Louis Guédet

Mardi 19 février 1918                                  

1257ème et 1255ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Il a gelé très fort. Beau temps mais assez brumeux. Nuit calme, des avions sont passés et repassés, nous avons tiré dessus. Ce matin à 9h été au Crédit Lyonnais où m’attendaient  le Capitaine La Montagne pour l’Armée, M. Legrand pour le Crédit Lyonnais, 2 gendarmes de garde (ils sont 4 à se relever 2 par 2 de 12 heures en 12 heures), le serrurier et Dondaine séquestre et Landréat. On s’est mis à la besogne, il y a 54 coffres à ouvrir. Le premier rien, le 2ème peu de choses, et enfin nous décidons, pour permettre à l’officier et moi de voir à nos autres affaires, de faire préparer par l’ouvrier de l’art les coffres prêts à être ouverts en 4 coups de marteau sur les derniers rivets des portes de chaque coffre.

Rendez-vous à 4h pour l’ouverture, le constat et la mise en caisse du contenu de chaque coffre. Dérangé toute la matinée. Courrier mince heureusement. Je déblaie, je déblaie et m’organise en embryons de dossiers, puisque tout est parti. Encore une nouvelle vie à organiser, si c’était la dernière fois. A la Ville on travaille d’arrache-pied au recensement pour permettre d’évacuer les inutiles. A midi Albert Benoist vient me voir. Il est plutôt pessimiste pour Reims, lui toujours si optimiste !! Cela m’angoisse, tout ce qu’il me dit venant de son gendre, M. de Montrémy (Marcel Waldruche de Montrémy (1875-1972)). On craindrait une offensive sur Châlons, et Reims serait débordé ! Dieu nous épargne cela ! J’aime mieux n’y pas penser.

A la Poste à 3h je ne vois personne. A 4h je vais au Crédit Lyonnais où nous ouvrons 14 coffres, quelques uns vides. Dans l’un un petit sac d’enfant !! Dans un autre 40 ou 50 montres, cesvieilles toquantes ne valant pas 10 F l’une. Çà doit appartenir à un maniaque. Dans une 3ème au moins 100 000 F de valeurs. Dans d’autres de l’argenterie, etc… Nous mettons en caisse, clouons, numérotons chaque caisse du numéro d’un coffre et du coffret sur le dessus et sur le côté droit en haut à gauche 2/18 – 6/9, c’est-à-dire coffre 2, compartiment 18, coffre 6, compartiment 9, et nous ficelons d’une ficelle dont les 2 extrémités sont scellées sur le côté à droite en bas, côté opposé au numérotage, exemple : (3 schémas figurant en annexe) et ensuite on les case dans un coin du sous-sol sous la garde des 2 gendarmes de garde.

Durant ce temps le capitaine que j’ai vu à Épernay vient conférer avec moi pour l’expédition qui ne va pas tout seul. D’abord à la Ville on ne peut me donner d’agent de la sûreté. Gesbert en a télégraphié au Procureur, à qui j’ai également écrit. Ensuite ce capitaine me déclare qu’il ne faut pas compter sur des gendarmes pour accompagner Dondaine durant le transport de Reims à Paris. Bref l’autorité militaire veut, comme toujours, qu’on évacue, mais sans y mettre du sien, au contraire !! Quelle mentalité, je ne cache pas ce que j’en pense à cet officier et au Capitaine La Montagne.

Le soir j’essaie de téléphoner à Épernay, mais impossible. J’enverrai une dépêche demain pour expliquer tout cela. Je rentre à la maison fatigué à 6h3/4 où quelqu’un m’attend. Quelle vie ! Si seulement j’étais sûr que Reims ne sera pas évacué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 février 1918 – Vers 17 h, la Place téléphone à la mairie de faire avertir la population qu’il y a danger de sortir.

Qu’est-ce que cela signifie et que pourrait-il donc survenir de plus dangereux que d’habitude ?

Nous attendons… puis, je m’en retourne tout de même cou­cher rue du Cloître. Nos grosses pièces se mettent à tonner toute la soirée — les 155 alternant avec les 120 — et c’est tout.

— Dimanche matin, nous avions vu venir à la mairie, un gé­néral dont nous ignorions le rang dans le commandement. Aujour­d’hui, nous savons que c’était le chef de cabinet du ministre de la Guerre et nous apprenons qu’un nouveau recensement de la po­pulation va avoir lieu ; des bruits d’évacuation commencent même à circuler.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 19 – Nuit tranquille à Reims. – 4°. Beau temps ; de 1 h. à… h., tir actif contre nos batteries. Quelques coups de canons français. Dit la messe ab initio sine candela (c.à.d. à la seule lumière du jour). Vers 7 h. activité de l’artillerie des deux côtés jusqu’à 11 h. ou minuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 19 février

Actions d’artillerie violente dans la région du bois Mortier et de Vauxaillon.
En Champagne, après une vive préparation d’artillerie, les Allemands ont lancé une attaque sur les positions que nous avons conquises la semaine précédente au sud-ouest de la butte du Mesnil.
Après un vif combat, nous avons rejeté l’ennemi de quelques éléments de tranchée où il avait pris pied d’abord. Des prisonniers sont restés entre nos mains. L’ennemi a tenté une seconde attaque sur le même point. Nos feux ont arrêté les assaillants qui n’ont pu aborder nos lignes. Deux avions allemands ont été abattus par le tir de nos canons spéciaux.
Notre aviation de bombardement a effectué diverses expéditions. Les gares de Thiaucourt, Thionville, Metz-Sablons, Pagny-sur-Moselle, les établissements ennemis d’Hirson et divers terrains d’aviation ont reçu de nombreux projectiles. 13000 kilos d’explosifs ont été lancés et ont provoqué plusieurs incendies et des explosions.
Les Anglais ont repoussé un raid vers Gavrel. Sur le même front les Portugais ont fait quelques prisonniers à Neuve-Chapelle.
Rencontre de patrouilles dans le secteur de Messine.
Activité de l’artillerie ennemie au sud de la route Arras-Cambrai, au nord de Lens et vers Zonnebeke.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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