur le front britannique, la pluie est tombée avec force. Grande activité de l’artillerie allemande dans le secteur de Lesboeufs. Les Roumains ont durement combattu dans les vallées de l’Olt, du Buzeu et du Jiul. Ils ont progressé sur tout le front en Dobroudja. Les Italiens ont repoussé une série d’attaques autrichiennes. Les Russes ont remporté un succès important et pénétré en Hongrie, au sud de Dorna-Vatra. Un sous-marin anglais a torpillé deux dreadnoughts allemands.

Source : La guerre au jour le jour

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Vendredi 25 août 1916

Louis Guédet

Vendredi 25 août 1916  Saint Louis

713ème et 711ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Triste fête, la tristesse au cœur. Les soucis présents et à venir. J’aurais pleuré toute la journée si j’avais osé. Seul, abandonné, que c’est dur ! loin des siens. Quel calvaire ! Reçu lettre de Marie-Louise, répondu à la pauvre petite. Reçu lettre de Labitte qui me donne la marche à suivre pour les 2 grands afin qu’ils passent leur examen d’aspirant, et ils auront ainsi chance de se retrouver à Fontainebleau. Je l’envoie à leur Mère pour qu’elle leur en envoie une copie. Je n’en n’ai plus le temps.

Audience civile ce matin, peu d’affaires. Demain matin : Caisse d’Épargne. Après-midi écrit nombreuses lettres, fait des courses, été aux allocations militaires pour signer une lettre au Maire pour signaler trois malheureuses femmes qui touchent des allocations et les emploient à boire et à se mal conduire avec des militaires, voire même des officiers. Je demande leur expulsion et j’ai fait suspendre leurs allocations : elles ont déjà été condamnées en simple police.

Reçu visite de M. Albert Benoist, causé d’affaires et des événements. Il a bon espoir pour que la France soit dégagée à la fin de l’automne. La Roumanie va marcher, ce sera un apport de 4/500 milliers d’hommes, et la porte de Constantinople ouverte à la Russie. Qu’il dise vrai.

Rentré travailler. Il va faire de l’orage, il fait une lourdeur pénible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 25 – Nuit tranquille. Aéro dès le matin. Visite à M. Prévoteau. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 25 août

Au nord de la Somme, nos troupes ont attaqué hier les positions allemandes de la région de Maurepas, et, après avoir enlevé d’un seul élan, la partie du village que l’ennemi occupait encore et les tranchées avoisinantes, ont porté leur ligne à 200 mètres au-delà sur un front de 2 kilomètres, de la voie ferrée au nord du village jusqu’à la croupe 121 au sud-est. Nous avons capturé 200 hommes et 10 mitrailleuses.
Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a contre-attaqué notre nouveau front, entre Thiaumont et Fleury. Il a été arrêté par nos feux.
Les Anglais ont repoussé une puissante attaque allemande entre la gare de Guillemont et la Carrière. Cette attaque a été suivie d’un bombardement intense. Un coup de main allemand a échoué près de la redoute Hohenzollern. Un coup de main anglais a réussi a la Bassée.
Les Russes ont arrêté une attaque austro-allemande sur le Stokhod. Dans la direction de Mossoul, ils ont détruit une division turque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Mossoul

Mossoul

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Samedi 27 mai 1916

Louis Guédet

Samedi 27 mai 1916

623ème et 621ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Il y a 53 ans jour pour jour, heure pour heure, je naissais le samedi 27 mai 1863 à 8h du soir… !! Que de souffrances, d’angoisses, de tortures, de pleurs, de misère…  toute ma vie n’a été qu’une succession de tout cela ! Je puis dire que je n’ai pas eu un seul instant de bonheur sans être accompagné, dominé par un souci, un tourment. Et cela continue en augmentant, et depuis deux ans presque, quel martyr, quel calvaire ! Si je souffrais seul encore, mais ma femme, mes petits !!

Eux souffrent et je ne puis rien pour eux pour leur avenir. Deux à l’armée ! Ma fillette souffrante, et les 2 plus jeunes André et Maurice avec une jeunesse bien sombre, bien triste. Qu’ai-je donc fait pour voir souffrir les miens, ces malheureux. S’il n’y avait que moi. Triste anniversaire fait et semé de douleur et de tristesse. Non vraiment ce n’est pas juste de souffrir toujours toujours, ce devrait être un peu le tour des autres. Et tant mieux d’avoir bonheur, joie, gloire, honneurs, fortune et prospérité pour mes aimés !! Non c’est trop souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 27 – Nuit tranquille. + 14°. Visite du Président Vice président de la Douma de Russie. Colonel du Grand-Quartier Major Général de Pa­ris. Vers 3 h. rafale de 6 ou 8 grosses bombes sifflantes. Item série de mi­nute en minute très au loin, vers 3 h., vers 4 h. Aéroplane français, tir con­tre lui. Visite à M. Albert Benoist, non trouvé chez lui.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 27 mai

Dans l’Argonne, nous avons fait exploser une mine avec succès à la Fille-Morte.
Violente canonnade dans la région d’Avocourt et à la cote 304.
Une attaque allemande, qui se préparait à déboucher dans la région du Mort-Homme, a avorté sous nos tirs de barrage.
Sur la rive droite, nous avons repris par une contre-attaque, un élément de tranchée que l’ennemi avait occupé entre bois d’Haudromont et la ferme Thiaumont. Au nord de cette ferme, nous avons progressé à la grenade et fait des prisonniers.
Une forte attaque, que les Allemands ont lancée sur nos tranchées, aux abords du fort de Douaumont, a été repoussée avec de dures pertes.
Les Italiens ont infligé un gros échec aux Autrichiens dans la vallée de Lagarina. La lutte, sur leur front, se développe dans la région d’Asiago.
On signale des émeutes de femmes à Francfort-sur-Mein.
La canonnade s’accentue autour de Salonique, spécialement entre Doiran et Guevgueli.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 14 mai 1916

Louis Guédet

Dimanche 14 mai 1916

Été à la messe de 8h rue du Couchant. En rentrant trouvé Charles Heidsieck : il m’invite à déjeuner au Cercle rue Noël. Je m’y rends à midi. Je m’y trouve avec M. Charles Heidsieck mon invitant, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Charles Demaison (1854-1937, frère de Louis Demaison, Président de l’Académie de Reims), Docteur Simon, Mme Farre. Déjeuner très gai. Échangé beaucoup d’idées, parlé des futures élections municipales. Ils avaient l’air de me présenter pour être parmi les candidats au nouveau Conseil Municipal.

…à 5h porté des lettres à la Poste, fait un tour, poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville où je me suis rencontré avec Houlon, Guichard, vice-président des Hospices, ensuite Charles Heidsieck et Pierre Lelarge que j’ai reconduis jusqu’au Cercle, rentré à la maison, fait un modèle de testament pour le frère de Jacques et écrit ces notes.

Bref on a été très inquiet pendant un mois au sujet de l’effort allemand sur Reims pour contrebalancer l’échec de Verdun, mais l’orage est détourné. Quand à l’évacuation il parait que le Général Joffre la voulait coûte que coûte, et au Conseil des Ministres il a fallu toute l’influence de M. Léon Bourgeois (1851-1925, sénateur de la Marne, alors Ministre d’État, une place de Reims porte son nom depuis 1925) pour éviter cette décision qui aurait été désastreuse. C’est heureux ! et espérons que cette affaire ne reviendra pas sur l’eau (ne reviendra pas d’actualité) et ne se fera pas. Car dans ce cas ce serait le pillage de la Ville par la troupe et surtout par tous les galonnards, embusqués ou non !! Tas de propre-à-rien. Triste monde.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 14 – Nuit et journées tranquilles. Visite du secrétaire de l’Ar­chevêché de Toulouse, l’abbé Lasalle, aumônier militaire à la 67e division.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 14 mai

En Champagne, activité des deux artilleries dans les régions de Prosnes et de Saint-Hilaire-le-Grand.
Sur la rive gauche de la Meuse, bombardement ininterrompu dans les secteurs du bois d’Avocourt et de la cote 304 : nous avons réalisé encore quelques progrès autour de la cote 287; nous avons repoussé une attaque sur nos positions à l’ouest de la cote 304. Sur les pentes nord-est du Mort-Homme, un coup de main tenté par l’ennemi a complètement échoué.
Sur la rive droite, les Allemands ont renouvelé leurs attaques sur nos tranchées au sud-est du fort de Douaumont. Malgré la violence du bombardement qui précédait les assauts de l’ennemi, notre ligne n’a fléchi sur aucun point. L’adversaire a été refoulé avec des pertes sérieuses.
D’autres tentatives dirigées au cours de la nuit sur nos positions au nord de la ferme Thiaumont ont été également arrêtées par nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses.
Canonnade en forêt de Parroy et au Ban-de-Sapt.
Les Allemands ont pris l’offensive contre le secteur de Jacobstadt et dans plusieurs autres secteurs de la région de Dvinsk.
Une nouvelle offensive turque a été brisée par les Russes, entre la frontière persane et Bagdad.
Les Anglais ont perdu quelques tranchées près de Vermelles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 2 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Jeudi 2 mars 1916

537ème et 535ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je remonte de la cave où je suis descendu à 7h50. Une bombe était venue tomber à 20 mètres d’ici rue Boulard chez Houbart Frères (à vérifier), n°18. Dégâts, commencement d’incendie, peu de chose heureusement. Comme je descendais à la cave il en est tombé une 2ème encore tout près, mais je ne sais où. La canonnade toujours depuis 6h1/2 du reste. Ils en ont envoyé un peu partout. Est-ce que les mauvais jours reviendraient ? Mon Dieu ! Je ne pourrais y résister. Je n’en n’ai plus la force. A 11h ils avaient déjà arrosé un peu partout et il en était tombé déjà une (bombe) rue Brûlée, en face de la chapelle de la rue du Couchant. Vont-ils nous laisser tranquille cette nuit ? Une bataille a lieu devant Cernay, on l’entend.

Suite du 2 mars 1916

Mon Dieu, pourvu que nous n’ayons plus rien. Je me croyais plus fort que cela.

10h soir  Nous sommes revenus aux mauvais jours. J’avais à peine terminé ces lignes que vers 8h1/4, au moment où je commençais à dîner, un obus m’arrive. Je baisse le dos instinctivement, puis avec un bruit formidable il éclate chez M. Benoist (usine des Capucins) un tas de gravas et de vitres brisées retombent un peu partout. Le temps de prendre quelques papiers (minutes, dossiers), ma pelisse et mon chapeau, je descends, à moitié de l’escalier encore un plus près. « Je crois que çà y est ! » non rien.

Je descends dans la cave où nous nous retrouvons tous les 4 réunis, Jacques, Lise, Adèle et moi, plus 9 voisins ou voisines que je ne connais pas qui étaient arrivés à la première heure et qui étaient restés en cave pendant que nous étions remontés pour dîner…  Çà tape fort autour de nous. Enfin à 9h1/2 nous remontons tous les voisins s’en vont chez eux et nous mangeons… (Je mourrai de faim) tout en ayant l’oreille au guet (aux aguets). J’ai fini mon maigre dîner, des choux, pommes de terre carottes et un bout de porc gras et maigre, un peu de fromage et 2 cuillères de confiture de fraises. Pauvres fraises ! Elles ont été cueillies et cuites en juillet 1914 !! Que c’est loin déjà !!…  Nous sommes tous un peu bouleversés. La vie de fous recommence ! C’est extraordinaire ce qu’on pense, ce qui nous passe par la tête durant ces moments-là ! On est rompu après de ces secousses, c’est comme si j’avais charrié toute la journée ! Il pleut à torrent. Je vais tâcher de dormir, pourvu que nous ne soyons pas réveillés encore cette nuit. Que Dieu nous protège et nous laisse prendre un peu de repos…  Triste anniversaire ! Il y a 1 an c’était le jour de mon incendie. J’avais déjà souffert beaucoup plus. Et cependant on ne s’y fait pas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1916 – Sifflements nombreux dans la matinée.

A partir de 11 heures, nos pièces ripostent très vigoureusement ; elles tirent jusqu’à 14 h et l’après-midi redevient calme ; mais à 18 h les sifflements recommencent. Notre artillerie entre à nouveau en action, à tel point que venant de quitter l’hôtel de ville, je suis éclairé, le long de mon chemin par les lueurs ininterrompues des départs, aussi bien que par les fusées qui se succèdent en l’air et les projecteurs.

Alors que je me trouve place de la République, les détonations sont devenues assourdissantes ; s’il pleuvait, cela donnerait l’illusion complète d’un orage (165 plus violents. En ce passage toujours très dangereux, un lourd attelage de trois chevaux, que son conducteur presse tant qu’il peut, me gêne considérablement, pour essayer de discerner les arrivées au milieu de l’infernal tapage, auquel se mêle, là, tout près, avec les forts craquements du chariot sous son chargement, le bruit des fers frappant alternativement le pavé. Fallait-il que j’arrive juste à ce moment. Dois-je essayer de dépasser les chevaux attelés en flèche ? Non, car si j’y parviens, le véhicule me suivra a trop faible distance. A regret, je ralentis quand il faudrait au contraire presser le pas, préférant malgré tout le laisser prendre de l’avance et s’éloigner dans l’avenue de Laon et… je gagne enfin la rue Lesage. Peu de temps après que j’y suis engagé, deux obus viennent éclater de l’autre côté des voies du chemin de fer, rues de la Justice et du Champ-de-Mars ; j’entends retomber des matériaux après leurs explosions. D’autres projectiles tombent sans arrêt sur le Port-Sec et ses environs.

En rentrant place Amélie-Doublié, je trouve les voisines de ma sœur et elle-même, occupées à préparer tranquillement leur dîner, comme d’habitude, alors que je m’attendais à les voir sous le coup de l’émotion bien compréhensible des arrivées peu éloignées. Quoique fort surpris, j’aime mieux n’en rien laisser paraitre ; aussi, nous prenons notre repas ensemble et nous nous installons ensuite autour du feu, ainsi que chaque soir pendant que l’arrosage assez copieux continue, que les sifflements se font toujours entendre, mêlés du bruit d’explosions dans les parages.

Le calme ne se rétablit qu’à 21 heures, et, après cette sérieuse séance, nous faisons une excellente nuit.

En somme, journée et surtout soirée très mouvementées pour tout Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille ; + 4 ; soleil. Aéroplane à 8 h. allemand va observer les canons qui ont tiré hier soir. Pendant toute la matinée conversation à coup de canons entre les batteries. Bombes sifflantes à plusieurs reprises, mais sans doute sur les batteries : rue Clovis, rue du Jard, rue Brûlée, devant la porte de la Chapelle du Couchant, Faubourg de Laon. Visite à l’ambulance Cama (ou je ne fus pas reçu). Visite à l’ambulance russe, génie au Fourneau Économique. 5 h. Canons français en rafales; riposte allemande jusqu’à 9 h. soir. Bombardement sur la ville ; prière du soir interrompue par les bombes sifflantes tombant près de nous. Après, nuit tranquille, sauf quelques coups a longs intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 mars

En Belgique, action d’artillerie au sud de Boesinghe. A l’est de Reims, un détachement allemand qui tentait d’aborder notre front, s’est enfui sous notre feu en laissant des morts. Près de Verdun, le bombardement ennemi a continué sur la rive gauche de la Meuse (de Malancourt à Forges), sur la rive droite, vers Vaux et Damloup, et en Woëvre (Fresnes). A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous bouleversons les organisations allemandes du bois le Prêtre et bombardons vers Thiaucourt. En Alsace, notre artillerie est active sur la Fecht et la Doller. Les russes progressent près de Dvinsk. Les colonels Egli et de Wattenwyll ont été acquittés par le tribunal de guerre de Zurich.

 

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Mardi 25 janvier 1916

Cardinal Luçon

Mardi 25 – Nuit tranquille ; + 5 ; Visite de M. Albert Benoist, et du P. Griesbach (?) et du P. d’Anselme (?) Jésuite de la Province de Lyon.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Mardi 25 Janvier 1916. La réponse de M. Handort m’est arrivée aujourd’hui. La voici :

« Madame,

Je fais réponse à votre lettre que je viens de recevoir. Je vous remercie beaucoup de voir que vous ne me faites pas de reproche au sujet de la nouvelle que je vous ai apprise et du courage que vous avez pour supporter la mort de votre mari qui vous aimait et qui souvent parlait de vous et de votre enfant.

Madame, si j’ai été forcé de laisser votre mari dans les mains des Allemand, c’est que votre mari est tombé d’une balle au front et il est tombé sans rien dire car la tête s’est fendue en quatre par une balle explosive. Il est mort sans rien dire…( ?).

Je peux vous dire que je suis avec lui pour la vie comme je serai avec vous pour répondre à vos démarches ».

Mon tit Lou, cela m’a encore une fois déchiré le cœur mais c’est plus fort que moi, je doute encore. Dans l’affolement du combat ce jeune homme t’a peut-être vu la tête en sang, la blessure était peut-être grave mais elle n’a peut-être pas amené la mort. J’espère encore te revoir. Je suis triste à mourir mais je sens que tu n’es pas perdu pour moi.

Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 25 janvier

Vers l’embouchure de l’Yser, en Belgique, l’ennemi a effectué un bombardement violent, lançant plus de 20000 obus. L’infanterie allemande a tenté, en vain, de déboucher; arrêté par nos tirs de barrage, l’ennemi n’est pas sorti de ses tranchées, sauf quelques groupes, qui ont été aussitôt dispersés par notre feu.
Artillerie active de part et d’autre dans la région de Boesinghe, d’Hetsas et de Streenstraete. Des fractions ennemies qui avaient essayé de franchir le canal à Hetsas, ont été rejetées par nos feux d’infanterie et par les mitrailleuses.
En Artois, à l’ouest de la route Arras-Lens, l’ennemi a esquissé deux nouvelles attaques qui ont échoué sous notre feu.
Au nord-est de Roye, nous canonnons des convois de ravitaillement. Au nord de Soissons, nous bouleversons des tranchées. A l’est de Godat (près de Reims), nous endommageons une batterie ennemie.
Dix obus ont été tirés par les Allemands contre Nancy.
Nous avons bombardé les cantonnements ennemis de Guevgeli et de Monastir, sur le front d’Orient. Monastir a reçu deux cents bombes.
Erzeroum est investie par les Russes. Leurs succès sur les Turcs font grande impression.
Les Autrichiens annoncent qu’ils ont pris Antivari et Dulcigne au Montenegro.
Le roi du Montenegro, est arrivé à Lyon.
L’empereur d’Autriche est malade.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Le roi du Monténégro [à Paris] : [photographie de presse] / [Agence Rol] :

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Samedi 16 octobre 1915

Louis Guédet

Samedi 16 octobre 1915

399ème et 397ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le calme. Le temps est magnifique, quel bel automne !! Et nous sommes en guerre et les canons de l’Ennemi sont à quelques cent mètres de nous !! Journée d’occupations diverses. Le Procureur me demande de réorganiser nos greffes de Justice de Paix. Landréat 3ème canton, Dondaine 1er canton, et Jésus 2ème et 4ème cantons.

Demain je déjeune avec M. Charles Heidsieck, au Cercle de la rue Noël. Après-demain 2h, Parquet pour nos greffes, mon installation comme suppléant titulaire du 3ème canton, mardi réunion intime rue des Chapelains, salle du Cercle à 2h pour voir à reprendre le culte à la Cathédrale, sur la demande de l’abbé Landrieux, archiprêtre. N’est-ce pas trop tôt ? Avec l’esprit de nos gouvernements actuels ? Ne vaudrait-il pas mieux attendre que Reims fut dégagé ? Nous verrons. Rencontré Helluy, du Courrier de la Champagne, que j’ai remercié de ses félicitations pour ma nomination de juge de Paix.

Samedi 16 octobre 1915

399ème et 397ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Le calme. Le temps est magnifique, quel bel automne !! Et nous sommes en guerre et les canons de l’Ennemi sont à quelques cent mètres de nous !! Journée d’occupations diverses. Le Procureur me demande de réorganiser nos greffes de Justice de Paix. Landréat 3ème canton, Dondaine 1er canton, et Jésus 2ème et 4ème cantons.

Demain je déjeune avec M. Charles Heidsieck, au Cercle de la rue Noël. Après-demain 2h, Parquet pour nos greffes, mon installation comme suppléant titulaire du 3ème canton, mardi réunion intime rue des Chapelains, salle du Cercle à 2h pour voir à reprendre le culte à la Cathédrale, sur la demande de l’abbé Landrieux, archiprêtre. N’est-ce pas trop tôt ? Avec l’esprit de nos gouvernements actuels ? Ne vaudrait-il pas mieux attendre que Reims fut dégagé ? Nous verrons. Rencontré Helluy, du Courrier de la Champagne, que j’ai remercié de ses félicitations pour ma nomination de juge de Paix.


Cardinal Luçon

Nuit tranquille à Reims. Journée tranquille. Bruit de bom­bardement au loin. Visite à M. Albert Benoist, non trouvé. Aéroplane fran­çais (je pense), vers 5 h. Les canons tirent dessus.

Écrit au Ministre de la Guerre pour le rapatriement de 12 prêtres.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 16 octobre

L’Italie et la France déclare la guerre à la Bulgarie

Violent bombardement en Artois (Loos, le « Bois-en-Hache », le bois de Givenchy).
A la faveur du bombardement qu’il poursuit en Champagne, l’ennemi a pu reprendre pied à l’est d’Auberive, dans une de ses anciennes tranchées.
Dans l’Argonne, l’explosion d’une de nos mines a bouleversé les abords des lignes ennemies.
En Lorraine, nous avons repris des éléments de tranchées, où l’ennemi s’était maintenu au nord de Reillon. Nous avons fait cinquante prisonniers.
Dans les Vosges, les Allemands ont prononcé une forte attaque sur un front de cinq kilomètres. L’assaut préparé par des rafales d’obus et de grosses bombes avec projection de pétrole enflammé, a été repoussé sur la presque totalité du front; l’ennemi n’a réussi à réoccuper que des tranchées situées au sommet de l’Hartmannswillerkopf.
Notre canonnade a bouleversé les tranchées allemandes et démoli deux blockhaus au Violu.
Les Russes ont livré de violents combats, souvent heureux devant Dwinsk et à l’ouest du Sereth, en Galicie.
Les Bulgares ont attaqué sur toute la ligne les Serbes qui résistent énergiquement. La Serbie a notifié aux chancelleries sa déclaration de guerre au cabinet de Sofia.
La Roumanie a décidé de prolonger sa neutralité.
Un sous-marin anglais a détruit un torpilleur allemand au
large des côtes danoises.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


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Mardi 12 octobre 1915

Louis Guédet

Mardi 12 octobre 1915

395ème et 393ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Du canon toute la nuit, matinée tranquille, une conciliation avortée, le débiteur étant de mauvaise foi (M. Auberge (commerçant né à Marseille en 1866)). Je travaille mais c’est la guerre je ne paierai pas ! Voilà la thèse courante et à 11h1/2, comme je me disposais à aller déjeuner chez M. Henri Abelé 2 obus (shrapnels) vers la rue du Barbâtre. Déjeuné dans la cave de M. Henri Abelé avec Mme Henri et Louis Abelé, Abbé Landrieux, curé de la Cathédrale, Albert Benoist, Docteur Simon, Marcel Heidsieck, Lesecq chef de caves. A 2h1/2 on vient nous dire que des aéroplanes français se dirigent vers les lignes allemandes, nous prenons congé pour aller voir, mais ils étaient déjà disparus. Je me dirige avec le Docteur Simon vers sa maison et mon refuge quand boulevard Lundy, rue Linguet, nous entendons un bourdonnement continu, comme si une immense ruche d’abeilles se dirigeait vers nous. C’étaient nos aéroplanes qui nous revenaient, ils n’avaient pas été longtemps parti, il était 3h1/4, ils étaient 19, c’était un bien joli spectacle !! Tous ces avions revenant en bande, poursuivis par 3 avions allemands, en bonds dispersés, allant, venant pour certains comme le chien du berger qui surveille ses brebis. C’était impressionnant et magnifique, de grandeur, de crainte qu’ils ne se fassent atteindre, nous étions là, fascinés par ce beau spectacle.

Repassé par le Palais de Justice, rencontré M. Creté, juge qui me reconduit jusqu’à la rue des Capucins. Nous nous disons au revoir pour demain ma prestation de serment. En rentrant, 2 ou 3 obus aux environs. C’est tout.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

À 14 h 45, un ronflement de moteurs qui augmente insensi­blement d’intensité et devient considérable, nous fait quitter pen­dant quelques instants le bureau. Du perron de l’hôtel de ville, nous voyons s’avancer en plusieurs lignes, une escadrille de vingt-trois aéros partant en expédition. Elle se dirige vers le nord-est, et, sur un signal donné par une fusée tombée de l’un d’eux, les appa­reils se dispersent et accélèrent l’allure.

Vingt minutes après, ils commencent à repasser ; nous en comptons dix-huit — ensuite des sifflements se font entendre et une dizaine d’obus arrivent en ville.

Le lendemain 13, nous apprenons, par le communiqué, qu’une escadrille de dix-neuf avions a lancé cent-quarante bombes sur la gare de Bazancourt où des mouvements étaient signalés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Carte allemande

Carte Allemande


Cardinal Luçon

Mardi 12 – Nuit tranquille pour la ville. 11 h. 1/2, 3 bombes sifflantes. 2 h. 1/2 passage de nombreux aéroplanes, ronflant ensemble magnifique­ment, comme un orgue, sur la ville.

Un 20e allant au Nord. Revenant après 1/2 heure à peu près.

Reçu la brochure allemande, en réponse au volume de Mgr Baudrillart.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 12 octobre

Progrès sensibles de nos troupes à l’ouest du chemin de Souchez à Angres, dans la vallée de la Souchez et à l’est du fortin du bois de Givenchy.
Nous gagnons du terrain sur les crêtes de la Folie. Cent prisonniers appartenant à la garde sont restés entre nos mains.
En Champagne, nous avons progressé au nord-est de Tahure et enlevé un ouvrage allemand au sud-est du village, près du ravin de la Goutte. Nous avons capturé 108 prisonniers, dont deux officiers.
Notre artillerie contrebat efficacement l’artillerie allemande.
Canonnades aux Eparges, au bois Le Prêtre, à Reillon en Lorraine, et dans les Vosges, à Steinbach et près de Thann.
Les renseignements recueillis par l’état-major britannique prouvent que l’échec subi par les Allemands au sud du canal de la Bassée a été des plus sérieux.
L’offensive russe s’accentue en Bukovine. L’action entre les armées austro-allemandes et serbes se déploie sur un très vaste front le long du Danube, du Drin et de la Save. Les Serbes ont repoussé victorieusement les agresseurs.
Le courant de l’opinion italienne se manifeste de plus en plus énergiquement en faveur d’une intervention dans les Balkans.
Les partis roumains favorables à la Quadruple Entente demandent une réponse à M. Bratiano au sujet de l’opportunité d’une mobilisation générale.
M. Viviani, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères par intérim, a fait une déclaration à la Chambre sur la question d’orient. Il a dit que la Russie associerait son ac
tion militaire à la nôtre.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 26 septembre 1915

Louis Guédet

Dimanche 26 septembre 1915

379ème et 377ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Il a plu une pluie diluvienne une partie de la nuit, quia été calme sauf de temps à autre nos canons qui hurlaient. On s’attend d’un moment à l’autre à une attaque générale. Le Général Joffre aurait lancé à ses troupes un ordre du jour dans le genre de celui qui a précédé la bataille de la Marne, qui a été lu il y a 2/3 jours aux officiers le matin et aux troupes le soir. Il disait qu’il fallait aller jusqu’aux canons allemands et ensuite en rase campagne. Nos canons en ce moment détruisent les fils de fer des tranchées ennemies et empêchent ceux-ci de les réparer à coup de schrapnels. On nous recommande de sortir le moins possible. M. Albert Benoist me disait qu’on avait donné jusqu’au 28 aux rares habitants restés à La Neuvillette pour évacuer le village, ce serait donc pour le 29, pour la St Michel. Nous verrons.

6h soir  Cet après-midi vers 2h1/2 je me suis décidé, en ne sachant que faire, à aller à Cormontreuil avec mon laissez-passer permanent de juge de Paix. J’en profiterai pour voir 2 de mes justiciables, me disais-je (Montlaurent et Toulet (à vérifier) garde) je n’ai quitté ce village qu’à 5h. Tous ces braves gens m’ont fait une vraie fête et surtout heureux de me dire combien ils étaient fiers de leur notaire qui le seul n’avait pas quitté Reims. J’ai été vraiment ému de leur accueil. En quittant la rue des Capucins je pris le canal entre la Ville jusqu’au Pont Huon, puis je pris la petite route du Moulin d’Huon qui est brûlé, arrivé devant le monument de « Barbe bleue » fusillé par les allemands en 1870 (Monument à la mémoire de François Augé, ouvrier teinturier, fusillé par les allemands le 7 septembre 1870 pour avoir fait un geste provocateur. Ce monument, inauguré en 1896, existe toujours à cet emplacement), je sursautais, à quelques mètres de moi une batterie se mit à tirer. Quel vacarme !! elle n’a pas cessé jusqu’au soir. Arrivé au Moulin Montlaurent il faut montrer patte blanche. Première rencontre, Papa Chardonnet et sa moitié, il m’aurait presque embrassé ! Ensuite Liévin, Montlaurent avec qui je cause de son litige avec l’autorité militaire pour des sous qui veut faire passer sous ses fourches caudines. Je remonte vers Taissy, Madame Pageot, Virothier (à vérifier) chez qui j’entre. Toulet qui s’est jeté à mon cou en me disant : « vous êtes un brave, j’ai fait comme vous et je n’ai pas décollé ! » Là dans son jardin à la route de Cormontreuil vers Taissy j’ai remarqué la route bordée côté Boche d’une haie de sapins pour dissimuler les troupes en voitures. La route nationale de Reims à Châlons de même. Le Mont Ferré transformé en labyrinthe. Revenu sur mes pas rencontre Paul Quentin qui m’annonce la mort de sa mère et me force à entrer chez lui en me disant toute son admiration sur mon courage. Ensuite Méhaut-Dupont, père, qui a toutes fins voulait me faire boire un demi de Champagne. Enfin Blondel, un courageux avec Liévin, Toulet, Quentin qui sont restés quand même, avec Lagalle, Toulet faisant fonction de maire, garde-champêtre, notaire, de même avec Blondel. Tandis que le maire, le compère…  Foulon !!…  (La voix du peuple !! que c’est vieux ! qui a failli être maire de Reims, député !!…) (Charles Foulon, journaliste, sera Maire de Cormontreuil de 1919 jusqu’à sa mort en 1939).Potaufeux, le vieux juif, tout ce monde là a fui. Les Purs ! Quoi !!!

Entré dans notre ancienne propriété de Cormontreuil ! Quel abandon ! Rien d’entretenu. La maison n’a rien mais la troupe s’est chargée de la…  salir !! Ce désastre, cette saleté, le manque d’entretien m’a serré le cœur et…  je me suis enfui ! Nous y avions passé de si bons moments avec nos petits. (Passage rayé).

En rentrant à Reims, rue de Venise, je suis arrêté par Madame Loth, ma jolie cliente, qui m’apprend que M. Langlet notre maire venait d’apporter à sa femme le communiqué de ce soir qui était bon, très bon parait-il. Nous aurions gagné 4 kilomètres de tranchées en profondeur sur 25 kilomètres en largeur entre Aubérive et Souain, et fait 12 000 prisonniers. Du côté d’Arras succès aussi et des prisonniers. Est-ce qu’enfin le Colosse Allemand aux pieds d’argile commencerait à s’effriter, se désagréger ? Nous aurions enfin touché, trouvé la fissure…  finale ! J’ai peur d’y croire en y songeant. Et cependant si c’était vrai ! ce serait la délivrance. J’ai peur !! Ce serait trop beau, nous avons, j’ai tant souffert depuis le premier 1er septembre 1914 !!! Que cette joie…  me fait peur !! Mon Dieu ! Mon Dieu !! Enfin délivré, revoir ici les miens…  ne plus les quitter…  j’ai peur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Le communiqué en date du 25 septembre – 7 h, signale, entre autres choses, ceci :

Sur le front de l’Aisne, en Champagne, très violent bom­bardement réciproque.

Nous avons entendu cela en effet, vendredi 24 ; c’était positi­vement effrayant.

  • Sur le soir, nous apprenons l’avance résultant de l’offen­sive prise en Champagne, d’Auberive à Ville-sur-Tourbe ; on dit qu’il aurait été fait 12 000 prisonniers allemands.
Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 26 – Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons français par intervalles. On affiche à la Mairie que la lère ligne de tranchées enne­mies a été prise sur tout le Front. Canons, aéroplanes à 5 h. Trois à la fois, les canons tirent dessus. Il y avait deux Français ; peut-être l’étaient-ils tous.

La Mairie recommande de laisser les corridors et portes ouvertes aux passants, en cas de bombardement, comme refuges.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 26 septembre

Nos batteries ont coopéré avec la flotte anglaise au bombardement des positions allemandes de Westende et de Middelkerke.
Les troupes britanniques ont attaqué avec succès les positions ennemies à l’ouest de Loos et d’Hulluch.
Opérant en liaison avec l’armée anglaise, nous avons prononcé une attaque énergique au nord d’Arras et pris pied sur plusieurs points des lignes ennemies.
Combat à coups de torpilles et de bombes entre Somme et Aisne. Nous faisons exploser un dépôt de munitions ennemies.
En Champagne, après avoir bombardé les tranchées, abris, blockhaus et batteries ennemis, nous avons donné assaut aux lignes allemandes, entre Suippes et Aisne. Les premières positions ennemies ont été occupées sur la presque totalité du front d’attaque.
Canonnade en Woëvre, en Lorraine et dans les Vosges. Nos avions ont bombardé la gare des Sablons, à Metz.
Les Russes ont repris la forteresse de Loutsk (Volhynie), après une série de brillants combats, où ils ont fait 5000 prisonniers. Ils ont été aussi victorieux sur la Chara, au nord de Pinsk.
Le bruit de la mobilisation roumaine a couru sans être toutefois confirmé. Les gouvernements de la Quadruple Entente délibèrent au sujet de l’action à entreprendre pour prémunir la Serbie contre une agres
sion bulgare.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


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Samedi 25 septembre 1915

Louis Guédet

Samedi 25 septembre 1915

378ème et 376ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  La nuit a été fort calme, sauf quantité de voitures et d’équipages qui n’ont cessé de rouler jusqu’à minuit. Il a plu presque toute la nuit, aussi la matinée est-elle maussade. Je suis fort las ce matin. Je dois aller à la Caisse d’Épargne de 9h à 11h comme administrateur, il y a toujours du monde, du reste elle n’est ouverte que les mercredis et samedis. Et, chose curieuse, on recommence à refaire des versements d’argent. L’idée d’épargne en France est bien tenace !

Ce matin en rêvassant je me demandais pourquoi enfin j’étais resté et je restais loin de tous ceux que j’aime à vivre ainsi seul, seul depuis plus d’un an, et le mot Devoir ! me revenait à chaque question  Oui, on ne connait, on ne sait pas la force de cette demi-douzaine de lettres : Devoir !…

Il est quelque fois, pour ne pas dire souvent, trop souvent bien dur à mettre en pratique, à exécution…  Et parfois aussi il est bien long, trop long à accomplir, comme pour moi en ce moment. On dit que la satisfaction du devoir accompli ne se paie jamais assez cher, soit ! mais il faudrait qu’il y ait la récompense quand ce ne serait que le repos, le calme, la tranquillité, le bonheur et l’absence de tout souci…  après le Devoir accompli ! Et je n’aurais jamais cela. Je ne suis que ce que je suis. Et peut-être encore et au contraire serai-je bafoué, honni, méprisé, écrasé, repoussé de tous, attaqué, injurié, comme déjà,…  C’est beau le Devoir,…  le Devoir accompli…  mais aussi c’est bien dur…  parfois…  surtout quand on n’en n’est même pas récompensé…  et que l’avenir ne s’éclaircit pas pour vous…  au contraire !!…  quelle vie misérable ! Quel martyre… !  oh ! en récompense de ce Devoir accompli depuis plus d’un an ! Un peu de bonheur, de paix, de chance, de jouissance de ceux qu’on aime, de leur bonheur, de les voir heureux, d’une vie facile…  ce serait si bon !…  si bon !…  quand ce ne serait que pour eux !…  La Providence m’accordera-t-elle cela ?…  Que sais-je ??… !!…

9h1/2 soir  Ce matin vu M. Albert Benoist pour lui remettre un pli fermé de Mme Cabanis, cliente de Jolivet, décédée. Il est très mécontent contre le Général Franchet d’Espèrey, commandant la 5ème Armée, par suite de l’autorité militaire qui lui a refusé hier son laissez-passer pour leur secrétaire de la Chambre de Commerce, qui ainsi n’a pu aller à Épernay pour assister à la réunion des Chambres de Commerce de la Marne, je crois. M. Benoist me disait que l’autorité militaire faisait tout ce qu’elle pouvait pour être désagréable. J’en sais aussi quelque chose. Il a fait constater ce refus dans le procès-verbal de la séance d’hier en disant que c’était le général Franchet d’Espèrey lui-même qui avait refusé…  M. Benoist ajoutait : « On reparlera de cela après que Reims sera dégagé ! » mais, ajoutait-il, je crains bien qu’après la guerre il y ait une forte réaction contre le militarisme idiot, mesquin, lâche que nous subissons ! nous sommes sous la Botte !! »

De là j’ai été à la Caisse d’Épargne présider le service des remboursements et des encaissements. Les bombes se mirent à siffler vers 9h3/4, alors toute la clientèle a filée, par suite peu d’opérations. Ai quitté ces braves employés, Baudoin, contrôleur, Grandsart, commis…

(Il faut descendre à la cave, il est 9h35, à 9h3/4 plus rien, je remonte…  je continue donc…) et Bonnet…  vers 12h pour aller déjeuner aux avec M. Lorin, Mlles Chalonnat, Claire, Lemoine, M.M. Curt et Bourelle. Causé de choses et d’autres mais tous sont fatigués de ce bombardement intermittent.

Rentré à la maison à 7h. Les bombes resifflent de plus belle, première descente à la cuisine seulement. Et enfin 2 descentes à la cave, d’où je remonte. Le canon tonne au loin, à droite et à gauche de Reims. Quand tout cela finira-t-il ?

6h soir  Calme relatif depuis tout à l’heure, quelques coups de canon, quelques gros obus. Triste journée, bien pénible à tous points de vue ! Journée de souffrance. Et puis on n’est plus guère résistant. Pas de nouvelles, on est comme dans un cachot sans lumière, sans rien. Est-ce que cette misérable vie que nous trainons ainsi va durer encore longtemps ? Je n’en puis plus. Et de plus pas un encouragement, un mot de Pitié, d’affection, rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Bombardement serré qui commence dans la matinée, à 9 h 1/4.

Dans le courant de l’après-midi, quelques minutes après 15 heures, nous causions, à la « comptabilité », où se trouvaient avec MM. Cullier, Vivogne, Joly, Guérin et Hess, du bureau, MM. Landat, chef du 2e bureau du secrétariat et Lamotte fils, de la recette muni­cipale. Ces derniers s’entretenaient debout et nous suivions, de nos places, le sujet de leur conversation ; il s’agissait, pour eux, de situer exactement l’emplacement de la ferme Prévôt-Demolin où, d’après les derniers « tuyaux », une nouvelle pièce d’artillerie de fort calibre, venait d’être placée.

À ce moment, une explosion formidable, produite par les éclatements simultanés de quatre obus, tombés en rafale sur l’hôtel de ville et alentour, nous immobilise subitement dans la frayeur. Les détonations effroyables, en se confondant et se prolongeant, ne nous ont pas permis de bouger ; nous nous sommes seulement courbés ou accroupis lestement.

Le premier instant de stupeur, d’effarement passé, nous nous regardons quelque peu hébétés, surpris presque de nous retrouver tous indemnes. La cour est remplie de fumée. De petits éclats sont entrés dans notre bureau par une de ses fenêtres, et, ricochant derrière M. Cullier, sont venus atteindre l’œil-de-bœuf accroché à droite, au-dessus de mon pupitre attenant à la cloison ; des mor­ceaux me sont tombés sur le bras et c’est à cela que se réduisent les dommages : un verre et un cadran cassés.

Il eût pu en être tout autrement.

Nous quittons le bureau afin d’aller rejoindre, dans la grande salle, des collègues qui ne sont pas descendus dans les sous-sols, où d’autres préfèrent se réfugier en pareil cas. On cause, mainte­nant que le danger est passé, on fume en échangeant ses impres­sions ; la consternation se lit malgré cela sur bien des visages. Tous s’accordent à reconnaître que ces bombardements tout-à-fait im­prévus — que nous subissons depuis quelque temps — sont ex­cessivement dangereux et déprimants, dans leur intermittence.

Le maire, M. le Dr Langlet et quelques conseillers municipaux viennent également se grouper là et on se rend compte alors que deux projectiles ont fait explosion sur la mairie, l’un après avoir traversé la toiture du bâtiment principal, derrière le beffroi, l’autre dans la cour ; un troisième a éclaté sur le trottoir, devant les salons de la rue de la Grosse-Ecritoire et le quatrième, sur le haut de la Caisse d’Épargne. Heureusement, il n’y a peu eu de victimes.

— A partir de 21 h 1/4, une pièce de très gros calibre, dont les détonations surpassent encore, en vacarme, celles de la grosse Julie, s’est mise à tonner de temps en temps, la nuit, et a réveillé chaque fois toute la ville en sursaut.

C’est certainement de celle-là qu’il était question cet après- midi, au bureau, lorsque la conversation du camarade qui nous parlait de son installation a été violemment coupée, tandis que nous tous qui l’écoutions avons été, comme lui, si rudement se­coués.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 25 – Nuit tranquille à la cave. 9 h. matin, bombes sur la ville. Bombardement violent pendant environ 1 h. Vers 9 h, bombes. À 10 h, un soldat tué devant « L’Éclaireur de l’Est ». À 8 h. du matin fait Chemin de Croix à la Cathédrale, remis d’hier à cause du bombardement. Le Front allemand est enfoncé (Courrier du 27 septembre) sur 25 kilomètres de Front, et de 1 à 4 kilomètres de profondeur.

C’est la lère Bataille de Champagne(1). Reçu envoi de 100 petits paquets du Soldat. Lettres de remerciement (Recueil, p. 69 et 79).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) En réalité c’est la seconde bataille de Champagne (après celle de mars) qui se déclenche le 25 septembre et enfonce effectivment la première position allemande


Juliette Breyer

Samedi 25 Septembre 1915. Cette fois-ci je crois que ça va être le grand coup. Nos canons n’arrêtent pas de tirer mais malheureusement les boches répondent sur la ville. Ils y allument encore des incendies et font beaucoup de victimes. Si tu voyais Pommery, c’est une vraie forteresse. Dans les tunnels près de nous ils ont établi un poste de commandement, un observatoire et un poste de secours. Comme l’électricité ne marchait plus, ils l’ont rétablie et en outre ils ont percé les murs des caves pour entrer librement chez Ruinart et chez Roederer. Quand la bataille va commencer et que l’ouragan de feu se déchaînera je crois que les caves auront leur part. Enfin nous sommes à l’abri.

Ton coco n’a pas l’air de se douter de l’instant tragique que nous vivons. Il s’intéresse à tout. Il sait distinguer quand ce sont les boches qui bombardent ou quand ce sont les nôtres. Pauvres tout petits, ils auront passé une dure année.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


assautE

L’ennemi a bombardé nos tranchées près de Boesinghe. Nous avons riposté. Grande activité d’artillerie en Artois. Nous provoquons l’explosion d’un dépôt de munitions près de Thélus. Entre Somme et Oise (Canny-sur-Matz, Beuvraignes), nous canonnons les positions ennemies, en détruisant des abris de mitrailleuses. Violent bombardement réciproque sur le front de l’Aisne et en Champagne. Entre Meuse et Moselle, nous atteignons des rassemblements ennemis à Nonsard et à Pannes.
En Lorraine, nous endommageons des organisations allemandes sur le Remabois et la Vezouse, ainsi que dans les Vosges (Linge et Braunkopf).
Les Russes ont accentué leurs progrès en Volhynie et en Galicie. Au nord-ouest de Doubno, ils ont fait 1400 prisonniers; ils ont sabré de gros effectifs autrichiens sur le Dniester.
La Bulgarie a officiellement mobilisé vingt-huit classes et envoyé quatre divisions à la frontière serbe. La Grèce a riposté en mobilisant vingt-quatre classes, outre les quatre qui sont sous les drapeaux. On estime que la Roumanie ne se désinteressera pas de cette nouvelle guerre, si elle éclate. Les Serbes ont pris des mesures pour défendre leur frontière.
Un croiseur allemand aurait été torpillé dans les eaux danoises; le croiseur turc Hamidich a été mis hors de combat, en mer Noire, par des torpilleurs russes.
Deux taubes ont essayé vainement d’opérer au-dessus d’A
bbeville.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 18 septembre 1915

Louis Guédet

Samedi 18 septembre 1915

371ème et 369ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Calme général toute la journée, temps magnifique. La nuit dernière, du canon. En ce moment cela tape du côté du faubourg de Laon. Procédé ce matin à une vérification de scellés et à la remise à un nouveau gardien au 86, place Drouet d’Erlon. Fait des courses toute l’après-midi, terminé mon courrier.

Rencontré Maitre Faupin, avoué, très affecté de la mort de son fils à qui il songeait céder sa charge cette année. Albert Benoist toujours aussi souriant, maintenant il attend la Grrrande offensive pour le 15 octobre !! De Charybde en Scylla nous arriverons à l’année prochaine au printemps !! C’est idiot de leurrer ainsi les gens. On dit que le Général Joffre était à Reims hier. Voilà ma journée, monotone, fastidieuse, quand sera-ce la dernière !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 18 – Nuit tranquille sauf canonnade au loin. Matinée calme.

3 h. 3/4, bombes sifflantes. Visite de M. Hennequin (vicaire Sainte-Gene­viève mobilisé service sanitaire). Dans la matinée, visite à l’ambulance de la Haubette. Bon accueil et invitation à retourner, du Médecin-Chef.

Visite au Fourneau économique du Moulin brûlé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lutte de bombes et de grenades entre Angres et Souchez et dans le secteur de Neuville; tirs efficaces de nos batteries sur les ouvrages allemands.
Bombardement réciproque au sud d’Arras. Combat de mousqueterie, de tranchée à tranchée, dans la région de Roye.
Du confluent de la Vesle et de l’Aisne jusqu’au canal de l’Aisne à la Marne, canonnade très vigoureuse. Entre Aisne et Argonne, à la Fontaine-aux-Charmes et aux Courtes-Chausses, nos batteries ont endommagé sur plusieurs points les positions ennemies.
En Woëvre et sur le front de Lorraine, notre artillerie a également exécuté des tirs efficaces.
Les Allemands ont bombardé dans les Vosges, l’Hilsenfirst et la cote 425, au sud de Steinbach.
Nous avons opéré un tir de destruction sur l’usine électrique de Turckheim.
Les troupes de Hindenburg, au front oriental, ont réussi, au nord-est de Wilna, à franchir la Wilia. Elles ont abouti aussi à repousser nos alliés dans la région de Pinsk, mais les Russes ont brisé toutes les contre-attaques près de Derajno et dans le secteur de Galicie, où ils ont encore fait quelques centaines de prisonniers. Sur la Strypa, les combats se poursuivent, très violents. Les journaux de Berlin reconnaissent d’ailleurs la retraite des Austro-allemands dans cette région.
Les alpins italiens ont recueilli quelques succès dans les montagnes de Carnie, à de haut
es altitudes.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


 

Des témoignages de Poilus marnais sur le site de l’ ARAC de la Marne

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Dimanche 11 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 OCTOBRE – dimanche –

6 heures matin ; Pour sonner le révei1, un joli coup de canon. La journée va être splendide encore ; les quelques nuées humides d’hier sont chassées.

Anvers est aux mains des allemands. Alors ! Où vont aller les armées et les batteries qui l’assiégeaient ? Vers nous, probablement ; nous sommes loin de la fin.

3 heures 10 ; Dans la tour nord de la cathédrale … Mais, c’est affreux ! C’est la cathédrale qui est visée encore.. ! En voici un certain nombre, car le bombardement continue, qui éclatent immédiatement au-dessus, sinon dessus. Je ne puis me hasarder en ce moment, mais allons-nous recommencer à vivre les horreurs des 17, 18 et 19 Septembre ? Encore ! Apparemment, c’est toutes les 2 minutes.

8 heures soir ; De mes observations, il résulte qu’à 3 heures moins 1/4, un obus de gros calibre est tombé sur la cathédrale. Il a démoli, au chevet vers le nord, une partie importante de la galerie de pierres, une chimère et une gargouille… C’est là un des dégâts les plus importants qui aient été causés à la cathédrale.

Il y a des victimes cet après-midi. Un obus devant le Palais de Justice a fait deux morts et quelques blesses Et dire que beaucoup de gens se croyaient tranquilles après deux Jours de silence des allemands !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Hier soir, après une journée de bombardement, nous avions entendu, vers 22 h, une violente canonnade avec fusillade. Ce matin, à 5 h ½, c’es le roulement effrayant des départs de nos 120 qui nous a réveillés. L’ampleur du son de ces détonations ne ressemble en rien aux claquements de 75. On pourrait comparer le bruit de ces dernières pièces, au déchirement sec produit par l’arrivée soudaine de la foudre, au cours d’un orage, et celui occasionné parles autres avec le grondement de tonnerre précédant la décharge électrique.

– Hier, nous avons vu dans Le Courrier, l’appel suivant, s’adressant aux catholiques rémois :

Appel aux catholiques rémois. L’épreuve se prolonge pour notre ville de Reims. Beaucoup de familles sont déjà frappées dans leurs membres et dans leurs intérêts ; toutes ont passé par de cruelles angoisses, les dangers présents et l’inquiétude du lendemain.

La ville aussi est atteinte au vif, dans les souvenirs de son passé, dans ses fondations religieuses et communales, dans ses richesses artistiques, dans son industrie.

Il convient que la population catholique demeurée nombreuse, réveillée parla douleur, se tourne vers DIEU, maître des événements, trop souvent offensé ou délaissé, et le prie avec instance de ne pas prolonge la peine déjà lourde pour nos épaules.

De toutes nos forces, demandons à Saint-Remi et à Jeanne d’Arc d’intercéder pour notre cité, pour sa prompte délivrance et pour le salut de notre Patrie.

J. de Bruignac, A. Benoist, H. Bataille, Ch. Demaison, Ch. Heidsieck, Gve Houlon, L. Mennesson-Dupont, H. Abelé, Pol Charbonneaux, R. Dargent, Félix Michel

– dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons d’abord ceci, en caractères gras :

Les ravages du bombardement. D’après de nouvelles instructions de l’autorité militaire, défense nous est faite de continuer cette rubrique.

Nous exprimons donc aux personnes qui nous avaient adressé des renseignements à y insérer, le regret de ne pouvoir leur donner satisfaction.

Les journaux ne nous donnaient déjà pas beaucoup d’indications sur les événements malheureux accablant notre pauvre ville de Reims. Désormais, nous ne serons probablement plus informés de rien ; l’autorité militaire en a décidé ainsi. Cela m’incite à continuer de prendre mes notes, à les tenir exactement au courant et à observer.

– Le journal parle ensuite du cours des denrées :

Sur les marchés. Le marché du samedi était assez bien approvisionné ; voici lecoursmoyen des denrées :

Pommes de erre longues, de 0.25 à 0.30 le kilo ; oignons 0.30 à 0.35 ke kilo, échalotes, 0.40 le kilo ; haricots, 0.25 le ½ kilo, beurre, de 2 F à 2.40 le kilo ; maroilles, de .50 à 1.60 la pièce.

Le lapin et la volaille, peu abondante, – prix variable.

À la criée municipale, le bœuf est vendu de 1.60 à 2.0 le kilo.

– Enfin, sous la rubrique « Dans Reims », nous lisons encore :

Depuis que le CBR a repris le service sur Fismes et Dormans, le nombre de nos concitoyens qui en ont profité pour évacuer notre ville, se chiffre par près de 6000.

Des trains supplémentaires durent être formés dans les premiers jours où ce service fut organisé, tant l’affluence était grande.

Depuis les trains réguliers seuls fonctionnent.

– Et faisant suite à l’information précédente, ce qui suit :

Dans les rues et les avenues pouvant être fréquentées sans danger, on ne peut guère poser les pieds sans écraser du verre pilé.

N’y aurait-il pas moyen de remédier à un tel état de choses.

En effet, depuis six semaines, les trottoirs de la plupart des rues passagères sont littéralement couverts de verre cassé provenant des glaces des devantures, ou des très nombreuses vitres brisées par le choc d’éclats ou la violence des déplacements d’air, produits lors des explosions d’obus.

– L’autorité militaire a fait insérer cet avis :

Avis de l’autorité militaire. Les habitants sont invités à recueillir les objets d’armement, équipement et harnachement trouvés sur les champs de bataille et à les remettre aux commandants d’Étapes d’Ay, Épernay, Oiry et Chalons.

Ils recevront immédiatement une prime s’élevant à : ·

  • 10 f pour un fusil ·

  • 8 f pour une selle, ·

  • 6 f pour une bride complète, ·

  • 3 f pour un licol, ·

  • 3 f pour un havre-sac, ·

  • 2 f pour un ceinturon, ·

  • 2 f pour une baïonnette avec fourreau, ·

  • 1 f pour une baïonnette sans fourreau, ·

  • 0.50 f pour une cartouchière,

ces objets étant en état suffisant pour être utilisés.

Au cas où d’autres objets seraient présentés, il serait attribué aux porteurs, une prime proportionnelle à leur valeur, d’après les bases du tarif ci-dessus.

Par contre, tout particulier qui sera trouvé possesseur d’objets appartenant à l’armée au-delà d’un délai de quinzaine, après le départ des commandants d’étapes de champ de bataille, sera passible de poursuites pour vol et recel.

Ceux qui, passé ce délai, découvriraient des objets abandonnés, devraient les déposer immédiatement à la mairie la plus voisine.

– Un lecteur du journal lui a adressé une nouvelle lettre, « à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis ».

– Dans l’Eclaireur de ce jour, nous trouvons un nouvel appel de la Croix-Rouge, ou de son président ; le voici :

La Croix-Rouge française. Société française de secours aux blessés militaires.

Les membres de la commission exécutive, ainsi que le personnel des hôpitaux (médecins, pharmaciens, administrateurs, comptables, infirmières et brancardiers) demeurés à ce jour à Reims et susceptibles de continuer leurs fonctions, sont instamment priés de se faire inscrire rue de Vesle 18, à la permanence, dans la matinée de neuf à onze heures.

Le président : M. Fabre

– Le même journal publie plus loin ceci :

Les « on-dit ». Parmi les « on-dit » qui circulent suivant la fantaisie des uns et des autres, il en est un qu’il nous est permis de démentir officiellement, c’est celui qui vise l’évacuation de la ville, qui n’a d’ailleurs jamais été envisagée par la municipalité.

– Dans les derniers numéros de L’Éclaireur, nous avons trouvé des en-têtes en lettres énormes, pour annoncer :

Le 5 octobre : « La situation est généralement favorable. Notre aile gauche a repoussé un violent effort de l’ennemi. L’armée du Kroprinz a été de nouveau refoulée. »

Le 7 octobre : « …La grande victoire russe sur les allemands. »

Le 8 octobre : « Situation de plus en plus favorable. Les Allemands tentent un mouvement débordant sur notre aile gauche. Nous continuons à gagner du terrain sur Soissons et Berry-au-Bac. »

Le 11 octobre : « La bataille se poursuit à notre avantage, etc. Les Russes et les Serbes continuent à avancer. »

et tout ceci est simplement la reproduction d’extraits du communiqué, dont les journaux, ainsi que leurs lecteurs doivent se contenter.

Comme nous nous souvenons trop bien que « l’informateur de Reims » nous apprenait déjà, en gros caractères, le 1er septembre : « Les Français continuent de supporter le choc des Allemands et leurs infligent des pertes considérables, » alors que les éclaireurs ennemis entraient dans Reims, le surlendemain, nous ne pouvons véritablement pas nous emballer, aussi, préférons-nous attendre pour nous réjouir.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Pas de bombes. Canonnade presque continue des Français. Nuit, pas de bombes sur la ville. Violente canonnade de temps en temps. Prise d’Anvers par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Ce dimanche, en sortant de la grand’messe de St Jacques, Mme Henri Bertrand me présente ses condoléances émues et me dit avoir entendu parler depuis 3 semaines déjà du décès d’André ; elle n’en avait parlé à personne, craignant de se faire l’écho du fausse nouvelle, et c’est seulement à l’église qu’elle y a cru réellement en voyant mon accablement.

Son mari est en bonne santé, mais c’est à peine si elle peut me le dire, tant l’impressionne l’infortune de Marie-Thérèse.

Au déjeuner de midi, nous avons Mme Jacquesson qui vient d’apprendre l’hospitalisation de son fils à St Brieuc : à Dammartin, il a reçu une balle qui, traversant la cuisse gauche, s’est arrêtée dans la droite sans occasionner de fracture.

Il n’a pas beaucoup souffert de sa blessure, et escompte un prompt rétablissement.
– M. Cohen, du petit Paris, m’apprend la mort de son fils, ainsi que celle de Robert Denoncin ; lui aussi connaissait avant moi celle d’André, c’est pour quoi la crainte de me rencontrer l’éloignait depuis quelques temps de la maison.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Dimanche 11 octobre

Les Allemands sont entrés dans Anvers, dont quelques forts tiennent encore, mais l’armée belge est sortie de la ville avant l’occupation, et la victoire de l’ennemi s’en trouve d’autant diminuée.
Notre ligne dans tout le nord de la France demeure intacte, et c’est là un succès pour nous, eu présence de la violence des attaques germaniques. Autour de Lille, à la Bassée, Armentières, Cassel, les engagements de cavalerie continuent. Une grande action se déploie au nord, au sud et à l’est d’Arras; nous avons progressé au nord de l’Oise et prés de Saint-Mihiel.
Les Russes, peu à peu, refoulent les Allemands qui essayaient de se défendre à la frontière de la Prusse orientale, et qui ont perdu 60.000 hommes à la bataille d’Augustovo.
Le roi Carol Ier est mort à Sinaïa, dans son palais d’été, à l’âge de soixante-quinze ans. Son neveu Ferdinand lui succède. Il se peut que ce changement de monarque revête une grande importance au regard de la politique européenne, car deux partis se heurtaient à Bucarest : un parti populaire, soutenu par l’opinion politique et qui réclamait l’entrée en scène de la Roumanie aux côtés de la Triple-Entente; un parti de cour qui se groupait autour de Carol Ier, un Hohenzollern, hostile, bien entendu, à une évolution diplomatique trop accentuée.
Le gouvernement italien cherche un successeur au ministre de la Guerre, le général Grandi, qui a donné sa démission presque en même temps que le sous-secrétaire d’État, le général Tassoni. Ce cas est délicat, l’état-major réclamant de grosses dépenses. Il se pourrait que le ministre des Affaires étrangères, M di San Giuliano, rentrât dans la vie privée.

 

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