Louis Guédet

Mardi 11 février 1919                                                  

1614ème et 1612ème jours

9h  Toujours grand froid. Gelée persistante. Soleil magnifique. Hier après-midi visite de Jeanne Grenier qui venait me causer. J’aurais préféré qu’elle me laissât travailler. Maurice va mieux ce matin. Quant à moi je suis toujours aussi abattu et désœuvré, n’osant et ne pouvant rien entreprendre, étant sur mon départ. Je voudrais bien être fixé aujourd’hui sur le départ de mes deux malles d’archives, car je partirais aussitôt pour Reims, pour y traîner ma vie de misère.

6h soir  Reçu de la Préfecture mon ordre de réquisition pour évacuer avec moi mes archives que j’ai ici gratuitement. Je vais donc décider de mon départ pour samedi ou lundi prochain ! Que ce départ m’effraie.

Du courrier, fastidieux comme toujours. Été à Songy à pied pour porter des lettres, prendre des mandats et reprendre mes souliers à réparer, que j’ai rechaussés séance tenante pour laisser à réparer celles que j’avais aux pieds. Temps magnifique, et sur la route un tapis de neige battue en sorte qu’on marchait comme sur un trottoir. Rentré et travaillé. Répondu à Mt Montagnié, notaire à Bordeaux (Louis René Montagnié), qui me demandait des détails sur la mort de Montaudon, notaire à Reims, son camarade de cléricature, tué à La Neuville St Vaast (P. de C.) (Pas-de-Calais) le 27 janvier 1916, ou plutôt pulvérisé par une torpille, car on n’a rien retrouvé de son corps, au moment où il sortait des tranchées pour charger à la tête de ses hommes. Il était Croix de Guerre, gagnée à St Léonard près de Reims, où il avait été blessé au bras…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mardi 11 – Visite de M. Midoc, Montrichet : d’un prêtre de Lorraine qui m’apporte pour la Cathédrale de Reims un rouleau de 360 F en or. Visite du Commandant du Bellet, représentant de la Croix-Rouge à Reims, Américain. Maison de retraite

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 11 février

Le Conseil supérieur de guerre interallié a tenu une nouvelle séance pour délibérer sur la question du renouvellement de l’armistice, sur le blocus, le ravitaillement, les affaires de Pologne, et la répartition des forces alliées en Turquie d’Asie.
M. Clemenceau a donné une importante interview à l’Associated Press. Il rappelle que l’Allemagne voulait exterminer militairement, industriellement et commercialement la France et qu’elle n’a pas encore perdu toutes ses armes. Par contre, la vie économique de la France est atteinte. Le président du Conseil a insisté sur la nécessité du maintien de l’accord entre la France et l’Amérique.
Dans un discours qu’il a prononcé à l’Assemblée de Weimar, le ministre Preuss a insisté en faveur de l’établissement de l’unité allemande supérieure à tous les particularismes. Il a conclu en criant:  » L’Allemagne au-dessus de tout !  » Il est de plus en plus question du retour de la Constituante à Berlin.
Les bolchevistes jugent par contumace les membres de la mission militaire française et le représentant britannique à Moscou, M. Lockhart. La peine capitale a été requise contre-eux. On sait qu’ils ont réussi à s’enfuir il y a quelques mois.
M. Clemenceau a reçu le régent de Serbie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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