Louis Guédet

Dimanche 8 avril 1917  Pâques

939ème et 937ème jours de bataille et de bombardement

4h3/4 soir, en cave  La nuit a été calme, relativement. Nous avons dormi étant en cave. Ce matin, temps brumeux gris froid. Triste jour de Pâques. Messe à 7h du matin, on avait dit qu’on n’en n’aurait pas. A tout hasard je suis allé à celle-là. Il y a eu messe de Paroisse à 8h1/2 comme d’ordinaire, mais on a juste chanté le Credo. Le cardinal y assistait. En rentrant, écrit quelques lettres dans ma chambre, que c’était bon d’écrire en plein jour. Reçu lettres à midi, 2 de ma pauvre Madeleine, résignée à ne pas me voir. Jean est arrivé d’hier pour jusqu’au 19. Aurais-je le bonheur de le voir, si la bourrasque était passée je pourrais peut-être courir le voir, les voir, j’en ai bien besoin, je suis si seul. Le temps devient très beau à 1h. Je sors pour m’inquiéter du sort de la dépouille de ce pauvre Jacques. Je ne puis rien savoir au Commissariat de Police, 1er canton, ou on parait affolé avec les départs. Le Brave Commissaire Carret me remet un lot de papiers (bons Défense Nationale, billets de banque, argent), trouvés sur une brave femme tuée, rue Martin Peller. Je l’emporte pour préparer une lettre au Receveur des Finances pour remettre le tout à la Caisse des Dépôts et Consignations, sous un pli cacheté que le commissaire remettra demain à la Recette des Finances ou au Trésor Militaire. Je pousse jusqu’à l’Hôtel de Ville, personne autre que le Maire, fort démonté, et Raïssac, avec quelques rares appariteurs et employés de la Ville. C’est la panique. J’en reviens plutôt écœuré. Passé aux Galeries Rémoises, tous les employés sont partis, sauf 4 ou 5 dont Curt, Melles Claire Donneux et Lemoine…

La troupe parait enchantée de voir cette fuite éperdue. Il est vrai qu’il va y avoir des caves à vider et des appartements à piller. Passé au Palais de Justice. Vu le sous-préfet qui ne songe qu’à faire partir tout le monde et sans doute à filer lui aussi. Il rentrait dans la crypte avec un panier de provisions. En me quittant, il me recommande : « Surtout M. Guédet, conseillez de partir… !!… » Je lui répondis : « C’est ce que je fais (pour les) vis-à-vis des personnes qui n’ont rien qui les retiennent à Reims !… » Comprenne s’il veut !…

A l’Hôtel de Ville je ne puis rien savoir sur mon malheureux Jacques. Je laisse une note pour être remise à Moreau pour le prier de faire tout pour le mieux…  Les rues sont désertes ou presque, c’est sinistre.

Hier soir, l’incendie que nous avions vu, c’était le Grand séminaire qui brûlait. Quels souvenirs rougeoyants et sanglants aurai-je de toute cette existence désordonnée et tragique que je mène depuis 31 mois.

Je rentre à la maison, juste pour descendre à la cave. C’est une bataille, si c’était seulement la dernière. Mes 3 compagnes d’infortune sont courageuses et résignées.

Au Palais à la Poste ils sont aussi affolés, la moitié des employés filés, les autres baissent les bras, crient, s’interpellent et ne font rien, ou plutôt embrouillent tout. C’est, ce serait grotesque si ce n’était triste.

J’écris ces lignes dans ma cave où j’ai fait tout organiser pour la nuit et…  les suivantes. Hélas !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pâques, 8 avril 1917 – Une petite  affiche intitulée : Le départ doit être immédiat est apposée en ville. Elle répète qu’à partir du 10 avril, ne devront tester à Reims que ceux des habitants qui sont retenus par une fonction, le gouvernement ayant décidé l’évacuation des autres.

La violence exceptionnelle des derniers bombardements ayant donné à craindre à M. Cullier, chef du bureau, la disposition des nombreux documents renfermés à la « comptabilité », il avait décidé de les descendre, sans tarder, dans l’un des sous-sols de rhôtel de ville, sous le bâtiment de la rue de la Grosse-Ecritoire.

A défaut d’autres aides — car le personnel est des plus res­treint à la mairie, depuis le 6 — nous nous étions donné rendez- vous ce matin, pour effectuer ce travail, et pendant le bombarde­ment qui a sévi sans discontinuer, nous avons passé toute la mati­née à transporter dans des bannettes lourdement chargées, les registres des différents postes : recettes, dépenses, traitements, etc., depuis l’année 1900, ainsi que les dossiers d’archives du service. La fatigue nous a arrêtés à 11 h 1/2 et nous avons remis la suite de l’importante opération à demain lundi.

Bombardement sauvage au cours de l’après-midi, sur le quartier rue Lesage, voies du chemin de fer, place Amélie-Doublié. La situation devenant tout de suite excessivement critique, nous nous empressons, ma sœur et moi de quitter son appartement au second étage du 8 de la place, pour nous réfugier au n° 2, en compagnie de voisins.

Nous n’avons pas le temps de descendre dans la cave de cette maison, avant qu’un obus vienne éclater dans sa toiture, ou­vrant le grenier. D’autres obus suivent celui-ci de bien près ; ils font explosion dans les immeubles en face ou sur la place et le bombardement continue jusque dans la soirée.

Canonnade effrayante vers Berry-au-Bac.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage et filets pour dissimuler les voies de chemin de fer aux aéroplanes 22/08/1917 (source Gallica)


Cardinal Luçon

Dimanche 8 – Pâques – + 6 °. Visite au Séminaire incendié vers 2 h. du matin. Vu le Supérieur excédé de fatigue dans le vestibule du Lycée. Trot­toirs couverts de mobilier retiré du Séminaire. Des voleurs rodent pour prendre ce qui leur convient (1). Messe basse, sans sermon, ni chants. On ne chantera pas l’Alleluia. Il n’y aura pas de Vêpres. Matinée tranquille. Pas de Vêpres. M. le Supérieur (Paulot) dîne chez nous. A 3 h. bombes sifflan­tes ; le chambard recommence. Canons français, canons allemands ; tir sur les batteries, tir sur la ville, tir sur les avions, incendies, nuages de fumée. L’église Saint-Benoît a sa grande porte brûlée, le linteau est endommagé gravement par un obus de gros calibre. Tout le faubourg Cérès est en flam­mes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le pillage fut réel à Reims et beaucoup plus imputable aux civils qu’aux militaires qui ne possédaient aucun bagage, et qui n’ont porté leur intérêt que sur la nourriture et…la boisson bien entendu.

Dimanche 8 avril

Actions d’artillerie assez vives au cours de la journée en divers points du front, notamment entre la Somme et l’Oise, au sud de 1’Ailette et dans la région au nord-ouest de Reims.

En Argonne, un coup de main ennemi sur nos tranchées de la vallée de 1’Aire a été repoussé après un vif combat.

D’après de nouveaux renseignements, les Allemands ont lançé en vingt-quatre heures 7500 obus sur Reims. Quinze personnes de la population civile ont été tuées et beaucoup d’autres blessées.

Sur le front belge, dans la région de Hetsas, les batteries belges ont exécuté des tirs réussis sur les travaux ennemis. Vive activité d’artillerie dans l’ensemble des secteurs.

Canonnade sur le front italien.

Le nombre des steamers allemands dont l’Amérique a pescrit la saisie est de 91. Leur valeur monte à 1500 millions.

Le cabinet de Washington fait arrêter un certain nombre d’Allemands qui étaient tenus pour dangereux.

La république de Cuba a proclamé l’état de guerre entre elle et l’empire germanique.

La situation est redevenue très troublée en Grèce, où l’on redoute de nouvelles échauffourrées sanglantes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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