Louis Guédet

Lundi 11 novembre 1918

1522ème et 1520ème jours

10h matin  Temps gris, brumeux, vraiment froid, je puis à peine écrire. Bruits contradictoires : L’armistice est signé ! L’armistice n’est pas encore officiel, etc…  etc… On ne sait qui croire. Le plus simple est d’attendre. En tout cas, s’il est signé, ce sera regrettable pour nous de n’avoir pas été en Allemagne leur montrer comment ils nous ont fait la Guerre et leur faire sentir un peu de représailles ! Ce sera une lourde faute ! commise ! Et je souhaite que nos enfants n’en subissent pas à nouveau les conséquences ! La faute en est à Wilson qui n’est qu’un Illuminé et un Idéaliste ! et nous avons eu la bêtise de le laisser faire !… Tout cela m’attriste, bien que je voie la fin de cette Guerre avec une suprême indifférence ! Car pour moi ce n’est toujours que la ruine et la misère pour le reste de mes jours !… Quoiqu’il arrive !! Alors peu m’importe !

2h après-midi  L’armistice est signé de cette nuit 3h du matin. La cloche sonne !! C’est la fin de la Guerre. Et loin de me réjouir, tout cela m’attriste !! Je m’effraie de l’avenir !! Serais-je plus heureux, aurais-je plus de chance qu’avant ?!!…

Pas de nouvelles de Jean ! Cela m’inquiète, pourvu que sa grippe ne lui ait pas amené de complications !!!

4h  C’est officiel, le communiqué de ce soir annonce que ce matin à 11h 101 coups de canons ont été tirés aux Champs de Mars pour annoncer la signature de l’armistice qui aurait eu lieu seulement à 5h du matin. La date du 11 novembre 1918, fête de St Martin ! devient donc mémorable !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 11 – SIGNATURE DE L’ARMISTICE, à 5 h. matin.

Suspension des hostilités à 11 h. Visite du P. Bertrand, Lazariste. À 4 h. Te Deum à l’église d’Ay ; allocution; salut. Visite de l’Abbe Pierre Abele. A Reims, M. Camu fait tinter le bourdon(1) (revue Remo-Ardennaise)

(1) A la 11e heure, du 11e jour, du 11e mois… Étant donné les craintes que l’on pouvait avoir sur l’état des structures de la Cathédrale, le fait de faire sonner le grand bourdon ne manquait pas d’audace, mais la victoire valait bien ce risque…
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Lundi 11 novembre

L’armistice a été signé.
Dans la dernière journée, nos troupes, maîtresses de Mézières, avaient passé la Sormonne, enlevé le village de ce nom et atteint la route d’Hirson, à Mézières, au sud de Remwez.
Sur notre droite, nous continuons à franchir la Meuse entre Lunes et Donchery.
Dans sa retraite précipitée, l’ennemi avait abandonné partout un matériel considérable. Nous avons capturé, notamment entre Anor et Momignies, des canons, de nombreux véhicules de toute sorte et des trains entiers de chemins de fer.
Les Anglais, après avoir dépassé Maubeuge, s’approchaient de Mons, malgré la résistance des arrière-gardes ennemies. Leurs détachements avancés poussaient en avant, au sud-est de Mons et arrivaient à la ligne du canal à l’ouest et au nord-ouest de cette ville. Au nord du canal Mons-Condé, ils avaient pris Leuze et touchaient à Ath. Ils avaient progressé de 7 kilomètres à l’est de Renaix.
Les Américains avaient réalisé des gains considérables sur de nombreux points, le long de la ligne, entre Meuse et Moselle. Des troupes de la première armée avaient atteint, en coopération avec les unités françaises, les lisières sud de Stenay et occupé le bois de Chenon, au sud de Baalon. Au delà des pentes orientales des hauteurs de la Meuse, les villages de Gibercy, Abancourt et Grimaucourt avaient été occupés.
En Woêvre, la 2e armée avait pénétré dans les lignes de l’ennemi, qu’elle avait chassé de plusieurs fortes positions. Les villages de Marcheville et de Saint-Hilaire avaient été pris.
Les Belges avaient atteint le front Nederz-Walin-Hermelghem-Boucle-Saint-Denis-Zegemzen.
Les unités américaines à leur gauche avaient franchi l’Escaut à l’est de Heuvel. 15 kilomètres d’avance avaient été réalisés au sud et 7 au centre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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