Louis Guédet

Lundi 19 novembre 1917

1165ème et 1163ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  La nuit a été calme. Ciel couvert, gris, plutôt doux, ciel de novembre. Quelques obus durant la journée.

Ce matin rien de saillant. Cherché mon courrier à 10h, pas mal de lettres. Puis après les avoir ouvertes et parcourues, été rue Dieu Lumière, 27, pour faire un recollement de l’inventaire Gardeux pour mon confrère et ami Jolivet, avec Dondaine et Houlon pour les Hospices qui sont les légataires éventuels. Suivi toute la rue des Capucins, remonté la rue du Ruisselet jusqu’à la rue Simon que j’ai montée jusqu’à St Remy. Les écoles au coin de la rue du Ruisselet et de la rue Simon sont complètement effondrées. L’aile droite de la Maison de Retraite est fortement endommagée par le bombardement d’octobre dernier. Entré à St Remy, le maître-autel est dégarni de tous ses ornements. Il y a encore des vitraux de détruits dans des chapelles de la nef. Continué par la rue St Julien et enfin enfilé la fin de la rue Dieu Lumière. C’est là le désastre, les maisons à partir du 27 où j’allais sont pulvérisées… Trouvé personne, mes oiseaux étaient filés. Rentré chez moi en passant par les rues des Créneaux, du Barbâtre, Cardinal de Lorraine et du Cloître (pas de grands dégâts sans ces rues) pour donner des circulaires à imprimer à l’Éclaireur de l’Est pour la Chambre des notaires afin de prévenir les confrères mobilisés qu’ils peuvent être envoyés en permission du 23 novembre au 17 décembre 1917 pour recevoir les souscriptions au 3e emprunt, mais cette permission se confondra avec les 10 jours de permission de détente auxquels ils ont droit pour ce trimestre.

Après-midi porté mon courrier, écrit quantité de lettres, en route rencontré 3 ou 4 personnes qui m’ont dit qu’elles souscriraient chez moi ! Le bas de laine de Reims n’est pas encore complètement vide. J’estime que j’aurai surtout de petits souscripteurs, quelques centaines de Francs, quelques milliers de Francs.

Enfin me voilà passé sous Gouverne de la Banque de France à Reims !! Que n’aurais-je pas fait durant cette Guerre ?! A quelle sauce ne m’aura-t-on pas mis ! Durant ces 3 dernières années ma vie aura été un roman, terrible et formidable roman. Roman dont j’espère à pouvoir bientôt tourner le dernier feuillet pour ne plus le revivre…  Jamais !!

Reçu nouvelles de Robert qui va bien, ainsi que son frère Jean. Ils sont au Bois-le-Prêtre, secteur fort calme me dit-il.

Passé ce matin devant la statue de Louis XV, dont le Génie militaire entoure les soubassements de Pigalle par un mur de protection. Cela monte petit à petit, mais bien lentement à mon sens. J’en avertis M. Jadart, notre dévoué secrétaire général de l’Académie de Reims, et lui apprend que le musée Gallo-Romain qui était dans les sous-sols de l’Hôtel de Ville est indemne. Je lui signale aussi que le monument de l’abbé Miroy, au cimetière du Nord, n’est pas encore protégé comme l’Académie en avait formulé le désir à la Municipalité de Reims.

Voilà ma journée…  bien remplie. Je suis fatigué, et puis aussi c’est la fatigue accumulée. Pourvu que je ne succombe pas !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 19 – + 6°. Nuit tranquille ; projections. 9 h. lourde canonnade française (?) qui ébranle les portes et le sol, de Méry-Prémecy, de Brimont, dit-on. Visite à M. Albert Benoit, non rencontré. Visite de Sœurs des Trois- Fontaines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 19 novembre

Activité d’artillerie au nord du Chemin des Dames, et vers le Schoenholz, plus vive au nord de la cote 344 (rive droite de la Meuse).
Dans la haute vallée du Skumbi, nous avons replié nos détachements de reconnaissance avancés. Ce mouvement n’a nullement été inquiété par l’ennemi.
Les Italiens continuent à se maintenir contre la pression austro-allemande, gagnant du terrain en plusieurs endroits. Le chiffre de leurs prisonniers dépasse 1200.
Les Anglais ont occupé le port de Jaffa, en Palestine; les Turcs refluent vers le nord.

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