Louis Guédet

Mercredi 16 février 1916

522ème et 520ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit de tempête violente, de pluie, de vent. Toute la journée a été de même, c’était à croire que mes pauvres carreaux, vitres en tarlatane (étoffe de coton à tissage très lâche) et papier allaient être crevées par le vent. Elles claquaient avec un bruit de canon.

Encore une…  souffrance que cette privation de vitres en verre qui nous permettaient de voir au-dehors, tandis qu’avec ma tarlatane je suis à demi-occulté, mais je suis enfermé dans ma chambre et mon bureau comme dans une prison. Ce serait si bon de voir à travers une belle vitre claire où la lumière du jour joue et vous réjouit et votre regard, malgré pluie, vent, froid, tempête, neige, etc…  peut se reposer sur tout autre chose que les 4 murs d’une chambre de guerre ! de siège ! Souffrir et toujours souffrir ! voilà mon lot si encore mes chers aimés ne souffraient pas, mais eux aussi souffrent de la séparation ! J’ai pourtant fait mon devoir…  et les épreuves ne cessent de m’accabler ! que c’est dur ! que c’est long ! quelle vie de sépulcre, de tombeau !

Ce matin allocations militaires, avant de partir, Peltereau-Villeneuve, mon confrère, est venu me rendre visite, il était déjà venu hier après-midi. C’est bien. Lui sent que je fais mon devoir. Malade il a été obligé de partir et il se rend compte que notre Poste était à Reims et non ailleurs à l’abri des bombes. Nous sympathisions peu jadis, il parait avoir trouvé son chemin des Dames à mon endroit. Causé de choses et d’autres, de ce pauvre Montaudon, et les autres qui font leur devoir au front et de ceux…  qui sont embusqués. Thiénot fils, le plus jeune de nous, 27 ans, dans un conseil de guerre de tout repos, Harel, 40 ans, idem, conseil de guerre à Ambonnay, Mandron automobiliste comme son Père (rayé) à ce (rayé)! pour après dire (rayé)! Le voilà ! Il va (rayé) pour cela.

Voilà les 3… (rayé)

Les autres : Montaudon, 37 ans, tué, Croix de Guerre, lui le bon tranquille a été vaillant et noble.

Jolivet dans les tranchées, 45 ans, toujours brave. Celui qui aura le plus souffert…

blessé, fait bien son devoir.

Rentré assez tôt des allocations, il y avait peu de choses. Après-midi pluie tournoyante de vents, tempête. Sorti été mettre mes lettres à la Poste de la rue de Vesle, travaillé et abattu de la besogne. Du front devant nous ? Rien ou peu de choses ! On ne pouvait rien entendre. Je suis surpris et je ne puis comprendre que les allemands ne profitent pas de semblables tempêtes pour tenter un coup de main sur Reims ou un bombardement avec des obus incendiaires qui réduirait la Ville en cendres avec des vents pareils !!  Eux les sadiques des flamboiements d’incendies, de meurtres, de feu et de sang ! J’avoue que je ne comprends pas ! Nous réservent-ils pour leur…  soif (départ) ? où n’osent-ils plus ? Cela je ne puis y croire. Ils ont le crime, la destruction dans les veines…  Non ! C’est singulier.

Reçu pas mal de visites, intéressées, consultations, etc…  et maintenant je vais tâcher de dormir…  sous le canon, comme depuis 18 mois ! Que c’est long ! Bonsoir mes aimés chéris. Quand donc nous retrouverons-nous réunis tous les 7 bien à nous, et libres de toutes inquiétudes et de tous soucis ?…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 16 – Nuit tranquille militairement. Tempête de vent ; + 10.
Matinée calme ; pluie diluvienne. Visite de M. Mosquin. Testament de M. Wagnart. A 9 h. bombes sur les tranchées.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Le Palais du Tau, collection Gallica-BNF

Le Palais du Tau, collection Gallica-BNF


Mercredi 16 février

Journée plus calme.
En Artois, nos canons de tranchées ont exécuté des tirs sur les organisations ennemies aux abords de la route de Lille.
En Champagne, nous avons repris une partie des éléments avancés occupés par l’ennemi à l’est de la route de Tahure à Somme-Py.
A l’est de l’Oise, nous avons bombardé un train et un convoi de ravitaillement au nord de Vic-sur-Aisne.
Au nord-est de Soissons, nous opérons des tirs de destruction.
En Argonne, à la Fille-Morte, après avoir fait sauter une mine, nous en occupons l’entonnoir.
En Lorraine, combat de patrouilles près de Reillon.
En Haute-Alsace, nous bombardons les positions allemandes à l’est de Seppois.
Une escadrille d’avions belges a lancé des obus sur l’aérodrome de Handzaeme.
Des avions autrichiens ont opéré au-dessus de Schio (Italie), tuant six personnes.
Les journaux allemands prétendent que l’accord avec l’Amérique au sujet du Lusitania n’est plus qu’une question de forme.
Les organes conservateurs de Berlin commencent à attaquer le chancelier de Bethmann-Hollweg.

 

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