Louis Guédet

Mardi 12 novembre 1918

1523ème et 1521ème jours

8h1/2 matin  Temps gris, brumeux, froid pénétrant de brume. Tout le monde est à la joie de l’Armistice, tandis que je suis livré à mes tristes pensées et à mes angoisses de l’avenir ! Je ne vois aucune solution à ma situation d’avenir, si ce n’est que du malheur ! Rien ! rien ! ne vient atténuer mes tourments !! Seul, sans recours, sans soutien, sans aide même, pas un clerc, pas un employé qui vient m’aider un peu dans ma tâche ! Je suis là, isolé, au milieu de mes ruines, comme le naufragé sur un espar au milieu de l’océan désert ! Et on appelle cela de la justice ?! Je me serais sacrifié, j’aurais tout perdu pour les autres pour arriver à ce résultat, la catastrophe !! La misère pour les miens, car pour moi peu importe avec la triste vie que je mène depuis 4 ans !… J’y suis habitué. Demain je vais à Épernay ! voir Girard qui me demande ! je ne sais pourquoi ! sans doute encore pour que je lui mâche la besogne ! que je mette en route une affaire ! pour que le profit m’échappe et revienne à Thiénot, comme pour l’affaire Perrier-Jouët !! C’est mon lot du reste !! On ne peut rien contre la fatalité ! (Rayé) ! (Rayé) ! C’est (rayé).

2h1/2 soir  Rien de saillant. Peu de courrier, toujours pas de lettres de Jean. Je lui ai écrit pour qu’il nous donne signe de vie. Lettre de Jolivet assez désabusé au sujet de l’avenir de nos Études ! et surtout de l’éventualité de la reprise de nos charges de force. Tout cela n’est pas gai.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils