• Monthly Archives: juin 2017

Samedi 30 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 30 juin 1917

1022ème et 1020ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit relativement calme, bataille vers Moronvilliers. A 10h1/2 la pièce habituelle bombarde vers Courlancy une 15aine (quinzaine) d’obus, et puis je n’ai plus rien entendu que de loin en loin. Du reste il a plu presque toute la nuit. Ce matin temps couvert à la pluie, lourd. Je vais pousser jusqu’à la place d’Erlon pour tâcher de voir Charles Heidsieck, puis je rentrerai pour une donation entre époux. Encore une journée bien triste qui se prépare pour une fin de mois. Du reste ce mois de juin aura été bien triste et douloureux pour moi.

Les quatre feuillets suivants ont disparus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 juin 1917 – Bombardement.

Vers 13 h 1/2, quatre ou cinq obus font explosion soudaine­ment, dans le quartier, pendant que nous prenons le café, entre collègues, rue Courmeaux, derrière les Halles (café Néchal). Un passant, M. Liégeois est tué par le deuxième projectile, à l’angle des rues Legendre et Cérès ; les autres éclatent rue Courmeaux, rue Saint-Crépin et rue de l’Avant-Garde, au coin de la rue Bonhomme.

Ce jour, notre cuistot de la « comptabilité », l’ami Guérin, nous quitte pour aller rejoindre sa famille.

Guérin habitait encore il n’y a pas longtemps, 240, rue du faubourg Cérès, aux confins de la zone militaire évacuée et inter­dite. A quelques pas du cimetière de l’Est, il était demeuré toujours à ce point de la ville, où commençaient des boyaux par lesquels les Poilus, avec qui il vivait en somme après sa rentrée du bureau, allaient en ligne. Son beau-père, resté avec lui, avait été intoxiqué par les gaz en cet endroit avancé.

Par là, il n’y avait plus guère de civils et un jour qu’au bureau nous avions eu lieu de nous inquiéter vivement de ne l’avoir pas vu arriver comme d’habitude, après un bombardement sérieux, j’étais allé chez lui, conduit aussi vite que possible, en auto, par Honoré, le vaguemestre de la mairie qui, en arrivant à hauteur de la rue des Gobelins, s’y était dirigé brusquement et s’était arrêté aussitôt, en me disant :

« Je ne peux pas aller plus loin avec ma voiture, les Fritz nous taperaient dedans ; je vais la garer, à l’abri et vous atten­drai ici. »

Je n’avais donc qu’à continuer pour trouver la maison, en longeant une longue série de ruines, d’immeubles brûlés les uns à la suite des autres, à droite du faubourg, dont le côté gauche était dans le même état — mais le 240 était encore debout.

L’absence de Guérin n’avait été occasionnée par rien de fâ­cheux, heureusement. Pour me dédommager du voyage qu’il m’avait causé inutilement, il m’avait dit :

  • « Tiens ! tandis que tu es ici, veux-tu voir les Boches ?
  • Je veux bien, où ça ?
  • Eh bien, m’avait-il ajouté, viens au grenier ; seulement, ne te montres pas à la lucarne, tu pourrais recevoir un coup de fusil.
  •  Ah, merci ! tu as raison de prévenir, lui avais-je-répondu, mais, je me doutais bien tout de même qu’il ne doit pas faire bon regarder à toutes les fenêtres, chez toi. »

La lucarne exposée au nord-est, était ouverte — elle l’était probablement toujours. M’indiquant alors une place, en face, con­tre le mur, que je gagnai en me baissant, il me passait une jumelle, et, si je ne voyais pas de Boches, je distinguais parfaitement tout ce que l’ouverture me laissait voir des lignes blanches de leurs tran­chées, sur le bas de la pente, entre les routes de Witry et de Cernay.

— Il n’est pas rare, m’avait-il expliqué, que des balles de fusil ou de mitrailleuse viennent claquer dans les tuiles de la toiture.

Je comprenais ; en effet, si près des lignes.

Une malheureuse nouvelle, celle de la mort de son fils aîné, tué sur le front, lui était parvenue récemment. Nous avions remar­qué combien il en était resté affecté et nous prenions part à sa peine, d’où était venue, en grande partie, la décision qu’il avait prise de partir de Reims. Nous admettions trop bien ses raisons.

Au soir de cette journée, où notre camarade quitte définitive­ment le bureau de la « comptabilité », il nous souhaite « bonne chance ». Nous remercions Guérin et en lui serrant la main, nous lui exprimons sincèrement le même souhait.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 30 – + 16°. Nuit tranquille. Pluie. Matinée tranquille. Visite de deux Aumôniers de la nouvelle Division 167e. Le Père Doncœur et M. Du­bois (?) ami de Mgr Labauche. Visite de MM. Lenoir, député de Reims et de M. Forgeot, aussi député de la Meuse, ensemble. Nuit agitée. Combat du côté de Courcy, attaque allemande. Il me semblait au Crapouillaud(1) et à la grenade. Un homme a la jambe coupée par un obus.

(1) Le nom de crapouillot figure assez bien l’aspect trapu d’un crapaud que présentaient les mortiers de tranchée.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 30 juin

Grande activité de combat sur le front de l’Aisne et au nord-ouest de Reims.

Près du village de Cerny, l’ennemi qui avait réussi d’abord à prendre pied dans notre première ligne en a été rejeté par une contre-attaque énergique de nos troupes. Puis il a renouvelé sa tentative et a pénétré une seconde fois dans nos tranchées.

Au sud-est de Corbeny, l’attaque déclenchée par les Allemands a été particulièrement violente. L’ennemi a engagé des troupes spéciales d’assaut qui ont essayé d’enlever un saillant de notre ligne de part et d’autre de la route de Laon à Reims. Ses contingents ont dû refluer avec de fortes pertes.

Sur la rive gauche de la Meuse, dans la région bois d’Avocourt-cote 304, un violent bombardement a été suivi d’une puissante attaque allemande sur un front de 2 kilomètres. La puissance de nos feux a réussi à désorganiser l’attaque qui a pu prendre pied en quelques points de notre première ligne. Une autre tentative des Allemands a été complètement repoussée.

Sur le front d’Orient, canonnade à la droite du Vardar et vers la Cervena-Stena. Une attaque bulgare a été repoussée dans la région de Moglenica.

La Grèce a rompu avec l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie et la Turquie.

Le croiseur-cuirassé Kléber a coulé sur une mine au large de la pointe Saint-Mathieu. Il y a 38 victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 29 juin 1917

Louis Guédet

Vendredi 29 juin 1917

1021ème et 1019ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Hier vers 8h1/2 soir orage avec pluie torrentielle. Nuit assez agitée, endormi tard et mal dormi. Pour peu que cela continue je perdrais le sommeil je crois. Ce matin le calme. J’ai trouvé enfin un faucheur qui fauche en ce moment le gazon des 2 grandes pelouses. C’est un ancien cocher qui me conduisait à la chasse à Nauroy. Que tout cela est loin, fort loin ! Ce faucheur dit que la maison, rue Souyn, où était réfugié mon vieil expéditionnaire M. Millet, aurait reçu une bombe. Pourvu qu’il ait emporté dans les caves les quelques actes que je lui avais donné à expédier. Ce serait une fatalité si c’était détruit. Quelle vie ! quelle existence ! sans but, à voir à chaque instant ce qu’on commence détruit, pulvérisé. On ne sait que dire, que penser. Oui ceux qui sont restés ici ont eu tort, grand tort. Les peureux ont eu raison de partir et ils triompheront.

4h1/2 soir  Reçu diverses lettres, notamment une de M. Paul Cousin, notaire à Paris, m’apprenant qu’Henry Mareschal (1898-1967) est…

Le bas de la page a été découpé.

On verra. Porté mon courrier. Rencontré Dufay-Lamy (Emile-Joseph Dufay, un des architectes de la reconstruction de Reims (1868-1945), époux de Jeanne-Julie Lamy (1876-1963)), tous deux décédés à Monaco) qui m’a causé de la maison Maillet-Valser (Augustin Maillet, imprimeur (1828-1913) et son épouse Fanny Anne Alexandrine Valser (1839-1919)), rue Boulard, qui ferait peut-être mon affaire. En causant de la situation de Reims et surtout de l’attitude de l’autorité militaire envers nous, il me contait qu’étant hier matin justement dans le bureau de la Place, rue Dallier, il entendit le lieutenant-colonel Frontil, commandant de Place de Reims, qui était dans son cabinet, et dont la porte était ouverte parler des 2 malheureux qui ont été tués l’avant-dernière nuit rue Passe Demoiselles (ou proche) et cette brute de s’écrier : « C’est bien fait, ils n’ont que ce qu’ils méritent, ils n’avaient qu’à foutre le camp. Je voudrais qu’il en arrive autant à tous les rémois qui s’entêtent à rester ici ! » Je n’ai pas à insister sur l’odieux du propos. Voilà comme nous sommes traités par ces brutes galonnées !

Rentré chez moi et cherché à travailler un peu, mais je n’y ai guère le cœur.

C’est un peu plus calme qu’hier.

Trouvé mot de Charles Heidsieck qui se disposait à venir me voir, mais en a été empêché par le bombardement de son quartier rue de la Justice ce matin. Il me donne rendez-vous demain matin à 8h1/2 avant 9h devant son départ par l’autobus d’Épernay à 9h, devant chez Bouchardeau place Drouet d’Erlon 18, où stationne la voiture et où elle prend des voyageurs. Il parait que ce service d’autobus aller et retour Reims – Épernay fonctionne bien, il y a 2 départs d’ici à 9h du matin et à midi, avec retour d’Épernay à 11h et 9h. On peut prendre une valise. Je m’en servirai à mon prochain voyage. Ce service marche depuis le 15 juin 1917. J’irai donc voir cet ami demain pour causer un peu.

8h soir  Mon faucheur a fini de (tondre) faucher à la faulx les 2 pelouses du jardin. Ce soir en écrivant ces mots cela sent bon l’herbe fraîchement coupée et cela me remémore tous mes souvenirs d’enfance, tous mes souvenirs de St Martin, quand enfant à l’âge de mon Maurice je me roulais avec mon fidèle compagnon, l’unique du reste, le vieux Bock, sur les verts « andains » (coupes de foin mises en rangées pour l’enlèvement) de notre prairie, si paisible, si verte, si douce, aux clairs soleils laiteux si particuliers à notre douce Champagne. Je me revois courant, bondissant dans cette vaste plaine marmorée (de la même couleur excepté quelques points sombres), courant après papillons et libellules, écoutant la caille « Paye tes dettes » (appellation courante campagnarde du chant de la caille) faisant partir sous mon pied le râle subtil au vol lourd et court, et parfois arrivant à la faire prendre à l’arrêt à mon vieux Bock 1er ou encore la perdrix qui pour nous égarer et sauver sa couvée s’envolait sous le nez de mon chien pour retomber comme blessée à 20 mètres de là , puis repartant encore dans mes jambes 3/4 fois, et quand, jugeant sa nichée sauvée et blottie en lieu sûr, nous partait alors sous le nez en caquetant à plein vol pour se moquer de nous. Doux souvenirs. Tristes souvenirs, mélancoliques souvenirs pour le pauvre agonisant que je suis… Demain mon faucheur le fera sécher, le mettre en tas et me trouvera un acheteur à 0,80 la botte. Un notaire de Reims, le juge de Paix de Reims, aura donc fait ses foins en l’an de grâce 1917 sous les bombes, je lègue ce fait à la postérité. Encore un épisode de l’époque tragique que nous traversons qui sort de l’ordinaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 juin 1917 – L’Éclaireur de l’Est annonce 2 000 obus pour le 27. De 2 h à 3 h du matin, tir violent de nos pièces.

Le communiqué dit que le 28, il y a eu 1 200 obus sur Reims, dont huit sur la cathédrale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 29 – + 16°. Nuit tranquille. Rendu visite au Général Schmidt ; à M. Walfard, au Colonel Frontel. Via Crucis in Cathedrali à 6 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 29 juin

Bombardements intermittents dans la région du monument d’Hurtebise, sur le Casque, le Téton, le mont Blond et le Cornillet. L’artillerie ennemie a été vigoureusement contrebattue sur tout le front.

Sur les pentes du mont des Roches (nord de Jouy), une forte patrouille ennemie, qui tentait un coup de main, a été repoussée.

Une tentative allemande sur le saillant de Wattwiller (nord-est de Thann) a échoué; l’ennemi a laissé plusieurs morts entre nos mains, dont un officier.

Des engagements de patrouilles devant Flirey et Bezonvaux nous ont permis de faire des prisonniers.

Un avion allemand a été abattu au sud de Craonne. Le pilote et l’observateur ont été capturés.

Sur le front belge, l’ennemi, après avoir bombardé les tranchées au sud de Saint-Georges, a lancé un détachement à l’assaut. Ce détachement a été rejeté après une lutte corps à corps, éprouvant des pertes sérieuses. Canonnade vers Steenstraete.

Les Anglais ont accompli une nouvelle progression au cours de laquelle ils ont fait des prisonniers au sud de la Souchez. Ils ont atteint les abords d’Avion.

Les Italiens ont repoussé une attaque autrichienne sur le plateau d’Asiago.

Les élections à la Constituante russe sont fixées au 30 septembre 1917.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Jeudi 28 juin 1917

Louis Guédet

Jeudi 28 juin 1917

1020ème et 1018ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Toute la nuit canon, obus sifflant au-dessus et proches (j’ai dormi quand même) continuant la séance d’hier, et qui a continué jusqu’à 11h1/2. Ce matin temps couvert, lourd, nuageux, pluie à 7/8h/9h et le soleil a repris le dessus, il est en ce moment très lourd et torride. Reçu la visite du R.P. Desbuquois, un fin, très fin, intelligent, vers 9h du matin, et causé jusqu’à 11h. Nous nous comprenons parfaitement bien. Il part pour Paris pendant quelques jours. Plus je cause avec lui, plus je l’étudie, c’est le Père Jenner et le bon abbé Monot mon curé de Perthes réunis. Surtout il me rappelle le physique, le regard sous les lunettes, le son de voix et la finesse du second. Et du 1er il a surtout la bonté, l’élévation d’esprit et aussi (une autre finesse) la finesse un peu rusée. C’est un analyste en même temps qu’un pêcheur d’âme. Sous cette enveloppe frêle, fragile, qui parait timide il y a la flamme d’un zélateur, d’un propagateur d’idées.

Après nous être quittés, reçu mon courrier. 2 lettres de ma pauvre chère femme, (dont nous avons tant causé tout à l’heure) elle ne me dit rien d’important, du moins elle ne me dit rien pour me décourager. J’aime mieux cela. Car (et c’est l’avis du P. Desbuquois) je dois rester ici remplir mon Devoir, (le Devoir que je me suis assigné) jusqu’au bout, ou ce serait tout perdre, du moins moralement.

6h soir  Cet après-midi rien. Eté porter mes lettres à la Poste, lu en route le Petit Rémois d’aujourd’hui, où le « Naïf » a fait un article parfait sur les pillages faits par les militaires, qui en prennent pour « leur rhume ». L’article est parfait, mais je ne comprends pas comment l’Otorité Militaire a laissé passer cet article sans être censuré ! Cela me surprend et me dépasse ! Nous ne sommes plus habitués à cette liberté de la Presse ! Est-ce qu’il y aurait quelque chose de changé dans notre État-major (rayé), ont-ils compris enfin qu’on devait nous donner la paix et cesser de nous molester. Qu’ils laissent donc tranquilles les rémois qui ne demandent qu’à vivre.

Le bas de la page a été découpé.

8h soir  Ce matin, tandis que je causais avec le R.P. Desbuquois entre 9h et 11h, cela tapait ferme, et j’apprends qu’il y a eu des obus encore sur la Cathédrale, le chevet de la tour nord (ils n’en laisseront point !) et aux abattoirs. Carré d’or, place Royale, Société Générale, place du Chapitre chez l’abbé Compant, autour de l’archevêché, etc…

Je ne sais ce que les allemands ont été aussi rageurs. Car c’est de la rage, ils tirent sans but, sans objectif, à tort et à travers, comme des accès de colère. Si c’était le dernier accès de rage sur Reims et qu’ils partent… !! Hélas ! verrons-nous jamais ce jour-là ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 juin 1917 – Sifflements, par lesquels on reconnaît des obus de 130, dans la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 28 – + 15°. Soirée violemment agitée jusqu’à minuit (du 28-29) par les deux artilleries. Reste de la nuit tranquille. De 9 h. à 11 h., bombar­dements par obus autrichiens lourds, on dirait que le globe de la terre éclate ou s’écroule. Orage à 8 h. 30, 5 bombes à l’Enfant Jésus, 5 à la Cathédrale ; 1 chez M. Compant.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 28 juin

Lutte d’artillerie très vive dans la région du monument d’Hurtebise. Les Allemands n’ont fait aucune tentative nouvelle contre les positions que nous leur avons enlevées le 25.

D’après de nouveaux renseignements, parmi les organisations que nous avons conquises ce jour-là se trouve la caverne du Dragon, qui était devenue une véritable forteresse. Un matériel considérable y était accumulé: 9 mitrailleuses en bon état, plus de 300 équipements, de nombreux fusils, des dépôts de munitions, des projecteurs et un poste de secours sont tombés entre nos mains. Le chiffre des prisonniers atteint 340, dont 10 officiers.

En Champagne, Un coup de main ennemi a échoué à l’ouest du mont Cornillet. De notre côté, nous avons exécuté une incursion dans les lignes allemandes vers Maisons-de-Champagne, qui nous a permis de ramener une dizaine de prisonniers.

Les Anglais ont repoussé, avant même qu’elle ne pût se développer, une attaque allemande sur leurs nouvelles positions, au nord-ouest de Fontaine-lès-Croisilles. Ils ont exécuté avec succès un coup de main à l’ouest d’Oppy, en faisant un certain nombre de prisonniers. Ils ont arrêté un raid ennemi près de la Bassée.

Les Italiens ont abandonné quelques positions de première ligne sur le plateau d’Asiago.

Activité d’artillerie sur le front russe.

Venizelos a constitué son cabinet à Athènes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Mercredi 27 juin 1917

Paul Hess

27 juin 1917 – L’Éclaireur de l’Est annonce 2 500 obus pour le 25 et le com­muniqué dit que Reims a été violemment bombardé. Il n’exagère pas, le communiqué, car depuis plus de huit jours et sans disconti­nuer, le pilonnage de notre ville est absolument effrayant.

— Un obus, ce jour, dans la maison de mon beau-frère, sur la partie que j’habite seul, 10, rue du Cloître.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 27 – + 15°. Nuit tranquille, bombardement de 8 h. à…. 1 obus ; puis un autre, découronnent une de nos cheminées ; et mutilent l’autre, dont l’état est dangereux. M. Trilhart, Père du Saint-Esprit, aumônier mi­litaire, m’invite à aller bénir le cimetière militaire de la Neuvillette28 (400 tombes), 410e régiment infanterie. Un obus tombe sur la maison, pendant qu’une sœur reconduit un visiteur au portail. Le 1er obus a lancé un gros morceau de son ogive dans le parloir ou petit bureau des Sœurs. Bombar­dement violent toute la matinée. Visite du Général de Vallières, 191e Divi­sion, qui s’en va et avec lui du Général Schmidt (protestant) de la 167e division qui remplace celui qui nous quitte. M. Schmidt me fait les offres les plus bienveillantes de services. Visite à Rœderer, à l’Orphelinat Rœderer, au Général Cadou, non trouvé, qui s’en va à Epemay.

Le soir vers 7 h., visite aux tombes (à la Neuvillette) du 410e, en compa­gnie du Général de Vallières. Rendez-vous dans les ruines de l’église dé­vastée. Comme c’est dangereux, le Général de Vallières a voulu venir. Il nous fait marcher 2 à 2 seulement, à assez longs intervalles, pour ne pas provoquer les obus des allemands qui nous voient de la vallée de Courcy. Arrivé au cimetière je bénis les tombes, sans convocation des soldats à cause de la proximité de l’ennemi. Après cela le Général nous quitte (je crois) et nous allons le long du canal, à travers les soldats qui s’y installent et par les boyaux… avec les officiers dans une tranchée. C’est le lieutenant Colonel Voiriot qui nous conduit et nous reçoit à sa table – il commande le 410e régiment décoré de la Croix de Guerre et cela à l’Ordre de l’Armée (Écho de Paris, du 18 juillet). Il nous quitte dans la nuit. Au sortir du dîner, je rencontre une planche sur laquelle on avait écrit : « Boyau Cardinal Luçon29 ». Nous rentrons sans encombre à 9 h. et demie. Le Général de Vallières, reparti avant dîner, nous envoya son automobile pour revenir à Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 juin

En fin de journée, après une courte préparation d’artillerie, nos troupes ont prononcé une brillante attaque au nord-ouest d’Hurtebise, sur un éperon solidement organisé par l’ennemi. Tous nos objectifs ont été atteints en quelques instants. La première ligne allemande est tombée en notre pouvoir. Des contre-attaques ennemies, lancées aux deux extrémités de la position enlevée et appuyées par un violent bombardement, ont été brisées par nos feux. L’ennemi, surpris de la rapidité de l’attaque, a subi des pertes élevées et a laissé plus de 300 prisonniers, dont 10 officiers entre nos mains.

Divers coups de main ennemis sur nos petits postes, dans le secteur d’Ailles, dans la région de Tahure et en Argonne, ont échoué sous nos feux.

Les Anglais ont poursuivi sur les deux rives de la Souchez leurs succès de la nuit précédente, au sud-ouest de Lens. Ils ont réalisé des progrès sur un front de 2500 mètres. Ils ont fait des prisonniers au cours d’une opération de détail au nord-ouest de Croisilles. Ils ont repoussé un coup de main à l’ouest de la Bassée.

Canonnade réciproque dans la région du Vardar et dans la boucle de la Cerna, où une forte reconnaissance bulgare a été dispersée à coups de fusil et de grenades.

Ador, député de Genève, a été nommé conseiller fédéral helvétique à la place de M. Hoffmann.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Mardi 26 juin 1917

Paul Hess

26 juin 1917 – Sifflements ininterrompus dans la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 26 – + 15 °. Violent bombardement sur les batteries, boulevard de la Paix, rue Gerbert, et plus près de nous encore sur la ville. Beaucoup d’éclats tombent chez nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 26 juin

Activité continue et très vive des deux artilleries dans le secteur ferme de la Royère-ferme Froidmont, ainsi que vers Hurtebise et à l’est de Chevreux. Dans cette dernière région, deux coups de main sur nos tranchées ont valu des pertes à l’ennemi sans aucun résultat.

Deux autres tentatives allemandes sur nos petits postes, en Woëvre et dans la région de Saint-Mihiel, ont complètement échoué.

Sur le front britannique, l’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers, par suite de coups de main exécutés par nos alliés vers Epéhy, Bullecourt, Roeux, Loos et Hooge.

Au cours d’un raid à l’est de Vermelles, les Anglais, ont fait sauter des abris allemands et infligé de grosses pertes aux occupants. Ils ont avancé par des opérations de détail au sud-ouest de Lens et au nord-ouest de Warneton.

La tension s’est aggravée entre l’Allemagne et la Norvège, ce dernier pays ayant constaté que la destruction d’un certain nombre de ses navires était due à des attentats allemands.

Le congrès de tous les Soviets russes s’est prononcé en faveur de la dissolution de la Douma et du Conseil de l’Empire.

Le retour de M. Venizelos au pouvoir a été décidé dans une conférence entre le roi de Grèce Alexandre Ier et M. Zaïmis. L’ex-roi Constantin est parti de Thusis pour Bergun, autre station du canton des Grisons.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 25 juin 1917

Louis Guédet

Lundi 25 juin 1917

1017ème et 1015ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  La nuit a été calme. J’ai pu dormir. Ce matin canonnade habituelle. C’est bien fatiguant. Le temps est nuageux, mais la journée s’annonce belle. Les journaux ne disent rien. Je ne sais même plus pourquoi on s’obstine à les lire, pour ce qu’ils nous disent. Des bêtises, des mensonges pour nous leurrer, nous tromper et nous endormir.

Hier soir après dîné j’avais été porter une lettre à la Poste, et en sortant je me suis heurté à M. Jean Bondelle, propriétaire du Café Jean. Jean qui se trouve au coin de la rue Clovis et de la rue Hincmar 41 – 43. Le papa Jean, comme d’ordinaire nous taillons une « bavette », et dans la conversation, comme on causait des décorations dernières, il m’apprend que tous les soirs vers 5h/6h Beauvais, Dor le charcutier, Hapillon, un original, et Joliat (à vérifier) du Grand Bazar, un suisse, venaient pour une heure là à jouer à la Manille et surtout bavarder. C’est là, parait-il, que s’ébauchent les fameuses listes à rubans pour être soumises ensuite au comité…  d’Appel, composé de Dramas, Beauvais, Guichard qui tient alors ses assises dans la salle à manger de Dor, charcutier place Drouet d’Erlon, au coin de la rue St Jacques, impasse St Jacques 2, sous la présidence de la belle ?? et opulente Madame Louis Dor. Voilà comment sous la 3ème République et sous les bombes les décorations sont distribuées. On n’oublie pas les copains, croyez m’en, et encore bien moins ses rancunes politiques et personnelles.

En veine de confidence, le Père Jean me confiait tout cela d’un air convaincu et surtout important. Bref son café est devenu une succursale du Palais de la Légion d’Honneur, excusez du peu. On en aura vu de drôles durant cette Guerre !…  mais surtout des tristes et des navrantes.

Tout à l’heure en allant chercher mes lettres à l’École Professionnelle transformée en Hôtel des Postes, Hôtel de la sous-préfecture, Caserne des Pompiers de Paris, etc…  etc…  et centre du Gouvernement municipal « d’à côté » représenté par l’unique, le seul Beauvais. Je vais tâcher de voir ce dernier pour connaître son sentiment sur l’article du Petit Rémois qui l’a pas mal éreinté, lui et son aréopage politicien. Je suis curieux de voir l’impression qu’il en a, ce sera une étude de psychologie…  politique qui me permettra de l’analyser de plus près. C’est intéressant pour l’avenir de ces notes…

Le Maire de Reims, le Docteur Langlet, né le 7 septembre 1841, 76 ans, champenois de race dont il a la longue et haute stature, posture largement développée, belle tête toute blanche fine, surtout le nez très fin, grande barbe blanche émaciant l’ensemble de cette physionomie de médaille, yeux bleus très perçants et parfois pétillants de malice rusée.

En dehors de son héroïsme durant cette guerre et connue de tous, héroïsme entêté en bon champenois, le caractère du Maire est surtout dominé par cet entêtement contre lequel on ne peut rien. On s’y heurte comme contre un roc. C’est là la seule difficulté qu’on rencontre dans ses rapports avec lui, aussi s’agit-il de le tourner pour arriver avec lui à ce que l’on veut. Il y a un moyen notamment qui réussit assez souvent, c’est avec de la patience de lui insinuer une première fois son idée, mais d’une façon très vague, très superficielle et attendre, pour revenir à la charge quelques temps après pour laisser germer dans son esprit de façon qu’il la croit sienne, alors si vous arrivez à cela, votre idée triomphera et vous aurez réussi. Il est droit, quelque fois brutal, mais rarement. Sa vie est d’une simplicité patriarcale comme ses mœurs. Dans le fond il est particulièrement bon, seule la politique le durcit, et alors il devient 1848 ; vieille barbe à tous crins par principe, et périsse tout plutôt que cela.

Ses débuts dans la vie ont été très durs. D’une famille modeste il est arrivé assez difficilement au doctorat en médecine puis à l’École de Médecine. Très critiqué, très discuté comme capacités professionnelles par ses collègues de l’École surtout, il s’est relié en lui-même, et n’ayant que peu de satisfactions de ce côté, il s’est alors jeté à corps perdu dans la politique avancée. C’est un lutteur, et surtout un tenace, et il est arrivé ainsi à la force du poignet. Et arrivé Maire de Reims, c’est la Guerre qui l’a révélé et a fait de lui ce qu’il est. Une physionomie rémoise pour l’Histoire de notre ville et de la France… Il est foncièrement bon et il a continué à exercer sa profession de médecin et surtout en faveur des pauvres, des petits, des humbles et des malheureux. Au point de vue religieux (sans croyance je crois) à mon avis il n’est et n’a été sectaire que par principe, sans plus, en raison intellectuelle il reviendra à mon avis à des idées plus marquées en matière religieuse, sinon d’une conversion. C’est un humanitaire faisant le bien et agissant par pur sentiment du devoir et par dédain de toute récompense. On dirait qu’il l’accomplit simplement par orgueil de le faire. Pour le principe à ce point de vue c’est un idéologue. Il agit par dédain de tout. Il agit en apôtre, pour l’Idéal qu’il s’est créé. Il est intelligent, subtil, écrivant bien quand il le veut. Mais cette rigidité de mœurs, de caractère, d’idées mêlées à son entêtement inné, parait quelque fois être de l’apathie. Durant l’occupation allemande, et je crois déjà je l’avoir dit dans ces notes, quand il luttait contre les von Zimmer et consorts prussiens, parfois je me suis demandé s’il se rendait bien compte du danger que sa ténacité, sa résistance entêtée lui faisaient courir. Je ne crois pas, et là il y avait certainement dans son esprit et sa conduite une lacune qui pouvait amener les pires catastrophes. En tout cas c’est une belle physionomie digne de passer à la postérité et malgré ses défauts (qui n’en n’a pas) et les critiques dont il a été et il est encore en but. C’est un héroïque Civique, que j’admire sincèrement.

1h1/2 soir  On reparle de l’Évacuation de Reims. (Rayé) eux qui ont tout (rayé) maintenant qu’au lieu (rayé) français (rayé).

5h1/2 soir  Les allemands ont bombardé de midi à 3h du soir sans discontinuer vers le Barbâtre et le Faubourg Cérès, sans qu’un seul canon des nôtres ne répondit !! Tout le monde croit et ne s’en cache pas que nos états-majors le font exprès pour nous forcer à partir. C’est honteux. Ces jours-là on ne voit pas un officier courir les rues soyez-en certain.

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

…tirer de sous, et allez donc.

6h1/4 soir  Canon et bombardement toute la journée, on en est assommé. Ils ont tiré surtout sur St Nicaise où nous avons des batteries, sur Ste Anne, et un peu partout. C’est bien fatiguant et surtout déprimant, on est continuellement en éveil, et tout en travaillant on est en alerte. Reçu lettre du Procureur de la République qui me demande de lui signaler les confrères de l’arrondissement cités et décorés. Sur 39 notaires de l’arrondissement il y avait 16 mobilisés…

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 juin 1917 – L’ennemi redouble d’acharnement vis-à-vis de nous. Bombar­dement des plus serrés sur les batteries de la rue Hennequin et le quartier Neufchâtel, qui est massacré de la place Luton à la rue Blondel.

Reprise du bombardement vers le Barbâtre.
Le communiqué annonce aujourd’hui 1 200 obus pour la journée du 24.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 25 – + 15°. Aéroplanes, tir contre eux. Visite à Clairmarais avec M. Abelé (le Curé). De 1 h. à 6 h. Bombardement acharné. De 12 h. à 6 h. des éclats tombent chez nous. Visite de M. Pierre Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 25 juin

A l’est de Vauxaillon, une vive contre-attaque nous a rendu la majeure partie du saillant encore tenu par l’ennemi au nord-est de la ferme Moisy.

Assez grande activité des deux artilleries dans la région Hurtebise-Craonne. Au sud de Juvincourt, nos contre-batteries ont enrayé un violent bombardement de nos lignes. Une contre-attaque allemande, qui se préparait dans cette région, n’a pu sortir de ses tranchées sous la violence de nos feux.

En Champagne, nous avons aisément repoussé une attaque ennemie au nord-est du Cornillet.

Vers Auberive, nous avons effectué un coup de main et ramené des prisonniers.

Canonnade sur la rive gauche de la Meuse.

Sur le front belge, les Allemands bombardent la région de Dixmude et de Steenstraete-Hetsas. Lutte de bombes à la Maison-du-Passeur. Les Anglais ont fait des prisonniers au sud de la Scarpe, au cours d’engagements de patrouilles. Canonnade vers Croisilles et Messines.

En Macédoine, rencontre de patrouilles dans la région du lac Doiran. A l’est du lac Presba, l’ennemi a exécuté de violents tirs d’artillerie et de mitrailleuses sur nos tranchées : il n’a tenté aucune action d’infanterie.

Le nouveau cabinet von Seidler, composé de fonctionnaires, est constitué à Vienne.

Un complot allemand, sur lequel le Storthing délibère en secret, a été découvert en Norvège.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 24 juin 1917

Louis Guédet

Dimanche 24 juin 1917

1016ème et 1014ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit d’insomnie à partir de 10h3/4 du soir, les allemands n’auront pas cessé de tirer sur la ville à intervalles irréguliers coup par coup toutes les 5 – 10 – 15 – 20 – 30 et 40 minutes, jusqu’à 5h du matin. Impossible de dormir, on était éveillé à chaque fois qu’on assoupissait. Tous ces obus passaient pour la plupart au-dessus de nous avec leur sifflement strident (c’étaient des autrichiens) ou alentours. Je suis éreinté. La nuit précédente du reste ils avaient déjà tiré sur Ste Geneviève mais moins longtemps, un incendie avait été allumé 8 rue Ste Geneviève chez Mme veuve Godart. Tout est brûlé. Je n’ai encore aucun résultat du bombardement de cette nuit qui semble avoir été fait par une unique pièce.

Ce matin il a fallu se lever à 6h1/2 bien fatigué pour aller à la dernière messe de 7h dite par l’abbé Divoir. Pas d’autres prêtres, que le jeune vicaire qui dirige les chants avec Mlle Becker comme organiste, Boudin, Jean du Nouveau Cercle et un autre. Sermon sur la fête de St Jean Baptiste dit par l’abbé Divoir, durant lequel les obus ne cessent de siffler. Salut en fin de messe, avec communion consommatrice donnée à la même fidèle, Melle Kauffmann (?). Depuis cela le canon n’a cessé de tonner contre les avions allemands. Pas un des nôtres ! comme…  toujours hélas ! pour leur donner la chasse. La nuit de même nous n’avons pas répondu par un seul coup de canon à cette pièce qui ne cessait de tirer sur nous ! On se demande, et je ne suis pas le seul, si vraiment nos états-majors noceurs ne le font pas exprès pour décourager notre si vaillante population. C’est à le croire. Du reste nos galonnés font tout, tout pour nous obliger à partir…

5h1/2 soir  Courrier assez volumineux auquel j’ai répondu rapidement. Porté ces lettres vers 2h1/2, de là passé au Petit Rémois lui causer de son article sur les décorations qui est très sobre, ce dont je l’ai félicité. On ne parle pas de moi, c’est ce que je désirais. Passé rue Buirette et au 19 – 21 (chez Madame Georges Goulet et les religieuses Auxiliatrices) j’entends un concert de violon, violoncelle, flute et piano. C’était une valse !! De la musique, une valse ? Dans nos ruines, dans nos larmes, au milieu du sang qui coule partout. Ce ne peut être que des galonnés ! En effet c’est là que se terre notre commandant de Place et ses valets ! Des femmes entrent pour égayer ce couvent sans doute ? Quelle honte. Il était exactement 2h25. Rencontré des officiers et des sous-officiers, toujours avec la même attitude provocante, insolente.

Il serait tombé cette nuit 2 bombes, au 1 rue Dallier où étaient installés les bureaux de la Place !! (Rayé)!! Quelle (rayé) ne passera pas (rayé) en (rayé).

Je file par la rue des Telliers – Tirelire où je constate l’état du 15, maison appartenant à notre Directeur de l’Enregistrement de la Marne, M. Barry (à vérifier). Elle est fortement abîmée au coin de la rue de la Tirelire et du boulevard de la République. (Au 2ème étage tout le coin est enlevé à cette hauteur) et poussé jusqu’au cimetière du Nord que je n’ai pas visité depuis 2/3 mois. Quels désastres !! Le péristyle de la chapelle est entièrement démoli…  la statue de l’Espérance en marbre du monument Godbert est broyée. Prié sur la tombe de mon pauvre ami Maurice Mareschal. Mais quelle désolation ! Des herbes folles, des orties partout, les sentes des chemins remplies d’herbes. Un vrai cimetière de campagne…  abandonné, oublié. Ce cimetière naguère si soigné, si entretenu, si…  léché !!… C’est pénible, mais il me semble cependant  qu’au milieu de cette végétation folle et désordonnée les morts reposent mieux de leur dernier sommeil. Personne ne vient les déranger, les indifférents fuient maintenant ce désert…  désolé. Pris un journal en rentrant et me voilà désœuvré, désolé, encore plus désolé de tout ce que j’ai vu. Il faut donc que partout où je porte mes pas je ne trouve que des ruines…  des désolations.

Rue de la Tirelire

Angle de la rue de la Tirelire et du boulevard Foch, ancien boulevard de la République

8h soir  Ce cimetière du Nord m’obsède. C’est le tableau de la dévastation au milieu du domaine de la mort. Ce ne sont que tombes et monuments brisés, broyés, pulvérisés, effondrés par les obus. Ce n’est que caveaux béants, laissant voir et cercueils et ossements, et sur tout cela une végétation estivale de forêts vierges et de savanes. J’erre pendant une heure dans ce vaste désert. De-ci de-là je me penche sur une tombe béante. Tout à coup un foisonnement, un bruissement, est-ce une âme qui me parle, un mort qui ahale une plainte contre les vandales qui ont troublé son repos éternel, non ce n’est qu’un merle qui me frôle, s’enfuyant d’un buisson de roses perché sur cette haie feuillue. La vie près de la mort. Rien de nouveau sous le soleil. Les morts dorment de leur dernier sommeil. Les oiseaux du ciel nichent et chantent parmi ces tombes au milieu des herbes folles. Je traverse au hasard ce monde de tombes, frôlant les unes, enjambant les autres, à m’y perdre. A un moment donné je suis obligé de m’orienter pour retrouver ma route, et comme je reprends ma marche un lapin de garenne au gîte déboule à mes pieds, bondissant, sautant et se terrant dans une tombe ! Je passe devant le monument de l’abbé Miroy qui est encore intact (Monument emblématique de ce cimetière représentant l’abbé Miroy étendu mort après son exécution par les prussiens le 12 février 1871). Les bombes des vandales respecteraient-elles la victime de 1870-71 ? Eux du moins ne respectent rien, pas même les morts. Le monument de Drouet d’Erlon est aussi indemne. Je quitte ce lieu de désolation. Le cœur rempli d’horreur de tout ce que j’ai vu.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 24 juin 1917 – Bombardement toujours très violent.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 24 – + 12°. Nuit tranquille sauf obus envoyés de temps en temps, où ? 6 h., aéroplanes, tir contre eux. Bombes sur l’avenue de Laon. Un Père du Saint-Esprit est obligé de se coucher par terre plusieurs fois en venant nous voir. Messe militaire à Ville-en-Selve, Fête du Sacré-Cœur. Sermon sur la France et le Sacré-Cœur au 8e d’Artillerie volante(1). Visite au Maire, bon chrétien qui tient l’harmonium à l’église. Mgr Neveux à Dizy, la matinée ; à Champillion (sic) l’après-midi. Quelques obus sifflent le soir vers 10 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Ce terme ne correspond à aucune unité e l’armée. S’agit-il d’un terme familier à mettre entre guillemets ou d’une erreur de transcription ?


Dimanche 24 juin

Violent bombardement, suivi d’une nouvelle série de tentatives allemandes sur les points attaqués les jours précédents, d’une part dans la région de Vauxaillon, d’autre part au sud et au sud-est de Filain. Toutes ces attaques ont été repoussées et n’ont valu à l’ennemi que des pertes sérieuses sans aucun avantage.

La lutte a été particulièrement vive entre la ferme de la Royère et la ferme Froidmont. Les Allemands qui avaient élargi leur front d’attaque à l’est de l’Epine de Chevregny jusqu’au nord de la ferme Froidmont, ont multiplié leurs efforts pour enlever les positions contre lesquelles ils s’étaient brisés la veille.

Les vagues d’assaut, disloquées par nos feux n’ont pu aborder nos lignes ni déboucher du saillant où elles avaient pénétré. D’autres tentatives ennemies, à l’est de Chevreux, à l’est des Cavaliers-de-Courcy et dans le secteur des Chambrettes, ont également échoué. De notre côté, nous avons fait dans les lignes allemandes plusieurs incursions qui nous ont valu des prisonniers.

Les Allemands ont jeté 1200 obus sur Reims.

Les éclaireurs russes ont réussi à occuper plusieurs tranchées allemandes. M. Venizelos est arrivé au Pirée sur l’invitation de M. Jonnart, pour conférer avec M. Zaïmis. Sur le front roumain de Moldavie, la lutte s’intensifie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Samedi 23 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 23 juin 1917

1015ème et 1013ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Beau temps ce matin. Nuit semblable aux précédentes, on dort toujours mal étant presque toujours en éveil. Je vais un peu mieux mais je suis toujours profondément triste. L’avenir est si sombre pour moi quand je songe aux miens, mes amis, femme, enfants, sans compter les soucis et tristesses présentes. C’est trop d’épreuves pour le même, toujours pour le même. Et pas une consolation, une satisfaction (rayé), mais quand on (rayé) ce que cela (rayé) à se (rayé) que (rayé) sont (rayé) et ont (rayé) devoir. Et puis faire (rayé) ? pour ce qu’il (rayé)!

6h soir  Journée blanche. Eté à mon courrier, lettres diverses, répondu. (Rayé) qui (rayé) si cela (rayé) peu de courage. (Rayé). Après-midi porté lettres. Journal Petit Rémois dont l’article de Paul Bienvenu sur les décorations est plutôt sobre. Il tape surtout sur la bande Guichard, Beauvais, Dramas, etc…  toute la camarilla. Ils ne l’ont pas volé. A peine rentré chez moi qu’on m’appelle 9, rue de l’Équerre pour un testament qui du reste était déjà fait. Je n’ai qu’à le compléter par un codicille. La testatrice me remet également ses quelques valeurs, ce dont je me passerais bien. Rentré chez moi, et voilà que çà recommence à taper comme ce matin de 11h à 2h sans discontinuer. Que Diable leur avons-nous fait pour qu’ils nous bombardent ainsi. Quelle vie de misère ! Heureusement que jusqu’ici ce n’est pas trop venu de notre côté. Je souhaite que cela continue. Je suis si peu fort maintenant !! Je ne pourrais plus résister je crois. A la Grâce de Dieu !

Le temps s’est maintenu beau, nous voilà engagés pour une nouvelle période de beau temps. Si encore nous étions bientôt délivrés. Mais hélas !! On parle déjà de passer l’hiver ainsi… Le pourrais-je ?… !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 juin 1917 – Bombardement sérieux vers les rues Ponsardin, Gerbert et du Barbâtre ; — 1 300 obus.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 13°. Bombes toute la matinée sur rue Ponsardin, Mont- Dieu, Barbâtre, Gerbert. Ce matin 6 h., bombes incendiaire rue Sainte-Geneviève. Visite d’un officier envoyé de la Place. Visite du Père de Comuet et du Père d’Herbigny ; de M. l’Abbé Thellier de Poncheville. Visite de la Cathédrale avec lui. Après-midi, obus comme dans la matinée. De 5 h. 30 à

5 h. Rafales jusqu’à 7 h., rue Gerbert. 16 obus à l’Ecole des Arts et Métiers. Aux Trois-Fontaines, un blessé. 1 obus chez M. Prévoteau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 23 juin

Sur le chemin des Dames, le bombardement de nos positions au sud de Filain et dans la région de Braye-en-Laonnois, s’est prolongé jusqu’au matin et a été suivi d’une série d’attaques très violentes.

Sur un front de 2 kilomètres, depuis l’ouest de la ferme la Royère jusqu’à l’épine de Chevregny, les Allemands ont lancé des forces importantes composées de troupes spéciales qui ont attaqué avec un grand acharnement, malgré les lourdes pertes que leur ont infligées nos feux. Sur la majeure partie du front attaqué, les forces de l’ennemi ont été brisées et les vagues d’assaut rejetées dans les tranchées de départ. Nous avons maintenu nos positions sauf au centre, où l’ennemi a pu, après plusieurs tentatives, pénétrer dans un saillant.

Les Anglais ont repoussé un coup de main allemand à l’est d’Epéhy. L’ennemi a laissé plusieurs cadavres sur leurs réseaux et un certain nombre de blessés, qui ont été capturés. Une tentative analogue a échoué également vers la ferme Villemont.

Un avion allemand a été abattu en combat aérien et six autres ont été contraints d’atterrir avec des avaries.

Le cabinet autrichien Clam-Martinic a démissionné une seconde fois en présence de l’opposition des Slovènes, des Tchèques et des Polonais.

Les Allemands ont annoncé aux Russes qu’ils allaient reprendre leurs attaques.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi 22 juin 1917

Louis Guédet

Vendredi 22 juin 1917

1014ème et 1012ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Journée de pluie torrentielle par ondées. Triste journée, de plus je suis assez souffrant de l’estomac. Fatigue, tourments, lassitude, découragement, etc…

Ce matin ouverture du coffre-fort Malaizé, 104, rue des Capucins, qui n’avait pu avoir lieu hier, et comme presque toujours il n’y avait rien de dedans. Il n’y a pas eu de scènes de déconvenue puisque les héritiers n’étaient pas là. En rentrant trouvé lettre désolée de ma pauvre femme. Elle tombera certainement malade et ce n’est pas cela qui me remonte. Contrairement à ce qu’elle croyait les enfants sont toujours à Mailly. J’attends donc la venue de Robert pour partir. Sorti porter mes lettres à la Poste où j’ai rencontré le Maire qui a causé un instant avec moi. Il y avait une réunion quelconque là car j’ai aperçu Dramas, Beauvais, le sous-préfet, etc… Passé ensuite à l’Éclaireur prendre des circulaires pour les maires de mes 4 cantons relatives aux mariages d’étrangers, et rentré chez moi, fatigué et bien découragé. Si je m’écoutais je ne cesserais de pleurer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 22 – + 13°. Pluie. Via Crucis in Cathedrali. Bombes fusantes et autres par intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 22 juin

Un violent combat s’est poursuivi à notre avantage à l’est de Vauxaillon. Une contre-attaque de nos troupes sur la partie de tranchées occupée par l’ennemi dans le secteur de la ferme Moisy a donné de sérieux résultats. A l’heure actuelle, nous avons repris la totalité de nos positions à l’exception d’un saillant situé à 400 mètres au nord-est de cette ferme où des fractions ennemies se maintiennent encore; la lutte d’artillerie reste très vive dans toute cette région.

Entre Hurtebise et Craonne, bombardement assez violent de nos premières lignes.

En Champagne, nous avons réalisé une avance au nord-est du mont Cornillet, dans des conditions particulièrement brillantes. Une tentative allemande a été repoussée par nos grenadiers, qui ont rejeté l’ennemi jusque dans sa tranchée de départ dont ils se sont emparés. Nous avons progressé de 300 mètres en profondeur sur une largeur de 600.

Sur le front de Macédoine, l’aviation britannique a bombardé les camps et les magasins ennemis de Bogganci (entre le lac Doiran et le Vardar) et de Vetina, sur la Strouma.

Les Italiens se sont emparés d’une nouvelle cime dans le massif d’Asiago.

Une partie de l’opinion suisse demande la démission du général Wille, généralissime et du colonel Sprecher von Bernegg, chef d’état-major général.

Constantin 1er est parti pour les Grisons.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Jeudi 21 juin 1917

Louis Guédet

Jeudi 21 juin 1917

1013ème et 1011ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Hier soir pluie diluvienne. Nuit calme. Ce matin beau temps. Pas de canon. On doit venir me chercher tout à l’heure pour l’ouverture d’un coffre-fort au 104 rue des Capucins, et ce sera le 55ème ou le 56ème depuis la Guerre. Celui-là je crains bien qu’on n’y trouvera rien. Enfin nous verrons. Sans greffier je suis obligé d’agir seul. C’est plus ou moins régulier, mais comment faire autrement, et puis…  C’est la Guerre !

6h soir  Journée quelconque. Reçu lettre fort triste de ma chère femme qui se mine (la santé) en nous sentant exposés à 3. Je ne sais que lui répondre. Elle voudrait que je quitte Reims, je ne puis et ne le dois pas. Alors. Elle craint que Jean et Robert ne soient plus à Mailly et qu’ils se soient rapprochés du front. M. Thévenot, l’instituteur de St Martin lui ayant dit que le 61ème serait cantonné à Chepy (au sud-est de Châlons)! près de Châlons !…

Donné consultation à la Poste à la pauvre veuve de Henry, tué il y a quelques jours. Pas de testament en sa faveur, là voila aux prises avec son beau-père et des collatéraux mâtinés en pays envahis ou non. Je vais la faire nommer administratrice provisoire, seul moyen de la faire vivre en attendant la fin de la Guerre. De là été faire signer une notoriété après le décès d’un fils de Cochain, boulanger, 41, rue du Barbâtre (une boulangerie existait encore à cette adresse en 1975), capitaine au 50ème d’artillerie, très brillant officier sorti de Polytechnique 1er ou 2nd, (Albert Rémy Cochain, capitaine au 50ème RAC, décédé des suites de ses blessures au Mont-Haut à l’ambulance 232 de Mourmelon-le-Petit le 4 mai 1917) il a son plus jeune frère qui a été avec Jean à Fontainebleau.

Reçu lettre Jolivet me disant qu’on était très surpris à Paris que je n’ai pas figuré dans la liste de dimanche pour les rubans, et qu’Émile Charbonneaux aurait beaucoup insisté pour que j’y figure. De la part de ce dernier cela me surprend tout en me faisant plaisir si c’est exact, car nous n’avons que des relations correctes…  et nullement les mêmes idées…

Ensuite été voir l’abbé Camu pour lui verser une somme de 150 F par l’oncle Césaire Goulet pour nos prisonniers de Guerre de la Marne. Causé longuement des décorations (on en radote dans notre pauvre ville ruinée) Dieu la bougre de liste aura-t-elle fait de mécontents…  moins parmi les élus !!! à cause des…  voisinages !! L’abbé, qui n’est pas bête loin de là, est comme moi, cela le dégoute que le Cardinal ait été décoré avec Dramas et Beauvais ! Tristes acolytes, qui ne peuvent que déflorer une décoration trop bien gagnée par le cardinal, Charbonneaux et de Bruignac.

Comme j’écrivais ces lignes est venu le bon Père Desbuquois, le fin, le pétillant et le grand cœur qu’il est. Causé alors à cœur ouvert, je devrais dire à cœur ulcéré (de ma part) ouvert de tout cela. Je l’avais rencontré tout à l’heure et j’avais voulu lui dire ce que je venais d’apprendre de Jolivet que Charbonneaux avait insisté pour ma promotion…  Je ne sais, mais le brave Père me rappelle beaucoup le Père Jenner et comme aspect très le brave abbé Monot curé de Perthes qui m’affectionnait tant, et qui a été réellement la cause primordiale de ma carrière de notaire à Reims, quand en 1890 il était venu ici se faire opérer (couper  le pied droit !) et que là, enfant abandonné il m’avait jeté dans les bras de Mère St Jean (vit-elle encore à Cras Avernas !) de Charles Decès, Pierre Minelle et de mon cher Maurice Mareschal mon hôte ici, moi le sans-logis. Est-ce que ce serait une dernière étape pour le…  triomphe définitif, inéluctable et justicier !…

Ce serait bizarre !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 juin 1917 – L’Éclaireur de l’Est mentionne plus de 3 000 obus pour la journée du mardi 19. Depuis longtemps, le chiffre journalier des projectiles qui nous sont envoyés est très élevé.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – + 17°. Nuit tranquille. Aéroplanes. Visite de M. de Maricourt. Dans la journée, bombes par moments. Le soir vers 10 h. bombes sifflantes qui éclatent au-dessus de la ville ou des batteries ou sur les voies de ravi­taillement. Éclairs de canons très lointains, dont je n’entends pas le bruit, à l’est de Reims : deux foyers qui pouvaient bien être Nogent ou Moronvillers.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 21 juin

A la suite d’un vif bombardement entre l’Ailette et le moulin de Laffaux, les Allemands ont attaqué nos positions sur un front de plus d’un kilomètre. L’attaque, très violente et menée avec de gros effectifs, a réussi à prendre pied dans une partie de la tranchée de première ligne, à l’est de Vauxaillon, au sud de Filain.

Une autre tentative allemande sur un saillant de nos lignes, à l’est de la ferme de la Royère, n’a obtenu aucun résultat.

La lutte d’artillerie a été vive entre Hurtebise et Chevreux et sur le front de Verdun, dans le secteur de Vacherauville et des Chambrettes.

Au nord de la Souchez, les Allemands ont tenté par quatre fois de reconquérir les positions occupées par les troupes britanniques. Ils ont été complètement repoussés.

Un avion allemand a été abattu en combat aérien et un autre descendu par les canons spéciaux.

Les Italiens ont conquis une cime du mont Ortigara, dans le Trentin et fait 1000 prisonniers.

L’ex-roi de Grèce Constantin, qui a été conspué à Lugano, où il était arrivé, a décidé de quitter cette ville.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Mercredi 20 juin 1917

Louis Guédet

Mercredi 20 juin 1917

1012ème et 1010ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit relativement calme, malgré les obus envoyés vers l’abattoir. Temps lourd avec soleil voilé, un peu d’air cependant. Je suis affalé. Vais-je tomber ? Mon vieux clerc M. Millet me disait tout à l’heure que dans leur quartier de Courlancy les soldats étaient continuellement ivres et chantaient…  hurlaient l’Internationale ouvertement dans les rues ! Alors ?!! et où allons-nous ?! Je tâche de m’occuper mais je n’ai de goût à rien, et tout effort me coûte.

5h soir  Journée banale. Peu de lettres, une de Robert qui s’attend à avoir sa permission d’un moment à l’autre. Eté voir le P. Desbuquois (Gustave Desbuquois, jésuite né à Roubaix, directeur de l’Action populaire à Reims de 1905 à 1946 (1869-1959)) pour lui annoncer que j’avais enfin reçu sa lettre. Causé très longuement avec lui. Il est surtout très impatient de connaître le résultat des démarches de M. Bossu à Paris. Il a à cœur que ma nomination arrive tout de suite, c’est comme s’il savait quelque chose qu’il ne veut pas me dire, ou ne peut me dire. Et comme moi il est d’avis qu’à tout point de vue ma nomination  viendra du Ministre de la Justice. Ce serait un bon soufflet donné à nos politiciens radicaux et mesquins. Comme il me le demandait je me suis assuré tout à l’heure à l’Éclaireur de l’Est si Dramas était resté à Reims tout le temps. Il y est resté même pendant l’occupation prussienne. Je le lui dirai quand je le reverrai. Vu aussi rue de Venise le Père Virion, toujours aussi souriant. Le P. Desbuquois est intelligent, très, et très fin. Et on peut causer très nettement avec lui. Vers 9h1/2 je l’ai quitté, été à la Poste, acheté un journal en route. Passé au Palais et de là à l’Éclaireur pour mon renseignement et une circulaire que j’ai à envoyer pour mes justices de Paix aux maires de mes 4 cantons, relativement aux mariages d’étrangers avec des français qui ne pourront avoir lieu qu’avec l’autorisation du Garde des Sceaux. On fait bien, mais on ferait mieux d’interdire les mariages avec les Germains sans distinction.

Le P. Desbuquois s’est intéressé à mes notes et paraissait heureux que j’aie eu la patience de les continuer. Je lui ai expliqué comment je procédais, il m’approuvait de laisser aller ma plume au fil de ma pensée afin de donner plus de vie et de précision du moment à ce que je notais. Il était aussi de mon avis quand je lui disais qu’il me faudrait un Barrès (Maurice Barrès (1862-1923)) ou un Bazin (René Bazin (1853-1932)) pour les condenser et mettre au point. Néanmoins il me conseillait d’y travailler dès que les hostilités cesseraient.

Journée chaude mais avec de l’air cependant, et toujours la canonnade quotidienne, habituelle et meurtrière. Chaque jour ne se passant pas sans avoir quelques victimes au tableau.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 juin 1917 – Les services de la mairie et de la police, sont heureux de quitter la cave de la maison Werlé & Cie, 6, rue de Mars, où ils ont reçu l’hospitalité, avec l’administration municipale, le 21 avril der­nier et qu’ils occupaient depuis cette date — pour s’installer au rez-de-chaussée du même immeuble, dans le cellier d’expédition où a eu lieu la cérémonie de la remise des décorations, dimanche dernier 17 juin.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Caves Mumm, ancien cellier Werlé


Cardinal Luçon

Mercredi 20 – + 19°. Nuit tranquille. Orage lointain. Matinée tranquille ; visite de M. le Curé de Sainte-Geneviève. Aéroplanes. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 20 juin

Violente lutte d’artillerie en Champagne, entre le mont Blond et le mont Cornillet. Une forte contre-attaque allemande sur les positions que nous avons conquises dans cette région a été brisée par nos feux. L’ennemi a subi des pertes sérieuses et a laissé de nouveaux prisonniers entre nos mains.

Des tentatives ennemies sur nos petits postes au nord de Saint-Quentin et vers la tranchée de Calonne ont échoué. Rencontres de patrouilles en forêt de Parroy; nous avons fait quelques prisonniers dont un officier.

Les Anglais ont exécuté des coups de main sur les positions allemandes au sud-est du Verguier et vers la route Bapaume-Cambrai. L’ennemi a eu un certain nombre de tués et ses abris ont été détruits. Nos alliés ont marqué une légère avance sur le champ de bataille d’Arras en faisant 35 prisonniers. 4 canons de campagne sont tombés entre leurs mains. Ils ont abattu 6 avions ennemis.

M. Hoffmann , chef du département politique au Conseil fédéral suisse a dû démissionner à la suite de la découverte d’un télégramme chiffré envoyé par lui à Petrograd et qui transmettait des propositions allemandes en vue d’une paix séparée avec la Russie.

Une crise ministérielle s’est produite à Vienne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Mardi 19 juin 1917

Louis Guédet

Mardi 19 juin 1917

1011ème et 1009ème jours de bataille et de bombardement

1h  Nuit agitée et lourde. Tirs à tort et à travers, en sorte qu’on est toujours en éveil. C’est le manque de sommeil continuel. Température torride, du vent cependant, mais dont on ne peut jouir, hélas ! Rien d’intéressant. Poste sans courrier (2 lettres). Causé avec Beauvais toujours rayonnant. En le quittant je passe voir Guiot, du Petit Rémois, pour le prier de ne rien faire de ce qu’il voulait écrire sur moi dans son article de protestation contre les…  gaffes de dimanche. Je ne veux pas être mêlé à tout cela, les 2 partis me dégoûtent trop. Je réclame donc le silence. Si cela continue cela me dégoûtera à tout jamais de porter un ruban quelconque !

Ecrit à M. Bossu, pour lui dire tout ce qui se passe ici à ce sujet, et lui faire voir qu’à tout prix il faut que notre Grand chef enlève l’affaire tout de suite, pour cingler tous ces gens-là, à qui je ne veux rien devoir, et pouvoir le leur faire sentir.

6h soir  Pas de nouvelles intéressantes. A 2h porté quelques lettres, poussé jusqu’à la Mairie pour une légalisation de signature. Vu le Maire un instant et rentré chez moi, mais en passant devant Melle Payard, elle m’a forcé à entrer. Causé de nos lassitudes, enfin rentré chez moi. Voilà la journée. Je ne parle pas des bombardements, c’est toujours et tous les jours la même chose. Vie mourante.

Je me suis renseigné sur les demandes du Colonel du 118ème de ligne, le Colonel Nantin (à vérifier) 18, rue Jeanne d’Arc, près de la Place, afin de savoir à qui m’adresser au cas où les 2 sous-officiers de l’autre jour me chercheraient noise s’ils me rencontraient. Il est bon d’être documenté avec  ces pierrots-là.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 juin 1917 – Bombardement dès le matin et tir sur avions.

Le communiqué annonce 2 000 obus sur Reims, pour la journée d’hier 18.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 19 – + 19°. Nuit tranquille en ville. A 6 h. 10, bombes sifflantes, brusques. 9 h. violent bombardement sur…. Avions français et allemands : tir contre eux. De 2 h. à… bombes presque continuelles sur Saint-Remi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 19 juin

Activité marquée de l’artillerie dans la région de Laffaux, au Panthéon et dans le secteur Craonne-Chevreux.

En Champagne, nous avons réussi une opération de détail qui nous a rendus maîtres d’un système de tranchées allemandes formant saillant dans nos lignes sur un front de 500 mètres environ entre le mont Cornillet et le mont Blond. Nous avons fait, au cours de cette action 40 prisonniers dont un officier.

Les Allemands continuent à bombarder la ville de Reims. 2000 obus ont été lancés dans la journée. Un civil a été tué et 3 blessés.

Sur le front belge, grande activité d’artillerie dans la région Lizerne-Boesinghe. Durant la journée, légère canonnade sur toute la ligne. Sur le front britannique, l’ennemi a lancé à la faveur d’un bombardement, une forte attaque locale sur les positions conquises par nos alliés à l’est de Monchy-le-Preux. Les troupes anglaises ont dû abandonner certains postes avancés établis en avant de leur nouvelle position principale. Cette position principale demeure entre leurs mains.

En Macédoine, l’aviation britannique a bombardé avec succès la gare de Tomba, à 12 kilomètres de Serès, et plusieurs dépôts de munitions ennemis.

En Thessalie, l’avance de nos troupes continue à s’opérer sans difficulté. Toutes les communes de la région Larissa-Volo ont adhéré au mouvement vénizeliste.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 18 juin 1917

Louis Guédet

Lundi 18 juin 1917

1010ème et 1008ème jours de bataille et de bombardement

6h matin  Hier soirée orageuse, lourde, nuit étouffante, énervante, on ne pouvait dormir, puis ajouté à cela le canon et les obus. Orage formidable vers 2h du matin qui nous a encore empêchés de dormir avec son tonnerre. La température est un peu rafraîchie. Et à 5h1/2 un obus tout proche arrive en hurlant. Au 3ème je me lève pour être prêt à descendre. En ce moment ils continuent à tomber à assez larges intervalles, mais ils paraissent s’éloigner de notre quartier.

Hier vers 8h du soir, des soldats ivres firent du tapage à ma porte, et comme ils continuaient, je les attrapais, mais 2 sous-officiers du 118ème (un adjudant et un sous-lieutenant, Croix de Guerre s’il vous plait) s’en mêlèrent comme je leur demandais d’intervenir pour faire cesser ces braillards avinés, or eux-mêmes, passablement  avinés, sentant l’alcool et l’absinthe et éméchés, se mirent à m’attraper et à la fin prétendant que j’avais insulté leur régiment : Le Dix-huitiêêêêême !! Criaient-ils et me menaçaient d’en référer à leur colonel pour me faire…  expulser. Rien que cela !! Le papa Morlet et sa femme et un autre ménage étaient outrés de la scène. Allez donc compter sur des officiers pareils pour sauver la France, et nous délivrer !…  Tout cela est bien triste.

6h10  Cela paraît être fini. Inutile de se recoucher. Je vais faire ma toilette et m’habiller définitivement, mais pour quoi faire ?? Mon courrier est à jour, et pas de travail pour aujourd’hui. Le désœuvrement me fatigue et me déprime autant que le bombardement.

7h1/4  L’orage reprend depuis une demi-heure, et les éclatements du tonnerre se mêlent à celui des obus en sorte qu’on ne sait lequel des deux qui éclate près ou au-dessus de vous. Quelle vie ! La pluie tombe comme à regret, cela rafraichirait cependant un peu l’air qui est brûlant. C’est le tonnerre sans eau ou à peine. Tout se coalise pour nous détruire. A l’instant même un coup strident et l’éclair en même temps. La foudre vient de tomber tout proche, sur les arbres de chez Benoist probablement, très près. Cela m’a fait sursauter. L’air, du reste est chargé, surchargé d’électricité. Et pas une goutte d’eau ! C’est à se demander si ce n’est pas la fin du monde. Je suis tout bouleversé. Extrêmement fatigué d’une nuit presque blanche et des 3 précédentes.

6h1/2 soir Bombardement toute la matinée, des victimes rue des Moulins, etc…  Dondaine est venu me voir et m’apporter des pièces diverses.

Vu à 10h Beauvais qui m’a conté comment les remises de décorations d’hier ont eu lieu. Le Président de la République était accompagné de Vallé, Bourgeois, Lenoir, de Mun, du Général Micheler et du Général Fayolle, du Général Cadoux de la Place. Entrevue très cordiale avec le cardinal, qui a été décoré le premier, puis de Bruignac, Charbonneaux, Beauvais, Harman (absent) (remise au maire), Dramas et Martin. Croix de Guerre Mmes Luigi et Tonnelier, citations diverses mais avec des oublis criants et déplorables aux dires mêmes de Beauvais, qui a esquissé une pointe pour moi à laquelle je n’ai répondu que par l’indifférence. Ah ! non alors, je n’ai qu’un désir, c’est d’être décoré bientôt à la barbe de tous ces politiciens et radicaux par le Ministère de la Justice, et le faire sentir que je ne leur dois rien, tandis que je leur ai rendu des services.

Le Président a visité ensuite la Cathédrale, qui, parait-il, est dans un état lamentable. Beauvais à qui j’ai nettement dit que je ne voulais pas avoir le nez cassé m’a promis de me la faire visiter. Bref cérémonie officielle, où on critique durement le Maire. Mon pauvre papa Langlet, ton étoile pâlit. Beauvais m’amusait quand il me disait que le Maire avait fait l’éloge de ses 2 adjoints, mais il aurait dû glisser un mot pour le cardinal et…  les autres, lui et Dramas sans doute ?… ?!… En tout cas, d’après ce que je sais d’aujourd’hui. Côté Beauvais, Lelarge, Benoist et Cardinal (Mgr Neveux et l’abbé Lecomte en plus) le Président a été vraiment gracieux, et pour le cardinal a été d’une courtoisie parfaite. De plus il aurait insisté dans son discours pour dire que la liste de reconnaissance de la France pour les Rémois qui ont fait leur devoir et plus que leur devoir n’était pas close. Il n’est que temps pour les braves gens que je connais à qui on devrait donner des kilos de rubans, et certes je ne prie pas pour mon saint ! Je sacrifierais volontiers celui qu’on me destine pour que les autres qui l’ont certes aussi bien mérité que moi l’aient tout de suite.

Après-midi rendu visite au cardinal, très heureux. Vu Mgr Neveux qui m’a confirmé ce que m’avait dit Beauvais, attardé à jaser avec le fin abbé Lecomte et rentré vers 5h du soir. Avec un courrier en retard à rattraper. Sorti après dîner, porté mes lettres, poussé jusqu’au « Petit Rémois » pour dire à Etienne qui avait dit qu’il parlerait de moi à propos de ces fameuses décorations pour le prier de n’en rien faire. Le fera-t-il ? Je ne sais ? En tout cas j’ai demandé le silence qui est d’or plus que jamais. Malheureusement je ne puis les empêcher de causer s’ils le veulent.

Rencontré de Bruignac au moment où je causais avec le chef du service de ravitaillement M. Robiolle (Léon) qui (Dieu ! qu’il en a sur le cœur depuis hier !) a plutôt la langue bien pendue. Bref de tout cela et de cette journée d’hier plus de mécontents qu’on ne pense, et je dois avouer qu’il y a eu des gaffes formidables de commises ! Et il était si simple de contenter ces humbles si courageux, si admirables. Bref, Reims est en révolution, crie, hurle, s’agite et n’est pas contente. On dit « Vox populi, vox Dei », je le crois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 juin 1917 – Bombardement.
M. Edmond Henry, couvreur, est tué dans la matinée, devant son domicile, rue des Moulins.

Le communiqué annonce 1 200 obus pour la journée d’hier 17.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 18 – + 21. Nuit tranquille. 4 h. Orage presque sans pluie vers 4 h.-

5 h. bombes sifflantes de fort calibre, où ? 6 h. 35, plusieurs grosses bom­bes assez près de nous. Orage violent : la foudre tombe entre l’Hôtel de Ville et la Cathédrale, pendant ma messe. 2 fois. Visite au Docteur Gaube. 9 h. 30, orage violent, grêle. Visite des Sœurs de l’Espérance. A 2 h. du Clergé, du Capitaine de Pimodan, et d’un aumônier (de Limoges), du Général de Mondésir et du Capitaine d’Aubigny. Violent, violent combat à l’est de Reims. Vers 9 h. pendant 1 heure probablement du côté de Moronvilliers.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 18 juin

Dans la région au nord-est de Cerny, l’ennemi a déclenché un feu violent sur nos positions de la Bovelle, tandis que ses détachements d’assaut se rassemblaient dans les tranchées. Notre artillerie a fait avorter ces préparatifs d’attaque et ramené le calme.

Plus à l’est, la lutte d’artillerie a pris un caractère d’extrême intensité dans le secteur d’Hurtebise. Des reconnaissances allemandes ont été dispersées par nos feux à l’est de Reims et au nord d’Emberménil.

En Woevre et dans les Vosges, à l’Helsenfurst, nous avons réussi des coups de main qui nous ont permis de ramener des prisonniers et de détruire de nombreux abris.

Sur le front britannique, canonnade près de Croisilles, aux abords de Lens et aux environs d’Ypres.

7 avions allemands ont été détruits par nos alliés.

Un zeppelin a été abattu au cours d’un raid sur l’Angleterre.

Les éclaireurs russes ont manifesté de l’activité dans la région de Lusetz. Fusillade sur le front roumain.

Activité d’artillerie sur le front Italien, en Carnie. Les batteries autrichiennes ont tiré contre les positions de nos alliés au Val Piccolo et au Val Grande. L’ennemi a subi des pertes en plusieurs rencontres partielles.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 17 juin 1917

Louis Guédet

Dimanche 17 juin 1917

1009ème et 1007ème jours de bataille et de bombardement

1h1/2 après-midi  Nuit plus qu’agitée, des bombes un peu partout à chaque instant, bataille, peu ou pas dormi. Chaleur torride ajoutée à cela. On est à moitié démoli. Ce matin messe à 7h dite par Mgr Neveux. Le Cardinal a lu une lettre relative au vœu au Sacré-Cœur pour la délivrance et le triomphe de la France fait par tous les archevêques et évêques de France, et célébré à partir du Sacré-Cœur tous les ans le vendredi de la Fête-Dieu. Assez de monde. (Rayé) qui était (rayé) comme (rayé) il ne voulait pas (rayé). Pensez donc ? On (rayé) en ce moment ! Quant au Cardinal, c’est la bonté et le sourire même, quelques communions et la communion consommatrice de la même fidèle de l’Hostie qui a servie à la bénédiction du Salut après la messe.

Rentré travailler, mais fatigué de la nuit. Eté au courrier rue Libergier. Peu de lettres, aperçu Beauvais, toujours la bouche en cœur, on décore donc en ce moment même notre bon Cardinal. (Rayé) et Dramas de l’Éclaireur de l’Est. Ces (rayé) déshonorent la (rayé) 3 premiers. Ma foi je ne vais pas (rayé) là, non j’aime mieux avoir ma croix de la Justice et…  même tout seul. Vraiment mon (rayé) me semble être le (rayé) et Dieu sait quels piètres (rayé). Je passerais encore (rayé) mais (rayé) un politicien, arrivé à peine depuis 8/10 mois, qu’on décore avec ceux qui sont restés tout le siège de Reims (34 mois) et qu’à-t-il fait, rédigé l’Éclaireur de l’Est qui (rayé) avait (rayé) ici par Lenoir et Mignot pour éclairer le Monde (?) non Reims dans les ténèbres de l’obscurantisme, puisque l’Éclaireur n’éclairait plus notre ville en deuil de sa bonne parole. Bref au marché entre pantins…  Lenoir disant à Dramas : « Viens à Reims et dans 6 mois on te décorera !… » Je me demande si Dramas, ayant ce qu’il désire, ne va pas fiche le camp comme les autres décorés…  Mme Fouriaux, Guichard qui ne cherche qu’un prétexte, et autres blédards de même tonneau. Pantins. Je le répète.

Je n’ai qu’un désir, c’est que bientôt et vite le Ministre de la Justice me décore à la barbe de tous ces pleutres-là. Au moins j’aurais la satisfaction de penser que je ne leur dois rien, en attendant que je leur dise, et en plein bec. C’est moi qui aurais eu le sourire…  Et ma foi, ils ne l’auront pas volé.

1h3/4  Çà tape toujours, heureusement que nos décorateurs décorent dans les caves Werlé où est installé l’Hôtel de Ville. (Rayé).

Je vais tâcher d’aller faire un tour pour tuer mon temps, en attendant d’être tué…  moi je ne puis espérer qu’une croix de bois, et encore est-elle bien nécessaire pour que je repose de mon dernier sommeil. Un peu de gazon ! C’est suffisant !

4h1/2 soir  Porté travail à mon vieil expéditionnaire M. Millet, rue Souyn, revenu par les marais et les tilleuls. Les pauvres tilleuls !! Ils sont radicalement mangés par les chenilles. C’est navrant, et plus d’ombre. Retourné pour prendre un journal que je trouve place d’Erlon. Je ne vais pas plus loin et me dispose à rentrer chez moi quand je rencontre M.M. Albert Benoist et Lelarge qui m’annoncent la venue de Poincaré, Président de la République, accompagné de Léon Bourgeois, Vallé, Monfeuillart, etc…  des généraux Micheler (commandant la Vème Armée depuis le 22 mai 1917), Fayolle (commandant le groupe d’Armées du centre depuis mai 1917) pour décorer le Cardinal qui était très ému, parait-il. Échange de discours parfaits me disent ces Messieurs…  Émile Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais, Dramas et ce bon M. Martin, secrétaire de la sous-préfecture, il l’a bien gagnée. Croix de Guerre à Mmes Luigi et Tonnelier des Hospices, et enfin des citations à l’ordre…  assez nombreuses. Et voilà les nouvelles.

On voit bien que le Président de la République venait, car on ne voyait pas un soldat et encore bien moins nos galonnards fêtards et pillards. Il fallait jeter de la poudre aux yeux, et éviter de montrer les désordres journaliers de nos rues…  Brutes, va !!

Comme je causais avec ces messieurs, le bon Père Gérard, un original, m’interpelle : « Eh ! bien ! M. le juge de Paix, vous n’êtes pas décoré des 2 croix, Légion d’Honneur et Croix de Guerre ?! » Alors de lui répondre : « Pensez-vous ? Il n’en peut être question. Et puis vous dites des choses qu’on ne doit pas dire, encore bien moins penser parce qu’elles n’arriveront jamais ». Alors lui de protester, mes 2 interlocuteurs étaient plutôt en harmonie. Je les quittais en rentrant mélancoliquement chez moi, dans ma prison. Beau jour pour les uns et tristesse pour moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 17 juin 1917 – Bombardement, le matin, vers Pommery.

Dans la matinée, à la mairie où j’étais allé, comme d’ha­bitude, M. Raïssac m’a fait savoir que le président de la République doit venir cet après-midi remettre quelques décorations, notam­ment la croix de chevalier de la Légion d’Honneur à Mgr le cardi­nal, MM. Em. Charbonneaux et de Bruignac. M. Raïssac exprimait le désir que l’invitation d’assister à la cérémonie qui aura lieu à 14 h, dans le cellier d’expédition de la maison Werlé & Cie, 6, rue de Mars, et ne devait pas être connue plus tôt, soit transmise aux collègues qui pourraient en être avertis.

Je vais sans tarder, faire part de cette invitation du secrétaire en chef à Cullier.

A 14 h 1/2, M. R. Poincaré, président de la République, en vareuse, jambières et casquette à visière de cuir, descend d’une auto qui vient de s’arrêter aux caves de la maison de vins de Champagne de Mun, 6, me de Mars (dont la raison sociale est : Werlé et Cie). Il est suivi de quelques personnages officiels.

Montant rapidement les marches accédant dans la salle où se trouve réunie une assistance peu nombreuse, il va directement vers Mgr Luçon, à qui il donne l’accolade, salue le maire, puis les futurs légionnaires s’étant alignés, le président de la République exalte leurs mérites en un petit discours très élevé, disant combien ils se sont montrés dignes de la récompense qu’il a la joie de leur ap­porter, au nom du gouvernement de la République.

Mgr le cardinal répond par quelques mots seulement, pour remercier M. le Président de la République, en reportant sur son clergé, dont il loue l’attitude, les mérites du grand honneur fait à sa personne.

M. R. Poincaré remet alors aux nouveaux décorés, dans l’or­dre suivant, la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, qu’il épingle sur leur poitrine, après lecture de la citation concernant chacun d’eux, par un colonel : S. Em. le cardinal Luçon ; MM. Em. Charbonneaux et de Bruignac, adjoints au maire ; Beauvais, direc­teur de l’école professionnelle ; Martin, secrétaire général de la sous-préfecture ; Dramas, rédacteur de L’Eclaireur de l’Est ; M. le Dr Harman, absent, est également nommé.

La croix de guerre est décernée ensuite à Mlle Luigi, directrice de l’hôpital civil et à Mme Tonnelier, puis, sont cités à l’ordre du jour civil : MM. Marcelot, chef-fontainier du Service des eaux ; Plichon, chef-mécanicien à l’Usine des eaux ; Raullaux, directeur du Service des Eaux ; Dr Gaube ; Palliet, commissaire central de police ; Speneux, commissaire de police du 3e Canton : Grandin, chef du service du Ravitaillement ; Rousseaux, directeur de l’abat­toir.

Le personnel de la mairie, fier de voir à l’honneur ceux qu’il a vus à l’œuvre depuis septembre 1914 — M. Emile Charbonneaux et de Bruignac, adjoints, ainsi que des collègues ou camarades dont le rôle a été particulièrement remarqué — est heureux aussi d’assister à cette réunion toute d’intimité, qui se déroule sans pro­tocole, sans service d’ordre et sans le moindre apparat dans une salle bombardée, dont les murs laissent voir la brèche d’entrée d’un obus. Aucune tenture, aucun écusson ne sont venus amoin­drir le caractère inopiné de la visite présidentielle, que ce cadre non apprêté rend d’une simplicité émouvante, dans une atmos­phère toute de sympathie.

Le service d’honneur est fait par quatre hommes du 410e d’infanterie, commandés par un lieutenant et escortant le drapeau du régiment.

Deux ou trois gendarmes, venus en même temps que les voitures, étaient restés dans le chartil.

Pendant le cours de cette cérémonie qui se termine dans l’ab­solu mélange des personnalités et des invités désirant présenter leurs félicitations aux décorés, j’ai entendu le ronronnement d’un avion chargé sans doute d’exercer une surveillance au-dessus du local où elle avait lieu.

Étaient présents : les sénateurs et députés de la Marne ; le préfet, le sous-préfet, le maire de Reims, M. le Dr Langlet, les géné­raux Fayolle, Mucheler, Cadoux et d’autres officiers, quelques membres du clergé de l’archevêché ayant accompagné Mgr Luçon, avec M. le chanoine Lecomte, secrétaire général, trois ou quatre dames et les représentants des services municipaux ayant pu être prévenus — mairie, police, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Sur la photo autour du Président et du Maire Langlet : Chapron , Valle, Monfeuillard, Baillez, Cadoux, Harman, Guichard, Bataille, Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais, Martin, Dr, Raissac, Paillet, Lejeune, Demaison, Rousseau, Raullaux, Chatelle.

Source de la photographie : Archives Municipales et Communautaires, Reims


Cardinal Luçon

Dimanche 17 – A 8 h., + 23°. Messe Chapelle du Couchant, lecture par moi-même de la Lettre pastorale n° 101, et du Vœu au Sacré-Cœur. Aéro­planes, tir contre eux ; tir continu (les 2 batteries ?) toute la matinée. Visite à Reims du Président de la République. Il remet la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur à MM. de Bruignac, Charbonneaux – et autres, et à moi. Je le remercie. Je lui fais visiter la Cathédrale. Au sortir, il me fait remettre un billet de 500 f. pour mes œuvres. Bombes jusqu’à 3 h. 2 obus à Saint- Maurice. Plusieurs personnes ont été blessées dans la matinée. M. Poin­caré va les visiter.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

17 juin 1917, visite du président Poincaré à Reims, ici avec le Cardinal Luçon, au fond à gauche, le Docteur Langlet Collection Gallica-BNF


Dimanche 17 juin

Canonnade assez vive sur le front de Champagne.

Près de Courcy, nous avons repris une tranchée dont tous les occupants ont été tués ou capturés.

Sur le front italien, à l’est du massif de l’Adamello, des détachements d’un bataillon alpin et des skieurs, malgré une défense acharnée de l’ennemi, ont attaqué la position de Corno-Cavento (3400 mètres d’altitude), qu’ils ont prise d’assaut. Les Italiens ont fait des prisonniers et capturé 2 canons de 75, un mortier et 4 mitrailleuses. Sur tout le front du plateau d’Asiago, l’ennemi a entretenu un violent feu d’artillerie.

Sur l’Ortigaro, les positions italiennes ont été de nouveau attaquées avec une extrême violence. L’ennemi a subi de très lourdes pertes; il lui a été fait 52 prisonniers. Une autre tentative a échoué dans la vallée de San Pellegrino. Des colonnes de camions autrichiens ont été atteints par l’artillerie italienne sur la route de Chiopovano ainsi que des détachements de troupes à l’est de Castagnovizza.

Les troupes franco-anglaises continuent à progresser en Thessalie au delà de Trikalu et de Colombaka.

M. Venizelos a envoyé un télégramme de remerciements à M. Ribot au nom de la Grèce libérée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Samedi 16 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 16 juin 1917

1008ème et 1006ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 matin  Bataille toute la nuit, obus sifflant vers Courlancy. Nuit agitée, mal reposé. Chaleur toujours torride. Vu à la Poste M. Beauvais qui, la bouche en cœur, m’a annoncé que demain à 1h1/2 Léon Bourgeois, avec d’autres sénateurs ou députés, venait pour le décorer avec Charbonneaux, de Bruignac, Dramas et le Cardinal Luçon ! Je l’ai félicité…  mais je n’ai pu m’empêcher de lui faire la remarque qu’on faisait une crasse au Dr Harman, qui comme Geoffroy ont vu leurs noms mis en vedette dans les journaux bien maladroitement ! Il me disait qu’il était question de faire bientôt une nouvelle liste de citations et ensuite de décorations. Je lui ai répondu qu’on ferait bien de le faire vite, et exécuter encore plus vite, car c’était ridicule de faire traîner ces décorations à l’infini. On l’a mérité sous les obus, qu’on la donne donc vite sous les bombes. Puis j’ai glissé, car je ne voulais pas qu’il me fit une allusion quelconque à ce sujet.

Car comme je le disais au Père Desbuquois avec qui je viens de passer 2h à causer, je préfèrerais avoir ma citation et ma décoration du Ministère de la Justice, comme seul juge de Reims décoré, ce serait très clair et en même temps une révérence ironique à nos politiciens, à qui je pourrais faire sentir que je ne leur doit rien, tout en ayant rendu service à leurs électeurs. Le R.P. Desbuquois sent bien les rancunes et les haines que j’accumule, et il me disait que cette décoration s’imposait pour moi, bien que ne l’ayant pas cherchée ni sollicitée. J’en aurais certainement besoin pour survoler tous les aboyeurs qui hurleront après moi après la Guerre… Je suis de cet avis maintenant, autant ce ruban m’était indifférent il y a quelques mois, autant je sens maintenant qu’il m’est nécessaire. Le Bon Père Desbuquois rayonnait à la pensée que je sois le seul proposé par le Ministère de la Justice pour la Ville de Reims. Il disait : « Ce serait parfait, élégant, délicat !!… » Ses yeux pétillaient en disant cela. Enfin je n’ai qu’à attendre. Et puis, avec ma guigne habituelle, cela viendra-t-il jamais ?… !…

Reçu lettre de Robert qui pense avoir sa permission dans 2 ou 3 jours. Je me tiens donc prêt à toute éventualité… Je serais heureux de revoir cet enfant, mais ce sera aussi bien triste pour moi, je serais si heureux pour ces petits et pour ma femme de leur apporter un jour ce ruban…  largement et durement gagné. Ce serait un honneur pour eux, et une belle réponse à tous ceux qui m’ont fait du mal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 juin 1917 – Nuit très mouvementée. Bombardement sans arrêt, qui dure encore toute la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 16 – + 18°. Nuit agitée à l’est de Reims et aux environs immé­diats ou dans la périphérie. Visite de MM. Charbonneaux et de Bruignac, au sujet de leur Décoration fixée au 17 : entente sur le rôle de chacun. Matinée, bombes loin de nous. De 1 h. à 2 h. item. A 10 h. matin, béni l’étendard du 8e de Cuirassiers, 3e bataillon 26, présenté par le Lieutenant de France et le Père Pfliger. Nuit assez agitée autour de Reims. Trois incen­dies rue Croix Saint-Marc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 16 juin

La journée a été calme sur notre front, sauf dans le secteur Hurtebise-Craonne où les deux artilleries continuent à se montrer actives.

Sur le front belge, lutte d’artillerie assez intense vers Schilderbrug et Steenstraete-Hetsas. Les aviateurs belges ont abattu deux appareils ennemis qui sont tombés dans les lignes adverses. Ce matin, un troisième avion allemand a été descendu en flammes vers Keyem. Les troupes britanniques ont attaqué au sud et à l’est de Messines et sur les deux rives du canal Ypres-Commines. La résistance de l’ennemi a été rapidement brisée et nos alliés ont atteint tous leurs objectifs sur ces deux points. Plus de 150 prisonniers, un obusier et 7 mitrailleuses sont restés entre leurs mains.

Des opérations qui font suite à la pression continue exercée par leurs troupes depuis le 7 juin leur assurent la possession des tranchées de première ligne allemande entre la Lys et la Warnave et avancent la ligne anglaise de 500 à 1000 mètres sur tout le front d’environ 11 kilomètres entre la Warnave et Klein-Zillebeke.

Un coup de main a été exécuté avec succès près de Lens.

Trois raids des Bulgares sur les positions anglaises, dans la région du lac Doiran, en Macédoine, ont été repoussés.

Canonnade sur la rive droite du Vardar et dans la boucle de la Cerna.

Les aviateurs britanniques ont bombardé la gare de Porna.

En Thessalie, nous avons occupé la voie Volo-Trikala.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Vendredi15 juin 1917

Louis Guédet

Vendredi 15 juin 1917

1007ème et 1005ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit calme. Temps de chaleurs torrides. Rien de saillant, la journée monotone, courrier assez chargé. J’ai répondu à tout, sauf une lettre qui sera pour demain, je suis trop las. Après-midi fait quelques courses, dont une à l’Hôtel de Ville (Caves) où j’ai rencontré Raïssac qui m’a parlé de remise de valeurs que l’autorité militaire voulait faire au Maire pour la Caisse des dépôts et Consignations, valeurs soi-disant trouvées par des soldats dans les décombres de la ville. Pourquoi pas dans les rues ? mais comme par hasard ces valeurs n’en n’ont aucune, les bonnes ont été mises en lieu sûr par les galonnés sans doute ! J’ai dissuadé à Raïssac de laisser le Maire accepter le dépôt. C’est un piège, car l’autorité militaire déchargerait ainsi sa responsabilité, et lorsqu’on lui reprocherait les pillages, elle s’écrierait candidement : « Comment, nous, piller ! nous, pillards ! mais chaque fois que nos hommes ou nous-mêmes, avons trouvé des valeurs, nous les avons religieusement, rigoureusement remises au Maire de Reims !! Et vous osez nous reprocher des pillages !! etc…  etc… Et le tour serait joué. J’ai dit à Raïssac de répondre à ces galonnés retors qu’il les refusait, n’ayant pas qualité pour les recevoir. Les galonnards se débrouilleront, et conserveront la responsabilité entière de leurs vols…  S’ils s’adressent à moi ils seront bien reçus, et je leur casserai le nez en leur disant que je ne peux recevoir des valeurs que de civils ou d’agents connaissant la provenance de ces lots, ou bien les trouvant moi-même j’ai le devoir de les prendre et de les mettre en sûreté à la Caisse des dépôts et Consignations, ce qui est régulier, autrement, non !

Vu Mignot, Dramas, etc…  tout ce monde fort agité, car je crois que ces jours-ci on doit leur accorder leur décoration. Grand bien leur fasse. Rentré travailler, voilà ma journée. Les couvreurs ont fini de déboucher les gouttières de la maison (mon refuge) des obstructions faites par les 3 obus. En attendant d’autres… Hélas !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 15 – + 17°. Combat toute la nuit à l’est de Reims. Contre-ordre pour Ville-en-Selve où je devait aller ce matin dire la messe aux soldats pour la fête du Sacré-Cœur. Circulaire Painlevé par un soldat à 5 h. du matin, interdisant la Consécration au Sacré-Cœur. Visite au Général des Vallières qui nous en lit le texte, et nous en explique la raison. Via Crucis in Cathedrali. Aéroplanes, après-midi, visite au Général de Bouyer, à Villers- Allerand.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 15 juin

Activité moyenne des deux artilleries sur la plus grande partie du front, assez violente dans la région de Craonne et au sud-est de Corbeny.

Sur le front belge, vive activité d’artillerie spécialement dans la région de Steenstraete, Lizerne et Boesinghe. Lutte de bombes vers la Maison-du-Passeur. Combat entre patrouilles au sud de Dixmude.

Les Anglais ont réalisé une marche progressive à l’est de Messines et la pression qu’ils exercent sur l’ennemi au sud de leur front d’attaque, a contraint les Allemands à abandonner une partie importante de leur système de défense de première ligne, dans le secteur entre la Lys et Saint-Yves. Poursuivant leurs avantages, nos alliés ont marqué une avance importante à l’est du bois de Ploegstaert. Ils ont également gagné du terrain aux abords de Gapaard.

Au nord de Bullecourt, et au sud de Hooge, ils ont exécuté des coups de main qui leur ont permis de ramener des prisonniers.

Combats secondaires sur le front russe.

Échec autrichien dans le Trentin, sur le plateau d’Asiago.

En Grèce, nos troupes occupent Trikala, Velestino et Volo. Constantin et sa famille se sont embarqués pour l’Italie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button