Louis Guédet

Vendredi 7 mars 1919

1638ème et 1636ème jours

8h soir  Beau temps, soleil. Reims est triste par ce soleil quoiqu’il y ait énormément de mouvements dans Reims. Tout ce qui est commerce gagne de l’argent, il n’y a que moi qui n’en gagne pas !!

Touzet est venu aujourd’hui. Je lui fais lire tous les actes faits depuis septembre 1914 pour le remettre au courant, ensuite ce sera le tour des dossiers et alors le travail à faire produira.

Vu mes greffiers que j’organise et régis.

Vu beaucoup de monde. Surtout pour des questions de loyers !! On ne sait que répondre ! En résumé tout locataire qui a occupé son local durant les bombardements relève de la commission arbitrale, et tout locataire qui l’a quitté relève d’une loi à intervenir. Ma réponse maintenant est que je ne puis rien conseiller ni dire, attendu que je puis être appelé à juger.

Vu Minelle, causé longuement avec lui. Il va faire de la Médecine, et il a trouvé une place dans un grand établissement de mécano-électrothérapie comme photographe aux rayons X médicaux. Encore un qui ne reviendra pas à Reims. Et combien !!

Visite de M. Lefèvre-Pontalis, de l’École des Chartes, président de notre société des Amis de la Cathédrale de Reims.

Courrier assez chargé. Porté le mien à 2h1/2. Passé par la Ville où je suis toujours raccroché. Vu Beauvais, souriant, la bouche en cœur. Il a tiré son épingle du jeu ! Le voilà Directeur de l’École des Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne, son rêve ! En tout cas il a été très crâne durant les bombardements. Très intelligent. Il était avec Rousseau qui dans une cuite probablement et avait flanqué son auto dans un camion !!

Dîné seulement à 8h, avec tout ce monde-là ! si seulement cela me faisait gagner ma vie et de quoi nourrir mes petits…  mais ! rien de tout cela, hélas !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Vendredi 7 mars– Visite du Dr Médecin major américain de Lourdes ; de M. le Curé de Ste-Geneviève ; d’un capitaine américain qui me rappelle mes paroles à Wilson ; avec un officier français

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 7 mars

Le Comité des Dix s’est réuni.
Le président a entretenu le Conseil des diverses questions de procédure relatives à la fixation des ordres du jour des prochaines séances.
La discussion a porté en suite sur les conditions éventuelles de ravitaillement de l’Autriche-Hongrie. Puis le docteur Gwosdanovitch, ministre du Montenegro à Washington, a exposé, au nom du roi Nicolas, le point de vue du gouvernement royal sur la situation et l’avenir du Montenegro.
M. Wilson a prononcé un discours sensationnel au Metropolitan Théâtre de New-York. Prenant la parole après l’ex-président Taft, il a montré que la guerre eût pu être évitée si une organisation mondiale eût existé. Il a fait appel aux masses populaires pour défendre cette grande idée; il a dénoncé l’attitude de ceux qui ne la comprennent pas et qui en rétrécissent la portée ; il a proclamé le devoir du peuple américain dans les conjectures présentes et la nécessité pour, l’avenir, de supprimer toutes les alliances qui s’enchevêtrent. On considère qu’il a remporté un très grand succès et qu’il a confondu l’obstruction américaine. C’est après avoir prononcé ce discours qu’il s’est embarqué sur le George Washington, qui le ramène en Europe.
Les batailles de rues Continuent à Berlin où les tanks circulent pour abattre les barricades. Le nombre des grévistes augmente dans la capitale.
Le général Nudant a protesté à Spa contre le retard des livraisons allemandes.
Des fonctionnaires alliés vont être admis outre-Rhin pour assurer certains services télégraphiques.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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