• Category Archives: Paul Dupuy

Samedi 21 novembre 1914

Paul Hess

Nuit médiocre. Hier soir, à 10 h 1/2, un obus est revenu éclater rue des Capucins 25 et à 4 h, ce matin, les sifflements recommençaient à se faire entendre.

– Des dégâts causés ces jours derniers se constatent autour du musée, rue Chanzy. Au théâtre, un nouveau trou, énorme, a été fait par un gros calibre, qui a dû éclater à l’intérieur. En face le Palais de Justice, une maison a été fort éprouvée, à l’arrière.

– Dès le matin, les détonations régulières de nos grosses pièces se font entendre, comme la veille et cela donne à penser que les effets de leurs coups, lorsqu’ils portent sur les objectifs, doivent aussi être terribles.

Depuis près de deux mois et demi que dure le duel auprès de Reims et sans doute ailleurs, sur le front, quelle consommation de munitions ont dû faire les deux artilleries !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

CPA : collection Bosco Djoukanovitch

CPA : collection Bosco Djoukanovitch


Cardinal Luçon

Samedi 21 – A 4 h matin, bombes sur la ville. Canonnade. Bombes de temps en temps en ville.

M. le Curé de St-André me dit que le samedi (7 ou 14 ?) il a compté 57 bombes tombées en une heure, de 9 h à 10 h soir dans le quartier de St-André. Il m’apporte des nouvelles de M. Porcau.

Visite de l’abbé Vaucher, nommé sous-lieutenant sur le champ de bataille, avec M. Mandron.

Visite de M. Claude Garnier, neveu de M. le Curé de St-Sulpice ; est à l’État-major de Jonchery, qui m’offre de faire passer à Paris mes lettres ou envois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

La journée d’hier se serait passée sans fait notoire si dans ses dernières heures une courte, mais vive alerte, ne nous avait révolutionnés.

À 22H10, en effet, 2 bombes passent à une seconde d’intervalle au-dessus de nous pour aller tomber sur le théâtre et devant le Palais de Justice.

Je me lève en vitesse pour inspecter nos environs qui n’accusent rien d’alarmant ; Père reste donc au lit, et peu après je m’y remets aussi.

À 4 heures, même vive secousse et les deux projectiles vont rue des Capucins, devant le Commissariat de police du 1er Canton, et rue Chanzy, devant l’ancien Grand séminaire ; nous ne bougeons pas, et nous avons raison puisque tout s’arrête là.

Plusieurs fois dans la journée, le même fait se reproduit, mais dans des directions plus éloignées, et c’est ainsi entraînés qu’à 20H30 nous arrivons à l’obus final, qui vient anéantir les immeubles Bellevoye et Gomet (nos voisins), en brisant la plupart de nos vitres.

Nous étions tranquilles en cuisine, lisant ou écrivant, et n’ayant rien entendu du sifflement précurseur, aussi la formidable détonation nous a-t-elle fortement émus, et c’est en toute hâte que nous nous précipitons au dehors.

La cour est remplie d’une fumée âcre et suffocante qui nous arrête un instant ; puis trouvant la loge du concierge sans lumière, j’appelle anxieusement Hénin que je crains blessé. Heureusement, il n’en est rien et c’est tout placidement que, sortant du sous-sol de l’emballage, où avec les siens il était allé préparer l’installation de nuit, il répond à mes cris : n’ayant perçu qu’une détonation atténuée, il ne se doutait pas du désastre d’à côté.

Avec lui, nous sortons enfin, et éclairés de nos seules lampes Pigeon nous aidons 3 voisins, déjà sur les lieux, dans le sauvetage des habitants pris dans les décombres ; c’est ainsi qu’en sont tirés indemnes Mr et Mme Bellevoye et les gardiens de chez Gomet avec un bébé qui ne s’est même pas réveillé.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Fin du journal de Paul Dupuy

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Eugène Chausson

21/11 – Samedi – Beau temps, forte gelée. Continuation de la canonnade et comme toujours, les grands canons font rage, on se croirait au jugement dernier comme dit hier, il en fut ainsi toute le journée. La nuit fut assez tranquille à part quelques coups de canon de temps en temps

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

 

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Vendredi 20 novembre 1914

Paul Hess

Nuit assez calme, Canonnade au loin. Fortes détonations de nos pièces, dans la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – Nuit tranquille ; quelques coups de canon.

Toute la journée, canonnade et bombes, mais non sur la ville.

Après-midi, visite à l’Ambulance des Trois-Fontaines – Bombes à 10 h et 4 h sur la ville. Gros canons.

M. Compant nous quitte pour aller demeurer au Séminaire ; où la cuisinière sera utile.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

A sa visite du matin, Félicie, se faisant l’écho des canons de ses voisins, exprime sa crainte que pour des raisons d’ordre militaire l’évacuation du quartier soit prescrite à
brève échéance.

En prévision et pour laisser le moins de butin possible aux pillards qui ne manqueraient pas, dans cette éventualité, de pénétrer dans les immeubles déserts, j’envoie Hénin qui avec sa brouette, et en deux voyages, rapporte conserves, fruits et vins.

Il continuera demain.

Et s’il lui faut s’en aller, je dis à Félicie de venir se réfugier rue de Talleyrand.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Collection Pierre Fréville

Collection Pierre Fréville


Eugène Chausson

20/11 – Vendredi – Temps superbe, gelée. Violente canonnade toute la journée et la nuit. Les grosses pièces font rage car elles font trembler les maisons. La nuit, quelques bombes en ville dont une à 4 h du matin sur le théâtre parait-il.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien

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Jeudi 19 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

19 NOVEMBRE – jeudi –

7 heures soir ; Je l’ai échappé belle tout à 1’heure paraît-il ! On voulait me tirer dessus depuis les rues voisines de la cathédrale ! J’étais un espion en train de photographier ; de fait, je n’ai pas été prudent. Voyant une brume épaisse du côté de Brimont, je me suis avancé sur le mur de la galerie, au niveau des voûtes. Et comme les gens sont très excités, très énervés, d’en bas, on m’a maudit, dénoncé à la police. Un commissaire est arrivé chez M. le Curé, qui m’a couvert. Le général commandant la Place va transmettre une observation demain très probablement.

Autre chose… J’ai découvert un obus de « 150 » non éclaté sur les voûtes. Ce sont des oiseaux à n’approcher qu’avec respect et à ne toucher que de loin ; de tragiques leçons ont été données ces jours-ci à des imprudents.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Nuit très calme.

– Ce jour, à 7 h, mon beau-père, M. Simon-Gardan, fatigué par plus de deux mois de bombardements ininterrompus, quitte Reims à regret, pour se rendre à Paris.

– A partir d’aujourd’hui, les voyageurs doivent aller prendre le CBR à Bezannes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Matinée tranquille. Visite à la Maison de Retraite et à l’église Saint-Remi, où la chapelle absidiale, du S. Sacrement et de la Sainte Vierge a eu sa voûte enfoncée par une bombe. nuit tranquille en ville.

Lettre de l’Archevêque anglican de Capetown (Cap de Bo

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

19- Pas de trouble-sommeil pendant la nuit écoulée.

8H Lettre d’Henri (16 9bre) signalant l’humidité et le froid qui règnent à Limoges, et carte de Marcel (12 9bre) accusant réception de mes pages des 22 et 28 8bre, et de l’envoi chocolat du 3 9bre ; sa santé est bonne.

12H La journée d’hier, notée ci-dessus comme calme, a été au dire de Mme Jacquesson, angoissante à l’excès pour l’extrémité du faubourg Cérès, qui a reçu quantité d’obus de bataille. Ils étaient destinés, sans doute, à nos batteries établies en avant, mais beaucoup s’égaraient en ville, ce qui a forcé notre amie à passer en cave une grande partie de la journée.

Elle nous apporte des œufs que Mme Legros lui a dit d’enlever de chez elle, et nous les partageons fraternellement, mais l’usage qu’on essaie d’en faire dès le soir révèle qu’ils ne sont plus bons.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

19 – Forte gelée, temps gris. Le canon se repose dans doute un peu car jusqu’à 2 h 1/2, heure à laquelle j’écris ces lignes, on n’entend que rarement le canon.

Les jours se suivent et se ressemblent car c’est toujours à peu près la même chose, plus ou moins fort.

Enfin la fin viendra peut-être un jour, oui, pas encore cependant comme on a pu le constater par la suite. MM. Hiennet (illisible) et de Tassigny qui avaient été pris comme otages par suite de la disparition des deux officiers allemands disparus le 4 septembre (voir à cette date) sont de retour à Reims.(l’Éclaireur du 19 septembre 1914).

Comme toujours, la nuit, canonnade et obus. Un obus français tombe sur un magasin de munitions allemand aux abords de Reims et l’ayant fait sauter, leur fureur (illisible) donc que la ville qui immédiatement reçut quelques bombes. (Courrier de la Champagne du 20 novembre)

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien

Lien :  12 septembre 1914: Les Allemands désignent 81 otages rémois « qui seront pendus à la moindre tentative de désordre »


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Mercredi 18 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 NOVEMBRE – mercredi –

Conduit, de 3 heures à 4 heures 1/2, le Cardinal qui voulait faire un tour dans la cathédrale. Il voulait voir les revers brûlés. Je l’ai fait monter au grand orgue… Il a paru très intéressé.

J’ai besoin de la revoir de temps en temps. Personne n’a de raisons comme moi pour désirer la revoir ! Je m’ennuie quand il y a quelque temps que je ne l’ai pas revue…

Lui ai causé de la lettre du Pape. Il proclame qu’elle est remarquablement insignifiante… Le Cardinal Casquet, qui a été la route d’envoi s’en excusait en l’adressant. Le Pape n’a pas voulu se compromettre. Le Cardinal désirerait lui faire adresser quelques photographies bien caractéristiques des ruines accumulées par cet incendie. Il pense que quand Benoit XV tiendra notre rapport, il changera d’avis.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Vers 10 h, la nuit dernière, un éclair précédant le sifflement et l’éclatement d’un obus tombé bien près, nous avait inquiétés. A 3 h du matin, la détonation sourde d’un autre départ, au loin, se faisait entendre et quelques secondes après, arrivait, en sifflant fortement, un nouveau projectile qui, s’enfonçant probablement dans la terre d’un jardin à côté, n’éclatait pas.

Comparativement à la précédente, la nuit a été, à part cela assez bonne.

– Température le matin, 4° au-dessous de zéro.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 18 – Aéroplane, bombes, canonnades active.

Réception des épreuves de la Lettre collective des Cardinaux aux Évêques pour Prières publiques.

Nuit tranquille (17-18). Visite à la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Mercredi 18 La nuit passée a été d’une absolue tranquillité et a permis de bien reposer, compensant ainsi l’insomnie de la précédente.

Il est heureux qu’on n’ait pas été obligé de la couper par une descente au sous-sol, car l’épaisse couche de givre qui, au réveil, couvre les toits prouve qu’elle a été très froide.

À 8 heures, nos gros canons donnent avec une violence et une sonorité non encore entendues ; les détonations sont tellement fortes que la maison en est toute secouée et on se demande si les vitres pourraient supporter longtemps un pareil ébranlement.

Heureusement, cela dure peu, et dans son ensemble la journée est assez paisible.

À 17H3/4, au lieu de Félicien attendu c’est M. Jacques Charbonneaux que j’introduis en cuisine. Un mot du gendre l’accrédite près de moi et lui donne qualité pour recevoir les titres et coupons qu’on me dit de lui confier ; le tout est pour remettre à sa tante Mme Jules Benoist qui, retournant demain à Épernay, veut bien se charger de les porter à C. Lallement.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

18 – Mercredi – Temps superbe, forte gelée. Ce jour, révision au Pont de Muire de la classe 1915. A cet effet s’attache peut-être le tapage infernal qui a eu lieu dès le matin. Canonnade et aéro tout est en marche avec fureur. Enfin, vers 9 h matin, un peu de calme relatif et non complet car on tire toujours un peu le canon et quelques aéros. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien


Victime civile de ce jour à Reims

  • CRUPEAUX André Edmond   – 28 ans, Soldat – 132e R.I. [Infanterie] Mort des suites de maladie contractée en service, rémois d’origine
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Mardi 17 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 NOVEMBRE – mardi –

Toute la nuit, jusqu’à 4 heures 1/2 du matin, méthodiquement, toutes les demi-heures, les allemands ont arrosé la ville. C’est colossalement bête et çà a quel but militaire ? Lequel, détruire des maisons..?

3 heures 1/ 2 ; Les obus de cette nuit ont causé des dégâts effroyables… mais, la grosse misère, c’est St. Remi, frappé un peu avant minuit ; un gros obus est tombé en plein sur une des chapelles rayonnantes de l’abside, celle du fond, plus profonde que les autres, qui est dédiée à la S.S. Vierge. Le projectile a crevé le toit, la voûte, abattu la clef de voûte. La belle statue de Notre Dame de l’Usine et de l’atelier a été projetée sur le pavé… elle n’a rien… un doigt seulement de l’Enfant Jésus a été brisé… mais c’est un amas de pierres, de plâtras indescriptible. Et le trou est immense.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Triste nuit, au cours de laquelle il nous a fallu encore nous relever vers 10 h 1/2, les obus tombant assez près, et nous tenir une seconde fois en alerte à 3 h du matin. Bombardement violent. Un obus a troué la voûte d’une chapelle, à la basilique Saint-Remi.

Les journaux disent qu’environ deux cents projectiles ont été envoyés par les Allemands.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

CPA : collection Véronique Valette

CPA : collection Véronique Valette


Cardinal Luçon

Mardi 17 – Toute la nuit jusqu’à 4 h bombes, avec intermittences ; idem dans la matinée, dans l’après-midi un obus dévaste la Chapelle de la Sainte Vierge à Saint-Remi. La statue est retrouvée intacte.

Réponse aux Évêques de Bretagne et au Cardinal de Paris pour Prières Nationales. Bombes dans la matinée. Bombardement très violent vers 2 h.

Transfert de mon lit de mon bureau-travail (dans le corridor de mon bureau où il se trouvait juste dans la ligne de tir d’une batterie) dans l’anti-chambre, ou corridor communiquant de mon bureau avec la cour d’entrée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Pas d’alerte dans la journée ; cela nous est réservé pour la nuit, car les obus s’annoncent à 22H pour continuer lentement jusqu’à minuit, puis encore de 2 à 4H ; comme ils ne paraissent pas être pour un quartier, nous hésitons à nous lever et finissons par ne pas quitter nos lits.

Néanmoins, nous n’avons guère dormi.

Au cours de ces séances, l’esplanade Cérès, la place et la rue Clovis, la rue Hincmar, la rue Polonceaux ont été particulièrement éprouvées. Dans la journée, ce sont les environs de la gare qui, par aéroplanes et canons, ont été surtout visés.

Lettre Charles Coche (16 9bre) annonçant qu’il a quitté Villeneuve pour revenir à Oiry ; sa santé et celle de Madame laissent à désirer.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

17/11 mardi – Soleil radieux, d’où le matin, continuation d l’odyssée de la nuit (canonnade et bombes) et cela dura toute la journée et encore (moins fort cependant) toute la nuit suivante. Un aéro a encore survolé Reims l’après-midi, n’a occasionné que des dégâts matériels. « Courrier de la Champagne » du 18 novembre

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien


Victime civile ce jour à Reims

  •  DEGRELLE Lucien   – 17 ans, 85 rue de Beine, victime de bombardement – journalier, décédé en son domicile
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Lundi 16 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 16 novembre 1914

65ème et 63ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toute la nuit dernière le canon a fait rage, mais nous avons été épargnés par les obus qui ne sont pas venus dans notre quartier. En sera-t-il de même cette nuit ? C’est si bon de pouvoir un peu dormir, d’oublier sa misère !!

Journée fastidieuse, avec du canon toujours à la clef. J’ai écrit quelques lettres, j’ai pu enfin faire parvenir les effets de mes aimés, mais je ne vie que comme un pauvre malheureux sans énergie, sans courage. J’agis sans trop savoir ce que je fais. Comment avoir plaisir à faire quoi que ce soit !! avec la vie que nous subissons ! Sans espoir de voir nos malheurs cesser bientôt !! Dieu délivrez-nous donc bientôt !!

Absence des feuillets 167 et 168.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pendant la nuit, coups de canon et obus. Journée assez calme

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 16 – Nuit tranquille pour la ville ; mais canonnade d’artillerie lourde entre armées. A 9 h 1/2 des bombes passent au-dessus de nos têtes. Nous n’avons pas pu sortir.

Visite à l’Ambulance Sainte-Geneviève. Reçu la lettre du P. de Broglie datée du 13 (ou du 12) arrivée le 16. Mes lettres au Card. Gasparri et au Card. Gasquet, datées du 5 novembre sont arrivées le 12.

Reçu lettre des Évêques de Bretagne, pour Prières nationales.

Bombes toute la nuit 16-17 ; avec arrêts plus ou moins longs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

16-11 Lettres : d’Hélène (13 9bre) apportant de bonnes nouvelles de Marcel du 7 ; De J. D. (11 et 13 9bre) la dernière contenant les lignes mêmes que notre cher cuirassier a lancées à Épernay également le 7. il se plaint de ne rien recevoir de Reims, et cependant sans compter mes pages parties aujourd’hui, je lui ai écrit les 22-28 8bre, 3 et 9 9bre.

Ne pas pouvoir communiquer plus rapidement de lui à moi et réciproquement est une souffrance de plus s’ajoutant à celles déjà bien suffisantes qu’entraînent pour tous les circonstances actuelles.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Dimanche 15 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

15 NOVEMBRE – dimanche –

M. C.. a assuré ce matin que le Carmel avait reçu une bombe d’aéroplane, qui n’a pas éclaté, et qui porte, comme indication, en allemand ; bombe incendiaire. Je tâcherai de voir ce document ; au point de vue diplomatique, il est important. On n’a pas le droit de se servir de ces engins

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 15 novembre 1914

64ème et 62ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit calme. J’ai cependant mal dormi. On souffre tant, on est tellement inquiet de ce calme, que malgré soit on se demande ce qui pourrait bien nous arriver après ce calme !

Actuellement on canonne par intermittence. Est-ce que ce serait tout de même la retraite pour les allemands et enfin bientôt… tout de suite la délivrance !

4h1/2 soir  Déjeuné au Cercle avec Charles Heidsieck. Là était avec nous : M. et Mme Léon Collet, Robert Lewthwaite, Théret (cave Pommery), Georget, Lelièvre (usines) d’Angers, arrivé après le déjeuner. Robert Lewthwaite, toujours aussi gai et entrain, nous a appris la libération et le retour en France de Léon de Tassigny et du capitaine Louis Kiener, les parlementaires envoyés pour retrouver les fameux 2 parlementaires prussiens du 4 septembre, Von Arnim et Von Kummer.

Vers 2h nous sommes allés, M. Heidsieck et moi à Clairmarais voir l’abbé François Abelé (1881-1949) qui nous a appris une triste nouvelle avec la disparation (tué, blessé ou prisonnier) de Louis Abelé, son frère, que j’ai marié à Roubaix en mars dernier (Louis Abelé 1883-1962, prisonnier de guerre, avait épousé Félicie Delattre), dans l’affaire de Vailly-sur-Aisne qui a été fort chaude. Le 332ème de ligne a été surpris une nuit par 15 000 allemands, et il y a eu une reculade de 20 kilomètres sur l’Aisne et le canal que nos troupes ont repassé en déroute !! Pauvre petite jeune femme, après 8 mois de mariage ! Choc d’autant plus pénible que l’on n’est pas fixé sur son sort.

Comme M. Heidsieck désirait aller voir M. Gindre au Collège St Joseph, rue de Venise, je l’ai quitté sur le boulevard pour rentrer chez moi, fort fatigué. Tout cela me brise.

8h1/4 soir  Je fais un effort, je regarde par ma fenêtre voir, non pas si le temps sera beau demain, mais si nous pourrons dormir à peu près tranquille. Car mon pauvre cœur commence à battre trop souvent et trop fort la chamade, et pour toute la nuit !!

J’ouvre : nuit sombre, pluie torrentielle, j’attends car il fait noir comme dans un four ! il faut que mes yeux s’habituent à la nuit. Peu à peu le ciel s’éclaire ! Soudain, c’est le canon qui tonne, c’est un des nôtres ! Il pleut ! Il pleut comme chez les loups, disait ma pauvre Mère !! Ne nous attendrissons pas !! Nous ne savons pas ce que sera demain !!

8h3/4 soir  C’est extraordinaire comme on reprend confiance à sa vie coutumière. Voilà à peine deux nuits que nous sommes à peu près tranquilles, et je me reprends…  à vivre…  à prendre plaisir de…  vivre mon train-train de vie. Ah ! si cela pouvait continuer, que de choses j’écrirais, je confierais à ces Pages Vécues tragiquement, douloureusement vécues !

Mais « Gott mit uns »  le permettra-t-il déjà ! Ah ! Dieu Saint !! Quand donc pourrais-je crier à pleine voix non pas : « Deutschland über alles ! », mais « Deutschland unter alles !! »…

Ce sera la délivrance et 1870 sera rayé de l’Histoire lugubre imposée à la France pendant 44 ans par les Sauvages, les Bandits, par Guillaume II, le Hesse ! Attila le second !…  et dernier !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Un aéroplane allemand est signalé, l’après-midi, par un coup de clairon donné à l’usine des Longaux. De différents côtés, on lui fait la chasse à coups de 75. Les enfants qui jouaient dans le jardin ont entendu le signal ; eux aussi se hâtent de rentrer à l’abri.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 15 – Nuit du 14-15 assez tranquille. Bombes assez loin. Lecture de la lettre de Benoît XV à la Chapelle du Couchant. Assisté à la grand’messe. Bourgeons de neige à 10 h, fondante. Dans la nuit canonnade de très gros canons.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

15-11 Usant de l’installation préparée hier, c’est à la cave et cette fois dans un lit de fer garni en conséquence que j’ai passé la nuit écoulée ; pour couvertures, j’ai emprunté au magasin celles en consigne qui ont servi à notre fabricant d’Orléans pour emballer son dernier envoi, et ayant bien chaud j’ai pu reposer mieux que je ne l’aurais fait au premier étage, puisque des passages de troupes ont réveillé Père, alors que dans mon trou je n‘ai rien entendu.

Autrement, la nuit a été assez calme.

La matinée est sombre et glaciale, et à 11H apparaissent les premiers flocons de neige, auxquels succède bientôt une abondante et froide pluie qui fait de ce dimanche un jour de mortel ennui.

Mme Jacquesson elle-même était toute morose, et n’apportait qu’une attention distraite au pourtant délicieux lapin qui, pour la première fois depuis la dispersion de la famille, variait si agréablement notre ordinaire.

Une lettre de Marie-Thérèse l’attendait (13 9bre) ; pour moi, le courrier n’a apporté que d’affectueuses condoléances de Marguerite Heitz, réfugiée à Prefailles.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Hortense Juliette Breyer

Dimanche 15 Novembre 1914.

Pas de changement, toujours la tristesse et pas de nouvelles. Le bombardement continue toujours. Je m’ennuie, vois-tu, de ne pas être chez nous. J’avais descendu tes effets à la cave en cas d’accident, mais j’ai été forcée de les remonter car ils commencent à avoir des taches d’humidité. C’est long pour tout.

J’ai écrit ces jours-ci à la femme du parrain. Je lui ai annoncé le bébé à venir et j’attends une réponse. Nous sommes allées au magasin tous ces jours-ci avec Marguerite et hier ça bombardait tellement que nous avons du rester une demi-heure appuyées au mur du coin de la rue de Beine et du boulevard Saint-Marceau. Ensuite nous avons fait le grand tour par l’esplanade et le Barbâtre. Que veux-tu, tout autour de Walbaum il y a plein de batteries ; c’est pour cela que le quartier est si dangereux. Je ne prendrai plus Marguerite avec moi, je ne veux pas l’exposer ; j’irai seule. Elle est courageuse et plus tard je saurai la récompenser.

Je ne suis plus si pressée non plus pour aller chez nous car ton parrain me dit toujours que je suis trop hardie et qu’il ne faut pas m’aventurer dans la rue. Enfin, tu vois, je n’y pense pas.

J’arrête encore pour aujourd’hui. Tout mon cœur à toi. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Samedi 14 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

14 NOVEMBRE – samedi –

Ce malin à 6 heures, je suis allé sur la tour Nord prendre le drapeau de la Croix Rouge que le vent dépeçait. C’est celui que 1’administration a envoyé le vendredi 13 septembre, qui n’a pas été atteint – pas plus que ses voisins – par les flammes, le 19.

M. le Curé me dit que le Cardinal a reçu une lettre lui disant que l’invasion allemande est la punition du fait d’avoir introduit la prononciation romaine du latin – ce bafouillage teuton ! – quelle mentalité !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 14 novembre 1914

63ème et 61ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille. Mais à 9h 2 obus viennent tomber dans notre quartier nous rappeler à la triste et sombre réalité ! Il fait cependant un si beau soleil dont il serait si bon de jouir ! Que nous sommes inaccessibles ! Et avec cela sans une lueur d’espoir de savoir quand nous serons délivrés ! et qu’un jour nous pourrons dire : c’est fini, nous pouvons nous promener, agir, sans l’obsession qu’un obus peut venir nous assassiner. Car c’est de l’assassinat et non de la guerre que ce bombardement sauvage sans rime ni raison, sans but, sans donnée stratégique sauf le plaisir de détruire, pour rien, tuer des innocents, des gens qui n’ont même pas le droit de se défendre, de répondre aux coups qu’on leur donne ! Voilà notre situation, notre vie depuis plus de 2 mois.

6h soir  Reçu la visite toujours bienvenue de M. Charles Heidsieck qui a bavardé une bonne heure avec moi au coin de mon feu. Tous les siens vont bien. Nous avons causé longuement de notre triste situation. Comme moi il trouve qu’on ne fait rien pour délivrer notre pauvre cité et de plus il croit que la guerre sera longue. Je souhaite que nous nous trompions.

Je dois aller déjeuner avec lui au Cercle de la rue Noël et nous passerons sans doute une partie de l’après-midi ensemble. Ce sera une journée à marquer d’une pierre blanche, elles sont rares pour moi. Mais nous sympathisons beaucoup ensemble et nous avons beaucoup d’idées communes. C’est un homme !!

8h1/4 soir  Je ne puis résister au désir de consigner le dernier « ragot » qu’on vient de me rapporter (voyez d’ici la logique du dernier tuyau !)

« Les allemands ont arboré le drapeau blanc sur Brimont, partout, et on a amené des quantités de troupes dans le quartier du faubourg de Laon, rue du Coq (?)(Interrogation légitime, cette rue du Coq n’a jamais existée) pour voir s’ils se rendent bien !! On a même fait évacuer les habitants de ce quartier de la rue du Coq ! »

Les allemands se rendent ! Si on fait évacuer un quartier de rue pour…  les recevoir ? Et combien d’autres du même genre !!

Dans une demi-heure, une heure, je serai malheureusement fixé sur cette grande nouvelle par la voix du canon qui grondera, ou par le sifflement des obus ! En ce moment on est trop tranquille. Pas un bruit, pas un souffle depuis 4h du soir ! Gare ! la casse !! Ce silence n’est pas naturel et me…  me dit rien qui vaille !

Dormirai-je dans mon lit ?!

8h35 soir  Je regarde à ma montre l’heure ! 8h35, dans 1/4 d’heure, 1/2 heure le canon va gronder. Voilà, maintenant le sablier qui règle notre vie ! En regardant l’heure, on se dit : Oh ! dans tant de temps il peut nous arriver quelque chose !! Sur ce moment je dois me dire que dans 1/2 heure le canon va gronder ou je vais entendre les obus siffler au-dessus de la maison ou éclater autour de moi !! Jolie perspective !…  Perspective qui dure depuis 61 jours !!…  Matin et soir ! et soir et matin !…  Non ! ceux qui n’y ont pas passé, qui n’y auront pas passés ne saurons jamais tout ce qu’il y a de douloureux, de pénible, d’angoisses, de tortures dans ce geste inconscient que l’on fait à chaque instant du jour en tirant sa montre pour savoir l’heure, et que l’aiguille fatidique, tout en sautillant, vous dit : « Il est telle heure, dans 1/2 heure, dans 1 heure, sache-le bien, Humain Mortel ! ce sera la voix du canon, la bombe et qui peut-être te tueras, et peut-être…  la Mort !!…  là ! au coin de ton feu…  pendant que tu écris ! ».

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les obus arrivent déjà vers 8 h 3/4, tandis que je me dirige vers le bureau, à la mairie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 14 – Matinée assez tranquille. Bombes assez loin.

Visite à Courlancy et à l’École Saint-Joseph, où une bombe est tombée jeudi soir à 10 h. Les lits des vieillards-hommes des Petites Sœurs des Pauvres ont été couverts d’éclats de verre ; mais personne n’a eu de mal. De 9 à 10 h, 57 bombes en une heure autour de Saint-André.

Écrit au Saint Père pour le remercier de sa lettre, mais envoyé la lettre le soir seulement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Et à 6H1/2, la lumière brillait encore !

Par l’explication donnée dans la matinée par Mme Bellevoye, nous apprenons que nos craintes de la veille étaient sans fondement.

La femme chargée de la garde de l’appartement y procédait à une inspection, à 17H, quand le passage d’une bombe l’effraya ; fuite rapide, en oubliant d’éteindre l’électricité, et voilà, réduit à des causes moins tragiques, un incident qui a révolutionné quelques maisons du quartier.

Il prouve qu’il n’y a pas lieu de prendre à la lettre les règlements municipaux qui enjoignent l’extinction des feux pour 19H puisque, au centre même de la ville, un appartement peut rester illuminé toute une nuit sans que personne en prenne ombrage.

14H, bonne lettre d’Henri, du 12 9bre

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Boulevard Lundy, l’ancienne école

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Vendredi 13 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

13 NOVEMBRE – vendredi –

Minuit ; la nuit semble étrange ; un silence absolu sur toute la ligne.

Article paru dans le « Courrier de la Champagne ». Les criminels ! Ils l’ont visée encore, et le jour et la nuit, depuis plus d’une semaine.

Et leurs obus l’ont enfin et de nouveau profanée.

Des anges, dont les ailes éployées s’échappent des colonnettes, sous le somptueux pinacle des contre-forts, montent une garde magnifique autour du vaisseau sacré ; l’un d’eux, à l’extrême retour du chevet vers le sud, a été l’autre nuit abominablement saccagé. Les rayons sinistres d’une gloire impie vibrent en déchirures violentes et en trainées de poudre tout autour du formait, dans les hautes pierres. Et malgré tout, une aile abattue, le buste et la tête ruinés, dans le pauvre corps mutilé sur son socle aérien, l’esprit céleste palpite encore, aussi ardent ; l’ange frappé à la proue de l’arc-boutant me fait penser à la Victoire de Samothrace…

D’autres anges montent une autre garde, navrante désormais, au cœur même du monument dévasté par le feu ; ils sont agenouillés sur le marbre des crédences, à droite et à gauche du maître-autel dépouillé. Alors, un projectile stuide a traversé les verrières et s’est écrasé en tonnerre imbécile à leurs pieds ; sous nos yeux épouvantés, à travers le noir bouillonnement de la fumée, les dalles du sanctuaire volent en éclat…

Et ce pendant que nous approchons, voici un rayon de soleil qui a surgi au travers du jour embrumé ; il entre doucement par les blanches baies du croisillon et vient dans un grand recueillement envelopper l’ange et baiser la plaie béante…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Vendredi 13 novembre 1914

62ème et 60ème jours de bataille et de bombardement

Midi  Le reste de la nuit j’ai tâché de dormir, mais Dieu sait comment !! Non ! Je n’y résisterai pas. Journée grise et triste. Rencontré tout à l’heure (rayé) toujours (rayé) .Quelle joie pour (rayé). Le bas de la page a été découpé.

5h soir  Journée relativement tranquille. Il fait une tempête de pluie et de vent terrible. Mon Dieu ! Qu’ils ne nous bombardent pas cette nuit, ce serait épouvantable. Les éléments et le fléau de Dieu en même temps ! ce serait la fin du monde que ce ne serait pas pire !! Si seulement nous pouvions dormir tranquille !! Mon Dieu, auriez-vous pitié de nous ?! et de notre misère !!

9h soir  Dois-je prendre ma plume et dire les quelques minutes de tranquillité dont je viens de jouir depuis le dîner (8h) jusqu’à maintenant, car un coup de canon vient de tonner, le premier que j’entends depuis 1h.

Oh ! vous ne saurez jamais, vous qui me lirez peut-être, ce que c’est de ne pas entendre le canon tonner, grogner, gronder, les obus siffler, éclater, broyer pendant une heure !! Cette heure bénie, je l’ai vécue, j’en ai jouis, je l’ai caressée ! je l’ai bénie ! je me suis remis à…  revivre…  à reprendre à aimer la vie ! Comme c’était bon !…  mais ce sera-t-il toujours bon ? pour toujours toujours ? Oh ! l’horrible chose quand je pense au songe passé, chaque seconde, chaque instant mon… rêve de joie de revivre à la vie peut cesser, peut s’évanouir…  comme tous les rêves. Et que je vais retomber dans le cauchemar de la réalité !! Le bas de la page a été découpé.

C’est si bon de pouvoir laisser voltiger, butiner à droite et à gauche, par-ci par-là sa pensée qui s’envole comme une folle vers…  la tranquillité…  la sécurité ! C’est si bon d’entendre son maigre feu, si maigre soit-il, flamber, ronronner ! et vous inviter à dormir…  dormir ! à vous reposer…  à oublier tout, tout et surtout notre misère !

C’est si bon d’entendre le vent souffler, gronder, rugir chaud et tiède, quand on lit un livre attachant et ce serait si bon de le faire si les obus ne venaient pas vous rappeler brutalement à la réalité, à la guerre sauvage que les Barbares nous font !

Ce serait si bon…  non ! Je m’arrête, ce serait trop bon de songer que peut-être un jour j’aurais la joie, le bonheur suprême de jouir de tout cela avec mes chers aimés, près de mes chers aimés, entouré de mes chers aimés.

Cette joie et cette pensée me font peur…  tant j’ai souffert, tant je souffre. Dieu me l’accordera-t-il ? Quand ? Oh ! que ces heures sont lourdes à passer, à couler, à vivre goutte à goutte, minute par minute, seconde par seconde. Et verrais-je jamais la seconde suprême où je pourrais dire : « Les allemands sont partis. Nous sommes délivrés. »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement encore, au cours de la dernière nuit, qui nous a obligés à nous relever et à attendre une accalmie nous permettant de nous recoucher sans que nous ayons pu nous reposer ensuite. Les obus approchaient du quartier de la rue du Jard.

La population est très fatiguées de cette vie pénible et triste ; depuis deux mois, elle se trouve tenue en haleine nuit et jour par la menace continuelle du danger.

– Le soir, à 21 h, le bombardement reprend. Le temps est très couvert. Des chambres, où nous nous tenons sur le qui-vive, produit chaque fois une lueur intense puis, quelques secondes après, parvient le bruit épouvantable de l’éclatement. Nous voyons et entendons de la sorte, encore de nombreux projectiles tomber mais la fatigue générale est telle, à la maison, que personne ne quitte son lit, cette nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue du Jard, où logeait Paul Hess pendant la guerre

Rue du Jard, où logeait Paul Hess pendant la guerre


Cardinal Luçon

Vendredi 13 – Anniversaire de notre entrée dans la maison. Coups de canon de 4 h 1/4 à 4 h 1/2.

Matinée, Conseil épiscopal. Après-midi, resté à la maison, écrit des lettres. Soir 9 h, quelques coups de canon, et quelques bombes, mais loin de nous. Coucher 10 h 1/2. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Les racontars de ville disent que la grosse canonnade qui nous remue depuis deux jours a enfin abouti à un résultat favorable pour nous : après des prises et des reprises de part et d’autre du fort de Brimont, celui-ci nous serait resté. Si c’était vrai, les autres forts encore allemands ne pourraient plus tenir les dépenses journalières se récapitulent en fin de semaine pour être supportées par chaque groupe proportionnellement à son effectif ; puis lettre d’Hélène (9 9bre) transmettant les bonnes nouvelles de Marcel reçues en date du 3.

Il est en Belgique depuis le 16 8bre ; au préalable il avait combattu près de Béthune défendant avec des Dragons un passage à niveau, et c’est là qu’a été blessé le Colonel Cochin.

Il dit n’avoir pu changer de linge depuis le 27 7bre !

Après avoir occupé longtemps un poste très périlleux, André Ragot est revenu à Trigny tenir un emploi plus tranquille ; quant à Charles Gérardin, il est question pour lui de gagner le front.

Et enfin lettre de condoléances de Pierre Mennesson à Marie-Thérèse, qui dit être allé prier à Bar-le-Duc sur la tombe bien entretenue et toute fleurie de notre cher André.

18H1/2, nous nous mettions à table quand …… boum ; 14 marches à descendre, pour ne les remonter que ¾ d’heure après ! L’émotion ne nous avait pas servi d’apéritif et il a fallu se forcer pour faire honneur au dîner.

En cours de soirée, Mme Hénin demande à passer la nuit à la cave avec sa fille et les deux enfants ; pour offrir à tous plus de confortable, je descends les deux fauteuils du 1er étage et les laisse s’organiser, en leur souhaitant que la nécessité ne s’impose longtemps, et la délivrance approcherait.

Cette lueur d’espoir ragaillardit et aide à tuer la journée sombre et pluvieuse qui, malgré sa dangereuse animation coutumière, n’offre rien de marquant à signaler.

À son arrivée pour le dîner de 18 heures, Félicien annonce que la nouvelle révision, qu’en même temps que tous les hommes du service auxiliaire, il a passé aujourd’hui, l’affecte désormais au service armé.

Les conséquences de cette mutation, qui peut plus tard lui faire prendre rang parmi les combattants, m’impressionnent profondément ; avec lui et pour n’inquiéter personne des siens, nous convenons de n’en informer aucun des membres de nos familles.

20H1/2 Hénin et le concierge de l’école d’en face viennent me signaler qu’au second étage de la bijouterie Leroy brille une lumière insolite ; avec eux je vais m’en rendre compte, et constate qu’en effet une fenêtre, dont les carreaux sont cassés, projette sur la charcuterie Cogne une clarté qui pourrait servir d’incitation aux pointeurs ennemis.

L’appartenance ainsi suspecté est d’angle, ce qui lui permet de répandre des rayons électriques également sur les immeubles Lapchin et des Sœurs de charité. Plus de doute pour nous, c’est un point de repère qui va nous attirer des obus, et notre conviction se trouve fortifiée du fait qu’on ne répond ni à nos coups de sonnettes, ni aux violents coups de poings que nous lançons dans la devanture.

Je conseille à mes deux hommes de se rendre au commissariat central pour faire part de nos soupçons et demander que le nécessaire soit fait.

Leur arrivée au milieu des agents jouant aux cartes n’émeut personne, et on leur répond qu’on va y voir.

Patiemment avec eux, j’attends dans la rue et sous la pluie l’exécution de cette promesse, mais comme au bout d’une demi-heure rien ne surgit, je vais avec M. Stenger réitérer la démarche. On nous assure que deux hommes sont partis qui, ayant pris un autre chemin que nous, sont sûrement maintenant sur les lieux.

Cette course dans des rues absolument désertes et sombres, sans un ciel sans étoiles, et alors que dans le lointain sifflent les obus est troublante à l’excès ; on n’aimerait pas à la faire seul, et pour plus de sécurité, c’est bras dessus bras dessous que nous la terminons.

Peu après arrive enfin M. Honoré, de la sûreté, qui reconnaît le bien fondé de notre exposé, mais se déclare incapable de faire quoi que ce soit pour faire cesser cet état de choses ; il faudrait pour forcer légalement la porte la présence d’un commissaire de police.

En présence de notre étonnement plus que véhément, il décide d’aller demander aide au poste militaire de l’Hôtel-de-Ville, et revient un quart d’heure après porteur d’un refus formel de son chef qui, en l’occurrence et couvert par les règlements, ne peut rien faire.

C’est une patrouille qui, seule, aurait qualité pour agir.

Comme il n’en passe pas, nous devons nous séparer sans avoir pu faire éteindre cette inquiétante lumière.

De ce fait, je décide de passer la nuit en cave étendu sur deux fauteuils, et j’y repose aussi bien que faire se peut, pendant que Père dort tranquillement dans son lit d’un sommeil qu’aucune alerte n’a troublé.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Jeudi 12 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

12 NOVEMBRE – jeudi –

4 heures 1/2 soir ; C’était mon tour aujourd’hui ; j’ai ma bombe, un Shrapnell à l’angle de ma chambre à plaques et dans le mur qui la sépare de ma chambre à coucher ; ma bibliothèque est dévastée, mon lit saccagé, toute ma chambre à coucher bouleversée ; mon réveil était à terre, poursuivant son tic tac consciencieux…

Il était 1 heure moins un quart ; Launois, que j’avais envoyé prendre mon appareil resté à la cathédrale, me dit que dans la cour sud-est, il a vu des pierres récemment tombées… j’y vais.

Les obus sifflaient ; dès l’entrée de la rue du Cloître, je vois le malheur et j’en suis très impressionné. C’est un contrefort de l’abside qui a reçu le projectile. Exactement au niveau de la tête de l’Ange, tout est saccagé ; colonnes supportant le pinacle, moulures, fleurons, la tête, le buste, les ailes de l’ange. Et tout autour, une auréole satanique ; le flux noir et blanc de la déflagration.

J’entre dans la cathédrale ; des éclatements s’étaient fait entendre dans le voisinage. Nous avancions dans le croisillon… zzziii… pan ! Devant nous, à droite de l’autel, coté épitre, un jaillissement de fumée, suivi d’un cliquetis de pierres agitées. Un obus dans la cathédrale ! Dans la cathédrale ! Là, presque sur l’autel, Sacrilège ! Un instant, j’ai cru que l’autel était renversé… J’envoie Launois me chercher mon appareil… Je fais la photo, renvoie Launois chercher un nouveau châssis et prévenir M. le Curé. Il revient en hâte pour m’annoncer qu’une bombe était tombée chez moi…

Cet attentat nouveau à la cathédrale m’a bouleversé. Je n’ai eu aucune hâte à revenir voir chez moi les dégâts ; la cathédrale me tenait… chère cathédrale… Il était exactement 1 heure quand cette bombe s’est écrasée sur les dalles du sanctuaire à Notre-Dame. C’était chez moi à peu près à la même heure. Singulière coïncidence ! Mon Dieu, je suis entre vos mains.

8 heures 1/4 ; Au loin, le bruit comme d’une mêlée intense…

10 heures 1/2 ; J’étais couché ; je dormais profondément. Je suis réveillé par de formidables éclatements à proximité immédiate ; des éclats rejaillissent sur le toit.

Je me lève ; je m’habille ; je descends… le bruit le plus confus que jamais d’une bataille très importante à proximité ; salves, mitrailleuses… les chiens hurlent au loin.

Brisé de besoin de sommeil, je me recouche. A la grâce de Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 12 novembre 1914

61ème et 59ème jours de bataille et de bombardement

… ce matin de Roucy faire un tour à Reims. Elle me disait qu’ils étaient absolument sur la ligne de feu comme nous et que parfois elle était obligée de descendre dans leurs caves (des creuttes (carrières et habitations troglodytes dans le département de l’Aisne)), elle est chez sa sœur, et n’a aucune nouvelle de son père ni de sa mère qui sont à Craonne ou Craonnelle, à quelques kilomètres de là ! En tout cas elle ne parait pas se faire beaucoup de bile ! Heureux caractère ou égoïsme ? Je ne sais.

8h soir  Faut-il se recoucher ? ou non ? Ah ! dormir ! J’irais jusqu’à dire toujours ! Quelle souffrance de se dire tous les soirs : dormirai-je ? ou ne dormirai-je pas ? et cela pendant 2 mois. Et quand nous conterons cela à nos amis, à nos connaissances, à nos parents qui vous portent tant d’intérêt, ils se moqueront de vous ! Eux étaient si bien, si à l’abri des coups ! « Comment, vous ne dormiez pas ? Oh que c’est drôle ! »

Le demi-feuillet suivant a été découpé

10h soir  A 9h1/2 comme d’ordinaire canonnade, sifflement de 2 ou 3 obus. Voilà Adèle qui déboule dans ma chambre en me disant : « M’sieur, n’entendez donc pas, moi je descends ! » Je me lève et m’habille sans grande conviction, je descends, et au moment d’ouvrir la lumière de la première cave je trouve l’électricité ouvert !! C’était mon Adèle que j’avais envoyé chercher une bouteille d’eau de Contrexéville à 7h qui l’avait laissé allumé. La grosse bête !! Nous sommes juste restés 10 minutes, et nous voilà remontés. Elle n’est ni figue ni raisin ! Cette grosse imbécile la…  En tout cas, çà m’a donné l’occasion de faire des économies de lumière, en me faisant trouver cette lampe allumée qui aurait pu brûler des heures et des nuits et des jours !! Elle ne pouvait pas nier que c’était elle ! C’est ce qui l’embête le plus ! Fiez-vous aux domestiques !! Enfin, çà a été un mal pour un bien !!

Allons-nous pouvoir dormir tranquille ? Cette fois !

11h10  A 11h encore un obus, tout près celui-là. Je m’habille et je descends, jusqu’à l’entrée de la cave seulement. Ma grosse bête est là, assise, elle n’était pas remontée. Un obus seulement. Je remonte. Vais-je faire cette comédie toute la nuit ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Coups de canon la nuit. Bombardement violent toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 12 – 4 h du matin, bombes, presque toute la nuit, mais lointaines.

Bombes vers 1 heure sur la maison Boquillon rue de l’École de Médecine, chez M. Thinot l’Abbé. On semble nous viser.

Visite de la Maison S. J.-B. de la Salle, et familles Becker, Camuset et Rome avec M. Landrieux. Rencontré M. Jacques Simon, verrier, dans la rue.

Visite à la Clinique Mencière. Vu le Commandant, frère du Préfet des Vosges, qui ne veut pas d’obsèques religieuses.

Réception de nombreuses lettres recommandées, parmi lesquelles une du Duc d’Orléans (2 octobre), celle du Pape (7 octobre).

De 8 h 1/2 à 9 h bombes ; de 9 h 1/4 à 9 h 1/2 silence ; de 9 1/2 à 11 h, terrible bombardement autour et auprès de nous. Descendu à la cave à 9 h, à 10 h jusqu’à 11 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Rue de l'Ecole de médecine - ReimsAvant - Montage : Véronique Valette

Rue de l’Ecole de médecine – ReimsAvant – Montage : Véronique Valette


Paul Dupuy

Sans interruption, le canon s’est fait entendre de 6 à 22 heures, et comme d’usage les bombes ont été partagées entre les différents quartiers.

À 13H1/2, lettre de Marie-Thérèse (8 9bre) demandant que j’envoie copies des pages d’André des 28 août et 5 7bre. Je les prépare ; bien souvent mes yeux se mouillent pendant ce travail, et c’est bien péniblement que j’arrive à le terminer.

En les envoyant demain à Limoges, je prierai qu’on m’autorise à y adresser aussi les originaux, que je trouve trop exposés ici.

À 22 heures, descente forcée en cave avec séjour jusque minuit.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Mercredi 11 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 NOVEMBRE –mercredi –

Bombardement toute la matinée ; on ne compte plus les points touchés… Une bombe rue Tronson-Ducoudray, qui a déplacé assez d’air place du Parvis pour défoncer les barrages de planches des deux porches latéraux.

10 heures soir ; Louis Midoc était venu dîner avec moi. En le reconduisant, je suis passé prendre M. le Curé, qui a bien voulu sortir avec nous et entrer avec moi à Notre-Dame.

Je laisse donc Louis sur le Parvis. Avec M. Landrieux, nous gagnons, par la porte engagée dans le barrage, le porche droit largement ouvert, puisque le bâti de planches est étalé. Je suis M. le Curé à son bras… nous enfilons la basse nef dans l’obscurité ; les vitraux ou le vide des ogives nous guident… parce que nous connaissons les lieux. Victor Hugo dit, dans l’Ange Liberté (Fin de Satan)

Là les vents ailés comme de sombres oiseaux en liberté Battent des ailes, s’ébrouent, vont et viennent en longs bruits effilochés, des ogives du nord à celles du sud, des fenêtres des croisillons à la rose vidée, ainsi la tempête dans une forêt aux chênes immenses, dans la hauteur et la profondeur d’inconcevables futaies…

Les portes claquent sèchement et sourdement dans les hautes galeries, des portes folles que rien ne retient plus… un tintinnement de haut en bas qui s’écrase sur la pierre ; ce sont des débris de vitraux que le vent chasse, des éboulements sinistres qui se répercutent exagérément ; ce sont les éboulis, les scabreuses réserves dans les angles de l’architecture admirable, qui croulent soudain, et relisent la destruction des obus meurtriers. Ainsi, depuis le haut de la Tour Nord… où le drapeau de la Croix Rouge doit bien claquer…

Nous avons dit avec M. le Curé trois dizaines de chapelet et le « Salve Regina », à l’autel de la T. Ste Vierge, l’autel de ma première messe ; j’ai pleuré là le tragique de l’heure, les pleurs de mon sacerdoce…

Nous sommes revenus avec M. le Curé, pénétrés l’un et l’autre, sans nous le dire… et si recueillis.. !

Des murs croulaient là-bas dans les ruines où les cheminées et les pans de mur bravent la tempête – car c’est une vraie tempête – et des lueurs intenses marquaient le ciel du côté où l’incendie avait fait rage toute la soirée, vers Cérès.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 11 novembre 1914

60ème et 58ème jours de bataille et de bombardement

4h35 soir  Depuis une heure le canon gronde sans discontinuer du côté de Berry-au-Bac, Cormicy, Loivre… Est-ce la délivrance ? Il parait que mon clerc Loeillot aurait dit à mon boulanger Metzger que Witry-les-Reims serait repris ?! J’en doute, car ce village est sous les feux croisés de Brimont, Fresnes et Berru !! Ce serait trop beau !! Nos galonnés seraient marris de ce succès ! Pensez donc, ils seraient obligés de quitter leurs cantonnements d’hiver si bien organisés !!

8h soir  A 6h je somnolais au coin de mon feu après avoir traîné ma misère dans les rues pour aller chercher mon journal chez mon brave boulanger, et repassé à St Jacques… que dire ? Oh ! rien… on priait ! Je n’ai eu qu’un mot : « Oui, priez tous les autres pour moi, je ne puis plus prier ! » Je rentrais et là somnolait. Je m’endormais quand un coup d’obus éclatant me fait sursauter. Je descends à cet avertissement à la cave ! Bien humble, bien docile… mais brisé. Non, il ne faudra pas que cela dure trop longtemps, sans cela j’y laisserai certainement mon intelligence, ma volonté, mon vouloir et… ma santé !! Après tous les ébranlements de 60 jours de bataille et de 58 jours de bombardements plus ou moins intensifs, et aujourd’hui c’était une des rééditions des beaux désastres, eh bien non ! Je n’en puis plus !!

Or vers 6h1/2 nous remontons, ma pauvre Adèle et moi, bien démontés. « Et M’sieur, quand çà finira-t-il ? » – « Oui, quand cela finira-t-il ?? »

Remontant dans ma chambre je regarde à ma fenêtre, il était exactement 6h35. Une lueur d’incendie, derrière chez Martinet, loin, et qui tonne encore (8h20). Ils ne laisseront rien de notre pauvre ville.

8h20  En ce moment il fait une tempête de vent terrible, vent du sud presque sans pluie, chaud et agréable en toute autre heure !

Vent des Avents qu’enfant j’entendais avec tant de plaisir, mêlé à un peu de crainte quand dans mon petit lit de St Martin, je ronronnais et rêvais à la joie de revivre le lendemain mes jeux d’enfants !! et que je pensais à Noël et au jour de l’An ! Et mon Dieu nous étions, oh ! bien humbles ! bien simples ! (passage rayé) J’avais l’Espace, mon vieux chien et tout ce qui m’entourait !! Le vent qui soufflait, la pluie qui cinglait ! Les feuilles qui tourbillonnaient, la caresse chaude de ces vents de l’Avent qui, tout en vous faisant frissonner vous réchauffaient de leur air pur et vivifiant qui vous fouettait. J’étais heureux ! Je n’avais pas d’histoire ! Et las ! maintenant ? Je vis ma misère ! Reverrai-je jamais mon cher St Martin ? les coins aimés, les arbres que j’ai plantés avec une caresse du regard et de la pensée ? Serais-je encore dans mon pauvre jardin de mon Père ?? oui, j’ai tant vécu, tant pensé et surtout tant voulu le bonheur, la tranquillité, la sécurité des chers Miens, Père, Mère, Femme, et Enfants ?? Leur joie de vivre sans soucis !! Et être digne d’eux ! Dieu me permettra-t-il d’y revenir mourir, dormir de mon dernier sommeil comme Chateaubriand sur son rocher de St Malo !! Oui ! Dormir ! Mourir !! Dans mon St Martin !

Saint Martin ! C’est votre fête aujourd’hui ! Sauvez ! Protégez ! Délivrez l’enfant de votre village de Champagne !! Et faites que bientôt il revoie, libre, les siens ses chers aimés et le foyer Paternel, et qu’il puisse prier en action de Grâces dans votre pauvre et chère église de St Martin !

Le demi-feuillet suivant a été découpé

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit mouvementée ; il a fallu se relever. Des obus sont tombés autour de la cathédrale.

En me dirigeant, le matin, vers le quartier Saint-André, je vois, en débouchant de la rue des Élus, un véritable sauve-qui-peut sur la place des Marchés, où il y a beaucoup de monde, aujourd’hui mercredi ; il est 8 h 20, un obus vient d’éclater rue Pluche.

– Bombardement toute la journée. Vers midi 1/2, un projectile explose à l’imprimerie coopérative.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Mercredi 11 – Toute la matinée, bombardements intermittents, mais fréquents. 1 heure, reprise du bombardement, bombes très rapprochées. Une d’elles tombée chez M. Amouroux, dans notre jardin et, de là dans la maison ; elle était incendiaire (1). L’ébranlement de l’air a brisé les fenêtres de M. Compant, qui demeurait au-dessus de la salle à manger (2 carreaux de la fenêtre la plus rapprochée de la maison voisine), une fenêtre de la cave à la porte sous ma fenêtre, et enfin un verre de la fenêtre de mon bureau, près de ma table de travail, dans l’angle de la maison et de la maison Milton.

Visite de M. Desgranges ; d’un prêtre de Lille.

9 h du soir, bombes ; presque toute la nuit, mais lointaines, à 4 h du matin du 12.

Lettre du Pape dans La Croix du mercredi 11.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Un lent bombardement répartissant des obus un peu partout a sévi toute la journée ; c’est entre 12H1/2 et 13H1/2 seulement qu’il nous a forcés à abréger le déjeuner pour nous garer de ses effets.

Beaucoup d’éclats sont tombés devant le 23, provenant des projectiles qu’ont reçus les immeubles des docteurs Simon et Lelièvre.

À 13H45 : lettre de J. D. (9 9bre) donnant des détails sur l’organisation de la vie de famille d’Épernay ; pas pour nous d’aller leur tenir compagnie.

Honorine veut aussi rester avec elles.

Ce n’est pourtant qu’à 23H que je leur donne le bonsoir définitif, car à partir de 21H il avait fallu à nouveau se mettre à l’abri.

La tempête fait rage ; on ne peut s’empêcher de songer que si des bombes incendiaires nous étaient lancées le feu se propagerait avec une rapidité et une intensité qui rendraient tout secours illusoire. Avec cette hantise, dormez si vous pouvez.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Mardi 10 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

10 NOVEMBRE – mardi –

Je rentre de ma randonnée ; parti dans une voiture automobile de l’armée, je suis allé à Gueux. Le docteur qui est auprès de moi me dit deux mots de la terrible bataille qui s’est déroulée là, les Prussiens étant à droite de la route, les Français à gauche. Des deux côtés, des centaines de morts ont marqué l’ardeur des combats. Des mitrailleuses étaient postées dans le bois St. Pierre ; çà été horrible, arrivant le lendemain de la bataille, le docteur a vu des lignes entières de fantassins, en position de tir, fauchés par les « 77 » et les mitrailleuses. Plus de 3000 allemands ont péri de l’autre côté. En comptant les os iliaques qui résistent au feu dans les tas de cendres des cadavres allemands, il est arrivé à savoir à peu près le chiffre des pertes ennemies ; 50 cadavres par meules avec du goudron ; l’horrible chose.. !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Bombardement.

Le Courrier de ce jour, fait connaître cette information :

Reims est le centre du champ de bataille.

C’est ce que déclare un correspondant militaire.

La forme générale du champ de bataille, dit-il, est une courbe dont le cventre est immobile et donc nous poussons « les deux ailes ».

Le journal ajoute :

Espérons que le centre lui-même ne tardera pas à être repoussé.

Il a inséré encore ceci :

Conseils impérieux et urgent à la population rémoise.

Il importe de mettre en garde la population rémoise contre les conséquences désastreuses que doit fatalement entraîner l’habitude contractée, par une parti de nos concitoyens des zones dangereuses, de fuir éperdument leurs demeures lorsque commence un bombardement.

Fuir un quartier dangereux n’est pas fuir le danger ; c’est même le contraire qui est exact.

La vérité, établie par une expérience de deux mois, est celle-ci :

Il y a péril de mort pour les personnes qui se trouvent hors des habitations lorsqu’on bombarde, tandis que celles qui ont la sagesse de se réfugier dans les caves ou à défaut au rez-de-chaussée des habitations, ne courent qu’un risque très minime.

Méditez bien ce fait : des sept cents victimes du bombardement, une vingtaine seulement on trouvé la mort dans les maisons ; toutes les autres ont été atteintes sur la voie publique.

Et maintenant, concluez !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 10  Nuit tranquille. On dit qu’il y a eu un peu de canonnade ; je ne l’ai pas entendu. De 8 h 1/2 10 h du soir, terrible bombardement sur la ville. Un éclat d’obus a percé une fenêtre et est retombé dans le sous-sol. Il a percé un carreau de la fenêtre du sous-sol qui est sous la 1ère fenêtre du salon, la plus rapprochée de l’angle de mon bureau, où je couchais alors (angle ouest).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Lettre de M. Legros (8 9bre) disant qu’à la réunion des Marnais, à Paris, nos sénateurs et députés continuent à conseiller de ne pas rentrer à Reims.

Une seule alerte dans la journée nous oblige à nous abriter ; elle se produit à 22H.

En hâte nous nous habillons et descendons passer une heure en cave.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Hortense Juliette Breyer

Mardi 10 Novembre 1914

Pas de nouvelles de nulle part, toujours bombardement, victimes et tristesse. Il y en a, vois-tu, que la guerre ne touche pas. Comme réfugié chez Pommery, il y a Corhart et leur fils. Il a apporté son violon et il en joue. Jusqu’ici je me bouchais les oreilles, mais ce soir ton coco l’a entendu et tu sais à quel point il aime la musique. Il m’a tirée par la main et je n’ai pas voulu lui refuser ce petit plaisir. Je suis donc restée dans un coin avec lui, non loin des Corhart, et je sentais dans ma main sa petite menotte qui tremblait d’émotion. « C’est beau maman » me disait-il. Pauvre crotte, si tu savais comme cette petite joie que je te procure me cause de peine.

Mais je ne pus rester longtemps ; il me fallut partir car à un moment donné il se mit à jouer ‘Cœur de tzigane’. Oh cet air ! Il me resserra le cœur, cela me fit mal et pourtant je n’ai pas bougé. J’ai voulu l’entendre jusqu’au bout ; je ne voulais plus penser à rien. Il me semblait me retrouver à nos soirées où ton frère venait et où vous appreniez ce chant là. Tu l’aimais tant et moi aussi. J’étais comme dans un rêve et c’était toi que j’entendais jouer. Mais il s’arrêta et je retombai dans la réalité. Au lieu de me retrouver dans notre petit logement que j’aimais tant, j’étais là, dans un lieu de tristesse.

Alors les sanglots me montèrent à la gorge et comme une folle, je retournai près de mes parents où la soirée se passa encore une fois dans les pleurs. Cela nous arrive souvent car on n’a pas non plus de nouvelles de Paul. Pauvre maman elle grisonne, vois-tu, elle t’aime bien comme un second fils.

Je te quitte aujourd’hui mais je vais te faire encore une bonne lettre. Bons bécots de loin.

Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Lundi 9 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 9 novembre 1914

58ème et 56ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Le reste de la nuit a été relativement calme et nous n’avons pas reçu d’obus ! Ce matin journée fort grise.

5h soir  Je me suis démarché pour m’assurer de voir si je pourrais aller à Paris voir les miens. Je crois que je le pourrais, mais je me demande si j’en aurai la force et le courage !!

Le demi-feuillet suivant a été découpé, absence des feuillets 159 et 160.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 10 h, les employés de la mairie se réunissent dans le cabinet de l’administration municipale, et M. Raïssac, secrétaire en chef, se faisant leur interprète, présente à M. le maire les félicitations du personnel de l’hôtel de ville, pour la distinction que le gouvernement lui a décernée.

M. le Dr Langlet, ému de cette démarche spontanée et toute de sincérité, remercie par quelques paroles sans recherche, en déclarant simplement qu’il a accepté la décoration qui lui a été remise comme maire de la ville et qu’en cette qualité il en est fier, estimant ainsi que l’honneur doit s’en reporter sur ses collaborateurs et sur la vaillante population de Reims.

Réunion des plus touchantes, après laquelle chacun reprend aussitôt ses occupations, tandis que les obus se font entendre.

– Dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons :

Le Cardinal à Clairmarais

Samedi, dans la matinée, le cardinal Luçon a rendu visite à ses diocésains de la paroisse du Sacré-Cœur, à Clairmarais.

Le dévoué curé de la paroisse, M. l’abbé Abelé a guidé son Éminence dans ce quartier qui a été si particulièrement éprouvé.

Monseigneur s’est entretenu avec les pauvres gens, à la situation desquels il s’est vivement intéressé.

Son Eminence a reçu partout le meilleur accueil. Les habitants de Clairmarais conserveront le souvenir de cette visite toute paternelle et réconfortante pour eux.

Déjà le 28 octobre, le journal avait donné cette autre relation :

Une visite du Cardinal aux Trois-Piliers.

S.E. le Cardinal Luçon, toujours plien de sollicitude pour ses diocésains, par ces jours de bombardement, s’est rendu lundi dernier, vers onze heures du matin, rue des Trois-Piliers.

Les habitants, mères et enfants surtout, se sont empressés autour du paternel prélat, dont la bonté et la simplicité ont exercé sur tous un véritable charme. On était touché de l’entendre s’enquérir avec détails de l’absence du père, du mari, des frères, des enfants partis à la guerre ; des frayeurs qu’on avait dû éprouver et l’on se sentait réconforté. Voilà une visite dont on est fier aux Trois-Piliers et dont on vous dit, Monseigneur, merci du fond du cœur.

Un Trois-Piliers reconnaissant.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
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Quartier Clairmarais


Cardinal Luçon

Lundi 9 – A 7 h, messe clôture de la Neuvaine des Morts à S. Maurice. Journée tranquille, sauf quelques coups de canon, jour et nuit, mais lointains, pas de bombes sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 Paul Dupuy

Et cependant, elle s’est passée sinon sans grand vacarme, du moins sans nous mettre dans l’obligation de nous lever hâtivement.

Nos gros canons donnaient en feu rapide et nos vitres en tremblaient ; beaucoup de personnes se sont effrayées d’une telle intensité et se sont mises à l’abri.

Pour nous qui, dans ces formidables coups, n’entendions aucune détonation suspecte, nous sommes restés au lit ; si nous n’avons pas beaucoup dormi, du moins nous ne nous sommes pas refroidis.

On dit que la lutte a été très chaude, les Allemands ayant fait grand effort pour rentrer à Reims ; l’attaque venait de la direction de Berry-au-Bac.

Dans la matinée se termine le déménagement de la cave d’André, voici tout ce qui est venu au 23 :

– 135 B. Corbières rouge ordinaire
– 48 B. rouge sans indication de provenance
– 136 B.St-Estèphe rouge 1906
– 4 B. Pommard rouge 1911
– 30 B. blanc ordinaire
– 122 B. Graves blanc 1906
– 4 B. huile d’olives
– Bouteilles vides
– 1 Bidon essence pour auto
– 4 porte-bouteilles
– 2 chantiers
– 1 feuillette vide
– 2 tinettes – 1 planche à laver
– 1 Trépied – Tréteau
– 1 fourneau à lessiveuse
– 4 sacs environ de Houille

L’arrivée et la mise en place chez moi de ces épaves, représentant tout ce qui reste du foyer de nos enfants, me causent une poignante émotion.

Pauvre fille ! Quel courage il te faudra encore pour faire face aux nécessités de ta vie nouvelle dans la privation des souvenirs de ton cher mari.

De là-haut, André, soutiens-là et prie pour elle et pour nous tous qui te pleurons.

14H Amicale lettre de Mr et Mme Joët-Lagarde qui s’associent à notre deuil, dont un mot du 2 9bre leur avait fait part.

Ils disent avoir vu Marcel, de passage à Fère-Champenoise peu après la bataille de la Marne ; selon eux, leur garde-manger n’offrait pas beaucoup de ressources à ce moment, et ils n’ont pas pu ravitailler à leur gré notre grand cuirassier, qui a cependant emporté ce qui leur restait de chocolat.

 Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Lundi 9 novembre

L’offensive française se manifeste sur tout le front du Nord. A Soissons, nous avons pris pied sur le plateau de Vrégny.
Les Russes, après avoir chassé les Allemands bien au delà de la Wartha, ont pénétré dans la province prussienne de Posnanie Ils sont arrivés jusqu’à la localité de Ploeschen, coupant le chemin de fer de Posen, à 80 kilomètres environ de cette grande place. En même temps, leurs contingents progressent près de Stalüpenen et Lyck dams la province de la Prusse orientale. Cette double avance est le résultat des succès remportés par le grand-duc Nicolas, en Pologne et en Galicie, où sept armées austro-allemandes ont été mises en échec.
Dans l’Arménie turque, les forces russes ont pris la position stratégique de Koeprikeuy, prés des sources de l’Euphrate et à 30 kilomètres seulement d’Erzeroum.
Les fusiliers-marins anglais ont débarqué à Fao, au débouché de Chatt-el-Arab, dans golfe Persique; tandis que des contre-torpilleurs canonnaient la côte d’Asie-Mineure. L’offensive turque tarde vraiment à se dessiner.
La Serbie et la Grèce négocient très activement avec 1a Bulgarie afin de reconstituer la ligue balkanique de 1912. Cette restauration pourrait être très dangereuse pour la Turquie.
L’or et les vivres font de plus en plus défaut en Allemagne comme en Autriche, où joue la loi du maximum. A Berlin, il est interdit de donner, dans les restaurants, du pain à discrétion aux consommateurs; à Strasbourg, il est défendu de payer autrement qu’en billets; en Autriche, le chômage est tel que le gouvernement redoute des troubles sérieux.
L’Italie a fait savoir à la Porte qu’elle ne permettrait pas qu’il fût touché au canal Suez par les troupes ottomanes et qu’elle prendrait, le cas échéant, d’accord avec l’Angleterre, des mesures de sauvegarde.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 8 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

8 NOVEMBRE – dimanche –

Un obus hier chez le Marquis de Polignac… Rue de Tambour, le célèbre Pingot a toutes ses vitres défoncées. « Vous êtes nettoyé », lui dis-je en passant… « – Oui, c’était vers 9 heures ; je prenais un verre au comptoir ; j’ai failli mourir en vrai bistro… mais les verres, je m’en f… Du moment que ma femme reste. C’est que si je n’avais plus ma femme, je serais sac…ent emm… dé ! Tiens – à sa femme – tu partiras avec Mme Richard. Il y a encore assez de femmes à Reims » Textuel ! quelle mentalité, Quel gâchis moral !

(une page déchirée)

A propos du poste d’observation les 14 et 15 sur la cathédrale, discussion entre le général et son chef d’état-major. Celui-ci prétend que ce n’est pas avoir établi un poste d’observation que le fait, pour des officiers, d’être montés là-haut, d’autant qu’ils ne se sont nullement occupés du tir des batteries… Le général prétend au contraire que c’était là un poste d’observation, mais qu’à partir du mardi 15, les allemands ne pouvaient plus invoquer rien de semblable.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 8 novembre 1914

57ème et 55ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Journée calme et grise. Qu’aurons-nous ce soir ? Serons-nous tranquilles ? Quelle angoisse ! Quand arrive la nuit et que l’on est obligé de se demander ce qui va arriver ?!! Mon Dieu, ayez pitié de notre misère !

Aujourd’hui j’ai reçu une lettre de ma chère femme et de Marie-Louise. J’ai employé une partie de mon après-midi à préparer les linges, vêtements, etc… qu’elles me demandent de leur envoyer ! En prenant, cherchant, rangeant tous ces chers objets, j’avais le cœur serré. Je pleurais malgré moi. Mes chers aimés, vous ne savez pas ce que j’ai souffert en faisant cela ! J’ai si peu de courage maintenant !! Je n’y survivrai pas, je crois !

8h20 soir  C’est extraordinaire comme la vie, l’espoir, le désir de ne plus souffrir vous retient.

Ainsi hier soir à 8h10 je descendais à la cave. Et de ce moment je suis désemparé, désespéré.

Et en ce moment je me reprends à espérer et à… arriver à revivre ! Quel champ d’études, d’expériences, de remarques pour un psychologue, pour un analyste !! On est comme un misérable, un condamné à mort qui attend l’exécution de sa sentence, avec cette différence que la sanction n’a pas été rendue, jusqu’à décréter que malgré tout on est sous le coup de la mort qui peut arriver… brutale, nette, sans prévenance, sans jugement, en ce moment !!

Un obus qui siffle… déraille… l’éclat et… la sentence est rendue ! Voilà ma vie… la vie de nous tous rémois restés à leur poste… depuis 55 jours ! N’y a-t-il pas de quoi devenir fou ? Et malgré tout… l’espoir de vivre, de survivre à ces heures tragiques… me reprend malgré moi ! Que la puissance de vivre, de vouloir vivre est formidable !! Elle est toujours « Vainqueur ».

Le demi-feuillet suivant a été découpé.

8h37 soir  Voilà le canon qui regronde !! Attendons la réponse du berger à la bergère !! Pourvu que ce ne soit pas sur nous, pauvres hères ! qui n’en pouvons mais !

11h20  Effroyable fusillade et canonnade. J’en suis réveillé en sursaut !! Mon Dieu, ayez pitié de nous !

J’entends les cris des combattants et les « Hourras » de l’ennemi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

8 novembre – Journée calme.

M. Viviani, Président du Conseil des ministres, vient dans la matinée à l’hôtel de ville, remettre à M. le Dr Langlet, maire, la croix de chevalier de la Légion d’Honneur.

– Comme suite au compte-rendu de la séance du conseil municipal donné hier, Le Courrier ajoute ceci, aujourd’hui :

Conseil municipal.

Au début de la séance de jeudi, tont nous avons donné le compte-rendu, un incident assez vif s’est produit.

L’Éclaireur de l’Est le relate en ces termes :

Comme M. Lelarge s’étonnait de la présence au conseil de M. Lesourd, adjoint au maire et sous-directeur de l’École professionnelle, et de M. Tixier, conseiller municipal et conseiller d’arrondissement, qui firent une assez longue absence tout récemment, M. Lesourd prétexta que des raisons familiales l’avaient déterminé à quitter Reims.

M. le maire, dans un langage très digne, rétablit les faits à leur exacte proportion et, en attendant la sanction administrative, on passa à l’ordre du jour.

– Canonnade terrible le soir et bombardement.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Messe à 10 h pour les Fondations confisquées à la rue du Couchant.

Lettre au Saint-Père ; envoi d’un Rapport sur l’incendie de la Cathédrale et le sauvetage des blessés allemands. On apprend la mort du Capitaine Rigaud,(1) tué à Mametz.

Combats violents autour de Reims. Sans bombes sur la ville.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) 28 septembre 1914 (JMO du 37er RI)


Paul Dupuy

Le courrier apporte deux cartes de Marcel des 29 8bre et 1er 8bre qui n’apprennent rien ; il va bien, c’est le principal.

Puis lettres J. D. (5 9bre) et Marie-Thérèse (6 9bre) donnant de tous des nouvelles satisfaisantes.

Du déjeuner de midi, Mme Jacquesson nous assure que la bataille s’est déroulée une grande partie de la nuit dans les directions de Witry et de Cernay, l’obligeant à se retirer à la cave ; consécutivement, c’est la 5e séance de la semaine qu’elle subit ainsi sans se déshabiller.

Un temps brumeux fait de ce dimanche un jour triste à l’excès en fin duquel on voudrait pourtant pouvoir ne pas aller coucher de crainte des surprises de la nuit.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Rue du Couchant

Rue du Couchant


Dimanche 8 novembre

Les engagements en Flandre, comme partout d’ailleurs, demeurent à l’avantage des alliés.
Sur l’Aisne, près de Vailly, nous avons reconquis tout le terrain précédemment cédé. Dans l’Argonne et dans les Hauts-de-Meuse, les tentatives ennemies ont totalement échoué. Les communiqués anglais et belges sont très réconfortants et le bulletin belge spécialement annonce la retraite d’une partie des forces allemandes dans la direction de Bruxelles.
L’Angleterre publie maintenant un récit officiel du combat naval dans les eaux chiliennes, combat qui, malheureusement, ne lui a pas été favorable.
Mais cet échec est peu de chose à côté de la défaite ou mieux du désastre que les Russes ont infligé aux Austro-Hongrois en Galicie. Les armées de François-Joseph décimées, et qui ont laissé des milliers et des milliers de prisonniers, ont été rejetées sur les Carpates, et coupées des armées allemandes, la route de Cracovie et de la haute Wartha est désormais libre pour nos alliés.
La flotte russe qui opère dans la mer Noire a bombardé Songouldak et détruit plusieurs transports ottomans qui portaient des hommes, des vivres et des munitions.
Les troupes du tsar dans le Caucase ont complètement dispersé les régiments turcs et kurdes qui leur étaient opposés.
L’armée japonaise s’est emparée de l’arsenal de Tsing-Tao,aprés six semaines d’investissement. C’est un lourd échec pour l’orgueil de Guillaume II, qui se flattait de créer un empire germanique d’Extrême-Orient, en face du Japon.
L’état-major suisse dément le bruit d’après lequel l’Allemagne aurait demandé le libre passage de ses troupes à travers le district de Porrentruy

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 7 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

7 NOVEMBRE ; – samedi –

Brouillard intense ; j’en profite pour monter sur la tour Nord et enlever le téléphone établi le lendemain de la catastrophe du dirigeable… Il a été enlevé par quelqu’un qui a eu la même idée que moi, mais qui a eu la maladresse de laisser des fils à l’extérieur, vers l’Est.

Je les enlève ; autre maladresse ; l’entrée des tourillons porte encore à la craie ; téléphone, bombes, magasin, bombes… Bombes veut sans doute dire marrons pour signaux, se rapportant à l’installation du projeteur électrique bien avant l’invasion. J’efface ces inscriptions.

Le général de Frontignan a fait descendre le téléphone jeudi dernier par le concierge de l’ancien archevêché. L’Abbé Andrieux avait descendu les fusées le 9 septembre (de l’occupation), la veille du jour où les allemands demandèrent à occuper la Tour.

…les allemands installèrent un téléphone portatif avec fil dans l’escalier, pendant les derniers jours de l’occupation. Ils emportèrent le tout ; on trouva juste là-haut, le pétrole et des débris de victuailles.

…les 14 et 15 septembre, les Français établissent un poste téléphonique portatif… qui ne fut pas maintenu. Ceux-là refusèrent de passer par les échafaudages – il eût fallu des lanternes pour l’ascension des échelles la nuit ; ils passèrent par la cathédrale ; les fils passèrent dans l’escalier, puis directement depuis l’étage de la Galerie des Rois (vitraux) vers la rue du Trésor ; des hommes étaient en bas, l’instrument aux oreilles, pour transmettre les ordres… Il n’est rien resté de cette installation.

Copie d’une lettre insérée dans les mémoires de l’^Abbé (auteur inconnu) probablement un prêtre??

Je vous envoie un journal « La Presse de Turin » Il y a en Suisse et en Italie une polémique au sujet d’une déclaration, puis d’un démenti de l’abbé Landrieux, à propos d’un poste d’observation sur la cathédrale. Eh ! bien, il faut dire ce qui est !

Jusqu’au 2 septembre, tout Reims a vu le poste de T.S.F. installé tour Nord. Le 13 ou le 14 plutôt, lundi, c’est cela, j’étais sur le Parvis entre 5 et 7 heures du matin. Un brigadier d’artillerie, petit, gros, portant en bandoulière un appareil ressemblant à un appareil photographique, m’aborda et me dit ; « Pour aller à la tour, s.v.p. ? » « Oh ! Monsieur, lui dis-je, le grand portail n’ouvre pas ce si matin ; faites le tour par le petit ; entrez et demandez le sacristain ». Il me répond ; « C’est ennuyeux ; je suis pressé ; il faut que je monte là-haut pour observer ! »

Eh ! bien, à mon sens, ces gens (les allemands) doivent connaître ces choses. Pourquoi les déguiser ?

Disons-le ; on nous a volé nos églises, on a dépensé nos deniers en inventaires et en liquidations au lieu de faire des canons et des ballons d’observation… et maintenant, après avoir laissé en ruines nos églises, on est bien content de s’en servir pour des choses et des usages absolument contraires à leur pieux objet.

Après tout, les Prussiens ne font qu’achever l’œuvre de destruction si bien (hélas) commencée par nos farouches radicaux. Pauvre France ! punie par où elle a pêché !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 7 novembre 1914

56ème et 54ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On s’est battu la majeure partie de la nuit, mais nous n’avons pas été bombardés. Ce matin, journée de novembre, sombre, grise, lugubre. Ce n’est pas cela qui met du soleil et de l’espoir au cœur !…

11h3/4  Eté posté à la Poste une lettre à l’Étude de Rousseau-Dumarcet, notaire à Nantes, passé de là jusqu’à St Joseph, rue de Venise. Rue des Capucins, près du coin de la rue du Jard, je rencontre Ronné avec lequel j’ai été hisser nos couleurs sur la tour Nord de la Cathédrale le 13 septembre 1914 au matin. Nous causons, il me dit qu’il va bientôt partir pour Guingamp. Alors je lui reparle de notre escalade et escapade du 13 septembre 1914, et lui demande : « Ronné, c’étaient-ils bien 2 petits bidons et un gros bidon de pétrole que les prussiens avaient laissés là-haut sur la dernière plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, sous la plateforme en bois ? – «  Oh ! non ! Monsieur Guédet, c’étaient deux gros bidons et un petit. » (2 de 10 litres et 1 de 5 litres). « C’est moi qui ai descendu les 2 gros et M. l’abbé Dage le petit. » – « Dites donc ! Ronné, on prétend que ce sont les Français qui les auraient laissés là ces bidons le 2 ou le 3 septembre, quand ils se sont retirés devant les Prussiens ? » – « Çà, ce n’est pas vrai, M. Guédet, car ces bidons là n’étaient pas où nous les avons trouvés avec vous quand je suis allé avec l’abbé Andrieux arborer le Drapeau blanc des allemands, lorsqu’on nous canardait le 4 septembre 1914 à 10h du matin. Pour çà non, ils n’y étaient pas ! Je les aurais bien vus, puisque nous sommes restés un moment sur la dernière plateforme et sous la plateforme en bois où nous avons trouvés ensemble le 13, en attendant que çà siffle moins. Je les aurais bien vus ! Pour çà non ! Ce sont les allemands qui les ont mis là depuis et les ont laissés. Çà ne prend pas çà avec moi ! »

Voilà donc le point d’Histoire fixé par le témoin oculaire du 4 septembre, et par nous 3 les témoins du 13 septembre.

Il était 10h du matin quand j’ai eu cet entretien avec Ronné pris au coin de la rue du Jard, 2 ou 3 maisons côté pair avant le coin de la rue du Jard qui descend vers le canal, devant les numéros 72, 74 et 76. Ce que (rayé) être si bien (rayé) ???

En tout cas je suis enchanté de cette déclaration de Ronné qui fixe ce point, point impartial et historique en premier chef.

Dans un autre ordre d’idée, tout en s’en rapportant, je bondis de rage quand chaque fois que je sors je trouve et rencontre des tas d’automobiles garnies de fanions de toutes les couleurs et de toutes natures, des Croix-Rouges, et qui sont là devant des cafés, des brasseries, des bouibouis et attendent mélancoliquement leurs… Seigneurs et Maîtres qui sont là devant des hommes en des boui-bouis qui s’amusent à boire, à rire avec des femmes de toutes espèces !… Oh ! ceux-là on ne verra que rarement leurs autos stationner devant les Hôpitaux, les Lazarets, ou les maisons ou établissements où leur devoir les appelle, et d’où ils ne devraient jamais sortir ni quitter !

Je viens de recevoir la visite de M. Tassinier (à vérifier), commissaire spécial à la gare de Longwy, détaché ici et adjoint en ce moment à M. Mailhé, commissaire à la gare de Reims où il demeure 13, rue Blondel, chez M. Letellier, qui est venu me dire qu’il pouvait m’avoir un permis (passeport) pour Paris, aller et retour pour la semaine prochaine, mais il m’a demandé instamment de ne pas dire comment je me le suis procuré. J’irai donc voir le Procureur de la République lundi pour m’entendre avec lui sur le jour de mon départ. Mon Dieu ! merci et pourvu que je puisse faire ce voyage sans arrière pensée et sans le souci de ma maison, de mon étude. Je souhaiterais plutôt qu’en partant je sache que les allemands sont partis de Reims. Enfin, à la Grâce de Dieu.

Nos artilleurs disaient ces jours-ci à Jules Meunier, mon petit employé des chemins de fer, que les allemands envoyaient des obus qui avaient 1m05 de hauteur, rien que l’obus, sans la gargousse.

8h10 soir  J’ouvre la fenêtre du cabinet de toilette, une lueur et un éclatement vers l’Hôtel de Ville. Un deuxième, un troisième. Je referme et vais chercher mes affaires, et au moment de descendre un bruit formidable, c’est tout près. Nous descendons à la cave. A 8h40 je n’y tiens plus, nous remontons, et par la porte vitrée du jardin une lueur formidable d’incendie derrière le grand mur de notre voisin M. Legrand. C’est dans la direction de la rue Noël, mais de la chambre de Marie-Louise ce doit être plus loin.

9h  Faut-il se coucher ou pas ?? oser attendre ? encore ?

En tout 6 à 8 obus pour ce moment !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement sur le centre.

Le conseil municipal s’étant réuni à Reims, le jeudi 5 courant, on peut lire le compte-rendu de sa séance, dans Le Courrier de ce jour. En voici le résumé :

Conseil municipal
Séance du 5 novembr
e 1914

La séance est ouverte à 3 h25, sous la présidence de M. Langlet, maire.

Etaient présents : MM. Gougelet, Drancourt, Lesourd, Chezel, Tixier, Rousseau, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Charles Heidsieck, G. Houlon, Em. Charbonneaux, P. Lelarge, Mennesson-Dupont.

Absents et régulièrement excusés : MM. de Bruignac, Chevrier, Lejeune, Mennesson-champagne, Demorgny, Rohart et les conseillers à l’armée.

Le conseil vote divers crédits et ratifie les traité conclu avec M. Elie Gaissier, pour exploitation de la vente à la criée (2e lot-viande), pendant l’absence de Me Bonnars, commissaire-priseur, adjudicataire, appelé sous les drapeaux.

La séance est levée à 3 h 55.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 7 : Nuit du 6-7 tranquille ; matinée silencieuse.

Visite à Clairmarais et tout un circuit de rues, en compagnie du R.P. Abelé. Soir, à 8 h bombardement terrible ; commençant loin, puis plus près, puis très près, puis tout près, comme avant hier. Cette méthode fut suivie pendant longtemps. Une fois arrivé à la ville, le bombardement semblait pilonner un quartier, une rue. Incendie du bureau du service médical de la gare. On ne parle pas de victimes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Paul Dupuy

À 8 heures nous allons à l’Hôtel-de-ville chercher l’autorisation de circuler dans les ruines et d’en emporter ce que nous y trouverons, mais c’est le Commissariat du 2e Canton qui, seul, a qualité pour nous la délivrer et nous nous rendons boulevard Jamin.

Munis du papier qui nous donne toute liberté nous revenons au but de notre course. Mais là, la forte émotion m’étreint en mettant le pied sur ces ruines dont l’amoncellement recouvre les cendres de ce qu’a été le nid de nos enfants, et j’éclate en sanglots en pénétrant à la cave que notre cher André tenait en si parfait état.

Hénin respecte ma douleur ; il est impressionné lui-même.

L’inspection des lieux à laquelle il se livre avant moi, lui révèle des traces d’effraction aussi bien sur la porte d’entrée que sur le grillage de sûreté d’un porte-bouteilles maintenant vide, et les nombreux papiers gisant à terre témoignent que tout le Champagne a disparu.

Il y a donc urgence à enlever de suite ce que les maraudeurs ont laissé, et c’est dans cette intention que je viens demander l’aide de Sohier pendant que Henri file chercher caisses et brouette.

Retenu à la maison, je laisse mes employés commencer l’opération du déménagement, et au cours de leur travail ils voient se confirmer les soupçons déjà germé sur la personnalité des maraudeurs : deux groupes de deux pompiers, qui se cachent aussitôt découverts, affirmant par leur présence insolite à cet endroit qu’il n’y a pas lieu de chercher les coupables ailleurs.

Ces tristes sires profitent ainsi de la liberté d’allure que leur procure leur uniforme occasionnel pour dépouiller les sinistrés ! pouah !

Je signalerai le fait à M. de Bruignac, en le prévenant que j’ai cru bien faire en remisant aussi au 23 onze bouteilles champagne trouvées dans la cave de l’Action libérale, voisine de celle d’André.

Le transfert du vin restant se poursuit dans l’après-midi sans pouvoir être terminé ; pour laisser place nette, 3 voyages seront encore nécessaires.

À 17H1/2, Mme Gillet, rémoise émigrée à Épernay, où elle s’est rencontrée avec les nôtres, vient dire qu’elle prendra volontiers les commissions dont on voudra bien la charger pour là-bas, nous préparons donc lettre et boîte de poires qui lui seront portées le lendemain pour 8H rue de Thillois 32.

20H1/4 Forcés encore de nous abriter, nous passons une heure en cave pendant que brûle une maison annexe de la gare entre cette dernière et la rue de Courcelles.

Du 7 au 8, nuit de demi-sommeil qui fatigue plus qu’elle ne repose.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de laVille de Reims, archives municipales et communautaires


Samedi 7 novembre

C’est surtout autour d’Arras que l’ennemi porte actuellement ses efforts. Il semble au surplus, qu’il modifie une fois de plus son plan d’attaque et aussi la composition de ses effectifs.
Un convoi a été détruit par notre artillerie au nord de la forêt de Laigue. Vive action à la baïonnette, victorieuse pour nous, dans l’Argonne.
Le généralissime russe, grand-duc Nicolas, signale dans deux dépêches au général Joffre et à lord Kitchener, une victoire des Russes, remportée en Galicie par ses troupes. Jaroslaw a été reprise par celles-ci qui ont fait plusieurs milliers de prisonniers.
Les forces russes du Caucase ont brisé une contre-attaque turque. Elles marchent en deux corps sur Van et Erzeroum, deux des places importantes de l’Arménie.
Les universités françaises adressent aux universités des pays neutres une série de questions d’où se déduit la responsabilité écrasante du gouvernement allemand dans tous les méfaits commis par les envahisseurs teutons en Belgique et en France. Cet appel se termine en ces termes :  » Comme les armées alliées, les universités françaises défendent pour leur part, la liberté du monde. »
Rien n’est encore venu confirmer la nouvelle de la victoire navale allemande dans le Pacifique, victoire annoncée jusqu’ici par les seuls Allemands. Par contre, il est avéré que le Yorck, le croiseur germanique qui a coulé devant Wilhelmshaven, a été détruit par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 6 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

6  NOVEMBRE – vendredi

Décidément, le bombardement de cette nuit a été sérieux.

Je vais faire un tour à la cathédrale Pas de dégâts, mais…l’herbe pousse dans la grande nef. Il y a des touffes de 15 à 20 centimètres déjà entre les dalles. Désolation ! Et quand va-t-on pouvoir se mettre à couvrir?

7  heures soir ; Je suis allé à Pommery photographier la tombe arrangée par Corpart, des victimes du fameux obus.

Je croise, en descendant, des groupes d’enfants qui jouent à la guerre ; ils sont tapis derrière des fascines de feuillages ; « Foncez, à la baïonnette, avec des pierres (sic). » En fait de baïonnettes, des épées de bois. Le sergent a ses galons ; il parle rude aux hommes et scande ses recommandations de « M’avez bien compris? hein? alors, rompez ! »

N’y en avait-il pas l’autre jour, faubourg de Paris, qui avaient une section de la Croix Rouge, drapeaux, brassards de la Convention de Genève, un blessé sur des brancards… Pauvres petits… ils jouent à la guerre, cette chose atroce…

M. le Curé a rédigé une note sur la question des Drapeaux sur la cathédrale. Il me l’a lue et je lui ai indiqué quelques corrections. Voici cette note mise au point ;

« Le 4 Septembre, pendant le premier bombardement, on hissa à la tour Nord un drapeau blanc envoyé de l’Hôtel de « Ville. Il y resta jusqu’après le départ des allemands (12 « Septembre)

« Le samedi 12, les allemands, en même temps que « la paille dans la nef, mirent un grand drapeau de Croix Rouge sans enlever le drapeau blanc. »

« Le dimanche 13, jour de l’entrée des troupes françaises, ces deux drapeaux ont été enlevés et remplacés par le drapeau tricolore, avant midi. »

« Le jeudi 17, alors que les blessés allemands amenés en hâte la veille et surtout ce matin-là, étaient à peine installés, et que le bombardement commençait, vers 9 heures, un premier drapeau de la Croix Rouge, de taille moyenne, fut attaché au paratonnerre de la tour Nord, puis, un peu plus tard, un deuxième, très grand, que nous avions fabriqué sur place avec une aube et des soutanes d’enfants de chœur.

« Le vendredi matin, un troisième semblable au premier. Ces deux-là, un mois après la catastrophe, sont encore en place. »

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Vendredi 6 novembre 1914

55ème et 53ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Nuit fort agitée, mal dormi, à 7h1/2, au moment où je pensais me reposer un peu encore un obus qui n’a pas dû tomber loin. Ceux d’hier soir seraient tombés à la Maison Jehanne d’Arc, au 49 de notre rue, au Casino, chez M. Ravaud pharmacien. Nous étions donc dans la vraie tranchée. Je n’ai plus de courage. Sortirai-je enfin sain et sauf de cet enfer ? Dieu continuera-t-il à me protéger et l’ennemi ne partira-t-il pas bientôt ?

6h3/4 soir  Journée grise, terne, du brouillard. Calme sur toute la ligne, mais que va être la nuit ? Est-ce qu’elle va être comme celle d’hier une nuit de tortures, d’angoisses, de désespérance ?

7h3/4 soir  A 11h du matin deux obus sont allés tomber sur les abattoirs, on aurait cru qu’ils étaient tombés place d’Erlon. Une question d’acoustique assez bizarre. Un fourrier du 86ème de ligne de Quimper est venu me demander des certificats de vie. Je lui en ai donné 2 et promis pour ses camarades ce dont il aurait besoin.

Ce soir vers 5h reçu la visite de M. Boucher (décédé à Reims avant le 25 janvier 1915, lettre de Lucien Pinet), charcutier rue de Vesle 61, accompagné d’un inspecteur de la Sûreté de Paris, M. Simonin. Ce dernier venait me demander divers renseignements sur M. Jacques Amsler, dont la fabrique est rue de Taissy 8, au point de vue de ses sentiments français ou anti-français. Il est soupçonné d’espionnage. J’ai dit ce que je savais sur son compte et sur sa famille d’origine alsacienne. Son père avait opté pour la nationalité française en 1872/73. J’estime que c’est une vengeance et une accusation calomnieuse, l’avenir nous dira le reste !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit passée dans le calme absolu.

Brouillard intense toute la journée ; dans la nuit noire où se trouve déjà plongée la ville, sans aucune lumière, il rend la circulation si difficile, qu’à 18 h, ayant eu à passe rue du Cloître, à la sortie du bureau, j’ai les plus grandes difficultés à regagner le quartier du Jard. Après m’être engagé dans la rue Robert-de-Coucy, il me faut avancer comme un aveugle, dans l’impossibilité où je suis, étant sur le trottoir, de voir où il finit, de trouver même cette indication en cherchant l’espace libre entre les maisons, pouvant annoncer une rue à traverser. Il faut aller sans aucun point de repère.

Les quelques autos qui roulent en ville pour différents services, devant circuler sans phares allumés, je me demande, chemin faisant, comment peuvent s’y prendre les chauffeurs aujourd’hui et je pense au danger que cela doit constituer, outre les obus, pour les piétons obligés d’être dehors. Il est vrai que je n’entends personne passer auprès de moi, dans le trajet.

– Aujour’hui, Le Courrier publie l’avis suivant :

Ville de Reims – Avis important.

A partir du 6 novembre, la circulation de la population civile est interdite sur les ponts du cana, de 19 h à 6 h, sauf pour les personnes munies d’une autorisation spéciale délivrée par le général commandant la division, par le général commandant d’armes ou par le marie de Reims.

– Au-dessus de cet avis, on peut lire encore ceci, dans le journal :

Aux propagateurs de fausses nouvelles.

Communiqué

Certaines personnes colportent sans discernement des bruits mal fondés, qui provoquent dans la population de la ville des alarmes injustifiées ; nous les prévenant charitablement qu’elles s’exposent de ce fait à de graves désagréments. Nous engageons en même temps les habitants à n’ajouter aucune foi aux nouvelles qui ne sont cautionnées par aucune autorité.

C’est ainsi qu’on a parlé ces jours-ci de sommations lancées par les Taubes, sans qu’aucune enquête civile ou militaire ait pu en établir la moindre trace. Nous rappelons d’ailleurs à ce propos que toute personne qui, éventuellement posséderait un renseignement de ce genre, doit le communiquer aussitôt à la police ou à l’autorité militaire.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Bombardement d’un convoi près du cirque. Journée tranquille. Ecrit à M. Hertzog (je crois que ce doit être ce jour-là).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Cependant, aucun bruit suspect ne s’est plus fait entendre au cours de la nuit, et la première alerte s’annonce à 8H seulement par un gros obus envoyé sur la gare et qui tombe sur le derrière, vers la rue de Trianon.

Au cours de la séance d’hier soir, des projectiles ont été reçus : rue de Vesle, rue Buirette, par le Casino, la maison Delsuc, le 6 de la rue des Chapelains, la pharmacie Ravaud, la chemiserie Viret, la Glaneuse, etc. ; nous étions donc bien dans la zone dangereuse et c’est ce qui explique la violence des détonations.

Merci à la Providence de nous avoir préservés !

À 11 heures, en allant chercher du charbon chez Rohart, au chantier de l’avenue Brébant, Hénin est éclaboussé et tout mouillé par la chute d’un obus dans le canal, à 10m de lui ; il accourt en hâte tout émotionné et tout heureux d’en avoir été quitte à si bon compte.

En fin de cette journée, qui a été calme pour le Centre, M. Marolteaux vient, en mon absence, signaler que des pillards se sont introduits dans les caves du 22 de la rue Eugène Desteuque, et qu’il y aurait lieu de faire comme lui et de sauver de suite ce qui y reste.

De lui-même, Hénin part immédiatement se rendre compte des facilités d’accès, et sans la sauvegarde d’un agent de sa connaissance opère une descente qui lui prouve vite que les maraudeurs ont bien passé par là.

Dès mon retour, il me narre par le détail le résultat de sa démarche, et ensemble, nous convenons d’enlever le lendemain à la première heure ce que nous trouverons encore.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Vendredi 6 novembre

Les forces alliées sont maintenant sur la rive droite de l’Yser, où elles progressent peu à peu. Nous avançons également dans le Santerre, près de Roye, et partout ailleurs l’offensive ennemie a été brisée.
Le Président de la République, qui vient de parcourir le front, a adressé au ministre de la Guerre une lettre éloquente où il rend un hommage mérité à nos soldats.
La France et l’Angleterre ont déclaré officiellement la guerre à la Turquie. L’armée russe a pris la ville de Bayazid dans l’Arménie turque, et les croiseurs anglais ont bombardé Jaffa, en Syrie, tandis que le gouvernement de Londres proclamait l’annexion de l’île de Chypre occupée par lui depuis 1878. Sir Edward Grey déclare aussi que le Royaume-Uni respectera les lieux-saints de l’Islam.
Un combat naval où un croiseur britannique a été coulé a eu lieu au large du Chili. Par contre, un croiseur allemand l’Yorck a coulé sur une mine à Wilhelmshaven, dans golfe de Jahde.
Le président du Conseil espagnol, M.Dato a insisté aux Cortès sur sa volonté de garder la stricte neutralité.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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