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Dimanche 25 mars 1917

Cimetière de l'avenue de Laon

Paul Hess

Dimanche 25 mars 1917 – Beau temps. Journée très mouvementée.

Dès 8 h 1/2, bombardement sur le boulevard de Saint- Marceaux, le champ de Grève, le faubourg de Laon ; il dure jusqu’à 10 h 1/2 environ et reprend le soir, dans la direction de la Haubette, où quatre soldats et trois chevaux sont tués à proximité du pont de Muire. Une femme est tuée également rue Dallier.

Tir sur avions, toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cimetière de l'avenue de Laon

Cimetière de l’avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Annonciation. Nuit tranquille. – 1° de froid. Beau temps. Bombes à l’heure de la messe et au sortir jusqu’à midi sur les batteries et contre les avions. Une femme tuée rue Souyn, à Sainte-Geneviève. Bom­bes sur la Haubette, la Route de Pargny, nombreuses. Avions français 4 à la fois ; tir contre eux. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 25 mars

Au nord de la Somme, nous avons refoulé l’ennemi jusqu’aux lisières de Sovy où il s’est installé dans une ligne de tranchées préparées d’avance.

De la Somme à l’Oise, nos troupes, poursuivant leur marche, ont livré bataille à l’ennemi qui s’est défendu pied à pied. Elles l’ont rejeté à un kilomètre environ au nord de Grand-Séraucourt et de Gibercourt. Elles se sont emparées de la rive ouest de l’Oise, depuis les faubourgs de la Fère jusqu’au nord de Vandeuil. Deux forts de la Fère sont tombés entre nos mains.

Au sud de l’Oise, et bien que l’ennemi ait tendu des inondations, nous avons progressé sur la rive est de l’Ailette, conquis plusieurs villages et rejeté les arrière-gardes allemandes dans la basse forêt de Coucy.

Au nord de Soissons, peu de changement. Une pièce allemande à longue portée a lancé un certain nombre d’obus de gros calibre sur la ville de Soissons.

Lutte d’artillerie dans les régions de Berry-au-Bac et de Reims, en Alsace, près de Violu (sud du col de Sainte-Marie).

Nous avons descendu plusieurs avions ennemis et capturé un hydravion en mer, près d’Etretat.

Nos escadrilles ont lancé 1100 kilos de projectiles sur les usines de Thionville et du bassin de Briey, ainsi que sur la gare de Conflans.

On signale des émeutes sanglantes à Hambourg et à Kiel.

Les constitutionnels démocrates russes se sont prononcés en faveur de la République.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 24 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 24 mars 1917

924ème et 922ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 matin  Très beau temps, gelée, froid. Mal dormi toute la nuit à cause de la bataille. Je ne suis pas encore parti. Le cocher Oudin commandé par Marcel Heidsieck a mangé la consigne. Le pauvre Marcel m’est arrivé à 5h1/4 navré. Je l’ai consolé de mon mieux, quoique je sois un peu contrarié de ce contretemps. Nous n’avons qu’une ressource, c’est de prendre une voiture pour Épernay où nous prendrons le train express de midi 4. Le pauvre garçon se charge de la voiture, pourvu que nous ne jouions pas de déveine ! Après tout ce n’est qu’une question de frais de voiture. Mais on ne m’y reprendra plus, si j’avais su je serais resté au lit me reposer, car je suis fatigué, oui fatigué de ces bruits de bataille toute la nuit. Pas de repos ou presque pas. J’en ai cependant bien besoin. Mais quelle nuit, quelle canonnade à partir de 10h du soir, puis attaque vers 2h du matin. Allez donc dormir avec toute cette bacchanale !

Je m’arrête et vais tâcher de me reposer un peu, en attendant ma…  voiture !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 mars 1917 – Bombardement sérieux, pendant une partie de la matinée, vers le champ de Grève et Pommery.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 24 – Dans la nuit, de 2 h. à 3 h., violent combat dans la direction de La Pompelle (?). 3° de froid ; beau soleil. 8 h. 45, bombes lancées en­semble sur nos batteries avec fracas énormes, au point de départ et à celui d’arrivée. Bombardement acharné contre les batteries jusqu’à 11 h. Reçu mandat de paiement de 6000 francs. L’Institut de France, à répartir entre les Sœurs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Collection Patrick Nerisson


Samedi 24 mars

Entre Somme et Oise, nos troupes ont mené avec décision et entrain une action offensive qui a pleinement réussi. L’ennemi, malgré une résistance acharnée, a été refoulé largement à une distance variant de 2 à 4 kilomètres au nord et à l’est du canal de Saint-Quentin.

Au nord-est de Tergnier, nous avons poussé des détachements sur les hauteurs qui dominent immédiatement la vallée de l’Oise. Dans cette région, les Allemands ont tendu des inondations. La ville de la Fère est sous l’eau.

Au sud de l’Oise, nous continuons à franchir l’Ailette.

Nos troupes ont réalisé en combattant des progrès sérieux vers Margival, au nord de Soissons.

Au nord-ouest de Reims, deux attaques allemandes sur nos tranchées de Thel ont échoué. L’ennemi a subi des pertes sensibles.

Un avion allemand a été abattu près de Dieulouard.

Les Anglais ont repoussé des contre-attaques sur une grande partie de leur front.

En Macédoine, nous avons finalement gardé la cote 1248 au nord de Monastir. Notre butin comprend en tout 11 mitrailleuses, 2 canons de tranchées, 24 officiers, 1777 hommes.

Un cinquième steamer américain a été torpillé par un sous-marin allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 17 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 17 mars 1917

917ème et 915ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps couvert le matin, mais devenant radieux vers 10h. Canonnade toute la nuit et à 4h1/2 du matin attaque et tintamarre infernal pendant 3/4 d’heures. Ce sont les allemands qui attaquaient et envoyaient des gaz lacrymogènes dans les secteurs faubourgs Cérès à Pommery. Des victimes militaires et civiles. C’est la première fois que les allemands emploient ces gaz sur Reims. Nous aurons été frappés par tout. Je vais au 27 rue Dieu-Lumière pour un inventaire et une levée des scellés Gardeux, en route je lis le Matin qui annonce la Révolution de Russie et l’abdication de l’Empereur Nicolas II. Un faible ! et un illusionné. Ce n’est pas cela qui peut nous faire du bien, mais attendons !! Les allemands doivent exulter. Je trouve au rendez-vous Houlon, nous retournons ensemble à la Ville, puis de là il m’emmène à Noël-Caqué, rue Chanzy, voir les victimes des gaz de ce matin. L’automobile de Pommery vient d’en amener 2. Deux pauvres femmes que je vois mourantes. En effet 1h après elles étaient mortes. C’est un obus qui est arrivé dans un cellier vers 4h3/4 au moment où les ouvriers réfugiés se précipitaient dans les caves. Il éclatât et immédiatement tous furent incommodés, ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs masques. Et en même temps les allemands envoyaient des shrapnells pour empêcher les malheureux de sortir. Je rentre chez moi impressionné.

Trouvé lettre de ma pauvre femme qui m’apprend que Robert lui est arrivé jeudi 15 courant vers 5h du soir pour repartir le vendredi 16 à 6h17 du matin. Le pauvre petit n’aura eu que juste le temps d’embrasser sa mère et (rayé) à cette (rayé) l’avait bien (rayé) l’avait mal (rayé). Je vais voir à cela. Un nouvel exemple de l’ingratitude des gens (rayé) un supplice d’obtenir (rayé) militaire et en reconnaissance il (rayé). Mais (rayé).

Après-midi causé longuement avec 3 officiers du 403ème d’infanterie, Jary sous-lieutenant avocat à la Cour d’appel de Paris qui venait signer une procuration et avec ses 2 témoins, le Capitaine Heuzé, ingénieur à Darnetal et Chapelain, lieutenant substitut du Procureur de la République d’Avranches, qui connait très bien mon nouveau procureur. Il m’en a dit beaucoup de bien. Il déplorait avec moi les pillages et la conduite scandaleuse de leurs camarades officiers. M. Chapelain (blessé le 18 mars 1917 par un obus, rue du Barbâtre à Reims) me disait que cette mentalité le surprenait, mais que c’était la conséquence de l’autocratisme militaire. Je suis de son avis. Ensuite retourné à mon inventaire et scellés rue Dieu-Lumière par un soleil splendide, une vraie journée de printemps, et là je trouve mon brave Landréat légèrement éméché et la gardienne des scellés « itou ». On avait un peu caressé la cave du défunt. J’ai fait celui qui ne s’apercevait de rien, mais mon dévoué greffier avait sa « Paille » (Etre ivre, enivré). Je m’en suis allé…  mais la prisée a dû être plutôt…  dure et mouvementée…  Je saurai cela lundi.

Rentré chez moi et travaillé d’arrache-pied. Ce soir le calme.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 mars 1917

A 4 h, je suis réveillé brusquement par l’arrivée d’un obus, dont les éclats retombent avec des débris de matériaux, sur la place Amélie-Doublié. D’autres explosions ne suivant pas, je ne juge pas nécessaire de me lever mais je tends l’oreille, car il me semble percevoir d’abord un bruit ressemblant assez à celui que ferait une troupe de gros oiseaux migrateurs de passage, qui vole­rait à faible hauteur ; au loin, je distingue ensuite un roulement continu que je ne tarde pas à reconnaître comme étant une succes­sion précipitée de départs chez les Boches, précédant ces singu­liers sifflements.

Mon attention, ma curiosité sont complètement retenues, et, cette fois, j’entends de nombreuses arrivées, qui ne produisent pas de fortes détonations comme celles auxquelles nous sommes de­puis longtemps habitués, mais seulement un éclatement sourd, semblable de loin, aux « pfloc » que ferait un pot de fleurs tombant d’un étage.

J’en conclus : c’est un bombardement copieux, avec de nou­veaux projectiles ; en effet, les sifflements se suivent très réguliè­rement toutes les cinq à six secondes. Je prends ma montre pour m’assurer de la cadence ; c’est bien cela, les obus tombent à la moyenne de 10 à 12 par minute.

Ce bombardement bizarre dure une heure environ, et, lors- qu’en me rendant au bureau je croise, avenue de Laon, un mar­chand de journaux, celui-ci me dit en passant :

« Ils ont bombardé à gaz ce matin ; il y a des morts vers la rue de Bétheniville, le champ de Grève. »

Dans la matinée, nous apprenons qu’environ 550 à 600 obus à gaz ont été envoyés sur les batteries du champ de Grève, du boulevard de Saint-Marceaux, dans le haut du quartier Cernay, la rue de Bétheniville, le boulevard Carteret, etc. et que les décès occasionnés parmi la population civile, sont ceux de M. et Mme Plistat, Mme Leyravaud, Mme Lepagnol, Mme Anciaux etc., qu’en outre, il y a d’assez nombreux malades ou indisposés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 17 – Nuit tranquille, sauf coups de canons, entre artilleries. Mais, à 4 h. 1/2 est déclenché un déluge d’obus qui sifflent dans les airs et vont s’abattre comme grêle sur nos batteries du côté de… pendant une forte demi- heure. On dit, ce soir, à 7 h, qu’il y a 6 personnes mortes des gaz asphyxiants lancés le matin. Aéroplanes toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 17 mars

De part et d’autre de l’Avre, nos détachements ont continué à progresser au cours de la journée sur divers points du front ennemi, depuis Andechy jusqu’au sud de Lassigny. Nous avons fait des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie assez violente dans la région de Berry-au-Bac.

En Champagne, nous avons exécuté un coup de main sur une tranchée allemande à l’est de la butte de Souain.

Nos tirs de destruction ont bouleversé les organisations allemandes du bois le Prêtre.

Sur le front belge, bombardement réciproque à l’est de Ramscappelle et à Steenstraete.

Les Anglais poursuivent leur avance au nord de la Somme. Le bois de Saint-Pierre-Vaast presque en entier, avec 1000 mètres de tranchées au sud et 2000 mètres au nord de ce bois sont entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au nord-est de Gommécourt.

Des coups de main ont été exécutés par eux au sud d’Arras, à l’est de Souchez et à l’est de Vermelles.

La révolution a triomphé à Petrograd. Un gouvernement parlementaire s’est constitué; la Douma a réclamé l’abdication de Nicolas II. Les anciens ministres ont été emprisonnés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 4 décembre 1915

Moulin de la Housse

Louis Guédet

Samedi 4 décembre 1915

448ème et 446ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Jour de pluie battante, toujours la tempête, temps lourd, l’eau ruisselle de partout. Bombardement de 8h à midi.

Le soir est toujours triste pour moi seul et isolé et rendu encore plus triste par ce vent en tempête et mugissant continuellement. Toujours mêmes nouvelles de St Martin, mon père toujours très faible !! Pauvre Père. Je voudrais tant qu’il voie notre victoire finale et qu’enfin je puisse le voir en paix.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Le bombardement sur les batteries du champ de Grève et ses alentours, commencé à 8 h 1/2, à la cadence d’un obus toutes les cinq minutes, ne se termine qu’à 14 h

Nous apprenons que cinq artilleurs ont été tués et d’autres blessés, à leurs pièces, non loin du boulevard de Saint-Marceaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 4 – Nuit absolument tranquille. Vent, tempête, pluie. Expédié Lettre collective à Lyon et Bordeaux. A 9 h. matin jusqu’à 10 h. série de bombes sifflantes. Item de 10 h. 1/2 presqu’à 11 h. 1/2. Violent bombarde­ment avec gros projectiles de 10 h. à 2 h. 1/4. Cinq artilleurs tués sur leurs pièces par le 1er obus. Le bombardement a porté rue du Barbâtre et rue Piper.

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Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Samedi 4 Décembre 1915. Aujourd’hui bombardement toute la journée, une marmite toutes les deux minutes régulièrement au-dessus de nous au moulin de la Housse ; de huit heures du matin jusqu’à quatre heures du soir ; il y a eu une demi-heure d’accalmie. Et toujours sur le moulin. Ils l’ont complètement démonté. Encore bon qu’ils n’ont pas démoli le réservoir d’eau. Ce qu’on avait peur, c’est qu’il y eut encore des victimes car il y avait des soldats. Mais on a su ce soir qu’ils s’étaient cachés sous les pressoirs. Ils avaient réussi à mettre les appareils téléphoniques et télégraphiques en sûreté. Les tirs des boches deviennent plus réguliers. Avant ils nous arrosaient un peu partout mais hier et aujourd’hui ils cherchent les points militaires. Sont-ils renseignés ? On l’ignore.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 4 décembre

Actions partielles d’artillerie.
Près de Lombaertzyde, en Belgique, nous avons repris un petit poste, qui avait été perdu par surprise.
Lutte de mines à Fay, entre Somme et Oise. Nous démolissons des abris, des constructions et un dépôt d’approvisionnement au nord de Laucourt.
Dans la forêt d’Apremont, combat de grenades.
Nos batteries arrêtent à Thann, en Alsace, un court bombardement.
Canonnade sur le front belge.
Le général Joffre est nommé commandant en chef des armées françaises.
La ville de Monastir, la plus importante de la Macédoine serbe, a été occupée par les troupes austro-allemandes. Les Bulgares y sont attendus.
La France, l’Angleterre et l’Italie ont décidé d’arrêter de nouveau les navires chargés de provisions à l’adresse de la Grèce, ce pays persistant dans une attitude peu amicale.
Les socialistes allemands accentuent leur opposition au chancelier, et cette attitude est vivement commentée par toute la presse d’outre-Rhin.
La Roumanie aurait vendu de très grosses quantités de blé aux empires du Centre.

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mardi 30 novembre 1915

Caserne Colbert

Louis Guédet

Mardi 30 novembre 1915

444ème et 442ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps froid avec pluie et rayons de soleil. Présidé mon tribunal de simple police, une centaine d’affaires presque toutes jugées. Les gendarmes en ont pris pour leur…  grade. Le commissaire de Police leur a dit leur fait, et entre autres qu’ils étaient là pour faire respecter la loi, mais que par contre ils ne devaient pas oublier que la population de Reims était digne d’intérêt et bien assez malheureuse et n’avait pas besoin d’être…  molestée par les Gendarmes !! Les bombes et obus étaient suffisants. Les 3 pandores qui étaient là ne savaient pas si « c’était du lard ou du cochon » comme on dit dans mon village ! J’espère que la leçon servira.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Bombardement sérieux, vers Pommery et le Champ de grève.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille, visite de M. Rampillion des Moguèle.

Visite au Docteur Gauge, à M. Lefèvre, maison des Chapelains. Ordina­tion par Mgr Neveux, de M. Maurice Broux, au diaconat (du diocèse de Lille).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 30 novembre

Combats à la grenade en Artois, aux abords de la route de Lille, et en Lorraine, autour de Reillon.
Au nord du Labyrinthe, nous avons, par une vive attaque, chassé l’ennemi de l’entonnoir qu’il occupait. Il a subi des pertes sensibles.
C’est un sérieux échec que les Allemands ont essuyé à Berry-au-Bac, devant un de nos ouvrages. Ils ont laissé des morts et des prisonniers.
Quatre taubes ont survolé Verdun et jeté des bombes. A titre de représailles, cinq de nos avions ont bombardé la gare de Brieulles, au sud de Stenay, coupant la voie ferrée et forçant un train à rebrousser chemin.
Un de nos avions a dû atterrir à Dompcevrin (rive gauche de la Meuse). Les aviateurs sont sains et saufs.
Avance russe en Courlande.
Les Italiens ont fait encore plusieurs centaines de prisonniers autour de Goritz.
La situation à Monastir est devenue assez précaire. Néanmoins, les Bulgares n’ont pas encore attaqué la ville qui est défendue par le colonel Vassich. Le mauvais temps continue à suspendre les opérations dans le secteur français de Macédoine.
Les échanges de notes se poursuivent entre les alliés et la Grèce : aucun résultat définitif n’est encore acquis.
Le roi de Roumanie a lu le discours du trône qui n’éclaircit toujours pas l’avenir.
Lord Kitchene
r a traversé Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 25 avril 1915

Paul Hess

A 15 heures, canonnade violente de nos pièces du champ de Grève et riposte presque immédiate des Allemands. Je juge prudent de m’éloigner de ces parages, en quittant le boulevard, où je me promenais, pour prendre la rue Gerbert, vers le Barbâtre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Nuit tranquille. Bombes et canonnades assez vives vers 3 h nuit. Visite, Messe, allocution aux Caves Chauvet. Colonel de Ladmirault. M. Tellier, gérant des Caves.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

le 25 j’accompagne Mr NOËL acteur à l’opéra comique chez nous on bombarde le boisd Nicolas et la ligne de chemin de fer

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER


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Mercredi 27 janvier 1915

Caricature du Kaiser

Louis Guédet

Mercredi 27 janvier 1915

137ème et 135ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit fort agitée en bataille. Journée du même temps que au début et s’éclaircissant. Ce soir nuit de pleine lune absolument rayonnante. Dans la journée en l’honneur sans doute de l’anniversaire de la naissance de ce déchet, de ce résidu, de ce pourri de Guillaume II bombardement de première classe, sifflements, mais pas de gros dégâts il me semble. La camelote allemande devient de plus en plus camelote.

Jean ‘est ajourné. Dieu soit loué, il n’aurait pu supporter les fatigues de la vie militaire. Il parait qu’il est furieux ! Il a tord car à quoi bon aller mourir dans un hôpital. Il a mieux à faire.

Déjeuné chez les Henri Abelé avec Charles Heidsieck, abbé Landrieux, Lartilleux (Représentant en laines, 1877-1941), les 2 abbés Pierre et Jean Abelé. Causé des événements et de l’avenir qui au point de vue social et religieux est plutôt sombre et peu encourageant. Le qui verra et la F.M. (Franc-maçonnerie) gagnent de plus en plus. Alors !! ??

Rendu ensuite visite au Procureur de la République pour sa lettre d’hier. Accueil fort cordial. Il m’a lu son texte de proposition à citation à l’ordre du jour civil, très élogieux mais vrai et juste pour moi et sur moi, il s’appuie en dehors de ma bravoure sur ce fait que non seulement je suis le seul des notaires de Reims resté à son Poste mais aussi et encore le seul des officiers ministériels (avocats, avoués, huissiers, commissaires-priseurs, greffiers, etc…) bref toute la garde de robe. Le Tabellion a fait honneur à nos panonceaux quoi !! Il espère que le Garde des Sceaux m’accordera cette citation à l’ordre du jour, mais on ne sait jamais !! par le temps qui court !! Ce que cela m’indiffère !! Et cependant (le passage suivant à été rayé, illisible) mériterait bien ce soufflet ! à la Grâce de Dieu cela ne m’empêche pas de dormir. Dieu peut faire plus, alors qu’il en arrive ce qu’il voudra…  …J’ai ma conscience.

J’ai fait mon devoir, plus que mon devoir, largement. Alors foin ! de la gloire et de la renommée ! Je l’aurai mérité, cela me suffit, même le ruban rouge !! Certes si cela suivait je n’en serai pas fier, mais je le reçois pour ma chère femme et mes enfants. J’en serais heureux. Oh ! fort heureux pour eux. Car cela aura été gagné sous le feu, les bombes et la bataille pendant 5 mois 1/2.

Les feuillets 194 à 196 ont disparus, le feuillet 197 se résume à une demi-page resto-verso.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Hier, le bombardement a commencé le matin, vers 4 heures.

Cette nuit, il y a eu canonnade de notre part et ce matin le canon gronde encore de tous côtés devant Reims. Une action très vive a lieu certainement en direction de la Pompelle, car la fusillade et les mitrailleuses se font entendre également une partie de la journée. Cela nous paraît sortir de l’ordinaire ; peut-être verrons-nous, demain dans le communiqué de quoi il s’agissait.

– Au cours d’une promenade, vers 8 h 1/2, tandis que je montais le bout de la rue Lagrive conduisant de la rue Ponsardin au boulevard de la Pais, je vous tirer, juste dans l’axe de la rue et tout près de son extrémité, l’une des pièces que je soupçonnais, avant-hier, être cachées là dans les abris du champ de Grève. La flamme du départ, aperçue en même temps que ce premier coup se faisait subitement entendre, m’a révélé sa présence.

Quand on ne s’y attend pas et à si courte distance, le 75 claque bien.

Tout le reste de la batterie se mettant aussitôt de la partie, je dois m’éloigner, car la riposte pourrait fort bien ne pas se faire attendre de ce côté ; d’ailleurs le moment vient de rentrer à la mairie, pour le travail.

– L’après-midi, le centre de la ville reçoit les obus d’un violent bombardement et le soir, à 21 h 1/2, par une nuit claire et très froide, les mitrailleuses partent soudainement, au nord de Reims, en même temps qu’une sérieuse fusillade ses déclenche.

Pendant une demi-heures environ, le bruit apporté par le vent, donnant précisément de cette direction, donne l’illusion d’un violent combat tout proche. Le canon s’en mêlant encore, bien des gens effrayés se précipitent dans leurs caves, croyant qu’on se bat en ville.

C’est jour anniversaire du Kaiser. Entre Bétheny et Witry, des Allemands sortis de leurs tranchées pour crier : « Vive l’Empereur », ont été tout de suite abattus, paraît-il et il s’en est suivi un engagement dont les échos, par ce beau temps de forte gelée, ont fait craindre à nombre de Rémois, un retour offensif de l’ennemi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 27 – Nuit tranquille pour notre quartier. Canons français lourds de temps en temps toute la nuit. Vers 1 h à 2 h, fusillade intense toute la matinée. Bombardement de 3 h à 4 h. A 4 h aéroplane. Forte canonnade de 9 h à 10 h. Bombes chez M. Charles Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

27/1 – Mercredi, jour de l’année de la naissance du Kaiser

Même temps. Canonnade très violente de notre part dans la matinée. Nos grosses pièces auraient parait-il tiré avec des obus à la (?) sur un corps allemand en déplacement. L’après-midi, canonnade moins violente. A 9 h 10 du soir, il parait que les allemands sortirent tous des tranchées de Bétheny à Cernay, dansant et criant : « Vive l’Empereur » mais de notre coté, on ne l’entendit point de la sorte, car au même instant, fusillade, mitrailleuses, canon petits et gros, tout marchait ensemble, obligeant ainsi ceux qui restaient à rejoindre leur tranchée au plus vite, non sans avoir subi des pertes énormes, attaque qui dura 3/4 d’heure. le reste de la nuit fut assez calme malgré de nombreux coups de canon de nos grosses pièces.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 27 Janvier 1915.

Gaston est venu cet après-midi et comme ton papa l’avait fait, il a causé tout bas au parrain. Mais il ne s’en retournera pas sans que je sache à quoi m’en tenir. Il monte donc me dire bonjour, me demande comment ça va et me dit de reprendre espoir. « C’est vrai, dis-je, papa m’a dit que vous aviez reçu une lettre de Georges Langlet et c’est vrai que Charles ne serait pas tué ? ».

Il a l’air embarrassé. J’en profite pour ajouter : « Si vous avez la lettre sur vous, je voudrais bien la voir ». Avec regret et n’osant me refuser, il me la donna. Ma ruse avait réussi. C’est en tremblant que je la dépliai. Il y était expliqué que tu étais bien tombé, frappé d’une balle au front. La blessure paraissait légère mais la commotion étant forte, tu avais perdu connaissance et au moment où tes camarades allaient t’enlever, une contre-attaque allemande les en avait empêché et tu étais resté entre les mains de l’ennemi. D’où il résultait que tu devais être soigné dans une ambulance allemande et c’est pourquoi tu ne pouvais donner de tes nouvelles. G. Langlet ajoutait qu’il avait écrit à Rominger qui lui avait dit la même chose et il suppliait Gaston de ne m’en rien dire.

Mais moi j’étais contente au contraire de l’avoir lue ; cela me rendait encore un peu d’espoir et si je pleurais après le départ de Gaston, ce fut de soulagement. Mon dieu, quel jour aurai-je la certitude que tu es encore vivant ? Ce sera un jour béni.

Que je t’aime mon Charles, et que je voudrais te le dire comme autrefois. Mais j’ai toujours l’espérance.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Lundi 25 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

25 JANVIER – mardi –

De 9 heures du soir, jusque 11 heures, une attaque furieuse. La fureur sauvage des mitrailleuses m’impressionnait profondément. Les canons allemands tonnaient éperdument…

Comme j’ai hâte d’aller aux tranchées ! Eux ne comprennent pas bien, mais moi, je suis sûr que les hommes verront une soutane avec quelque édification.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Lundi 25 janvier 1915

135ème et 133ème jours de bataille et de bombardement

8h40 soir  Journée calme, grise, très froide. Fort occupé par lettres et courses. Scellés chez Madame Veuve Collet-Lefort. Que deviendra cette affaire pour moi ? Je ne sais. J’aurais peut-être tiré les marrons du feu, mais j’ai encore fait mon devoir.

A 8h1/4 bombes et obus sifflent au-dessus et proches de chez moi. Ma domestique me supplie de descendre. A quoi bon ? Je suis las de cette vie !! de cette comédie de descendre et de remonter. Je descends tout de même, et je remonte pour écrire ces lignes ! Quel martyre et combien durera-t-il encore de temps ?!

Demain matin mon pauvre enfant, mon aîné, mon cher Jean va passer la révision 1916. Que Dieu le protège !! et que Dieu compte tout ce que j’ai souffert pour me le garder !! me le conserver !

Ce sera pour moi demain 26 un jour bien pénible, bien dur à passer et puis après que m’annoncera-t-on ? Quand je vois tout ces jeunes hommes forts, vigoureux, se promener ici dans les rues ne pensant qu’à jouir et à s’amuser bien à l’abri des balles et des obus, car ce sont des embusqués. Cela me saigne le cœur quand je songe à mon pauvre enfant qui lui, s’il le faut, fera son devoir, plus que son devoir, tandis que ces lâches ne penseront qu’à bien manger ! Oh ! que Dieu les maudisse !!

Lettre du Procureur de la République, M. Henri Bossu, à Louis Guédet

Entête : Copie

Cabinet du Procureur de la République
Reims, le 26 janvier 1915
Confidentiel

Mon cher Maître,

J’ai le plaisir de vous faire savoir que je vous ai proposé à Monsieur le Garde des Sceaux pour l’inscription au livre d’or des civils en raison de votre belle conduite au cours des 5 derniers mois.

Bien cordialement à vous

Henri Bossu

Guédet, notaire, Reims

Mention en travers en bas : « Reçu à 4h1/4 soir »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Éprouvant le besoin de respirer le bon air matinal avant d’aller m’enfermer au bureau, je me dirige, vers 7 h 1/2, du côté du champ de Grève. Au bas de l’avenue de la Suippe, je me heurte à un poteau portant l’inscription : « Défense de passer – zone militaire ». Je n’ai qu’à faire demi-tour, mais je monte alors le boulevard de la Paix pour voir à gagner le but de ma promenade par la rue Lagrive ; au bout de cette rue, la même indication m’oblige également à retourner sur mes pas. J’aperçois, en outre deux sentinelles, rue de Sillery, dont la présence est assez significative.

Renonçant alors à mon circuit quasi journalier d’avant la guerre, dans ces parages, je me contente d’examiner le terrain que je connais parfaitement et devant moi, je vois des abris dissimulant probablement des pièces d’artillerie, car leurs caissons se trouvent incomplètement cachés en contrebas, sur la gauche, dans l’emplacement longeant le mur de clôture de l’ancienne propriété Luzzani.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 25 – Nuit tranquille pour la ville. Canonnade et fusillade française toute la journée. Récit de M. l’Archiprêtre sur le voyage de Mgr Baudrillart, à Rome.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

25. Lundi. Temps gris. Toujours le canon jusqu’à 1 heure du soir. L’après-midi et la nuit, canonnade légère et bombardement

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Lundi 25 janvier

L’ennemi a bombardé la région de Nieuport-Lombaertzyde en Flandre, mais sans pouvoir exécuter l’attaque d’infanterie qu’il préparait. Ses rassemblements ont été, en effet, dispersés par notre artillerie.
Arras a été encore une fois bombardée, tandis qu’une vive fusillade s’engageait à proximité. Près de Vermelles, nous avons contraint les Allemands à évacuer une tranchée avancée; nous avons fait taire leurs canons aux alentours de la Boisselle. Nous avons jeté des obus, qui ont produit des effets utiles, sur leurs ouvrages entre Reims et l’Argonne, spécialement vers Beauséjour et Massiges.
En Argonne, où des combats violents se sont livrés, depuis plusieurs jours, dans la région du Four-de-Paris, nous avons gardé nos positions. En Alsace, nous avons progressé dans le massif d’Hartmannsweilerkopf et repoussé une offensive à Uffholtz.
Une escadre de croiseurs légers anglais a arrêté un raid naval allemand en mer du Nord. Le croiseur allemand Blücher, que montaient 847 hommes, a été coulé; deux autres bâtiments, parmi ceux qui l’accompagnaient, ont été endommagés. Les pertes anglaises sont insignifiantes : quelques hommes blessés.
M. Millerand, ministre de la Guerre, qui s’était rendu à Londres, est revenu à Paris.
M. Bryan, secrétaire d’État de l’Union américaine répond à l’Allemagne par une fin non-recevoir : on sait que le cabinet de Berlin avait protesté contre les fournitures faites par l’Amérique aux alliés.
La Hollande déclare officiellement qu’elle se tient toujours sur ses gardes.

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Mercredi 30 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

30 SEPTEMBRE – mercredi –

6  heures matin ;

Toute la nuit, la bataille s’est développée1 au front de Reims, les « 120 » longs faisaient dans la nuit un bruit formidable. Décidément, on ne se bat plus que la nuit.

6  heures soir ;

La bataille reprend ce soir comme les jours précédents, au-delà du faubourg de Laon, mais tous les jours un peu plus tôt…

Je suis allé prendre quelques photos au château de la Marquise de Polignac. Au fond, les dégâts ne sont pas énormes ; les obus avaient à faire à forte partie ; la construction est solide !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : texte

30 septembre 1914 ·

Fin septembre ; à Reims, le ravitaillement est difficile, les trains n’arrivent plus en gare, de toutes façons….
Les besoins de l’armée priment tout. Nous apprenons que des cuisines militaires installées dans la ferme de Murigny distribuent des repas chauds aux civils.
Malgré la distance, j’y vais à plusieurs reprises avec des voisins, cela nous permet d’attendre une amélioration dans l’arrivée des vivres.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Mercredi 30 septembre 1914

19ème et 17ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Ce matin à 4h les mitrailleuses crépitent, on se bat jusqu’à 5h. Coups de canons intermittents en ce moment. J’achève ma lettre pour mes aimés et vais la porter à la Pharmacie de Paris. Puisse-telle leur parvenir. A 9h j’irai voir les dégâts de la Cathédrale avec l’abbé Andrieux.

11h  Je suis allé à 9h porter ma 1ère lettre à la Pharmacie, ensuite la seconde à la Gare. En revenant je rencontre l’abbé Abelé qui arrivait de Châlons, et va à la clinique Mencière ou est Maurice Mareschal, il me donne des nouvelles de Touzet qui se porte très bien et est à Châlons, il sera ici demain ou après. Je cours au 164 rue des Capucins chez son beau-père M. Pion (à vérifier), ou je trouve Madame Touzet et toute sa famille, leur annonce cette bonne nouvelle. Ils sont enchantés. Je rencontre M. Hébert qui me dit qu’on a établi un service postal rue Libergier 32, à l’École des Filles. Je remonte, vois mon boulanger Metzger rue des Capucins 34, qui est fort fâché contre Goulet-Turpin qui se serait fait délivrer sur réquisition 100 sacs de farine, tandis qu’aux autres boulangers on leur refuse cette farine tant qu’ils n’auront pas écoulé les 80 000 boules que Paris a envoyé à Reims. Reims paiera donc toujours pour Paris.

Je vais à 9h exactement trouver l’abbé Andrieux et nous entrons dans notre pauvre Cathédrale ! Des débris de toutes sortes, poutres à demi-consumées, vitraux épars brisés, fondus, plomb fondu et réduit en poussière, en grenaille. Les chapelles du pourtour de l’abside n’ont pas trop soufferts, la nef non plus. Dans le chœur le trône du cardinal est à demi-consumé. La Jeanne d’Arc de M. Abelé est enfumée seulement. Les stalles de Chanoines, du côté de l’Évangile, sont entièrement brûlées, celles de l’Épitre ainsi que le petit orgue sont sauvés. L’horloge à personnages, près des Grandes Orgues, ainsi que ces dernières, paraissent intactes. Les deux chaires, celle de la nef et celle du cardinal qui vient de l’ancienne église St Pierre, les deux je crois sont sauvées. Un ou deux grands lustres sont à terre, les autres sont restés suspendus et n’ont semblés n’avoir rien. Les 2 grands tambours du Grand Portail sont consumés, et le feu a abîmé les jolies statuettes qui tapissent la partie intérieure du Grand Portail autour des deux petites portes. Les statues qui sont à droite et à gauche des 2 grandes portes et au-dessus sont intactes, notamment les 2 chefs d’œuvres : le moine donnant la communion à un chevalier et celui-ci sont absolument saufs.

La moitié de la Grande Rose du côté nord, qui avait été entièrement refaite par M. Paul Simon il y a quelques années n’existe plus comme vitraux, l’ossature en pierre est indemne.

Nous montons ensuite par le transept nord au sommet de la Cathédrale, au-dessus du Petit Portail et de la Galerie des rois, nous regardons le combat qui se déroule vers le champ d’aviation. Duels de canons. Toute la plaine est constellée de tranchées et de levées de terre. Nous allons sur le sommet des voûtes, à l’endroit où était le carillon, plus rien, toute la charpente a été consumée et ne forme plus que des cendres, pas dix fragments de poutres à demi-consumées ne subsistent. Cette forêt de charpente a brûlé comme un feu de paille !! Nous redescendons, moi fort impressionné de ce que j’ai vu !

Cet incendie de la Cathédrale est un désastre, mais j’estime que l’on pourra la réparer, sauf bien entendu ses nombreux détails de sculptures, les statues détériorées, brûlées ou brisées qui sont irréparables ! Nous ne sommes malheureusement plus au Moyen-âge, et n’avons plus ni la patience ni le sentiment et l’esprit de l’art de cette époque. Chaque ouvrier sculpteur de ce temps était un artiste qui travaillait beaucoup et coûtait peu. Ce n’est plus de saison à notre époque : on travaille pour de l’argent et non pour des siècles l’Art pur d’une époque !! et pour les siècles !!!

5h3/4  On se bat toujours ! Je suis découragé. Sans nouvelles ou à peu près des miens et sans nouvelles de mon pauvre Père. Ce que je souffre est intraduisible. Je n’ai plus la force d’espérer. Je suis complètement anéanti, moi qui résistais au bruit du canon.

Je tressaille, je m’énerve à chaque coup, je n’en puis plus !! Voila 1 mois qu’on se bat autour de nous, sans compter l’occupation prussienne et saxonne avec toutes ses souffrances et ses angoisses. Je n’en puis plus !!

Il y a en effet un service des Postes établi à l’École Maternelle de la rue Libergier, il faut que les lettres soient mises à la Poste avant 3h. J’écrirai demain à ma chère femme et à mon bien aimé Père, s’il existe encore !! Oh ! Quelle torture !!

J’ai reçu cet après-midi du Parquet une notification à marchage à faire !! Je vais donc instrumenter sous les bombes. Pas moyen de déléguer un confrère puisque je suis le seul notaire qui ne se soit pas sauvé de peur sur les 4 que nous devions être à notre Poste d’Honneur ! Bigot, Hanrot et Peltereau ont fui (rayé) Je suis resté ! et probablement on ne me saurait imbu de reconnaissance ?! Les autres ont sauvés leur peau !! Moi j’ai exposé la mienne tous les jours ! voilà toute la différence !!

6h05  Voilà la bataille de nuit qui commence ! Mon Dieu ! Quand donc ce sera fini ! Ce n’est pas de la peur ! Oh non ! mais c’est de la lassitude !! Quelle vie !! Quel martyr !! Je n’ose plus espérer ! Je désespère de revoir Père, femme, enfants !! et mon cher St Martin !! si calme ! si tranquille !! où je me retrempais, où je retrouvais des forces pour penser à nouveau quand j’y allais !!

7h50 soir  A 7h plus de mousqueterie ! mais à l’instant deux coups de grosse artillerie qui font trembler la maison. On tire de St Charles et j’entends les obus siffler au-dessus du faubourg de Laon. Voilà le duel d’artillerie qui va recommencer, du reste il n’a pas cessé de la journée !! On me racontait ce matin un fait assez amusant accompli par un caporal et 2 soldats. C’était du côté de Merfy, sur les 10h du matin. L’officier qui commandait une des tranchées françaises désirait être fixé sur une tranchée ennemie qui possédait une mitrailleuse fort gênante pour nous. On demande à 3 hommes de bonne volonté pour aller reconnaître cette tranchée. Un caporal et 2 soldats se présentent ! Ils s’affublent de gerbes de paille et en rampant ils arrivent inaperçus sur la tranchée visée, pleine de prussiens. Quelques coups de baïonnettes lancés à droite et à gauche par nos lascars mettent en fuite nos allemands qui n’aiment pas la fourchette (du reste ils ne se servent que de leurs couteaux pour manger… même la soupe !!) Nos trois troupiers, maitres de la tranchée, ne perdent pas de temps et retournent la fameuse mitrailleuse qui intriguait tant leurs officiers sur nos prussiens et se mettent à déchirer de la toile sur leur dos, en veux tu en voilà !!

Les camarades arrivent à la rescousse, et dans le tohu-bohu tuent pas mal de prussiens et font nombre de prisonniers !! Notre cabo (caporal) a attrapé la Médaille Militaire du coup, ainsi que ses 2 hommes. Ceci montre bien l’initiative innée de nos soldats. Les allemands n’auraient certainement pas pensé à cela !! Renvoyer le panier par l’ange !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

On reparle beaucoup de la nuit du 28 au 29. Peu de gens ont dormi à Reims. Il s’agissait d’une engagement important, du côté de Cernay, sur lequel nous n’avons aucun renseignement.

– Les batteries installées ans le Champ de grève sont en pleine activité, dans la matinée de ce jour.

– L’après-midi, je sors pour aller aux nouvelles, place Amélie-Doublié. Du pont de l’avenue de Laon, je commence à entendre les arrivées des obus qui ne cessent de tomber vers le Port-sec et sur la gare du CBR (Jacquart), où sont placées des pièces de 75. Cela me fait hâter le pas pour arriver chez mon beau-frère… où je ne trouve personne. Je m’empresse alors de revenir, car la promenade est dangereuse aujourd’hui, dan ce quartier, dont les rues sont désertes.

A mon retour rue du Jard, nous percevons, du jardin, une série de détonations qui commence vers 18 h et se prolonge longtemps ; elles sont tellement serrées et nourries qu’elle produisent un bruit comparable à celui du passage d’un train, entendu dans la campagne.

Vers 18 h1/2, le canon venant se mêler à ce vacarme effroyable, nous nous demandons comment va encore se passer la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Toute la nuit (passim 29-30) combat ; intervention des mitrailleuses, à 4 h. pendant une demi-heure ou 3/4 d’heure sans arrêt. 9 h. canonnade et bombardement.

2 h. Visite de M. Abelé, Curé du Sacré-Coeur ; il m’apprend que M. Béguin est à Reims, Clinique Mencière.

3 h. Visite à la Clinique Mencière.

6 h. Explosion du Parc d’Artillerie (1), incendié par les Allemands, il n’y avait rien d’utile à l’armée dedans. C’est de règle, et le Allemands auraient dû commencer par là. Je pense qu’on dit cela pour ranimer notre confiance bien déprimée?. 8 h. soir, grosses pièces, vers 3 h. nuit, (…) 5 h. Silence.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) L’ancien parc d’artillerie de la garnison, rue de Neufchâtel et situé trop près du front, ne contenait semble-t-il que des artifices et des munitions périmées. La remarque du Cardinal montre quel es esprits ne sont pas encore prêts à admettre un conflit de longue durée.


Gaston Dorigny

Aujourd’hui, les Allemands n’ont même pas attendu qu’il fasse jour pour nous cribler de leur mitraille. Dès quatre heures ½ du matin les obus pleuvent sur la ville et particulièrement encore dans le quartier de Cernay. Gérard de la maison Bouchez est tué chez lui ainsi que sa femme au moment où s’étant levé il se disposait à se mettre à l’abri à la cave.

La matinée passe au son du canon.

Vers 1 heure ½ du soir un envoi continu d’obus commence qui doit continuer plusieurs heures. Nous allons voir chez Truxler (1), qui est rentré depuis quelques jours et en rentrant à cinq heures, nous entendons en suivant le canal un bruit qui ressemble à des mitrailleuses. Renseignements pris, c’est tout autre chose, un obus allemand est tombé dans l’arsenal rue de Neuchâtel où, fait inouï dans une ville assiégée, l’autorité militaire avait laissé des munitions.

Les innombrables cartouches renfermées dans les magasins éclatent pendant près de deux heures. On entend même des explosions semblant provenir de gros engins.

Pour calmer l’opinion publique, l’armée raconte que l’arsenal ne contenait que des cartouches à blanc et des cartouches d’au delà 1874. Cela était peut être exact mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a une grosse faute d’avoir laissé des munitions à portée de l’ennemi.

A peine les craquements produits par l’éclatement des projectiles de l’arsenal se sont ils tu que l’on en entend de nouveaux. C’est encore une fois une bataille qui commence.

A quand la fin ? On se sent devenir fou.

Gaston Dorigny

(1) Truxler, était un cousin de la grand-mère du petit-fiis de Gaston Dorigny (Claude Balais), – Branche Thierry – grand parent de Michel Péricard , maire de Saint Germain en Laye, membre de l’assemblée nationale en 1996 où il fût porte parole du RPR.


Paul Dupuy

17H Couturier venant des Mesneux se fait l’écho de l’inquiétude de la famille C. Lallement, que les travaux de fortification qui se multiplient dans les environs impressionnent défavorablement, et du désir qu’elle aurait de me voir arriver au plus tôt porteur de l’or retrouvé intact dans le coffre-fort.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Juliette Breyer

Cette fin de mois, pas de grand changement, toujours des bombardements, le feu Rue d’Alsace-Lorraine, 19 soldats tués au moulin de la Housse, 13 aux caves à louer. Chez Pommery, l’expédition, la bouchonnerie et la maison à Poirier ne sont plus que des décombres. Mais nous nous sommes bien abrités, étant dans les tunnels supérieurs.  On ne souffre pas. André se porte à merveille, on le voit changer de jour en jour et il ne t’oublie pas. Pauvre papa, où es-tu ?

Nous t’aimons tous les deux et nous t’attendons. Bons baisers et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Victimes des bombardements de ce jour à Reims

  • FINCK Arsène     – 25 ans, 9 rue Noël, Caviste – célibataire Demeurant 65 rue de Cernay à Reims
  • GÉRARD Eugénie Alphonsine   – 41 ans, 107 rue d’Alsace-Lorraine, décédée en son domicile
  • GÉRARD Henri Honoré  –  46 ans, 107 rue d’Alsace-Lorraine,  Tué avec son épouse lors d’un bombardement alors qu’ils cherchaient un abri plus sûr – Employé de commerce

Jeudi 30 septembre

Le succès obtenu en Champagne a été très important. Le nombre des prisonniers faits par nous est de 23000, celui des canons capturés est de 79. De nouveaux groupes d’Allemands se sont rendus. Notre poussée continue contre les positions de repli de l’ennemi. Nous avons progressé sur les pentes de la butte de Tahure et au nord de Massiges.
En Artois, nom avons atteint, après une lutte opiniâtre, le point culminant de la crête de Vimy et nous avons maintenu toutes les positions conquises. De là nous dominons la plaine de Douai. Nous avons fait 300 prisonniers.
Canonnade au nord et au sud de l’Aisne, en forêt d’Apremont et au bois Le Prêtre.
Les Anglais ont progressé vers Lens et augmenté le total de leurs prisonniers.
Les Russes ont livré de sanglants combats vers Dwinsk, au sud de Vilna et en Volhynie.
Les Anglo-Indiens ont remporté un succès en Mésopotamie et marchent sur Bagdad.
Une crise ministérielle s’est produite à Sofia. MM. Tontchef et Bakalof estimant la politique de M. Radoslavof encore trop peu complaisante à l’égard de l’Allemagne, ont démissionné. Mais le roi a obtenu d’eux qu’ils reprissent leur démission.

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Lundi 28 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

28 SEPTEMBRE :

Bonnes nouvelles ce matin. Et de très officielles. Les allemands, qui avaient pris l’offensive générale ont été repoussés sur toute la ligne. On leur a même pris plusieurs canons et un drapeau.

10 heures 1/2 ; Vive fusillade avec mitrailleuses et canon du côté du faubourg de Laon ; les choses ont eu l’allure d’une alerte, d’une excursion teutonne allégrement repoussée par nos armes. Je saurai demain…

Je viens de mettre les pieds dehors ! Mon Dieu, les feuilles tombent ; déjà, elles choient dans la nuit avec un triste frifillis le long des branches et des feuilles encore solides sur leurs attaches.

Effectivement, c’est Octobre demain ; c’est l’automne. L’harmonie des choses est deux fois admirable dans le désordre fabuleux parmi lequel le vieux monde se débat en ce moment… L’Automne doit être grave à Abondance, ô ma chère montagne, mes rochers, les sapins, ma petite maison de bois… !

Encore cet après-midi, des obus sont tombés sur le faubourg Cérès, vers 4 heures. Il y a eu des morts et des blessés.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 28 septembre 1914

17ème et 15ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Près de Reims la nuit a été calme, mais vers 1h du matin on bataillait fort vers le nord, vers Berry-au-Bac m’a-t-il semblé. Ce matin vers les 6h quelques coups de canons jusqu’à maintenant sur notre front Est, mais des coups qui ne semblent pas très près. Que se passe-t-il ? On ne sait, on ne peut le savoir. C’est ce qui est le plus décourageant, le plus déprimant.

11h1/4  Comme je sortais et fermais ma porte pour aller aux nouvelles à l’Hôtel de Ville, M. Émile Charbonneaux passait à bicyclette devant ma porte, il me crie : « Les nouvelles sont très bonnes sur toute la ligne et nous avançons. Reims qui est toujours sur le pivot sera délivré d’ici 1 jour ou 2. » – « Merci ! » lui dis-je, il est exactement 9h1/4.

Je filai à la Mairie, personne, chez Charles Heidsieck, personne, chez le docteur Guelliot, où je voie que l’on nettoie et exécute mes ordres. Je pousse sur le boulevard Lundy, entre chez M. Lorin. Madame Lorin m’annonce que Marcel son fils est ici et qu’il est aux tranchées Holden (aux Nouveaux Anglais), et que Fernand Laval est de passage et qu’il se charge des lettres. Elle me donne du papier et j’écris un mot au crayon pour ma chère femme. Cette lettre sera remise à la Poste à Langres (Haute-Marne).

Je continue ma promenade à travers les ruines du quartier Cérès. M. Soullié, qui regarde les ruines de la Maison Lelarge et Cie me confirme ce que m’a dit M. Émile Charbonneaux. Je rentre pour consigner ces quelques lignes et toujours aussi impressionné des désastres que j’ai vus, et revus déjà 10 fois.

Si nous allions en Prusse, nous devrions non pas détruire leurs monuments, leurs musées, leurs œuvres d’Art comme ils savent si bien le faire, mais les leurs enlever, choisir celles qui nous conviendraient pour remplacer ce qu’ils ont brûlé, bombardé, et le reste le vendre aux enchères aux milliardaires américains et employer le produit à restaurer nos monuments et nos maisons.

Pour mon compte je réclamerais les vitraux de notre Cathédrale, enlevés et vendus sur l’ordre du chanoine Godinot, et qui ornent maintenant soit la Cathédrale de Mayence, de Cologne, d’Aix-la-Chapelle ou de Nuremberg, je ne sais au juste laquelle, et ces vitraux viendraient reprendre leur place d’origine qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

5h soir  Journée calme. Toutefois le canon recommence à tonner un peu. Les nouvelles sont rassurantes, et je crois que l’on peut espérer voir bientôt la fin de nos misères, c’est-à-dire l’éloignement de l’ennemi. Quel soulagement ce sera.

Hier, je ne puis m’empêcher de noter cela, quand M. Charles Heidsieck et moi étions à causer avec Maurice Mareschal devant la clinique Mencière, ce dernier, chaque fois qu’il entendait un coup de canon rapproché ne pouvait s’empêcher de nous dire : « Mais vous n’entendez pas, on tire sur nous ! » Nous de sourire et de lui répondre : « Mais non ! mais non ! c’est loin cela !! » Il n’était qu’à moitié convaincu ! Cela m’a amusé il y a quelques jours de voir un officier s’inquiéter du canon quand nous, simples pékins, nous n’y prêtions aucune attention…  Tellement il est vrai qu’on s’habitue à tout ! C’était la première fois qu’il l’entendait, tandis que nous connaissions ce cantique et bien d’autres depuis 25 jours.

8h05 soir  Nous n’avons pas eu de bombardement de la journée, à moins que ce soir ?? !!

A 7h1/2 vient de commencer une canonnade et une fusillade intense, semblables aux plus fortes que j’ai entendues depuis 15 jours ! Remonté dans ma chambre. Je regarde, toutes lumières éteintes, vers le fracas de la lutte. Le combat a lieu dans le prolongement de la rue de Talleyrand, vers le nord. C’est donc vers le faubourg de Laon, La Neuvillette, la ferme Pierquin, le Champ d’aviation. Les éclairs de la canonnade fulgurent à l’horizon comme pendant un orage des plus violents. C’est un roulement continu.

8h12  Cela se ralentit. La fusillade continue, crépite mais semble s’éloigner, il y a 10 minutes elle paraissait si près !! Le canon tonne, mais ce n’est plus le roulement, le tonnerre, la grêle de tout à l’heure. A peine une demi-heure de combat mais quel affect les allemands ont du faire pour arriver à se faire fusiller, canonner de si près. Ils me paraissent lutter en désespérés, du reste cela me confirme ce que l’on m’avait dit hier d’un radiotélégramme intercepté qui ordonnait à toutes les forces allemandes de vaincre ou de mourir ! Attaque générale sur toute la ligne…

On se bat furieusement vers La Neuvillette, Bétheny, à Nogent et à Brimont. Les bruits des combats sont trop rapprochés de Reims…  Berru et Nogent se taisent.

Mais quelle journée calme aujourd’hui ! pas de bombardement, pas de sifflement d’obus au-dessus de nos têtes. On pouvait aller et venir sans entendre siffler ces fifres de la Mort. On vivait au calme. Et, faut-il l’avouer ?…  il me manquait quelque chose…  le bruit du canon !!

Pardonnez-moi ! mais je commençais à m’y habituer ! Il est vrai qu’en ce moment ils ont l’air de se rattraper, mais combien peu. Le canon se meurt en ce moment, par contre (il est 8h25), la mousqueterie fait rage. Ils veulent des corps à corps, mais nos troupes ne les craignent pas, et vraiment ils luttent en désespérés ! en fous !

Allons ! Messieurs les Prussiens ! Bon voyage et je vous donne rendez-vous à Berlin ! cette fois !!…  Le Dieu de la Justice, Saint Michel, l’archange de France, est devant vous avec son épée justicière…  Il est temps que vous expiez vos crimes, vos massacres, vos incendies, vos vandalismes. Finis Germanicae !! il le faut !! ou ce serait la Fin du Monde !!

8h35  Voilà nos grosses pièces qui se mêlent à la…  conversation !! On distingue du reste très facilement les détonations de nos pièces d’avec celles des allemands, ainsi que le sifflement des obus, leur éclatement et leur fumée. Le coup de nos pièces est sec, net, franc ! Le leur est lourd, sourd. De même l’éclatement, le sifflement du nôtre est comme celui d’une pièce d’artifice plutôt aigu, celui des allemand plus frou-sourd, quant à la fumée, la nôtre est blanche, légère. La leur noire jaunâtre, on croirait la fumée d’une locomotive, d’une cheminée d’usine pendant qu’on la recharge. C’est sale ! noirâtre !! jaunâtre !!

8h50  La fusillade cesse, par contre notre artillerie a l’air d’y aller de bon cœur, c’est une large éolienne continue produite par nos obus qui chantent, qui chantent à plaisir.

Une colonne d’artillerie et leurs caissons arrive du Théâtre et tourne vers la rue de l’Étape et la place Drouet d’Erlon.

C’est une vraie bataille, mais plus un coup de fusil.

Le combat s’éloigne…  Attention à la contre-attaque, mais le canon allemand ne me parait pas très causeur, très fourni. C’est nous qui tenons…  le crachoir en ce moment, et j’espère bien que cela continuera…

Une auto. Vraiment, çà chauffe vers le faubourg de Laon.

Ces animaux-là (les Prussiens) vont-ils me laisser dormir tranquille ? si cela ne m’intéressait pas : oui ! Je me coucherais et dormirais sans plus m’inquiéter de leur tapage, mais j’aimerais voir !

9h10  Toujours rien du côté de Berru et de Nogent !! Cela parait se ralentir. Allons nous coucher.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nous sortons au cours de la matinée, mon fils Jean et moi et, tandis que nous sommes dehors, nous allons jusque dans le champ de Grève où nous voyons toujours en position, à gauche de l’avenue de la Suippe et un peu en contre-bas, deux batteries d’artillerie dont les pièces – des 75 – sont dissimulées avec des branchages. Pour le moment, elles ne tirent pas ; les hommes se divertissent entre eux

Notre attention est attirée, de loin, par une quantité d terrassiers, occupés à creuser des tranchées dans un champ longeant le haut de la rue de Sillery. A distance, nous voyons un grand nombre d’animaux étalés l’un auprès de l’autre, sur le talus limitant les propriétés où avait lieu, en juillet, le concours international de gymnastique. Nous nous approchons et nous pouvons compter soixante chevaux et un bœuf, dont on prépare l’enfouissement.

Ces animaux ont tous été tués par les obus, en ville, ces jours derniers.

Partout où l’ennemi avait repéré de la troupe, on avait eu, dans Reims, à côté des dégâts effrayants du bombardement et de l’incendie, de tristes visions de champ de bataille. C’est ainsi qu’en dehors des nombreux cadavres d’animaux restés sur les boulevards de la Paix et Gerbert, aperçus le 20, au petit jour, j’avais vu, le 21 en allant annoncer notre malheur chez mon beau-frère Montier, un groupe de sept à huit chevaux morts, rue Duquenelle, après en avoir vu déjà rue Lesage.

L’administration municipale avait dû aviser rapidement et un organisme, spécialement mis sur pied, fonctionnait pour l’enlèvement de ces cadavres d’animaux, sous la surveillance de M. Lepage Julien, inspecteur au Bureau d’Hygiène. Son important service provisoire était à l’œuvre, ce matin, en cet endroit.

– L’après-midi s’annonçant calme, nous croyons pouvoir profiter du beau temps, vers 16 h, pour faire une promenade en deux groupes devant se rejoindre chez ma belle-sœur, Mlle Simon-Concé, rue du Cloître. Toute la famille s’y est à peine rencontrée, que les obus recommencent à pleuvoir et nous obligent à renter précipitamment rue du Jard.

– Le soir, une violente canonnade, entendue de tout près, nous contraint à retarder l’heure du coucher.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
Un cheval mort, place Godinot

Un cheval mort, place Godinot


Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente et pas très rapprochée ; matinée assez tranquille. Après-midi, comme le matin. On parle de bombes lancées sur la ville, quartier Saint André, et Petit Séminaire. Visite aux Petites Sœurs de l’Assomption ; aux Pères Jésuites et aux Petites sœurs des Pauvres, au Collège St Joseph, visite aux Chanoines rue Libergier. Vive canonnade et à 8 heures mais pas très longue. Coucher au sous-sol. Nuit assez tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

La journée a été assez calme bien que l’on ait entendu le canon sans arrêt. Vers le soir on met en batterie les grosses pièces vers Saint Brice. A sept heures ¾ du soir nos troupes se livrent à une attaque dans les parages de Courey à la Neuvillette. Les mitrailleuses et les fusils crépitent pendant environ une heure ½ dans les environs de chez mon père, puis s’éloignent soutenus par les canons. Le combat dure toute la nuit et au petit jour on entend encore les canons. Nos troupes on repris leur position.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Je quitte Sacy à 7H du matin, après avoir fait mes adieux aux 2 familles Perardel qui vont partir dans l’inconnu, et à celles qui, sans homme, pour les guider, décident de rester encore dans les environs de Reims.

Au moment de la séparation, l’émotion me gagne, et c’est sans mot dire, mais le cœur saignant et les yeux pleins de larmes que s’échangent les dernières effusions.

A peine rentré, j’accueille le Capitaine de Marcel et son Maréchal des logis Chef venus en ravitaillement ; on me donne l’assurance qu’à la première sortie mon cher fils sera du voyage.

Dans la nuit du 28 au 29, la bataille s’engage avec une violence extrême, les Allemands s’obstinant à essayer de rentrer en ville. On ne dort pas, le bruit des mitrailleuses et des fusils se faisant entendre de trop près pour qu’il soit possible de reposer.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Mardi 28 septembre

La situation ne s’est guère modifiée, au nord d’Arras, où l’ennemi ne réagit que peu contre les positions nouvelles occupées par nos troupes. Nous avons fait 1500 prisonniers.
Le chiffre des prisonniers capturés par les Anglais dans le secteur au sud de la Bassée est de 2600.
En Champagne, la lutte continue. Nous sommes devant le front de seconde ligne allemand jalonné par la cote 185, à l’ouest de Navarrin, la butte de Souain, la cote 193, le village de Tahure.
Le nombre des canons de campagne et d’artillerie lourde pris à l’ennemi est de 80, dont 23 enlevés par l’armée britannique.
Une offensive allemande en Argonne, à la Fille-Morte, a été quatre fois enrayée. Nos adversaires ont subi de très lourdes pertes.
Des avions alliés ont bombardé Bruges.
Les Russes ont livré toute une série de combats au cours desquels ils ont fait de nombreux prisonniers. Leur offensive se poursuit en Galicie et dans la région de Pinsk. Ils ont reconquis depuis quinze jours environ 110 kilomètres.Le roi de Grèce s’est mis d’accord avec son premier ministre M. Venizelos, sur la politique à suivre vis-à-vis de la Bulgarie.
La Roumanie a pris des précautions sur sa frontière du sud.

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Mardi 22 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

22 SEPTEMBRE  – Une petite pluie ; la brume ; mauvais temps pour nos troupiers ; mauvais temps pour nos ruines. Les pierres calcinées détrempées vont s’effondrer.

J’ai passé une matinée dans la cathédrale avec Poirier et les journalistes américains. Pendant que j’étais dans la nef, est tombée la petite lampe de l’autel, à droite du St. Sacrement dans l’abside. Hier à midi, c’était celle du St. Sacrement qui s’écrasait avec un bruit énorme ; elle était de taille…

On a mis en bière – enfin ! – les trois corps brûlés dans la cathédrale et les « grillés » du chantier. Depuis samedi… ils sentaient.

Il se trouve que c’est moi qui ai fait le dernier tour sur la cathédrale le vendredi après-midi, pour me rendre compte des dégâts faits par les bombes. Et c’est M. le Curé qui a dit le samedi matin la dernière messe. Il en était à l’offertoire quand les premiers obus sont tombés.

Rencontré tout à l’heure un lieutenant de batterie qui assurait que le Kronprinz était à Berru pendant le bombardement de Reims. C’est sûrement lui qui a ordonné de viser la cathédrale. Le mouvement de réprobation monte dans le Monde, aux États-Unis, l’opinion est soulevée. Harding Davis est un écrivain très connu, qui écrit dans 25 journaux ou revues ; il a pris bien des notes hier…

Il est maintenant certain, renseignements reçus de divers côtés que, pendant que l’échafaudage flambait, deux bombes sont encore tombées ; une sur le toit vers la rue Robert-de-Coucy, une sur l’abside.

5 heures l/2 ;

Je suis allé à Pommery à 2 heures. Effroyable le nombre de bombes jetées sur un aussi petit espace. Nulle part à Reims il y en a tant. Nous avons essuyé le feu au Moulin de la Housse.

Puis, je suis allé chez M. le Curé où nous avions réunion pour le rétablissement de la vie paroissiale. On va adopter les deux chapelles de la Mission et de la rue du Couchant. Je serai à la Mission – où je dirai la messe tous les matins à 7 heures et le dimanche à 8 heures avec une petite instruction.

Le Cardinal rentrait de Rome ce matin, en auto, à 9 heures, quand je passais devant l’Archevêché ! Il’ m’a embrassé le premier… Il est évident qu’il est loin de connaître les réalités qui l’attendent.

8 heures ;

Je viens de révéler les photos faites ce matin à la cathédrale. Poirier passe. C’est horrible ! Dans un hangar du Moulin de la Housse, une heure et demie après notre passage, un obus de 210 arrive, tue 17 soldats et en blesse une cinquantaine ! Tout autour, le terrain est de nouveau arrosé de mitraille et les Caves reçoivent deux ou trois projectiles qui font des dégâts énormes…

Les communautés comme l’Adoration Réparatrice, le Tiers-Ordre, les Écoles St. Symphorien, rue des Murs, rue de Sedan, rue St. André… Les desseins de Dieu sont impénétrables. C’est la théorie éternelle de l’Innocent immolé pour le salut du Monde. Reims a été le berceau de la France chrétienne il est le Golgotha sur lequel son salut s’opère… Quelles heures cruelles cependant !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 22 septembre 1914

11ème et 9ème jours de bataille et de bombardement ?

6h1/2 matin  Cette nuit pas un coup de canon ni un coup de fusil ! À 6h1/2 je m’éveille, surpris de ce calme et de n’avoir pas été réveillé par la musique que nous entendons depuis 10 jours.

7h  quelques coups de canon sourds, au loin, éloignés. Est-ce que Messieurs les prussiens seraient filés ?

7h50  On me dit que l’Etat-major allemand (d’un corps d’armée sans doute) serait fait prisonnier.

8h1/2  Allons nous renseigner si possible. J’en profite pour porter un mot à l’abbé Thinot que j’ai en vain essayé de lui remettre à son domicile 8, rue Vauthier le Noir depuis 2 jours. Chaque fois un obus malencontreux me recommandait la prudence, serai-je plus heureux aujourd’hui ? Nous allons voir !

10h1/4  J’apprends en route que Mareschal est chez lui. J’y saute. Je le trouve sur sa porte, il est fort ému de ce qu’il vient de voir là de nos désastres. Il m’apprend que sa maison de la rue d’Avenay est incendiée, ce que je savais, mais de plus que toute sa comptabilité qu’il avait transporté là de la rue Jacquart est détruite. C’est un désastre !!

Comme Il a session à l’Hôtel de Ville je l’y accompagne, rencontre M. Dallier (Louis Eugène Dallier, 1885-1965), d’Ay, commandant d’État-major, les Henri Abelé, Pierre Givelet, mon Beau-père, plus ou pas de nouveau, sauf qu’on ne bouge pas et que notre état-major hésite à sacrifier inutilement des hommes et qu’il préfère tourner les Prussiens.

J’apprends là que Peltereau-Villeneuve s’est sauvé avec sa femme à Épernay. Me voilà donc le seul des notaires de Reims resté à son poste, à son devoir. Que Dieu me protège ! ainsi que les miens, mon Père, mon étude, ma maison, mon St Martin.

Maurice me dit justement que St Martin n’aurait pas souffert. La Chaussée-sur-Marne oui. Presque pas de combats. Des passages de troupes. Mon Dieu, merci si je retrouve mon Père et sa maison intacte : c’est le foyer familial depuis plus de 150 ans, et cela me ferait gros cœur de savoir qu’il lui est arrivé malheur. Dieu protégez tout cela, et que nous nous retrouvions tous là-bas un jour prochain jouir de la joie de vivre quelques moments heureux dans mon Pays natal.

Rencontré M. Portevin avec qui je reparle de cette ténébreuse histoire des parlementaires allemands de La Neuvillette du 3 septembre. Il n’en sait guère plus que moi et il me confirme qu’il est en effet allé à la Mairie de La Neuvillette vers 7 heures du soir dire au colonel du 94ème de ligne qui gardait les parlementaires que le Général Cassagnade était en tournée dans les forts de Reims et qu’il ne pouvait être prévenu pour 7 heures dernier délai, donné par les allemands pour rentrer dans leurs lignes et qu’ils voulurent bien proroger le délai jusqu’à 8 heures du soir. Les Parlementaires ne voulurent rien entendre et là commence l’aventure de l’exode jusqu’à Merfy puis leur disparition.

A Épernay il a revu encore des parlementaires les yeux bandés et la tête voilée, était-ce ceux de Merfy ou d’autres, il ne sait pas. Si ce n’était pas eux, ces autres étaient envoyés, parait-il, pour proposer au Général Joffre de cesser les hostilités en échange de la cession de l’Alsace et de la Lorraine, et de laisser l’Allemagne les mains libres pour lutter contre la Russie et l’Angleterre. Refus bien entendu et immédiatement engagement solennel pris entre les Puissances alliées (France, Angleterre et Russie) de ne pas traiter séparément avec l’Allemagne, cela se devait.

Heckel mon commis vient de m’apprendre que tout est brûlé chez lui, il me demande s’il peut aller se réfugier chez M. Georgin. Je lui conseille de ne pas hésiter à le faire.

11h  Je vais définitivement jusqu’à l’abbé Thinot. Place du Parvis je rencontre M. Salaire, commandant de pompiers, lieutenant d’intendance actuellement. Sur ces entrefaites M. Bergue nous aborde, nous causons des événements et peu à peu la conversation revient sur les otages du 12. Je lui demande quelques renseignements, voici ce qui ce serait passé :

L’intendant général allemand qui était toujours en rapport avec M. Bergue en sa qualité d’interprète survient le 12 au matin à la Mairie, l’Hôtel de Ville, vers 9 heures et à brûle-pourpoint lui dit : « Je viens m’assurer de la personne du Maire, les événements sont graves. M. le Maire est-il ici ? » sur une réponse affirmative, celui-ci ajoute : « Les événements s’aggravent, je viens m’assurer de sa personne, et…  de vous aussi Monsieur ! » M. Bergue lui demande s’il peut prévenir Madame Bergue. On le lui refuse. On était pressé, affolé. Heureusement qu’il croise Émile Charbonneaux qui lui dit de prévenir sa femme. On les emmène au Lion d’Or où il y a plutôt du désarroi. On dicte la fameuse proclamation sur papier vert des otages à M. Bergue, qui discute sur le mot « pendaison »… C’est inutile d‘insister. Quand on arrive à la signature de cette proclamation par le Maire, on résiste, puis on demande que l’on mette « Par ordre, et sur l’injonction de l’autorité militaire allemande. » – « Impossible ! L’ordre vient de trop haut ! » On signe donc le couteau sous la gorge.

Or, cet ordre qui venait de trop haut était donné par mon fameux Prince Henri de Prusse, non pas cousin de l’Empereur Guillaume, mais bel et bien son frère, Amiralissime de toutes les flottes de sa Majesté Impériale et Royale de toute la Prusse (Canaille) Vandale.

Sur mon étonnement M. Bergue me dit : « Parfaitement, le frère propre de l’Empereur amiralissime des flottes allemandes, vous avez été son otage. » – « Et moi le gardien, son voisin de chambre ! » Que diable pouvait-il venir faire là cet amiral d’eau douce ?!?…

Bref, je suis monté en grade, au lieu d’être le 1/4 d’une altesse quelconque je deviens le 1/8 d’un Empereur ! Parfaitement, suivez mon calcul : le Frère de Guillaume est une moitié d’Empereur. Nous étions 4 otages dans la nuit du 11 au 12 septembre, or une 1/2 d’une moitié divisée par 4 donne 1/8 si je ne me trompe. C.Q.F.D.

Au sujet des blessés allemands dans la Cathédrale, ce fut de même : « L’ordre vient de trop haut, et du reste nous sauvegardons nos blessés, car les troupes françaises ne tireront jamais sur votre magnifique Cathédrale !! » Oui les français n’auraient jamais tirés sur la Cathédrale de Reims, mais vous ! Vous voyez. Vous ne vous êtes pas gênés pour le faire, et…  sciemment, à tir exactement repéré !!

Je les quitte et vais porter mon mot à l’abbé Thinot. Place Godinot je salue M. de Polignac qui passe en auto avec des officiers généraux. Je traverse les ruines de la rue St Symphorien (plus rien chez M. Masson (Jules Masson, 1841-1920, 13, rue St Symphorien), de la rue de l’Université, c’est lugubre. Puis place Royale un roulement de tambour ! Ce n’est rien, on prie les agents de police et les gardes-voies de se trouver au Boulingrin à 9 heures pour prendre les ordres de l’autorité militaire.

On me dit que l’Italie a lancée un ultimatum à la Prusse à la suite des exhortations de Poincaré et des puissances alliées au sujet de notre bombardement et de l’incendie de Reims et de la Cathédrale.

Nos troupes seraient avancées jusqu’au Linguet sur la route de Witry-les-Reims. A midi et quelques minutes j’étais dans le jardin, un obus siffla, le seul. Et aussitôt même phénomène que j’ai remarqué maintes fois durant ces jours tragiques. C’est qu’aussitôt que quelques obus avaient sifflé et éclaté les nuages, même par un soleil assez clair, se rassemblaient, se renforçaient et une ondée tombait aussitôt. C’est assez curieux ! Ébranlement de l’air, sans doute.

1h1/2  Je me dirige vers le jardin de la route d’Épernay, rencontre le 107ème de ligne d’Angoulême. Les hommes paraissent en forme. Arrivé au jardin je constate qu’on l’a encore visité, ainsi que la sallette, plus de nappe ni de vaisselle. Si cela continue, les apaches enlèveront les murs. A 3 heures une batterie de 2 grosses pièces d’artillerie anglaise tire derrière moi vers Berru, les obus passent au-dessus de ma tête en sifflant, pas le même déchirement que les allemands. Gare que Berru ne réponde et je risque fort de recevoir un coup trop court. Faut-il rester ? Faut-il partir ? Singulier dilemme ! Tout pesé, je reste. J’ai bien fait, car la réponse est nulle, 2 coups vers Ste Anne et trop courts. Ils ne savent pas où sont ces canons. J’inspecte avec ma lorgnette Cernay, le glacis de Berru, et vers Witry-les-Reims. Je vois quantités de terre remuées, ce sont des tranchées pour les fantassins, mais aucun ouvrage ne dissimule leurs batteries qui doivent être dans les bois de Berru et de Nogent. Vers 4 heures je quitte le jardin, le retrouverai-je ou les pillards ne l’auront-ils pas enlevé lui-même ?

Je repasse voir les sœurs de l’Hospice Roederer qui sont lasses de descendre dans les sous-sols leurs vieillards pour les remonter ensuite, elles sont exténuées.

Je reviens par les Tilleuls (rue Bazin depuis 1925) ou j’admire un splendide coucher de soleil qui illumine notre pauvre Cathédrale bien noircie ! Et dire qu’on se tue encore. Et que nous sommes toujours entre le marteau et l’enclume. C’est une situation qui devient exaspérante, intolérable. On s’énerve dans l’attente de la fin.

6h1/2  M. Albert Benoist vient me demander de me confier une dépêche pour Mme Albert Benoist qui aurait fait paraître une annonce dans l’Echo de Paris demandant de ses nouvelles, ainsi que de sa fille dont elle ignore le sort depuis qu’ils sont allés à Épernay dans un camion. Ils ont été obligés de rebrousser chemin après maintes péripéties lors de l’exode, de la débandade vers Épernay. J’accepte volontiers de transmettre une dépêche par Price quand celui-ci reviendra.

Puis l’on cause des événements avec Mareschal qui était venu sur ces entrefaites pour me demander un renseignement, c’est du reste lui qui avait dit à M. Albert Benoist que j’avais un moyen de faire parvenir des dépêches.

  1. Albert Benoist estime qu’il a 1 500 000 francs de pertes causées par l’incendie et le bombardement du 19, 1 200 000 francs pour la rue des Cordeliers et 300 000 francs pour son usine. Plus de comptabilité comme Mareschal et du reste comme presque tous les sinistrés. Il me dit qu’à la Ville on avait affiché qu’il y avait eu une grande bataille à Craonne (on recommence absolument la campagne de 1814). Où on a combattu avec acharnement et où il y a eu des corps à corps à la baïonnette terribles.

Du côté de Grandpré (dans les Ardennes) les allemands refoulés jusque là se fortifient énormément. Voyons ? Est-ce que ce ne serait pas l’encerclement, et mon Dieu ! Le Sedan de 1914 sur le champ de Bataille du Sedan en 1870 ? Pensée bien troublante ! En tous cas ce serait de la justice l’imminence et un singulier retour des choses ! Tout est possible, surtout quand on voit ce que les allemands ont fait et font. La Providence nous devait bien cela. Ce serait le Châtiment des crimes d’un siècle commis par ces descendants d’Attila dont ils ont encore du sang dans les veines !!

Ici pour nos Corps de troupes de Reims le mot d’ordre est de rester sur place, marquer le pas mais de résister jusqu’au dernier surtout  d’empêcher l’encerclement de Reims et de résister jusqu’au dernier homme. Pour arriver à ce résultat cela nous promet peut-être encore de beaux jours de canonnades et d’incendies de la part des allemands passés maitres en ce genre d’exercice. Et cependant, je ne puis croire que cela arrivera. Non, ce sera plutôt la reculade, la débandade, le désastre, le Sedan. Ils seront  punis là où ils pèchent par leur entêtement et leur ténacité. N’avoir jamais tort coûte que coûte. Soit ! mais cela coûte cher cher quelquefois ! Et il s’agit de leur existence propre comme peuple et nation sur la Carte de l’Europe…  du Monde !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le bombardement continue une grande partie de la journée.

– Remis à M. Hebar, administrateur du mont-de-piété, le rapport relatant les faits de ma gestion provisoire à l’établissement – charge exceptionnellement difficile, reçue brusquement le 31 août, au départ du directeur et arrêtée avec la destruction complète du mont-de-piété, le 19 septembre.

– Passé aujourd’hui dans les ruines du quartier détruit. Les vibrations produites par les coups de canon de nos batteries, installées au champ de Grève, font à tout moment tomber des pans de murs. A différents endroits, le feu continue toujours ses ravages.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918

Cardinal Luçon

Rentré à Reims, à 9h du matin. Journée calme, dont on est étonné, étant accoutumé au bruit continu du canon. Le soir, après souper violente canonnade, avec bombardements.Nous écoutons par la fenêtre, au petit salon en lisant les nouvelles.

Il y avait avec moi à la maison M. Camus, Vicaire Général, qui couchait et prenait ses repas chez nous ; item M. Compant qui était venu au Conclave, avec moi, et qui au retour trouva sa maison incendiée avec tout ce qu’elle contenait : son mobilier, son vestiaire, sa bibliothèque, ses notes et celles concernant le Cardinal Langénieux.

Nous nous levons à 9h 1/2 ou 10 h. pour descendre à la cave où nous restons environ 1 h à cause du bombardement. Comme on croit que tout est fini, nous remontons : mais la canonnade recommence violente jusqu’à minuit

 Cardinal Luçon dans Journal de la guerre 1914-1918, Travaux de l'Académie nationale de Reims

Gaston Dorigny

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Mardi 15 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

15 SEPTEMBRE : A 5 heures du matin, la canonnade a repris intense. Il est 1 heure de l’après-midi ; elle n’a pas cessé. La ligne des forts sert toujours de position aux allemands et elle est solide. Cette position, un mouvement tournant seul en aura raison. Ce mouvement est entrepris depuis hier.

De la grosse artillerie est arrivée cette nuit, mais on ne pourra l’installer que ce soir ; de jour, elle serait démolie, étant donné que nous sommes à découvert et dominés par l’ennemi. Brimont, d’une part, Witry et la Pompelle d’autre part, tiendraient toujours.

Les journaux rémois – L’Eclaireur et Le Courrier – ont commencé à reparaître ce matin. On y lit qu’une ambulance a été frappée hier avenue de Laon ; c’est atroce !…

Avec M. le Curé, ce matin, nous avons décidé d’interrompre les cours de Prédication et de donner des sujets davantage de circonstance ; aussi, je vais parler Dimanche et prendre mon thème dans la « Hissa tempore belli », qui est merveilleuse. Si jamais j’avais compte remonter dans la chaire de Notre-Dame dans de semblables circonstances !

8 heures du soir ; J’ai écrit à Abondance ce soir ; une petite affiche verte, en ville, disait qu’on pouvait déposer à la poste jusqu’à 6 heures des lettres qui partiraient.

J’ai assisté encore à un bel affolement de la population ; les obus sifflaient encore, venant de Berru et des crêtes environnantes. Nos pièces, aux environs de Pommery ne cessaient pas de cracher. Les bruits les plus fantaisistes circulaient ; on avait dressé des barricades dans le faubourg Cérès ; la cavalerie allemande était signalée… Bref, j’entends d’une part la batterie qui lâche une bordée… et d’autre part une locomotive qui siffle. Ayons confiance !

Les aéroplanes n’ont pas arrêté de sillonner l’air aujourd’hui. Pas de méfaits allemands.

Poirier m’apporte un large morceau d’obus à Shrapnell et des balles.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 15 septembre 1914

6h10  A 5h20 premiers coups de fusils vers Brimont, la fusillade s’anime, le canon s’en mêle et cela dure toujours.

En tout cas plus rien du côté des forts de Nogent, de Berru et de Fresne qui nous a donné du mal parait-il. Il faut réduire Brimont. J’espère que cela ne durera pas longtemps.

Mais je ne cesserai de le répéter, quelle incompétence de la part de Cassagnade et quelle responsabilité pour lui.

9h1/2  Voici nos forts de Brimont et Pouillon si honteusement livrés aux allemands maîtrisés, le canon s’éloigne. Nous voilà donc débarrassés de ces sauvages. Je n’entends plus le canon ! Je ne lui dis pas au revoir ! Mais adieu ! Qu’il aille se coucher !

Je sors de la Gare où je viens de remettre à un garde train deux cartes postales pour ma chère femme à St Martin et à Granville, pourvu qu’elle en reçoive une bientôt, qui seront mises à la Poste soit à Fismes ou le train va, ou plus loin par remise de camarade à camarade. Je fais ce que je puis, mais je voudrais avoir des nouvelles des miens !!

S’ils sont à St Martin pourvu qu’ils n’aient pas soufferts des combats de Vitry-le-François, s’ils sont à Granville, tant mieux, et mon pauvre Père ? Qu’est-il devenu, lui qui est resté chez lui à St Martin. Quelle torture !! Mon Dieu, faites que je les retrouve tous sains et saufs !!

11h3/4  On dit que les forts ne sont pas tous réduits et qu’on les tourne. Vu groupe de prisonniers descendant la rue de Vesle. Ils ne sont plus aussi arrogants qu’il y a 8 jours.

J’apprends qu’on s’est fort battu du côté de Vitry-le-François. Oh ! mes pauvres aimés, sont-ils vivants ? Si je n’ai pas de leurs nouvelles bientôt, je succomberai !! de chagrin ! d’inquiétude ! Et impossible d’aller là-bas ! Mon Dieu ayez pitié de moi ! et ne ferez-vous pas un miracle pour que je les revoie tous sains et saufs ! Et mon pauvre Père ! Je suis anéanti. Je vis machinalement, je vais, je viens comme un automate. Je ne croyais pas que l’on pouvait arriver à un tel état de lassitude, de souffrances morales !…

A un petit soldat qui escortait des prisonniers je disais : « Ils sont moins fiers qu’il y a quelques jours » – « Oh oui ! et ils savent bien que ce n’est pas de notre faute s’ils sont encore vivants, mais on nous défend de leur faire tourner de l’œil, sans ça ?! Cela ne durerait pas longtemps ».

1h1/4  Le canon retonne au lointain et vers Cernay. Quelle vie, mais peu m’importent si je savais mes aimés sains et saufs et à l’abri de tout !

5h soir  Je rentre du toit de M. Georget où je viens de tuer le temps pendant 4 heures à regarder se dérouler la bataille qui s’est surtout développée du côté de Courcy, Villers-Franqueux, Hermonville, Berry-au-Bac, Courcy qui flambent, ainsi que La Neuvillette. Du côté de Cernay, canonnade intermittente.

Mon Dieu que c’est triste de rentrer chez soi seul, sans nouvelles des siens. Existent-ils ? Où sont-ils ? Je comprends qu’on meure de chagrin. Mon Dieu sauvez ma femme, mes enfants, mon Père. Ayez pitié de ce que je souffre.

6h40  Je sors de la Mairie. Les allemands sont toujours là, on a barricadé le faubourg de Bétheny, Cérès et Cernay pour se mettre à l’abri d’un coup de main cette nuit. On les maintient, mais c’est tout.

Le Général Maunoury est à Berry-au-Bac. Je viens de voir des lanciers anglais qui venaient au rapport près du Général Franchet d’Espèrey, ils seraient à une trentaine de miles sur notre gauche, vers Fismes et Fère-en Tardenois.

Mon Dieu encore une vilaine nuit qui se prépare, mais qu’est-ce auprès de mon inquiétude à l’égard du sort de mes aimés. Je n’y résisterai certainement pas, c’est au-dessus de mes forces. Je n’en puis plus. Je suis las ! L’épreuve est trop lourde pour mes épaules.

7h50 soir  Journée décourageante, déprimante. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire, et puis du reste depuis que j’ai quitté les miens il m’est impossible de lire quoique ce soit. Je vis en somnambule ! en automate. Je me force à écrire, mais vraiment c’est un effort pour moi et je crois que cet effort je ne pourrai bientôt plus le faire.

Que sera cette nuit ? Le Général Franchet d’Espèrey a déclaré très nettement à la municipalité qu’il ne laisserait pas réoccuper Reims par l’ennemi. Qui pour lui est un point important où il trouve tout ce qu’il lui faut, avec des voies ferrées le reliant à Paris et lui permettant de se ravitailler en tout. C’est je crois ce qui nous sauvera d’une nouvelle visite de ces bandits. Allons ! assez bavardé, si l’on voulait on écrirait des volumes avec les racontars de chaque jour. Je suis désespéré. Les miens, mes aimés, ou la mort !! Mon Dieu, pardonnez-moi mais je n’en puis plus !

8h1/4  On éteint tous les réverbères comme hier. Voilà la Ville plongée dans l’obscurité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 5 h nous sommes réveillés par le canon.

Vers 8 h 1/2, je pars pour effectuer mon tour de promenade journalier et, ainsi que j’en ai l’habitude, je me dirige du côté du Champ de grève. Près de la maison Esteva, à gauche, en contrebas de l’avenue de la Suippe, sont installées deux batteries de 75, qui ont tiré hier, une partie de la journée. Ce matin, les canonniers se détendent en faisant une partie de football devant leurs pièces, et j’ai plaisir à voir l’ardeur et l’insouciance avec laquelle les deux camps mènent le jeu. De l’autre côté, à proximité de la rue de Sillery, un régiment d’infanterie est en réserve. Que se passe-t-il derrière les quartiers Louvois et Jeanne d’Arc ?

A mon retour, je m’arrête un instant pour regarder cuisiner, sur les roulantes groupées place Belle-Tour, d’autres soldats de l’artillerie. Un groupe stationne là, tout le long des boulevards de la Paix, Gerbert et Victor-Hugo, avec son matériel.

– La matinée s’étant passée sans bombardement, il me semble au début de l’après-midi, que je puis recommencer, accompagné de mes fils Jean et Lucien, la tournée faite en un endroit qui me paraît intéressant à connaître actuellement. Après avoir suivi le boulevard Gerbert, nous nous engageons dans la rue Lagrive, accédant aux Coutures, tandis que se font entendre quelques détonations auxquelles je ne prête pas autrement attention, lorsqu’à son extrémité, nous croisons M. Gravier, professeur à l’École des Arts qui, sans s’arrêter, nous lance cet avertissement :

« N’allez pas par là ; ils répondent à nos batteries ».

En effet, nous ne tardons pas à voir la terre soulevée dans le champ de Grève, à 400 m. environ devant nous, par les explosions simultanées de trois obus. Changeant alors d’itinéraire, nous gagnons la rue Ponsardin, d’où nous entendons siffler les projectiles qui continuent à arriver sur notre droite, alors que nous nous dirigeons sur le quartier de la gare, pour terminer notre promenade.

Rentrés à la maison, nous devons encore deux fois nous réfugier dans notre cave, où nous sommes rejoints par le concierge et les siens ainsi que par deux ouvriers vitriers travaillant dans les magasins, que les arrivées d’obus plus fréquentes et rapprochées, ne sont pas sans inquiéter pour leur départ et leur rentrée à domicile.

– Nous avons appris par Le Courrier de la Champagne de ce jour que le gouvernement a été transféré à Bordeaux. Le journal donne le texte de la proclamation qui fut adressée à la Nation et insérée au Journal officiel du 3 septembre. Le voici :

 » Proclamation du Gouvernement.

Français,

Depuis plusieurs semaines, des combats acharnés mettent aux prises nos troupes héroïques et l’armée ennemie. La vaillance de nos soldats leur a valu, sur plusieurs points, des avantages marqués. Mais, au nord, la poussée des forces allemandes nous a contraints à nous replier.

Cette situation impose au Président de la République et au Gouvernement une décision douloureuse. Pour veiller au salut national, les pouvoirs publics ont le devoir de s’éloigner, pour l’instant, de la ville de Paris.

Sous le commandement d’un chef éminent, une armée française pleine de courage et d’entrain, défendra contre l’envahisseur la capitale et sa patriotique population. Mais la guerre doit se poursuivre, en même temps, sur le reste du territoire.

Aucune de nos armées n’est entamée. Si quelques-unes ont subi des pertes trop sensibles, les vides ont été immédiatement comblés par les dépôts et l’appel des recrues nous assure, pour demain, de nouvelles ressources en hommes et en énergies.

Durer et combattre, tel doit être le mot d’ordre des armées alliées, anglaise, russe, belge et française !

Durer et combattre pendant que sur mer les Anglais nous aident à couper les communications de nos ennemis avec le monde !

Durer et combattre pendant que les Russes continuent à s’avancer pour porter au cœur de l’Empire d’Allemagne le coup décisif !

C’est au Gouvernement de la République qu’il appartient de diriger cette résistance opiniâtre.

Partout, pour l’indépendance, les Français se lèveront. Mais pour donner à cette lutte formidable tout son élan et toute son efficacité, il est indispensable que le Gouvernement demeure libre d’agir.

A la demande de l’autorité militaire, le Gouvernement transporte donc momentanément sa résidence sur un point du territoire d’où il puisse rester en relations constantes avec l’ensemble du pays.

Il invite les membres du Parlement à ne pas se tenir éloignés de lui pour pouvoir former, devant l’ennemi, avec le Gouvernement et avec leurs collègues, le faisceau de l’unité nationale.

Le Gouvernement ne quitte Paris qu’après avoir assuré la défense de la ville et du camp retranché par tous les moyens en son pouvoir.

Il sait qu’il n’a pas besoin de recommander à l’admirable population parisienne le calme, la résolution et le sang-froid. Elle montre tous les jours qu’elle est à la hauteur des plus grands devoirs.

Soyons tous dignes de ces tragiques circonstances. Nous obtiendrons la victoire finale. Nous l’obtiendrons par la volonté inlassable, par l’endurance et par la ténacité.

Une nation qui ne veut pas périr et qui, pour vivre, ne recule ni devant la souffrance ni devant le sacrifice est sûre de vaincre. »

Dans le même journal, d’aujourd’hui, nous lisons l’avis suivant :

 » Croix Rouge.

En raison de nombreux départs, la permanence, rue de Vesle 18, doit prier les Dames qui avaient offert leur concours, pour le service des ambulances, de bien vouloir se faire inscrire à nouveau. »

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Gaston Dorigny

Le réveil s’effectue une fois encore au son du canon, la situation n’est pas plus tenable aujourd’hui qu’hier. Nous sommes encore une fois obligés d’évacuer, le feu des forts de Brimont et de Witry, toujours aux mains des Allemands qui convergent sur Bétheny l’aviation et le dépôt des chemins de fer. Le canon tonne encore toute la journée Nous avons de nombreux blessés et ne parvenons pas à progresser. Les artilleurs se plaignent du manque de grosses pièces. Vers le soir la situation est toujours inchangée. On amène alors de la grosse artillerie et on établit des barricades dans le faubourg Cérès.

On verra demain ce qu’on pourra faire enfin. A noter encore beaucoup d’habitants victimes des obus.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

On a dormi tout de même, bien que le canon ne se soit guère tu ; il reprend avec intensité de 4H45 à 10H30. Parfois s’y mêlent, dans le lointain, des éclatements d’obus qui conseillent de se préparer à une nouvelle descente en cave.

Heureusement, elle ne s’est pas imposée.

P.D. va signaler à Tailliet les dégâts du n°16 en lui demandant de remettre les choses en état le plus tôt possible : une visite y sera faite aujourd’hui même, et les travaux de menuiserie nécessaires commenceront aussitôt. Un état de lieu sera dressé par Villet (architecte), ceci pour être communiqué à la Ville à fin de réclamation ultérieure d’indemnité.

Après une petite accalmie, la lutte reprend vers 13H toujours aussi bruyante, et en voilà pour jusque 19H sans arrêt ; les faubourgs Cérès et de Laon sont en outre, à nouveau bombardés et subissent de forts dommages.

15 au 28 septembre 1914 bombardements intenseset incendie de la Cathédrale 19/09/14 ?

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Juliette Breyer

Mardi 15 septembre – Ils sont encore là. Ce matin à huit heures, bombardement avec une violence inouïe.

Cette fois-ci on a mis des canons à la ferme Demaison, dans le champ en face de chez nous et au coin de la rue de Beine.

Tout le monde se sauve car beaucoup se disent que les Prussiens en répondant tireront sur notre quartier. Je tiens, moi, à rester chez nous. J’ai toujours espoir que tu passeras.

Les clients sont rares. Un lieutenant d’artillerie qui vient me demander si je veux leur arranger une boite de homard, et cela sous la mitraille, nous conseille de descendre à la cave car les tirs devenant de plus en plus violents, nous pourrions en être victime. Il me demande à voir la cave et la juge faite dans de bonnes conditions. Il me dit qu’ils ont marché avec le 15e.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 15 septembre

Lutte d’artillerie toujours vive sur le front d’Artois, au sud de la Somme (Tilloloy, le Cessier, Beuvraignes); dans le secteur de Nouvron, sur le canal de l’Aisne à la Marne vers Sapigneul et le Godat; en Champagne, au nord du camp de Châlons et sur la lisière occidentale de l’Argonne.
Au bois de Mortmare, nous avons fait cesser le feu des mitrailleuses ennemies et exécuté des tirs efficaces sur des saillants de la ligne allemande.
Canonnade encore en forêt d’Apremont, au nord de Flirey et près d’Emberménil.
Un raid de zeppelins sur l’Angleterre est demeuré infructueux. L’amiral sir Scott a été chargé de la défense de Londres contre les aéronefs.
Les Italiens ont largement progressé dans le bassin de Plezzo, sur l’Isonzo. Ils ont repoussé une attaque près de Plava.
Les Russes ont rejeté toute une série d’offensives allemandes dans les secteurs septentrionaux de leur front. Ils ont culbuté les Austro-Allemands sur le Sereth.
Le docteur Dumba, ambassadeur d’Autriche à Wahington, dont M. Wilson a demandé le rappel, s’embarquera, dit-il, prochainement pour l’Europe.

Suite : 

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