Abbé Rémi Thinot

13 MARS – samedi –

Je me lève de bonne heure pour préparer l’instruction pour la messe des soldats défunts, que Je vais dire à 9 heures pour le 14ème, à La Cheppe.

Eglise archi-comble ! Combien il en reste dehors? Le général Delmotte est là, ainsi que le colonel et tous les commandants.

Le général est venu me remercier à la sacristie, aussitôt la messe. Je sentais que je tenais mes hommes. Du reste, le texte de mon instruction, avait jailli très spontanément ce matin. Le colonel de Riencourt m’a invité à déjeuner ; J’y vais de ce pas.

9 heures soir ; Réunion merveilleuse ce soir. J’ai, par ailleurs, passé toute mon après-midi à confesser et le soir, jusqu’à 8 heures ; j’ai promis d’être à l’Eglise demain, dès 5 heures 1/2.

Braves gens, qu’il est facile de réveiller, de remuer, de jeter dans le bien.

Je vais décidément adopter ces deux régiments. Les colonels et les officiers sont charmants.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Samedi 13 mars 1915 

182ème et 180ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Journée calme. Je m’organise…

Le quart de feuillet suivant a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement.

À midi, je me rends chez mon beau-frère Montier, place Amélie-Doublié. Il a reçu son ordre d’appel pour le 32e d’Infanterie, à Châtelaudren (Côtes-du-Nord) et doit partir demain dimanche.

Lorsque j’arrive rue Lesage, qui me paraît absolument déserte, les obus tombent sur les voies du chemin de fer, à hauteur à peu près de la rue Landouzy, devant laquelle je passe un instant après, remarquant alors un soldat occupé à chercher l’endroit où vient d’éclater le dernier projectile, contre le talus limitant le trottoir. Plus loin, un habitant de la rue Duquenelle qui vient se renseigner sur les points de chute, me demande de son pas de porte, puisqu’il me voit sortir de la zone :

« C’est par là ? »

Je lui réponds sans m’arrêter et en entrant sur la place, je comprends que je suis attendu avec quelque inquiétude, par mon beau-frère et ma sœur, causant avec deux voisines appuyées à la fenêtre du rez-de-chaussé, au n°2. Tous, en m’apercevant, ont dit :

« Le voilà ! Et naturellement, on me demande où « ça vient de tomber.»

Je m’attendais à cette question avant toute autre ; c’est celle qu’en ce cas, on se pose mutuellement à Reims depuis 6 mois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Samedi 13 – Nuit comme la précédente. Bombes d’heure en heure.

Confirmation d’un jeune conscrit. Incendie des bâtiments de Saint-Walfroy (dans la nuit du 13 au 14).

Visite au Fourneau de Saint-Remi ; aux habitants sinistrés de la place Saint-Timothée, et à une femme sinistrée la nuit même, dont le visage a été criblé par la mitraille, tout tuméfié.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Samedi 13 Mars 1915.

C’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de Lisa. Pauvre Lisa, je l’aimais bien et si elle voyait la peine que j’ai aujourd’hui, elle y prendrait part. Elle a bien fait de partir avant. Elle ne voit pas tous les malheurs dont nous souffrons.

Je suis allée voir ta maman aujourd’hui et je suis allée chez ma tante Augustine. Elle m’a fait cadeau de petits effets pour notre Blanblan. Pendant que j’y étais, les grosses pièces qui sont installées chez elle ont marché car il y avait une attaque allemande et elle était saisie que la petite ne sursautait pas. Pauvre crotte, elle y est habituée.

Je te quitte, mon cœur à toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

Merci à Jackie MANGEART et Pierre Coulon pour nous avoir fait découvrir cette correspondance

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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