Louis Guédet

Mercredi 12 septembre 1917

1097ème et 1095ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Bataille la nuit vers 10h1/4. En éveil une partie de la nuit…  mal dormi nécessairement. Le calme dans la journée. Quelques lettres. Ma chère aimée me dit que Jean est proposé pour passer sous-lieutenant, et allait bien les 6 et 7, pour mais le 8 et le 9 j’attends avec impatience des nouvelles de ces 2 pauvres chers petits, que Dieu les ait sauvés et que bientôt ils soient mis au repos. Après-midi fait un tour. Quel sinistre spectacle. Je pousse jusqu’au cimetière du Nord et en passant rue Jovin, 11, chez Weynich, je vois écrit à l’entrée de la cave éventrée ces mots écrits par des pillards militaires : « nécessité de cultiver » cela vous peint bien la mentalité de cette soldatesque du midi, qui nous occupe et nous moleste depuis des mois et des mois, le 118ème d’Infanterie en particulier.

Le cimetière du Nord est lamentable, que de tombes éventrées. J’en conclus qu’un simple tertre de verdure et une croix de bois est encore la plus belle des dernières demeures.

Rencontré l’abbé Dupuit avec l’abbé Gayet de Ste Geneviève, et la discussion veut reprendre comme avant-hier. Je réponds à l’abbé Dupuit que je regrette, mais que je mettais la France avant tout, et quelques soient si antireligieux notre gouvernement et nos gouvernants, Dieu pouvait et devait faire un miracle pour sauver la France et vaincre la Prusse et l’Allemagne, et l’écraser, et même par là déciller les yeux de nos « Pourris » et ramener la France à la Foi…  mais avant tout la France victorieuse quoiqu’il advienne et l’Allemagne écrasée, pulvérisée, vaincue. Il s’est immédiatement remis à ses théories, et ma foi l’abbé Gayet ne l’approuvait pas. Nous le quittâmes et je reviens avec l’abbé Gayet à qui j’exprimais mon étonnement et presque mon scandale. Alors celui-ci m’avoua que ce n’était pas nouveau pour lui et le clergé de Reims qui s’était déjà aperçu de cette mentalité, de ce travers du curé de St Benoit. Et il en paraissait navré. Nous en conclûmes presque que c’était maladif. J’aime mieux cela et je suis satisfait de voir que ce n’est pas moi qui « déraille » encore cette fois-ci.

Rentré chez moi, c’est lugubre… Vraiment Reims est devenu un cimetière avec ses rares habitants dans les rues !!… Mon Dieu verrons-nous ce miracle !… Il le faut, il est nécessaire tout de suite. La France et notre chère cité avant tout. Après le miracle, à vous de rechristianiser la France, vous n’avez qu’à le vouloir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 au 12 septembre 1917 – Au cours de la nuit, attaque de notre part, sur Cernay.

De ce que nous pouvons apprendre le lendemain, l’opération n’aurait pas été des plus heureuses, paraît-il, en ce sens qu’il y aurait eu, pour nous, des victimes du tir des 75.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 12 – + 14°. Nuit tranquille à partir de 11 h. 45 environ. Visite à Merfy. Messe des Prêtres (ils sont 90) et allocution. Pendant leur repas, je leur porte un jambon qu’on m’avait envoyé pour les soldats. Déjeuné avec les officiers à 11 h. 30. A 2 heures, conférence aux Prêtres par M. Poulat, Supérieur du Grand Séminaire. A 3 h. 30, réunion et allocution aux soldats. Salut. Visite du Général Beaudemoulin, très religieux, très bien­veillant. Invitation Colonel Barrard pour le dimanche 16 acceptée, à Merfy. Au retour à Reims, invitation du Général Nudant pour le même jour et la même heure. Comment faire. Un aumônier se charge de tout arranger. J’irai la matinée à Gueux pour le service anniversaire des morts de la Marne ; et dînerai avec le Général… Le soir à 6 h. j’irai à Saint-Brice pour les soldats du 152e et le Colonel Barrard.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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