Paul Hess – Paris

25 mars 1918 – Aujourd’hui, la pièce de canon à très longue portée a com­mencé à tirer sur Paris, à partir de 7 h. On sait maintenant que c’est bien d’une distance de 120 à 130 kilomètres qu’elle envoie ses obus.

Ce nouveau genre de bombardement, qui sévit dans la jour­née, depuis le 23, a nécessité, de la part des autorités chargées du maintien de l’ordre public, la création rapide d’une troisième alerte ; celle-ci est donnée par des agents battant le tambour dans les rues. On a distribué des caisses dans les différents postes de police des quartiers et c’est ainsi — par l’alerte n° 3 — que les habitants sont prévenus que la Bertha, car on l’a déjà baptisée de ce nom, est en train d’envoyer ses projectiles.

Nous avons vu ce matin, me Censier, un gardien de la paix, rabotant si mal sur la peau d’âne, qu’on aurait cru entendre un gamin jouant pour la première fois avec ses étrennes. Il n’avait pas l’air très fier de remplir, en public, ce rôle assez grotesque d’apprenti-tapin et, ma foi, je me mettais à sa place.

Un journal humoristique n’a pas attendu longtemps, d’ailleurs, pour blaguer la trouvaille. En première page, cet illustré repré­sente, dans un dessin parfait, deux grosses commères en conver­sation, dans un faubourg, se retournant au passage d’un flic en train de jouer de la clarinette. La légende tient en deux lignes. Sur la première, un seul point d’interrogation « ? », suffisant pour faire deviner la question posée par l’une des deux femmes à sa voisine, c’est-à-dire à peu près : « Qu’est-ce que c’est que cela ? » et dessous, la réponse : « C’est l’alerte n° 32, pour les bombardements par pi­geons voyageurs ! ».

Jusqu’à présent, il n’y a cependant, officiellement, que trois alertes, et cela paraît déjà beaucoup.

Sur la fin de la journée, nous apprenons que l’autorité mili­taire ayant décidé l’évacuation totale de la ville de Reims, a, dans la nuit du 24 au 25, fait donner l’ordre à toute la population civile restante, d’avoir à partir, sans rémission, le 25 mars, pour midi.

A la suite de cette définitive injonction, le maire lui-même et l’administration municipale, après avoir tenu stoïquement, simple­ment, après avoir couru journellement et pendant trois ans et demi de réels dangers pour la sauvegarde des intérêts de leurs adminis­trés, ont dû tout abandonner…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 25 – Annonciation – Lundi Saint – Dernière messe à Reims. Obus pleuvent dans la cour, frappent nos persiennes. Ephrem éclate en sanglots en répondant : « Ad Deum qui laetificat juventutem meam. » Fracas tel qu’on est obligé de refermer les persiennes de l’oratoire à cause des éclats et des débris qui pleuvent dans la cour. Mgr Neveux avertit le Bon Pasteur, y dit la dernière messe, enlève le St-Sacrement. M. Compant voulant aller en faire autant chez les Petites Sœurs de l’Assomption en est empêché par le bombardement. A 8 h. un camion vient enlever le mobilier pour (le wagon destiné à) Meaux. Automobile emmène nos effets accompagnés par Ephrem. A 8 h. on vient enlever le mobilier pour le wagon destiné à Meaux. A 9 h. Visite du Capitaine Linzeler. A 10 h. Visite du Général Petit. 11 h. dîner. 11 h. 45 départ des Sœurs. Midi départ de Mgr Neveux et de moi. Maison fermée. Les oiseaux des voisins étaient dans des cages dans la cour, on leur ouvre leurs cages. Le chat est mis à la porte dans la rue, malgré lui ! – Arrivée à Épernay en automobile fournie par le Général Petit. 1 h. Visite à M. le Cte Jean Chandon. Arrivée à Paris à 5 h. 30 environ. Les bonnes Sœurs vers 1 h. dans les autocars municipaux de Reims. Arrivent à Épernay et à Paris vers 8 h. soir sont bien reçues, nourries et hébergées pour la nuit à la Cantine de la gare, avec les Sœurs de l’Enfant J

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

© Archives Municipales de Reims/Bibliothèque Municipale de Reims/Collection privée Marius Poirier/BDIC Fonds Valois /Pathé Gaumont/Gallica BNF


Lundi 25 mars

Sur le front britannique, la lutte continue avec la plus grande intensité tout le long de la Scarpe.
Au sud et à l’ouest de Saint-Quentin, les troupes britanniques établies sur de nouvelles positions, ont été attaquées avec violence par l’ennemi. De puissants assauts ont été repoussés vers Jussy, avec de fortes pertes pour les assaillants.
Dans la partie nord du front de bataille, les Allemands se sont portés à l’attaque avec une extrême énergie et sans tenir compte de leurs pertes. Nos alliés ont conservé leurs positions sur la majeure partie du front, à la suite d’une lutte violente et prolongée. Les troupes ont montré une belle vaillance dans les combats qui se sont livrés sur ce front et immédiatement au sud.
L’armée anglaise est en liaison avec 1’armée française.
Nos alliés ont abattu vingt-sept avions allemands et contraint vingt autres de ceux ci à atterrir, désemparés. Ils ont jeté 14 tonnes d’explosifs sur des cantonnements et dépôts de munitions.
Sur notre front, les Allemands ont échoué dans un coup de main au sud de Juvincourt.
Lutte d’artillerie assez vive dans la région du bois Le Prêtre et dans les Vosges vers la Fontenelle et l’Hartmannswillerkopf.
Nos aviateurs ont jeté 16000 kilos de projectiles sur des établissements, cantonnements et gares de la zone ennemie, où de graves dégâts ont été constatés.
Les Anglais, en Palestine ont traversé le cours du Jourdain.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button