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Mardi 10 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 10 avril 1917

941ème et 939ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Toujours le même temps avec bourrasques de neige, de grésil, etc…  il fait réellement froid. Toute la nuit nos canons ont grondé et parfois je croyais que c’était des obus qui nous arrivaient dans le voisinage, aussi étais-je inquiet et ai-je mal dormi. Et puis cette vie de cave !! Des rayées de beau soleil. Toute la matinée assez calme…  mais la Bataille vers Brimont ne discontinue pas depuis hier midi. Aussitôt levé, je déjeune rapidement. Je dis levé !! c’est une manière de parler, car voilà 4 jours que je ne me déshabille pas !! aussi toilette fort sommaire, on économise l’eau qui nous est refusée puisque les conduites sont toutes coupées. Hier nous avons pu en ravoir un peu, mais de l’eau de ruisseau.

Je vais au Palais de Justice porter une lettre pour ma chère femme et prendre ce qui m’est arrivé de courrier. En route je remarque de nouvelles étiquettes sur les portes, priant de s’adresser à la maison d’à côté ou d’en face, à M. X ou Y…  Combien en aurais-je vu de ces avis, tristes comme un adieu.

A la Poste je trouve des lettres, une de ma femme qui s’inquiète beaucoup de moi, elle me donne de bonnes nouvelles de Robert du 7/8, me dit que Jean est reçu aspirant 143ème sur 600, et qu’il est affecté au régiment de son frère au 61ème d’artillerie. Puisse ces deux grands se retrouver, eux qui ne s’étaient jamais quittés avant il y a 1 an. Je termine ma lettre commencée et je tâche de rassurer ma pauvre chère femme. Quand donc pourrais-je aller la rassurer complètement, définitivement. Et cependant, quand j’y songe, je ne puis croire que cela dure encore longtemps, et que les allemands ne tardent pas à se retirer et déguerpir. Je cause avec les employés des Postes, de braves gens. Rencontré le sous-préfet…  vaseux comme toujours. Je vais jusqu’à la Mairie où je vois le Docteur Langlet, de mauvaise humeur plutôt, çà passera. Houlon, Raïssac, soucieux comme toujours, rencontré aussi Charlier, Honoré, qui protestent contre les pillages éhontés des troupes ; Cette nuit Honoré a presque été obligé de se battre avec ces saoulards.

Il a préparé un rapport pour la Place. Ce qu’il vient de me dire tout à l’heure a fait du bruit, qu’on en fusille quelques uns, que les officiers, au lieu de faire la noce avec des femmes tiennent leurs hommes cela n’en tarde que mieux, sinon il y aura des rixes et des bagarres. Certains ne parlent rien moins que de tirer sur les soldats quand ils en trouveraient en train de piller.

Je repasse chez Michaud prendre le Matin et l’Echo, puisque nous ne pouvons plus avoir de journaux du soir, ceux de Reims ne paraissant plus ! Le Courrier de la Champagne depuis quelques jours et l’Éclaireur de l’Est à partir de demain. Je redescends au commissariat du 1er canton, où stationne toujours la même foule d’émigrants, calmes, résignés. Pas un mot, pas un cri. Ces embarquements se font sans bousculade et sont parfaitement réglés et opérés par le Commissaire de Police Carret, son secrétaire et Camboulive. Je signale la conduite de M. Carret qui a été parfaite, homme de sang-froid et de tête. C’est le meilleur de nos commissaires de Police. Speneux, 3ème canton, un brave homme qui boit. Gesbert, 2ème/4ème canton, un policier qui ne se compromettra jamais, pas franc et auquel je ne me fierais pas. Le vrai type de policier cauteleux et fourbe. Je cause avec le brigadier Camboulive qui me dit qu’à chaque voyage on peut prendre 275 voyageurs, 25 par voiture. Il estime que pour le canton il y a déjà 2000 départs. J’entre chez Mme Regnault où j’écris un mot à ma pauvre femme pour la rassurer, que je remets à une évacuée qui la mettra à la Poste à Épernay. Je repasse chez Melle Payart qui pleure, ainsi que sa compagne Melle Colin. Je ne sais que leur dire, c’est délicat de donner un conseil. Elles craignent un départ par ordre et filer à pieds. J’ai beau m’évertuer à leur dire que cela n’est pas possible d’après ce que je sais. Rentré pour déjeuner, j’écris des lettres, vers 2h je retourne à la Poste. Rien de nouveau. Le sous-préfet s’est installé dans le cabinet du Président, près du greffe de Commerce. Je pousse jusqu’à la Ville. Dans le cabinet du Maire Raïssac et Houlon. A peine entré le Général Lanquetot, commandant la Division, entre. Je me retire et attend qu’il soit parti. Quand il sort je cause quelques instants avec Houlon qui me dit que le Général venait dire au Maire : « Qu’il avait reçu l’ordre formel du Gouvernement de ne faire aucune évacuation par ordre ou par la force, que cette évacuation était laissée à l’initiative individuelle et de la municipalité qui pouvait, si elle voulait, user de persuasion et même de légère pression si bon lui semblait, mais que néanmoins (malgré le délai annoncé, 10 avril 1917 comme dernier délai de rigueur) il se tiendrait à la disposition de la municipalité pour leur fournir des automobiles militaires s’il y avait de nouveaux départs !… » Bref on laisse libre les habitants de rester ou de partir. C’est ce qu’on voulait.

Je demande à Houlon s’il a parlé au général des pillages de ces jours derniers et d’hier ? Non. Je le regrette, et lui signale la scène scandaleuse que j’avais vue hier après-midi sous le péristyle du Théâtre vers 3h1/2 à 4h en quittant l’abbé Camu, une 10aine (dizaine) de soldats du 410ème de ligne cantonnés là qui étaient ivres comme des Polonais. Ce n’était pas avec leur quart de vin qu’ils avaient pu se mettre dans cet état. Quand donc serons-nous débarrassés de ces gens-là. Il parait que ce matin, place des Marchés, devant chez Pingot, on trouvait des bouteilles de Champagne vides et pleines dans la rue… !!

En parlant d’évacuation, voyant 2 officiers d’intendance suivre 2 filles et chercher un refuge pour leurs amours de passage, je dis à Houlon et Charles : « Tenez, ce ne sera pas ces femelles-là qu’on évacuera ».

Ce sera plutôt des honnêtes gens comme nous ! Il était de mon avis. Il me demande de noter tout cela sur mes notes, car, ajouta-t-il, « on en aura besoin, ainsi que de votre témoignage après la Guerre. Vous avez été un témoin impartial parce que pas dans la municipalité, et vous pourrez dire ceux qui ont été courageux et ceux qui auront été lâches. Je le lui promets. En le quittant je repasse par l’archevêché, où je vis Mgr Neveux à qui je rapportais la déclaration du Général Lanquetot. Il me confirma que nul des prêtres de Reims n’avait songé à quitter la Ville, et que du reste Son Éminence avait donné ordre que chacun restât à son poste. Il n’y a que l’abbé Dardenne qui faisait l’intérim de Saint Jean-Baptiste, sa paroisse n’existant plus, à qui on a conseillé de partir. Je le quitte pour aller voir Melles Payart et Colin et leur dire ce que je viens d’apprendre sans commentaires. Je paie à Melle Payart les provisions qu’elles m’avaient remises ce matin, un jambon entouré, du sucre, du chocolat pour 29,35 F…  Nous causons, elles sont très hésitantes. Je rentre chez moi et me mets à ces notes. Vers 4h1/2, voilà mes braves filles Melles Payart et Colin souriantes, la bouche en cœur, ce ne sont plus les larmes de tout à l’heure, qui me déclarent ! Eh ! bien nous restons !! Alors je leur rendais leurs provisions. Je taquine Melle Payart et lui reproche de m’avoir mis l’eau à la bouche avec son jambon que je n’aurais même pas goûté…

Pourvu qu’elles aient une bonne inspiration et que rien ne leur arrive. Ce serait un remord de les avoir presqu’engagées à rester. Et puis surtout que nous soyons bientôt dégagés. On dit le communiqué très bon. Les Anglais auraient avancés de 3 à 4 kilomètres entre Arras et Lens, fait 5 à 6000 prisonniers dont 377 officiers, et quantité de matériels. Allons-nous avoir enfin la victoire…? Et pour nous la Délivrance. Délivrance à laquelle je n’ose presque plus croire ni penser.

8h soir  Vers 7h, Ovide, le gardien des maisons de Louis de Bary, vient de me prévenir que des soldats du 1er Génie, logés près de l’immeuble de la rue Lesage sont ivres morts, ayant pillé du vin soit chez la voisine, soit chez Louis de Bary. Je lui ordonne d’aller à la Place et de faire arrêter les pillards. 1h après il revient me dire que les gendarmes ont arrêté sous ses yeux 6 soldats du 1er Génie ivres. 3 qu’on est obligé de mettre dans une voiture, incapables qu’ils sont de pouvoir marcher, les 3 autres ont pu partir à pied ! J’écris cela à Raoul de Bary, mon co-séquestre, en le priant d’en référer à nos députés et au Ministre de la Guerre.

II faut que ces pillages honteux cessent, pillages tolérés pour ne pas dire suscités par les officiers. Il n’y a qu’un moyen de faire cesser cela, non pas sévir contre le soldat, mais punir rigoureusement (peine de mort ou dégradation) l’officier ou le sous-officier immédiat de ces hommes. Deux ou 3 cas comme cela et les galonnés musèleront leurs soldats et les tiendront. Mais ces officiers immédiats en profitent et forcément ferment les yeux.

Ovide me disait que rue Pluche l’autre jour lors des incendies des soldats attendaient, cachés derrière les coins des rues que les pompiers fussent partis et que les décombres soient éteintes pour courir aux caves et les piller.

L’insistance de l’autorité militaire à vouloir faire partir les habitants est toute expliquée par ces quelques faits. C’est un soufflet pour eux dont ils ne se laveront jamais. Si je survis, mon témoignage vécu sera là pour le rendre plus retentissant, en plein jour, et en pleine lumière.

Je verrai demain si je n’aurais pas à écrire au Procureur de la République.

Nous sommes descendus en cave à 8h, les obus sifflaient, mais cela parait avoir cessé. Il est 8h25. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. Mes 3 Parques dorment déjà. Hélas ! Quand pourrais-je sortir des ce tombeau et reprendre un peu une vie humaine et civilisée, vie de bête traquée…  par la mort. Quelle vie, quel martyr, quelle agonie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 avril 1917 – Départ de ma sœur, Mme Montier, à 6 h, pour Châlons s/Marne. Au point de vue de son propre intérêt, de sa sécurité, c’est avec la plus grande satisfaction que je la vois s’éloigner de Reims.

Quelle va être dès aujourd’hui ma nouvelle organisation per­sonnelle ? Nous verrons. Pour le moment, je pense pouvoir, au pis aller séjourner provisoirement à l’hôtel de ville, où vivent déjà, jour et nuit, quelques employés, et lorsque l’heure est venue de me rendre au bureau, j’y transporte mes effets, déménagés de la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire un sac à main avec une musette con­tenant un peu de linge.

La mairie est encore une fois l’hôtel du plein air, avec ses grandes fenêtres où flottent les lambeaux du dernier calicot — posé déjà à trois ou quatre reprises, en remplacement des vitres. Il y fait froid ; temps de giboulées. Le vent enlève et fait voltiger les débris de matériaux.

La canonnade terrible qui tonnait au loin depuis plusieurs jours, redouble d’activité ; elle est assourdissante aujourd’hui, au point que, dans le bureau, nous ne nous comprenons pas en nous parlant à l’oreille. En même temps, le bombardement est toujours très dur et serré. Nous en arrivons vite à examiner la question de notre installation à demeure à l’hôtel de ville. Cullier décide d’y coucher dans la partie du sous-sol où ont déjà pris place des se­crétaires, inspecteurs, brigadiers ou agents de la police, ainsi que des employés ou appariteurs. Un emplacement m’y est réservé pour le cas où il me serait impossible de regagner, le soir, le n° 10 de la rue du Cloître, maison de mon beau-frère, où je crois pouvoir élire domicile à partir de demain.

Depuis le 6, c’est-à-dire en quatre jours, on compte une qua­rantaine de victimes civiles, qui doivent être enterrées d’une façon des plus sommaires, par les soins de M. Adam, employé à la So­ciété des Pompes Funèbres, resté seul à Reims, de ce service, ad­judicataire de l’entreprise des inhumations et aidé en cela par le petit groupe des courageux brancardiers volontaires, pour les pré­paratifs ou les formalités indispensables d’identification, avant l’acheminement vers le cimetière.

Le journal Le Courrier de la Champagne a cessé de paraître le 7, samedi dernier. Aujourd’hui, L’Éclaireur de l’Est, annonce, lui aussi, qu’il arrête sa publication.

— Après avoir dîné à la popote de la « comptabilité » je re­tourne aux caves hospitalières de la maison Abelé, où ma foi, je vais passer encore une nuit, pour répondre à l’offre aimable qui m’en avait été faite et que j’avais acceptée éventuellement, car il faut compter, surtout maintenant et de plus en plus, avec le peu de possibilité de circuler que les Boches ne se font pas faute d’inter­dire absolument, en faisant intervenir brutalement leur artillerie, d’un moment à l’autre. Chemin faisant, c’est avec surprise que je vois brûler, du haut en bas, l’hôtel Olry-Roederer, 15, boulevard Lundy, par suite, certainement de l’arrivée d’un obus incendiaire. Sans les crépitements produits par les flammes qui le dévorent, mon attention n’aurait pas été attirée à ma gauche, tandis que je traversais le boulevard pour gagner la rue Coquebert, car il n’y a même pas un curieux pour le regarder flamber.

La ville offre un aspect lugubre, celui des plus mauvais jours ; personne dans les rues. Les risques augmentent journelle­ment ; la population s’est réduite à vue d’œil. Reims est déserte comme elle ne l’a pas été encore. Ceux des habitants qui restent savent que les précautions, même les plus sérieuses sont insuffi­santes pour leur donner la moindre garantie, mais ils espèrent fermement que l’offensive dont on a parlé va bientôt les libérer et leurs espoirs sont d’autant plus tenaces, actuellement, que voilà deux ans et demi qu’ils les nourrissent en persistant dans l’opiniâ­treté.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 10 – Nuit moins terrible ; grande activité de notre grosse artille­rie. Les Allemands lancent moins de bombes. Aéroplanes dès le matin ; + 4°. A 8 h. matin, quelques bombes sifflent. Violent travail de notre artillerie sur Brimont (?). Dans l’après-midi bombes continuellement lancées par les Allemands sur… Dans la journée giboulées de grêle et de neige. Violents bombardements ; violente canonnade toute la nuit. Incendie place Godinot. Couché dans mon bureau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 10 avril

De la Somme à l’Aisne lutte d’artillerie et rencontres de patrouilles.

Au nord-ouest de Reims, une attaque allemande sur nos positions, en face de Courcy, a échoué sous nos tirs de barrage. Au sud de cette localité, deux détachements ennemis ont été repoussés après un vif combat à la grenade.

Dans la région de Maisons-de-Champagne, nous avons réalisé quelques progrès.

L’armée britannique a attaqué l’ennemi sur un large front. Du sud d’Arras au sud de Lens, elle a pénétré partout dans les lignes ennemies, réalisant sur tout les points une progression satisfaisante. Vers Cambrai, elle a enlevé les villages de Hermies et de Boursies et pénétré dans le bois d’Havrincourt. Du côté de Saint-Quentin, elle s’est emparée de Fresnoy-le-Petit et avancé sa ligne au sud-est de Verguier. Le chiffre des prisonniers paraît considérable.

L’Allemagne se refuse à reconnaitre l’état de guerre entre elle et l’Amérique.

La république de Cuba, après avoir déclaré la guerre à l’empire germanique, a prescrit la saisie de tous les bâtiments allemands qui se trouvaient dans ses eaux.

Goutchkof a révoqué deux généraux responsables de l’échec russe du Stokhod.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 5 avril 1916

Louis Guédet

Mercredi 5 avril 1916

571ème et 569ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Assez tranquille, temps de pluie froide. Tout pousse et verdoie étonnamment, mais j’ai le cœur en loques. Reçu 2 lettres, l’une de Madeleine et une de mon petit Maurice ! J’aimerais mieux que ce pauvre petit ne m’écrive pas, cela me fait trop mal. Quelle journée de souffrances morales !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

5 avril 1916 – Dans Le Courrier de la Champagne d’aujourd’hui mercredi, nous lisons ce compte-rendu mi-figue, mi-raisin des dernières séances de bombardement :

Le bombardement
(557e jour du siège).

Avant-hier, une centaine d’obus sont tombés aux extré­mités de la ville.

Hier, journée calme, coupée par quelques rares coups de canon. Un obus est tombé à l’extrémité de la ville.

Alors que le communiqué officiel et les journaux ont si­gnalé, dès le lendemain, les huit bombes tombées sur Dunkerque, il n’est pas encore question du millier de bombes tombées dimanche sur Reims.

Reims et une ville bien oubliée. Il n’y a que le ministre des Finances et ses agents qui songent encore à elle.

A l’avant, on nous envoie des marmites. A l’arrière, on nous envoie des feuilles de contributions. Agréable position.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 5 – Nuit tranquille ; + 6 ; pluie toute la nuit. Obsèques de M. l’Abbé Choimet, aumônier militaire à Sainte-Geneviève. Allocution à l’as­sistance, en présence des chefs et des soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 5 avril

Au nord de l’Aisne et en Argonne, nous exécutons des tirs efficaces sur les batteries ennemies.
A l’ouest de la Meuse, une attaque ennemie, dirigée sur le village d’Hautcourt, a totalement échoué.
A l’est de la Meuse, le bombardement a repris au cours de la journée avec une grande violence entre Douaumont et Vaux. Les Allemands ont lancé une très forte attaque sur nos premières lignes. Leurs vagues d’assaut successives ont été fauchées par notre artillerie et notre infanterie, et ils ont dû refluer sous le bois du Chauffour, où nos batteries leur ont encore fait subir des pertes considérables.
En Woëvre, duel d’artillerie au pied des Côtes-de-Meuse.
Dans les Vosges, une attaque allemande a été rejetée devant nos tranchées de Seppois.
Un de nos dirigeables a bombardé la gare d’Audun-le-Roman.
Trois hydravions autrichiens ont été détruits par les Italiens après un raid sur Ancône.
L’activité d’artillerie reprend en avant de Salonique.
Les Russes ont accompli de nouveaux progrès en Arménie et les Turcs sont pris de panique en Asie Mineure.


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Vendredi 24 mars 1916

Mission roumaine en visite à Reims le 24 mars 1916

Le 24 mars 1916 : mission roumaine

Le 24 mars 1916 : mission roumaine


 Louis Guédet

Vendredi 24 mars 1916

559ème et 557ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours le silence, c’est extraordinaire, cela m’inquiète plus que la canonnade ? Que se prépare-t-il ?……………………………………………. Il parait qu’il arrive canons sur canons……………………..

Ce matin audience de conciliations : conseils de familles, locataires qui ne veulent pas payer leurs loges : « C’est la guerre, nous ne devons donc pas payer notre loyer ! » Et puis rien à obtenir d’autre !! C’est à gifler ces gens-là ! Rentré à midi 1/2 et puis fait mon courrier. Je suis revenu à pied du Palais. Je n’ai pas trop souffert, mais j’ai mis 1/4 (d’heure) quand j’avais pour 5 minutes ordinairement…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 mars 1916Le Courrier d’aujourd’hui parle d’une pétition adressée au Gouvernement et aux Chambres, par le syndicat des maitres-imprimeurs de Maine-et-Loire, en vue de faire réglementer la consommation de papier. Il demande que les journaux paraissent uniformément avec deux pages d’impression seulement (1) afin d’apporter un remède à une situation qui pourrait devenir désastreuse pour l’industrie du papier, et de protéger la papeterie française contre la concurrence du dehors.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
(1) Une partie de la presse édite des journaux à 4, 6 et même 8 pages.

Cardinal Luçon

Vendredi 24 – Nuit tranquille ; + 5 ; pluie pendant la nuit. Journée tranquille, sauf quelques gros coups de canon. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Alfred Wolff

Calme tout le long du jour. La presse nous apprend que les Russes attaquent sur 160 kilomètres,  que la conférence des Alliés produira d’excellents effets, « J’y compte bien ! »
Quelques nouvelles : Nombreux trains boches déversant de la troupe à Bazancourt.
Quatre déserteurs du 58e sont passés aux Boches. Division Marocaine serait cantonnée à Pévy, Trigny, etc.
Action fuse sur les ailes du Mont Berru, Vitry. Les usines électriques amassent de l’énergie ? …

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Vendredi 24 mars

Au nord de l’Aisne, tir de destruction sur les ouvrages allemands du plateau de Vauclerc. En Argonne, nous exécutons de nombreuses concentrations de feux sur les organisations ennemies, les routes et les voies ferrées de L’Argonne orientale et sur le bois de Malancourt. L’ennemi n’a pas renouvelé ses tentatives sur le petit mamelon d’Haucourt, dont nous tenons le réduit. Bombardement soutenu de notre front Béthincourt-Le Mort-Homme-Cumières. Canonnade à l’est de la Meuse et en Woëvre, mais aucune action d’infanterie. A l’ouest de Pont-à-Mousson, par un coup main, nous enlevons une tranchée et faisons quelques prisonniers à Faye-en-Haye. Dans les Vosges, nous bombardons les cantonnements ennemis aux environs de Muhlbach. Les Russes ont enlevé un bois et un village dans leur secteur nord, près de Jacobstadt. Plus au sud, ils ont conquis une ligne de tranchées près du lac de Sékly. Sur la rive du lac Narotch, ils se sont emparés de trois lignes de tranchées en faisant plus de 1000 prisonniers. Leurs troupes du Caucase poursuivent leur marche sur Erzindjan. l’Emprunt allemand n’a pas produit les résulats attendus. L’Angleterre sera représentée à Paris, à la conférence des alliés, par M. Asquith et par lord Kitchener.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 24 février 1916

Mme Caristie Martel devant la cathédrale.jpg

Paul Hess

24 février 1916 –  Dans un article, aujourd’hui, Le Courrier de la Champagne s’élève contre un appel à l’opinion en faveur de la « reconstruction de la cathédrale de Reims », lancé par M. Camille Le Senne, tout en remémorant en tenues comiques et plutôt irrévérencieux une autre initiative passée pour ainsi dire inaperçue, le mois dernier.

Voici la reproduction de cet article :

Faut-il reconstruire la cathédrale ?

M.  Camille Le Senne, un des imprésarios de la petite drôlerie de la place du Parvis, lance un « appel à l’opinion » en faveur de la « reconstruction de la cathédrale de Reims « .

Faut-il rappeler à cet ardélion que la cathédrale de Reims n’a pas besoin d’être reconstruite? N’a-t-il pas constaté lui-même de visu que les murs, les tours et les voûtes étaient encore debout.

Il ne peut être question que de la réfection des toitures et des charpentes, de la restauration des parties mutilées, et d’une reconstitution de beaucoup de statues et de détails ornementaux. Sur les conditions dans lesquelles ces travaux devront être faits, il y a évidemment matière à discussion, mais le moment n’est pas encore venu de se livrer à cette discussion.

Dans La Libre Parole, M. Remondet s’oppose en termes lyriques à la « reconstruction de la cathédrale ». Encore !

La cathédrale, dit-il, a désormais sa mission de propagande dans le monde. Ses blessures qui ne doivent pas se refermer, elle les étalera pour vouer à l’opprobre la race allemande.

Tout cela, comme disait l’autre, c’est de la littérature. Certes — et S.E. le cardinal-archevêque de Reims a traduit le premier ce désir de tous les Français — il n’est pas mauvais que la cathédrale reste quelque temps dans son état actuel, pour attester au monde le savoir-faire des descendants d’Attila. Mais les Rémois veulent que leur cathédrale revive avec leur ville. Ce ne serait pas la première fois qu’ils lui rendraient sa splendeur première, puisque l’incendie de 1341 lui avait fait subir autant, sinon plus, de ravages que les bombardements de 1914-1915.

Quant à la petite cérémonie à laquelle le rédacteur fait allusion, elle s’est passée le samedi 22 janvier dernier, à 14 h 1/2.

Ce jour-là, M. Camille Le Senne, président du Souvenir littéraire et un petit groupe de personnes s’étaient rendus sur la place du Parvis, où Mme et M. le Dr Langlet ainsi que quelques conseillers municipaux, vraisemblablement invités, étaient venus les rejoindre.

Après les présentations, le président du Souvenir littéraire avait ainsi fait connaitre, dans une allocution au maire, les visiteurs qui l’accompagnaient : « Mme la comtesse de Chabannes-Lapalice,
qui a gagné par son infatigable dévouement a nos services hospitaliers le glorieux insigne de la croix de guerre » ; « notre infatigable et vaillant ami, le comte de Chaffaut, qui fut en 1870 le plus jeune
volontaire de nos armées et est aujourd’hui le délégué de la bienfaisante société France-Belgique » ; « Mme Caristie Martel, de la Comédie-Française, muse du peuple, devenue la muse des armées de
la République. »

A l’étonnement des rares passants, cette dernière avait récité des strophes sur la cathédrale mutilée, dues a M. Le Senne.

Voici d’ailleurs comment le journal du 24 janvier parlait de cette réunion :

…Après les remerciements de M. Langlet, la cérémonie prit fin.

Cette récitation, devant le fond incomparable du grand portail, ne manquait pas de caractère. Il n’est que juste de rendre hommage au talent de l’auteur du poème et a son interprète. Pourtant la cérémonie nous sembla un peu falote, tant a cause du petit nombre des assistants, que de la hâte
avec laquelle elle se déroula. En même temps qu’elle, se déroula un film que l’on verra sans doute quelque jour dans les music-halls  parisiens.

Tout finit maintenant par le cinéma, au cinéma. .. et au profit du cinéma. ..

Bien des Rémois, je crois, avaient été seulement un peu surpris d’avoir en a lire, dans deux colonnes du journal, le récit très complet de cette courte manifestation.

L’incompréhension, sans doute, de la beauté du geste les avait laissés indifférents ; ils n’avaient éprouvé d’admiration ni pour I’allocution au maire ni même pour la poésie.

Ils avaient pensé tout bonnement, que les organisateurs et acteurs de ce que beaucoup d’entre eux osaient qualifier de « battage », pouvaient se féliciter de n’avoir pas eu, en même temps, à apprécier comme spectateurs, un impromptu de l’artillerie allemande. Justement, ses pièces faisaient relâche, à cette date.

— Calme assez étonnant depuis hier, qui nous laisserait supposer que les Allemands sont préoccupés avec leurs vives actions d’infanterie signalées au nord de Verdun — qu’ils ont probablement déplacé des troupes et peut-être du matériel.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mme Caristie Martel devant la cathédrale.jpg

Mme Caristie Martel devant la cathédrale – Source : Wikimédia


Cardinal Luçon

Jeudi 24 – Nuit tranquille, sauf quelques bordées de canon de temps en temps. Température, – 4. Aéroplane français. Canonnade de temps en temps.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 24 février

En Belgique, un tir de notre artillerie a ouvert plusieurs brèches dans les tranchées allemandes en face de Steenstraete.
En Artois, nous avons repris plusieurs points près de Givenchy.
L’action au nord de Verdun s’est marquée comme une attaque très importante entreprise avec des moyens puissants. La bataille a continué avec une grande intensité et nos troupes, qui l’ont soutenue énergiquement, ont infligé d’énormes pertes à l’ennemi. Le bombardement d’obus de gros calibre, de part et d’autre, s’est étendu sur 40 kilomètres. On a constaté la présence de troupes allemandes de sept corps d’armée différents.
L’ennemi a vainement essayé de nous déloger de nos positions au débouché du village de Haumont; nous avons repris la plus grande partie du bois des Caures; a l’est de ce bois, l’ennemi a pénétré dans celui de la Ville. Au nord d’Ornes, ses assauts ont été enrayés.
En Alsace, nous avons repoussé une attaque au sud-est du bois de Carspach, près d’Altkirch.
Les Russes accusent une série de succès de la Courlande à la Strypa.
Un article officieux de la Gazette de Cologne menace l’Amérique de la rupture.
Le président du Conseil russe, M. Sturmer, parlant à la Douma après M. Sasonof, a dit, comme lui, que la Russie irait jusqu’au bout avec ses alliés. Le tsar, pour la première fois, venait au Parlement.

 

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Jeudi 27 janvier 1916

Louis Guédet

Jeudi 27 janvier 1916

502ème et 500ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps gris, nuageux, anniversaire de la naissance du Kaiser ! Ainsi pour bien nous le resignifier avons-nous été arrosés (dans toute la Ville) copieusement pendant une 1/2 heure, 3/4 d’heure de 1h1/2 à 2h-2h1/4. J’étais à causer avec le Lieutenant-colonel Colas, commandant de Place, en face de chez Boncourt, au coin de la rue Libergier et de la rue Tronsson-Ducoudray, place du Parvis Notre-Dame et que nous allions vers le Palais de Justice où j’avais mon audience militaire de réquisitions, une détonation, un sifflement au-dessus de notre tête. C’était le commencement du bal ! Tout en continuant la consultation fiscale que le colonel me demandait, nous allons nous réfugier au Lion d’or, où je descendis un instant dans la descente de l’escalier de la cave. Puis je me décidais à aller au Palais où j’imaginais que l’on m’attendait.

Avant de me quitter le Colonel Colas m’a raconté un incident dont il craint d’être la victime à l’occasion de la fameuse visite des artistes de la Comédie Française de l’autre jour. Le Maire avait, parait-il, demandé au général Franchet d’Espèrey (Franchement désespéré, comme on le nomme) d’autoriser ces artistes à venir à Reims en automobile. Le Général avait catégoriquement refusé l’auto. Le Maire avait même insisté disant que c’était ennuyeux de les faire venir en simple hippomobile. Franchet d’Espèrey aurait été intraitable. Le Maire ne se rendit pas, et de ce pas se rendit près du Colonel Colas et lui dit que d’accord avec le Général il le priait d’accorder le laissez-passer – Colas marcha – et la scène de cabotinage dans la Cathédrale et celle de l’Hôtel de Ville (séance dictée par l’actrice !!) eurent lieu.

Les journaux la relatèrent. Et en lisant cela, colère furieuse de Franchet d’Espèrey, de voir qu’on n’avait pas tenu compte de son refus, qui (d’après ce que j’ai bien compris, cru (?) comprendre) ne voulait pas que ces artistes viennent à Reims cabotiner !! Colère qui provoqua la comparution de Colas quia reçu l’avalanche et qui…  s’attend à être…  déplacé ! Je le regretterai, car il me rendait service. En tout cas d’après cela le Maire aurait eu un singulier rôle dans tout cela. Et au plus, ce n’est pas cela qui facilitera les rapports de civils à militaires, qui cependant sont déjà assez peu…  cordiaux…

En quittant Colas j’allais au Palais où personne n’était encore arrivé. Audience plutôt courte. Racine (le sous-intendant) charmant malgré le jugement Hayon. Celui-ci m’a conté les démarches de Mignot et Cie au sujet des réquisitions en retard. Bref tout cela c’est la bouteille à l’encre, et le…  désordre du haut en bas !! Pauvre France ! Ce n’est pas consolant d’instruire de tout cela !

Rentré à 5h chez moi et mis mon courrier à jour et commencé à préparer ma valise.

Reçu lettre de ma pauvre femme qui me dit que Jean voudrait s‘engager – je n’ose refuser – mais cela me saigne le cœur. S’il était assez fort seulement. Et puis, est-ce que je n’ai pas assez payé mon tribut de peines, soucis, malheurs, épreuves, souffrances, angoisses, etc…  pour eux tous ! Il me faudrait encore voir cet enfant et aussi Robert son frère partir…  à la tuerie. Non, ce ne serait pas juste, je dois les conserver. Tout cela me serre le cœur et me tourmente beaucoup.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 janvier 1916 – Anniversaire du Kaiser. Dans la matinée, quelques obus sif­flent.

— Les collègues de la « comptabilité, qui sont maintenant ré­unis en popote, m’ayant invité à déjeuner, nous sommes à table dans le bureau, lorsque vers 13 h 1/4 un arrosage sérieux com­mence. Nous entendons explosions sur explosions d’arrivées, par toute la ville et les projectiles se suivent rapides. Il nous faut donc terminer avec ce dessert imprévu et vider les lieux, non sans avoir pris la précaution d’enlever précipitamment tout ce qui est néces­saire pour prendre le café, que nous allons déguster dans le petit réduit situé près de la salle des appariteurs.

En raison de l’heure et quoique le bombardement n’ait pas été des plus violents, — 116 points de chute mentionnés dans le rapport de police — il y a des victimes dans les rues de tous côtés. Cinq tués et vingt-cinq blessés parmi la population ; en outre, trois soldats tués rue de l’Union-foncière et d’assez nombreux blessés dans les cantonnements.

Le Courrier d’avant-hier 25, revenant sur les fantaisies de la censure, donnait cette information :

La Censure et l’Histoire de la guerre.

Jusqu’ici, la censure s’était montrée à peu près respec­tueuse des droits de l’histoire. Un jour, elle avait supprimé tout un fascicule de L’Histoire de M. Hanotaux, mais ceci se passait à Bordeaux, il y a plus d’un an.

Cette semaine, la censure s’en est prise à L’Histoire géné­rale et anecdotique de la guerre de 1914, de M. Jean Bernard, que publie avec un succès qui s’affirme tous les jours, la librai­rie militaire Berger-Levrault.

M. Jean Bernard avait reproduit le triste article du séna­teur Gervais sur le 15e Corps en août 1914. C’est un document qui a été reproduit partout ; l’auteur montrait combien ces ac­cusations étaient injustes et il citait les paroles de M. Millerand à la tribune. Il réfutait avec des faits techniques, fournis par un officier témoin de ces journées fiévreuses — ceci avait déjà été publié dans La Dépêche de Toulouse. Enfin, il terminait par un extrait de La Revue des Deux-Mondes.

La censure a tout sabré : l’article de M. Gervais, le dis­cours du ministre, les arguments parus dans La Dépêche de Toulouse et même l’opinion de La Revue des Deux-Mondes.

Le 5e fascicule vient donc de paraître avec des blancs et la mention légendaire : « Supprimé par la censure ».

Après la guerre, tout sera rétabli, bien entendu, et, en at­tendant, ce 5e fascicule qui va devenir rare, constituera une curiosité bibliographique.

A quelque chose, malheur est bon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Jeudi 27 – Nuit tranquille pour la ville ; + 10 ; très violente et bruyante canonnade française. Bombes sifflantes allemandes. Midi 1/2 bombes alle­mandes sifflent pendant 1/2 heure ou 3/4 d’heure. Visite de M. Berger (Con­seiller général, Maire de Loivre). Aéroplane à 3 h. Bombes : 3 tués ; École Ste Geneviève, rue de Savoye, rue Rogier, rue de Venise. Beaucoup de victimes

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 27 janvier

En Belgique, nous avons bombardé efficacement les tranchées et boyaux ennemis de la région de Steenstraete où l’on constatait des mouvements de troupes.
En Artois, activité d’artillerie. L’ennemi a fait exploser près du chemin de la Folie (nord-est de Neuville-Saint-Vaast) quelques mines, dont il a occupé les entonnoirs; près de la route de Neuville à Thélus, nous l’avons chassé des derniers entonnoirs qu’il avait pris.
Dans la région de Roye, notre artillerie a bouleversé, à l’ouest de Laucourt, un ouvrage que l’ennemi a été forcé d’évacuer. Nos patrouilles y ont pénétré et en ont rapporté du matériel abandonné par les Allemands.
Un zeppelin a lancé des bombes sur les villages de la région d’Épernay. Elles n’ont causé que des dégâts matériels insignifiants. Ce dirigeable a été canonné par nos auto-canons.
A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous avons cartonné les organisations allemandes du bois Le Prêtre.
Sur le front russe, duel d’artillerie le long de la Strypa. Un grand nombre de soldats allemands ont eu les pieds gelés. Près d’Erzeroum (secteur d’Arménie), nos alliés ont continué à capturer des Turcs.
Le congrès des Trade Unions britanniques se prononce en faveur de la lutte jusqu’à la victoire

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Jeudi 23 décembre 1915

Dancourt (Somme)

Louis Guédet

Jeudi 23 décembre 1915

467ème et 465ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps. Pas de canon proche, mais lointain. J’ai eu mon audience ce matin, conciliations, réquisitions et jugement. Hayon (contre Racine) cf. Autorité militaire. Je me déclare incompétent, sans aucune arrière-pensée. Je fais tous mes préparatifs de départ. Demain à 6h je filerai sur St Martin. Qu’est-ce qui m’y attendra. Je suis si las et si découragé…  Voilà donc les derniers mots que j’écris et prends pour 1915 ! Année lugubre, épouvantable, terrible et dure au dernier chef pour moi…  J’envisage l’arrivée de 1916 sans intérêt, comme sans goût, sans espoir. Je deviens indifférent à tout, à quoi bon faire des projets, songer à l’avenir…  Je ne puis qu’avoir des peines, des douleurs, des malheurs. Aussi que 1916 soit ce qu’il veut. Peu m’importe. «Ανἀγκη » Fatalité. Dégout de la Vie. Aucun espoir de joie ou de bonheur pour moi. C’est le malheur de quelque côté que je me retourne. Dieu m’a abandonné. Dieu m’abandonne. (Rayé). Alors, à quoi bon !! Espérer et croire. Il n’y a pas de justice, pour les malheureux, les parias comme moi. Aux autres bonheur et joie, à moi Malheur et malédiction. S’il n’y avait que moi encore qui souffre, mais ma pauvre femme ! mes pauvres enfants !!…

Je quitte 1915 sans regret ! J’entrerai dans 1916 sans espoir…  de chance, de bonheur, de Paix, de réussite pour moi et pour nos aimés !! Je crois que je suis maudit… ! 1916 dira !! Oui ou non ! si j’ai droit comme les autres au bonheur, à la chance et à la Prospérité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 23 – Nuit tranquille – + 5 degrés – Pluie. Visite du Général qui vient demander de prendre les cloches(1) pour servir à avertir de batterie en batterie de l’émission du gaz par les Allemands.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume
(1) Il semble qu’il y ait une constante dans l’attirance exercée par les cloches sur les armées, que ce soit pour les fondre ou les faire sonner en guise de tocsin. En l’occurrence, des douilles d’obus vides feront parfaitement l’affaire pour diffuser l’alerte aux gaz.

Jeudi 23 Décembre 1915. La femme de ton parrain est revenue avec ses enfants dans sa maison. Elle s’ennuyait trop. Mais comme disait le parrain depuis quelques temps, c’est tranquille. Les voilà revenus. Le bombardement va peut-être reprendre.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 23 décembre

L’avance que nous avons effectuée à l’Hartmannwillerskopf, nous avait valu la capture de 1300 Allemands dont 21 officiers, mais nous avons reperdu une partie des tranchées occupées par nous.
Canonnade intense en Belgique (Hetsas et Boesinghe).
Nous avons effectué des tirs heureux au sud d’Arras, près de Beaurains. Une de nos mines, en explosant, a endommagé une tranchée ennemie.
Près de Roye, à Dancourt, nous avons mis en fuite une forte patrouille allemande.
Sur les Hauts-de-Meuse (bois Bouchot), nous avons provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions.
L’artillerie belge a canonné les positions allemandes sur la rive gauche de l’Yser. Elle a achevé la destruction d’un blockhaus au nord de Dixmude.
Les Anglais ont infligé de sérieuses pertes aux Allemands près de Loos.
Le Conseil fédéral suisse a déclaré, en réponse à une interpellation, qu’il ne pouvait prendre, au moins pour le moment, l’initiative d’une intervention en faveur de la paix.
Le président du groupe parlementaire socialiste d’Allemagne, M. Haase, a donné sa démission de son poste, après avoir voté contre le
s crédits de la guerre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Mercredi 22 décembre 1915

Le Courrier du 22 décembre 1915

Louis Guédet

Mercredi 22 décembre 1915

466ème et 464ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  mauvais temps. Allocations militaires, sorties et insolences cet imbécile de (rayé). Surchargé de besogne. Après-midi été à l’intendance militaire où j’ai été reçu, comme de droit, comme un chien dans un jeu de quille…  d’embusqués. Relevé tout ce monde-là d’importance (Action de noter des observations ou des mesures). Je les attends. (Rayé) et autres embusqués rémois. Gare à l’application de la loi Dalbiez (loi assurant la juste répartition et une meilleure utilisation des hommes mobilisés et mobilisables) s’ils osent m’attaquer…  Non ! Ils sont trop bien rive gauche de la Vesle !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

22 décembre 1915. Aujourd’hui, Le Courrier de la Champagne a un article, en chronique locale, de deux colonnes supprimé par la censure, qui n’en a même pas laissé le titre, ainsi que cela est arrivé quelque­fois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 22 – Nuit tranquille en ville. Autour quelques coups de fusils. Visite du Père Pfisger, de M. Houlon, le Tertiaire.

Parlé à M. Camu au sujet de la cure de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 22 décembre

Le mauvais temps qui sévit généralement a gêné les opérations.
En Belgique et entre Soissons et Reims, nous avons bombardé des tranchées et dispersé des convois ennemis.
En Champagne, nous canonnons les ouvrages allemands de la butte du Mesnil.
Nous avons opéré un tir de destruction efficace sur un saillant du Haut-de-Rieupt, près de Pont-à-Mousson.
A l’Hartmannswillerkopf (Vosges d’Alsace), après une bonne préparation d’artillerie, nous avons déclenché une attaque d’infanterie. Nous avons occupé une bonne partie des ouvrages ennemis et fait des prisonniers.
Les Belges ont détruit par leurs obus un blockhaus construit dans la digue même de l’Yser. Ils ont atteint les cantonnements d’Eessen et de Clercken.
M. Asquith a annoncé aux Communes le rembarquement des troupes anglaises de Suvla (presqu’île de Gallipoli). Il n’y a eu que trois blessés.
Les élections grecques ont été un succès pour M. Venizelos, qui avait recommandé l’abstention. Un tiers seulement des électeurs ont voté. L’Allemagne et l’Autriche ont adressé des réponses évasives à la Grèce, qui leur demandait d’interdire aux Bulgares d’entrer sur son territoire. La Bulgarie elle-même menace le cabinet d’Athènes.
Prévoyant la rupture, les consuls austro-hongrois en Amérique se préparent à partir.
M. Asquith a demandé au Parlement anglais d’autoriser la levée supplémentaire d’un million d’hommes. Après un discours favorable d’un député ouvrier et un discours contraire du député irlandais Redmond, il a obtenu gain de cause.
Une flotte russe a bombardé le port de Varna, sur la mer Noire.
Le Reichstag a adopté les crédits de guerre de 12 milliards et demi. La minorité socialiste a voté contre.

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Vendredi 26 novembre 1915

Rue des Trois Raisinés

Louis Guédet

Vendredi 26 novembre 1915

440ème et 438ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps et giboulées de neige. Rien de saillant, toujours le calme. Ce matin assez occupé, des courses le soir, souscrit pour les obligations de défense nationale 5% (Ces obligations sont dans un dossier à part) Pas de nouvelles de ma femme. Cela me peine toujours et cependant je ne devrais pas en attendre tous les jours, elle a d’autres choses à gérer. Comme tous les soirs je suis fort triste et las.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

26 novembre 1915. Comme suite au compte-rendu de la séance du conseil muni­cipal donné hier par Le Courrier, nous lisons ceci, dans son numé­ro d’aujourd’hui :

Les contributions à Reims.

Voici le texte de la motion soumise par M. Gustave Hou­lon, au conseil municipal de Reims, tendant à la passation en non-valeur de la cote personnelle et mobilière pour l’année 1915 Cette motion n’a pas été adoptée. Elle aurait cependant écarté toutes les difficultés que ne manquera pas de soulever l’établissement des cotes dans les circonstances actuelles.

LES CONTRIBUTIONS A REIMS. Vu le bombardement métho­dique et presque journalier subi par la ville de Reims depuis près de quinze mois, qui peut l’assimiler à un champ de ba­taille permanent pendant cette période,

Considérant que cette situation terrifiante a motivé et ex­plique l’exode des 4/5 de la population, tandis que le reste des habitants, composé pour plus de moitié d’assistés, a dû cher­cher dans des logements excentriques et surpeuplés, ou dans des refuges souterrains une sécurité relative,

Que les 4/5 des logements fermés empêchent de se rendre compte de leur état de dévastation, mais qu’en raison de la quantité d’obus tombés sur la ville, il n’est pas téméraire de présumer que dans les trois cantons, aucun des immeubles n’est resté indemne des éclats directs, ou des effets des chutes des projectiles ayant anéanti un grand nombre d’entre eux, Qu’il serait souverainement injuste de voir l’administra­tion financière taxer des locaux dont l’administration mili­taire empêche la jouissance par une interdiction de retour,

Qu’il serait au contraire de toute équité que la ville de Reims, ayant supporté plus que sa part des coups de l’ennemi, pût compter sur la solidarité nationale pour le reversement des centimes communaux nécessaires au maintien de sa vie ad­ministrative, en attendant la reprise de sa vie sociale et éco­nomique,

Demande :

Que le rôle de la contribution personnelle-mobilière pour 1915 de la ville de Reims soit admis en non-valeur en raison de l’état de destruction auquel a été soumise la ville pendant l’année.

Suit l’exposé assez long fait au conseil municipal par

M. Gustave Houlon et, pour terminer, cette conclusion du journal :

L’Etat a fait pression sur la municipalité de Reims pour l’amener à accepter le principe de l’exigibilité des contributions durant la délicieuse année 1915. La municipalité avait de­mandé de l’argent à l’Etat pour remplir sa caisse vide. L’Etat lui a répondu : « Je veux bien remplir votre caisse mais à condition que vos administrés me fournissent l’argent. « 

Ceci prouve que si l’on chante volontiers, en haut lieu, les gloires des « cités martyres », l’on s’entend beaucoup mieux en­core à faire chanter leurs contribuables.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Nuit tranquille, rien. Visite de M. Compant. Via crucis in cathedrali. Visite de M. le Docteur Gaube. Visite de M. le curé de Villers-Marmery et de l’Instituteur libre de Verzy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 novembre

Combats à la grenade, en Artois et en Lorraine, sur quelques parties du front.
Notre artillerie a exécuté des tirs efficaces sur des emplacements de mitrailleuses dans la région de Frise (vallée de la Somme) et dans la région de Roye, sur la station de Beuvraignes et sur Laucourt.
Canonnade sur l’ensemble du front.
Sur le front d’Orient, nos troupes ont eu un combat avec les Bulgares, à l’est de Krivolak. Les Bulgares ont été repoussés.
Les Serbes luttent vigoureusement entre Prilep et Monastir et dans le secteur de Katchanick.
Aux Dardanelles, les Turcs ont vainement tenté trois assauts contre le front anglais. Ils ont été décimés par les feux de l’infanterie et de l’artillerie anglaises auxquels se joignaient ceux de l’artillerie française. Nos avions ont par ailleurs bombardé la voie ferrée Constantinople – Dedeagatch.
Le grand emprunt 5% a été ouvert dans toute la France.
La Grèce a remis aux alliés une réponse favorable.
L’armée anglaise du golfe Persique s’est avancée jusqu’aux approches de Bagdad. Elle a fait 800 prisonniers. Elle a 2000 morts et blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 18 novembre 1915

La presse

Louis Guédet

Jeudi 18 novembre 1915

432ème et 430ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Calme général, temps gris et froid. Finis mon rapport à l’Académie comme Trésorier pour le 9 décembre 1915 à Paris. Couru toute l’après-midi. Vu le cardinal Luçon avec Mgr Neveux chez Charles Heidsieck. Causé longuement et communiqué les 2 derniers articles dans l’Éclaireur de l’Est contre son Éminence au sujet de sa lettre pastorale sur l’incendie de la Cathédrale et de la quête qu’il fera faire dimanche pour les polonais catholiques de la Pologne russe. Reçu lettre de Mme Changeux très triste de la mort de son mari, me priant de voir à ses affaires et au testament. Toujours très occupé ma vie n’en n’est pas moins fort monotone et triste, je devrais dire lugubre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

16, 17 et 18 novembre 1915. Chacun de ces jours, Le Courrier de la Champagne a ses arti­cles de chronique locale entièrement supprimés par la Censure.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La presse

La presse

Liens : Une pétition aux Chambres contre la censure politique (1915)


Cardinal Luçon

Jeudi 18 – Nuit tranquille. Visite de M. Prudhommeaux, curé d’Alland’huy et de M. Berthaud, curé de Saint-Laurent. Visite de M. Heidsieck.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 18 Novembre 1915. Quatre ans depuis notre mariage. Quel jour heureux. Devant mes yeux défile toute la journée. Je te vois encore à la fin de la messe courir pour aller signer à l’autel car une coutume dit que celui qui signera le premier sera le maître. Tu étais joyeux et quelle gaieté toute la journée, quelle confiance en l’avenir nous avions ! Tu dois y penser toi même si tu es vivant. Pauvre chipette, comme tu aimais à m’appeler. Il me semble que ces quatre années ont passé si vite et je me reproche toujours de ne pas t’avoir gâté. Je comptais mon tit Lou sur une lettre venant de toi depuis les pays envahis. Mais ce qui a été dit dans les journaux, vois-tu, c’était encore pour rendre du courage.

Ton papa vieillit beaucoup. Je l’aime bien, et ton coco aussi. Si tu l’entendais quand il dit « Mon pépère Breyer ». Pauvre grand-père. Il t’aime bien aussi. Il essaye de me rendre du courage. Mais en vain …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 18 novembre

Violente canonnade en Artois, autour de Loos, Angres et Souchez.
Nos batteries ont effectué des tirs de concentration sur les bois de Fay, au sud-ouest de Péronne.
Lutte d’artillerie en Champagne (ferme Navarin, Tahure).
Nous faisons exploser deux fourneaux de mines en Argonne, en détruisant des tranchées allemandes sur une assez grande étendue.
Le calme règne sur le front belge.
Les Bulgares ont abandonné leurs attaques sur notre front de la rive gauche de la Cerna, près de Krivolak. Ils se sont repliés au nord de Cicevo, avec de fortes pertes. On calcule qu’ils ont eu en morts, blessés, prisonniers, 4000 manquants. Nos pertes sont légères. Nous avons canonné un convoi ennemi près de Rabrovo.
Les Serbes continuent à se défendre dans le massif de Babouna.
Les ministres anglais arrivés à Paris : MM. Asquith, Lloyd George, Balfour et sir Edward Grey ont tenu avec leurs collègues français deux conseils de guerre au ministère des
Affaires étrangères et à l’Élysée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 6 novembre 1915

Louis Guédet

Samedi 6 novembre 1915

420ème et 418ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Journée calme, froide et couverte. Fort occupé. Déjeuné aux Galeries Rémoises avec Tricot, Curt, Bourelle, Mmes Donneux, Lemoine et l’économe. Toujours aussi charmants.

Vu le curé de la Cathédrale pour la messe de Mareschal le 22 courant, je fais paraitre un avis (messe pour l’anniversaire de la mort de Maurice). En revenant rencontré un nouveau régiment, le 340ème, avec drapeau et musique, bourguignotte en tête, qui descendait la rue Libergier pour relever un des régiments de la 52ème Division qui quitte Reims, pourquoi ? on ne sait. La rumeur publique attribue ce départ soit au Cardinal Luçon ou au maire M. Langlet qui aurait demandé ce changement à cause de la conduite des officiers !!!???…

J’estime que c’est la suite de l’affaire du mardi 19 octobre 1915 à l’attaque des Marquises où aucun officier n’était dans les tranchées. Qu’allons-nous avoir ?  Je ne sais, mais je crois que nous ne pouvons avoir pire que ceux qui partent, qui étaient détestés de tout le monde, surtout comme officiers.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

6 novembre  – Dans Le Courrier, nous pouvons lire ce court article :

Le sourire.

Un bon vieil ami du journal, qui a quitté Reims où ne le retenait aucun devoir impérieux, marquait l’autre jour un peu de surprise de la façon dont nous avons rendu compte de cer­tains bombardements.

Il s’étonnait de « voir traiter un sujet aussi sérieux dans un style aussi badin ».

N’est-ce point le cas de lui répondre par le mot célèbre de Figaro : « Il y a des choses dont il faut se hâter de rire pour ne pas être obligé d’en pleurer ».

Eh oui ! les Rémois ont parfois le sourire, après les bom­bardements, lorsqu’ils ne causent que des dégâts matériels.

Où en seraient nos concitoyens, après treize mois de l’existence angoissante qu’ils mènent, s’ils ne s’égayaient pas de temps en temps, en prose et en vers, du principal fait-divers de la chronique urbaine.

Les gazettes rédigées par les troupiers du front ne passent pas pour engendrer la mélancolie. Pourquoi ce qui est permis aux soldats serait-il interdit aux civils ?

Le jour où les canons boches tueraient complètement la saine gaîté française dans notre ville, ce serait autrement grave, pour le moral et la force de résistance de la population, que le fait d’avoir creusé quelques trous de plus dans les chaus­sées et les maisons.

Oui, cela fait voir que l’on ne saurait comprendre au de­hors, comment nous vivons actuellement à Reims, dans des alternatives d’épouvantele plus souvent —- et quelquefois de belle humeur.

Les premiers obus ont été suivis de beaucoup d’autres — par milliers ; les derniers arrivés n’ont pas fait oublier les premiers et cependant, nous ne sommes pas continuellement sous la seule pensée des bombardements parce que nous avons le ferme espoir de voir survenir l’événement devant amener la fin des misères passées ou présentes, et cela permet tout de même de plaisanter à l’occasion.

— La 52e division de réserve quitte Reims et ses abords. Cette division, arrivée dès septembre 1914 — le 17 ou 18 — se composait des 245, 291, 320, 347 et 348e d’infanterie, du 49e bataillon de chasseurs à pied et du 58e parti depuis en Serbie, de batteries d’artillerie des 17e, 29e et 42e.

Les régiments s’en vont, depuis hier, à tour de rôle. Ils sont remplacés par ceux de la 30e division, formée en grande partie de soldats originaires du midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 6 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canons. Dans la matinée de 9 h. à 10 h. gros coups de canons, bombes allemandes contre nos batteries. Circulaires des autorités militaires, contre les recommanda­tions en dehors de la filière hiérarchique. Reçu coupe-papier fait avec un obus, du Lieutenant Millac, apporté par un brave petit soldat. Mgr Luzzani vient dîner. A 4 h. 1/2 aéroplanes français volant très bas.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 6 novembre

Actions d’artillerie en Artois, particulièrement dans le secteur de Loos. Violents combats en Champagne. Deux attaques allemandes, appuyées par des jets de liquide enflammés, ont été brisées devant la Courtine. Au cours d’attaques ultérieures, l’ennemi a pu pousser quelques éléments dans notre tranchée de première ligne à la cote 109. Partout ailleurs il a été tenu en échec. Une de nos mines à détruit un blockhaus allemand à la Chapelotte (Vosges). En Alsace, nos avions ont bombardé, à Dornach, une usine de gaz suffocants. En Serbie, nos troupes ont enlevé les ponts de la Cerna, près de Krivolak, et refoulé toutes les tentatives bulgares. Près de Rabrovo, elles se sont emparées de deux villages; elle ont attaqué les crêtes frontières. Les combats entre Russes et Allemands continuent autour de Dwinsk, à l’avantage de nos alliés. Le roi de Grèce a nommé aide de camp attaché à sa personne le ministre le la Guerre renversé par le parti venizeliste. On croit qu’il rappellera M. Zaïmis au pouvoir et dissoudra le Parlement. L’agitation interventionniste prend de nouveaux développements en Roumanie. La Chambre allemande refuse de convoquer le Reichstag.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 4 septembre 1915

Paul Hess

4 septembre – À 4 heures, exactement, commence une démonstration de notre artillerie. C’est un réveil vraiment effrayant, car tout de suite, l’infernal charivari est devenu formidable, comme le 26 août. Le vacarme dure une demi-heure, pendant laquelle quelques siffle­ments et explosions d’arrivées se font entendre.

— Il y a aujourd’hui un an, les Allemands pouvaient faire leur entrée victorieuse à Reims, dans la griserie du succès de leur avance foudroyante, depuis Charleroi.

Le corps saxon venant prendre possession de la ville chantait en arrivant à 16 h, avec ses canons enguirlandés de feuillage, tan­dis que le gros des armées, contournant notre cité, poursuivait sa marche en direction de Paris.

Nous avions eu, dans la matinée, la surprise terrible d’un bombardement préalable, déclenché subitement vers 9 h 1/4 et qui durait jusqu’à 10 heures, massacrant les premières victimes civiles parmi la population terrorisée.

Triste anniversaire. Le rédacteur du Courrier de la Champa­gne en parle aujourd’hui ; il donne une relation jusqu’ici inconnue, de cette tragique matinée, telle qu’elle résulterait d’une conversa­tion qu’il a eue récemment avec M. Brulé-Luzzani, maire des Mesneux. La voici :

Le bombardement du 4 septembre 1914.

Les batteries lourdes des Mesneux.

Le vendredi 4 septembre, vers huit heures et demie, arrive aux Mesneux, venant de la direction de Pargny, sous les ordres du colonel von Roeder, en formation de combat, une colonne ennemie comprenant deux bataillons du 2F régiment de gre­nadiers de la garde Empereur François-Joseph, quatre batteries de campagne et une compagnie de pionniers, le gros des forces allemandes s’était arrêté à proximité du chemin de Jouy à Sacy.

Prévenu, le maire, M. Brulé-Luzzani se porte immédiate­ment à la rencontre du détachement et assure le commandant de la sécurité qu’il réclame aux Mesneux, pour sa troupe.

Aussitôt, cet officier annonce au dévoué maire, qu’il est venu uniquement pour bombarder Reims, qu’il lui enjoint de faire rentrer chaque habitant chez lui, toute personne trouvée pendant cette opération dans les champs, autour du village, s’exposant à être impitoyablement fusillée ; quant à lui en sa qualité de chef de la municipalité, il doit l’accompagner jus­qu’au petit bois situé aux champs Clairon, entre les Mesneux et Ormes, près de la route de Dormans, petit bois près duquel l’artillerie va prendre position pour exécuter ses feux.

Le maire, soucieux d’éviter une telle calamité, que rien ne peut justifier, répond que la veille il a vu, à l’hôtel de ville, son collègue le Dr Langlet. Celui-ci lui a affirmé de la façon la plus catégorique que Reims, devenue ville ouverte par suite du dé­part des troupes françaises, ne se défendra pas et que, dans ces conditions, il est absolument contraire aux lois de la guerre d’ouvrir le feu sur une cité désarmée.

Peine perdue. Von Roeder réplique à M. Brulé : « Monsieur le maire, j’ai reçu des ordres supérieurs, c’est un bombarde­ment d’intimidation. Je vais tirer quatre-vingts obus.

Navré, le maire est contraint de subir cette poignante émotion de voir bombarder une ville où il compte tant de sym­pathies et tant d’amitiés.

Enfin, vers 10 h 1/4 le brouillard se dissipe, le drapeau parlementaire hissé à la tour septentrionale de Notre-Dame de­vient visible, le colonel consent enfin à arrêter le feu après avoir, à son dire, tiré soixante projectiles. Seul le matériel de 150 était entré en action.

L’ennemi prend ensuite, après avoir consommé un repas, la direction d’Épernay, sans entrer dans Reims.

Bombardement d’intimidation, aurait déclaré à M. Brulé, son interlocuteur. Je n’en ai jamais douté ; j’en étais resté persuadé personnellement, quoi qu’on en ait dit, et malgré les explica­tions (?) données l’année dernière de différentes parts, pour faire admettre que nous avions malheureusement subi un déplorable bombardement « par erreur ».

— Tout ce qui s’est passé au cours de cette longue année de misères ne peut certes s’oublier, mais il n’est pas de souvenir pénible qui se soit gravé plus profondément en moi, que l’expression d’épouvante de notre petit André, dans la cave de mon habitation, rue de la Grue 7, lorsqu’il disait d’une voix chevrotante : « Papa, j’ai peur ! » alors que nous frémissions d’horreur en entendant siffler et exploser les 150 tout autour de nous.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 4 – Nuit tranquille jusqu’à 4 h. matin. A4 h. très violente canon­nade française ; riposte de bombes allemandes dont une sur la Chapelle de la rue de Venise (Maison des Frères, Collège Saint-Joseph) ; d’autres dans le Canal. Donné à l’Imprimeur la Lettre prescrivant des Prières pour la France, à la fête de saint Michel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 4 Septembre 1915. Triste anniversaire, l’entrée des boches à Reims. J’ai reçu une lettre de Charlotte où elle me dit que la lettre de la Croix rouge que l’on a reçue n’était pas pour Paul mais pour le jeune homme de Paris qui porte le même nom. Maintenant on dit autour de nous que pour le 10 nous allons avoir quelque chose. Hier encore des soldats étaient occupés à faire une percée dans les tunnels où nous sommes. En cas de grand bombardement ils descendraient tous dans les caves.

Je me reprends à espérer. Toute la journée je prononce ton nom. J’en arrive à appeler ma toute petite ma Charlotte. Serais-tu heureux si je l’appelais comme ça ? Je vois, tous les petits portent le nom de leur papa. Et elle te ressemble tant, surtout de profil. Tu la mangerais en revenant.

Mais je te dirai aussi que nos canons ce matin à quatre heures ont attaqué avec fureur et les boches ont répondu. Gare à notre journée ! Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

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Vendredi 3 septembre 1915

Paul Hess

3 septembre – Sifflements et explosions à 15 h 1/2.

Le courrier de la Champagne, publie aujourd’hui ce qui suit :

Avis

Il est rappelé à la population civile que, dans l’intérêt de la défense nationale, toute indiscrétion d’ordre militaire, commise sous quelque forme que ce soit, notamment par cor­respondance privée, est rigoureusement interdite et tombe sous le coup de la loi pénale.

Par indiscrétion d’ordre militaire, il faut entendre toute indication donnée à qui que ce soit sur les emplacements, les mouvements, les effectifs des unités, — soit qu’il s’agisse de grandes unités, divisions ou corps d’armée, ou de simples ba­taillons, escadrons ou batteries — sur la nature, l’importance des fortifications, les travaux militaires de toute nature, les ra­vitaillements et l’état moral des troupes.

Les délinquants seront poursuivis devant les conseils de guerre par application, suivant le cas, soit des art. 205 et 206 du code de justice militaire, soit de la loi du 18 avril 1886.

En ce qui concerne la divulgation d’informations qui échapperaient à toute sanction pénale, mais qui seraient ce­pendant de nature à nuire au succès des opérations militaires, des arrêtés d’évacuation pourraient être pris contre les person­nes qui s’en seraient rendues coupables.

Le général commandant la 6e région de corps d’armée,

signé : Dalstein.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 3 – Nuit tranquille ; matinée et journée item ; sauf canonnade contre aéroplanes de 5 h. à 6 h. 1/2. Via Crucis in Cathedrali. M. Huart prévenu, vient m’ouvrir. Tous les vendredis j’y reviendrai pendant une heure, à l’heure où je pourrai.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Collection Pierre Fréville

Collection Pierre Fréville

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Mardi 1 septembre 1915

Paul Hess

1 septembre – Du bureau, nous entendons siffler les obus, à 11 heures, et jusqu’à midi, le bombardement continue.

Il reprend à 13 heures. A ce moment, la maison de retraite est atteinte par un obus qui éclate dans une chambre au 2e étage, dans laquelle se trouvaient réunis, après le déjeuner : MM. Leleux et Peudepièce ainsi que Mme Pothé et sœur Philomène. Les deux sont tués sur le coup et Mme Pothé grièvement blessée, sœur Philomène en est quitte avec la très forte commotion reçue.

Le frère de mon beau-père, M. Pierre Simon, qui venait rejoindre les autres pensionnaires, ouvrait la porte de la dite chambre à l’instant de l’explosion. Mais heureusement il n’a ressenti qu’une épouvantable frayeur ; de nombreux éclats du projectile l’ont sérieusement meurtri, lui aussi, aux deux jambes.

– Dans Le Courrier de ce jour, nous lisons que le comman­dant Sableyrolles, officier de la Légion d’Honneur, ancien combat­tant de 1870, a été nommé commandant de l’ensemble des forma­tions de G.V.C. de la région de Reims, en remplacement du com­mandant Magnaud, qui a quitté Reims pour raisons de santé.

Nous avions appris à connaître, à la mairie, le commandant Magnaud qui, avant la guerre avait été surnommé le « bon juge », comme président du tribunal de Château-Thierry, parce que, lors de ses visites à l’hôtel de ville, le poste de garde était toujours alerté. Il n’en fallait pas plus pour éveiller la curiosité du person­nel, qui, chaque fois, vidait en partie les bureaux, au rez-de- chaussée, pour aller voir la « prise d’armes », dans le hall d’entrée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mardi 1er – Nuit tranquille. Matinée item. À 11 h. canonnade française, bombes allemandes. Bombardement violent de 12 h. 1/2 à 1 h. 1/2. Un arbre coupé rue Libergier devant la maison Buy, à peu près. On dit 3 per­sonnes tuées à la Maison de retraite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 1er Septembre 1915. Encore un mois qui commence. C’est un mois maudit pour moi, où je n’ai eu que des malheurs. Si seulement il m’était plus favorable. Déjà on a l’air autour de nous de se préparer pour attaquer. Ce ne sont que travaux sur travaux. La butte Saint Nicaise ne forme plus que des tranchées. Il y en a qui ont peur mais moi je demande du fond du cœur ce grand coup là. Cela me rendra peut-être un peu d’espoir.

J’ai vu une cartomancienne qui m’a dit que j’allais avoir un voyage à faire et que ce serait pour te voir. Je crois que si cela arrivait je serais folle de joie. Aujourd’hui mon Charles je pensais à notre petite fille. Je me dis que je devrais, en reconnaissance de ce que ton parrain a fait pour nous, prendre quelqu’un de chez eux pour être parrain de notre fillette. On prendrait en même temps Paul ou Charlotte ; tout le monde serait content. Je ne sais pas comment faire, vois-tu, de ne pas t’avoir là. Je ne sais plus me diriger.

Je t’aime tant et je voudrais tant te revoir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Mercredi 1er septembre

Violente canonnade sur l’ensemble du front, où nos batteries opèrent efficacement contre les tranchées ennemies.
Ces actions d’artillerie sont particulièrement vives en Belgique (Hetsas), en Artois (Neuville), en Woëvre septentrionale, en forêt d’Apremont et au nord de Flirey.
L’ennemi a lancé encore, sur Arras, quelques obus de gros calibre.
Les Allemands, au front oriental, livrent de violents combats sur les positions à l’ouest de Friedrichstadt, et vers Dwinsk, où les Russes, en plusieurs points, sont passés à l’offensive. Dans l’ensemble, l’armée russe continue à battre en retraite régulièrement couverte par de fortes arrière-gardes. Celles-ci ont arrêté une grande offensive sur le front Proujany-Gorodetz.
Les Italiens ont occupé, après un brillant assaut, la Cima Cista, dans le Val Sugana. Ils ont repoussé, en Carnie, une attaque autrichienne contre le val Piccolo: dans le bassin de Plezzo, ils ont dépassé cette localité, ils ont progressé dans le secteur de Tolmino, et enlevé des tranchées dans le Carso. Leurs avions ont bombardé plusieurs gares et campements.
Un aviateur a détruit le grand hangar de Gand.
Les Italiens qui n’avaient pu encore s’échapper de Turquie sont retenus comme otages.
Le Vorwaerts, journal socialiste de Berlin, dit que l’Allemagne court à une guerre civile.
L’aviateur Pégoud est mort au champ d’
honneur.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 11 août 1915

Louis Guédet

Mercredi 11 août 1915

333ème et 331ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Toujours le calme. Température lourde la nuit et le jour plus d’air. Conseil des allocations militaires, que de questions diverses se soulèvent !! Révision des allocations des femmes de commerçants qui continuent à exploiter leur commerce et qui gagnent largement leur vie et qui touchent. C’est une injustice criante, je vais revoir et expurger les noms douteux avec M. Jallade et M. Beauvais. Le 19 et le 20 les commissions se réuniront pour trancher les radiations douteuses, et ce ne sera pas une vaine mission, c’était de la dilapidation des deniers de l’État. Dieu que les Présidents de ces commissions nos prédécesseurs étaient nuls ! aucune logique, aucun ordre, pas même de question de principe, une fois une catégorie jugée, discutions…  non ! on accordait à tout le monde, à qui venait demander, à qui voulait. J’ai vu des exemples (qui me sont revenus en réunion) de gens qui touchaient 2 – 3 allocations quand ils n’avaient droit qu’à une seule, et combien d’autres ! C’était la noce ! Marianne payait. Eh bien ! avec moi Marianne ne paie que quand c’est dû !…

Été faire signer une procuration 10, boulevard Carteret, que des ruines ! Repassé par la Comtesse Janvier (à vérifier), rue du Champ de Mars, vu les Heidsieck et Abelé. Charles Heidsieck est à Royat pour se soigner, Madame Abelé à St Cloud pour se soigner d’un érysipèle.

Vu M. Léon de Tassigny fort triste de la mort de son fils Jean, mais fort courageux. Et rentré chez moi où je trouve Jacques Wagener qui vient s’entendre avec moi pour déménager mes meubles chez mon ami Maurice Mareschal et m’y installer pour l’hivernage probable ! J’irai voir demain comment je pourrai m’organiser, mais je ne sais pas que décider à accepter la gracieuse offre (décision) de Madame Mareschal. J’ai écris à ma chère femme et au besoin j’irai passer 5/6 jours à St Martin pour mettre l’affaire avec elle.

Enfin j’habiterai de nouveau une maison de chrétien et non de sauvage comme celle que j’habite maintenant. Je quitterai avec un soulagement mes Ruines ! Ce qu’elles m’auront pesé !

Et enfin je pourrai réorganiser mon Étude et travailler avec un clerc ou 2. Je revivrai enfin une vie à peu près normale.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Sous la rubrique : « Le bombardement (332e jour du siège) », Le Courrier de la Champagne dit aujourd’hui ceci :

Nuit calme, troublée seulement par une violente canonnade sur le front nord-est de la ville, surtout entre 3 et heures.

Reims a été bombardée, dit le communiqué.

Nous permettra-t-on d’ajouter, pour rassurer nos nombreux lecteurs du dehors, que ce bombardement a été bien inférieur, comme quantité et résultat, à nombre d’autres arrosa­ges que le communiqué n’avait même pas signalés

La remarque du Courrier est exacte.

Il nous a été donné, déjà, de constater que le point de vue de l’autorité militaire, traduit par les communiqués, est très différent de celui de la population civile, lorsqu’il s’agit de relater ou d’apprécier les bombardements de notre ville.

Les deux manières de voir pourraient, peut-être, s’expliquer ainsi :

Certains jours assez fréquents où les arrivées se font entendre, pendant un laps de temps donné, quelquefois même du matin au soir, à la cadence d’un obus toutes les quatre, ou cinq, ou dix minutes, il arrive que nous circulions en ville, dans une sécurité relative, parce que nous nous rendons bien compte que « ça tombe sur les batteries », à tel ou tel autre endroit que nous connaissons Avec l’habitude, nous en sommes arrivés à ne nous inquiéter nul­lement, dans ce cas, des explosions répétées régulièrement, quand éclatent les projectiles. Nous ignorons généralement les résultats de ces tirs très localisés (pièces démontées ou victimes parmi les ca­nonniers) et si nous lisons, le lendemain, dans les nouvelles offi­cielles, que Reims a été bombardée, cela nous fait sourire, alors qu’il peut y avoir eu des dégâts d’ordre militaire en dehors des lignes, — tandis que nous admettons difficilement que des arrosages meurtriers, spécialement envoyés sur l’agglomération, sur les habitants, ne soient pas mentionnés.

Évidemment, en ce qui concerne les opérations, la chose n’a probablement pas grande importance ; néanmoins, lorsque le civil a encaissé parfois des centaines et des centaines d’obus dans ces conditions, il ne comprend pas les raisons qui empêchent d’en parler ; il pense que cela ne compte pas, et, s’il est plus ou moins déprimé, il est porté assez naturellement à s’imaginer qu’il est tenu pour quantité négligeable, et même « qu’on le laisse tomber ».

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Collection : F. Denoncin


Cardinal Luçon

Mercredi 11 – Nuit tranquille. Service à Sainte-Geneviève pour les sol­dats morts ; allocution, Mgr Neveux donne l’absoute. Rendu visite à M. le Sous-Préfet. Cure d’air au Parc de la Haubette. Il m’a parlé avec compli­ments de ma lettre à Mgr Lobbedey, Évêque d’Arras. Le soir, aéroplane de 6 à 7 h.

Visite de quatre soldats du diocèse de Nantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 11 Août 1915.

Ma pauvre chipette, je suis lasse de tout. Je me lève le matin avec le regret de ne pas pouvoir dormir encore pour ne plus penser à rien. Tout me fatigue. J’ai sans cesse des idées noires. Pour un rien je me creuse la tête. Crois-tu que je me suis mise dans l’idée que le nom que j’ai donné à notre fillette ne te plairait pas et je suis toujours avec cela. Pourtant j’ai beau me raisonner, qu’un nom c’est un nom, cela me tracasse. Je crois que je deviendrai folle.

Si seulement j’avais une lettre de toi. Cela me remettrait, mais rien. J’ai reçu la réponse du notaire qui prétendait avoir la liste des 70000 prisonniers. Il dit qu’il ne sait pas ce que cela veut dire, qu’il n’a jamais eu cette liste entre les mains. Encore une déception. Et combien d’autres ?

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 11 août

Deux attaques allemandes ont été repoussées au nord de Souchez. Canonnade et fusillade en Argonne, spécialement près de Vauquois.
Au bois Le Prêtre, une offensive ennemie est arrêtée dans la région de la Croix-aux-Carmes; une autre, accompagnée d’un bombardement par obus asphyxiants, a été également enrayée.
Une reconnaissance allemande a été repoussée à Moncel.
Quatre des avions qui ont été opérer à Sarrebrück ne sont pas rentrés. Mais l’un d’eux a atterri près de Payerne, en Suisse.
Cinq zeppelins ont fait un raid sur la côte anglaise, tuant quatorze civils. L’un des zeppelins a été détruit.
Dans la presqu’île de Gallipoli, les derniers combats ont abouti à des progrès importants. A l’est de la route de Krithia, nous avons avancé de 200 yards et nous nous sommes maintenus en dépit d’énergiques contres-attaques que nous avons repoussées.
Les Russes ont repoussé les Allemands en leur infligeant des pertes énormes près de Kovno. La flotte allemande, forte de neuf cuirassés et de douze croiseurs, a tenté vainement d’atteindre Riga. Par trois reprises, elle a renouvelé son attaque et a perdu plusieurs navires.
Les ministres de la Quadruple Entente ont fait des démarches à Sofia, à Nisch, à Athènes, pour essayer de provoquer un regroupement favorable des États balkaniques.
Le roi de Danemark fait démentir qu’il ait servi d’intermédiaire à des propositions de paix de l’Allemagne à la Russie.
La presse allemande attribue moins d’importance que les premiers jours à la prise de Varsovie.
Le Président de la République a rendu visite à nos troupes de l’Est.
Les intellectuels allemands publient un nouveau manifeste où ils réclament l’annexion des côtes françaises de la Manche, de la Belgique et des provinces baltiques.
Le cabinet japonais s’est reconstitué sous la présidence du comte Okuma. Il ne semble pas que la politique générale de l’empire du Mikado doive êtr
e modifiée.

Source : La guerre au jour le jour

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Jeudi 22 juillet 1915

Benoit Hess

Il paraît qu’avant-hier, une délégation de journalistes étrangers était venue visiter notre ville. Elle tombait bien. Voici ce que ra­conte Le Courrier; à ce propos :

Autour du bombardement d’avant-hier.

Ce n’est pas une mission officielle hispano-américaine, mais une délégation de journalistes appartenant à la plupart des pays neutres, qui est venue visiter notre ville avant-hier.

Il y avait là, outre les Américains du Nord et du Sud, des Espagnols, des Suédois et des Suisses représentant les grands journaux de la presse mondiale, qui tenaient à se rendre compte des ravages causés par les brutes allemandes dans la cité rémoise.

Nos hôtes ont été servis à souhait. Ils ont pu se rendre compte, non seulement de visu mais encore de auditu de la façon d’opérer des Boches.

Ceux-ci, avec le sens de l’à-propos et de l’opportunité qui les caractérise, ont fait — comme si on les en avait priés et comme s’ils avaient été prévenus du passage de nos hôtes — une démonstration décisive de leur savoir-faire.

Les journalistes neutres n’en revenaient pas de ce bom­bardement « dans le tas », exécuté sauvagement, sans aucune nécessité militaire.

Après cet arrosage sensationnel, nos hôtes, sous la con­duite de M. le sous-préfet de Reims, ont parcouru les différents quartiers de la ville. Ils ont vu les ruines du jour et les ruines anciennes. Ils ont été spécialement frappés de l’état dans lequel les Boches ont mis le quartier de la cathédrale et le pâté de maisons compris entre la place royale, la rue de l’Université, la place Belle-Tour, le boulevard de la Paix (le bien nommé !) et la rue Cérès.

Nos confrères emportent de leur séjour à Reims, une im­pression d’admiration et de sympathie profondes pour nos con­citoyens, le dégoût inexprimable pour la bande infernale qui s’acharne depuis dix mois, et sans aucun profit stratégique, contre une des plus belles villes d’art de l’univers civilisé.

Dans son numéro d’hier, le même journal, faisant mention du bombardement du 20, disait, entre autres choses, ceci :

…Ce bombardement précipité et rageur trouve son explication dans le communiqué d’aujourd’hui. Les Boches ont voulu tirer vengeance de l’expédition de nos avions au-dessus de la gare de Challerange.

On dit aussi qu’une batterie de notre secteur a fait sauter un important convoi de munitions aux environs de Berru. Quoiqu’il en soit, les Allemands ont entassé un peu plus de ruines dans notre ville et mis au cœur de ses habitants un plus âpre désir de résistance et de libération.

Et il ajoutait alors :

La mission hispano-américaine, de passage dans notre ville, est arrivée au plus fort du bombardement.

– Le communiqué publié aujourd’hui, en date de Paris, le 21 juillet, 7 heures, dit simplement ceci, à propos du bombardement de mardi 20 :

Un violent bombardement a fait à Reims plusieurs victimes dans la population civile.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Cardinal Luçon

Jeudi 22 – Nuit tranquille (couché à la cave). Visite à M. le Curé de Saint-Thomas, à l’ambulance Sainte-Geneviève.

Écrit à M. le Commandant de Beaucourt.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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jeudi 22 juillet

Canonnade en Artois, autour de Souchez et de Neuville; lutte à coups de torpilles et de grenades; aucune action d’infanterie.
Soissons a été bombardée. Dans la partie orientale de l’Argonne, l’ennemi a pris pied dans une de nos tranchées avancées qui faisait saillant.
Dans la forêt d’Apremont et au bois Le Prêtre, il a été complètement repoussé.
Dans les Vosges, vives actions d’infanterie. Sur les hauteurs qui donnent à l’est la vallée de la Fecht, nous avons pris une partie des organisations offensives allemandes. Saint-Dié a été bombardée par l’ennemi.
Trente et un de nos avions ont opéré au-dessus de Conflans-Jarny. Leurs obus ont endommagé la gare et le dépôt de locomotives. Deux autres de nos avions ont jeté des obus à nouveau sur la gare de Colmar.
Sur le front oriental, la progression allemande a continué en Courlande. L’ennemi a occupé quelques tranchées au nord-est de Suwalki; l’artillerie de la forteresse de Novo-Georgiewsk, à 45 kilomètres de Varsovie, a canonné efficacement les têtes de colonnes de Hindenburg. Les Russes ont fait 500 prisonniers sur le Dniester.
Les relations se tendent de plus en plus entre la Roumanie et l’Allemagne, comme d’ailleurs entre la Turquie et la Grèce, et aussi la Turquie et l’Italie.
On dément l’arrestation de M. Ghenadief à
Sofia.

Source : la guerre au jour le jour

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vendredi 11 juin 1915

Louis Guédet

Vendredi 11 juin 1915 

272ème et 270ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Nuit calme et matinée de même. Je renonce à l’écrire tous les jours maintenant cela étant sous-entendu. Le temps est couvert et orageux, que la pluie et l’inondation de nos pauvres ruines. Le calme est tel que je n’entends uniquement en ce moment que le chant d’un merle qui a du faire son nid dans le lierre du fond du jardin. Pauvre jardin !! il eût été si beau en ce moment, mais il est de la couleur du bois de décembre brûlé, le gazon est moitié mort et en fleurs. Les rosiers grimpants sont en fleurs mais grimpent follement en gourmands. C’est la révolution, l’inculte dans toute sa laideur, sa profonde tristesse. Quand donc quitterai-je tout cela, ou j’ai tant souffert, où j’ai vécu depuis déjà 10 mois des heures tragiques, angoissantes, poignantes de douleur. Mon martyr n’a-t-il déjà pas assez duré ?? Mais après où aller ? Je n’ai plus de toit pour m’abriter avec les miens. Je suis sans foyer. Où aller ? où me réfugier ? Dieu m’éclairera-t-il bientôt mon horizon, mon avenir en tout petit peu, une lueur, qui me donne un peu de courage, confiance et espoir en des jours meilleurs…

Le quart de page suivant a été découpé, le feuillet 233 a disparu. (12 juin 1915)

…J’ai enfin une photographie du docteur Langlet notre Maire, que je vais pouvoir envoyer à mon jeune ami E. Lequeux (Émile Lequeux (1871-1935) artiste, créateur d’affiches et d’eau-fortes) pour qu’il le grave et en fasse une eau forte. Je suis certain qu’il le réussira. J’ai également écris à M.G. Hochet, actuellement brigadier RAC (Régiment d’Artillerie de Campagne) 6ème escadron train, 41ème Cie, 3ème peloton à Fougères (Ille-et-Vilaine) qui a servi d’interprète au Maire et à la municipalité lors de l’occupation prussienne pour lui demander des détails sur l’incident des 2 parlementaires et que la phrase des « Cent mille têtes de cochons de rémois » (ihre hundert Schweinkopt de Rémois) avec les noms, grades, qualités des témoins de cette scène (allemands et français).

8h20 soir  Quelques coups de canon des nôtres, et c’est tout, à moins qu’on ne nous réserve des surprises. Peu importe ! à quoi bon !! Quoiqu’il arrive ! on est si las !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le Courrier publie l’information suivante :

Avis.

Les personnes habitant les zones évacuées, qui sont rentrées chez elles par des voies non gardées à certains moments, sont prévenues que rien n’a changé dans la situation de ces zones et que par conséquent elles pourront être obligées de sortir à tout instant, sur injonction des représentants de l’autorité militaire.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 11 – Nuit tranquille ; Ordination d’un Diacre du diocèse de Cambrai dans notre oratoire. Journée tranquille. Salut à Sainte-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

11 – 12 – 13 – messe près du pont du canal

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Les Eparges le 5 mars 1915. Dessin Louis Delozanne

Les Eparges le 5 mars 1915. Dessin Louis Delozanne (« Louis Delozanne, infirmier, 106e Régiment d’Infanterie, 12e compagnie »)


Vendredi 11 juin

Toujours la lutte d’artillerie dans la région de Lorette. L’ennemi attaque vainement pour reprendre la sucrerie de Souchez. Il bombarde Neuville-Saint-Vaast. Nous progressons dans le Labyrinthe. Les rapports indiquent qu’en prenant Neuville-Saint-Vaast nous avons trouvé 1000 cadavres allemands, et qu’à Hébuterne, du 7 au 9, nous avons capturé six mitrailleuses. A Beauséjour, une force ennemie supérieure à un bataillon a attaqué nos tranchées : elle a été repoussée avec de grosses pertes. Sur les Hauts-de-Meuse, aux Eparges, combat d’artillerie. Les batteries ennemies ont été réduites au silence par les nôtres. Deux torpilleurs anglais ont été coulés en mer du Nord par un sous-marin allemand. Un incendie détruit à Londres 300 autos militaires. Les Italiens, dans le Trentin, sont arrivés au col de Falzarego et à la frontière de Carinthie se sont emparés de la position de Preitkofel. Dans le pays de Goritz, ils ont occupé Monfalcone, à 35 kilomètres de Trieste. En Russie, les combats continuent autour de Chavli. En Galicie, les Russes ont repoussé les Austro-allemands vers le Dniester, faisant 800 prisonniers, mais une bataille ardente se poursuit à jouravno, où nos ennemis ont franchi le fleuve. L’escadre de la mer Noire a bombardé Zoungouldak. Des navires allemands ont été coulés ou endommagés dans la Baltique par un sous-marin russe et par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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