Louis Guédet

Mercredi 16 août 1916

704ème et 702ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, de la canonnade la nuit vers 10h, j’ai crains un moment que nous ne recevions quelque chose. Travaillé toute la matinée, fait un rapport au Procureur de la République pour répondre à une demande d’enquête formulée par l’autorité militaire aux fins de m’accorder un soldat comme greffier adjoint pour le service litigieux des réquisitions militaires. Sans cela mon greffier n’y pourrait suffire. J’ai vu M. Mathieu substitut qui appréciera mon rapport.

Mangé ce matin un demi-pigeon, il y a bien 3 ans que je n’en avais mangé, cela m’a paru délicieux, d’autant plus que c’est un peu…  de contrebande et ensuite j’ai un léger remord de conscience d’avoir couvert par ma gourmandise le…  crime (?) commis par mon brave Jacques qui a rompu une idylle sous les bombes. Voici : Jacques est chargé de surveiller quelques maisons de Reims, notamment la maison du Docteur Barillet et du Docteur Chémery, rue du Petit-Four, 5, au coin de la rue Thiers. Cette maison a reçu une bombe et est un peu ouverte à tous les vents, quoique obstruée avec des planches. Or comme mon brave Jacques n’y était pas allé faire un tour depuis assez longtemps, la velléité le prit hier d’y voir. Il entre et dans la salle à manger sur le buffet il trouve…  toute une famille de pigeons « s’aimant d’un amour tendre » qui avait fait leur nid sur une tablette du buffet, le père, la mère et les petits. Bref l’instinct de chasseur de mon Jacques reprit le dessus et fit main-basse sur deux pauvrets ! Les autres s’étant réfugié dans un trou d’obus il ne put mettre la main, mais il se promet d’y retourner et de capturer les autres… !! Je le regretterai car n’est-ce pas charmant cette nichée faisant son nid dans un trou de bombe sous les bombes !! Une idylle que j’aurais aimé voir laisser se continuer. Mais le mal était fait !! N’empêche que je me souviendrai de ces pigeons.

Sorti faire 2 ou 3 courses après-midi. Vu Helluy du courrier, causé de son article sur l’incendie de l’Hôtel-Dieu massacré par la censure. Je lui ai proposé d’envoyer aux membres de ce bureau un sécateur pour remplacer les ciseaux d’Aspasie (confusion possible avec Anastasie, mais Aspasie ayant été une courtisane influente, la confusion est peut-être volontaire). Car ce n’est plus du taillage, c’est de l’élagage ! Idiot. Rentré et voilà ma journée. Tout est calme en ce moment. On dit que les allemands préparent une offensive quelque part sur notre front, on dit que c’est nous au contraire, on dit…  on dit bien des choses de choses qui ne vont pas vite…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 août 1916 – Parti en congé, à Épernay, le 12 courant, j’apprends à mon retour, aujourd’hui, que des avions allemands volant très haut, à la faveur d’un temps à moitié couvert, le dimanche 13, ont lancé des bombes incendiaires sur la ville.

Plusieurs sinistres se sont déclarés — le plus important dans les locaux de l’hôtel-Dieu, rue Simon, qui a été en partie détruit.

Trois personnes auraient été carbonisées chez elles, rue Soussillon et trois autres tuées avenue de Paris, devant l’auberge « Au Soleil d’or », parmi lesquelles un cocher, M. Rozière, qui ramenait en ville, dans sa voiture, M. le Dr Hoel, lequel a été blessé.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 16 – Nuit tranquille sauf le dialogue de 9 à 10 h. (ci-dessus). Journée silencieuse ; ni canons, ni avions. Visite à Rœderer.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 16 août

Au nord de la Somme, canonnade assez vive dans la région de Maurepas. Nuit calme sur les autres secteurs.
Au sud de la Somme, nous avons élargi nos positions au sud-ouest d’Estrées, en enlevant plusieurs éléments de tranchées à gauche du chemin de Fay à Deniécourt. Nous avons fait des prisonniers.
Sur la rive gauche de la Meuse, on signale quelques escarmouches à la grenade aux abords du réduit d’Avocourt. Une tentative des Allemands sur nos tranchées à l’est de la cote 304 a été enrayée par nos mitrailleuses.
Sur la rive droite, nos grenadiers ont repoussé deux attaques, l’une dans le village de Fleury, l’autre sur nos positions au sud-est.
Reims a été bombardée par avions: 6 civils ont été tués.
Sur le front britannique, un coup de main a réussi à l’ouest de Pozières.
Les Russes ont infligé un échec a l’ennemi sur la rive occidentale du Stokhod. Ils ont refoulé les Autrichiens sur le Sereth supérieur. Dans la région de la Strypa moyenne et de la Koropietz, ils ont progressé, puis ils ont atteint la rive nord du Dniester, près de Mariampol. Ils dénombrent leurs prisonniers : 83.000 depuis le 4 août dernier.
L’offensive turque continue près d’Hamadan, en Perse.
Les Italiens ont défoncé une nouvelle ligne de retranchements sur le Carso, en faisant 800 prisonniers.
Les Autrichiens ont bombardé Monfalcone par avions sans y faire d’ailleurs ni victimes, ni dégâts.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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