Paul Hess

11 avril 1917 – Dès le matin, bien reposé par la nuit passée dans les caves Abelé, je pars faire une tournée rapide, en traversant le boulevard Jules-César, les voies du chemin de fer et en montant le talus qui permet d’atteindre l’impasse Paulin-Paris, pour aller voir ce qui s’est passé, depuis hier, du côté de la place Amélie-Doublié. J’y remarque de nouvelles traces de projectiles ; un gros arbre a été abattu au coin de la rue Victor-Rogelet. Des obus sont tombés également sur le commencement de la rue Lesage, les voies, le pont de l’avenue de Laon, etc. et le bombardement continue avec intensité.

L’Éclaireur de l’Est paraît de nouveau, aujourd’hui, mais sous un format des plus réduits, une simple petite feuille d’environ 20 X Ce journal minuscule, — tout ce qui nous reste à Reims — est le bienvenu ; il est accueilli avec sympathie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 11 – + 5°. Nuit agitée ; sifflements presque continuels ; tir du canon français. Visite en ville : rue Royale, place des Halles, chez M. le Dr Gaube. Toute la matinée, aéroplanes en l’air. Bombes sifflent à peu près constamment ; sur quoi ? item dans l’après-midi. Dans la nuit de lundi à mardi et dans celle de mardi à mercredi. L’église Saint-André a été dévas­tée : 2 travées de voûtes tombées dans la grande nef ; les voûtes d’une basse nef écroulées ; mur éventré sur une surface de 100 mètres carrés, au midi. Chemin de Croix : moitié des stations perdues. Chœur endommagé.

Couché dans mon bureau. De 8 h. à 10 h. violentes actions d’artillerie du côté du nord (Brimont) et du côté du midi : éclairs de canon splendides et immenses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 11 avril

Au nord de l’Oise, l’artillerie ennemie a montré moins d’activité que les jours précédents. Rencontres de patrouilles et fusillades aux premières lignes. Au sud de l’Oise, nous avons réalisé des progrès à l’est de la basse forêt de Coucy.

Lutte d’artillerie assez vive dans la région au nord-est de Soissons et principalement dans le secteur de Laffaux. Au sud-est de Reims, nous avons repoussé un coup de main dirigé sur l’une de nos tranchées au nord de Sillery.

En Champagne, lutte à coups de grenades à l’ouest de Maisons-de-Champagne.

Les Anglais qui, la veille, avaient enlevé les lignes ennemies en Artois, sur une profondeur de 3 à 5 kilomètres, continuent leur offensive. Après avoir occupé Neuville-Vitasse, Telegraph-Hill, Tilloy-les-Mofioines, Observation-Bridge, Saint-Laurent-Blangy, les Tilleuls et la ferme de la Folie, Feuchy-Chapel, Feuchy, Hyderabad-Redoubt, Athies, Thelus et dénombré 11000 prisonniers, dont 235 officiers; ils se sont installés à l’extrémité nord de la crête de Vimy : toutes ces contre-attaques allemandes ont été repoussées, 100 canons ont été capturés.

Les alliés ont pris Fampoux et les descentes voisines au nord et au sud de la Scarpe.

Vers Saint-Quentin, l’ennemi a été chassé des hauteurs entre le Verguier et Hargicourt.

Le Brésil a rompu avec l’Allemagne. Une très vive effervescence se marque dans toute l’Amérique du Sud.

Le gouvernement provisoire russe vient de lancer un émouvant appel au peuple. Il montre que l’Etat est en danger et qu’un vigoureux effort est nécessaire pour rejeter l’ennemi. La Russie ne veut ni conquérir des territoires ni attenter à la liberté d’aucune nation, mais libérer son propre territoire de l’invasion.

Le transatlantique New-York, du port de New-York, a heurté une mine allemande au moment où il entrait dans ce port. Il a été avarié, mais a pu se mettre à l’abri par ses propres moyens.

Le ministre de la Guerre autrichien, le général Krobakin, compromis dans un scandale, a démissionné.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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